Les fibroses systémiques regroupent principalement les fibroses rétropéritonéales, la panniculite mésentérique
et la mésentérite rétractile, les fibroses médiastinales et les thyroïdites de Riedel.
Toutes ces fibroses peuvent
s’associer entre elles.
Fibroses rétropéritonéales :
Les fibroses rétropéritonéales (FRP) représentent
la localisation la plus fréquente des fibroses
systémiques.
Il s’agit d’une pathologie rare, observée
dans moins de 1 cas pour 10 000.
Il s’agit d’une transformation progressive du tissu rétropéritonéal en une nappe sclérofibreuse et
rétractile, centrée sur les gros vaisseaux.
Elle s’étend
des hiles rénaux au promontoire où elle prédomine.
Toutes les structures rétropéritonéales, abdominales,
pelviennes et thoraciques peuvent être intéressées
par la fibrose.
A - Étiologie des FRP :
Les FRP relèvent de multiples causes :
– vasculaires ;
– traumatiques ;
– inflammatoires ;
– infectieuses ;
– réactionnelles.
Deux causes sont à rechercher
systématiquement :
– une néoplasie ;
– une prise médicamenteuse.
La FRP idiopathique est probablement en rapport
avec une réaction immuno-allergique à la plaque
d’athérome.
B - Clinique
:
Les FRP s’observent majoritairement chez les
hommes, entre 40 et 60 ans.
Le stade initial se caractérise par une
symptomatologie douloureuse associée à des signes
généraux parfois extrêmement sévères et des
troubles digestifs non spécifiques.
Les douleurs sont
modérées, continues, uni- ou bilatérales, de siège
principalement abdominal, dorsal ou à la base des
flancs.
Elles peuvent irradier vers la région périombilicale, les quadrants abdominaux inférieurs,
les cuisses.
L’examen clinique est le plus souvent
négatif ou révèle une masse abdominale indolore
dans la région ombilicale ou hypogastrique, parfois
pulsatile, devant faire suspecter un anévrisme
inflammatoire.
À un stade chronique, les signes résultent de
l’extension de la fibrose.
Ils sont dominés par les
douleurs, les signes urinaires associés à un
syndrome inflammatoire biologique.
Les douleurs
sont permanentes ou spastiques, associées à une
dysurie, une anurie permanente ou à éclipse.
L’insuffisance rénale, présente dans près de 50%
des cas, est à l’origine de nausées, d’anorexie et
d’une hypertension artérielle.
L’extension aux
organes de voisinage entraîne des signes
vasculaires, abdominaux, pelviens ou thoraciques.
Examens paracliniques :
Un syndrome inflammatoire est présent dans
plus de 70 % des cas, associé à une anémie
normochrome normocytaire secondaire.
L’insuffisance rénale s’associe parfois à une
hématurie et/ou une protéinurie.
Un dosage
systématique des lacticodéshydrogénases (LDH), Ca
125, antigène carcino-embryonnaire (ACE) doit être
fait afin d’éliminer une cause néoplasique.
Certains examens sont réalisés en première
intention, en fonction de la symptomatologie
dominante :
– urographie intraveineuse (UIV) ;
– urétéro- pyélographie rétrograde (UPR) ;
– échographie ;
– cavographie ;
– artériographie.
Dans tous les cas, un scanner et/ou une imagerie
par résonance magnétique (IRM), devront être
effectués à la phase initiale et lors du suivi.
L’échographie, le scanner et l’IRM visualisent la
fibrose, précisent son épaisseur, son étendue et ses
rapports avec les structures adjacentes.
Ces examens
recherchent une organomégalie, une masse
abdominale ou pelvienne.
L’échographie et le
scanner peuvent guider un geste biopsique et
permettent de suivre l’évolution sous traitement.
L’IRM procure les mêmes renseignements, mais sans
injection de produit contraste, élément important
chez ces patients souvent insuffisants rénaux.
Aucune de ces investigations ne précise l’origine
bénigne de la FRP.
Au moindre doute, une
laparotomie ou une laparoscopie avec biopsies
multiples doit être réalisée.
A - Conduite à tenir
:
Poser le diagnostic de FRP impose de transférer le
patient en milieu hospitalier chirurgical (vasculaire
ou urologique) ou médical.
Cette affection, bénigne
histologiquement (en dehors des coulées
néoplasiques), est responsable d’un décès dans 15 à
20%des cas.
La décision thérapeutique sera fonction :
– des menaces que la FRP fait peser sur le
pronostic vital et/ou sur la vitalité d’un organe ;
– de la cause de la FRP (le traitement des FRP
néoplasiques repose sur celui du cancer primitif : une
FRP iatrogène peut régresser à l’arrêt du traitement) ;
– de la présence de facteurs de mauvais
pronostic (âge élevé et insuffisance rénale).
B - Indications principales
du traitement chirurgical
:
* Anévrisme inflammatoire.
* Insuffisance rénale rapidement évolutive,
hydronéphrose sévère ou un sepsis.
* Indication diagnostique avec exploration
complète de la cavité péritonéale et rétropéritonéale
avec multiples biopsies profondes.
