Introduction
:
L’exploration des fosses nasales est le prélude à la prise en charge
de toute pathologie rhinosinusienne.
Longtemps rudimentaire, faute
de moyen visuel, la connaissance de l’anatomie et de la
physiopathologie des affections nasosinusiennes s’enrichit
constamment grâce à l’introduction de techniques nouvelles
d’exploration :
optiques, rhinomanométrie, imagerie, étude de la
fonction mucociliaire et bientôt la génétique.
Exploration physique nasale :
A - INSPECTION :
Toute exploration physique des fosses nasales débute par l’examen
de la pyramide nasale de face et de profil puis de l’auvent nasal en
déflexion modérée de la tête vers l’arrière pour mieux apprécier la
perméabilité des deux orifices narinaires.
À l’inspiration forcée, un
collapsus du mur cartilagineux (cartilage alaire et triangulaire) peut
être mis en évidence.
La traction de la joue vers le haut et l’arrière
(manoeuvre de Cottle), lorsqu’elle améliore le phénomène obstructif,
signe son origine cartilagineuse.
La pression digitale vers le haut de
la pointe nasale permet d’apprécier la position septale antérieure
par rapport à la columelle.
B - RHINOSCOPIE ANTÉRIEURE AU SPÉCULUM
:
La rhinoscopie antérieure permet de visualiser surtout les 3 premiers
centimètres de la fosse nasale, dont la longueur, de l’orifice narinaire
à la choane, est de 9 à 11 cm.
Elle s’effectue sur un sujet assis, alors
que l’examinateur, muni d’un éclairage frontal, tient dans une main
un spéculum nasal : spéculum à valve de Vacher ou de Duplay ou
spéculum de Killian ou de Palmer ou, chez le nourrisson, un
otoscope.
Le spéculum introduit fermé dans la fosse nasale est
ouvert progressivement.
Son inclinaison permet d’observer
essentiellement la tête du cornet inférieur, le plancher antérieur de
la fosse nasale et le pied de cloison.
Le défléchissement de la tête
vers l’arrière permet d’observer le cornet moyen et, plus rarement,
la région méatique moyenne et la choane.
L’anesthésie locale n’est
pas indispensable à la réalisation de l’examen, mais l’utilisation d’un
vasoconstricteur permet d’élargir le champ de vision.
La rhinoscopie
antérieure est un examen de débrouillage et est toujours complétée
par un examen à l’optique dès qu’une pathologie nasosinusienne
est présente.
C - RHINOSCOPIE POSTÉRIEURE AU MIROIR
:
Elle s’effectue à l’aide d’un miroir à cavum de petite taille fixe ou à
inclinaison variable.
Celui-ci est introduit par voie buccale, miroir
vers le haut, un abaisse-langue refoulant la base de la langue vers le
bas.
La rhinoscopie postérieure donne une vision indirecte sur toutes
les parois du cavum, les trompes auditives, les choanes et les queues
de cornets.
Le voile étant une région particulièrement réflexogène,
l’inconfort de l’examen est diminué par l’anesthésie locale en
pulvérisation.
La rhinoscopie postérieure est parfois insuffisamment
informative, voire de réalisation impossible en raison de certaines
configurations anatomiques du voile qui peut être long, épais ou
trop proche de la paroi pharyngée postérieure.
Le positionnement
du miroir peut être gêné par une base de langue forte et haute.
Dans
ces cas, la rhinoscopie peut néanmoins avoir lieu sous anesthésie
locale ou anesthésie générale à l’aide de releveurs de voile (sonde
de Nélaton ou d’aspiration fine).
Les sondes passées par les fosses
nasales sont récupérées par voie buccale pour tendre vers l’avant et
raccourcir le voile autorisant le passage d’un miroir ou d’une pince
à biopsie.
La rhinoscopie postérieure a perdu de son intérêt depuis
l’avènement de l’endoscopie nasale.
D - ENDOSCOPIE DES FOSSES NASALES ET DU CAVUM :
Devenue un moyen d’investigation incontournable, l’endoscopie
nasale a révolutionné nos connaissances de l’anatomie et de la
pathologie nasosinusienne.
Deux moyens techniques endoscopiques
complémentaires sont à la disposition du clinicien : le fibroscope
et l’optique rigide.
1- Nasofibroscopie :
Le nasofibroscope, composé de fibres optiques souples, d’un
diamètre de 2,1 à 3,7 mm, sans canal opérateur et muni d’un
béquillage à 90°, constitue le moyen usuel d’exploration nasale.
