Ethmoïdites chroniques de l’adulte. Conduite à tenir devant les ethmopacités
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Introduction
:
L’ethmoïdite, par définition, est une inflammation du labyrinthe
ethmoïdal.
Avant le scanner, l’ethmoïdite chronique de l’adulte était
diagnostiquée le plus souvent devant des complications.
Actuellement, le scanner permet de découvrir des ethmoïdites
asymptomatiques.
Le scanner, premier examen qui a permis de
visualiser correctement l’ethmoïde anatomique et son contenu, n’est
couramment utilisé en rhinosinusologie que depuis la fin des années
1980.
Autant dire que les ethmoïdites chroniques ne sont
correctement diagnostiquées que depuis 15 ans au maximum.
Ce
manque de recul explique certainement les flous qui entourent
actuellement la définition, le diagnostic et le traitement des ethmoïdites chroniques, et justifie cette tentative de mise au point.
Si le scanner permet de révéler et de préciser les modifications du
contenu aérique des cellules ethmoïdales, il ne suffit cependant pas
pour affirmer la nature inflammatoire des opacités qui fait le
diagnostic d’ethmoïdite.
Seule l’anatomopathologie permet cette
affirmation, mais parfois sur la foi d’arguments plus subjectifs
qu’objectifs, car les cellules de l’inflammation infiltrent
physiologiquement la muqueuse respiratoire et leur densité évaluée
sur un fragment biopsique ne reflète par forcément leur répartition
d’ensemble.
Le diagnostic d’ethmoïdite chronique est avant tout clinique et
repose sur un faisceau d’arguments permettant de rattacher des
symptômes rhinosinusiens ou respiratoires à des opacités
ethmoïdales.
Analyse scanographique de l’ethmoïde
:
Le scanner est l’examen clé du diagnostic d’ethmoïdite chronique.
Les conditions de réalisation de l’examen et la rigueur d’analyse des
images relèvent des compétences du radiologue, alors que
l’interprétation clinique des images scanner revient à l’oto-rhinolaryngologiste
(ORL), qui cherche à établir le rôle des opacités
ethmoïdales dans la genèse du dysfonctionnement nasal chronique
du patient.
A - ASPECTS TECHNIQUES :
1- Appareils
:
La dernière décennie a été marquée, en matière d’appareils
tomodensitométriques (TDM), par l’apparition d’un nouveau mode
d’acquisition des coupes, appelé hélicoïdal ou spiralé.
Ce mode
d’acquisition est caractérisé par la combinaison du déplacement
progressif et continu de la table, et de la rotation continue du couple tube-détecteurs, l’ensemble décrivant un mouvement comparable à
celui d’une hélice (parfois appelé aussi de façon moins précise,
spiralé).
Il permet l’acquisition d’un volume entier, et non plus d’une
série de coupes successives (mode d’acquisition « incrémental »
traditionnel).
Les principaux avantages en sont d’une part un gain
de temps considérable, permettant notamment l’étude d’un organe
en une seule apnée et l’exploration rapide des segments corporels
de grand volume (avec des applications pratiques essentiellement
dans le domaine vasculaire, viscéral et polytraumatologique), et
d’autre part le libre choix (a priori ou a posteriori) des paramètres
(en particulier l’épaisseur) des coordonnées et de la taille des images,
ainsi que l’amélioration des images obtenues secondairement par
les reformations multiplanaires et les reconstructions
tridimensionnelles.
2- Techniques d’examen :
* Types d’acquisition des coupes
:
L’exploration de l’ensemble des cavités sinusiennes, et de l’ethmoïde
en particulier, peut faire appel à deux grands types d’acquisition de
coupes : acquisition directe et par reformations.
Les coupes directes étaient, en pratique, les seules utilisables
jusqu’aux récents progrès techniques des scanners, essentiellement
marqués, corrélativement au mode d’acquisition hélicoïdal, par le
développement des logiciels de reformation multiplanaire et de
reconstruction tridimensionnelle.
Les reformations multiplanaires sont obtenues secondairement, à
partir des données de l’acquisition directe, par un travail de console,
selon le(s) plan(s) choisi(s) par l’opérateur.
