Examens virologiques utiles en dermatologie
Cours de dermatologie
Introduction
:
La peau entretient une relation privilégiée avec les virus.
La
sémiologie dermatologique des infections virales est variée et
recouvre bon nombre des lésions dermatologiques dites
élémentaires.
Les mécanismes impliqués dans le déclenchement des
dermatoses virales sont parfois liés directement à l’effet cytopathique
du virus sur les cellules de la peau comme pour les herpès simplex
virus 1 et 2 et le virus varicelle-zona (varicella zoster virus [VZV]).
Dans d’autres cas, les mécanismes sont plus complexes et résultent
d’une action indirecte du virus sur la peau par le biais d’une réaction
immunologique comme dans le cas des virus des hépatites B et C
(c’est-à-dire vascularite avec cryoglobulinémie).
Certains virus
comme les papillomavirus humains (PVH), le virus HTLV-1 (Human
T-Cell leukemia/Lymphoma virus type 1) et plus récemment l’herpès
virus de type 8 (human herpesvirus 8 ou HHV-8) sont impliqués dans
des pathologies tumorales cutanées et muqueuses.
Ces virus sont
équipés de gènes impliqués dans les mécanismes de régulation
cellulaire et représentent une cible thérapeutique potentielle pour
ces néoplasies « viro-induites ».
Les virus responsables de lésions cutanées sont dominés par les
infections secondaires au groupe des herpès virus.
Cependant de nombreux virus peuvent être responsables de lésions cutanées.
Quel que soit le virus incriminé, une notion d’épidémie,
un bon interrogatoire et un examen clinique complet permettent
fréquemment d’orienter le diagnostic virologique.
L’utilité d’une
exploration virologique doit tenir compte :
– de son aide au diagnostic de la dermatose ;
– de son implication thérapeutique éventuelle en cas de positivité ;
– de son intérêt dans le diagnostic d’une affection sous-jacente
(comme pour les virus des hépatites et le VIH).
La justification du choix d’un examen en pratique virologique doit
alors être judicieusement posée.
Il ne convient pas d’être
systématique et de prescrire l’ensemble des examens virologiques à
notre disposition. Enfin, il faut garder en mémoire qu’un examen
virologique est coûteux et qu’un résultat peut être long
à obtenir, ne permettant ainsi qu’un diagnostic rétrospectif.
Les outils diagnostiques virologiques utiles en dermatologie sont
nombreux et variés : cytodiagnostic et histologie, isolement du virus
sur culture cellulaire, techniques immunoenzymatiques, sérologies,
techniques de biologie moléculaire.
Deux approches permettent la mise en évidence de l’implication
d’un virus dans une pathologie dermatologique.
Le diagnostic
direct permet de mettre en évidence le virus lui-même ou l’un de
ses constituants.
Ces différentes structures peuvent être retrouvées à
l’état libre ou au niveau de cellules infectées.
Le diagnostic indirect
repose sur la présence d’anticorps dirigés contre un ou plusieurs
constituants du virus.
Enfin, il ne faut pas oublier que l’examen
anatomopathologique d’une biopsie cutanée peut, dans certains cas,
être spécifique d’un type de virus donné.
Histologie cutanée et cytodiagnostic
:
L’histologie cutanée et le cytodiagnostic permettent, dans certains
cas, de porter le diagnostic d’infection virale.
Ces examens simples
sont souvent d’un grand apport sur certains terrains (patients
infectés par le VIH ou atteints d’une autre immunosuppression) où
les lésions élémentaires peuvent revêtir un aspect atypique. Trois
familles de virus sont identifiables par l’histologie cutanée : les
herpès virus, les poxvirus et les papovavirus.
Les
inclusions virales en sont les éléments morphologiques les plus
caractéristiques.
Ces inclusions virales sont nucléaires dans le cas
des herpès virus et des papovavirus et cytoplasmiques et basophiles
dans les cas des poxvirus.
On peut également observer des
modifications cellulaires avec ballonnisation et acantholyse dans le
cas des infections par un herpès virus ou de vacuolisations
périnucléaires pour les koïlocytes des condylomes.
L’histologie peut
également mettre en évidence des modifications architecturales
épidermiques avec acanthose et papillomatose pour les papovavirus
et aspect en « corbeille de fruits » pour les molluscum
contagiosum.
Le cytodiagnostic est un examen simple, réalisable en quelques
minutes.
Il s’effectue par grattage au vaccinostyle du plancher d’une vésicule et étalement sur une lame.
On utilise une colarion standard
(Giemsat) qui, en cas d’infection par un herpès simplex virus 1 ou
2, ou par le VZV, permet la visualisation de l’effet cytopathogène
avec des cellules épithéliales de grande taille, acantholytiques,
ballonisées et multinucléées.
Dans le cas des molluscum contagiosum, le cytodiagnostic permet d’observer les corpuscules
intrakératinocytaires caractéristiques.
Examens virologiques en dermatologie :
A - MÉTHODES DIRECTES :
1- Isolement du virus
:
L’isolement du virus sur culture cellulaire représente la méthode de
choix et de référence pour de nombreux virus, permettant ainsi leur
identification et leur typage.
En dermatologie, l’isolement d’un
virus n’est concevable qu’à partir d’un liquide, vésiculaire ou
bulleux, ou d’une lésion ulcérée. Les liquides doivent être
ponctionnés à l’aide d’une fine aiguille et ensuite placés dans un
liquide de transport approprié.
Pour une lésion ulcérée, un
écouvillonnage de la périphérie ou de la base de cette lésion doit
être réalisé.
Il est possible, après expression de l’écouvillon contre la
paroi d’un tube de milieu de transport, d’ensemencer le virus sur
culture cellulaire.
Ces écouvillons peuvent également être étalés sur
une lame que l’on sèche à l’air afin de réaliser un cytodiagnostic.
Dans tous les cas, ces prélèvements doivent être acheminés très
rapidement au laboratoire, si possible dans de la glace, afin d’être
inoculés immédiatement sur des cellules.
Les milieux de transport
habituellement utilisés sont constitués de protéines ou de sérum
animal tamponnés et additionnés d’antibiotiques.
Lorsque
l’inoculation immédiate est impossible, un stockage à + 4 °C est
envisageable pendant 48 heures, mais une congélation momentanée
à - 70 °C est préférable.
Le choix des cellules dépend essentiellement du type de virus
suspecté par la clinique.
