Ethmoïdites chroniques de l’adulte. Conduite à tenir devant les ethmopacités
(Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
*
Ethmopacités et DRSC multisymptomatiques :
La gêne fonctionnelle décrite par le patient associe plusieurs
doléances : nez bouché, mouchage, rhume chronique, maux de tête,
douleurs faciales, etc.
Dans notre expérience, la sensation d’avoir le
rhume ou la perception d’un mouchage gênant sont les deux
doléances les plus évocatrices d’une inflammation de la muqueuse.
Nous avons vu dans le paragraphe précédent que l’obstruction
nasale, la rhinorrhée postérieure, les troubles de l’odorat et les
douleurs peuvent n’avoir aucun substratum inflammatoire, ceci
étant d’autant plus probable que leur présentation clinique est
monosymptomatique.
Les patients se plaignent rarement spontanément de prurit,
d’éternuements, mais la reconnaissance de ces symptômes par
l’interrogatoire, et surtout leur combinaison dans un DRSC
multisymptomatique, plaident en faveur de l’intervention d’une
inflammation de la muqueuse.
La découverte d’ethmopacités dans le contexte d’un DRSC
multisymptomatique renforce l’hypothèse du rôle de l’inflammation
dans la genèse des symptômes.
La question qui se pose alors est de
savoir si les ethmopacités doivent être considérées comme un foyer
inflammatoire autonome entretenu par le DRSC, ou si elles ne sont
qu’un épiphénomène et peuvent être considérées comme un
équivalent d’ethmasympopacités.
Le scanner ne permet pas de répondre à cette
question.
La réponse passe par le bilan étiologique de
l’inflammation, qui schématiquement peut être soit de nature
infectieuse ou parasitaire, soit de nature inflammatoire.
+ Ethmopacités infectieuses et mycotiques :
Sur le plan symptomatique, les douleurs, la cacosmie, un mouchage
sale, l’unilatéralité, sont des arguments pertinents en faveur d’une
nature infectieuse ou mycotique.
Sur le plan endoscopique, il faut rechercher des sécrétions
purulentes et préciser leur origine (gouttelette de pus qui sourd des
fontanelles sous pression, de la partie haute de la gouttière uncibullaire, traînée purulente sur la face antérieure du sphénoïde,
du méat moyen, accumulation de sécrétions dans le méat inférieur,
dans le cavum, etc).
Le prélèvement bactériologique protégé est
impératif, à la recherche de germe(s) et pour antibiogramme.
L’absence endoscopique de sécrétions purulentes n’écarte pas une
cause infectieuse.
Le bourrelet de Kauffmann traduit très souvent
une rétention purulente ethmoïdale, maxillaire ou frontale, non
extériorisée.
Un simple oedème ou une hyperhémie des reliefs
ethmoïdaux sont d’autant plus évocateurs qu’ils sont unilatéraux.
Sur le plan scanographique, les opacités en faveur d’une cause
infectieuse sont souvent localisées, touchant préférentiellement un
ou les deux ethmoïdes antérieurs, et souvent associées à des opacités
maxillaires ou frontales.
Les opacités sphénoïdales ou ethmoïdales
postérieures sont souvent unilatérales.
L’opacité ethmoïdale
complète reste souvent unilatérale.
La découverte, au sein de ces opacités, d’un aspect de corps étranger
de densité os est très évocatrice d’infection mycotique, mais est
relativement rare dans les ethmoïdites.
Lorsqu’il n’y a pas de pus visible à l’examen endoscopique, mais
qu’il existe des opacités scanographiques et que l’on suspecte une
cause infectieuse, il est parfois possible, en consultation, sous
anesthésie locale, de ponctionner à l’aide d’un gros trocart la bulle,
une concha bullosa, ou encore de faire une ponction du sinus maxillaire.
La constatation de sécrétions purulentes signe le
caractère infectieux et permet d’éviter de poursuivre le bilan
étiologique à la recherche d’une cause inflammatoire pure.
+ Ethmopacités inflammatoires
:
Sur le plan symptomatique, obstruction nasale, mouchage, rhinorrhée postérieure, éternuements, prurit, troubles de l’odorat,
pesanteurs faciales sont des signes pertinents.
Sur le plan endoscopique, il n’y a pas de sécrétions purulentes et la
muqueuse peut prendre tous les aspects entre le normal et l’oedème
majeur de la polypose nasosinusienne.
Différents tableaux endoscopiques peuvent en fait être distingués,
qui ont chacun un pouvoir explicatif particulier pour les ethmopacités :
– la découverte (ou la confirmation) endoscopique d’une polypose
bilatérale simplifie d’emblée la démarche diagnostique : les opacités
ethmoïdales appartiennent au tableau de la maladie ;
– la découverte d’un ou de plusieurs polypes unilatéraux expose le
clinicien au piège du ou des polypes sentinelles.
Deux tableaux scanographiques de signification fort différente peuvent être
observés :
– l’ethmoïde controlatéral est radiologiquement normal ou subnormal : il faut alors exclure le diagnostic de polypose nasale
et celui d’ethmoïde (ou de sinusite).