Ce mode d’obtention des
images présente plusieurs avantages : il diminue l’irradiation du
patient en limitant l’acquisition directe à un seul plan,
traditionnellement axial transverse ; il permet le choix précis du plan
des images produites secondairement ; il autorise en particulier
l’exploration d’un plan qui échappe à l’exploration TDM directe : le
plan sagittal.
Il connaît cependant des limites : la qualité des images
reconstruites varie selon les appareils et les conditions d’examens,
et reste souvent assez nettement inférieure à celle des images
obtenues par acquisition directe ; il nécessite un travail
supplémentaire de console, qui limite finalement le gain de temps
réalisé au cours de l’acquisition des données.
En pratique,
actuellement, compte tenu de l’hétérogénéité du parc des appareils TDM, il ne peut donc exister de règle absolue pour cette question :
chaque radiologue doit adapter sa technique d’examen en fonction
des performances de son équipement.
* Épaisseur des coupes. Choix des fenêtres
:
Le choix de l’épaisseur des coupes est l’un des éléments les plus
importants qui conditionnent la résolution spatiale des images.
En
raison de la finesse de certaines structures (lame criblée de
l’ethmoïde notamment) et de certaines anomalies ou variantes
recherchées (déhiscences des parois orbitaires ou des toits), il est
nécessaire de pratiquer des coupes fines, si possible de type
millimétrique.
La réalisation de coupes jointives imposerait un
nombre de coupes très important pour l’exploration de l’ensemble
des cavités sinusiennes habituellement pratiquée en routine.
Un
espacement de 2 ou 3 mm entre deux coupes successives représente
un compromis acceptable en pratique courante, en particulier si on
réalise une acquisition directe pour le second plan d’exploration.
Le choix des fenêtres devrait en théorie être spécifiquement adapté
à chaque cas particulier, pour choisir le centre et la largeur du
fenêtrage qui permettra d’apprécier à la fois les petites différences
de densité des parties molles et les fins détails osseux.
Aucune
combinaison ne permet, hélas, d’atteindre ce double objectif de façon
idéale.
De plus, l’exploration des sinus doit faire face à un autre
problème technique particulier, qui est celui de l’interface air-tissus
mous ou os, susceptible de générer des erreurs (du fait de la brusque
variation de densité entre les deux).
Les fenêtres larges (2 000 à
4 000 UH) présentent le double avantage d’explorer au mieux les
structures osseuses, et d’être le plus adaptées aux importantes
variations de densité de cette interface ; ce sont donc celles que l’on
utilise en routine.
Une étude fine des parties molles (tumeur versus
produits de sécrétion, par exemple) bénéficie de la réalisation de
fenêtres étroites (150 à 400 UH).
* Plans des coupes
:
Ils peuvent faire appel à des plans de référence parfois légèrement
différents selon les écoles, mais quels que soient ces plans, l’examen TDM doit systématiquement comporter au minimum deux plans de
coupes orthogonaux.
Selon les possibilités techniques, des
reconstructions sagittales supplémentaires peuvent également être
réalisées.
La technique la plus courante est réalisée selon un premier plan
« horizontal » (ou axial transverse, souvent appelé axial) qui, selon
les écoles, est soit parallèle au plan dit « OM » (orbitoméatal), soit
au plan sous-orbito-sus-méatal.
Un second plan « vertical »,
perpendiculaire, complète le précédent.
L’intérêt de ce deuxième
plan, parfois même considéré comme le plus informatif, a été
souligné par plusieurs auteurs.
Certains auteurs ont insisté sur l’intérêt de la réalisation des coupes
définies par rapport au canal frontonasal, dans un plan parallèle,
puis perpendiculaire à celui-ci.
Ces plans permettent
théoriquement une analyse plus précise des cellules ethmoïdales, car
l’axe de ce canal est schématiquement celui du drainage de
l’ensemble de l’ethmoïde, et le plan le plus proche de la vision
endoscopique du chirurgien.
* Injection de produit de contraste iodé intraveineux
:
En règle, elle n’est pas nécessaire pour l’exploration de la pathologie
inflammatoire ou infectieuse des sinus.
Elle n’est donc pas à réaliser
en première intention.
