ASPECTS CLINIQUES :
Le spectre clinicobiologique de la cirrhose a un caractère
polymorphe.
- Les signes témoignant de l'intoxication alcoolique chronique
sont : l'acné rosacée, l'érythème palmaire, la maladie de
Dupuytren et une augmentation de volume des parotides.
- Pendant une période allant de 1 à 10 ans la maladie est
asymptomatique.
- La cirrhose peut être révélée par des signes d'insuffisance
hépato-cellulaire et/ou d'hypertension portale.
- Les signes retrouvés à l'examen physique sont une
hépatomégalie dure à bord inférieur tranchant, des signes
d'hypertension portale et des signes d'insuffisance
hépato-cellulaire.
ASPECTS PARACLINIQUES :
- Les examens biologiques objectivent des signes d'insuffisance
hépato-cellulaire (lors de la phase symptomatique), un bloc
bêta-gamma (signe biologique pathognomonique d'une cirrhose) une
altération des tests biologiques hépatiques ainsi que des signes
hématologiques d'alcoolisme et d'hypersplénisme.
- L'échographie abdominale objective des signes
d'hypertension portale et d'hépatopathie.
- La biopsie hépatique est souvent indispensable car le
diagnostic de certitude de cirrhose est histologique.
Il faut éliminer les autres étiologies de cirrhose : les
cirrhoses d'origine virale, une cirrhose biliaire primitive,
l'hémochromatose génétique, une maladie de Wilson, une cirrhose
auto-immune.
ÉVOLUTION :
La probabilité de décompensation d'une cirrhose est évaluée
approximativement à 10 % par an. La complication la plus
fréquente est la survenue d'une ascite.
Le pronostic est aggravé par la survenue d'une complication et
la poursuite de l'alcoolisation ; 20 % des malades
développent un carcinome hépato-cellulaire.
L'obtention d'une abstinence permet d'améliorer la survie à long
terme des sujets cirrhotiques.
Le diagnostic de cirrhose impose un suivi régulier pour
dépistage du carcinome hépato-cellulaire, évaluation de
l'hypertension portale et évaluation de l'insuffisance
hépato-cellulaire (score de Child-Pugh).
Le traitement repose sur l'arrêt de l'intoxication complet et
définitif.
Les neurosédatifs doivent être évités.
COMPLICATIONS :
- L'ascite ne se développe que lorsque deux conditions
sont réunies : l'hypertension portale et la rétention
hydrosodée.
- L'hypertension portale est responsable de 70 à 80 % des
saignements digestifs chez les sujets cirrhotiques. Les autres
causes de saignements sont représentées par les ulcères et
ulcérations gastro-duodénales dont la fréquence est augmentée au
cours de la cirrhose.
- Le carcinome hépato-cellulaire ou cancer primitif du foie est
la complication redoutée de la cirrhose survenant dans 20 % des
cas.
- D'autres complications sont à redouter : l'hépatite alcoolique
aiguë, l'encéphalopathie hépatique ou l'infection spontanée d'un
liquide d'ascite.
- L'ictère doit faire éliminer les complications
précédentes ou une reprise de l'intoxication alcoolique. Chez
les patients abstinents, la survenue d'un ictère témoigne d'une
aggravation spontanée de la cirrhose et doit faire discuter une
transplantation hépatique.
Cirrhose alcoolique :
La cirrhose alcoolique représente 90 % des cirrhoses en France.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE :
La cirrhose est définie par l'association d'une fibrose
extensive et de nodules hépatocytaires de régénération.
- La fibrose hépatique est considérée comme un processus de
réparation en réponse à la destruction des hépatocytes.
- Pour compenser la destruction des hépatocytes, il se produit
une régénération des hépatocytes. Cette régénération aboutit à
la formation de nodules délimités par les bandes de fibrose.
- Une stéatose ou une hépatite alcoolique peuvent être présentes
chez les patients non abstinents.
DIAGNOSTIC CLINIQUE :
Phases de la cirrhose
Le spectre clinicobiologique de la cirrhose est très polymorphe.
Les signes liés à l'alcoolisme ne seront pas détaillés dans
cette question (voir “ Hépatopathie alcoolique non cirrhotique
”).