L’examen fibroscopique se déroule le plus souvent sans anesthésie
locale.
La mise en place d’un vasoconstricteur dans les fosses nasales
autorise un meilleur béquillage de l’extrémité du fibroscope et une
bonne observation des méats.
L’utilisation du fibroscope est bimanuelle, ce qui rend impossible tout geste associé.
La nasofibroscopie est le plus souvent réalisable chez le nouveau-né et
le nourrisson.
Elle peut contribuer au diagnostic d’atrésie choanale
ou d’hypertrophie des végétations adénoïdes et, au-delà, à
l’exploration du larynx.
2- Endoscopie à l’optique rigide :
Elle a recours à des sinuscopes de 4 mm de diamètre ou de 2,7 chez
l’enfant à vision directe ou à 30°.
La qualité de l’image obtenue est
inégalable et ne présente ni déformation ni quadrillage
contrairement au nasofibroscope.
Elle est davantage adaptée à
l’enregistrement vidéo sur microcaméra.
L’optique est raccordée à
une source de lumière froide à 150 ou 250 watts par un câble à
lumière froide.
La réalisation de l’endoscopie n’est possible qu’après
anesthésie locale et vasoconstriction des fosses nasales à l’aide de Xylocaïnet naphazolinée à 5 % ou de Xylocaïnet adrénalinée à 1 %
ou de cocaïne ou de Xylocaïnet simple chez l’enfant.
Le
tamponnement de la fosse nasale est soit global à l’aide d’un coton
imbibé de produit ou sélectif à l’aide de plusieurs cotonoïdes
disposés aux méats moyen, supérieur et le long du cornet inférieur.
L’optique rigide, tenue dans une main, libère l’autre main pour le
maintien éventuel d’un instrument endonasal : aspiration, pinces à
biopsie, décolleur, brosse pour examen cytologique ou écouvillon
pour examen bactériologique.
3- Anatomie endoscopique :
L’exploration des fosses nasales se fait d’avant en arrière selon deux
voies.
L’une basse, longe le plancher nasal entre le septum en
dedans et le cornet inférieur en dehors jusqu’à la choane.
L’autre
voie est sus-jacente, au-dessus du cornet inférieur vers le cornet
moyen, le méat moyen et le méat supérieur.
En arrière de la bosse
lacrymale apparaît la tête du cornet moyen.
On accède au méat
moyen en glissant l’optique entre les deux cornets avec, s’il le faut,
une spatule rabattant vers la cloison le cornet moyen.
L’unciforme,
la bulle et le cornet moyen délimitent d’avant en arrière les
gouttières unciturbinale, uncibullaire et bulloturbinale.
En longeant
le cornet moyen, on accède à l’arche choanale et au méat supérieur
sus-jacent avec le cornet supérieur et l’ouverture des cellules
ethmoïdales postérieures, le récessus sphénoethmoïdal et l’orifice
sphénoïdal.
La placode olfactive située au faîte de la fosse nasale,
dans la région interseptoturbinale haute et postérieure, n’est pas visible à
l’aide d’une optique et de façon très inconstante à l’aide d’un
fibroscope.
4- Sinuscopie :
Les sinuscopies maxillaire et frontale à visée diagnostique ne sont
quasiment plus réalisées grâce aux connaissances acquises des
affections nasosinusiennes et à l’imagerie.
5- Épipharyngoscopie :
L’observation par voie buccale et rétropharyngée du cavum peut
être réalisée à l’aide d’une optique à 70° ou 90°.
Cet examen donne
une vue plus globale du cavum que par voie de rhinoscopie
antérieure, mais il nécessite la même préparation que la rhinoscopie
postérieure au miroir ; c’est pourquoi il est peu utilisé.
6- Désinfection du matériel endoscopique
:
Les règles de désinfection du matériel d’endoscopie sont devenues
drastiques.
L’objectif est la protection du patient et du personnel
vis-à-vis des infections nosocomiales par l’élimination de microorganismes,
des résidus sanguins et organiques.
Toute manipulation
des fibroscopes doit être effectuée avec port de gants, de masque et
de blouse.
La désinfection est réalisée selon un protocole encore
évolutif : vérification de l’étanchéité, décontamination de la totalité
du fibroscope pendant 15 minutes dans un mélange d’Hexaniost et
d’eau, brossage, rinçage à l’eau courante pendant 5 minutes,
désinfection au Stéraniost à 2 % pendant 20 minutes, rinçage à l’eau
filtrée pendant 5 minutes, essuyage dans un champ stérile,
rangement dans un champ stérile.