Les cultures cellulaires sont ensuite
incubées à 37 °C.
Régulièrement, ces cultures sont examinées au microscope optique
à la recherche d’un effet cytopathogène.
Un effet cytopathogène
observé sur un type de cellules donné permet d’orienter le
diagnostic vers un groupe ou une famille de virus.
De
même, la rapidité d’apparition de cet effet peut orienter un
diagnostic.
Mais le plus souvent, l’identification précise du virus n’est
totalement confirmée que lorsque la culture cellulaire est couplée à
des techniques de diagnostic indirect avec mise en évidence d’un
antigène viral en utilisant un anticorps monoclonal par méthode
d’immunofluorescence ou immunoenzymatique.
Le succès de
l’isolement viral dépend de la charge virale au lieu du prélèvement,
de la qualité de ce prélèvement et des cellules utilisées pour la
culture.
La négativité d’un examen ne peut donc en aucun cas
éliminer une étiologie virale à une pathologie cutanée. De plus, de
nombreux virus ne poussent pas en culture de cellules comme les
papillomavirus et la majorité des coxsackies.
Enfin, il est à noter que dans certains cas, comme par exemple la
récidive d’un zona après traitement correctement entrepris, la
culture virale permet de réaliser un antivirogramme.
Ces méthodes
doivent bien entendu n’être réservées qu’à des cas exceptionnels ou
à la recherche.
2- Microscopie électronique :
Cet examen ne permet de visualiser des virus qu’à la condition que
ceux-ci se trouvent en quantité importante (supérieure à 106
particules par mL).
De plus, l’aspect observé n’est révélateur que de
la famille de virus mais rarement de l’espèce : par exemple, l’aspect
microscopique distingue les herpès virus mais ne fait pas la
différence entre un herpès simplex et un VZV.
Les virus
responsables de papillomatoses ou de molluscum contagiosum sont
particulièrement bien observés en microscopie électronique.
Mais
cette technique est chère, nécessite un matériel imposant et ne
s’applique qu’aux virus pour lesquels la culture ou les techniques
immunologiques n’existent pas.
3- Technique d’immunofluorescence :
Cette technique permet de détecter les antigènes viraux situés en
intracellulaire ou sous forme soluble à l’aide d’anticorps
monoclonaux spécifiques. Cette technique permet un diagnostic
rapide.
Elle peut être réalisée à partir du prélèvement lui-même ou
sur culture cellulaire.
La détection antigénique est particulièrement
adaptée pour le diagnostic in situ des lésions dermatologiques
d’origine virale.
Les antigènes viraux peuvent être révélés de deux
façons :
– par immunofluorescence directe où un anticorps fluorescent se
fixe sur l’antigène viral ;
– par immunofluorescence indirecte où une anti-immunoglobuline
fluorescente se fixe sur l’anticorps spécifique.
L’utilisation d’anticorps monoclonaux détermine facilement et
rapidement le type de virus responsable de lésions cutanées ou
muqueuses comme un herpès virus.
La positivité de cet examen dépend également de la qualité du
prélèvement dermatologique et de l’expérience du lecteur des lames.
Cet examen donne des résultats rapides mais est délicat à réaliser et
n’est pas actuellement automatisé.
Les anticorps poly- ou monoclonaux peuvent également être utilisés
sur des coupes de biopsies cutanées congelées ou fixées dans le
formol.
L’immunohistochimie est une technique morphologique de
grande spécificité, permettant de distinguer une infection latente
d’une infection lytique et de typer les cellules cibles infectées par le
virus au sein de la lésion.
Des anticorps poly- ou monoclonaux
dirigés contre les herpès virus simplex 1 et 2, l’HHV-6 et le
cytomégalovirus (CMV) sont disponibles dans le commerce.
Récemment, utilisant un anticorps monoclonal dirigé contre un
antigène de latence de l’HHV-8, nous avons pu montrer que l’HHV-8
était présent dans les cellules fusiformes et dans les cellules
endothéliales bordant les vaisseaux ectasiques au sein des lésions
de Kaposi.
4- Biologie moléculaire
:
* Hybridation moléculaire :
L’hybridation moléculaire à l’aide de sondes nucléiques a été la
seule technique capable de détecter certains virus non ou
difficilement cultivables comme les PVH, le virus de l’hépatite B et
plus récemment le virus de l’hépatite C.
Les différentes techniques
d’hybridation moléculaire permettent de mettre en évidence les
acides nucléiques viraux dans des échantillons biologiques en
utilisant des brins d’acide désoxyribonucléique (ADN) ou d’acide
ribonucléique (ARN) complémentaires marqués par un radioélément
(le plus souvent le phosphore 32 ou le soufre 35) ou un précurseur
non radioactif (biotine ou digoxigénine).
Quatre techniques peuvent être utilisées.
L’hybridation en taches,
ou dot-blot, s’effectue sur une membrane de nitrocellulose ou de
nylon où les acides nucléiques extraits du prélèvement et la sonde
marquée sont déposés. Le complexe acide nucléique-sonde marquée
ainsi formé s’immobilise sur la membrane.
Cette technique est de
moins en moins employée en diagnostic virologique.
Dans la technique de Southern, après digestion par des enzymes de
restriction les fragments d’ADN obtenus sont couplés à une sonde
marquée.
Cette technique nécessite une grande quantité d’ADN
relativement pur.
Le Southern-blot permet de détecter et de
caractériser certains virus.
Dans le cas des PVH, des virus Epstein-Barr (EBV) et HHV-8, elle permet de révéler les modifications dans
le génome et d’informer sur l’état intégré, épisomique (virus latent)
ou linéaire (virus réplicatif) des séquences virales.
Dans le cas de
l’EBV et de l’HHV-8, le Southern-blot permet également d’analyser
le caractère monoclonal ou polyclonal du génome.
Enfin, pour un
grand nombre de virus, cette technique permet d’analyser les
polymorphismes de restriction (RFLP) particulièrement utiles en
épidémiologie moléculaire.
L’immunocapture sur phase solide (Hybrid Capturet System)
consiste à effectuer une capture de l’hybride (sonde ARN/ADN viral
cible) à l’aide d’un anticorps antihybride fixé sur un support solide.
Cette technique est utilisée pour le diagnostic des infections à
papillomavirus humains et pour la détection du CMV.
