Fractures de l’extrémité supérieure du fémur chez l’adulte
(Suite) Cours de l'appareil locomoteur
B - TRAITEMENT DES FRACTURES
PERTROCHANTÉRIENNES :
Étant donné leur localisation en région métaphysaire bien
vascularisée, les fractures pertrochantériennes ne présentent pas les
mêmes risques de pseudarthrose (0 à 1,1 %) ou de nécrose
que les fractures du col fémoral.
Dès lors, une réduction correcte et
une ostéosynthèse mécaniquement stable permettent en règle
générale d’obtenir un bon résultat et il est rare de devoir recourir au
remplacement prothétique.
En revanche, des contraintes importantes
se trouvent dans cette région et une compétition s’installe entre la
consolidation fracturaire d’une part, et le démontage ou une fracture
de fatigue du matériel d’ostéosynthèse d’autre part.
Ceci est d’autant
plus vrai que la fracture est instable ou présente une composante sous-trochantérienne (Ender VI, VII et VIII).
Afin de gagner cette
compétition, il faut prévoir du matériel d’ostéosynthèse
suffisamment robuste et bien positionné.
Trois grandes tendances se
profilent : l’ostéosynthèse extramédullaire, l’ostéosynthèse
intramédullaire antérograde et rétrograde.
Chez le patient grabataire
ou en mauvaise condition générale, l’utilisation du fixateur externe
comme solution de sauvetage a même été proposée.
1- Ostéosynthèse extramédullaire
:
Le matériel d’ostéosynthèse extramédullaire se présente sous forme
d’une plaque fixée à la face latérale de la diaphyse fémorale et d’un
ancrage cervicocéphalique.
Cet ancrage cervicocéphalique consiste
soit en un clou ou une lame (clou-plaque ou lame-plaque), soit en
une ou plusieurs vis (vis-plaque ou vis-plaque dynamique).
* Clou-plaque ou lame-plaque :
Il existe de nombreux types d’implants dont l’angle entre la partie
latérale et le clou ou la plaque cervicocéphalique est soit fixe (clouplaque
ou lame-plaque monobloc), soit variable à l’aide d’un boulon
(clou-plaque bibloc).
Le désavantage de tous ces systèmes est leur
rigidité.
Si le clou est trop long ou mal positionné, si la fracture n’est
pas parfaitement réduite (diastasis, hypercorrection en valgus) ou
si, à cause d’une comminution ou d’une ostéoporose importante la
fracture s’impacte, il est fréquent (7,7 % à 9 %) de voir le clou
cervicocéphalique perforer la tête fémorale et pénétrer l’articulation.
Afin de tenter de limiter l’impaction fracturaire, certains auteurs
proposent un verrouillage cervicocéphalique complémentaire.
Si
en revanche, la fracture ne s’impacte pas et qu’un diastasis persiste,
un retard de consolidation ou une pseudarthrose peuvent causer une
fracture de fatigue de l’implant.
Actuellement, le clou-plaque bibloc
de MacLaughlin ainsi que le clou-plaque monobloc Staca ont
toujours des adeptes, malgré les risques de perforation céphalique.
La lame-plaque monobloc AO de Müller est encore utilisée elle
aussi, notamment pour réaliser des ostéotomies.
* Vis-plaque :
La plaque vissée développée par Lambotte (1906) consiste en une
plaque fixée sur la face latérale du fémur et dans laquelle viennent
s’engager de longues vis cervicocéphaliques.
Actuellement, c’est
surtout la plaque vissée de Judet qui semble encore être utilisée.
Cette plaque présente un bon ancrage cervicocéphalique grâce à
trois vis montées en triangulation.
À cause de leur rigidité, les vis-plaques présentent les même désavantages que les clous-plaques
ou lames-plaques.
* Vis-plaque dynamique
:
Afin d’éviter la perforation de la tête fémorale et d’améliorer le
contact osseux et ainsi la consolidation, Danis, en 1933, propose un
clou-plaque télescopique.
Ce matériel est modifié plusieurs fois (Von Pohl 1950, Luck 1953, Plugh 1954, Schumpelick 1955, Charnley et
Brown 1957) pour aboutir au matériel actuel dès les années 1980.
Actuellement, la vis-plaque dynamique (Dynamic Hip Screw ou
DHS) est le matériel le plus utilisé pour l’ostéosynthèse des fractures
pertrochantériennes.
Il consiste en une plaque vissée sur la
partie latérale du fémur et à laquelle est fixé un « barillet », soit sous
un angle de 135 ou 150°, soit sous un angle variable.
Dans ce
« barillet » coulisse une vis cervicocéphalique.
Ce matériel d’ostéosynthèse permet une impaction de la fracture le
long de l’axe de la vis cervicocéphalique.
Ainsi la pseudarthrose liée
au diastasis fracturaire peut être évitée (0 à 0,2 %) et la
perforation de la tête fémorale devient plus rare (0 à 8 %).
En revanche, le taux de démontage ou de balayage de la vis cervicocéphalique varie de 3 à 20%.
Ces défaillances
mécaniques ont été imputées au mauvais positionnement de la vis cervicocéphalique (la position optimale étant au centre de la tête et
du col et à moins de 5 ou 10 mm de l’interligne articulaire), à
l’instabilité ou une réduction imparfaite de la fracture (diastasis
fracturaire sur le cliché de face), à l’âge des patients et leur degré
d’ostéoporose, ainsi qu’au mauvais fonctionnement du système de
glissement.
Toutefois, à condition que la vis cervicocéphalique
soit bien positionnée, le degré d’ostéoporose semble un facteur
moins important.
Afin de limiter ces complications mécaniques,
certains auteurs préconisent l’utilisation de ciment acrylique ou biorésorbable pour améliorer la tenue de la vis cervicocéphalique
en cas de fracture pertrochantérienne instable associée à une
ostéoporose importante.
Pour les fractures pertrochantériennes stables ou peu instables
(Ender I, II, III, IV et V), la vis-plaque dynamique donne de bons
résultats.
Oger et al rapportent une consolidation dans tous les
cas et un cas sur 53 de démontage suite à une erreur technique. Le
glissement moyen pour les fractures les plus stables (Ender I, IV et
V) était de 6,2 mm et pour les fractures un peu moins stables (Ender
II et III), il était de 10,5 mm.
Dans une série de 686 fractures pertrochantériennes stables, Putz et al rapportent 65,9 % de
consolidation sans aucun tassement, 27,4 % de tassement modéré et
seulement 6,7 % de tassement important.
Le taux de complication
était faible (0,7 %) et toutes les fractures ont consolidé.