Les fibroscopes avec canal
opérateur doivent être désinfectés pendant 1 heure.
Le glutaraldéhyde pourrait être prochainement remplacé par l’acide
paracétique, susceptible d’éliminer le prion.
Les produits de
décontamination étant corrosifs pour les gaines des fibroscopes,
l’utilisation de gaine de protection à usage unique est le seul moyen
susceptible de prolonger la durabilité d’un matériel onéreux.
Les
optiques rigides doivent être autoclavées à 137 °C selon un protocole
antiprion.
La traçabilité des fibroscopes et optiques rigides est
actuellement obligatoire.
Exploration par imagerie
:
L’endoscopie nasale sert à visualiser essentiellement les fosses
nasales.
Les méats ne sont qu’un reflet approximatif de l’état des
sinus ; c’est pourquoi l’examen radiologique est nécessaire en cas de
suspicion de rhinosinusite ou de bilan d’extension des tumeurs.
A - RADIOGRAPHIES STANDARDS :
Consistant en quatre incidences standards : nez-front, nez-menton,
profil et Hirtz, elles ont progressivement été abandonnées au profit
du scanner et ne gardent qu’une indication limitée de débrouillage
en pathologie traumatique et infectieuse.
B - IMAGERIE PAR TOMODENSITOMÉTRIE :
La technique d’exploration consiste à réaliser des coupes coronales
et axiales en coupes fines de 0,5 mm d’épaisseur, sans injection de
produit de contraste excepté lors de l’étude des processus tumoraux.
Le plan de coupe coronale le plus utile est celui qui se rapproche de
la vision obtenue en endoscopie et correspond à un angle de 75° par
rapport au plan orbitoméatal et de 90° par rapport au palais osseux.
Les coupes axiales sont perpendiculaires au plan coronal et
parallèles au palais osseux.
Le scanner facial est utile chez l’enfant
pour le bilan des sténoses proximales des orifices piriformes, de
l’atrésie choanale et des malformations de l’étage antérieur de la
base du crâne.
L’étude des dimensions des fosses nasales peut être
utile, notamment du plus grand diamètre choanal, corrélé à l’âge de
l’enfant.
C - IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE NUCLÉAIRE :
Elle explore l’ensemble des cavités nasosinusiennes et des structures
adjacentes selon trois plans de l’espace (axial, frontal et sagittal selon
des coupes de 0,5 mm d’épaisseur).
L’imagerie par résonance
magnétique (IRM) est réalisée en pondération T1 sans injection de
gadolinium, puis en pondération T2.
Une séquence complémentaire
en pondération T1 avec injection de gadolinium est réalisée en cas
de pathologie tumorale.
Le principal intérêt de l’IRM est de
distinguer un tissu inflammatoire d’un tissu tumoral ou d’une
rétention liquidienne.
L’indication principale de l’IRM est, de ce fait,
la pathologie tumorale.
Le cycle nasal est bien visible sur l’IRM sous
forme d’une hypertrophie turbinale et d’un épaississement de la
muqueuse septale antérieure et méatale moyenne.
D - ÉCHOGRAPHIE :
L’échographie en mode A recueille les échos d’ultrasons réfléchis au
niveau de l’interface entre deux tissus de structure différente contenus dans un même espace.
L’échographie en mode A n’a pas
d’intérêt pour l’étude des fosses nasales et est surtout utilisée dans
le dépistage des sinusites nosocomiales en milieu de réanimation.
Explorations fonctionnelles nasales :
A - TESTS DE LA VENTILATION ET DE L’ARCHITECTURE
NASALES :
L’étude de la fonction respiratoire nasale est un préalable nécessaire
avant toute prise en charge médicochirurgicale d’une affection
nasosinusienne.
Elle est toujours réalisée en deux temps : avant et
après mise en place d’un vasoconstricteur. L’obstruction nasale peut
être d’origine morphologique, fonctionnelle ou mixte.
La mise en place d’un vasoconstricteur permet de rétracter les
cornets, d’effacer la composante fonctionnelle variable de
l’obstruction et, au-delà, d’évaluer la composante obstructive fixe
résiduelle, le plus souvent due à une déviation septale.