Enfin l’hybridation in situ (HIS) sur frottis cellulaires ou coupes
tissulaires est largement utilisée en dermatologie, notamment pour
l’exploration des lésions à PVH.
L’HIS est une technique de grande
spécificité mais de sensibilité réduite.
Après avoir été fixé sur une
lame, le tissu est rendu perméable à la sonde par un traitement aux
protéases.
Dans un second temps, le matériel cellulaire est dénaturé,
soit par chauffage, soit par alcalinisation.
L’hybridation se fait entre
lame et lamelle, utilisant un volume minimal contenant la sonde
complémentaire de la séquence à détecter.
La dénaturation de la
sonde et de l’acide nucléique viral est obtenue après exposition de
la lame à une température voisine de 100 °C.
Un brusque
refroidissement permet de maintenir la dénaturation.
La
renaturation est obtenue à basse température en présence de formamide qui abaisse la température de fusion de l’ADN.
Autrefois
laborieuse, l’HIS s’est considérablement simplifiée grâce à l’emploi
des sondes isotopiques (digoxigénine).
Cependant, du fait de sa
sensibilité modeste, l’HIS tend à être supplantée par l’amplification
in situ (polymerase chain reaction [PCR] in situ).
* Amplification génique :
L’amplification génique ou PCR permet d’amplifier de façon très
importante l’acide nucléique recherché à l’aide d’une ADN
polymérase et d’amorces spécifiques.
La mise en évidence d’un
fragment de l’acide nucléique spécifique d’un virus donné peut alors
être visualisée après coloration ou par hybridation spécifique avec
une sonde interne.
L’amplification d’ARN viral est également
possible (RT-PCR), mais nécessite une étape de transcription inverse
avant l’amplification proprement dite. Le rendement de la PCR
dépend essentiellement de la qualité de l’extraction des acides
nucléiques.
La PCR peut être réalisée à partir de biopsies cutanées
au mieux conservées dans l’azote liquide, mais également à partir
de coupes fixées dans le formol.
Dans ce dernier cas, il est parfois
nécessaire de recourir à une PCR « nichée » (nested PCR) qui expose,
cependant, à un risque accru de contamination et qui ne peut être
réservée qu’à des laboratoires expérimentés pour des programmes
de recherche et non à usage diagnostique.
La fixation des biopsies
dans le liquide de Bouin ne permet pas la réalisation ultérieure
d’explorations moléculaires type PCR et doit être proscrite dans cette
indication.
Différents protocoles d’extraction sont à la disposition du
virologue et de nombreux kits d’extraction sont actuellement
disponibles dans le commerce et permettent de raccourcir cette étape
souvent fastidieuse.
La fragilité de l’ARN (destruction par les Rnase)
impose des conditions supplémentaires dans la préparation des
échantillons pour la réalisation d’une amplification d’ARN
(conservation des biopsies en azote liquide ou à - 70 °C, port de
gants systématique tout le long de l’expérimentation, utilisation de
réactifs Rnase free).
La qualité de l’amplification doit être vérifiée
grâce à l’amplification parallèle d’une séquence génomique cellulaire
ubiquitaire (c’est-à-dire gène de la â-globine humaine pour l’ADN ;
gène de la â-actine pour l’ARN) qui témoignera de la faisabilité de
l’amplification d’acides nucléiques à partir du prélèvement étudié.
Cette technique autorise la détection de nombreux types viraux au
sein de lésions cutanées ou muqueuses.
Mais la positivité d’un examen aussi sensible ne permet pas toujours
d’impliquer le virus dans le phénomène lésionnel observé.
En effet,
la positivité d’une PCR dans la peau peut être secondaire à une
contamination par du virus circulant dans le compartiment sanguin.
Par ailleurs, la PCR est une technique ultrasensible exposant aux
risques de contamination interne au laboratoire.
Les
recommandations d’utilisation de la PCR doivent être
rigoureusement observées afin d’éviter de tels écueils.
Ces
précautions d’utilisation doivent être respectées dès la préparation
des échantillons qui seront analysés par PCR.
On prendra soin de
changer la lame du microtome entre chaque découpe de biopsie.
Les extractions, la préparation des réactifs nécessaires à la PCR, la
PCR proprement dite et la révélation des produits amplifiés doivent
être réalisées dans des pièces différentes.
Afin de retenir le rôle possible d’un virus dans le déclenchement
d’une dermatose, il est important de compléter les résultats de PCR
par des techniques plus morphologiques de type immunohistochimique ou HIS.
De même, la comparaison de la
quantification de la charge virale en peau saine et en peau lésée par
PCR semi-quantitative peut également être un élément en faveur du
rôle du virus dans le déclenchement de la dermatose.
La PCR représente la technique virologique la plus sensible pour la
recherche en dermatologie des virus herpès simplex, des VZV et des
papillomavirus, elle a permis d’élucider certaines étiologies
(HHV-8 et maladie de Kaposi), de détecter et de caractériser
certains rétrovirus endogènes.
* Amplification in situ :
La PCR in situ est une combinaison entre PCR et HIS et consiste à
amplifier des séquences génomiques à l’intérieur des cellules, puis à
détecter in situ le produit amplifié, qui peut être détecté en
microscopie optique à l’aide d’une sonde biotynilée, via le complexe
streptavidine-phosphatase alcaline.
Cette technique a récemment
permis la détection de séquences d’HHV-8 dans les lésions de
Kaposi.
Il s’agit d’une technique de réalisation et d’interprétation
délicates dont l’indication est réservée à la recherche.
* Techniques d’avenir :
+ Analyse de différence de représentation
:
Récemment, l’HHV-8 a été découvert dans des lésions de Kaposi de
patients séropositifs pour le VIH par l’analyse de différence de
représentation (RDA).
Cette technique repose sur le postulat qu’un
agent externe de nature génomique (ADN ou ARN) soit présent
dans un tissu cible et absent ou présent à une moindre concentration
dans le tissu normal chez un même patient.
La RDA est une
technique de biologie moléculaire lourde consistant en différentes
étapes d’hybridation, de dénaturation et d’amplification
génomique.
Elle ne peut se concevoir que dans le cadre de
programmes de recherche et pourrait voir son intérêt dans
l’exploration de diverses dermatoses potentiellement induites par
un virus.
+ Microdissection au laser :
La microdissection au laser ou laser capture microdissection (LCM)
allie les compétences de l’examen microscopique et du laser pour
cibler et capturer un groupe cellulaire, voire une cellule, au milieu
d’un tissu.
