L’érythrodermie est définie par une atteinte érythémateuse
généralisée (ou supérieure à 90 %) du tégument.
Ainsi est éliminée
la grande majorité des éruptions érythémateuses qui ne sont pas
continues de la tête au pied et sans espace de peau saine.
C’est une
atteinte grave, nécessitant l’hospitalisation car elle s’accompagne le
plus souvent de signes généraux mal tolérés.
Quatre diagnostics principaux doivent êtres évoqués : aggravation
d’un psoriasis, d’un eczéma, une toxidermie, un lymphome cutané.
Évaluer le retentissement général avec prise de mesures
symptomatiques est la première étape, précédant la recherche
étiologique.
Généralités :
L’érythrodermie n’est pas une pathologie fréquente.
Son incidence
est de 1 à 2 cas pour 100 000 habitants par an en Europe ou aux
États-Unis.
Elle atteint préférentiellement les sujets masculins (deux à trois fois
plus) et de plus de 50 ans.
La prévalence des étiologies est variable selon les études.
La noninclusion
des érythrodermies aiguës comme les toxidermies dans
certaines études modifie les prévalences.
D’après la méta-analyse de Sigurdsson sur 868 cas, cinq catégories
peuvent êtres constituées :
– les dermatoses préexistantes érythrodermiques (principalement
atopie et psoriasis) : 47 % ;
– les érythrodermies médicamenteuses : 16 % ;
– les hémopathies à localisation cutanée : 10 % ;
– les érythrodermies de causes diverses : 1 % ;
– les érythrodermies idiopathiques : 26 %.
Chez les sujets jeunes, le pourcentage attribué aux toxidermies est
augmenté.
D’autres étiologies rares d’érythrodermies sont inclues dans les
causes diverses : le lichen plan, le pemphigus foliacé, le pityriasis rubra pilaire, les pseudolymphomes actiniques, la sarcoïdose, le lupus érythémateux, la maladie de Hailey-Hailey, la
lymphadénopathie angio-immunoblastique, la dermatomyosite, la
réaction du greffon contre l’hôte.
Les causes infectieuses sont rares tel le choc toxinique
staphylococcique et streptococcique pour les causes bactériennes.
Rarement, une érythrodermie peut révéler une primo-infection par
le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), mais en revanche,
l’infection par le VIH favorise les érythrodermies secondaires aux
toxidermies ou les aggravations de psoriasis.
Parmi les causes parasitaires, la gale croûteuse mérite d’être précisée
car parfois le diagnostic est retardé.
Les lésions érythématosquameuses chroniques peuvent en effet faire retenir à
tort le diagnostic de psoriasis.
Caractéristiques cliniques
de l’érythrodermie :
A - ÉRYTHÈME :
Par définition, il est généralisé, sans ou avec peu d’espace de peau
saine.
Il est inflammatoire infiltré, oedémateux avec épaississement
cutané, notamment des plis.
Les rides sur le visage sont remplacées
par des bourrelets épais.
Les troubles pigmentaires sont fréquents,
avec hypopigmentation ou hyperpigmentation diffuse.
Sur peau
noire, l’érythrodermie peut être sous-estimée.
B - SQUAMES :
Elles peuvent êtres primitives et apparaître dans les premiers jours
de l’éruption par hyperprolifération kératinocytaire ; ce sont alors
des squames épaisses et grasses (avec suintement important).
Ce
type de squames est retrouvé dans le psoriasis et l’eczéma atopique.
Les squames peuvent également êtres secondaires à la
souffrance épidermique.
Elles sont alors fines, responsables d’une
desquamation superficielle comme après un « coup de soleil ».
C - MUQUEUSES :
L’atteinte des muqueuses est notamment représentée par les chéilites
puis les conjonctivites et les mucites.
Une éversion des paupières
(ectropion) est fréquente.
D - PHANÈRES :
L’atteinte est corrélée à la sévérité et à la durée de l’érythrodermie.
Les ongles peuvent êtres épaissis, jaunâtres, friables avec des sillons
transversaux renforcés.
Leur chute est également habituelle dans les
formes chroniques.
Une alopécie peut survenir. Une raréfaction des
cils et des sourcils est souvent notée.
E - GANGLIONS :
Ils sont habituellement diffus, réactionnels ou dermopatiques.
Seules
les adénopathies de taille volumineuse (> 2 cm) peuvent faire
envisager l’intérêt d’une ponction ou biopsie, dans l’hypothèse d’un
lymphome.