1- Miroir de Glatzel :
Longtemps seul test disponible, le miroir de Glatzel garde toute sa
place dans le bilan de première intention de la ventilation nasale.
De réalisation simple, mais approximative, il consiste à recueillir en
expiration la buée sur un miroir inox gradué.
La forme et la surface
embuées sur le miroir sont un assez bon reflet du volume expiratoire
et d’une asymétrie entre les deux narines.
L’obstruction nasale
subjective et les constatations rhinoscopiques sont le plus souvent
bien corrélées par le miroir de Glatzel.
2- Rhinomanométrie :
Elle consiste en l’étude des débits et des résistances nasales à
l’inspiration et à l’expiration à la pression de 150 Pa (pression
internationale de référence).
Le principe de ce test repose sur la
mesure simultanée du débit du courant aérien et des variations de
pression au cours de la traversée nasale.
La résistance nasale
représente 30 à 50 % de la résistance respiratoire totale et augmente
avec le débit.
Lorsque le régime du flux aérien est laminaire, il
répond à la loi de Poiseuille : R = DP/V avec :
– R = résistance nasale pour chaque narine ;
– P = pression différentielle en pascals entre l’orifice narinaire et la
choane ;
– V = débit aérien en cm2/s.
Lorsque le régime est turbulent, il répond à la loi de Venturi :
R = DP/V2.
La résistance totale (RT) est donnée par la formule : RT = Rgauche
X Rdroite/Rgauche + Rdroite.
La rhinomanométrie (RM) antérieure active étudie les résistances
d’une seule fosse nasale, la seconde étant obstruée.
La pression
antérieure est mesurée par un électromanomètre différentiel grâce à
un masque facial qui couvre hermétiquement le nez.
Le débit
respiratoire est mesuré à l’entrée du masque par un pneumotachographe.
L’application du masque doit être soigneuse
afin d’éviter toute déformation de l’aile narinaire et, en particulier,
du cartilage alaire susceptible de modifier la résistance nasale.
La
manoeuvre de Cottle ou la manoeuvre de Bachmann (mise en place
au sommet de la valve nasale d’une petite boulette de ouate)
permettent de mettre en évidence le rôle prédominant de la valve
nasale dans la résistance de la fosse nasale.
La RM postérieure fait appel à un masque facial et à une sonde
buccale placée dans la région pharyngée postérieure et qui mesure
la pression rhinopharyngée.
Cette dernière peut être la cause d’un
inconfort du patient pendant l’examen, rendant l’examen plus
difficile qu’en RM antérieure.
La RM est dite active lorsque l’enregistrement du flux aérien se fait
au cours d’un cycle respiratoire.
Elle est passive lorsque le patient
est en apnée et que le flux provient d’une pompe à débit constant.
Les variations de mesure sont fréquentes et source d’erreur chez un
même individu ou une population donnée.
Ces variations imposent
la réalisation de l’examen à des temps différents et une
standardisation de la technique selon les recommandations du
Comité international pour la standardisation de la rhinomanométrie.
Les débits et les résistances ne sont pas modifiés par l’âge.
Les débits
sont plus élevés chez l’homme que chez la femme, chez qui débit et
résistance fluctuent selon le cycle ovulatoire.
Ces paramètres
augmentent avec l’index de poids corporel (BMI).
L’obstruction
nasale subjective unilatérale ou très asymétrique est bien corrélée
par la RM.
Le test de provocation rhinométrique consiste à
étudier la résistance nasale après dépose au cours d’une apnée d’un
extrait allergénique sur la muqueuse septale antérieure.
Le doublement de la résistance nasale est
nécessaire pour que le test soit considéré comme positif.
Le test de provocation peut être affiné par la
mise en place de doses progressivement croissantes d’allergènes pour
déterminer un seuil de réaction.
Lorsque l’allergène n’est pas disponible, le test
de provocation peut être entrepris de façon réaliste, c’est-à-dire
en milieu professionnel ambiant.
3- Rhinométrie acoustique
:
La rhinométrie acoustique (RA) est un test objectif reproductible peu
invasif et de réalisation rapide dont le but est d’évaluer la géométrie
et les dimensions de la cavité nasale.
Une sonde adaptée à l’âge
est introduite dans la fosse nasale à une profondeur variable et
enregistre la réflexion d’une impulsion acoustique au cours d’une
courte apnée.
L’analyse de la courbe obtenue dont l’aspect est
ascendant met en évidence trois déflexions négatives constantes en
rapport avec l’extrémité de l’embout, la tête et la queue du cornet
inférieur permettant de localiser un obstacle.
