Exploration de la fonction du diaphragme
(Suite)
Cours de pneumologie
4-
Pressions statiques à la bouche
:
* Méthodes :
Pour mesurer la pression statique à la bouche, une pièce buccale
est mise en place et le nez fermé par un pince-nez.
La pièce buccale
est reliée à un capteur de pression.
On demande au patient
d’effectuer un effort inspiratoire maximal, que l’on peut optimiser
par des encouragements verbaux ou par la visualisation du résultat
sur un oscilloscope.
Pour éviter la fermeture de la glotte et l’effet de
la contraction des muscles des joues, une très petite fuite est
ménagée dans la pièce buccale.
Il est de règle de faire répéter la
manoeuvre plusieurs fois, et de ne prendre en compte que la valeur
reproductible la plus élevée.
Cependant, la reproductibilité d’une
valeur de pression statique maximale ne garantit pas que l’effort ait
été maximal.
La mesure des pressions statiques ne demande qu’un
appareillage assez simple, qui peut se résumer à de petits
manomètres électroniques portables, facilement utilisables au lit du
patient.
On peut aussi, en réanimation, chez les patients ventilés
artificiellement, obtenir une information équivalente en enregistrant
la pression dans les voies aériennes lors d’efforts inspiratoires contre
les voies aériennes occluses, mais la reproductibilité de ce test est
faible.
Étant donné l’effet du volume pulmonaire sur la capacité
des muscles respiratoires, dont le diaphragme, à produire une force
, il est clair que le volume pulmonaire à partir duquel est
effectuée la manoeuvre est un déterminant important du résultat.
Certains prônent sa réalisation à partir de la fin d’une expiration
normale (capacité résiduelle fonctionnelle), d’autres à partir de la
fin d’une expiration forcée (volume résiduel), le débat sur facilité et
reproductibilité de l’une ou l’autre des solutions n’étant pas clos.
Une solution consiste à mesurer les pressions statiques inspiratoires
et expiratoires à différents volumes pulmonaires (volume résiduel et
capacité résiduelle fonctionnelle pour l’inspiration, capacité
résiduelle fonctionnelle et capacité pulmonaire totale pour
l’expiration), et à construire ainsi une enveloppe volume-pression
dite diagramme de Rahn.
Une autre possibilité est de
coupler la mesure des pressions à une mesure de volume
pulmonaire pour pouvoir calculer un facteur de correction.
La
mesure de la pression statique inspiratoire maximale doit toujours
être couplée à une mesure de la pression statique expiratoire
maximale.
Ceci permet de mieux caractériser l’atteinte des muscles
respiratoires dans une affection donnée.
Par ailleurs, une pression
statique inspiratoire diminuée, alors que la pression statique
expiratoire est normale, suggère une dysfonction diaphragmatique
isolée.
L’un des intérêts de la mesure des pressions statiques inspiratoires
est que des valeurs normales sont disponibles, qui
permettent d’exprimer les résultats en fonction de valeurs prédites.
Cependant, les normes les plus couramment utilisées datent
de plusieurs décennies, portent sur de petits nombres de patients,
ont été établies sur des populations nord-américaines.
Elles n’ont
donc en rien la valeur des normes disponibles pour les valeurs de spirométrie ou de diffusion du monoxyde de carbone, par exemple.
* Limites :
En termes d’exploration diaphragmatique, la mesure des pressions
inspiratoires statiques à la bouche n’est pas spécifique, puisqu’elle
évalue l’action synergique des différents groupes musculaires
inspiratoires.
En fait, les muscles abdominaux sont également
souvent mis en jeu lors d’une manoeuvre inspiratoire statique, ce
qui, en modifiant compliance abdominale et longueur
diaphragmatique, complique l’interprétation des résultats.
Tous les
individus ne recrutent pas les différents groupes musculaires de la
même façon au cours d’un effort inspiratoire statique.
La
réalisation de la manoeuvre, qui n’est pas naturelle, peut être difficile
pour certains patients, voire perçue comme désagréable.
Elle
nécessite une bonne compréhension de ce qui est demandé, un
niveau de coopération élevé, une coordination neuromusculaire
centrale et périphérique parfaite, incluant les muscles péribuccaux pour éviter les fuites au niveau de la pièce buccale.
Ces conditions
sont rarement réunies chez des patients atteints d’affections
neuromusculaires ou à l’état général altéré.
Par exemple, une
infection grippale, sans effet intrinsèque sur la force des muscles
inspiratoires, peut être associée à une réduction notable des valeurs
de pression statique inspiratoire maximale par la simple fatigue
générale qu’elle entraîne.
5- Pressions dynamiques à l’ouverture des voies
aériennes :
* Méthodes :
Le test du reniflement (qui est désigné ci-après par sa dénomination
anglophone sniff-test par souci de simplicité) a été introduit dans
l’exploration du diaphragme dès les années 1920-1930, et
consistait en l’observation du mouvement des coupoles
diaphragmatiques en radioscopie.
La mesure de pression lors d’un
tel effort a été introduite dans l’arsenal de l’exploration des muscles
respiratoires au début des années 1980.
Les bases de ce test sont
d’une part que, contrairement aux manoeuvres statiques décrites cidessus,
le sniff-test est relativement naturel, tout individu étant
susceptible de comprendre facilement ce que renifler veut dire, et
que d’autre part, la manoeuvre ne demande pas de coordination
soutenue de l’action des muscles inspiratoires.
On demande au sujet
ou au patient d’effectuer, aussi rapidement et aussi fort que possible,
un reniflement à partir du volume pulmonaire de fin d’expiration.
Aucune autre consigne n’est donnée.
Plusieurs essais sont réalisés,
jusqu’à l’obtention d’une valeur maximale, la plupart des sujets
atteignant la meilleure valeur au bout de cinq à dix tentatives.
On
peut mesurer la pression transdiaphragmatique (Pdi) qui fait du
test un élément d’exploration spécifique du diaphragme,
la pression oesophagienne (Pes), mais aussi la pression à l’ouverture
des voies aériennes, pharynx, bouche ou narine.