En revanche, pour les fractures pertrochantériennes instables ou à
composante sous-trochantérienne (Ender VI, VII et VIII), les résultats
sont nettement moins bons. Bien que la consolidation osseuse ait été
obtenue dans tous les cas, Oger et al notent un glissement
important (16,4 mm en moyenne et 44,2 mm au maximum) qui peut
compromettre les résultats fonctionnels.
Ces auteurs concluent que
la vis-plaque dynamique n’est pas adaptée aux fractures
pertrochantériennes instables ou à composante sous-trochantérienne.
Dans une série de 407 fractures pertrochantériennes instables, Putz
et al rapportent des résultats comparables (38,3 % de
consolidation sans aucun tassement, 27,2 % de tassement modéré et
24,5 % de tassement important).
Bien que toutes les fractures aient
consolidé, le taux de complication est également plus élevé par
rapport aux fractures stables (6,6 % contre 0,7 %).
Pour les fractures dont l’instabilité résulte d’une comminution du
grand trochanter ou de la face latérale du fémur proximal,
l’adjonction d’une plaque de soutien trochantérienne (trochanteric
stabilising plate ou TSP) peut améliorer la stabilité du montage et
ainsi limiter, en partie du moins, la médialisation de la diaphyse
fémorale.
En 1991, Medoff décrit une nouvelle vis-plaque dynamique qui
permet non seulement une impaction le long de la vis
cervicocéphalique mais également le long de la plaque fixée à la
face latérale de la diaphyse fémorale. Bien que l’expérience
actuelle soit encore limitée, deux études récentes semblent
encourageantes.
Ce nouvel implant pourrait apporter un plus par
rapport à la vis-plaque dynamique classique, notamment pour le
traitement de fractures pertrochantériennes instables ou à
composante sous-trochantérienne.
Il présente un taux de démontage
peu élevé (1,6 % et 6,7 %).
En revanche, les glissements biaxiaux peuvent être importants et provoquer un raccourcissement
de 14 mm en moyenne (0 à 35 mm).
Depuis peu, une nouvelle vis-plaque dynamique permettant un
traitement percutané est apparue (Gotfried percutaneous plate).
Il n’est
cependant pas encore clair si cette technique présente des avantages
majeurs par rapport aux autres techniques existantes.
2- Ostéosynthèse intramédullaire
:
*
Ostéosynthèse intramédullaire antérograde
:
Le clou trochantérien consiste en un clou centromédullaire qui est
introduit par le grand trochanter ou la fossette trochantérienne et
sur lequel un ancrage cervicocéphalique vient se fixer.
Depuis le clou
en Y de Küntscher et le clou de Zickel (1967) qui étaient introduits à
foyer ouvert, plusieurs modèles conçus pour une technique à foyer
fermé sont apparus (clou gamma, intra-medullary hip screw [IMHS],
proximal femoral nail [PFN]).
Outre la technique à foyer fermé plus
« biologique » et moins agressive, ces implants sont plus stables que
les ostéosynthèses extramédullaires du fait que le bras de levier de
la vis d’ancrage cervicocéphalique est moins important.
De plus ils
présentent l’avantage théorique de pouvoir limiter l’impaction fracturaire, le clou formant en soi une limitation à l’impaction du
col.
Cet avantage théorique par rapport à une vis-plaque
dynamique s’est confirmé en pratique, du moins pour les fractures
pertrochantériennes instables.
Parmi les clous trochantériens, le clou gamma est de loin le plus
étudié. Son utilisation dans les fractures pertrochantériennes permet
une consolidation de la grande majorité des cas.
Le taux de
pseudarthrose varie de 0 à 3,3%, mais si la fracture est
pathologique ou instable avec une composante sous-trochantérienne,
une fracture de fatigue du clou peut se produire.
Le balayage ou la perforation de la vis cervicocéphalique a été décrit
dans 2 à 6% des cas.
Ces chiffres sont comparables à
ceux rencontrés lors de l’utilisation de la vis-plaque dynamique.
Certains auteurs se posent la question de savoir si un manque de
dynamisation du clou gamma ne pourrait pas être à l’origine de ces
défaillances mécaniques.
Ils proposent dès lors l’utilisation d’un
clou modifié (IMHS) qui est équipé d’un « barillet » afin
d’augmenter la surface de glissement de la vis cervicocéphalique.
Il est encore trop tôt pour dire si cet artifice présente un réel
avantage mais une seule perforation de la tête fémorale a été
rapportée dans deux séries totalisant 87 cas.
Lors de l’utilisation du clou gamma, le nombre de fractures per- et
postopératoires est plus inquiétant.
Il s’agit de refends au point
d’introduction du clou ou de la métaphyse fémorale qui peuvent
apparaître lors de son introduction dans 5 à 11% des cas.
Ces fractures sont sans grandes conséquences et ne nécessitent pas
de traitement particulier, si ce n’est le verrouillage distal du clou ou,
dans certains cas, l’utilisation d’une vis-plaque dynamique.
Des fractures plus distales ou des fractures de la corticale latérale
sont plus rares (0 à 3 %) mais peuvent nécessiter la mise en place
d’un clou plus long ou une ostéosynthèse complémentaire par
plaque.
Chez les patients asiatiques, le clou gamma standard
n’est pas bien adapté à la morphologie du fémur proximal.
L’utilisation d’un clou modifié dans cette population permet de
limiter le nombre de fractures iatrogènes à 2,6 % des cas.
Après mise en place d’un clou gamma, un nombre alarmant de
fractures proximales du fémur, suite à un traumatisme mineur, ont
été décrites (0 à 12 % des cas).
Ces fractures pourraient
être la conséquence de la fixation par trois points d’appui du clou
gamma.
Elles pourraient également être causées par la rigidité de la
tige centromédullaire, qui engendre une concentration des
contraintes à la pointe du clou, ou par la fragilisation de la diaphyse
par les vis de verrouillage.
Cette complication serait moins fréquente
(0 à 2 % de fractures peropératoires et aucune fracture
postopératoire) avec un clou moins courbe (IMHS) qui produirait
un alignement plus anatomique.
Malgré quelques désavantages, le clou trochantérien reste un
implant de choix pour le traitement de fractures pertrochantériennes
instables ou à extensions sous-trochantériennes.
* Ostéosynthèse intramédullaire rétrograde
:
L’enclouage centromédullaire fasciculé des fractures de l’extrémité
proximale du fémur a été introduit par Ender en 1969.
Il s’agit de
multiples clous élastiques de faibles diamètres qui sont insérés en
« éventail » dans le col et la tête fémorale par une petite incision en
région sus-condylienne interne.
Les problèmes rencontrés lors de l’utilisation de cette technique sont
fréquents.
