Fibrome desmoïde intraosseux Cours de l'appareil locomoteur
Épidémiologie
:
Il s’agit d’une tumeur très rare qui représente de 0,1 à 0,3 % des
grandes séries de tumeurs osseuses selon Taconis.
Dans une revue
de 198 cas de la littérature, Bohm trouve un sex-ratio de 1 et un âge
moyen de 23 ans et Inwards note que 74 % des cas surviennent
dans les 3 premières décennies de la vie.
Des cas de fibrome desmoïde intraosseux ont été décrits en
association avec une dysplasie fibreuse ou une maladie de Paget.
Clinique :
La symptomatologie n’a rien de spécifique, ces tumeurs ont une
évolution lente.
Les fractures pathologiques ne sont pas rares, dues aux caractères
lytiques de la lésion, elles surviennent dans 12 % des cas.
Localisation :
Cette tumeur atteint tous les os, avec cependant une prédominance
pour la mandibule, le bassin et le fémur.
Tous les autres os
peuvent être touchés, notamment les vertèbres et le sacrum.
Sur les os longs, la localisation est métaphysaire.
Imagerie :
Il s’agit d’une lésion lytique, soufflante, qui peut avoir un aspect en
« carte de géographie », avec des limites plus ou moins condensées
dans la majorité des cas.
Un aspect trabéculé, en « nid d’abeilles », est retrouvé dans 92 %
des cas, des appositions périostées dans 89 % des cas et une
rupture corticale dans 28 % des cas.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est l’examen de choix
pour le bilan d’extension.
La tumeur présente des zones en hyposignal intermédiaires en T2, sans que ces zones correspondent
à des calcifications sur la radiographie standard.
Anatomie et pathologie :
Le fibrome desmoïde est constitué de cellules fibroblastiques de
petite taille associées à d’abondantes fibres de collagène regroupées
en épais trousseaux.
Ces fibroblastes ne présentent pas d’atypies cytonucléaires.
Les
mitoses sont absentes.
À sa périphérie, la lésion peut infiltrer le tissu osseux adjacent.
Le fibrome desmoïde représente la contrepartie osseuse des tumeurs
desmoïdes des tissus mous. Une étude cytogénétique a d’ailleurs
permis d’identifier le même type d’anomalies, avec une trisomie 8
et/ou 20, dans ces deux groupes lésionnels.
Traitement :
La biopsie reste un préalable indispensable avant le traitement
définitif de la tumeur ; elle est, de préférence, chirurgicale afin de
fournir au pathologiste suffisamment de matériel tumoral.
Le trajet
de cette biopsie doit se situer sur le trajet d’une future incision de
résection.
Cette tumeur, qui a un haut potentiel de récidive locale, relève d’un
traitement par résection si possible large.
Ces techniques de
résection sont habituellement suivies d’une reconstruction variable
selon la localisation ; cette reconstruction peut faire appel à des
autogreffes, des allogreffes, ou un mélange des deux associé à un
matériel d’ostéosynthèse lorsque la résection est extra-articulaire ;
lorsque la résection intéresse l’articulation, la reconstruction fait
appel à des prothèses plus ou moins massives.
Nishida propose, quant à lui, un curetage agressif qui peut être
utilisé lorsqu’une résection est techniquement impossible comme
dans les localisations vertébrales. Lorsque la localisation le permet,
il est possible de compléter le curetage par une cryothérapie à l’azote
liquide ; cependant, dans notre expérience, ce traitement adjuvant
est d’un maniement difficile et il se complique parfois de nécroses
osseuses étendues.
En cas de découverte lors d’une fracture pathologique, il convient
de réaliser une biopsie sans ostéosynthèse afin d’effectuer le
diagnostic, puis, secondairement, de réaliser la résectionreconstruction.
Évolution et pronostic :
Tous les auteurs s’accordent sur le fait que cette tumeur possède un
haut potentiel de récidive locale.
Bohm pense que l’indice de
prolifération de ces formes osseuses, qui est trois fois supérieur aux
formes extraosseuses sur l’analyse de l’acide désoxyribonucléique
(ADN), est une explication à ces récidives fréquentes.
Ce risque de récidive locale est de 55 à 72 % après curetage, de 17 %
après résection marginale, et nul si les marges de résection sont
larges. Gebhardt insiste sur le risque d’amputation après récidive locale
itérative.
Lors de sa revue de la littérature, Bohm retrouve trois cas de
métastases (sur les 198 cas répertoriés) survenues après récidive
locale ; cependant, un diagnostic erroné de fibrome desmoïde a peutêtre
été porté devant un fibrosarcome de bas grade dans ces trois
cas.