Elle peut parfois devenir indiquée dans le
cadre du diagnostic différentiel éventuel avec une pathologie
tumorale, de découverte inopinée au cours de l’examen, pour lequel
elle est alors réalisée dans un deuxième temps.
* Présentation des images :
+ Paramètres
:
Les variables alphanumériques indiquées sur les images sont
habituellement nombreuses, souvent obscures pour les cliniciens,
d’autant qu’il n’existe pas de convention pour l’ensemble des sigles
utilisés, ni même pour leur place dans le cartouche.
De plus, il est
possible de les faire figurer ou non, en totalité ou en partie.
Les
informations les plus utiles en pratique sont, outre les « données
patient » et la date de l’examen, l’épaisseur des coupes (parfois
désignée par le sigle « th » [thickness]), leur niveau (qui permet de
connaître l’espacement), le centre et la largeur du fenêtrage
(respectivement C et W), l’injection éventuelle de produit de
contraste (qui peut être désignée de façon très diverse).
Les autres
paramètres techniques (kilovoltage, milliampérage, valeur
éventuelle du pitch pour une acquisition hélicoïdale, filtres
utilisés…) sont plus complexes, et en réalité du domaine des
imagiers.
+ Format
:
Les images TDM sont à l’heure actuelle, en France, la plupart du
temps, présentées sur des films de format 36 X 43 cm, réalisés grâce
à des reprographes laser, qui permettent de choisir aisément entre
différents formats ou tailles d’images, allant habituellement (avec
des variations possibles en fonction des modèles) de 1 à 24 images
par film.
Le choix du formatage repose sur un compromis entre la
taille des images et le nombre de films.
La présentation de 20 ou de
12 images par film est la plus souvent utilisée.
* Renseignements cliniques et compte rendu
:
L’optimisation des informations que peut apporter l’examen TDM
repose sur la qualité du dialogue entre le radiologue et son
correspondant.
Bien que cela ne soit pas toujours réalisé, il est en
fait très important que soient mentionnés dans le compte rendu de
l’examen radiologique l’état clinique du patient au moment de
l’examen, et surtout les traitements récents ou en cours, en
particulier corticoïdes, antibiotiques, anti-inflammatoires,
vasoconstricteurs, etc, qui peuvent modifier les opacités sinusiennes.
Ces informations reposent à la fois sur la précision des
renseignements cliniques communiqués par le prescripteur, et ceux
recueillis grâce à l’anamnèse par le radiologue au moment de
l’examen.
* Archivage :
La comparaison des images d’examens TDM successifs présente
souvent un intérêt évident.
En pratique, elle se heurte à des
difficultés courantes (examens égarés, « conservés » par d’autres praticiens, d’autres centres…).
Sur le plan juridique, pour un examen
d’imagerie réalisé à titre externe, dans le domaine libéral en
particulier, le patient est propriétaire de ses documents et aucun
archivage n’est requis.
Dans le domaine public, en revanche, le
centre hospitalier est propriétaire des dossiers des patients qu’il
prend en charge, et des examens d’imagerie qu’il fait pratiquer.
En
contrepartie, un archivage de ces documents est obligatoire.
B - ANATOMIE SCANOGRAPHIQUE ETHMOÏDALE
NORMALE
:
1- Coupes TDM axiales transverses
:
Elles vont intéresser, de haut en bas :
– les sinus frontaux et les plafonds des orbites ;
– les cellules ethmoïdofrontales et les toits des masses latérales, pour
l’analyse desquelles les coupes TDM frontales sont beaucoup mieux
adaptées ;
– le niveau supérieur des labyrinthes ethmoïdaux, séparés par le
processus crista galli, médian, flanqué de chaque côté par les
gouttières olfactives (de densité normale de type tissulaire, qu’il ne
faut pas confondre avec un éventuel comblement ethmoïdonasal
localisé), puis par la lame criblée, qui est beaucoup mieux
individualisée par les coupes frontales ;
– la partie moyenne des labyrinthes ethmoïdaux, dont la paroi
médiale est marquée en avant par la soufflure de l’agger nasi, puis
par la partie supérieure du processus unciforme, en arrière duquel
se place la bulle ethmoïdale ; tous reliefs limités en dedans par le
cornet moyen, parfois pneumatisé, en arrière duquel se place la
partie inférieure du cornet supérieur ;
– le méat moyen, suivi sur plusieurs coupes successives, dans lequel
viennent s’ouvrir le canal nasofrontal et l’ostium du sinus
maxillaire ; limité en dedans par le cornet moyen dont la partie
antérieure est toujours pneumatisée, et en dehors par la paroi
médiale du compartiment moyen du labyrinthe ethmoïdal, dont se
détache le processus unciné (PU) ;
– la partie inférieure du labyrinthe ethmoïdal, marquée en dedans
par le relief de la partie basse du processus unciforme et du cornet
moyen, et en dehors par son rapport avec la partie haute du sinus
maxillaire.