Il s’agit de gênes ou de douleurs au genou (26 à 38 %) ainsi que de migrations distales des clous (15 %). Afin
de remédier à ce problème, Bitar propose l’utilisation de clous à
verrouillage distal coulissant, ce qui permet une migration contrôlée.
Un autre problème fréquent est la perforation de la tête fémorale
(3 %) suite à l’impaction du site fracturaire ou la migration
proximale des clous.
Enfin la stabilité axiale et rotatoire de
l’enclouage d’Ender est médiocre, surtout pour les fractures
pertrochantériennes instables ou à extension sous-trochantérienne.
Des consolidations en rotation externe importantes sont rencontrées
dans plus de la moitié des cas et des raccourcissements
importants ne sont pas rares (entre 0,5 et 3,5 cm : 50 %, plus de
2 cm : 7,3% à 18 %).
Chez le sujet jeune qui tolère mal ces
déformations liées à la technique, Simon et al proposent la mise
en traction continue pendant 3 à 6 semaines, ce qui semble améliorer
les résultats.
Plusieurs séries comparent les résultats de l’enclouage d’Ender à
ceux de la vis-plaque dynamique.
Dans les fractures pertrochantériennes, aussi bien stables qu’instables, le nombre de
complications et de réinterventions est plus élevé lors de l’utilisation
des clous d’Ender.
Les avantages théoriques de cette technique
(durée d’intervention plus courte, pertes sanguines moins importantes, meilleure survie) ne se confirment pas en pratique ou
ne compensent pas les déboires mécaniques rencontrés.
Comme alternative à l’enclouage d’Ender, Navarro-Quilis et al
proposent l’utilisation d’un seul clou condylocéphalique courbe
introduit en région sus-condylienne interne.
Cette technique est
également associée à de nombreuses complications (plus de 50 % de
consolidation en rotation externe, 17,4 % de migration du clou, 1,8 %
de fractures supracondyliennes).
Une étude comparant cette
technique à la vis-plaque dynamique ne démontre aucun avantage
mais confirme les moins bons résultats sur le plan mécanique.
3- Remplacement prothétique :
En cas de fracture pertrochantérienne instable, aucun implant, qu’il
soit extra- ou intramédullaire, ne permet une ostéosynthèse à l’abri
de nombreux déboires mécaniques.
De ce fait, pour les patients âgés
qui tolèrent mal les réinterventions, certains auteurs
proposent la mise en place d’une prothèse de hanche après ablation
de la partie proximale de la fracture.
Cette option thérapeutique
permet par ailleurs de traiter efficacement une coxarthrose ou toute
autre affection de l’articulation de la hanche associée.
Deux solutions
se présentent.
Soit la prothèse prend appui sur la corticale interne à
la jonction cervicodiaphysaire, et dans ce cas le grand trochanter
peut rester fixé ou, s’il est fracturé, être refixé à la diaphyse
fémorale.
Soit la prothèse recherche un appui plus distal sur la
diaphyse fémorale, et dans ce cas elle est mise en place par une voie transtrochantérienne et le grand trochanter est refixé à la prothèse
après l’intervention.
Cette dernière solution permet également
de traiter les fractures pertrochantériennes avec extensions soustrochantériennes
et même les fractures purement sous-trochantériennes.
À première vue, le remplacement prothétique semble plus agressif
et moins « biologique » que l’ostéosynthèse.
Toutefois le temps
opératoire, les pertes sanguines et la mortalité sont comparables.
De plus, cette approche permet une mobilisation avec appui
complet dès les premiers jours postopératoires et les résultats
fonctionnels sont aussi satisfaisants, si ce n’est plus, qu’après
ostéosynthèse.
En cas de fractures pertrochantériennes instables
traitées par prothèse, le taux de réintervention varie de 0,7 à 10 %.
En revanche, il varie de 2 à 14% après ostéosynthèse par vis-plaque
dynamique ou lame-plaque AO.
Le remplacement prothétique n’est toutefois pas dénué de risques.
Chan et al rapportent deux problèmes de consolidation du grand
trochanter, la conversion d’une hémiprothèse en prothèse totale et
un échange de la tête fémorale surdimensionnée, sur 55 cas opérés.
Haentjens et al rapportent un taux de luxation de 3,3 % pour les
prothèses bipolaires mais de 44,5 % pour les prothèses totales.
Ce
taux de luxation très élevé est un désavantage majeur après mise en
place d’une prothèse totale comme traitement d’une fracture perou
sous-trochantérienne associée à une affection de la hanche.
4- Fixateur externe
:
La mise en place d’un fixateur externe comme traitement d’une
fracture pertrochantérienne a été proposée comme solution de
sauvetage pour les patients gériatriques ou grabataires qui
présentent un risque important pour toute autre intervention plus
agressive.
Cette technique percutanée simple et rapide
permet d’obtenir une consolidation fracturaire dans les 2 mois et
demi à 4 mois dans tous les cas.
Pour les fractures ouvertes,
une consolidation n’a pu être obtenue qu’après 7 mois et demi en
moyenne.
On note néanmoins jusqu’à 38 % d’infection sur fiches
sans toutefois d’ostéomyélite, de 0 à 7% de perforation de la tête
fémorale et jusqu’à 15 % de consolidation en varus ou de
raccourcissement de plus de 2 cm.
De plus, la mobilité du
genou peut être limitée à cause du frottement des fiches dans les
muscles.
De ce fait, cette technique, qui est applicable sous
anesthésie locale avec sédation, doit être réservée aux seuls patients
chez qui toute autre option thérapeutique n’est pas envisageable.
Elle peut être également recommandée dans des indications plus
larges (fracture ouverte ou pathologique, polytraumatisme, refus de
transfusion sanguine, décubitus important), et là où les ressources
en matière de soins de santé ne permettent pas l’utilisation d’autres
moyens plus onéreux.
Même dans ces circonstances le fixateur
externe n’a été utilisé que dans 10 % des fractures pertrochantériennes.
5- Traitement par traction :
Encouragés par une consolidation aisée des fractures pertrochantériennes, Hornby et al ont réalisé une étude prospective
randomisée comparant le traitement par traction (Hamilton-Russell)
au traitement par vis-plaque dynamique.
Ils ont constaté que,
pour ces fractures, la mortalité, le taux de complications ainsi que
les résultats fonctionnels étaient comparables.
En revanche, ils
déplorent 4 % de pseudarthrose, un moins bon résultat anatomique
et une durée d’hospitalisation de 80 jours en moyenne dans le
groupe traité par traction.
Vu le grand nombre de patients à traiter,
les impératifs économiques de plus en plus astreignants et
l’inconfort qu’apporte le traitement par traction, cette option ne
paraît plus vraiment applicable de nos jours dans les pays
industrialisés.