Elle peut se faire sur coupe congelée ou fixée après
marquage éventuel.
Les cellules capturées peuvent alors être placées
dans des tubes stériles et étudiées par différentes techniques de
biologie moléculaire.
Cette technique d’avenir ne peut se concevoir
que dans des programmes de recherche mais son champ
d’application devra pouvoir s’étendre à la virologie et notamment
aux affections dermatologiques viro-induites.
B - MÉTHODES INDIRECTES :
1- Mise en évidence des anticorps sériques totaux :
* Technique Elisa
:
Ces techniques immunoenzymatiques sont actuellement les plus
utilisées.
La fixation des anticorps sur les antigènes est révélée par
une enzyme qui catalyse une réaction colorée.
Le format le plus
utilisé est l’Elisa (enzyme linked immunosorbent assay), dans lequel
l’antigène est absorbé sur un support solide : puits d’une
microplaque, bille ou membrane.
La fixation de l’antigène sur ce
support facilite les lavages qui séparent les différentes phases de
fixation des anticorps sériques et des anticorps conjugués à
l’enzyme.
Cette technique est automatisée, a une grande sensibilité
et donne des résultats très reproductibles.
La lecture des réactions
colorées par un spectrophotomètre donne des résultats plus objectifs
que la lecture à l’oeil et permet de quantifier la réaction à partir des
densités optiques obtenues.
* Diagnostic sérologique :
À la suite de la pénétration d’un virus dans l’organisme, des
anticorps spécifiques de ce virus apparaissent dans le sérum
quelques semaines après le début de l’infection.
Ces anticorps sont
d’abord des immunoglobulines de type M (IgM) qui disparaissent
en quelques semaines. Pratiquement au même moment, des
immunoglobulines de type G (IgG) de même spécificité
apparaissent.
Celles-ci persistent ensuite pendant de longues années,
voire toute la vie.
Le diagnostic sérologique d’une infection aiguë
récente et résolutive se fonde sur la dynamique d’apparition des
anticorps : on cherche à démontrer, sur deux sérums successifs, une
séroconversion, c’est-à-dire le passage de la séronégativité à la
séropositivité, ou une ascension significative (au moins d’un facteur
4) du titre des anticorps.
La présence d’IgM témoigne aussi,
classiquement, du caractère récent de l’infection.
En aucun cas, la
détermination du titre des anticorps dans un seul sérum ne conduit
à un diagnostic d’infection récente ou ancienne, car le titre des
anticorps dépend autant de la qualité de la réponse immune de
chaque individu que de la chronologie de l’infection.
En revanche,
le diagnostic sérologique d’une infection chronique ne requiert
qu’un seul prélèvement de sérum, puisque la seule présence des
anticorps est synonyme de l’existence de l’infection comme dans le
cas des infections à CMV et à VIH.
La répétition des prélèvements
est alors inutile.
2- Mise en évidence des anticorps dirigés
contre certaines protéines virales :
L’Elisa manque parfois de spécificité du fait de la possibilité de
réactions immunologiques croisées, de réactions immunologiques
contre des molécules cellulaires contaminant les antigènes viraux et
également de la possibilité de réactions non spécifiques entre des
protéines sériques et certains constituants de la réaction.
Il est donc
utile, voire indispensable dans certaines situations (VIH), de
visualiser la présence d’anticorps dirigés contre des protéines virales
bien individualisées.
Dans le Western-blot, les protéines virales ont
été séparées par électrophorèse, transférées sur une membrane en
conservant leur position respective.
Le sérum à tester est incubé sur
la membrane et la réaction antigène-anticorps est révélée dans un
second temps par une réaction enzymatique de type Elisa.
L’immunoblot utilise le même principe que le Western-blot à
l’exception que les protéines virales ont été produites par génie
génétique et secondairement déposées sur la membrane à des
endroits bien précis.
Applications en dermatologie :
A - GROUPE DES HERPÈS VIRUS
:
Les virus du groupe herpès sont fréquemment responsables de
manifestations cutanéomuqueuses.
1- Herpès simplex virus 1 et 2 (HSV-1 et HSV-2) :
L’examen clinique est souvent suffisant pour porter le diagnostic
d’herpès cutané, voire le type 1 ou 2 en fonction de la localisation.
Les examens virologiques visant à confirmer le diagnostic sont donc
le plus fréquemment inutiles, sauf en cas d’herpès atypique,
notamment chez les sujets immunodéprimés, ou en cas de primoinfection.
Les deux examens les plus utiles sont l’isolement du
virus en culture et le diagnostic immunocytologique.
Hormis dans
le cas de la primo-infection et au cours d’études épidémiologiques,
la sérologie herpétique n’est d’aucun intérêt.
* Examen direct :
Le cytodiagnostic représente l’avantage d’être simple, peu coûteux
et rapide.
Il permet d’objectiver les cellules géantes multinucléées,
typiques d’une infection par un herpès virus.
Mais cet
aspect caractéristique de l’ensemble des herpès virus ne peut en
aucun cas différencier un HSV-1 ou 2 d’un autre herpès virus tel le VZV.
L’utilisation d’anticorps monoclonaux fluorescents directement
sur le prélèvement permet de différencier les HSV-1 ou 2.
Cependant, cette distinction est le plus souvent inutile en pratique
dermatologique courante. Dans certains cas, l’histologie cutanée
permet dans des formes atypiques (ulcérations géantes et chroniques
chez les sujets immunodéprimés) d’apporter des éléments quasi
formels en faveur d’une infection herpétique.
* Isolement du virus en culture cellulaire
:
L’inoculation du virus sur culture cellulaire (cellules vero pour les
herpès simplex) doit être réalisée très rapidement après le
prélèvement car le virus est très fragile.
L’effet cytopathogène typique est observé en 2 à 5 jours.
La sensibilité des cultures
cellulaires est meilleure lorsque l’isolement est réalisé à partir d’un
liquide vésiculaire.
Mais seule l’utilisation d’anticorps monoclonaux
par technique d’immunofluorescence permet la distinction des HSV-1 ou 2 et de confirmer ainsi le diagnostic.
Des cultures rapides avec
coloration de l’antigène de l’HSV permettent l’obtention de résultats
en 24 heures.