Actuellement, ce
dernier site de mesure de la pression a pris le pas sur tous les autres.
Une narine est occluse par un bouchon à travers lequel passe un
cathéter relié à un capteur de pression, tandis que le sujet inspire
par l’autre narine.
Cette mesure, connue sous le nom de sniff nasal inspiratory pressure (SNIP), est simple et reproductible.
L’un de ses principaux avantages est la disponibilité de valeurs
normales chez l’adulte comme chez l’enfant.
* Limites
:
Couplé à une mesure de pression à l’ouverture des voies aériennes,
le sniff-test est un test global des muscles inspiratoires, non
spécifique du diaphragme.
Certains auteurs ont avancé l’hypothèse
que le sniff-test renseignait mieux qu’une inspiration statique sur la
fonction diaphragmatique parce que la Pdi obtenue chez des sujets
normaux pouvait être supérieure avec le sniff-test qu’avec
l’inspiration statique.
Ceci n’a cependant pas fait l’objet d’une
vérification formelle.
La valeur du sniff-test est limitée s’il existe une
anomalie de transmission de la pression entre l’alvéole et l’ouverture
des voies aériennes.
Ceci est particulièrement le cas chez les patients
atteints de BPCO, où la pression nasale lors du sniff-test sous-estime
la pression intrathoracique.
On peut contourner ce problème en
mesurant la Pes en lieu et place de la pression nasale, mais ceci fait
perdre le bénéfice du caractère « non invasif » de la technique.
Tous
les sujets ne recrutent pas leurs muscles inspiratoires et leurs
abdominaux de la même façon lors d’un sniff-test.
Il s’agit d’une
manoeuvre dynamique qui fait intervenir la relation force-vélocité
des muscles en cause, source de complication de l’interprétation et
au cours de laquelle le volume pulmonaire, donc les conditions de
fonctionnement du diaphragme, varient.
Les patients souffrant
d’atteintes neurologiques altérant la capacité à coordonner les
mouvements (par exemple syndromes extrapyramidaux,
cérébelleux, ou troubles de la sensibilité profonde) sont souvent
incapables de réaliser des manoeuvres respiratoires de nature
balistique, comme un sniff-test ou une expiration forcée.
Enfin, la
mesure de la pression nasale n’est pas possible, ou non fiable, en cas
d’anomalies nasales chroniques (déviations de cloison) ou aiguës
(obstructions nasales), anomalies qu’il n’est pas toujours facile de
détecter.
6- Électromyographie de surface
:
* Méthodes :
En plaçant deux électrodes sur la peau à la surface du thorax, en
regard de la zone d’apposition, il est possible d’enregistrer de façon
totalement atraumatique l’activité électrique du diaphragme.
On
utilise des électrodes d’électromyographie classiques, à cupule
d’argent, réutilisables ou à usage unique.
L’électrode dite active est
fixée dans un espace intercostal, et l’autre, dite neutre, sur un repère
osseux.
La disposition des électrodes varie selon les laboratoires et
les études, tant en ce qui concerne l’espace intercostal visé (sixième
à huitième), la situation antéropostérieure dans cet espace (de la
proximité du bord extérieur du sternum à la ligne axillaire
moyenne), que l’écart interélectrodes (l’électrode neutre peut être
fixée à proximité de l’électrode active, sur la côte adjacente, à une
distance allant de 1 à 5 cm, ou plus loin, sur l’appendice xiphoïde,
voire à distance, sur le genou ou l’acromion).
En pratique, placer
l’électrode active dans le dernier espace intercostal accessible à la
palpation, entre le bord externe du sternum et la ligne médioclaviculaire, et l’électrode neutre sur la côte adjacente à
environ 2 cm de distance semble un bon compromis, permettant
d’enregistrer des bouffées électromyographiques diaphragmatiques
à l’inspiration avec le minimum de signal en provenance des
abdominaux, et permettant d’enregistrer un signal aussi peu
contaminé que possible en réponse à la stimulation phrénique.
Il
convient de souligner que l’on enregistre l’activité du diaphragme
au niveau de la zone d’apposition, définie par les insertions du
muscle à la face interne des côtes inférieures.
En cas de paralysie
phrénique, la position de la coupole change (surélévation), en raison
de la perte du tonus musculaire, mais les insertions anatomiques ne
sont bien évidemment pas modifiées : il n’y a par conséquent pas
lieu de modifier la position des électrodes en fonction de la position
de la coupole.
* Limites
:
La limite essentielle de l’enregistrement électromyographique par
électrodes de surface tient au fait que les électrodes sont séparées
du muscle « cible » par plusieurs plans musculaires (intercostaux,
abdominaux).
Le signal enregistré est donc la sommation des
activités de ces muscles.
En cela, il est très difficile de l’interpréter
en tant qu’index purement diaphragmatique, et son utilisation est
réservée à la recherche.
Dans ce contexte, il a été démontré que des
modifications du spectre de fréquence du signal accompagnaient la
survenue du diaphragme (modification du contenu en haute
fréquence par rapport au contenu en haute fréquence, déplacement
de la fréquence centroïde).
En routine, l’électromyographie du diaphragme par voie de
surface n’a d’intérêt que pour s’assurer du relatif bon
positionnement d’électrodes destinées à recueillir une réponse à la
stimulation phrénique.
7- Phonomyographie :
Elle repose sur le constat que la contraction des muscles striés
squelettiques produit des vibrations de basse fréquence qui sont
enregistrables à l’aide de microphones appropriés.
On peut
enregistrer le phonomyogramme diaphragmatique de façon non
agressive en plaçant de tels microphones sur la peau en regard de la
zone d’apposition.
En ventilation spontanée, cette approche se
heurte aux mêmes limites que l’électromyographie de surface
(sommation des activités des muscles sus-jacents, intercostaux et
transverses).
C - EXPLORATIONS SPÉCIFIQUES DU DIAPHRAGME
:
Deux approches permettent d’isoler l’action du diaphragme de celle
des autres muscles respiratoires :
– la première consiste à enregistrer des signaux dont seul le
diaphragme peut entraîner des modifications.