Les paramètres évalués par la RA sont le volume de la fosse nasale
et la surface ou aire de section à une distance donnée.
L’aire de
section minimale antérieure est le paramètre le plus utilisé.
La reproductibilité du test est bonne, mais exige une technique
standardisée, notamment pour le maintien de la sonde, idéalement
tenue par l’examinateur.
Les mesures ne sont pas différentes selon
la race ou le cycle nasal.
Seul l’âge (enfant ou adulte) et le sexe
influent sur les paramètres mesurés.
Chez l’enfant, la RA peut être
utile pour déterminer le volume des végétations adénoïdes du cavum et l’agrandissement du cavum après adénoïdectomie.
4- Utilisation combinée de la rhinomanométrie
et de la rhinométrie acoustique
:
La complémentarité de la RA pour le calcul de surface et de la RM
pour le calcul de la résistance nasale permet de déterminer la
résistance différentielle et la résistance cumulée.
Ainsi, la surface de
section où la résistance est la plus grande est située en regard de la
tête du cornet inférieur.
Les résultats comparés dans la littérature
entre RA et RM sont variables.
Pour certains auteurs, la sévérité de
l’obstruction nasale, évaluée subjectivement, est mieux corrélée par
la résistance de la RM qu’au calcul de surface de la RA.
Pour
d’autres auteurs, aucune des deux méthodes ne montre de
supériorité au cours du bilan d’une obstruction nasale.
La
reproductibilité des tests varie selon la variabilité des résultats
moindre avec la RA qu’avec la RM.
Ainsi, X a étudié, par RA et RM,
le devenir d’une obstruction nasale générée par l’application locale
d’histamine.
Sur 69 sujets évalués, 32 seulement présentaient une
variation des mesures inférieure à 15 % et donc une bonne
reproductibilité des tests.
Après septoplastie, les deux tests combinés révèlent pour la narine
initialement obstruée, une augmentation du débit et une diminution
de la résistance nasale à la RM, ainsi qu’une augmentation de la
surface de section antérieure à la RA.
À l’inverse, la narine non
obstruée avant la chirurgie a une aggravation des mêmes
paramètres.
En médecine du travail, la batterie des tests par RA, RM et lavage
nasal pour analyse des cellules et des médiateurs de l’inflammation est utile à l’étude d’une population exposée pour dégager un profil
de patient présentant une rhinite allergique ou non allergique.
Pour
exemple, X estime que 1 heure après un test de provocation nasale,
le produit de sécrétion nasale recueilli doit être de 200 mg, la surface
de section en RA diminuée de 30 % et la résistance doublée en RM.
5- Autres méthodes d’exploration :
* Rhinométrie manométrique
:
Pour Porter, le but de ce test est d’évaluer le volume aérique des
cavités nasales, des sinus et du rhinopharynx.
Le volume moyen
est, chez l’adulte, de 138 mL, chez l’enfant de 4 ans de 78 mL et chez
l’enfant de 12 ans de 108 mL.
* Rhinostéréométrie :
Elle permet de mesurer la surface de la fosse nasale en regard de la
tête du cornet antérieur selon un plan horizontal.
La rhinostéréométrie est bien corrélée par la RA.
* Vidéocapture d’image
:
La technique consiste à mesurer le périmètre et la surface des
structures incluses dans une image.
Les résultats de cette méthode
moderne d’exploration seraient fiables et comparables à ceux de la
RA et RM.
*
Spirométrie nasale ou « peak flow » nasal
:
Le but de cette méthode est de recueillir le volume expiratoire nasal
global.
De réalisation simple, le peak flow est utile pour la
surveillance individuelle des sujets porteurs de rhinite allergique.
Étude de la fonction mucociliaire :
Le tapis mucociliaire, essentiel au piégeage des corps étrangers et à
leur expulsion des fosses nasales, fonctionne grâce aux mouvements
coordonnés des cils des cellules épithéliales respiratoires.
Le
balayage d’avant en arrière déplace le mucus vers le rhinopharynx.
Toute anomalie morphologique ou fonctionnelle de la ciliature ou
de la composition du mucus va entraîner une modification de la
fonction.