C - Indications du traitement médical :
La corticothérapie est efficace sur tous les signes
cliniques et le syndrome inflammatoire dans un
délai de 7 à 10 jours.
Les conditions du succès sont :
– une posologie initiale élevée (supérieure ou
égale à 0,5 mg/kg/j) ;
– une phase d’attaque de 4 à 6 semaines ;
– une diminution lente pendant une durée
minimale de 6 mois ;
– une durée de dose d’entretien de 5 mg/j
pendant au moins 1 an.
Les indications sont :
– des manifestations systémiques prédominantes
sans complications vasculaires ou
urologiques sévères ;
– les formes urologiques sans altération de la
fonction rénale ou sepsis ;
– en pré- et postopératoire d’un geste chirurgical
le plus souvent urologique ;
– en cas de contre-indication à la chirurgie.
Des bolus de solumédrol peuvent précéder la
corticothérapie per os, et en cas d’échec, un autre
immunosuppresseur peut être proposé.
La surveillance clinique, biologique, scannographique
de ces patients doit être prolongée, des
rechutes étant possibles très à distance de la phase
aiguë (10-12 ans).
Fibroses médiastinales :
Les fibroses médiastinales (FM) sont rares et
représentent moins de 10 % des masses
médiastinales isolées.
Elles siègent préférentiellement
dans le médiastin antérosupérieur et
s’associent fréquemment à une atteinte pulmonaire.
Il n’existe pas de prédominance de sexe, ni d’âge.
Il faut rechercher systématiquement une cause
infectieuse (histoplasmose en zone d’endémie et
tuberculose principalement), une néoplasie, une
cause médicamenteuse.
Dans de nombreux cas, la
FM est idiopathique.
A - Clinique :
Un syndrome cave supérieur révèle la fibrose
dans 60% des cas, avec oedème cervicocéphallique,
circulation collatérale, turgescence des jugulaires et
céphalées.
Une dyspnée d’effort, des hémoptysies
peuvent traduire une sténose trachéale, une atteinte
pulmonaire ou une atteinte vasculaire pulmonaire.
La dysphagie est rarement révélatrice.
B - Paraclinique :
Le bilan de la fibrose repose sur la tomodensitométrie
(TDM) et l’IRM.
C - Conduite à tenir
:
Dans la majorité des cas, une intervention
chirurgicale est nécessaire, à but diagnostique et
thérapeutique.
La corticothérapie semble, au cours
des FM, sans intérêt.
Panniculite mésentérite
et mésentérite rétractile :
La panniculite mésentérite (état d’inflammation
subaiguë du mésentère) s’observe surtout chez les
hommes, âgés en moyenne de 55 ans.
Cette
affection très rare entraîne des douleurs
abdominales souvent périombilicales, des troubles
du transit associés fréquemment à un amaigrissement
et un état subfébril.
Lors de l’examen, il
existe une masse abdominale périombilicale sans
contours nets, non pulsatile.
Un syndrome inflammatoire est fréquent. Les
explorations digestives révèlent une compression
extrinsèque.
Le scanner abdominal montre une
masse hypodense, inhomogène.
La laparotomie établit le diagnostic.
Après des
poussées, l’évolution est, en principe, spontanément
favorablement.
Une surveillance est nécessaire du
fait de l’association possible avec un lymphome.
La mésentérite rétractile apparaît chez des
patients qui ont un passé de douleurs abdominales
et de troubles du transit.
Les signes sont des douleurs
violentes, iliaques, avec parfois un tableau occlusif
ou subocclusif révélateur.
L’examen révèle une ou
des masses molles, élastiques, mal délimitées et peu
douloureuses, para-ombilicales ou situées dans la
fosse iliaque.
Le transit du grêle montre des anses
rétrécies, dentelées, sténosées.
L’échographie et le
scanner notent des masses hétérogènes et
recherche une FRP associée.
En dehors de quelques
succès obtenus par la corticothérapie plus ou moins
associée à de la colchicine, l’évolution est le plus
souvent défavorable.
Les épisodes occlusifs se
succèdent imposant des traitements appropriés puis
apparaît un anarsaque irréversible.
Thyroïdite de Riedel :
Cette thyroïdite fibreuse invasive, extrêmement
rare, s’exprime essentiellement par une
augmentation rapide du volume de la thyroïde,
souvent sur un goitre ancien.
La thyroïde devient
très dure et adhérente aux structures adjacentes.
Des
signes de compression des organes de voisinage
sont fréquents.
Il n’existe, en principe, pas de
syndrome inflammatoire. Le bilan thyroïdien est,
dans la majorité des cas, normal, mais une
hypothyroïdie, et moins souvent une hyperthyroïdie,
ont été décrites.
Des anticorps antithyroïdiens sont
observés dans près de 70%des cas.
L’échographie montre une masse hypoéchogène,
qui s’étend aux structures adjacentes.
Le
scanner et l’IRM confirment la lésion et ses rapports.
Cette thyroïdite s’associe fréquemment avec une
autre fibrose.
Le traitement est essentiellement chirurgical, à la
fois diagnostique et thérapeutique de
décompression.