De par la situation
anatomique du muscle, les techniques en cause sont par nature
relativement agressives.
Il s’agit principalement de la mesure de la Pdi, de l’enregistrement de l’activité électromyographique du
diaphragme crural par sonde oesophagienne et de l’enregistrement
de l’activité électromyographique du diaphragme costal à l’aiguille.
On peut étudier ces signaux lors de la respiration spontanée calme,
mais on utilise plus souvent des manoeuvres volontaires, statiques
ou dynamiques ;
– la seconde consiste à provoquer artificiellement une contraction
diaphragmatique par stimulation du nerf phrénique, et à étudier, en
réponse à cette stimulation, les variations de signaux qui n’ont plus
besoin d’être purement diaphragmatiques, puisque alors seul le
diaphragme y contribue.
Ce concept est la source, depuis le début des années 1990, de
l’émergence de techniques simplifiées d’exploration diaphragmatique
qui ont permis l’application à l’exploration clinique de
méthodes jusque-là confinées à la physiopathologie et au laboratoire.
Bien entendu, il est également possible d’enregistrer des signaux
spécifiquement diaphragmatiques en réponse à la stimulation
phrénique, mais cette stratégie ressort davantage de la recherche que
de l’exploration fonctionnelle.
1- Signaux spécifiques du diaphragme
:
* Pression transdiaphragmatique :
+ Principe :
La Pdi se définit comme la différence entre la pression qui règne
dans la cavité thoracique et la pression qui règne dans la cavité
abdominale.
En pratique, on mesure la Pes pour évaluer la
pression pleurale, et la pression gastrique (Pga) pour évaluer la
pression abdominale.
Le diaphragme est le seul muscle qui
simultanément abaisse la Pes et augmente la Pga, d’où une
différence (Pdi = Pes - Pga) non nulle.
Si le diaphragme est passif,
la contraction des abdominaux augmente la Pga, mais cette pression
positive est transmise intégralement à la cavité thoracique : la Pdi
est nulle.
Inversement, la contraction isolée de muscles inspiratoires extradiaphragmatiques abaisse la Pes, mais négative
également la Pga : la Pdi est nulle.
+ Méthodes de mesure :
La méthode la plus répandue de mesure de la Pes et la Pga pour
déterminer la Pdi repose sur l’utilisation de cathéters introduits dans
l’oesophage et dans l’estomac par voie nasopharyngée, après
anesthésie locale de la muqueuse nasale à la xylocaïne.
Ces cathéters
sont perforés à leur extrémité distale, qui est recouverte d’un
ballonnet de latex légèrement gonflé d’air, destiné à éviter l’occlusion
du cathéter.
On peut utiliser deux cathéters (un oesophagien, l’autre
gastrique), ou un seul muni de deux ballonnets.
Ils peuvent être
faits « à la main », très simplement, ou être achetés dans le
commerce.
Le ballonnet doit être en caoutchouc très fin et très compliant, pour éviter que son gonflage ne fausse la mesure de
pression.
Les cathéters doivent être non compliants et d’un diamètre
interne minimal de 1,4 mm pour éviter tout risque d’atténuation de
la transmission de pression (mais une valeur d’au moins 1,7 mm est
préférable).
Si l’on utilise deux cathéters, ils doivent être de longueur
égale.
Leur extrémité proximale est reliée à un capteur de pression
différentiel référencé à la pression atmosphérique, calibré, linéaire,
dont la gamme de mesure doit être compatible avec le niveau de
pression mesurée.
La Pdi peut être mesurée directement en dérivant
Pes et Pga vers un troisième capteur, ou calculée a posteriori par
soustraction des signaux digitalisés.
Il faut éviter de ne mesurer que
la Pdi en connectant les cathéters oesophagien et gastrique aux deux
ports d’un unique capteur différentiel.
Ceci expose à des erreurs
métrologiques (non-détection du déplacement d’un cathéter en cours
de mesure, déphasage) et représente une perte importante
d’informations (impossibilité d’estimer les contributions respectives
des composantes thoracique et abdominale de la Pdi, et donc, par
exemple, l’action inspiratoire du diaphragme, définie comme le
rapport Pes/Pdi).
Une méthode moins répandue, car beaucoup plus
coûteuse, est l’utilisation de microcapteurs piézoélectriques montés
sur sondes.
La dynamique de réponse de ces capteurs est plus
rapide que celle des systèmes de cathéters à ballonnet, et en théorie
le risque de déphasage entre les signaux est moindre.
Les
informations fournies sont en pratique similaires. Quel que soit le
type de sonde utilisé, le positionnement des capteurs dans
l’oesophage et dans l’estomac est crucial.
Pour le vérifier, il convient
d’examiner les signaux lors de manoeuvres respiratoires.
Une
augmentation de pression lors d’une inspiration volontaire donne la
certitude que le capteur est bien en position gastrique.
À l’inverse,
une diminution inspiratoire de la pression est le témoin d’un
positionnement oesophagien.
La répartition de la pression pleurale
étant hétérogène sur la hauteur de la cavité thoracique, il est
nécessaire de vérifier que la Pes mesurée en est un reflet correct.
En
toute rigueur, il convient pour cela de réaliser un test dit
d’« occlusion » : voies aériennes fermées, le sujet effectue des
manoeuvres respiratoires dites « isovolumétriques ».
Les variations
de Pes doivent être strictement superposables aux variations de
pression à la bouche (ou à l’ouverture des voies aériennes chez les
patients intubés ou trachéotomisés).
Indispensable pour des études
fines de la mécanique respiratoire, ce test est rarement réalisé en
exploration fonctionnelle du diaphragme.
On se contente de placer
le ballonnet à peu près au tiers moyen de l’oesophage qui correspond
au niveau auquel sont nettement visibles des oscillations cardiaques.
En cas de paralysie diaphragmatique, la vérification de la position
des ballonnets peut s’avérer particulièrement difficile.