Plusieurs tests explorent la fonction mucociliaire :
– l’étude fonctionnelle in vivo du tapis mucociliaire par les tests de
transport de la saccharine ou d’un isotope marqué ;
– l’étude fonctionnelle in vitro des cils de l’épithélium respiratoire
après prélèvement par lavage, brossage ou biopsie du cornet
inférieur ;
– l’étude ultrastructurale de la ciliature ;
– l’étude de l’exsudat plasmatique et sécrétoire nasal des biomarqueurs de l’inflammation par lavage ;
– l’étude physique et chimique du mucus nasal ;
– l’étude du transport ionique transépithélial.
L’étude de la fonction mucociliaire relève surtout de la recherche
clinique et pharmacologique.
Néanmoins, de plus en plus d’études
cliniques, notamment en milieu professionnel, ont recours aux biomarqueurs de l’inflammation. Le lavage nasal est souvent couplé
à un test de transport à la saccharine, à une RM et à une RA.
Le but
de l’étude est de dépister les sujets atteints dans une population
donnée, de corréler la sévérité de l’atteinte clinique avec le taux des
médiateurs, voire d’établir une surveillance paraclinique.
Étude du transport mucociliaire :
Deux tests explorent le transit mucociliaire et expriment la clairance
nasale en mm/min de la saccharine ou d’un isotope.
1- Transit nasal à la saccharine
:
Le but du test est d’évaluer le temps écoulé entre le dépôt de
saccharine à la partie antérieure de la fosse nasale et le moment de
la perception du goût sucré.
L’évaluation du test est subjective et assez approximative puisque le
transit se fait entre 7 à 13 ± 10 mm/min.
Malgré la variabilité des
résultats, l’utilisation du test est fréquente en clinique courante.
Le
test à la saccharine est considéré comme pathologique pour une
clairance supérieure à 20 mm/min.
Les études avec le test de la saccharine sont contradictoires.
En effet,
les unes démontrent une augmentation de la clairance mucociliaire
en cas de sinusite chronique.
D’autres démontrent que le test à la
saccharine, bien que très allongé dans certains cas, est en moyenne
proche de celui des sujets sains.
La chirurgie endonasale améliore le
transport mucociliaire.
2- Transit isotopique :
La technique consiste à déposer, sur la tête du cornet inférieur, de
l’albumine marquée au technétium 99 puis à suivre sa progression
vers le cavum grâce à une gammacaméra.
Ce test onéreux n’est
réalisable que par un service spécialisé.
Il a le mérite d’être objectif,
précis et comparatif du transit des deux fosses nasales.
La clairance de l’isotope de 4,3 ± 1,3 mm/min est assez peu variable
et la dispersion est moindre que pour la clairance de la saccharine.
Les rhinites allergiques et les rhinosinusites chroniques ont une
clairance isotopique diminuée, c’est-à-dire un transit plus long.
A - COMPTAGE CELLULAIRE ET ÉTUDE DES MARQUEURS
DE L’INFLAMMATION :
1- Techniques :
– Le lavage nasal est la méthode la plus utilisée, surtout chez
l’enfant.
Elle consiste à irriguer la fosse nasale par 10 cm3 de
sérum physiologique et à recueillir dans un pot le produit du
mouchage. Après homogénéisation, et enrichissement du
prélèvement, une simple coloration de May-Grünwald-Giemsa
permet d’établir la formule cellulaire et, en particulier,
leucocytaire.
– Le brossage nasal consiste à recueillir des débris cellulaires par un
va-et-vient d’une microbrosse en Dacront ou d’une microcurette sur
le dos du cornet inférieur.
– Le frottis nasal consiste à recueillir les sécrétions en surface de la
muqueuse nasale et à les étaler sur lame.
La réalisation du test est
simple mais l’examen cytologique est difficile.
– La biopsie de la tête du cornet inférieur est parfois indiquée pour
l’étude ultrastructurale.
2- Cytologie nasale :
La cytologie nasale normale comprend 90 % de cellules ciliées, 10 à
20 % de cellules mucipares, des cellules intermédiaires et profondes
et des cellules de l’inflammation (polynucléaires neutrophiles,
basophiles, éosinophiles, monocytes, mastocytes, lymphocytes).
Le
comptage d’éosinophiles activés est spécifique d’une inflammation
nasale en cours.
L’augmentation au-delà de 20 % du compte des
polynucléaires éosinophiles dans le produit de lavage est rencontrée
dans la polypose nasosinusienne et la rhinite avec hyperréactivité
nasale non allergique (NARES).
La rhinite allergique s’accompagne
d’une éosinophilie supérieure à 1 %.