- La phase présymptomatique correspond à une période allant de 1
à 10 ans où la maladie est asymptomatique.
- A la phase symptomatique, la cirrhose peut être révélée par
des signes d’insuffisance hépato-cellulaire et/ou d’hypertension
portale :
- ictère.
- asthénie et amaigrissement.
- ascite.
- hémorragie digestive.
- encéphalopathie hépatique (astérixis, confusion ou coma).
Examen physique
Trois types de signes sont retrouvés à l'examen physique :
- hépatomégalie dure à bord inférieur tranchant ;
- signes d’hypertension portale :
- splénomégalie.
- ascite.
- circulation veineuse collatérale de type portocave.
- signes d’insuffisance hépato-cellulaire :
- ictère.
- angiomes stellaires siégeant dans le territoire cave
supérieure.
- érythrose palmaire.
- ongles blancs.
- hippocratisme digital.
- hypogonadisme.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Biologie :
Insuffisance hépato-cellulaire
Signes d'insuffisance hépato-cellulaire (lors de la phase
symptomatique) :
- diminution du taux de prothrombine.
- diminution du facteur V (spécifique de l'insuffisance
hépato-cellulaire).
- diminution des facteurs vitamine K-dépendants (non spécifique
car survient lors d'une carence en vitamine K).
- hypo-albuminémie.
- augmentation de la bilirubine prédominant sur la fraction
conjuguée.
Bloc bêta-gamma
Un bloc bêta-gamma est le signe biologique pathognomonique d'une
cirrhose (augmentation polyclonale des Ig prédominant sur la
fraction des IgA en cas d'étiologie alcoolique).
Altération des tests biologiques hépatiques
- Elévation modérée de l'activité sérique des transaminases
prédominant sur l'aspartate aminotransférase (avec un rapport
ASAT/ALAT supérieur à 1).
- Augmentation de la gamma-glutamyltranspeptidase, atteignant
parfois 10 à 20 fois la normale.
- Phosphatases alcalines normales ou augmentées.
Signes hématologiques
- Signes biologiques d'alcoolisme : macrocytose, thrombopénie
aiguë par action toxique de l'alcool.
- Signes d'hypersplénisme (isolés ou associés) : anémie
hémolytique, leucopénie et thrombopénie.
Échographie abdominale :
Signes d'hypertension portale
- Augmentation de calibre de la veine porte.
- Circulation veineuse collatérale.
- Ascite (avec épaississement de la paroi vésiculaire).
- Reperméabilisation de la veine ombilicale.
- Splénomégalie.
Signes d'hépatopathie
- Hépatomégalie.
- Atrophie hépatique.
- Dysmorphie hépatique.
Ponction-biopsie hépatique :
La biopsie hépatique est souvent indispensable car le diagnostic
de certitude de cirrhose est histologique.
- Celle-ci est réalisée par voie transpariétale ou par voie
transjugulaire s'il existe des troubles de l'hémostase
(thrombopénie inférieure à 50 000/mm3, taux de prothrombine
inférieur à 50 % ou allongement du temps de saignement).
- L'étude hémodynamique, réalisée quand la biopsie hépatique est
effectuée par voie transjugulaire, retrouve une augmentation du
gradient de pression sus-hépatique (différence entre pression
sus-hépatique bloquée et pression sus-hépatique libre) liée à
une augmentation de la pression sus-hépatique bloquée.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Afin d'éliminer les autres étiologies de cirrhose il faut
effectuer :
- des sérologies virales B, C et delta afin d'éliminer les
cirrhoses d'origine virale.
- un bilan ferrique afin d'éliminer une hémochromatose
génétique.
- chez un sujet jeune, une cuprémie et un dosage de
céruloplasmine afin d'éliminer une maladie de Wilson.
- chez un sujet jeune, un dosage de l'alpha-1-antitrypsine.
- chez une femme d'âge moyen, une recherche d'anticorps
antimitochondries (de type M2) afin d'éliminer une cirrhose
biliaire primitive.
- chez une femme jeune, une recherche des auto-anticorps
antimuscle lisse et antiréticulum endoplasmique afin d'éliminer
une cirrhose auto-immune.
ÉVOLUTION :
Pronostic
- La probabilité de décompensation d'une cirrhose est évaluée
approximativement à 10 % par an.