On peut alors
se guider sur l’enregistrement du péristaltisme oesophagien : si la
déglutition de salive ou d’une petite quantité d’eau est suivie d’une
montée lente et puissante de pression, le positionnement
oesophagien du ballonnet est certain.
+ Précautions
:
L’introduction de sondes à ballonnet par voie nasopharyngée est une
pratique routinière en explorations fonctionnelles respiratoires.
S’il
ne s’agit pas d’une technique totalement atraumatique, elle est
cependant peu agressive.
La prudence est de mise chez les patients
présentant des troubles de déglutition, chez qui une fausse route
peut survenir lors de l’introduction de la sonde, ou chez qui
vomissements ou reflux induits par la mise en place de la sonde
peuvent avoir des conséquences dramatiques.
Il est de bonne règle
de systématiquement poser la question d’une éventuelle allergie aux
anesthésiques locaux avant la mise en place de ces dispositifs.
Enfin,
l’allergie vraie au latex peut également inciter à ne pas utiliser cette
méthode.
+ Conditions de mesure
:
Pour explorer la fonction diaphragmatique, la Pdi peut être mesurée
lors de la respiration calme, lors d’efforts inspiratoires statiques, ou
lors d’efforts inspiratoires dynamiques (sniff-test).
Des valeurs
normales ont été publiées pour la Pdi maximale statique et la Pdi
lors du sniff-test.
Ces valeurs de référence n’ont cependant pas la
portée des normes spirométriques par exemple, car elles concernent
en général des groupes limités de volontaires sains d’âge jeune.
+ Avantages et limites :
La mesure de Pdi a pour principal avantage d’isoler la contraction
diaphragmatique de celle des autres muscles inspiratoires lors de
manoeuvres volontaires.
Elle donne accès non seulement à une
évaluation quantitative de la contraction diaphragmatique
, mais également à une évaluation précise de son action
inspiratoire (proportion de la Pdi transformée en dépression
pleurale, rapport Pes/Pdi) et permet d’évaluer la contribution
du diaphragme à la production du volume courant (rapport pression
abdominale/Pdi).
Cependant, elle connaît des limites : la mise en
place des sondes oesophagienne et gastrique, sans être très agressive,
n’est pas agréable ; de nombreuses erreurs métrologiques sont
possibles, d’où la nécessité d’une importante expérience de
l’opérateur.
Dans certaines circonstances, la transmission de pression
du compartiment abdominal au compartiment thoracique est
imparfaite, et des muscles extradiaphragmatiques expiratoires ou
inspiratoires peuvent contribuer à la Pdi.
Certains individus
parfaitement normaux recrutent très peu leur diaphragme lors des
manoeuvres inspiratoires volontaires statiques ou dynamiques.
Enfin, la mesure de la Pdi lors de manoeuvres volontaires est
dépendante de la compréhension et de la coopération du patient.
* Électromyographie du diaphragme crural par sonde oesophagienne
:
+ Méthodes :
Du fait des rapports anatomiques entre l’oesophage et le
diaphragme, il est possible d’enregistrer ce dernier au moyen d’une
sonde introduite par voie nasopharyngée et descendue jusqu’à
l’hiatus oesophagien.
Il n’est à l’heure actuelle plus possible de se
procurer ce type de sonde dans le commerce, et la plupart des
travaux utilisant cette technique mentionnent la fabrication
artisanale de sondes plus ou moins complexes.
Le principe de
base est de faire passer dans un tube souple, qui peut être similaire
à celui utilisé pour les capteurs de Pes, deux ou plusieurs fils reliés
à autant de plots distaux.
La fixation de la sonde au point
d’enregistrement optimal de l’activité diaphragmatique est assurée
soit par blocage extérieur (fixation adhésive au niveau du nez), soit
par un ballonnet gonflable permettant d’« ancrer » la sonde dans
l’estomac.
L’enregistrement porte sur les fibres diaphragmatiques les
plus proches de l’oesophage, c’est-à-dire celles qui rayonnent de la
partie centrale et postérieure du tendon central pour aller s’insérer à
la face antérieure des vertèbres et de l’arcade du psoas.
L’enregistrement est relativement spécifique du diaphragme.
+ Limites
:
Outre le fait qu’il s’agit d’une technique non strictement atraumatique, nécessitant un équipement non standard et un niveau
élevé d’expérience de la part de l’opérateur, l’électromyographie du
diaphragme par sonde oesophagienne a pour principale limite
d’explorer essentiellement le diaphragme crural.
De par sa situation
anatomique, l’action inspiratoire de cette partie du muscle n’est pas
évidente, et il est possible que sa vocation soit plus posturale
qu’inspiratoire.
Chez l’animal, et probablement chez l’homme, non
seulement l’anatomie et la fonction distinguent le diaphragme costal
du diaphragme crural, mais également l’innervation.
L’interprétation de l’électromyographie diaphragmatique par sonde
oesophagienne comme un index strictement respiratoire est donc
théoriquement sujette à caution.
Pour toutes ces raisons, l’utilisation
de cette méthode reste exceptionnelle en exploration clinique, et
demeure du domaine de la recherche.
* Électromyographie du diaphragme costal à l’aiguille :
+ Méthodes
:
Bien que le diaphragme ne soit pas très facilement accessible, son
anatomie rend possible l’enregistrement de son activité électromyographique par des électrodes-aiguilles standards.
On utilise des électrodes bipolaires concentriques de très
petit diamètre (250 à 300 µm), de longueur variable en fonction de
l’épaisseur de la paroi (des électrodes de 25 mm suffisent en
l’absence d’obésité majeure).
L’abord du muscle se fait par voie
antérieure (entre le bord latéral du sternum et la ligne médioclaviculaire), dans le dernier espace intercostal accessible, au
niveau donc de la zone d’apposition dont le rapport
postérieur est la cavité abdominale et non le poumon : il n’y a aucun
risque de pneumothorax.
(Cette technique a été employée sans
complications chez des patients souffrant de BPCO où la
distension thoracique était susceptible de réduire la hauteur de la
zone d’apposition.)