L’anatomopathologiste doit être prévenu de la présence
d’une érythrodermie pour l’interprétation histologique.
Recherche étiologique :
L’étiologie est souvent difficile à affirmer.
L’examen clinique apporte
peu d’éléments spécifiques orientant le diagnostic étiologique.
L’anamnèse et quelques signes cliniques sont à rechercher selon les
hypothèses diagnostiques.
En cas de dermatose préexistante, une
rupture thérapeutique ou l’introduction d’un nouveau traitement
général ou topique doivent êtres recherchées.
A - ECZÉMA ET ATOPIE (@ 20 À 40 % DES ÉTIOLOGIES)
:
L’atopie peut survenir à tout âge, mais la présence de poussées
antérieures est à prendre en compte.
L’exacerbation de lésions
d’eczéma existantes conduisant à leur généralisation doit faire
rechercher une rupture thérapeutique ou surtout l’introduction d’un
nouveau traitement topique.
B - PSORIASIS ( 25 %) :
Complication rare du psoriasis (2,25 % d’une cohorte hospitalière),
elle est rarement inaugurale.
Des antécédents personnels ou
familiaux de psoriasis doivent être recherchés pour orienter vers ce
diagnostic.
Au stade d’érythrodermie, l’éruption d’un psoriasis perd
sa spécificité.
La présence diffuse de pustules non folliculaires amicrobiennes évoque un psoriasis pustuleux (ou une pustulose
exanthématique aiguë généralisée [PEAG] qui est le diagnostic
différentiel).
Une atteinte évocatrice des ongles, la présence d’un
casque squameux, une atteinte inflammatoire articulaire, sont des
arguments renforçant cette hypothèse.
Une thérapeutique inductrice
comme les bêtabloquants ou le sevrage d’une corticothérapie sont à
rechercher.
Les autres facteurs déclenchants seraient l’utilisation
excessive de dermocorticoïdes (hypothèse discutée), les
complications de la photothérapie, une pathologie aiguë associée,
un stress émotionnel sévère.
L’aggravation d’un psoriasis ancien
doit également faire suspecter une immunodépression induite par
le VIH.
C - TOXIDERMIE (16 %) :
Le syndrome d’hypersensibilité ou pseudolymphome cutané ou
drug rash with eosinophilia and systemic symptoms (DRESS) doit être
évoqué.
Il est défini par une atteinte cutanée, une anomalie de la numération-formule sanguine (hyperéosinophilie ou lymphocytes
hyperbasophiles) et une atteinte viscérale (rein, foie, coeur, ou
adénopathie supérieure à 2 cm).
L’atteinte cutanée est érythématomaculo-
papuleuse (parfois pustuleuse) diffuse pouvant confluer en
érythrodermie, et très oedémateuse.
L’introduction d’un anticonvulsivant (hormis le valproate de sodium), de dapsone, de
salazosulfapyridine, d’allopurinol, de minocycline, d’antiinflammatoires
non stéroïdiens (AINS) non pyrazolés ou de
sulfamides antibactériens, 2 à 8 semaines avant le début de
l’éruption oriente vers ce diagnostic.
L’évolution prolongée (parfois
plusieurs mois) et fluctuante est particulière à cette toxidermie.
Les
complications viscérales, notamment cardiaques et pulmonaires,
peuvent être sévères.
La PEAG peut être accompagnée d’une érythrodermie.
Elle est
caractérisée par la diffusion d’innombrables pustulettes aseptiques
qui peuvent n’apparaître qu’après la phase érythémateuse ou
disparaître rapidement.
Le délai d’introduction des médicaments
inducteurs (principalement : macrolides, aminopénicillines,
inhibiteurs calciques) est court, de 24 à 48 heures.
La PEAG n’est
pas une cause d’érythrodermie chronique.
La guérison après l’arrêt
du médicament responsable survient en 1 à 2 semaines.
Le délai de
guérison court est un argument pour ce diagnostic.
Le diagnostic
différentiel est celui du psoriasis pustuleux, dont l’évolution est en
général plus longue.
Les autres causes d’érythrodermies médicamenteuses sont plus
rares.
On peut citer les érythrodermies psoriasiformes induites par
le lithium, les sels d’or, les antipaludéens, les quinidiniques, les
bêtabloqueurs après plusieurs mois de traitement.