2- Coupes TDM frontales
:
Elles vont permettre d’identifier successivement, d’avant en arrière :
– les sinus frontaux, dans leur portion verticale ;
– les orbites, la jonction frontoethmoïdale, la partie toute antérieure
du processus crista galli ;
– la quasi-totalité des constituants de l’ethmoïde dans sa portion
antérieure : labyrinthes ethmoïdaux, avec, en particulier, leur toit
presque toujours oblique en bas et en dedans, venant surplomber à
une hauteur variable la lame criblée ; la crista galli dans sa
totalité ; la partie antérieure de la paroi latérale des labyrinthes,
constituée à ce niveau par une cellule ethmoïdolacrymale ; la partie
antérieure du cornet moyen, qui surplombe le méat inférieur, limité
par le cornet inférieur, et où vient s’ouvrir le canal lacrymonasal ;
– la totalité des éléments de l’ethmoïde antérieur : lame criblée, lame
verticale, crista galli, labyrinthes avec une paroi orbitaire bien
individualisée et une paroi médiale marquée par le PU et le cornet
moyen.
Ce dernier délimite le méat moyen marqué par l’ouverture
nasale du sinus maxillaire dont la totalité du trajet canalaire est
habituellement suivie sur une seule coupe et dont l’ostium est limité
par le PU, le cornet inférieur, le maxillaire et l’os lacrymal ;
– la partie moyenne de l’ethmoïde, d’où se détache le cornet
supérieur, bombant dans la partie haute de la cavité nasale,
surplombant le cornet et le méat moyens, avec la partie postérieure
du processus unciforme et la bulle ethmoïdale, située juste audessus,
et en bas le cornet inférieur et son processus maxillaire ;
– la portion ethmoïdale postérieure, où sont visibles en particulier
le cornet supérieur, ainsi que la partie postérieure des cornets moyen
et inférieur ;
– la partie toute postérieure du labyrinthe ethmoïdal et des cornets
moyen et inférieur, alors que le vomer s’est articulé avec le bord postéro-inférieur de la lame verticale pour constituer la partie
postérieure et inférieure du septum nasal.
B - VARIANTES ANATOMIQUES :
1- Caractères généraux
:
Elles sont multiples et d’importance variée.
Certaines présentent un
intérêt majeur, à titre préopératoire, car leur connaissance va
permettre l’évaluation du risque et des difficultés chirurgicales
(variations du « toit » de l’ethmoïde et de la paroi latérale de l’orbite
notamment).
D’autres présentent un intérêt pathogénique potentiel,
dont l’importance est en fait controversée (variantes de la pneumatisation et du septum nasal en particulier), car ils peuvent
rétrécir les voies aériennes de drainage (infundibulum, hiatus semilunaire
en particulier) ou retentir sur le mouvement mucociliaire.
Leur découverte inopinée chez un sujet asymptomatique n’a
naturellement aucune incidence, alors qu’elle prête à discussion s’il
existe une symptomatologie chronique sinusonasale.
2- Principales variantes anatomiques
:
* Toit de l’ethmoïde
:
Le toit de l’ethmoïde peut présenter, dans le plan frontal, des
variétés de forme classées selon trois types.
Dans le type 1, le
bord supérieur de chaque masse latérale (ou fovea ethmoidalis) est situé dans un plan horizontal de 1 à 3mm plus haut que celui de la
lame criblée.
Il se rencontre dans environ 10 % des cas.