- La complication la plus fréquente est la survenue d'une
ascite.
- Le pronostic est aggravé par la survenue d'une complication et
la poursuite de l'alcoolisation et 20 % des malades développent
un carcinome hépato-cellulaire.
- L'abstinence permet d'améliorer la survie à long terme des
sujets cirrhotiques.
Suivi régulier du patient
Le diagnostic de cirrhose impose un suivi régulier du patient,
comportant plusieurs volets :
- dépistage du carcinome hépato-cellulaire : dosage de
l'alpha-fœtoprotéine et échographie abdominale tous les 6 mois.
- fibroscopie œso-gastro-duodénale pour l'évaluation de
l'hypertension portale à la recherche de varices œsophagiennes
ou de varices cardiotubérositaires.
- évaluation de l'insuffisance hépato-cellulaire à l'aide
du score de Child-Pugh.
TRAITEMENT :
Bases du traitement
Le traitement repose sur :
- l'arrêt de l'intoxication alcoolique complet et
définitif.
- en cas d'intoxication alcoolo-tabagique, prévoir le dépistage
de cancers des sphères ORL et stomatologique et de l'œsophage.
- les neurosédatifs doivent être évités.
- traitement des complications (voir “ Complications ”).
Transplantation hépatique
- La réunion de consensus de la transplantation hépatique a
recommandé d'évaluer l'état des patients, âgés de moins de 65
ans, après 6 mois d'abstinence.
- Les indications retenues sont :
- les patients ayant une cirrhose sévère (Child C) doivent être
“ évalués ” pour une transplantation hépatique.
- les patients ayant une cirrhose Child-Pugh B peuvent être
transplantés en cas d'ascite réfractaire, d'hémorragies
digestives répétées ou d'encéphalopathie chronique invalidante.
Complications de la cirrhose alcoolique :
ASCITE :
Physiopathologie :
L'ascite ne se développe que lorsque deux conditions sont
réunies :
- l'hypertension portale.
- et la rétention hydrosodée.
Diagnostic :
- Le mode de découverte de l'ascite est clinique (matité déclive
des flancs, augmentation du volume abdominal) ou échographique.
- Elle est parfois associée à :
- une prise de poids et un œdème des membres inférieurs en cas
d'ascite abondante.
- un épanchement pleural, surtout à droite.
- L'analyse biologique de l'ascite est indispensable et retrouve
:
- un taux de protides inférieur à 20 g/l.
- 20 à 200 cellules par mm3.
Traitement curatif :
Régime désodé
Le traitement curatif associe un régime désodé dans tous les cas
ainsi que le repos au lit et les diurétiques.
Prescription de diurétiques
Les diurétiques utilisés sont :
- le plus souvent, des inhibiteurs de l'aldostérone :
- sauf en cas d'insuffisance rénale ou d'hyperkaliémie.
- Aldactone*, 100 à 400 mg/j.
- les diurétiques de l'anse : Lasilix*, de 20 à 80 mg/j.
- ou une association de diurétiques (hypokaliémiants et
hyperkaliémiants), par exemple Modurétic*, 1 à 2 cp/j ou
Aldactazine*, 1 à 2 cp/j.
- surveillance du traitement diurétique pour apprécier sa
tolérance et son efficacité :
- clinique : poids toutes les 48 heures, diurèse des 24 heures,
périmètre abdominal toutes les 24 à 48 heures.
- ionogramme sanguin et urinaire, urée sanguine et
créatininémie.
Ponctions d'ascite évacuatrices
- Les indications des ponctions évacuatrices d'ascite sont
portées en cas de traitement diurétique inefficace ou de
contre-indications à leur utilisation (hyponatrémie ou
insuffisance rénale après la mise sous diurétiques).
- Méthode : 4 à 10 litres d'ascite évacués par séance avec
compensation par des injections intraveineuses de macromolécules
ou d'albumine humaine à 20 % (1 flacon de 100 ml pour 3 litres
d'ascite évacuée).
Traitement préventif :
- Modalités thérapeutiques indispensables :
- régime désodé à vie.
- arrêt de l'intoxication alcoolique.
- Diurétiques en prise continue en cas de récidive à leur arrêt.