Tout polype unilatéral est,
jusqu’à preuve du contraire, sentinelle d’une pathologie tumorale
(papillome inversé, cancer…) ;
– l’ethmoïde controlatéral est le siège d’opacités : le diagnostic de
polype sentinelle d’une tumeur n’est pas écarté, le diagnostic de polypose non plus (ce type de polypose, très asymétrique, se
rencontre surtout chez les patients présentant une importante
déviation septale).
Le contexte clinique (patient asthmatique par
exemple, ou à l’inverse, travailleur du bois…) peut avoir un
pouvoir discriminant fort, mais jamais absolu ; la cytologie des
sécrétions nasales également.
Ces polypes sentinelles unilatéraux
se rencontrent également dans les pansinusites infectieuses
bactériennes ou mycotiques, mais le diagnostic n’est en général
fait qu’au moment de l’exploration chirurgicale qui retrouve une
ou plusieurs collections purulentes cloisonnées.
Dans toutes ces
situations, la chirurgie est une aide précieuse au diagnostic ;
– endoscopiquement, les reliefs ethmoïdaux peuvent également
apparaître franchement oedémateux, sans qu’il soit cependant
possible de parler de polypes.
L’oedème peut être :
– diffus et soit épouser la forme des reliefs, soit totalement les
effacer pour donner un aspect de méat moyen blindé d’oedème ;
– au contraire, apparaître focalisé en de multiples points : tête des
cornets moyen et supérieur, leur bord libre, point de jonction du
cornet moyen avec la paroi latérale, unciforme, bulle ;
– enfin, la muqueuse peut apparaître endoscopiquement normale.
C’est dans ces deux dernières situations (muqueuse subnormale ou
oedémateuse) que le diagnostic d’ethmoïdite chronique prend
réellement un sens.
Sur le plan scanographique, les ethmopacités peuvent rester
strictement limitées aux labyrinthes ethmoïdaux.
Les radiographies
simples des sinus les ignoraient complètement.
Elles peuvent
s’associer, de manière variable, à des opacités des autres sinus.
Les
radiographies simples aboutissaient, en les détectant, à des
diagnostics faussement positifs de sinusites maxillaire, frontale ou
ethmoïdale.
On admet aujourd’hui que c’est la pathologie du
carrefour ethmoïdal qui retentit sur les autres sinus et non l’inverse
(à l’exception toutefois des sinusites maxillaires d’origine dentaire).
Le diagnostic d’ethmopacités inflammatoires soulève à nouveau la
question de leur rôle de foyer inflammatoire endogène entretenant
le DRSC, ou de celui d’épiphénomène d’un DRSC.
La mise en
évidence des mécanismes responsables de l’inflammation muqueuse
permet d’approcher la réponse.
Ethmopacités épiphénomènes
– Le diagnostic d’inflammation allergique de la muqueuse rhinosinusienne est de difficulté très variable.
Les tests biologiques (multi-RAST type Phadiatopt, Lillatopt…) et
les tests cutanés aux pneumallergènes permettent de détecter un
terrain atopique, c’est-à-dire une disposition biologique particulière
à synthétiser des immunoglobulines (Ig) E spécifiques en quantité
importante.
Lorsqu’il existe un terrain atopique, la difficulté est de savoir si tout
ou partie des symptômes d’un DRSC peuvent être rattachés à
l’inflammation allergique.
L’interrogatoire et l’histoire clinique ont
une grande valeur, a priori, et ce d’autant plus que la symptomatologie évolue avec une périodicité qui évoque un
allergène (saison, travail, loisir, etc).
Dans les DRSC apériodiques, le
jugement ne peut se faire parfois qu’a posteriori.
L’inefficacité totale
ou partielle des traitements antiallergiques (éviction, corticoïdes
locaux ou antihistaminiques, désensibilisation) nécessite de
réévaluer le rôle réel du terrain atopique.
Dans le concept de DRSC (interprétation médicale de la gêne
ressentie par le patient en vue d’une solution thérapeutique), le rôle
du terrain atopique est toujours d’emblée considéré au même rang
que le rôle des autres facteurs potentiels : architecturaux, vasculaires,
ou inflammatoires intrinsèques.
Dans notre expérience,
l’inflammation allergique s’accompagne rarement d’ethmopacités,
ou alors d’ethmopacités limitées et qui paraissent généralement
insuffisantes pour expliquer l’intensité des symptômes.
Elles
peuvent alors être considérées comme des ethmasympopacités ne
jouant aucun rôle dans l’entretien du DRSC, et ne font donc l’objet
d’aucun traitement spécifique.
Inversement, la présence
d’ethmopacités franches nous fait toujours mettre en doute le rôle
exclusif du terrain atopique, et nous laisse entrevoir la possibilité
d’un foyer inflammatoire ethmoïdal autonome.
Dans notre
expérience, les ethmoïdites allergiques, et de manière générale, les
sinusites allergiques, n’existent pas.
Mais un DRSC peut résulter de
l’association d’une rhinite allergique (saisonnière ou perannuelle) et
d’une ethmoïdite chronique, ou d’anomalies morphologiques, ou de
phlébectasies des plexus caverneux, etc.
– Le diagnostic de l’inflammation sur foyer(s) dentaire(s) est encore
plus difficile que celui de l’inflammation allergique. Sa réalité est
controversée.