Dans le
type 2, la « dénivellation » entre fovea et lame criblée est de 4 à
7 mm.
C’est l’éventualité la plus fréquente (environ 70 % des cas).
Dans le type 3, 8 à 16mm séparent la fovea ethmoidalis et la lame
criblée.
Il correspond à environ 20 % des cas.
Il peut aussi comporter des solutions de continuité. Leur fréquence
apparaît très variable en fonction des séries, atteignant jusqu’à 10 à
15 % pour certaines séries de pièces anatomiques disséquées, et
restant très rares pour d’autres.
Elles seraient plus fréquentes
dans un contexte d’antécédents chirurgicaux et de polypose
nasosinusienne.
Leur reconnaissance présente un intérêt
préopératoire évident.
L’asymétrie des masses latérales de l’ethmoïde a paradoxalement
été beaucoup moins étudiée.
Elle présente néanmoins un intérêt
pratique préopératoire majeur.
Une variation moins connue, et ayant fait à notre connaissance
l’objet de peu de travaux systématiques, est la « pente sagittale » du
toit de l’etmoïde, qui présente un intérêt préopératoire évident.
* Lame criblée de l’ethmoïde :
Elle est symétrique (ou presque symétrique) dans la distribution
modale (0,53 mm de différence de niveau en moyenne entre moitiés
droite et gauche).
Cependant, une asymétrie plus marquée est
loin d’être rare.
Cette variation est très aisément reconnue sur les
coupes frontales.
Elle doit être signalée, mais présente en fait, sur le
plan pratique, un intérêt mineur.
* Paroi latérale ou orbitaire de l’ethmoïde
:
Les interruptions de l’« os planum » qui constitue la plus grande
partie de la paroi médiale de l’orbite, sont connues de longues
date.
Sa dénomination historique de « lame papyracée » témoigne
bien de la finesse de cette paroi, et par suite, de sa fragilité.
La
fréquence de ces déhiscences varie selon les séries et les ethnies entre
5 et 10%.
Elles siègent avec prédilection dans la partie supérieure
de cette paroi.
Elles exposent à l’évidence à d’éventuelles
complications orbitaires, intéressant au premier chef les muscles
droit médial et oblique supérieur.
Par un simple saignement mal
contrôlé, elles peuvent entraîner la constitution d’un hématome
orbitaire, qui représente une des complications classiques de la
chirurgie de l’ethmoïde.
* Canal optique
:
Il est délimité par les deux racines de la petite aile du sphénoïde et
mesure environ 10 mm de longueur.
Son orifice orbitaire est dans
la moitié des cas au contact de la cellule ethmoïdale la plus
postérieure (cellule d’Onodi), dans un quart des cas en regard de la
jonction entre celle-ci et le sinus sphénoïdal, et dans le dernier quart
seulement au contact du sinus sphénoïdal, ce qui signifie que, dans
75 % des cas, ce canal est en rapport avec la cellule ethmoïdale
postérieure, au même titre qu’avec le sinus sphénoïdal sur le reste
de son trajet.
En cas de variation de la taille de cette cellule, il
peut exister des rapports très étroits et étendus entre celle-ci et le
nerf optique, qui méritent d’être bien étudiés avant une éventuelle
chirurgie.
* Variantes de la pneumatisation :
Une pneumatisation du cornet moyen (ou concha bullosa), qui peut
alors être hypertrophié et entraîner une obstruction du méat moyen
ou de l’infundibulum, s’observe dans environ un tiers de la
population générale.
Elle peut être uni- ou bilatérale.
La pneumatisation du cornet supérieur est plus rare, celle du cornet
inférieur est exceptionnelle.
Un sinus frontal surnuméraire, appelé aussi récessus supraorbitaire,
peut parfois s’observer.
Correspondant parfois à une expansion des
sinus frontaux, il est le plus souvent formé à partir de cellules
ethmoïdales se développant dans le toit de l’orbite.
Sa fréquence est
très variable selon les groupes ethniques (de l’ordre de 60 % chez les
Japonais, contre 20 % chez les Caucasiens).
Il est presque toujours
bilatéral.
Il peut atteindre jusqu’à 4 ou 5 cm de grand axe.