6- Schéma thérapeutique
:
Pour les fractures pertrochantériennes l’ostéosynthèse par visplaque
dynamique est le traitement le plus utilisé.
Plusieurs études
comparatives ou méta-analyses ont démontré leur supériorité par
rapport à la lame-plaque ou clou-plaque, par rapport aux clous
d’Ender et même par rapport au clou gamma.
Toutefois
cette supériorité doit être relativisée, surtout en ce qui concerne les
fractures pertrochantériennes instables ou à extension soustrochantérienne.
De ce fait nous proposons un schéma thérapeutique
un peu plus nuancé.
* Fractures pertrochantériennes stables
:
Pour les fractures pertrochantériennes stables (Ender I, II, III, IV et
V), la vis-plaque dynamique est un implant très fiable qui donne
d’excellents résultats avec peu de complications et une intervention
rapide et relativement peu agressive.
Dans cette indication c’est
l’implant de choix aussi bien pour les patients jeunes que
gériatriques ou grabataires.
* Fractures pertrochantériennes instables ou à extension
sous-trochantérienne :
En ce qui concerne les fractures pertrochantériennes instables ou à
extension sous-trochantérienne, la vis-plaque dynamique ne résout
pas entièrement les problèmes liés aux contraintes très importantes
qui lui sont imposées.
Les complications mécaniques restent
fréquentes : impaction fracturaire importante avec raccourcissement
ou médialisation de la diaphyse, balayage ou perforation de la vis
cervicocéphalique, démontage de la plaque au niveau de la
diaphyse.
Pour les patients dont l’espérance de vie est supérieure à 5 ou 10
ans (d’âge physiologique inférieur à 75 ou 80 ans et en bonne
condition générale) une ostéosynthèse doit être tentée.
Si l’instabilité
résulte surtout de la comminution du grand trochanter ou de la
corticale latérale, une médialisation excessive de la diaphyse
fémorale peut être en partie évitée en associant une plaque
trochantérienne à la vis-plaque dynamique.
Si l’instabilité résulte
surtout de la comminution de la corticale interne de la diaphyse, un
clou trochantérien permet de mieux contrôler l’impaction fracturaire.
Si un problème mécanique survient, une reprise par ostéosynthèse
avec ou sans ostéotomie est envisagée chez le patient jeune.
En
revanche, pour les patients plus âgés, le remplacement prothétique
est une bonne alternative.
Pour les patients dont l’espérance de vie est inférieure à 5 ou 10 ans
(d’âge physiologique supérieur à 75 ou 80 ans ou en mauvaise
condition générale) ou si une affection associée de l’articulation de
la hanche le justifie, le remplacement prothétique peut être envisagé.
Cette intervention donne de bons résultats et permet d’éviter de
nombreux déboires mécaniques.
Si le patient est grabataire ou ne marche quasiment plus, l’impaction fracturaire a peu de conséquences et la vis-plaque dynamique ou la
vis-plaque de Medoff permettent un bon contrôle de la douleur et
une mobilisation immédiate, ce qui facilite le nursing et le retour en
maison de retraite.
C - TRAITEMENT DES FRACTURES
SOUS-TROCHANTÉRIENNES :
Les fractures sous-trochantériennes présentent les mêmes problèmes
mécaniques que les fractures pertrochantériennes instables décrites
précédemment.
Du fait des contraintes très importantes présentes
dans cette région, une ostéosynthèse stable est souvent difficile à
obtenir.
Pour des raisons mécaniques et biologiques (os
essentiellement cortical), le taux de pseudarthrose (0 à 10 %
selon l’implant utilisé) et de défaillances mécaniques (4,6 à 17,5 % selon l’implant utilisé) est plus élevé.
La plupart des techniques
d’ostéosynthèse intra- et extramédullaires décrites pour les fractures
pertrochantériennes instables sont également utilisées pour traiter
les fractures sous-trochantériennes.
Il est d’ailleurs souvent difficile
de les distinguer des fractures pertrochantériennes à extension soustrochantérienne
(Ender types VII et VIII).
Dès lors, certains
auteurs préfèrent parler de fractures péritrochantériennes
ou fractures sous-trochantériennes hautes en regroupant ces deux
types de fractures.
1- Ostéosynthèse extramédullaire
:
La lame-plaque AO 95°, le clou-plaque Staca ou de MacLaughlin
ainsi que la vis-plaque dynamique ont été utilisés pour
l’ostéosynthèse de fractures sous-trochantériennes.
Du fait de leur
fixation sur la face externe du fémur proximal, ces implants extramédullaires sont mécaniquement moins favorables que les
clous intramédullaires, surtout si la corticale interne du fémur
proximal est comminutive.
Bien que les plaques permettent une
bonne réduction de la fracture dans la plupart des cas, le taux de
démontage (8 %, 17,5 %) et de pseudarthrose (10 %) reste
élevé.
De plus l’intervention est longue et les pertes sanguines
importantes.
2- Ostéosynthèse intramédullaire
:
Le clou antégrade verrouillé (standard ou trochantérien) paraît d’un
point de vue mécanique l’implant le mieux adapté pour faire face
aux contraintes importantes présentes dans la région soustrochantérienne.
Pour le traitement de fractures soustrochantériennes
basses sans atteinte de la région
intertrochantérienne, un clou antégrade standard à verrouillage
métaphysaire permet une bonne stabilisation fracturaire et donne
de bons résultats.
En revanche si, comme dans la plupart des cas,
la fracture sous-trochantérienne a une extension en région
pertrochantérienne, un clou à verrouillage cervicocéphalique
s’impose.
Depuis le clou de Zickel qui est conçu pour être introduit
à foyer ouvert, la majorité des clous à ancrage cervicocéphalique
actuels permettent une insertion à foyer fermé (clou gamma, IMHS,
PFN, reconstruction nail).
Cette technique permet de diminuer le
temps opératoire ainsi que les pertes sanguines.
Elle permet
également de mieux respecter la biologie fracturaire, ce qui diminue
les risques de pseudarthrose (aucun cas sur 172).
En
revanche, le contrôle de la réduction fracturaire à foyer fermé n’est
pas toujours simple et des défauts de réduction en varus et en
rotation ainsi que des raccourcissements ont été décrits.
De
plus, comme lors du traitement de fractures pertrochantériennes par
clou trochantérien, des fractures iatrogènes du grand trochanter
peuvent se produire et déstabiliser l’ostéosynthèse.
L’utilisation
du clou gamma dans les fractures sous-trochantériennes est
également associée à un risque non négligeable de fractures
diaphysaires du fémur (2,5 %, 12%). Ce problème semble
résolu par l’utilisation d’un clou moins courbe dans sa partie
proximale, tel l’IMHS.