Les foyers dentaires inflammatoires (dent dévitalisée,
quelle que soit la qualité de l’obturation canalaire ; desmodontite
chronique ; granulome apical) sont très fréquents dans la population
générale, mais leur présence sur les dents « sinusiennes » ne semble
pas corréler à la présence d’une sinusite.
La découverte d’un foyer
inflammatoire dentaire ne suffit donc pas à affirmer son rôle comme
générateur d’une inflammation muqueuse rhinosinusienne. Mais les
sinusites dentaires purulentes demeurent un modèle démontrant la
réalité des relations pathologiques dents-sinus.
La réalité est qu’il
existe vraisemblablement d’authentiques sinusites inflammatoires
d’origine dentaire, mais que nous ne savons pas actuellement en
faire le diagnostic.
Des soupçons méritent d’être retenus à chaque
fois que des opacités ethmoïdales sont en continuité avec des
opacités maxillaires.
Les opacités ethmoïdales ne sont alors qu’un
épiphénomène dont le traitement passe par celui du ou des foyers
dentaires.
Ethmopacités « foyers inflammatoires endogènes »
Elles résultent soit de l’évolution chronique d’une ethmoïdite aiguë
banale, soit d’une autonomisation de l’inflammation muqueuse
(ethmoïdite à éosinophiles).
– Ethmoïdites chroniques à éosinophiles.
Elles représentent une étape intermédiaire dans l’évolution entre la
rhinite (scanner normal) à éosinophiles et la polypose
nasosinusienne.
La cytologie des sécrétions nasales n’a aucun intérêt
dans le diagnostic de la polypose.
En revanche, elle a une valeur
indiscutable pour différencier, au sein des DRSC, les rhinites et
sinusites à éosinophiles (NARES [nonallergic rhinitic with eosinophilia
syndrome] des auteurs anglo-saxons), qui ont deux caractéristiques
essentielles : d’une part une évolution chronique en l’absence de
traitement qui se fait fréquemment vers le développement d’une
polypose nasosinusienne, d’autre part une sensibilité remarquable
aux traitements corticoïdes.
La cause et le mécanisme de cette inflammation chronique à
éosinophiles sont mal connus, mais l’hypothèse d’un dérèglement
primitif de la réaction inflammatoire muqueuse repose sur de
nombreux arguments expérimentaux.
C’est l’éosinophile luimême
qui entretiendrait l’attraction sans cesse renouvelée d’autres
éosinophiles et leur accumulation dans la muqueuse à l’état activé
avec libération chronique de facteurs inflammatoires.
L’hyperéosinophilie n’est d’abord retrouvée que dans les sécrétions
nasales (stade de rhinite), puis les éosinophiles s’accumulent
également dans la muqueuse, entraînant une hypertrophie
inflammatoire de celle-ci et l’apparition d’opacités scanographiques.
L’ethmoïde semble être le sinus préférentiel du développement de
la maladie.
Le DRSC est d’emblée multisymptomatique et mime souvent celui
de la polypose nasosinusienne, avec en particulier des poussées
évolutives sévères durant plusieurs semaines et des troubles de
l’odorat importants (anosmie).
Au stade d’ethmoïdite, l’endoscopie
constate soit une muqueuse normale, soit un oedème qui peut
prendre tous les aspects déjà décrits (oedème diffus des reliefs,
blindage oedémateux, oedème multifocal).
Le scanner fait le bilan
des opacités qui sont très variables en étendue, parfois multifocales
et disséminées, ailleurs occupant la totalité des deux labyrinthes
ethmoïdaux (voire avec des retentissements sur les grands sinus).
Elles ont pour autres caractéristiques d’être variables dans le temps
et facilement réversibles sous corticothérapie.
C’est la cytologie des
sécrétions nasales qui permet en fait le diagnostic, en révélant une hyperéosinophilie.
La difficulté du diagnostic découle directement
de la difficulté à obtenir l’étude cytologique des sécrétions nasales.
Dans notre expérience qui confirme les chiffres proposés par les
premières publications, le taux d’éosinophiles doit être supérieur
à 20 % du compte des leucocytes.
L’intérêt d’individualiser cette entité réside dans ses conséquences
thérapeutiques.
Les corticoïdes locaux sont remarquablement
efficaces à condition d’être pris régulièrement et au long cours.
Les
corticoïdes généraux peuvent être prescrits pour contrôler les
poussées évolutives, sans dépasser le chiffre arbitraire (mais réaliste)
de trois cures courtes par an.
Au-delà des trois cures, le contrôle
médical de la maladie peut en effet être considéré comme insuffisant,
et le recours à la chirurgie peut s’avérer nécessaire.
– Ethmoïdites chroniques simples.
Le DRSC est globalement moins sévère, avec des poussées
évolutives rares et des troubles de l’odorat moins marqués
(hyposmie plutôt qu’anosmie).
Les céphalées sont fréquentes, mais
peu invalidantes (pesanteur).
Le tableau endoscopique ne rencontre
jamais de polypes, mais tous les autres aspects sont possibles.
La
cytologie des sécrétions nasales, répétées au moins à deux reprises,
ne montre pas d’hyperéosinophilie.