Le positionnement de l’aiguille est optimisé
grâce au monitorage visuel et auditif du signal (détection d’unités
motrices et recrutement lors d’une inspiration avec expansion
abdominale).
Si l’enregistrement de l’activité du diaphragme à
l’aiguille ne peut pas être qualifié d’atraumatique, il ne s’agit
néanmoins pas d’une technique très agressive.
Les aiguilles sont du
type couramment utilisé pour l’électromyographie en explorations
fonctionnelles neurophysiologiques, et la douleur qu’elles
provoquent (au passage de la peau et parfois au passage d’une
aponévrose) est minime et transitoire (en général atténuation totale
en quelques secondes).
L’utilisation d’aiguilles stériles à usage
unique et les précautions d’asepsie usuelles écartent tout risque
infectieux significatif.
Cette technique est utilisée en routine par
certaines équipes.
Elle donne accès aux informations habituelles de
l’électromyographie de détection, permettant seule le diagnostic, au
niveau du diaphragme, de syndrome myogène ou neurogène.
+ Avantages et limites :
La situation directement intradiaphragmatique de l’électrode et le
fait qu’elle n’enregistre qu’un volume très restreint de muscle
(quelques millimètres cubes) permet de pallier les limites, décrites
ci-dessus, de l’électromyographie de surface.
Ainsi, si l’on veut
obtenir des informations purement diaphragmatiques en ventilation
spontanée, l’électrode-aiguille est le seul moyen envisageable.
Il peut
néanmoins arriver que, du fait de l’intrication très étroite des
insertions diaphragmatiques et des insertions de certains muscles
abdominaux sur la face interne des côtes, des électrodes-aiguilles
captent une activité abdominale.
Ce risque est minimisé par
l’optimisation de la position de l’aiguille sur la qualité du signal
pendant une inspiration privilégiant le diaphragme.
En tout état de
cause, il est strictement impossible qu’un signal enregistré à l’aiguille
en réponse à une stimulation phrénique corresponde à autre chose
qu’à un signal diaphragmatique.
À côté de son agressivité relative,
la principale limite de la technique est qu’elle ne donne pas une
idée globale de la fonction du muscle en raison du petit nombre
d’unités motrices échantillonnées.
* Déplacements abdominaux :
Du fait de ses mécanismes d’action, le diaphragme est responsable
d’un mouvement de la paroi abdominale vers le dehors à
l’inspiration, ce qui correspond à une augmentation du diamètre
antéropostérieur de l’abdomen, ou encore de sa circonférence ou de
sa surface de section.
Une augmentation inspiratoire de l’un ou
l’autre de ces paramètres témoigne donc principalement sinon
exclusivement d’une participation diaphragmatique à l’inspiration.
Il s’agit d’un index qualitatif que l’on peut évaluer au moyen de
magnétomètres, de jauges de contrainte ou d’une pléthysmographie d’impédance.
Son utilisation en exploration
diaphragmatique de routine n’a pas encore fait l’objet d’une
validation précise.
2- Stimulation phrénique
:
* Principes généraux
:
Le nerf phrénique assurant seul la totalité de l’innervation du
diaphragme, sa stimulation à une intensité suffisante
provoque une contraction simultanée de l’ensemble des fibres
musculaires diaphragmatiques homolatérales, indépendamment de
toute coopération du sujet.
Le stimulus, artificiel, est connu
et reproductible.
Il s’agit donc d’un outil d’une puissance considérable pour le diagnostic des dysfonctions diaphragmatiques
périphériques et la compréhension de leurs mécanismes.
La
stimulation phrénique permet d’apprécier la capacité du
diaphragme à produire une pression inspiratoire, de mesurer la
conduction phrénique, et de détecter un bloc de conduction
neuromusculaire.
Il est important de souligner que, si la stimulation
phrénique unilatérale est adaptée à l’étude électrophysiologique de
la fonction du nerf phrénique correspondant, elle ne permet pas
d’obtenir des informations correctes sur la capacité du diaphragme
à produire une pression.
En effet, en cas de contraction
diaphragmatique unilatérale, survient une très importante distorsion
thoracique qui interfère avec la transformation de la force
diaphragmatique en pression et rend les résultats ininterprétables.
Pour étudier les propriétés mécaniques du diaphragme, il est donc
impératif de stimuler simultanément et de façon similaire les deux
nerfs phréniques.
* Méthodes disponibles :
+ Stimulation électrique du phrénique au cou
:
Le nerf phrénique, issu des racines cervicales C3, C4 et C5, traverse
le cou de haut en bas selon un trajet oblique en avant qui suit
grossièrement celui du bord postérieur du sterno-cléido-mastoïdien.
Il est accessible à la stimulation à ce niveau, 5 à 10 cm au-dessus de
la clavicule.
La stimulation électrique, technique de référence,
peut être réalisée à l’aide d’une électrode bipolaire (anode et cathode
montées à 2 cm de distance sur un support que l’on peut déplacer
pour localiser le nerf) ou monopolaire (cathode fixée sur un
repère osseux [clavicule ou épineuse d’une vertèbre dorsale], anode
montée sur un support mobile servant à localiser le nerf).
On utilise
des chocs électriques en échelon carré, d’intensité variable, d’une
durée de 0,1 à 0,3 ms, et l’on obtient en général une stimulation
adéquate du nerf avec des courants d’une intensité de l’ordre de
30-50 mA.
Pour être reproductible et éviter toute erreur
d’interprétation des réponses tant mécaniques qu’électromyographiques,
la stimulation phrénique doit concerner la totalité
des fibres nerveuses et les dépolariser totalement.
On s’assure de ce
résultat en utilisant une intensité de stimulation supérieure d’au
moins 10 % à l’intensité provoquant une réponse électromyographique
d’amplitude maximale.
Pour obtenir cette stimulation dite
« supramaximale », on construit, après repérage du nerf à l’aide
d’une stimulation de basse intensité, une courbe dite « de
recrutement » décrivant l’évolution de l’amplitude de la réponse
électromyographique en fonction de l’intensité de la stimulation.