Les
coupes axiales et frontales se complètent pour préciser ses
dimensions et sa topographie exacte.
Le processus crista galli peut aussi être le siège d’une cavité aérique,
qui atteint parfois des dimensions très importantes.
Cette pneumatisation inhabituelle est aisément reconnue sur les coupes
axiales et documentée au mieux par les coupes frontales.
Elle est
toujours de topographie antérieure (puisque la crista galli se
développe dans la partie toute antérieure de la lame verticale).
Il est
important de la différencier d’une cellule ethmoïdale banale en
préopératoire.
Cette cavité aérique peut parfois communiquer avec
le sinus frontal.
L’obstruction de son ostium peut entraîner une
pathologie inflammatoire chronique et être à l’origine de la
formation d’une mucocèle.
La taille de la cellule d’Onodi peut être très variable.
C’est
habituellement la plus volumineuse de toutes les cellules
ethmoïdales et, dans certains cas, elle peut même dépasser la taille
du sinus sphénoïdal lui-même.
Elle peut avoir des rapports très
étroits avec le nerf optique, voire la gouttière carotidienne.
La bulle ethmoïdale est, à l’état normal, une cellule aérique
volumineuse.
Elle est parfois proéminente (avec une fréquence de
8 %) et peut alors retentir sur le drainage du méat moyen et de
l’infundibulum.
Les cellules de Haller sont des cavités aériques qui se développent
dans la partie médiale du toit du sinus maxillaire.
Elles intéressent
environ 10 % de la population.
Elles peuvent avoir des formes et
des tailles variées, et se drainer soit dans l’infundibulum, soit dans
le sinus maxillaire.
Lorsqu’elles sont volumineuses, elles peuvent
contribuer à rétrécir l’infundibulum.
La pneumatisation du processus unciforme, en revanche, est très
rare (environ 0,5 % de la population).
* Variantes des cornets hors pneumatisation :
Le cornet moyen paradoxal est défini par une inversion de sa
courbure (à convexité latérale, qui remplace sa courbure habituelle
qui se fait vers le septum nasal).
Il se rencontre dans 15 % de la
population et peut rétrécir le méat moyen.
Variantes du processus unciforme :
– une déviation de son bord supérieur, qui peut se faire soit
médialement et obstruer le métat moyen, soit latéralement et retentir
sur l’infundibulum, s’observe avec une fréquence de 3 % ;
– le bord libre du processus unciforme adhère parfois au plancher
de l’orbite ou au bord inférieur de la lame papyracée, réalisant un
méat moyen atélectasique.
Cette anomalie est souvent associée à une
hypoplasie du sinus maxillaire par fermeture de son infundibulum,
qui s’accompagne d’un abaissement de son plancher, importante à
reconnaître en préopératoire.
Il peut exister des cornets surnuméraires : cornet accessoire de Santorini, cornet suprême de Zuckerland, qui n’ont pas de
retentissement important sur le plan pratique.
Aspects cliniques :
Les circonstances qui peuvent conduire à un scanner des sinus sont
nombreuses.
Pour le clinicien, le problème est d’établir le rôle des
opacités ethmoïdales dans la genèse d’un dysfonctionnement nasal
chronique et parfois d’une maladie respiratoire chronique.
Le diagnostic d’ethmoïdite chronique repose le trépied
symptômes-endoscopie-scanner.
A - OPACITÉS ETHMOÏDALES ASYMPTOMATIQUES :
ETHMASYMPOPACITÉS
Elles sont généralement découvertes sur un scanner craniofacial
demandé pour une autre pathologie (neurologique,
ophtalmologique, maxillofaciale, stomatologique).
Deux questions se posent alors :
– les conditions techniques de l’examen permettent-elles d’analyser
et d’interpréter la présence d’opacités intrasinusiennes ?
– le patient est-il réellement asymptomatique ?
Il relève de l’art du
clinicien ORL d’évaluer objectivement le dysfonctionnement nasal
du patient, en veillant d’une part à ne pas induire une
symptomatologie « knockienne », et en évitant d’autre part de se
faire piéger par la négligence de certains patients.