Les opacités ethmoïdales sont
uni- ou bilatérales, symétriques ou asymétriques, complètes ou
partielles, compartimentées ou non par rapport à la racine cloisonnante du cornet moyen.
Le caractère fixé ou réversible de ces ethmopacités peut être
documenté par un scanner de contrôle réalisé 1 à 2 mois après un
traitement d’épreuve antibiocorticoïde.
La persistance (ou la
récidive) des ethmopacités permet de considérer leur rôle dans la
genèse du DRSC et incite à une prise en charge chirurgicale, qui
guérit généralement le patient.
La cause et le mécanisme de ces ethmoïdite chroniques simples sont
mal connues.
Il a été démontré que les rhinites aiguës simples de
l’adulte s’accompagnent fréquemment d’opacités ethmoïdales,
parfois très étendues, qui peuvent persister plusieurs semaines (et
peut-être plus) après la guérison apparente de l’épisode aigu.
Ces
foyers inflammatoires résiduels pourraient-ils, dans quelques cas, réévoluer pour leur propre compte et être à l’origine du tableau
d’ethmoïdite chronique simple ?
Leur guérison simplement après ethmoïdectomie
fonctionnelle est en faveur de l’hypothèse d’un (ou plusieurs)
foyer(s) inflammatoire(s) résiduel(s) (et n’est pas en faveur d’un
dérèglement autonome de la réaction inflammatoire ou d’un
dysfonctionnement des moyens de défense de la muqueuse).
2- Ethmopacités associées à des manifestations
bronchopulmonaires :
Les manifestations associées peuvent être au-devant de la scène
clinique et avoir conduit à la découverte des ethmopacités.
Il faut, à
l’inverse, les rechercher systématiquement devant tout DRSC, car
leur existence modifie le raisonnement diagnostique et
thérapeutique. Deux groupes principaux de manifestations
respiratoires associées peuvent schématiquement être individualisés.
* Ethmopacités et maladie asthmatique
:
+ Asthme
Les ethmopacités découvertes chez un asthmatique méritent d’être
considérées, jusqu’à preuve du contraire, comme des signes
précurseurs du développement d’une polypose nasosinusienne.
La
très grande fréquence de l’association asthme et polypose justifie
cet adage.
La présence d’une hyperéosinophilie sur la cytologie des sécrétions
nasales renforce l’hypothèse diagnostique et permet de parler
d’ethmoïdite à éosinophiles.
La prise en charge de ces ethmopacités est avant tout médicale et
repose sur la corticothérapie locale au long cours.
Le traitement
chirurgical n’intervient qu’en cas d’échec du traitement médical.
Il ne faut cependant pas méconnaître, chez l’asthmatique, les ethmoïdites infectieuses ou mycotiques, dont le traitement repose
sur l’antibiothérapie ou le drainage chirurgical d’emblée.
+ Équivalents asthmatiques :
La maladie asthmatique n’est pas toujours connue du patient.
La
crise d’asthme typique (coup de tonnerre dans un ciel serein) n’est
pas le mode de révélation le plus fréquent.
L’asthme peut se
manifester seulement par des épisodes très brefs de gêne
respiratoire, ailleurs par une toux quinteuse, sèche, isolée,
habituellement nocturne.
Il faut demander au patient s’il entend
parfois des sifflements dans sa poitrine.
Certains asthmes dits « à
dyspnée continue » ne se traduisent que par une dyspnée chronique,
d’installation insidieuse, souvent bien tolérée de façon prolongée,
mais qui progressivement va gêner le patient dans ses gestes de la
vie quotidienne.
Il faut demander au patient s’il s’essouffle
facilement.
L’existence d’équivalents asthmatiques doit conduire le patient chez
le pneumologue qui réalise les explorations fonctionnelles
nécessaires pour le diagnostic.
Si le diagnostic d’asthme est
formellement écarté, la conduite à tenir, diagnostique et
thérapeutique, est celle proposée pour les ethmopacités à
expressions nasosinusiennes isolées.
* Ethmopacités et maladies bronchectasiantes :
syndrome de Mounier-Kuhn
L’ORL a un rôle à jouer dans le dépistage des maladies
bronchectasiantes.
Souvent méconnues, leur diagnostic est
cependant devenu facile aujourd’hui grâce au scanner thoracique
(dont l’interprétation nécessite cependant les compétences d’un
radiologue averti).
Il faut savoir rechercher, chez un patient, l’existence d’une toux
grasse, productive, chronique.
Les symptômes sont souvent
tellement anciens (il s’écoule en moyenne 13 ans entre les premiers
symptômes et le diagnostic de bronchectasies) que les patients
« oublient » de les signaler.
Les bronchectasies ne sont pas toujours bien connues par le médecin
de famille, et il est classique que ces patients soient adressés pour
une « bronchite (ou toux chronique) entretenue par une sinusite ».
Il faut, dans ces situations, demander un scanner thoracique, à la
recherche de bronchectasies, et ceci pour plusieurs raisons.
La
découverte de bronchectasies permet d’adresser le patient au
pneumologue pour une prise en charge adaptée, impose un bilan
étiologique particulier et, surtout, modifie l’attitude thérapeutique
vis-à-vis des ethmopacités.
Le traitement est avant tout médical et la
chirurgie, quand elle est indiquée, doit être la plus fonctionnelle
possible.