3- Étude des marqueurs de l’inflammation
:
Les marqueurs de l’inflammation sont nombreux et variables selon
les études : interleukines, eosinophil cationic protein (ECP), MPO,
RANTES, éotaxine, granulocyte macrophage-colony stimulating factor
(GMF-CSF), ARNm, lysozyme, tumour necrosis factor a (TNFa)
CD4+.
La concentration de l’ECP, du MPO et de l’interleukine 8 (IL8) doit
être corrélée avec le sexe et la prise de tabac.
En effet, leur
concentration est supérieure chez l’homme et les fumeurs.
Au cours des rhinites allergiques, l’IL4 et les immunoglobulines E
(IgE) sont augmentées alors que les autres médiateurs, notamment
les autres interleukines, sont augmentés au cours des rhinites non
allergiques.
L’IL 18 est une cytokine caractérisant
l’inflammation allergique persistante (Verhaeghe B et al. Upregulation
of IL 18 in allergic rhinito Allergy 2002 : 57 ; 825-830).
L’intercellular adhesion molecule 1 (ICAM-1) est augmenté dans les
rhinites allergiques perannuelles.
Les fermiers soumis aux
polluants professionnels ont une augmentation du MPO.
Les
travailleurs exposés aux moisissures ont une augmentation de l’IL4,
de l’IL6, du TNFa et du monoxyde d’azote (NO).
Les infirmiers
allergiques au latex ont une augmentation des éosinophiles, de l’ECP
et du rapport albumine/protéines totales.
Certaines études
démontrent une diminution postopératoire des médiateurs de
l’inflammation après chirurgie endonasale sinusienne ou des
cornets.
4- Étude des cils de l’épithélium respiratoire nasal
:
Après recueil des débris de l’épithélium nasal, l’étude est menée in
vitro par méthode stroboscopique, vidéocinématographique au
microscope à contraste de phase.
Elle consiste à définir les
paramètres du battement ciliaire : amplitude, vitesse, coordination.
Ainsi, à 20°, le battement ciliaire a une fréquence de l’ordre de 15 ±
2,3 Hertz.
L’étude au microscope électronique évalue la composition ultrastructurale des cils : tubules et bras de dynéine.
Le but essentiel de l’étude du transport mucociliaire nasal et de sa
ciliature est de rechercher le syndrome de Kartagener et, au-delà,
d’établir les diagnostics différentiels que sont les anomalies ciliaires
et les aciliations acquises.
Pour ce faire, un transit à la saccharine ou
avec un isotope est réalisé en première intention.
S’il est anormal,
une étude de la ciliature est nécessaire par brossage.
L’étude
fonctionnelle des cils permet d’établir la différence entre les
anomalies ciliaires acquises et héréditaires.
L’étude ultrastructurale
s’impose en cas de suspicion d’anomalies ciliaires héréditaires.
La
recherche d’une dyskinésie ciliaire primitive peut aussi être réalisée
par ciliogenèse en culture. Ainsi, après culture, les cils sont toujours
normaux.
Seules les anomalies héréditaires entraînent une absence
de coordination de l’activité ciliaire. Deux exemples illustrent la
cascade décrite de tests.
Parmi 32 patients chez qui une dyskinésie
ciliaire primitive était suspectée, 13 avaient un temps de transport à
la saccharine inférieur à 20 minutes considéré comme normal.
Un
brossage a ensuite été réalisé dans 19 cas et s’est avéré normal dans
10.
Les neuf cas restants ont été soumis à une étude ultrastructurale
des cils qui a pu révéler quatre dyskinésies primitives, deux
aciliations et trois altérations secondaires de la ciliature.
Une autre
étude comportant une démarche diagnostique analogue portant sur
106 enfants a abouti à un taux de 5,6 % de dyskinésies ciliaires
primitives.
Les infections respiratoires et l’âge diminuent la fréquence des
battements ciliaires, augmentent les anomalies ciliaires et allongent
le temps de transport à la saccharine. Le NO produit par les sinus
stimule la clairance mucociliaire.
La diminution du NO au cours
des rhinosinusites constitue l’une des causes de la diminution du
transport mucociliaire.
Pour exemple, une étude du NO dans l’air
expiré, dosé par analyseur à luminescence chimique, a pu révéler
que la concentration du NO chez les sujets atteints de rhinosinusites
était à 39 % pour des sujets sains non fumeurs et à 55 % pour des
sujets sains fumeurs.