* Autres examens
:
Des techniques d’immunofluorescence avec des anticorps
monoclonaux et la réalisation de PCR directement sur un liquide
vésiculaire sont possibles mais restent d’indication limitée dans le
cadre des infections à herpès simplex.
Cependant, une étude récente
illustre l’intérêt des explorations moléculaires dans la
physiopathologie de l’érythème polymorphe postherpétique.
Utilisant différentes techniques de biologie moléculaire (PCR, PCR
in situ et RT-PCR), les auteurs ont pu montrer l’expression d’HSV
dans les kératinocytes au sein de lésions évolutives et cicatricielles
et ainsi démontrer le rôle direct de l’HSV dans la survenue et la
récidive des lésions.
Comme pour l’ensemble des virus, la microscopie électronique est
rarement utilisée. De plus, elle ne peut différencier un HSV-1 ou 2
d’un autre virus tel un VZV.
Les examens sérologiques n’ont aucun intérêt en cas d’herpès
récurrent.
Aucune modification du titre des anticorps n’est
habituellement observée lors des différentes poussées.
Il peut
éventuellement se discuter en cas de primo-infection herpétique, de
primo-infection grave chez un patient immunodéprimé
(transplantation d’organe, chimiothérapies, syndrome
d’immunodéficience acquise) ou atopique dans le cas d’une
pustulose varioliforme de Kaposi-Juliusberg.
Il est à noter que cette
dernière pathologie n’est pas l’apanage d’une primo-infection
herpétique.
Les tests actuels de détection des IgG et des IgM
reposent sur des méthodes Elisa.
Dans toutes ces situations de
primo-infection, une ascension du titre d’anticorps doit être observée
à deux prélèvements espacés de 15 jours.
Il paraît clair que cet
examen ne peut avoir qu’une valeur diagnostique rétrospective.
Quelle que soit la technique utilisée, le seul intérêt de cet examen
demeure pour les études séroépidémiologiques.
2- Virus varicelle-zona :
Le diagnostic de la varicelle et du zona reste également clinique.
Les
examens envisageables sont identiques à ceux décrits pour les HSV-
1 et 2.
Le cytodiagnostic ne permet pas la distinction avec les autres
virus du groupe herpès.
Il est à noter que l’histologie cutanée, en
dehors des modifications caractéristiques des herpès virus, peut
montrer une vascularite dermique superficielle permettant d’orienter
vers une infection par le VZV.
Seule l’utilisation d’anticorps
monoclonaux peut, par immunofluorescence sur liquide de vésicules
ou en culture cellulaire, confirmer le diagnostic virologique.
L’étude
sérologique n’est pratiquement jamais réalisée et repose sur des
techniques immunoenzymatiques.
Elle peut présenter un intérêt
pour le diagnostic rétrospectif d’une varicelle grave chez des sujets
immunodéprimés.
La sérologie n’a aucun intérêt en cas de zona.
En
cas de zona, l’isolement du virus en culture cellulaire peut, dans
certains cas (sujets immunodéprimés ne répondant pas à un
traitement par aciclovir), permettre la réalisation d’un
antivirogramme utile pour décider d’une modification thérapeutique
(passage au foscavir).
Des stratégies de diagnostic de la résistance,
appliquées au produit amplifié par PCR obtenu directement du
prélèvement et permettant la détection de mutations spécifiques de
résistance dans le gène de la thymidine kinase du VZV, devraient
pouvoir remplacer la culture cellulaire qui représente une technique
contraignante et lente.
3- Cytomégalovirus
:
Le CMV peut être responsable de rash cutané morbilliforme ou
scarlatiniforme pouvant entrer dans le cadre d’un syndrome
mononucléosique.
Des ulcérations cutanées périorificielles ou des
muqueuses ont également été décrites, essentiellement chez les
sujets immunodéprimés.
L’histologie cutanée permet parfois de
retrouver un effet cytopathogène typique avec la présence de cellules
de grande taille (cellules « cytomégaliques »), présentant des
inclusions intranucléaires basophiles ou éosinophiles entourées d’un
halo clair.
L’aspect cytologique des cellules infectées prend un aspect
d’« oeil d’oiseau ».
Il s’agit, dans la majorité des cas, de cellules
endothéliales.
Il s’y associe parfois une vascularite dermique et une
nécrose épithéliale.
L’immunohistochimie utilisant des anticorps
mono- ou polyclonaux permet de confirmer le diagnostic.
Le CMV
peut également être isolé à partir du sang (virémie) et d’ulcérations
cutanées ou muqueuses. Le virus ne pousse que sur fibroblastes
humains et l’effet cytopathogène n’apparaît généralement qu’après
7 jours de mise en culture. Une virémie positive à CMV, associée à
une lésion cutanée ou muqueuse peut, dans certains cas, être un
argument orientant le diagnostic étiologique, sans toutefois
l’affirmer, et témoigne dans ce cas d’une infection systémique à
CMV.
Récemment, la mise au point d’une technique reposant sur la
détection des antigènes viraux tend à supplanter l’intérêt de la
virémie à CMV.
L’antigénémie CMV repose sur la détection de la
protéine ppUL83 (pp65) par un anticorps monoclonal dans les
polynucléaires du sang périphérique.
L’antigénémie CMV a la même
valeur diagnostique que la virémie CMV mais présente l’avantage
d’être une technique plus robuste donnant moins de faux négatifs
que la culture.
Elle permet également un diagnostic rapide,
particulièrement recherché chez les sujets immunodéprimés pour la
décision de la mise en route d’une thérapeutique spécifique.
Cet
examen doit être réalisé dans les 3 heures qui suivent le
prélèvement, du fait d’une dégradation rapide de l’antigène viral.
Une virurie positive ne présente aucun intérêt diagnostique, cette
dernière pouvant persister des mois, voire des années après une
infection aiguë à CMV.
Les techniques sérologiques ne permettent que tardivement de poser
un diagnostic de primo-infection.
Leur intérêt diagnostique n’est
donc que très limité.
4- Virus Epstein-Barr :
Outre la mononucléose infectieuse (MNI), le virus Epstein-Barr
(EBV) est responsable de rash morbilliforme, rubéoliforme,
scarlatiniforme, roséoliforme ou urticarien.
La manifestation clinique
la plus fréquente au cours de la primo-infection à EBV est la MNI
qui s’associe, dans près de 20 % des cas, à une éruption cutanée peu
spécifique, hormis la constatation d’un oedème périorbitaire.