Les mécanismes physiopathologiques intervenant dans la genèse des
bronchectasies, ainsi que dans leur pérennisation et leur extension,
sont multiples et font intervenir des facteurs environnementaux,
toxiques (inhalation de talc, d’oxyde de soufre, d’ammoniaque…),
ou infectieux (germes volontiers responsables de lésions nécrosantes
tels le staphylocoque doré, les klebsielles, le virus de la rougeole, le
virus respiratoire syncitial…).
Parmi les facteurs liés à l’hôte, l’existence d’un déficit immunitaire,
congénital ou acquis, peut favoriser le développement de
bronchectasies.
Il s’agit le plus souvent d’un déficit portant sur
l’immunité humorale : panhypogammaglobulinémie ou déficit
électif portant sur une classe (IgA, IgM…) ou une sous-classe d’Ig,
mais les déficits de l’immunité cellulaire peuvent également être en
cause.
Ces anomalies de l’immunité peuvent également être
susceptibles de favoriser la survenue d’infection sévère des voies
respiratoires.
Elles peuvent également être à l’origine de la
pérennisation de la suppuration bronchique.
Le syndrome des
ongles jaunes, conséquence d’une anomalie de la vascularisation
lymphatique, fait également partie des étiologies à rechercher devant
des bronchectasies.
Une anomalie de la fonction ciliaire est également recherchée devant
un tableau de dilatation des bronches.
Le syndrome des cils
immobiles associe des infections récurrentes des voies aériennes, une
stérilité masculine et des anomalies de l’ultrastructure ciliaire en
microscope électronique.
Dans 30 % des cas, ce syndrome est associé
à des bronchectasies.
Le syndrome de Kartagener associe un situs
inversus complet aux autres manifestations de l’immobilité ciliaire.
Parmi les affections génétiques favorisant les bronchectasies, il faut
signaler la mucoviscidose, rencontrée de plus en plus souvent chez
les adultes, compte tenu de l’augmentation de la longévité de ces
patients.
Il faut mentionner aussi le déficit en alpha-1-antitrypsine,
surtout responsable de l’emphysème panacinaire, mais aussi de
bronchectasies en raison de l’absence d’inactivation des enzymes
protéolytiques libérées par les cellules inflammatoires, en particulier
par les polynucléaires neutrophiles.
Enfin, l’association de bronchectasies a été rapporté dans différentes
pathologies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde, le
lupus érythémateux disséminé, certaines colites inflammatoires, la
maladie de Crohn, sans que, le plus souvent, le mécanisme
expliquant ces associations soit bien connu.
Les propositions thérapeutiques ORL doivent rester prudentes chez
les patients porteurs de bronchectasies.
Traitement :
A - PRINCIPAUX SCHÉMAS THÉRAPEUTIQUES :
La conduite à tenir thérapeutique vis-à-vis des ethmopacités
associées à un DRSC découle, pour chaque patient, de
l’interprétation médicale du rôle qu’elles jouent dans la genèse ou
l’entretien du DRSC.
L’objectif n’est pas de faire disparaître les
opacités, mais de soulager la gêne fonctionnelle du patient.
1- Ethmopacités et DRSC monosymptomatique :
Les ethmopacités associées à un DRSC monosymptomatique sont,
dans la plupart des cas, des ethmasympopacités.
Les ethmasympopacités peuvent être considérées comme une variante
de la normale et ne réclament aucun traitement.
Le doute est cependant permis quand le monosymptôme domine
quelques discrets signes associés (par exemple : obstruction nasale
monosymptomatique et rhinorrhée postérieure révélée à
l’interrogatoire ; crises douloureuses périorbitaires s’accompagnant
d’une obstruction nasale et d’une rhinorrhée, voire d’un
larmoiement unilatéral ; anosmie d’installation brutale et
irréversible, associée à une sensation de rhume chronique ;
rhinorrhée postérieure associée à des épisodes de prurit nasal ; etc).
Un bilan allergologique permet parfois de retrouver une
sensibilisation à un ou plusieurs pneumallergènes.
La conduite à
tenir est alors celle d’un DRSC multisymptomatique.
La
cytologie des sécrétions nasales, répétée au moins deux fois et deux
fois négatives, permet d’écarter une ethmoïdite chronique à
éosinophiles.
Le risque n’est plus alors que de méconnaître une ethmoïdite chronique simple.
2- Ethmopacités et DRSC multisymptomatique :
*
Ethmopacités infectieuses et mycotiques :
+ Ethmopacités mycotiques :
L’ethmoïde n’est pas la localisation préférentielle des mycétomes,
mais les mycoses des grands sinus peuvent s’étendre dans
l’ethmoïde.
Lorsque l’image radiologique est caractéristique (opacité + corps
étranger), l’indication chirurgicale peut être retenue d’emblée car il
n’y a pas de traitement médical.
Le but est d’éradiquer le (les) amas
mycélien(s) par une chirurgie fonctionnelle, respectueuse de la
muqueuse et de la physiologie ventilatoire des sinus.
Lorsque l’image radiologique n’est pas typique,
ou lorsque le bilan endoscopique découvre une possible surinfection
bactérienne, le traitement débute pas une prise en charge
anti-infectieuse.