Comme pour les fractures pertrochantériennes instables, l’enclouage
rétrograde condylocéphalique des fractures sous-trochantériennes
avec un clou unique ou plusieurs clous selon la technique
d’Ender n’offre pas une stabilisation suffisante.
3- Remplacement prothétique
:
Une fracture sous-trochantérienne chez un patient âgé en bonne
condition physique et mentale peut, tout comme une fracture
pertrochantérienne instable, être traitée par une prothèse de
reconstruction bipolaire.
Cette approche permet une mobilisation
immédiate avec appui total dès les premiers jours postopératoires et évite un grand nombre de complications liées à l’ostéosynthèse.
De
plus les résultats fonctionnels sont bons ou excellents dans plus de
75 % des cas.
Lorsqu’une fracture sous-trochantérienne est associée à une atteinte
symptomatique de l’articulation de la hanche (arthrose, nécrose,
arthrite par exemple), la mise en place d’une prothèse de
reconstruction avec remplacement du cotyle permet de traiter ces
deux affections simultanément.
4- Traitement par traction :
Tout comme pour les fractures pertrochantériennes, le traitement
conservateur des fractures sous-trochantériennes a été quasiment
abandonné dans la plupart des pays industrialisés.
L’inconfort pour
le patient et la durée d’hospitalisation excessivement longue (en
moyenne plus de 3 mois) sont devenus inacceptables.
De plus, pour
le patient jeune, ce traitement ne permet pas de restituer l’anatomie
dans tous les cas et, pour le patient âgé, une immobilisation aussi
longue reste mal tolérée. Toutefois, un traitement conservateur bien
mené permet d’obtenir des résultats comparables à ceux de
l’ostéosynthèse.
Un traitement conservateur peut donc être
envisagé en cas de fracture isolée et à condition que l’ostéosynthèse
ne puisse pas être effectuée dans les meilleures conditions.
5- Schéma thérapeutique
:
Nous distinguons trois groupes de
patients : les « jeunes » en bonne condition physique et mentale (âge
physiologique inférieur à 75 ans, espérance de vie supérieure à 5 ou
10 ans, indépendance fonctionnelle), les patients « âgés » en bonne
condition physique (âge physiologique supérieur à 75 ans, espérance
de vie inférieure à 5 ou 10 ans, dépendance fonctionnelle) et les
patients grabataires.
* Patient « jeune »
:
Les patients « jeunes » en bonne condition physique et mentale sont
souvent capables de marcher sans appui pendant plusieurs
semaines, voire plusieurs mois.
Vu leur espérance de vie, le
remplacement prothétique doit être évité et une ostéosynthèse
s’impose.
Si la qualité osseuse est suffisante pour permettre une
fixation rigide et si la fracture est peu comminutive, une
ostéosynthèse par lame-plaque à 95° offre les meilleures chances de
restaurer l’anatomie et une fonction optimale.
Si en revanche, l’os
est ostéoporotique ou si la fracture est trop comminutive pour
espérer une réduction anatomique, un clou à ancrage
cervicocéphalique offre l’avantage d’une fixation plus stable et
diminue le taux de pseudarthrose et de complications mécaniques.
* Patient plus âgé
:
Les patients « âgés », même en bonne condition physique, éprouvent
souvent beaucoup de difficultés à réintégrer leur domicile si la prise
d’appui ne leur est pas permise.
La plupart des méthodes
d’ostéosynthèse ne permettent pas un appui immédiat, à part peutêtre
dans certains cas le clou à ancrage cervicocéphalique.
Si une
réduction et une stabilisation fracturaire optimales ne peuvent être
obtenues, le remplacement prothétique de la partie supérieure du
fémur est une alternative intéressante.
Vu le risque élevé de luxation
de prothèses totales dans cette indication nous préférons utiliser
systématiquement une prothèse bipolaire si le cartilage cotyloïdien
est de bonne qualité.
* Patient grabataire
:
Le but du traitement d’une fracture de hanche chez le patient
grabataire est de contrôler la douleur et de faciliter le nursing tout
en étant le moins agressif possible.
Dans ce contexte une
ostéosynthèse a minima qui permet une mobilisation indolore et une
consolidation fracturaire même en position suboptimale est
acceptable.
Le clou centromédullaire à ancrage cervicocéphalique
semble répondre le mieux à ces impératifs.
Pour certains, l’enclouage
selon Ender avec ou sans verrouillage coulissant pourrait être une
alternative.
Résultats :
Les fractures de l’extrémité supérieure du fémur ont un taux de
mortalité élevé et donnent souvent lieu à une diminution importante
des capacités fonctionnelles.
De ce fait, elles diminuent
l’indépendance du patient, ce qui engendre une perte de qualité de
vie et nécessite fréquemment le placement dans une maison de
retraite.
A - SURVIE APRÈS UNE FRACTURE DE L’EXTRÉMITÉ
PROXIMALE DU FÉMUR
:
Le taux de mortalité dans l’année qui suit une fracture de hanche
est estimé entre 10 et 30 %.
La mortalité de ce type de fracture est
surtout importante dans les 6 premiers mois.
Une étude
américaine a estimé la survie relative pendant les 5 premières
années après une fracture de hanche sur os ostéoporotique à 0,82
(IC 95 % : 0,77 à 0,87).
La mortalité d’un patient victime d’une
fracture de hanche sur os ostéoporotique est supérieure de 22 % à la
mortalité des contrôles du même âge (IC 95 % : 15 à 30 %).
À âge égal, le taux de mortalité d’une fracture de hanche est
comparable chez les hommes et les femmes.
En revanche, le nombre
absolu de décès suite à une fracture de hanche est plus élevé chez
les femmes en raison du plus grand nombre de femmes dans les
groupes d’âge avancé.
Plusieurs éléments prédictifs de mortalité ont pu être établis.
Le
score American Society of Anaesthesia (ASA) du patient et son état
mental jouent chacun un rôle indépendant, et la mortalité augmente
exponentiellement avec l’âge.
Une chute de tension peropératoire
ou une infection profonde au contact du matériel d’ostéosynthèse
ont également une influence néfaste.
En revanche, d’autres éléments,
qu’ils soient chirurgicaux ou anesthésiques, ne semblent pas être liés
à la mortalité.
Néanmoins, certaines données de laboratoire, comme
une anémie à l’admission, une diminution du taux de lymphocytes,
une hyperuricémie ou une hypercréatininémie, une
hypoalbuminémie ou une déplétion protidique, ainsi qu’un produit
phosphocalcique élevé, ont une faible valeur prédictive de la
mortalité.
Malheureusement beaucoup de ces éléments ne
peuvent pas faire l’objet d’une prévention.
En revanche, le taux de
survie à 3 mois varie également de manière significative en fonction
de la qualité de la prise en charge du patient.