- Ponctions d'ascite évacuatrices en cas d'inefficacité du
traitement diurétique.
- Transplantation hépatique chez les patients présentant les
critères de transplantation hépatique (voir “ Traitement d’une
cirrhose ”).
Complications :
- Hernie ombilicale pouvant aboutir à la rupture de
l'ombilic.
- Désordres hydro-électrolytiques dont le plus fréquent
est une hyponatrémie spontanée ou secondaire à l'utilisation de
diurétiques.
- Le syndrome hépato-rénal :
- associe une insuffisance rénale fonctionnelle et une
insuffisance hépato-cellulaire grave.
- ne survient que chez les patients ayant une cirrhose grave.
- l'insuffisance rénale est déterminée par une diminution du
débit rénal par vasoconstriction des artères rénales.
- dans la majorité des cas, l'évolution est irréversible.
- Récidive de l'ascite.
- Ascite réfractaire : la définition d'une ascite
réfractaire est l'échec d'un traitement diurétique bien conduit
(400 mg/j d'Aldactone* et 160 mg/j de Lasilix*) avec persistance
de l'ascite, associée à une natriurèse faible et une diurèse
inférieure à 500 ml/j.
- En cas d'ascite réfractaire, les traitements envisageables
sont : des ponctions d'ascite évacuatrices répétées, la mise en
place en radiologie vasculaire d'un TIPS (“ transjugular
intrahepatic portosystemic shunt ”) chez les patients classés
Child-Pugh B afin de diminuer l'hypertension portale, une
anastomose portocave chirurgicale chez les patients classés
Child-Pugh B (traitement peu utilisé) ou une transplantation
hépatique.
- Le choix entre ces différentes options thérapeutiques varie en
fonction des équipes.
- Infection de liquide d'ascite (voir infra).
HÉMORRAGIE DIGESTIVE LIEE A L'HYPERTENSION PORTALE :
Physiopathologie :
- L'apparition de varices œsophagiennes ou cardiotubérositaires
ou d'une gastrite d'hypertension portale (gastrite en mosaïque)
est corrélée à la sévérité de l'hypertension portale.
- L'hypertension portale est responsable de 70 à 80 % des
saignements digestifs chez les sujets cirrhotiques.
- Les autres causes de saignements sont représentées par les
ulcères et ulcérations gastro-duodénales (dont la fréquence est
augmentée au cours de la cirrhose). La fibroscopie digestive
haute permet d'éliminer ces causes hautes de saignement.
Diagnostic :
- Modes de découverte :
- hémorragie digestive : pâleur, tachycardie, chute de la
tension artérielle, hématémèse et/ou méléna.
- encéphalopathie d'apparition brutale.
- diminution de l'hémoglobine.
- saignements occultes.
- Le diagnostic de certitude de l'origine du saignement est
effectué par la fibroscopie digestive haute.
Traitement :
Le traitement des hémorragies digestives par rupture de varices
œsophagiennes (en cas de varices de grade II et III) ou par
rupture de varices cardiotubérositaires est préventif et
curatif.
Traitement préventif :
- En cas de varices œsophagiennes de grade II ou III non
hémorragiques, la mise sous bêta-bloquants, à une dose réduisant
la fréquence cardiaque de 25 %, est associée à un bénéfice de
survie.
- Seuls l'Avlocardyl* et le Corgard* ont une efficacité
démontrée. Les bêta-bloquants diminuent le risque de survenue
d'une première hémorragie digestive de 50 % environ et
augmentent la survie des patients de près de 20 %. En cas de
contre-indication à l'utilisation des bêta-bloquants, le
5-mononitrate d'isosorbide (Monicor* LP) peut être prescrit à la
dose de 20 mg trois fois par jour.
Traitement d'un saignement actif :
Le traitement en cas de saignement actif par rupture de varices
œsophagiennes ou cardio-tubérositaires est le suivant :
- à la phase aiguë :
- remplissage vasculaire.
- transfusion de culots globulaires afin d'obtenir un chiffre
d'hématocrite entre 25 et 30 %.
- mise en place d'une sonde gastrique afin d'effectuer un lavage
gastrique.