+ Ethmopacités infectieuses chroniques
:
La chronicité et l’échec des éventuels traitements antibiotiques
probabilistes antérieurs incitent à ne pas se précipiter.
Il faut éviter
toute nouvelle antibiothérapie probabiliste.
Il faut se mettre dans les
conditions d’un prélèvement bactériologique pertinent : à distance
de toute antibiothérapie, en utilisant un piégeur de pus plutôt qu’un
écouvillon, par ponction directe des cavités suspectes (sinus
maxillaire, frontal, ethmoïdal, concha bullosa, cellule de Haller,
cellule d’Onodi, etc).
La recherche de germes est réalisée sur milieu
aérobie et anaérobie, éventuellement complétée par une recherche
mycologique.
L’antibiothérapie est guidée par l’antibiogramme et
les données pharmacologiques (diffusion tissulaire, muqueuse et/ou
osseuse, tolérance et nombre de prises quotidiennes favorables à une
bonne adhérence thérapeutique, choix de la voie d’administration…).
Il n’y a pas de règle quant à la durée, mais la chronicité
justifie un traitement prolongé (3 à 6 semaines).
Il paraît judicieux
de revoir le patient au terme d’une première prescription d’une
dizaine de jours, et de ne renouveler la prescription longue que si
l’efficacité clinique est constatée.
Une antibiothérapie longue n’est justifiée qu’après avoir éliminé tout
foyer pouvant pérenniser, entretenir ou être à l’origine d’une
récidive.
La recherche d’un (des) foyer(s) infectieux dentaire(s) et
son (leur) traitement est impérative.
Une mycose surinfectée ne
justifie pas non plus d’antibiothérapie prolongée : dès que la
suppuration est contrôlée, il faut évacuer chirurgicalement
l’aspergillome.
L’antibiothérapie adaptée et prolongée est justifiée dès lors que les
opacités ethmoïdales sont considérées comme la source de la
suppuration chronique.
L’intérêt d’une cure courte de corticoïdes
généraux peut se discuter, en particulier à mi-parcours du traitement
antibiotique.
En cas d’échec du traitement médical, le recours à la
chirurgie est justifié si l’ethmoïde se présente soit comme un foyer
infectieux, soit comme obstacle au drainage d’un ou plusieurs
grands sinus.
L’objectif chirurgical est donc soit de drainer un ou
plusieurs abcès ethmoïdaux, et/ou de reperméabiliser les voies de
drainage intra-ethmoïdales des grands sinus, en appliquant les
principes de la chirurgie fonctionnelle endonasale sous guidage
endoscopique.
* Ethmopacités épiphénomènes :
+ Ethmopacités sur foyer dentaire
:
La persistance d’un foyer dentaire peut expliquer les échecs d’un
traitement médical et/ou chirurgical.
Rappelons cependant les
difficultés à établir le rôle d’éventuels foyers dentaires dans la genèse
d’une ethmoïdite chronique.
Seule l’extraction dentaire permet, en
théorie, d’éradiquer les foyers dentaires.
Obturation canalaire,
résection apicale, et autres soins dentaires sur dents dévitalisées ne
garantissent pas la stérilisation, car toute dent dévitalisée peut être
considérée comme un foyer infectieux potentiel.
L’ethmoïdite
chronique ne doit pas être une cause d’édentation abusive, et le cas de chaque
patient doit faire l’objet d’une confrontation entre l’ORL et le
chirurgien dentiste.
+ Ethmopacités et inflammation allergique
:
Le traitement médical de l’allergie passe avant toute proposition sur
le traitement des ethmopacités.
Ce n’est qu’en cas de persistance
d’un DRSC malgré un traitement antiallergique bien conduit qu’il
faut reconsidérer le rôle des ethmopacités, non plus comme une
conséquence de l’inflammation allergique, mais comme un foyer
inflammatoire endogène, évoluant pour son propre compte, et
nécessitant une prise en charge spécifique.
Un DRSC peut
en effet résulter d’une association de plusieurs facteurs, par exemple
une rhinite allergique saisonnière et un NARES.
Le patient ne sera
soulagé de son DRSC que si tous les facteurs sont correctement
traités.
* Ethmopacités inflammatoires endogènes :
+ Ethmoïdite chronique à éosinophiles
:
Son traitement médical repose sur la corticothérapie locale au long
cours.
Le traitement d’attaque peut comporter une cure courte de
corticoïdes généraux.
Le traitement des poussées évolutives (ou des
surinfections saisonnières) recourt également à la cure antibiocorticoïde.
On admet de manière consensuelle qu’au-delà de
trois cures courtes de corticoïdes par an, la maladie n’est pas
contrôlée correctement par le traitement médical.
Un traitement chirurgical peut alors être discuté : soit ethmoïdectomie fonctionnelle, soit nasalisation (ethmoïdectomie
radicale).
Nous sommes partisans de la nasalisation de principe,
dans les ethmoïdites à éosinophiles que nous considérons comme
un stade précurseur de la polypose.
En effet, la polypose se présente
comme une maladie ethmoïdale résultant à la fois de facteurs
anatomiques et de facteurs muqueux intrinsèques à l’ethmoïde.