Le rôle
de l’EBV a pu être évoqué dans des cas de syndrome de Gianotti-
Crosti, d’érythème polymorphe ou d’érythème noueux sans qu’une
preuve formelle n’ait pu être apportée.
Le rôle de l’EBV dans
l’étiopathogénie des lymphomes cutanés est controversé.
Des lésions
muqueuses comme la leucoplasie chevelue des sujets sidéens et des
ulcérations génitales ont été reliées à l’EBV.
L’absence d’un lien établi
entre l’EBV et une affection dermatologique grave et l’absence
actuelle de thérapeutique efficace contre ce virus rend la pratique
des explorations virologiques le plus souvent inutile, en dehors de
protocoles de recherche.
Dans le cas d’une suspicion de MNI, la pratique d’un hémogramme
permet de retrouver une hyperlymphocytose avec présence de
grands lymphocytes atypiques (« syndrome mononucléosique »).
Les techniques sérologiques permettent de détecter des anticorps
dirigés contre différents antigènes viraux.
En cas de suspicion de
primo-infection, seule la recherche d’anticorps de type IgM dirigés
contre l’antigène de capside (VCA) représente un intérêt
diagnostique.
Cependant, on peut parfois détecter des IgM anti-
VCA en cas de réactivation chez l’immunodéprimé.
À l’inverse, les
anticorps anti-EBNA (Epstein-Barr nuclear antigen) ne sont détectés
qu’après 2 à 3 mois et sont donc absents en cas de primo-infection.
L’analyse par Southern-blot des extrémités répétées du génome
(terminal repeat [TR]) a permis de mieux discriminer une infection
latente (génome épisomal) d’une réplication virale active (génome
linéaire).
Les techniques de Southern-blot et de PCR ont permis de
reconnaître deux types viraux (EBV-1 et EBV-2), l’EBV-1 étant largement plus répandu que l’EBV-2.
Les techniques de
quantification du génome EBV ont permis de mieux préciser les
sujets à risque de développer un syndrome lymphoprolifératif au
cours de la transplantation d’organes.
5- Herpès virus humain 6 et 7 (HHV-6 et HHV-7)
:
* HHV-6
:
La primo-infection à HHV-6 survient le plus communément vers
6 mois. L’HHV-6 est l’agent responsable de l’exanthème subit.
Cependant, si en Europe et aux États-Unis la primo-infection est le
plus souvent inapparente ou s’accompagne de fièvre sans rash, la
survenue d’un exanthème subit est beaucoup plus fréquente au
Japon (jusqu’à 60 %).
L’hybridation moléculaire et la PCR
permettent de distinguer deux types d’HHV-6 (le type A et le
type B).
Seul l’HHV-6B est associé à la survenue d’un exanthème
subit.
Le rôle d’HHV-6 initialement évoqué dans la survenue
d’histiocytose langerhansienne n’a, par la suite, pas été retenu.
Sur
la base d’arguments sérologiques et de PCR, l’HHV-6 a été
récemment évoqué comme cofacteur dans le déclenchement de
toxidermies sévères.
Le diagnostic d’infection par HHV-6 repose sur l’isolement du virus
à partir de lymphocytes sanguins.
Les lymphocytes sanguins du
patient sont séparés sur gradient de Ficoll, puis stimulés par la
phytohémagglutinine et l’interleukine-2, puis on effectue une
coculture avec des lymphocytes humains activés ou du sang du
cordon.
L’effet cytopathogène apparaît après 5 jours et montre des
cellules ballonnisantes et des syncitia.
L’identification est par la suite
réalisée grâce au recours à des anticorps monoclonaux en
immunofluorescence ou par PCR.
Divers anticorps monoclonaux, dont certains disponibles dans le
commerce, peuvent être utilisés sur coupe en immunohistochimie et
permettent d’une part le typage du virus en cause et d’autre part la
mise en évidence d’une réplication active.
Le diagnostic sérologique de l’infection par HHV-6 est délicat du
fait d’une antigénicité croisée avec les virus CMV et HHV-7.
La
technique d’immunofluorescence sur des cellules infectées par
l’HHV-6 est la méthode de choix mais est difficilement réalisable en
routine.
L’immunofluorescence permet de distinguer les IgM et les
IgG.
Cependant, la présence des IgM ne signe pas à elle seule une
primo-infection car elle peut être observée au cours des
réactivations.
L’absence de technique standardisée rend difficile
l’emploi de la sérologie pour le diagnostic d’une infection par
HHV-6.
Outre le typage moléculaire, la PCR réalisée à partir de
divers prélèvements (lymphocytes du sang périphérique, salive,
biopsies) reste l’examen de choix pour le diagnostic d’infection par
HHV-6.
Cependant, du fait de son caractère ubiquitaire, les données
de la PCR ne sont pas suffisantes pour retenir l’implication de ce
virus en pratique clinique.
Le développement de techniques plus
spécifiques permettant notamment la quantification du génome viral
et la discrimination entre latence et réplication virale est nécessaire
pour étudier le rôle pathogénique de l’HHV-6.
* HHV-7
:
L’HHV-7 est également un virus ubiquitaire dont la prévalence est
supérieure à 90 % chez l’adulte.
La primo-infection par HHV-7 est
légèrement plus tardive que celle par HHV-6 et n’est associée à
aucun tableau dermatologique particulier.
Récemment, des auteurs
ont incriminé le rôle d’HHV-7 dans la survenue de pityriasis rosé de Gibert.
Dans les cas rapportés, il s’agissait plus probablement
d’une réactivation virale que d’une véritable primo-infection et les
arguments publiés à ce jour sont assez minces pour retenir son rôle
dans cette affection.
Du fait de son caractère ubiquitaire, on retrouve
les mêmes problèmes que pour l’HHV-6 et son rôle causal direct
dans la survenue d’un tableau clinique particulier n’a pas été
démontré.
6- Herpès virus humain 8 (HHV-8)
:
Découvert initialement dans des lésions de Kaposi de malades
séropositifs pour le VIH, le virus HHV-8 ou Kaposi’s sarcoma
associated herpesvirus (KSHV) est associé à toutes les formes
épidémiologiques de maladie de Kaposi.
Il n’existe pas
actuellement de techniques standardisées permettant le diagnostic
d’infection par l’HHV-8.