Elles peuvent également être découvertes lors d’une recherche de
foyers infectieux ou lors du bilan d’une autre pathologie (bilan prégreffe, bilan d’endocardite, bilan d’urticaire, d’asthme…).
Les
conditions techniques de l’examen sont alors généralement bien
remplies, mais la question de l’interprétation clinique des images
devient primordiale.
Le paragraphe suivant aide le clinicien dans la
prise en charge des opacités jugées symptomatiques.
B - OPACITÉS ETHMOÏDALES SYMPTOMATIQUES :
ETHMOPACITÉS
C’est la symptomatologie qui a motivé la demande d’un scanner
des sinus.
Deux circonstances peuvent être rencontrées : la
symptomatologie se cantonne à l’organe nasosinusien, ou elle s’associe à
d’autres manifestations respiratoires ou générales.
1- Ethmopacités à expression nasosinusienne isolée
:
* Concept de dysfonctionnement rhinosinusien chronique
:
Le motif de consultation d’un patient se résume en général à un ou
quelques symptômes.
La gêne fonctionnelle réelle est souvent plus
riche, mais n’est dévoilée que par un interrogatoire méthodique.
La
gêne fonctionnelle nasale ou rhinosinusienne représente ce que le
patient décrit et ressent de sa maladie.
Le dysfonctionnement rhinosinusien chronique (DRSC) définit l’interprétation médicale de
la gêne ressentie en vue d’une solution thérapeutique.
En possession des données scanographiques, la question est de
savoir si les opacités ethmoïdales permettent d’expliquer
médicalement, en partie ou en totalité, les doléances du patient.
Arrivé à ce stade du diagnostic, l’ORL dispose également, dans tous
les cas, des données générales de l’interrogatoire (antécédents,
symptômes associés, en particulier respiratoires, traitement(s) en
cours, pyschisme, état général…), et des données consignées de
l’endoscopie nasale.
D’autres examens complémentaires sont
nécessaires, dans de nombreux cas, avant de pouvoir répondre à
cette question.
L’organe rhinosinusien exprime les perturbations de ses grandes
fonctions physiologiques par un jeu de sept symptômes :
obstruction, mouchage, prurit, éternuements, rhinorrhée, dysosmie,
douleurs.
On peut schématiquement opposer deux tableaux
cliniques : les DRSC monosymptomatiques et les DRSC
multisymptomatiques.
* Ethmopacités et DRSC monosymptomatiques :
Le patient consulte pour un symptôme et l’interrogatoire ne retrouve
pas de symptômes associés.
+ Obstruction nasale monosymptomatique :
D’un point de vue physiopathologique, l’obstruction nasale
monosymptomatique peut s’expliquer par l’existence d’un
dysfonctionnement primitif des plexus caverneux et/ou d’anomalies
squelettiques.
Le scanner a, dans ces cas, deux buts :
– préciser l’anatomie des structures connues pour boucher le nez
(volumineuse concha bullosa, hypertrophie turbinale inférieure,
déformations septales).
Ces déformations empêchent parfois tout
bilan endoscopique ;
– vérifier l’absence de foyers inflammatoires sinusiens, en particulier
ethmoïdaux, qui pourraient entretenir un dysfonctionnement des
plexus caverneux secondaire à la libération des médiateurs
inflammatoires vasoactifs.
Dans notre expérience, l’obstruction
nasale monosymptomatique est exceptionnellement en rapport avec
une ethmoïdite chronique.
L’absence d’hyperleucocytose ou
d’hyperéosinophilie dans les sécrétions nasales confirme le caractère
non inflammatoire du DRSC.
Le traitement de ces obstructions nasales monosymptomatiques non
inflammatoires peut être médical ou chirurgical.
Les
vasoconstricteurs sont efficaces sur les dysfonctionnements des
plexus caverneux, quelle que soit leur cause, mais l’expérience tirée
de l’automédication montre que ces médicaments pourraient être
utilisés au long cours et sans réaction adverse dans les
dysfonctionnements primitifs des plexus caverneux, alors que leur
utilisation prolongée dans les DRSC inflammatoires s’accompagne
d’effet rebond, d’hypertrophie fibreuse, etc.
Les cautérisations
électriques ou laser représentent une alternative.