Dans notre expérience, l’éradication la plus radicale possible à la
fois des facteurs anatomiques et muqueux permet un contrôle plus
satisfaisant de la maladie que l’ethmoïdectomie fonctionnelle.
+ Ethmoïdite chronique simple
:
Un traitement d’épreuve, associant antibiothérapie probabiliste et
corticothérapie générale en cure courte, permet de différencier, sur
un scanner de contrôle réalisé 1 mois plus tard, les ethmopacités
labiles des ethmopacités fixées.
Si le DRSC persiste ou récidive après
le traitement d’épreuve, le drainage chirurgical des opacités fixées
par une ethmoïdectomie fonctionnelle adaptée aux lésions représente l’attitude
thérapeutique la plus directe.
3- Ethmopacités associées à un syndrome bronchique
:
* Ethmopacités associées à la maladie asthmatique
:
Tous les types d’ethmopacités peuvent se rencontrer chez
l’asthmatique et peuvent être traités selon les différents schémas
proposés.
Cependant, le risque est toujours de méconnaître une
authentique ethmoïdite à éosinophiles, et ce risque doit rendre
prudentes les indications chirurgicales.
Une méatotomie moyenne,
une ethmoïdectomie antérieure, peuvent être à l’origine de la
décompensation rapide d’une ethmoïdite à éosinophiles méconnue
et de sa transformation immédiate en polypose.
Si une ethmoïdectomie fonctionnelle est indiquée chez l’asthmatique,
l’intérêt d’une cure courte de corticoïdes encadrant l’acte chirurgical
mérite d’être discuté.
Le schéma thérapeutique des ethmoïdites à
éosinophiles a déjà été exposé plus haut.
La seule différence réside
dans la nécessité de bien équilibrer la maladie asthmatique avant
tout acte chirurgical.
* Ethmopacités associées à une maladie bronchectasiante
:
Les propositions thérapeutiques ORL doivent rester prudentes chez
ces patients.
Le bilan endoscopique découvre fréquemment les aspects décrits au
paragraphe des ethmoïdites infectieuses et mycotiques.
Le
prélèvement bactériologique n’est indiqué qu’en cas de poussée
évolutive pour adapter l’antibiothérapie. Mouchage, lavage, cures thermales, Proetz, sont les bases indispensables de l’hygiène.
L’antibiothérapie est prescrite à la demande ou parfois, lorsque les
poussées sont très fréquentes, une antibiothérapie préventive
continue peut être instituée, en association ou non avec une
corticothérapie à faibles doses par voie générale.
Le traitement
chirurgical peut être indiqué pour drainer des collections purulentes
contenues dans le sinus maxillaire (ponction ou méatotomie
moyenne), le sinus frontal (clou de Lemoine plutôt
qu’ethmoïdectomie antérieure), ou des cellules ethmoïdales (concha
bullosa, cellule de Haller…).
La chirurgie doit, chez ces patients, être
fonctionnelle et respectueuse de la muqueuse pour éviter les
synéchies qui ne feraient qu’aggraver les phénomènes de rétention
et de mauvais drainage.
B - CHIRURGIE DE L’ETHMOÏDE :
Décrite et pratiquée depuis un siècle, la chirurgie de l’ethmoïde a
conquis ses lettres de noblesse avec le développement des
technologies vidéoendoscopiques, et progresse encore avec le
développement actuel de la chirurgie assistée par ordinateur
(chirurgie endoscopique computérisée).
Deux grands types
d’interventions peuvent être pratiquées : les ethmoïdectomies
fonctionnelles et les ethmoïdectomies radicales.
1- Ethmoïdectomies fonctionnelles
:
Il s’agit d’un ensemble d’interventions très différentes, mais qui ont
toutes le même objectif physiopathologique : évacuer le contenu
pathologique d’une cavité sinusienne et/ou restaurer les fonctions
de drainage et de ventilation des cavités ethmoïdales.
Toutes ces
interventions respectent au maximum la muqueuse et les structures
ethmoïdales non pathologiques.
Deux groupes d’intervention peuvent être indiqués en fonction de
la cavité sinusienne à aborder.
* Ethmoïdectomie fonctionnelle vraie ou à la demande des lésions
:
Elle consiste à traiter chirurgicalement :
– exceptionnellement une cellule ethmoïdale particulière : la bulle,
une concha bullosa, plus exceptionnellement la cellule d’Onodi ou
la cellule de Haller ;
– souvent un groupe de cellules ethmoïdales : les compartiments
ethmoïdaux antérieur ou postérieur, qui sont séparés
anatomiquement et chirurgicalement par la racine cloisonnante du
cornet moyen, ou parfois des cellules ethmoïdales pathologiques
dont la distribution ne répond pas à la systématisation anatomique,
voire tout le groupe des cellules ethmoïdales.
Ce type d’ethmoïdectomie est désigné par les auteurs anglo-saxons
sous le terme d’ethmoïdectomie fonctionnelle à la demande des
lésions.
La localisation des lésions est affirmée par le scanner.
Certains auteurs poussent les indications de ce type de chirurgie
jusqu’à opérer les anomalies anatomiques potentiellement sténosantes, même quand les opacités ethmoïdales sont réversibles.