B - RÉSULTATS FONCTIONNELS :
Les répercussions fonctionnelles d’une fracture de hanche sont
importantes.
Un an après l’accident, 20 à 60 % des survivants
retrouvent un niveau de mobilité ou d’indépendance comparable à
leur niveau initial.
La récupération de la mobilité est meilleure
chez les patients jeunes.
Seuls 40 % des patients qui marchaient sans
aides avant leur fracture font de même 1 an après, 25 % utilisent
une canne, 25 % un déambulateur et 10 % ne marchent plus du
tout.
Dans les semaines qui suivent une intervention chirurgicale pour
fracture de hanche, les douleurs diminuent progressivement.
Après
1 an, la plupart des patients ne se plaignent que de douleurs
occasionnelles.
Bien que les patients présentant une fracture extracapsulaire souffrent plus initialement, après 1 an ils ont en
moyenne légèrement moins de douleurs que ceux ayant eu une
fracture intracapsulaire.
C - RÉINSERTION SOCIALE :
Après une hospitalisation pour fracture de hanche, 80 % des
survivants regagnent leur domicile initial et 20 % doivent être pris
en charge à long terme.
Un an après l’accident, près de 55 % des
malades ont finalement pu rester dans leur environnement, mais,
pour la moitié d’entre eux, au prix d’une plus grande dépendance
vis-à-vis d’aides à la marche.
Les patients qui retournent chez eux
restent souvent dépendants d’une aide et présentent une invalidité
qui oblige à une prise en charge définitive.
Les possibilités de retour
au domicile sont meilleures chez les patients jeunes et les patients
ayant présenté une fracture intracapsulaire.
D - QUALITÉ DE VIE :
La diminution de la qualité de vie suite à une fracture de hanche
peut s’expliquer par des douleurs importantes.
Ensuite, et malgré
un traitement correct, la plupart des patients ne retrouvent pas, 1 an
après leur fracture, un niveau fonctionnel préfracturaire comparable
à celui d’un groupe contrôle.
Un nombre considérable de facteurs favorisent la perte de qualité
de vie.
Les facteurs préopératoires sont l’âge, les problèmes
médicaux évolutifs à l’admission, la dépendance vis-à-vis de tiers et
l’habitat du patient (patients institutionnalisés ou non).
À la sortie
de l’hôpital, la capacité de marche et les performances mentales ont
une valeur pronostique et sont des paramètres simples à utiliser en
pratique courante.
Pendant la rééducation, la réponse à des
questions simples, comme la capacité des patients à faire euxmêmes
leurs courses ou à sortir tout seuls de chez eux, permet
également de prédire la qualité de vie à plus long terme.
Un score prenant en compte quatre critères (le degré
d’institutionnalisation au moment de la fracture, la présence de plus
de deux antécédents médicaux à l’admission, l’état mental et
psychique à la sortie de l’hôpital, et les capacités de marche à la
sortie de l’hôpital) permet d’établir un pronostic de qualité de vie
après 1 an.
Cas particuliers de fractures
de l’extrémité supérieure du fémur :
A - FRACTURES ISOLÉES DU GRAND TROCHANTER
:
Les fractures isolées du grand trochanter sont rares.
Elles
surviennent soit lors d’une chute avec un impact direct sur la région trochantérienne, soit lors d’une contraction excessive des muscles
fessiers.
Souvent la fracture est comminutive et déplacée proximalement et en dedans du fait de l’action des muscles fessiers.
Toutefois le déplacement est généralement modéré car l’action de
ces muscles est compensée par le vaste latéral du quadriceps.
Traitement :
Si le déplacement est faible (< 1 cm), le traitement consiste en une
mobilisation tenant compte des douleurs et un appui partiel pendant
6 à 8 semaines.
Si le déplacement est important (> 1 cm), que le
patient est jeune et que sa qualité osseuse le permet, une
ostéosynthèse est effectuée à l’aide de broches, de vis et de cerclages
(haubanage).
Toutefois, cette ostéosynthèse est souvent précaire et
ne permet pas la prise d’appui immédiate.
Si une pseudarthrose ou une ascension de l’insertion des muscles
fessiers persiste, il en résulte une diminution de la force d’abduction
et une boiterie.
Dans ce cas, chez le patient jeune, une fixation
secondaire doit être envisagée.
B - FRACTURES ISOLÉES DU PETIT TROCHANTER
:
Les fractures isolées du petit trochanter résultent souvent d’une
contraction excessive du muscle iliopsoas avec la hanche en
hyperextension ou en abduction.
Elles sont donc toujours
déplacées proximalement et en dedans, ce qui a pour résultat une
diminution de la force de flexion en position assise.
Une fracture isolée du petit trochanter survient généralement chez
l’adolescent sportif.
Chez l’adulte ces fractures sont rares et si elles
apparaissent sans traumatisme évident, une invasion tumorale
primaire ou métastatique doit être suspectée.
Traitement
:
Si le déplacement est inférieur à 2 cm, la mise en décharge de la
hanche à l’aide de béquilles suffit.
En revanche, chez le patient jeune
et si le déplacement est supérieur à 2 cm, un vissage du fragment
peut être envisagé après une réduction à foyer ouvert par une voie
d’abord interne.
Parfois une réduction à foyer fermé est obtenue en
amenant la hanche à 90° de flexion et en rotation externe.
Dans ce
cas, la mise en place d’un plâtre pelvipédieux pendant 4 à
6 semaines peut être une alternative au traitement chirurgical.
C - FRACTURES ASSOCIÉES DE LA HANCHE
ET DE LA DIAPHYSE FÉMORALE :
0,8 à 8,6 % des fractures du fémur présentent une fracture de hanche
concomitante.
Il s’agit de fractures sous-capitales (2 %),
transcervicales (21 %), basicervicales (39 %), pertrochantériennes
(14 %) ou intertrochantériennes (24 %).
Chez le sujet jeune une
fracture du col fémoral résulte souvent d’un traumatisme à haute
énergie et est rarement isolée.
Dans 20 à 50 % des cas, elle est
associée à une fracture homolatérale de la diaphyse fémorale.
Généralement la fracture diaphysaire du fémur attire toute
l’attention, ce qui explique que 30 % des fractures de hanche
associées sont initialement méconnues.
Il est donc recommandé
de les rechercher activement.
1- Options thérapeutiques
:
Une fracture intracapsulaire associée à une fracture diaphysaire du
fémur représente un double défi.
Une méta-analyse rapporte les
résultats des différentes options thérapeutiques.
Ni le traitement
conservateur ni l’enclouage d’Ender ne permettent de bien contrôler
ces fractures complexes.