L’avantage majeur de la stimulation électrique est de provoquer une
contraction isolée du diaphragme, pour peu qu’il soit possible
d’isoler le nerf phrénique du plexus brachial adjacent, ce qui est
souvent le cas.
Contrairement à ce qui est le cas avec d’autres
techniques de stimulation, on dispose ainsi d’une information
« pure » sur la fonction du diaphragme.
Ceci a fait de la stimulation
électrique l’outil de référence pour les études physiologiques et
physiopathologiques.
Elle connaît cependant des inconvénients et des limites.
La
localisation du nerf est plus ou moins facile.
En effet, à l’endroit où
il est accessible, le nerf phrénique est petit, parfois incomplètement
formé et seulement constitué de petits filets nerveux.
Il existe de
nombreuses variantes anatomiques et, par définition, la
stimulation électrique ne peut accéder au nerf phrénique accessoire :
si celui-ci innerve une proportion significative du diaphragme, la
stimulation électrique risque de sous-estimer la fonction
diaphragmatique.
La morphologie cervicale du sujet joue aussi un
rôle important.
Les sujets ou patients très musclés, ayant des cous
courts ou souffrant d’obésité, peuvent poser des problèmes
techniques insurmontables.
Tout ceci conduit à une limite majeure
de la technique : on ne peut pas être sûr qu’une absence de réponse
correspond effectivement à une lésion nerveuse.
Le doute sur un
faux négatif plane toujours, son importance dépendant étroitement
de l’expérience de l’opérateur.
Par ailleurs, les chocs électriques sont
légèrement douloureux, et leur répétition peut entraîner une
inflammation au niveau du point de stimulation.
La stimulation
électrique peut donc être mal tolérée, d’autant plus que l’accessibilité
du nerf est faible (nécessité de fortes intensités électriques, recherche
prolongée amenant à multiplier les chocs).
Une fois le nerf localisé,
maintenir une relation constante entre l’électrode et le nerf impose
d’exercer sur l’électrode une pression qui peut également être
légèrement douloureuse.
Enfin, la costimulation de structures
nerveuses adjacentes est parfois inévitable (par exemple, en cas
d’anastomose entre phrénique et plexus brachial), source d’inconfort
pour le sujet, et d’artefacts perturbant l’interprétation des résultats.
La nécessité de stimuler les deux nerfs phréniques simultanément
pour pouvoir interpréter la réponse mécanique du diaphragme rend
la stimulation électrique au cou quasiment impraticable en
exploration fonctionnelle diaphragmatique.
Elle reste parfaitement
adaptée à l’étude de la conduction phrénique, ce d’autant que les
valeurs normales sont bien établies.
Elle est la seule
méthode permettant la détection d’une anomalie de la transmission
neuromusculaire au niveau du diaphragme.
+ Stimulation magnétique :
+
Principes :
La stimulation phrénique par stimulation magnétique cervicale a été
développée pour pallier les inconvénients de la stimulation
électrique du phrénique au cou.
Elle dérive de techniques
mises au point pour l’exploration fonctionnelle neurophysiologique
, et repose sur le principe qu’un champ magnétique pulsé,
produit par la décharge d’un courant de forte intensité dans une
bobine de fil métallique, traverse (au contraire d’un champ
électrique) les barrières osseuse et cutanée en étant très peu atténué.
À son tour, ce champ magnétique produit, en profondeur dans l’organisme, des courants secondaires de très faible intensité qui lui
sont perpendiculaires (donc parallèles à la bobine dans laquelle
passe le courant primaire), et peuvent dépolariser les structures
nerveuses auxquelles ils sont tangentiels.
Ainsi, il est possible de
stimuler sans douleur ni effets secondaires des structures nerveuses
profondes, centrales (cortex principalement) ou périphériques,
autrement inaccessibles à la stimulation.
L’une des principales
raisons de cet état de fait est l’absence d’interactions ionisantes du
champ magnétique avec les tissus traversés.
Il est ainsi possible
d’obtenir une stimulation nerveuse sans que le stimulateur ne soit
forcément au contact de la peau (stimulation possible à travers un
vêtement, à travers un pansement).
La forme et les dimensions de la
bobine de cuivre à travers laquelle le courant primaire est délivré
conditionnent la forme et l’intensité du champ magnétique produit
et le volume de tissu qu’il traverse.
En utilisant divers types de
bobines et en faisant varier l’intensité du courant primaire, on peut
ainsi obtenir des stimulations plus ou moins focales, plus ou moins
profondes.
Pour l’exploration diaphragmatique, deux types de
bobines sont utilisés principalement : bobine circulaire simple de
90 mm de diamètre, pour la stimulation magnétique cervicale non
focale ; bobine circulaire de 43 mm de diamètre dédoublée
en « 8 », pour la stimulation magnétique phrénique focale.
Les contre-indications de la stimulation magnétique en chocs
uniques sont quasiment inexistantes.
Elles incluent, par principe et
bien que ceci n’ait pas fait l’objet de travaux précis ni de
recommandations officielles, les porteurs de stimulateurs cardiaques,
et plus généralement de tout stimulateur totalement ou
partiellement implanté.
On évite de réaliser des stimulations
corticales chez des patients porteurs de dispositifs métalliques intracérébraux (clips neurochirurgicaux).
+ Méthodes disponibles :
Plusieurs techniques permettent de stimuler le nerf phrénique par
stimulation magnétique.
La stimulation magnétique cervicale (SMC)
a été la première décrite.
Avec cette technique, une bobine
circulaire de 9 cm de diamètre est positionnée au niveau de la
nuque, en regard de la septième ou de la huitième vertèbre cervicale.
À l’intensité maximale des stimulateurs actuels (par exemple
2,5 Tesla pour le stimulateur Magstim 200, Magstim, Sheffield, UK),
chez des sujets dont le diamètre antéropostérieur de la cage
thoracique supérieure est normal, le champ magnétique traverse le
cou et atteint le nerf phrénique à la portion supérieure de son trajet
médiastinal, au-delà de l’anastomose avec le nerf phrénique
accessoire.