B - ÉTUDE DU MUCUS NASAL :
Rarement réalisée, l’étude physique du mucus par rhéométrie teste
l’élasticité et la viscosité du mucus.
L’étude biochimique, couplée à
la précédente, analyse la constitution du mucus en albumine, fucose,
IgG, IgA sécrétoire et lysozyme.
Le fucose constituant des
glycoprotéines du mucus et les IgG sont les deux paramètres
déterminants de l’étude biochimique du mucus.
C - ÉTUDE DU POTENTIEL TRANSÉPITHÉLIAL NASAL
:
La mucoviscidose, de déterminisme génétique, consiste en une
sécrétion accrue de CL- avec réabsorption excessive de Na+.
Le test
diagnostique vise à analyser la différence de potentiel de CL- au
niveau de la muqueuse nasale et donc le transfert transépithélial
excessif de CL-.
Le test peut être complété par une vaporisation
nasale d’amiloride qui bloque la pompe Na+ et corrige la
réabsorption de Na+ chez les porteurs de mucoviscidose.
L’action de l’amiloride est transitoire, à l’inverse du benzamil dont
la durée d’action est plus longue.
D - BILAN ALLERGOLOGIQUE :
Le bilan allergologique doit être entrepris lorsque, à l’issue d’un
interrogatoire poussé et d’un examen nasal complet, une rhinite
allergique est suspectée.
Le bilan d’approche par un phadiatop teste
une réaction sérologique à un mélange de pneumallergènes.
En cas
de positivité, le bilan allergologique à proprement parler comporte
la réalisation de pricks tests et éventuellement une sérologie
d’allergènes spécifiques définis (RAST).
Dans le cadre de la
médecine du travail, le test de provocation n’est réalisé qu’en cas de
doute du bilan précédent et en l’absence d’un asthme associé (30 à
50 % des rhinites allergiques professionnelles).
L’évaluation de l’effet
allergénique consiste à comptabiliser les éternuements, à noter
l’apparition d’une rhinorrhée aqueuse et d’une obstruction nasale.
L’évaluation objective est basée sur le doublement de la résistance
nasale en RM.
Le test de provocation a une grande valeur
diagnostique.
En effet, sa sensibilité est supérieure à celle des pricks
tests et des RAST.
E - BIOPSIE NASALE :
La biopsie de la muqueuse nasale au niveau de la tête du cornet
inférieur est réalisée peu fréquemment car elle est plus invasive que
le frottis ou le lavage nasal.
La biopsie de polype ou la polypectomie
au cours de la polypose nasosinusienne pour analyse histologique
de l’infiltrat inflammatoire n’est actuellement plus réalisée sachant
que le résultat est très monomorphe avec prédominance de
l’éosinophile.
La biopsie de polypes pour diagnostic différentiel n’est
pas rentable en ce sens que la corrélation entre aspect clinique et
nature histologique est le plus souvent bien établie.
Le seul
diagnostic différentiel restant est le papillome inversé.
Bien entendu,
tout autre aspect évocateur de tumeur nasale, surtout unilatérale,
doit être biopsié pour analyse histologique à l’exception du fibrome
nasopharyngé.
F - BACTÉRIOLOGIE NASALE :
De réalisation non systématique devant une rhinorrhée purulente,
l’examen bactériologique nasal est utile en cas de résistance
bactérienne supposée ou dans le cadre d’une étude
épidémiologique.
La technique de prélèvement consiste à aspirer
dans un piège stérile le pus nasal ou à l’écouvillonner directement
dans la fosse nasale ou sélectivement sous guidage endoscopique.
La flore nasale habituelle est polymorphe, faite essentiellement de Corynebacterium, de staphylocoques à coagulase négative et, pour
10 % environ, de staphylocoques dorés.
Le prélèvement nasal à visée
épidémiologique est utile pour surveiller l’écologie microbienne,
notamment du Streptococcus pneumoniae de plus en plus résistant à
la pénicilline et de l’Haemophilus influenzae sécréteur de
bêta-lactamases.
Au cours des rhinosinusites chroniques, les germes
retrouvés sont surtout le staphylocoque doré, l’H. influenzae, le
S. pneumoniae, le Branhamella catharralis, les anaérobies...
G - EXPLORATION DE L’OLFACTION :
L’exploration de l’olfaction a fait l’objet d’un chapitre exclusif et
n’est donc pas détaillée dans cet article.
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