Les séquences virales sont détectées par
PCR dans près de 100 % des lésions de Kaposi.
Ces mêmes
séquences sont mises en évidence dans les cellules mononucléées
circulantes chez 50 à 70 % des malades atteints de Kaposi.
Par
ailleurs, plusieurs études ont montré qu’en cas de lésion angiomateuse atypique évocatrice de Kaposi, la PCR HHV-8
pratiquée dans les lésions permet d’apporter des éléments en faveur
du diagnostic de Kaposi.
La recherche d’anticorps dirigés contre
l’HHV-8 n’est pas réalisée en routine.
Les techniques de première
génération reposent sur l’immunofluorescence indirecte.
Cette
technique permet la détection d’anticorps dirigés contre un antigène
nucléaire de latence (LNA-1) qui est spécifique de l’HHV-8, avec
une fluorescence nucléaire en « mottes » tout à fait caractéristique.
Cependant, comme le montrent les études d’expertise sérologique,
des progrès sont à faire dans l’amélioration de la sensibilité des
sérologies par la mise au point de méthodes de type Elisa, afin
d’apprécier au mieux la prévalence de l’infection par HHV-8 dans la
population générale et de mieux apprécier son rôle dans la maladie
de Kaposi.
B - AUTRES VIRUS :
1- Parvovirus B19
:
Le parvovirus B19 est l’agent responsable du mégalérythème
épidémique ou cinquième maladie.
Le parvovirus B19 est également
associé à la survenue de vascularite leucocytoclasique, d’éruption
en « gants et chaussettes » et d’éruption pustuleuse à type de
pustulose exanthématique.
Le diagnostic repose sur la sérologie qui
fait appel à des techniques d’immunofluorescence ou
d’immunocapture.
La présence d’IgM confirme le diagnostic
et témoigne d’une infection récente, inférieure à 1 an.
Chez
l’immunodéprimé, la sérologie du parvovirus B19 peut être moins
sensible et nécessite le recours à la PCR sur sérum.
Chez la femme
enceinte, la primo-infection du parvovirus B19 peut être responsable
d’anasarque foetoplacentaire et le recours à la PCR peut être
nécessaire en cas de négativité des IgM lorsque l’on suspecte une
primo-infection.
2- Poxvirus et parapoxvirus :
Les poxvirus sont responsables d’éruption vésiculeuses cutanées.
Le
molluscum contagiosum en représente la forme le plus fréquemment
observée.
Le diagnostic est clinique. Le poxvirus ne peut se cultiver.
Le diagnostic clinique peut cependant être confirmé par l’histologie.
On y observe un épiderme acanthosique, où les cellules infectées,
disposées comme des fruits dans une vasque, contiennent un
volumineux corps d’inclusion intracytoplasmique hyalin éosinophile
puis basophile.
Il s’agit du corpuscule du molluscum contagiosum qui résulte de l’agrégation de particules virales.
La microscopie électronique est également un bon examen à visée
diagnostique mais ne peut être réalisée en routine.
Deux types de
molluscum contagiosum ont été décrits à ce jour, sans qu’aucun des
types ne soit associé à une forme particulière de l’atteinte cutanée.
Aussi, le typage moléculaire n’est d’aucune utilité en pratique
dermatologique courante.
Le nodule des « trayeurs » dû à un parapoxvirus doit être suspecté
cliniquement.
La confirmation du diagnostic utilise les mêmes
examens que ceux utilisés pour le molluscum contagiosum.
L’Orf est également un parapoxvirus et est largement répandue chez
les moutons et les chèvres.
Le diagnostic repose sur la notion de
contage et le tableau clinique est dominé par la présence de lésions
papuleuses avec un centre hémorragique, qui évoluent vers des
lésions nodulaires à centre croûteux.
La dissémination des lésions
est possible et l’association à des érythèmes polymorphes n’est pas
rare.
L’histologie est le plus souvent typique avec la présence d’une
hyperplasie épidermique associée à des modifications cytologiques virales avec vacuolisation cytoplasmique et nucléaire et inclusions
cytoplasmiques.
Le derme est le siège d’une hyperplasie vasculaire
tout à fait caractéristique.
La microscopie électronique est le plus
souvent inutile et montre des particules virales dans les cellules
épidermiques.
3- Virus Coxsackie :
Le principal virus responsable d’une pathologie dermatologique est
le virus coxsackie A16.
Il se manifeste par le syndrome pieds-mainsbouche
ou par une herpangine.
Celui-ci peut être isolé sur culture
cellulaire à partir de vésicules cutanées.
L’histologie des vésicules
retrouve une dégénérescence ballonnisante des cellules
épidermiques non spécifiques de ce type de virus.
Enfin, la sérologie
peut être réalisée : une augmentation du taux d’IgM sur deux
prélèvements à 15 jours d’intervalle doit être observée.
4- Rougeole :
Elle est caractérisée par un rash maculopapuleux.
Le diagnostic de
la rougeole est et reste avant tout clinique.
Au cours de la phase
éruptive, la présence de cellules géantes multinucléées dans des
secrétions nasales ou sur urine sont évocatrices du diagnostic.
La
recherche de telles cellules, tout comme l’isolement du virus à partir
de sécrétions nasales, pulmonaires ou urinaires, ou la réalisation de
tests sérologiques, n’ont aucun intérêt sauf en cas de rougeole
atypique.
5- Rubéole :
La rubéole, lorsqu’elle est cliniquement apparente, se manifeste par
une éruption maculopapuleuse non spécifique.
Seuls les examens
sérologiques confirment le diagnostic.
De nombreux tests
sérologiques sont utilisables.
La réaction d’inhibition
d’hémagglutination représente la technique de choix.
De
nombreuses autres techniques sont actuellement utilisées,
notamment les méthodes immunoenzymatiques ou Elisa.
Le
diagnostic, dans tous les cas, n’est confirmé qu’en présence d’IgM.
6- Papillomavirus humains :
Les papillomavirus humains (PVH) infectent sélectivement la peau
ou les muqueuses.
Suivant le type de virus, les infections peuvent
être asymptomatiques, responsables de verrues, ou être associées à
de nombreux types de lésions bénignes ou malignes.
Le diagnostic
d’infection à PVH peut être, dans la majorité des cas, suspecté
cliniquement.
L’étude anatomopathologique des biopsies cutanées
ou de prélèvements anaux ou cervicaux (frottis de Papanicolaou) de
ces lésions confirme le diagnostic.