Le traitement
chirurgical s’adresse à la correction des anomalies morphologiques
(septum, concha bullosa volumineuse…), et peut être associé à la
turbinectomie inférieure qui réalise une phlébectomie des plexus caverneux dystrophiques.
La turbinectomie inférieure est l’alternative
chirurgicale du traitement médical des dysfonctionnements primitifs
des plexus caverneux.
+ Rhinorrhée postérieure monosymptomatique :
D’un point de vue physiopathologique, elle peut s’expliquer par un
dérèglement de la fonction mucociliaire, avec en particulier une
production accrue d’un mucus dont les qualités rhéologiques et
physiologiques peuvent être également perturbées.
Ces anomalies
quantitatives et/ou qualitatives sont en général impossibles à
objectiver, même avec un examen endoscopique soigneux.
L’inflammation chronique de la muqueuse nasale perturbe
constamment la fonction mucociliaire et s’accompagne, entre autres,
d’une rhinorrhée postérieure qui reste le symptôme le plus mal
contrôlé, malgré l’efficacité actuelle des traitements médicaux ou
chirurgicaux des rhinosinusites chroniques.
Dans notre expérience, une rhinorrhée postérieure monosymptomatique
est rarement expliquée par des opacités ethmoïdales, et
quand des opacités sont retrouvées, leur traitement chirurgical ne
supprime pas le symptôme.
+ Douleurs faciales monosymptomatiques :
D’un point de vue physiopathologique, les douleurs faciales et
céphalées récidivantes ou chroniques résultent avant tout d’un
dérèglement du système de perception de la douleur.
Il n’y a en
général pas de relation claire entre l’ampleur de la lésion organique
et l’intensité de la douleur chronique.
La découverte d’opacités ethmoïdales dans ce contexte est toujours
d’interprétation difficile (de même que le sont les anomalies
morphologiques).
Un traitement chirurgical ne devrait a priori jamais être proposé sans
tentative de traitement médical préalable, et surtout sans avoir tenté
de comprendre le sens que certains patients donnent à leur douleur.
Certaines douleurs représentent en effet un comportement entretenu
à la suite d’une expérience vécue dans un contexte émotionnel
particulier.
L’art du clinicien consiste à n’être accusé ni d’activisme
chirurgical, ni de négligence thérapeutique face à ce type de patient.
+ Anosmie monosymptomatique :
Elle est couramment confondue par les patients avec un trouble du
goût.
Schématiquement, deux tableaux cliniques peuvent être rencontrés
(l’examen endoscopique n’apporte en général aucune donnée
significative) :
– l’anosmie s’est installée brutalement, parfois au décours d’un
tableau de rhinite aiguë banale qui a guéri.
Seule l’anosmie persiste.
Une cure courte de corticoïdes n’entraîne aucune récupération.
Le
scanner cérébral (ou l’imagerie par résonance magnétique [IRM]), à
la recherche d’une cause intracrânienne, retrouve parfois des
opacités ethmoïdales.
Dans notre expérience, il n’y a pas d’indication
à explorer chirurgicalement ces opacités.
Ce sont des ethmasympopacités ;
– l’anosmie, quel que soit son mode d’installation, est variable dans
le temps, des épisodes de récupération discrète n’étant parfois
retrouvés que par un interrogatoire approfondi.
La récupération
reste parfois également discrète après cure courte de corticoïdes
généraux.
Dans notre expérience, la probabilité de récupérer l’odorat
après un traitement chirurgical est d’autant plus élevée que les
opacités ethmoïdales sont importantes, qu’elles se localisent au
contact de la paroi turbinale, et que le test aux corticoïdes montre
une anosmie franchement réversible.
L’indication opératoire revient
au patient qui mettra en balance les possibilités et les risques de la
chirurgie, face au handicap que représente son déficit olfactif.
Ce
scénario est fréquent dans les ethmoïdites chroniques à éosinophiles
traitées par corticoïdes locaux, où l’anosmie reste le seul symptôme
non réversible.
Au total, les ethmopacités qui accompagnent les DRSC
monosymptomatiques demandent beaucoup de prudence dans
l’interprétation de leur rôle étiopathogénique.