L’ostéosynthèse de la fracture de hanche
suivie d’une ostéosynthèse par plaque de la diaphyse fémorale pose
surtout des problèmes de consolidation de la fracture diaphysaire.
En revanche, l’utilisation d’un clou non verrouillé suivie d’une
fixation par vis de la fracture de hanche ne permet pas toujours de
bien contrôler la rotation et l’impaction fracturaire de la diaphyse.
De plus, une ostéosynthèse par simple vissage n’est pas optimale
pour tous les types de fracture de hanche.
Les meilleurs résultats
semblent être obtenus avec un clou à ancrage cervicocéphalique qui
contrôle bien les deux fractures ou avec un clou verrouillé classique
suivi d’une ostéosynthèse par vissage s’il s’agit d’une fracture du
col fémoral.
2- Schéma thérapeutique :
Il est clair que chez le sujet jeune, la fracture du col fémoral est
prioritaire.
En effet, il est nettement plus simple de traiter
secondairement une éventuelle pseudarthrose ou un cal vicieux de
la diaphyse qu’une nécrose de la tête fémorale ou une pseudarthrose
du col fémoral.
Il est donc primordial d’obtenir en urgence une
réduction anatomique et une fixation stable de la fracture intracapsulaire.
Parfois il est possible de traiter les deux fractures en
une fois grâce à un clou centromédullaire antérograde à verrouillage cervicocéphalique (clou gamma long, PFN, reconstruction nail).
Une
alternative intéressante est le clou centromédullaire antérograde
associé à une ou plusieurs vis canulées introduites de part et d’autre
du clou et qui prennent appui sur la corticale latérale, le calcar et
l’os sous-chondral de la tête fémorale (technique du miss a nail,
unreamed femoral nail [UFN]).
Toutefois, il faut souligner que ces
techniques qui traitent les deux fractures en une seule intervention
ne peuvent en aucun cas autoriser un compromis quant à la qualité
de la réduction ou de la stabilisation de la fracture du col fémoral.
Afin d’éviter ce risque, surtout si la fracture du col fémoral est
déplacée, il est parfois préférable de réaliser l’ostéosynthèse des
deux fractures séparément.
La fracture du col fémoral est alors
traitée de manière optimale par un vissage ou une vis-plaque
dynamique.
Ensuite la fracture diaphysaire est stabilisée soit par une
plaque vissée ou, mieux encore, par un clou centromédullaire
rétrograde verrouillé introduit par l’échancrure intercondylienne du
genou.
D - FRACTURES PATHOLOGIQUES
:
Vu la présence de contraintes importantes dans la région proximale
du fémur, toute lésion entraînant une diminution de la résistance
osseuse peut causer une fracture pathologique.
De ce fait, que la
lésion soit bénigne ou maligne, il est conseillé d’effectuer un
traitement préventif avant qu’une fracture ne survienne.
Le risque
de fracture est important si la lésion est étendue, c’est-à-dire :
supérieure ou égale à 13 mm au niveau du col fémoral, supérieure
ou égale à 30 mm en région trochantérienne ou plus de 50 % de la
circonférence de la corticale en région sous-trochantérienne.
1- Fractures pathologiques sur lésion bénigne
:
Bien que parfois agressives et récidivantes, les tumeurs osseuses
bénignes (tumeur à cellules géantes, dysplasie fibreuse, fibrome non
ossifiant, chondrome, chondroblastome...) ou les kystes (kyste
essentiel ou anévrismal) sont en règle générale de bon pronostic. De
ce fait, et surtout chez le patient jeune, une solution qui préserve le
stock osseux est conseillée.
Une ostéosynthèse stable après curetage
de la lésion et greffe osseuse semble la meilleure solution.
Le type d’ostéosynthèse varie selon la localisation de la fracture.
S’il
s’agit d’une fracture trochantérienne ou sous-trochantérienne, un
clou trochantérien offre d’un point de vue mécanique la meilleure
stabilité.
En revanche, si des greffons osseux doivent être introduits,
l’avantage d’une technique à foyer fermé est perdu et le clou remplit la cavité médullaire, ce qui complique la mise en place des greffons.
Une lame-plaque à 95° ou à 130°, mise en place par un abord latéral,
facilite le curetage et l’introduction de greffons osseux. En revanche,
l’important bras de levier de ces implants ne permet pas un appui
immédiat.
L’ostéosynthèse d’une fracture du col fémoral sur lésions bénignes
est souvent illusoire car le stock osseux est limité.
Dans ce cas, le
recours au remplacement prothétique, même chez le patient jeune,
est inévitable.
Il est donc essentiel de reconnaître ces lésions dès que
possible et de les traiter préventivement si elles présentent un risque fracturaire.
2- Fractures pathologiques sur tumeur osseuse maligne
:
Une fracture de l’extrémité proximale du fémur sur tumeur osseuse
maligne (chondrosarcome, ostéosarcome, fibrosarcome,
lymphome...) est généralement de mauvais pronostic.
Le traitement
de ces lésions est surtout déterminé par la tumeur et moins par la
fracture, ce qui sort du contexte de cet exposé.
Si aucune métastase n’est décelée, une résection large suivie d’une
reconstruction prothétique ou d’une désarticulation de hanche peut
être envisagée.
Parfois, ce traitement est accompagné d’une
radiothérapie et/ou d’une chimiothérapie adjuvante.
Si des lésions
métastatiques sont présentes ou s’il s’agit d’un myélome, le
pronostic à moyen terme est mauvais et un traitement
essentiellement palliatif s’impose.
3- Fractures pathologiques sur lésion métastatique
:
Les fractures de l’extrémité proximale du fémur sur lésion
métastatique (cancer du poumon, du sein, de la prostate, de la
thyroïde, hypernéphrome...) sont fréquentes.
Le but du traitement
est essentiellement palliatif.
Il faut contrôler au mieux les douleurs
et favoriser le retour au domicile et ce dans le plus bref délai.
Il est
donc essentiel de choisir une solution qui permette une rééducation
rapide avec mise en charge immédiate.
Si la fracture se situe au col fémoral, une ostéosynthèse stable est
souvent illusoire et il faut recourir au remplacement prothétique
dans tous les cas.
Si le cartilage du cotyle est intact, une prothèse
bipolaire est une possibilité.
Toutefois, si une radiothérapie
adjuvante est prévue, il est préférable de recourir à une prothèse
totale d’emblée, car la radiothérapie peut entraîner une destruction
rapide du cartilage cotyloïdien.
Si la fracture se situe en région per- ou sous-trochantérienne, une
ostéosynthèse à l’aide d’un clou trochantérien permet de stabiliser
la fracture et de contrôler rapidement les douleurs.
Une
alternative est la mise en place d’une vis-plaque ou lame-plaque
après curetage et remplissage de la lésion tumorale par du ciment
acrylique.