Le type du virus incriminé peut
être déterminé par des techniques immunohistochimiques.
Mais il
paraît clair que ce type d’information reste secondaire lorsque
l’histologie a permis de poser un diagnostic associé à une forme
bénigne ou maligne.
7- Rétrovirus humains :
* Virus de l’immunodéficience humaine :
Ce virus responsable d’une immunodépression favorise l’émergence
d’autres virus.
Ainsi, l’ensemble des pathologies cutanées associées
aux virus sus-décrits peut être observé chez les patients infectés par
le VIH.
Les principales manifestations cutanées observées au cours
de cette infection sont la maladie de Kaposi, les lésions liées aux PVH, les lésions associées aux herpès virus tels les HSV 1 et 2, le
VZV et le molluscum contagiosum.
Le CMV peut être responsable
d’ulcérations torpides, le plus souvent périorificielles.
La présence
d’une de ces lésions doit toujours faire suspecter une infection à VIH.
Seules les techniques sérologiques par Elisa et western blot
présentent un réel intérêt diagnostique.
Le VIH est également
associé à des dermatoses chroniques inflammatoires (psoriasis,
prurigo, vascularite) ou métaboliques (porphyrie cutanée tardive)
justifiant la pratique d’une sérologie dans ces indications.
Enfin, il est à noter qu’en cas de primo-infection par le VIH, le
tableau clinique est le plus souvent non spécifique. Un rash cutané
est cependant observé dans 40 % des cas.
Celui-ci est le plus
fréquemment maculeux, prédominant au niveau du tronc avec
parfois des ulcérations endobuccales.
Seule la recherche d’une antigénémie P24 permet de poser le diagnostic à un stade précoce.
* Virus « human T-lymphotropic virus » type 1
:
Le virus human T-lymphotropic virus type 1 (HTLV-I) est l’agent
responsable de la paraparésie spastique tropicale et de
lymphome/leucémie de l’adulte (adult T-cell lymphoma [ATL]).
Les ATL s’accompagnent, dans près de 50 % des cas, de manifestations
cutanées diverses à type de papules, de nodules et de lésions
pseudomolluscum contagiosum.
La similitude clinique entre ATL et
lymphomes cutanés type mycosis fongoïdes (MF) a fait suspecter le
rôle d’HTLV-I dans la survenue de MF.
Le diagnostic d’infection par HTLV-I repose sur la sérologie (Elisa et western-blot) et la recherche
de séquences provirales par PCR.
Les données actuelles plaident peu
en faveur du rôle direct d’HTLV-I dans la survenue de MF, mais
soulignent l’intervention possible de rétrovirus délétés dans certains
cas de lymphomes cutanés T.
8- Virus des hépatites
:
Les primo-infections par les virus des hépatites (A, B et C) sont
associées à des manifestations dermatologiques variées et peu
spécifiques comme la survenue d’exanthème maculopapuleux,
d’urticaire.
Le syndrome de Gianotti-Crosti n’est pas l’apanage de la
primo-infection par le virus de l’hépatite B et a été décrit également
avec d’autres virus comme le virus EBV ou les virus Coxsackie.
Les
virus des hépatites B et C sont par ailleurs associés, de façon
significative, à certaines dermatoses chroniques qu’il est nécessaire
de connaître afin de pratiquer les explorations virologiques qui
permettent le diagnostic d’hépatite et qui imposent un bilan
complémentaire afin d’établir le bilan de la maladie hépatique sousjacente.
L’utilité de ces examens est renforcée par le fait que
des thérapeutiques actives à la fois sur le plan hépatique et sur le
plan dermatologique peuvent être proposées.
Les dermatoses
associées aux virus des hépatites B et C sont dominées par les vascularites.
Il s’agit le plus souvent de vascularites avec
cryoglobulinémie.
L’association périartérite noueuse (PAN) et virus
de l’hépatite B est retrouvée dans près de 50 % des cas avec la
présence de marqueurs de réplication active dans près de 25 % des
cas.
L’association PAN et virus de l’hépatite C est plus discutée.
Les
virus des hépatites B et C s’associent également à la survenue de
porphyrie cutanée tardive.
En France, l’absence d’argument
épidémiologique entre le lichen plan et les virus des hépatites ne
justifie pas la pratique systématique d’un examen virologique à visée
diagnostique pour ces virus.
L’association de prurit chronique au
cours des hépatites B et surtout C nécessite la pratique de la
recherche de ces virus dans le cadre du bilan de cette affection.
Le diagnostic d’hépatite virale B aiguë repose sur la recherche de
l’Ag Hbs et des IgM antiHBc.
En cas de suspicion d’hépatite B
chronique, on observe une persistance de l’Ag Hbs associée à la
présence d’anticorps anti-HBc et des marqueurs de réplication virale
que sont l’Ag Hbe et la précence de l’ADN-polymérase et de l’ADN
du virus de l’hépatite B.
Le diagnostic d’hépatite C repose essentiellement sur la sérologie.
Les tests sérologiques se classent en tests de dépistage et tests de
validation.
Les tests de dépistage reposent sur des méthodes immunoenzymatiques de type Elisa.
Ils utilisent des protéines
recombinantes ou des peptides de synthèse codés à la fois par les
régions structurales (protéines de capside et d’enveloppe) et les
régions non structurales (NS3, NS4 et NS5).
Les tests de validation
reposent sur des immunoblots permettant de vérifier la spécificité de
la détection d’anticorps dirigés contre le virus de l’hépatite C.
La
combinaison des deux types de tests est actuellement nécessaire
pour retenir le diagnostic d’infection par le virus de l’hépatite C.
Cependant, l’intérêt des tests de validation est actuellement débattu.
Conclusion :
Le diagnostic de nombreuses manifestations cutanées en rapport avec
une infection virale peut, dans la majorité des cas, être suspecté
cliniquement.
L’aspect atypique d’une lésion peut néanmoins nécessiter
une confirmation virologique.
L’isolement viral sur culture cellulaire, quand cela est possible,
représente l’examen de choix. L’effet cytopathogène oriente le
diagnostic.
La confirmation peut alors être réalisée avec l’aide
d’anticorps monoclonaux spécifiques.
Avec les nouvelles techniques de
biologie moléculaire, une ère nouvelle s’ouvre pour les diagnostics
virologiques.