- dès l'obtention du contrôle hémodynamique : fibroscopie
digestive haute afin d'affirmer le diagnostic.
- hémostase endoscopique (par ligature ou sclérose des varices
œsophagiennes) ou mise sous glypressine ou somatostatine
(Sandostatine*) d'urgence sont les trois modalités
thérapeutiques efficaces.
- le tamponnement œsophagien (sonde de Blakemore), méthode de
moins en moins utilisée, est réservé aux rares malades
présentant des contre-indications aux méthodes précédentes ou
après échec de celles-ci.
- après l'épisode aigu :
- un traitement par bêta-bloquants doit être entrepris. On peut
lui associer une éradication des varices œsophagiennes (par
ligature ou sclérose) car l'association semble diminuer le
pourcentage de récidives hémorragiques.
- si malgré le traitement médical, le patient présente plusieurs
épisodes de récidives hémorragiques, une anastomose portocave
chirurgicale (en cas de cirrhose classée Child A) ou la mise en
place d'un TIPS peuvent être proposées.
CARCINOME HEPATO-CELLULAIRE :
Diagnostic :
Le carcinome hépato-cellulaire ou cancer primitif du foie est
une complication redoutée de la cirrhose, survenant dans 20 %
des cas.
- Si le taux d'alpha-fœtoprotéine est égal ou supérieur à
250 ng/ml avec nodule hépatique ou s'il est égal ou supérieur à
500 ng/ml, le diagnostic de carcinome hépato-cellulaire est
certain.
- Devant un nodule hépatique et un taux d'alpha-fœtoprotéine
inférieur à 250 ng/ml, une biopsie hépatique dirigée, si
l'hémostase le permet, est indispensable pour affirmer le
diagnostic de carcinome hépato-cellulaire.
- Le nodule peut être retrouvé :
- à l'échographie.
- au scanner ou à l'IRM hépatique.
- plus rarement, à l'artériographie cœliomésentérique, sous la
forme de nodules hypervascularisés.
- Le carcinome hépato-cellulaire doit être évoqué en cas :
- d'altération de l'état général.
- d'ascite sanglante.
- de thrombose portale.
- de syndromes paranéoplasiques : hypoglycémie ou hypercalcémie.
- d'aggravation de l'insuffisance hépato-cellulaire.
Traitement :
Transplantation hépatique :
Une transplantation hépatique peut être proposée aux patients
présentant une cirrhose sévère et un carcinome hépato-cellulaire
unifocal de moins de 5 cm ou un carcinome hépato-cellulaire
multifocal (moins de 4 nodules de moins de 4 cm de diamètre
chacun). Malheureusement, peu de malades peuvent bénéficier de
cette option thérapeutique, du fait du manque de greffons.
Carcinome hépato-cellulaire unifocal :
Pour le carcinome hépato-cellulaire unifocal d'un diamètre
inférieur à 5 cm :
- la chirurgie hépatique d'exérèse, en dépit de résultats
décevants, reste le seul traitement curatif et doit être
proposée en première intention.
- elle n'est possible que chez les patients ayant une cirrhose
non ou peu décompensée :
- en cas de contre-indication chirurgicale, alcoolisation
intratumorale échoguidée (certaines équipes laissent entendre
que cette technique serait aussi efficace que la chirurgie
d'exérèse).
- la présence d'une ascite ou une hémostase très altérée
contre-indiquent l'alcoolisation.
Carcinome hépato-cellulaire multifocal :
Pour un carcinome hépato-cellulaire multifocal, unifocal avec un
diamètre supérieur à 5 cm ou une cirrhose classée Child C, si
une transplantation hépatique est contre-indiquée (voir critères
de transplantation ci-dessus), les alternatives thérapeutiques
sont palliatives :
- chimiothérapie artérielle lipiodolée avec ou sans
embolisation.
- tamoxifène, 30 à 60 mg.
- interféron à fortes doses.
- abstention thérapeutique.
HÉPATITE ALCOOLIQUE AIGUE :
(Voir “ Hépatite alcoolique aiguë ”.)
Traitement dans les formes sévères : Solupred* à la posologie de
40 mg/j, pendant 1 mois.
ENCEPHALOPATHIE HÉPATIQUE :
Physiopathologie :
- L'encéphalopathie hépatique est une manifestation reflétant
toujours la gravité de l'insuffisance hépatique.