On peut, en diminuant l’intensité de stimulation ou
en déplaçant la bobine latéralement et vers le haut, stimuler les
racines cervicales du nerf phrénique.
Par rapport à la stimulation électrique au cou, la stimulation
magnétique cervicale lève le problème de la tolérance, celui de
l’accessibilité du nerf phrénique accessoire, et celui de la difficulté
technique.
En effet, son caractère non focal supprime quasiment le
risque de faux négatifs inhérent à la difficulté technique de la
stimulation électrique.
La rançon de la simplicité et de la fiabilité de
la stimulation magnétique cervicale est son absence de spécificité
pour le nerf phrénique.
Le champ magnétique englobe un volume
qui contient de nombreuses structures excitables, en particulier
l’ensemble des racines cervicales basses et le nerf spinal (mais pour
des raisons géométriques, la moelle n’est pas dépolarisée).
La
contraction diaphragmatique produite par la stimulation
magnétique cervicale n’est donc pas isolée. De nombreux muscles
se contractent simultanément : trapèzes, sterno-cléido-mastoïdiens,
deltoïdes, grands dentelés, grands pectoraux...
Sauf hypertrophie de
certains muscles, cette cocontraction ne produit pas en elle-même
de pression inspiratoire, comme cela a été démontré chez des
patients atteints de paralysie diaphragmatique bilatérale, mais
elle modifie les caractéristiques de la réponse diaphragmatique parce
qu’elle diminue le phénomène de distorsion thoracique
caractéristique de la contraction diaphragmatique isolée.
La
transformation de la force diaphragmatique en pression négative intrathoracique, lors de la stimulation magnétique cervicale, est ainsi
meilleure que lors de la stimulation phrénique électrique bilatérale.
Divers arguments ont permis de démontrer le rôle de
l’impact de la costimulation de muscles extradiaphragmatiques sur
la distorsion thoracique au cours de la stimulation magnétique
cervicale, arguments directs (amplitude moindre du paradoxe
thoracique supérieur en stimulation magnétique), ou indirects
(différence entre stimulation magnétique et électrique moindre à
haut volume pulmonaire où la distortabilité de la cage thoracique
est réduite ; abolition de la différence entre les deux techniques
après fatigue sélective des muscles de la cage thoracique).
La stimulation magnétique cervicale peut donc être vue comme
ayant l’avantage de produire une contraction diaphragmatique dans
des conditions plus physiologiques que la stimulation électrique
bilatérale.
Elle permet par ailleurs de faire le diagnostic de
dysfonction des muscles inspiratoires extradiaphragmatiques.
Stimulation magnétique cervicale et stimulation phrénique
électrique bilatérale apportent donc des informations de nature
différente sur la fonction du diaphragme.
Elles doivent être vues
comme deux méthodes complémentaires et non concurrentes.
En pratique clinique, il est clair que la première est beaucoup plus
utilisable que la seconde. Diverses études ont démontré qu’elle
permettait sans difficulté de faire le diagnostic de dysfonction
diaphragmatique.
Avec la stimulation magnétique, il est également possible de
stimuler le nerf dans son trajet médiastinal, en appliquant une
bobine circulaire du même type que celle utilisée pour la stimulation
magnétique cervicale sur le sternum (stimulation magnétique
antérieure [SMA]).
Enfin, on peut stimuler le nerf phrénique
au niveau du cou à l’aide de bobines en « 8 ».
Cette
stimulation magnétique phrénique focale reproduit d’assez près les
résultats de la stimulation électrique classique, à ceci près qu’il est
quasiment impossible d’obtenir avec elle une stimulation phrénique
sans costimulation du plexus brachial.
Elle peut être utilisée
unilatéralement (stimulation magnétique focale unilatérale [SMU])
ou, en couplant deux stimulateurs et deux bobines
bilatéralement, stimulation magnétique focale bilatérale.
* Signaux étudiés en réponse à la stimulation phrénique :
+ Principes généraux
:
Selon la méthode utilisée, la stimulation phrénique provoque une
contraction isolée ou prédominante du diaphragme.
En principe, il
n’est donc pas nécessaire d’enregistrer un index spécifique de la
contraction diaphragmatique pour obtenir une information ne
concernant que le diaphragme.
Ceci permet en particulier de coupler
à la stimulation phrénique des grandeurs de sortie dénuées de toute
agressivité et simples à utiliser.
Ce propos doit cependant être
légèrement nuancé, dans la mesure où d’une part certaines de ces
grandeurs de sortie posent des problèmes particuliers pouvant en
compromettre la validité (qualité de la transmission de la pression intrathoracique à l’ouverture des voies aériennes, contamination du
recueil électromyographique de surface par une activité issue d’autres muscles),
et où d’autre part la stimulation phrénique n’est pas pure avec
certaines techniques (en particulier stimulation magnétique
cervicale).
Il est clair que les choix méthodologiques faits pour
l’investigation de routine représentent souvent un compromis entre «
purisme » physiologique et « pragmatisme » clinique.
+ Réponse électromyographique à la stimulation phrénique en choc
unique
:
D’une façon générale, il est préférable d’étudier la conduction
nerveuse au moyen d’électrodes de surface, parce que
l’enregistrement à l’aiguille donne des informations parcellaires
(faible nombre d’unités motrices échantillonnées).
Par ailleurs, si une
aiguille échantillonne des unités motrices innervées par des fibres
nerveuses lentes ou si elle est piquée à distance des plaques
motrices, il y a un risque d’enregistrer une réponse faible et lente
malgré l’absence de toute anomalie neurogène.
L’enregistrement
à l’aiguille ne se conçoit en stimulation nerveuse que pour éviter
l’interférence de potentiels provenant de muscles voisins transmis
aux électrodes de surface par le volume conducteur.
Ce peut être
le cas pour le diaphragme lorsque la stimulation n’est pas très
spécifique du nerf phrénique.