Toutefois cette intervention est lourde, souvent
hémorragique et elle ne permet pas toujours la prise d’appui
immédiate.
La mise en place d’une prothèse de reconstruction
bipolaire ou totale après résection, même partielle, de la lésion
métastatique est une autre possibilité.
Ce traitement est également
assez lourd mais contrôle bien les douleurs et permet un appui total
immédiat.
Quel que soit le traitement choisi, il doit être suivi de radiothérapie
ou de chimiothérapie en fonction de la tumeur primitive car il
n’arrête pas la progression tumorale.
E - FRACTURES DE STRESS DU COL FÉMORAL
:
Une fracture de stress représente une défaillance mécanique de l’os
suite à des contraintes répétées dépassant la résistance osseuse.
Cette
affection apparaît lorsque la résistance osseuse diminue (fracture
d’insuffisance) et/ou lorsque les contraintes répétées dépassent le
seuil de tolérance de l’os (fracture de fatigue).
Contrairement aux
fractures classiques, ces fractures apparaissent de manière
insidieuse.
1- Incidence :
Chez le patient jeune, les fractures de stress sont le résultat d’une
activité physique accrue (fracture de fatigue).
Aux États-Unis, 0,2 à
4 % des hommes et 1 à 13 % des femmes en souffrent lors
d’entraînements militaires intensifs.
En Israël, ce taux varie de 30 à
50 %.
Dans une population de joggeurs amateurs, l’incidence varie
de 4,5 à 37 %.
Généralement, il s’agit de fractures de stress du tibia.
Au fémur, ces fractures ne représentent que 14 % du nombre total et
elles se manifestent surtout chez des joggeurs plus âgés.
Chez le patient âgé, une fracture de hanche spontanée mais non
pathologique (2,9 % des fractures de hanche) peut être considérée
comme une fracture d’insuffisance.
Toutefois il est souvent difficile
de faire la distinction entre un traumatisme mineur ou une chute
entraînant une fracture, et une fracture spontanée suivie d’une chute.
2- Diagnostic :
Généralement une fracture de stress du col fémoral cause des
douleurs dans le pli inguinal lors de la palpation ou de la mise en
charge.
Toutefois, les douleurs sont parfois ressenties uniquement
à la partie distale de la cuisse ou dans le genou.
Si la fracture est non déplacée, les signes radiologiques sont souvent
discrets et une radiographie de face et de profil centrée sur la hanche
est peu sensible.
Parfois il s’agit d’une ligne fracturaire visible
au bord supérieur du col fémoral (fracture en zone de tension) ou à
sa base (fracture en compression).
Parfois, seul un processus
de guérison est visible sous forme d’une densification osseuse ou
d’un discret épaississement de la corticale du col fémoral.
Dans ce
cas, un CT scanner permet de différencier ce cal osseux d’un
ostéome ostéoïde, d’un processus tumoral, d’une ostéomyélite ou
encore d’une dysplasie ou d’un infarctus osseux.
Bien que très aspécifique, la scintigraphie osseuse est très sensible et
permet un examen du corps entier, ce qui facilite le diagnostic
précoce de lésions encore asymptomatiques chez le patient à risque.
En phase aiguë, aussi bien les images précoces (hypervascularisation
et réaction inflammatoire) que les images tardives (hyperactivité
osseuse) sont positives.
Lors du processus de guérison, une
accumulation du marqueur isotopique est uniquement visible sur
les images tardives (remodelage osseux).
La résonance magnétique nucléaire est au moins aussi sensible mais
plus spécifique que la scintigraphie osseuse.
Elle permet de
visualiser la ligne fracturaire qui se prolonge dans la corticale du col
fémoral et qui est entourée d’une zone d’oedème endomédullaire.
3- Classification :
En 1965, Devas classait les fractures de stress du col fémoral selon
leur morphologie en deux groupes : fractures en compression
(tassement dans une zone de compression du col fémoral) et
fractures transverses (fracture perpendiculaire aux lignes de force
du col fémoral).
Cette classification a été reprise et affinée par Fullerton et
Snowdy :
– fracture en zone de compression : ligne fracturaire ou, plus
fréquemment, cal endostal et/ou périostal au niveau de la base du
col fémoral dans une zone de compression ;
– fracture en zone de tension : ligne fracturaire ou cal endostal et/ou
périostal au niveau du bord supérieur du col fémoral dans une zone
de distraction ;
– fracture déplacée : fracture du col fémoral avec déplacement
secondaire.
4- Traitement
:
Les fractures en zone de compression sont généralement stables et
ont peu de tendance au déplacement secondaire.
Elles peuvent être
traitées avec du repos et la mise en décharge jusqu’à disparition des
plaintes et normalisation de la radiographie. Un suivi
radiologique régulier s’impose.
Si des radiographies consécutives
montrent un déplacement secondaire (rare) ou un élargissement de
la ligne fracturaire, une ostéosynthèse doit être réalisée.
Les fractures en zone de tension sont moins stables.
Pour certains
elles peuvent être traitées conservativement pour autant qu’il
s’agisse d’un diagnostic essentiellement isotopique et que le trait de
fracture ne soit pas visible ou strictement non déplacé sur un cliché
conventionnel.
Pour d’autres, et c’est également notre avis, elles
doivent toutes bénéficier d’une ostéosynthèse préventive car il s’agit
d’une intervention mineure qui peut éviter un déplacement
secondaire aux conséquences souvent catastrophiques.
Lors de cette
ostéosynthèse, le col fémoral peut être avivé afin de favoriser la
guérison fracturaire.
Les fractures de stress déplacées, comme toute autre fracture intracapsulaire instable, nécessitent un traitement chirurgical.
S’il
s’agit de patients jeunes, une réduction anatomique suivie d’une
ostéosynthèse en urgence s’impose.
S’il s’agit de patients plus
âgés, le remplacement prothétique peut être envisagé afin d’éviter
les complications liées à l’ostéosynthèse.
5- Complications
:
Les complications les plus fréquentes sont liées au déplacement
secondaire ou au diagnostic tardif.
Il s’agit de nécrose de la tête
fémorale, de refracture, de retard de consolidation ou de
pseudarthrose.
En combinant trois séries (38 cas), le taux de
complication en cas de fracture déplacée ou diagnostiquée
tardivement est de 21 % de nécroses et de 10,5 % de pseudarthroses
ou retards de consolidation.
Chez le sujet jeune tout doit être tenté pour éviter le remplacement
prothétique.
En cas de pseudarthrose, une ostéosynthèse associée à
une greffe osseuse peut donner de bons résultats.
Chez le sujet plus
âgé, la mise en place d’une prothèse de hanche biarticulée ou totale
est préférable.