* Méatotomies ethmoïdosinusiennes :
Elles consistent à traiter chirurgicalement les
sinus frontal ou maxillaire dont les voies de drainage
physiologiques traversent l’ethmoïde, mais souvent également le
sinus sphénoïdal.
+ Méatotomie ethmoïdomaxillaire :
Seul l’unciforme (et ses racines) est chirurgicalement réséqué.
Les
autres structures ethmoïdales (bulles, cellules ethmoïdales
antérieures…) sont respectées par le geste chirurgical, sauf si elles
sont pathologiques, auquel cas une ethmoïdectomie à la demande
des lésions peut être associée.
L’insertion latérale de l’unciforme est incisée de haut en bas, puis
d’avant en arrière, pour libérer la partie basse de la gouttière.
Lorsque ce geste permet de repérer l’ostium maxillaire, celui-ci est
agrandi d’avant en arrière en ouvrant la région des fontanelles
jusqu’à la lame verticale du palatin, en respectant en bas le dos du
cornet inférieur, en haut le plancher de la bulle et la racine
cloisonnante du cornet moyen (qui ferme en arrière l’ethmoïde
postérieur).
Lorsque l’ostium naturel n’est pas repérable, même par
cathétérisation, la méatotomie est réalisée d’arrière en avant, en
commençant dans la région des fontanelles.
Il est impératif de
retrouver l’ostium physiologique et de l’inclure dans l’ouverture de
la méatotomie.
+ Méatotomie ethmoïdofrontale :
L’objectif est de restaurer la voie de drainage et de ventilation du
sinus frontal.
Différents gestes chirurgicaux peuvent être réalisés,
depuis l’unciformectomie simple (exérèse du segment vertical),
jusqu’à l’ethmoïdectomie antérieure complète (évidement de tout le
groupe des cellules ethmoïdales situées en avant de la racine
cloisonnante du cornet moyen).
Dans une méatotomie
ethmoïdofrontale, on ne dépasse pas la racine cloisonnante du cornet
moyen, sauf en cas de pathologie ethmoïdale postérieure associée.
La méatotomie ethmoïdofrontale est sans doute le
geste le plus difficile de la chirurgie ethmoïdale et le plus grand
pourvoyeur de lésions iatrogènes.
Ses indications doivent être mûrement réfléchies
et n’être envisagées qu’après échec du traitement classique par clou
de Lemoine.
+ Méatotomie ethmoïdosphénoïdale :
Lorsque l’ostium sphénoïdal se trouve dans une fosse nasale large,
entre paroi turbinale et cloison, une sphénoïdotomie simple peut être
réalisée.
Dans les autres cas, lorsqu’il faut envisager la résection de tout ou
partie du cornet moyen, l’ouverture des cellules ethmoïdales
postérieures pour accéder au récessus sphénoethmoïdal et à la face
antérieure du sphénoïde, la sphénoïdotomie est une méatotomie
sphénoethmoïdale.
2- Ethmoïdectomie radicale ou nasalisation des sinus
:
L’objectif est d’éradiquer l’organe ethmoïdal.
Il s’agit d’une
intervention bien codifiée sur le plan des limites anatomiques et de
la technique chirurgicale.
L’unciformectomie est le premier geste
opératoire, suivi de la méatotomie moyenne.
Celle-ci permet, dans
tous les cas, de repérer le toit du sinus maxillaire (ou plancher de
l’orbite), dont la dissection permet invariablement de retrouver la
paroi interne de l’orbite (ou paroi externe de l’ethmoïde).
L’évidement ethmoïdal antérieur est ensuite mené entre la paroi
orbitaire et le cornet moyen, jusqu’au toit ethmoïdal où est repérée
l’artère ethmoïdale antérieure.
La muqueuse du toit est
soigneusement décollée et réséquée, en respectant toutefois circonférentiellement la muqueuse autour de l’ostium frontal.
La
dissection est ensuite poursuivie au travers de la racine cloisonnante
du cornet moyen, dans l’ethmoïde postérieur, toujours en suivant et
en dénudant successivement l’os de la paroi orbitaire, du toit et de
la paroi turbinale.
À ce stade, le cornet moyen est réséqué, mais la
partie haute de la paroi turbinale, comportant d’avant en arrière la
racine d’attache du cornet moyen au toit et le cornet supérieur, est
conservée pour préserver l’intégrité de la gouttière olfactive.
La sphénoïdotomie est systématique car elle représente le repère le plus
fiable en profondeur pour parfaire la dissection de l’ethmoïde
postérieur d’arrière en avant.
En fin d’intervention, l’organe ethmoïdal a été complètement
réséqué, y compris sa muqueuse.
Il fait place à une large cavité dans
laquelle s’abouchent largement le sinus maxillaire, le sinus
sphénoïdal et le sinus frontal, cavité qui elle-même s’ouvre
largement dans les fosses nasales.
L’intervention réalise donc une
nasalisation des cavités sinusiennes.
Dans notre expérience, les indications de la nasalisation sont limitées
à la polypose nasosinusienne ou aux ethmoïdites à éosinophiles non
contrôlées par le traitement médical, ainsi qu’à certaines pathologies
tumorales dont la résection est possible par voie endonasale (par
exemple certains papillomes inversés, tumeur à cellules
acineuses…).