En routine, on utilise des
électrodes de surface, et il convient de respecter les règles générales
garantes de la bonne qualité du signal (abrasion cutanée pour
réduire l’impédance, électrode active dans l’espace intercostal et
électrode de référence sur la côte adjacente, électrode de terre
installée, bande passante 2 Hz-10 kHz, disposition des électrodes
modifiées jusqu’à obtention de la meilleure réponse, etc).
La
stimulation phrénique entraîne une réponse motrice
diaphragmatique (potentiel d’action musculaire composé, parfois
appelé onde M), qui est la somme des potentiels d’unité motrice
élémentaires et qui a la forme classique d’un potentiel d’action
moteur, avec une négativité initiale (vers le haut selon les
conventions de langage électrophysiologique), suivie d’une
positivité (vers le bas).
L’amplitude de cette réponse n’est
pas codifiée, du fait d’une faible reproductibilité d’un patient à
l’autre, et d’un jour à l’autre chez un même patient.
En revanche,
l’amplitude de la réponse doit être grossièrement symétrique entre
le côté droit et le côté gauche. La latence de la réponse électromyographique du diaphragme à la stimulation phrénique
renseigne sur la conduction phrénique.
La valeur normale en est
variable selon la technique utilisée.
La stimulation
électrique du phrénique au cou est de ce point de vue la mieux
codifiée.
De nombreuses études, depuis de nombreuses années
permettent de fixer à environ 7 ms la latence normale, en sachant
qu’elle peut varier avec l’âge et la taille.
Une latence
supérieure à 8,5 ms est très certainement pathologique, quelle que
soit la situation, mais il faut toujours interpréter le chiffre en fonction
du contexte.
Normalement, les temps de conduction phrénique sont
symétriques, à 1 ms près (certaines études montrent une tendance
pour le temps de conduction gauche à être plus long que le temps
de conduction droit) : une asymétrie est donc le signe d’une
conduction anormale du côté le plus lent, quelle que soit la valeur
absolue du temps de conduction phrénique.
Il importe de noter que
l’intensité de la stimulation joue sur la vitesse de conduction
nerveuse, qu’il s’agisse de stimulation magnétique où cet effet peut
être particulièrement marqué ou de stimulation électrique.
Pour
être interprétable et reproductible, la conduction phrénique doit être
mesurée lors d’une stimulation supramaximale.
La stimulation
magnétique cervicale fournit des valeurs de conduction phrénique différentes de la stimulation électrique.
Sans entrer dans
le détail, il y a plusieurs raisons à cela : la stimulation
magnétique dépolarise préférentiellement les fibres myélinisées de
gros calibre, dont la vitesse de conduction est la plus rapide ;
surtout, le site de dépolarisation du nerf est différent.
Chez des
sujets dont le cou et la partie supérieure du thorax ne sont pas
pléthoriques, le champ magnétique est susceptible d’atteindre le nerf
au niveau du médiastin antérieur et supérieur, au-delà du point de
stimulation électrique.
Les latences sont par conséquent plus courtes
en stimulation magnétique qu’électrique, des chiffres compris entre
5,5 et 6,5 ms correspondant probablement à la fourchette normale.
Faute de large diffusion d’une technique beaucoup plus récente que
la stimulation électrique et de standardisation d’un laboratoire à
l’autre, les valeurs normales de conduction phrénique sont moins
solidement établies pour la stimulation magnétique que pour la
stimulation électrique.
Concernant la stimulation magnétique
unilatérale focale du phrénique au cou, les rares valeurs
actuellement disponibles suggèrent qu’elle fournit des temps de
conduction comparables à ceux obtenus avec la stimulation
électrique.
La mesure de la conduction phrénique
est importante dans toutes les suspicions de dysfonction
diaphragmatique neurogène, qu’il s’agisse d’atteintes phréniques
isolées (par exemple paralysie phrénique unilatérale suspectée sur
une surélévation de coupole constatée radiologiquement) ou
d’atteintes phréniques s’intégrant dans le cadre d’affections plus
générales.
Elle permet le diagnostic, mais également le suivi évolutif.
Dans certains cas, la réponse diaphragmatique à la stimulation
phrénique a une valeur pronostique.
Ainsi, une abolition totale de
la réponse après une lésion traumatique, quelle que soit la nature
du traumatisme, est de mauvais pronostic, tandis qu’un simple
ralentissement de la conduction laisse ouverte, selon le contexte étiopathogénique, la possibilité d’une récupération, même tardive.
Chaque technique de stimulation a, pour l’étude électrophysiologique
du phrénique, ses avantages et ses inconvénients
.
La stimulation électrique focale a pour avantage de
donner une information sans faux positifs, pour laquelle il existe
des éléments de référence nombreux dans la littérature. Son
principal inconvénient est sa difficulté technique, exposant au risque
de résultat faussement négatif.
La stimulation magnétique cervicale a pour avantage la facilité de son usage, donnant accès à la
conduction phrénique des deux côtés au moyen d’un seul stimulus.
Sa non-spécificité est un avantage, car elle réduit quasiment à néant
le risque de faux négatif.
La possibilité de faire varier le site de
stimulation en modulant l’intensité de la stimulation et son niveau
précis permet parfois de préciser le niveau d’une lésion, radiculaire
ou tronculaire (remarque : la combinaison de la stimulation électrique
au cou et de la stimulation magnétique peut permettre de faire le
diagnostic d’une anomalie dissociée du nerf phrénique principal et
du nerf phrénique accessoire).
Cependant, la non-spécificité même
de la stimulation magnétique cervicale constitue un inconvénient.
En effet, si les conditions de recueil de l’électromyogramme de
surface ne sont pas optimales, le signal peut être contaminé par des
champs électriques dits « lointains », provenant des nombreux
muscles extradiaphragmatiques costimulés avec le diaphragme, non
pas tant les muscles inspiratoires accessoires du cou que le grand
pectoral ou les insertions antérieures du grand dentelé.
Un matériel
d’électromyographie de qualité et un positionnement correct des
électrodes permettent d’éviter cet écueil, comme le démontre
l’absence d’activité électromyographique en réponse à la stimulation
magnétique cervicale chez des patients atteints de paralysie
diaphragmatique isolée.