- Son mécanisme n'est pas clair. Elle pourrait être la
conséquence de substances neurotoxiques produites par
l'intestin, normalement détruites par le foie, mais passant dans
la circulation générale. L'ammoniac est l'une des substances
suspectées.
Aspect clinique :
- L'encéphalopathie hépatique est classée en trois stades :
- stade I : astérixis.
- stade II : confusion.
- stade III : coma.
- La survenue d'une encéphalopathie impose la recherche :
- d'une infection.
- de désordres hydroélectrolytiques (hyponatrémie,
déshydratation), en général secondaires à un surdosage en
diurétiques.
- d'une hémorragie digestive.
- d'une hépatite.
- d'une cause toxique : utilisation de neurosédatifs ou
intoxication alcoolique aiguë.
Traitement :
Traitement curatif à la phase aiguë :
- Recherche et traitement d'une complication de la cirrhose.
- Arrêt de tout neurosédatif.
- Prescription de lactulose à la posologie de 15 à 30 g trois à
quatre fois par jour.
Traitement préventif :
- Interdiction des neurosédatifs.
- Régime pauvre en protides en cas de formes chroniques (moins
de 20 g/j).
- Lactulose.
- Prescription de néomycine per os pour décontaminer le tube
digestif.
- Transplantation hépatique si le malade présente une
encéphalopathie invalidante (voir “ Traitement de la cirrhose
”).
INFECTION SPONTANEE DU LIQUIDE D'ASCITE :
Physiopathologie :
- L'infection spontanée du liquide d'ascite provient d'une
translocation de germes digestifs de la lumière digestive dans
la circulation sanguine produisant des bactériémies responsables
d'une contamination de la cavité péritonéale à point de départ
hématogène.
- Le risque d'infection de liquide d'ascite est plus important
en cas :
- de cirrhose sévère (Child-Pugh C).
- d'un taux de protides dans l'ascite inférieur à 10 g/l.
- d'un antécédent d'infection de liquide d'ascite.
Aspects cliniques :
L'infection spontanée du liquide d'ascite doit être suspectée en
cas :
- d'hyperthermie ou d'hypothermie.
- de douleurs abdominales.
- de survenue d'une encéphalopathie.
- de survenue d'un ictère.
Infection spontanée du liquide d'ascite :
- L'infection spontanée du liquide d'ascite est définie par :
- un nombre de polynucléaires neutrophiles altérés dans l'ascite
égal ou supérieur à 250/mm3.
- et/ou la mise en évidence de bactéries (à l'examen direct ou
en culture).
- Les germes isolés sont :
- dans 73 % des cas, des bacilles à Gram négatif (principalement
Escherichia coli).
- dans 24 % des cas, des cocci à Gram positif.
Traitement curatif : antibiothérapie :
Le traitement curatif est médical et repose sur
l'antibiothérapie.
- Les antibiotiques les plus utilisés sont :
- l'association amoxicilline et acide clavulanique
(Augmentin*), 3 à 4 g/j.
- céphalosporines de troisième génération ; le plus
utilisé parmi les céphalosporines est le céfotaxime (Claforan*),
3 à 4 g/j.
- L'efficacité de l'antibiothérapie doit être toujours contrôlée
par l'antibiogramme si la culture de l'ascite est positive.
- Les aminosides sont à proscrire en cas de cirrhose, car
plus de 30 % des patients cirrhotiques développent une
insuffisance rénale.
- La durée de l'antibiothérapie est de 10 à 15 jours.
- Un contrôle bactériologique du liquide d'ascite doit être
effectué à la 48e heure, afin de s'assurer de la stérilisation
de la cavité péritonéale.
Traitement préventif :
Le traitement préventif par la norfloxacine, à la posologie de
400 mg/j per os, est efficace dans la prévention des récidives
de l'infection de liquide d'ascite.
ICTÈRE :
L'ictère doit faire éliminer les complications énumérées
ci-dessus ou une reprise de l'intoxication alcoolique. Chez les
patients abstinents, la survenue d'un ictère témoigne d'une
aggravation spontanée de la cirrhose et doit faire discuter une
transplantation hépatique.
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