D - LYMPHOME T ÉPIDERMOTROPE (10 %)
:
Le mycosis fongoïde peut être érythrodermique d’entrée, mais la
présentation la plus fréquente est un érythème « eczéma qui traîne »,
qui se transforme en plaques sur plusieurs années, résistant aux
dermocorticoïdes.
Le syndrome de Sézary est la forme leucémique
du mycosis fongoïde, l’érythrodermie caractérisée par des îlots de
peau saine est souvent associée à une alopécie, une kératodermie
palmoplantaire et des adénopathies volumineuses.
D’autres hémopathies sont rarement en cause : maladie de Hodgkin,
des cas de myélodysplasie et leucémie ont été rapportés.
E - AUTRES CAUSES :
– Causes idiopathiques : le suivi pendant plusieurs années de ces
patients révèle dans 20 % des cas une transformation en
lymphome T cutané.
Les modifications cutanées avec apparition
de plaques tumorales précèdent souvent les données histologiques
de plusieurs mois, voire années.
Malgré la progression des
techniques diagnostiques, le pourcentage d’érythrodermies
chroniques de cause inconnue reste élevé.
Cette absence de
diagnostic concerne principalement une population âgée.
Les trois
hypothèses principales retenues actuellement sont : l’atopie du sujet
âgé (souvent associée à une augmentation sérique des
immunoglobulines [Ig]E), une toxidermie relative à une
polymédication, et enfin une éruption prélymphomateuse.
– Le pseudolymphome actinique, défini par une photosensibilisation
rémanente et un infiltrat histologiquement évocateur de lymphome,
peut être érythrodermique.
Dans certaines études, cette étiologie
atteint jusqu’à 12 % des causes, alors qu’elle n’est pas citée dans la
plupart des autres séries.
Cette entité est cependant mal caractérisée
et discutée, ce qui peut expliquer de telles différences.
En pratique,
c’est une cause rare qui le plus souvent peut s’inclure dans les
eczémas.
– Le pemphigus peut se compliquer d’érythrodermie exfoliante et
suintante.
L’immunofluorescence directe ou indirecte, associée à
l’histologie, permet le diagnostic.
– Le pityriasis rubra pilaire se caractérise par la présence de papules
cornées folliculaires sur les plaques qui prédominent aux coudes et
genoux.
L’hyperkératose palmoplantaire est associée à une couleur
orangée.
L’histologie n’est pas spécifique ; elle montre, contrairement
au psoriasis, l’absence de parakératose.
– Le lichen plan, lorsqu’il est induit notamment par les sels d’or,
peut être érythrodermique.
F - ÉRYTHRODERMIES DU NOUVEAU-NÉ
ET DU NOURRISSON
:
L’érythrodermie ichtyosiforme apparaît à la naissance ou dans les
premières années de vie, et est de transmission autosomique
récessive.
L’érythrodermie desquamative de Leiner-Moussous est précédée de
lésions de dermatite séborrhéique bipolaire (cuir chevelu et
érythème fessier).
La généralisation apparaît progressivement sans
retentissement sur l’état général.
Les causes infectieuses sont moins rares que chez l’adulte, notamment
l’épidermolyse staphylococcique aiguë.
Un déficit immunitaire doit être recherché chez l’enfant en cas
d’érythrodermie inexpliquée, car elle peut s’intégrer à des maladies dysimmunitaires (syndrome de Wiskott-Aldrich, maladie de
Ommen, syndrome d’immunodéficience acquise (sida) du
nourrisson, déficit en lymphocytes T).
Examens complémentaires :
1- Numération-formule sanguine
:
Elle est utile pour la recherche de cellules de Sézary.
Seul un chiffre
supérieur à 10 % est significatif pour un lymphome cutané.
Une hyperéosinophilie ou des lymphocytes hyperbasophiles (syndrome
mononucléosique) sont des arguments pour un DRESS, une
polynucléose neutrophile pour une PEAG, ou un psoriasis
pustuleux, ou une cause infectieuse.
Enfin, une lymphopénie peut
accompagner un lymphome.
2- Histologie cutanée :
Comme la clinique, elle est non spécifique dans la majorité des cas.
Son intérêt principal est la mise en évidence d’un épidermotropisme
lymphocytaire, de type T à l’immunomarquage, permettant le
diagnostic de mycosis fongoïde. Généralement, l’histologie ne
devient typique que dans les formes tumorales ; l’aspect évocateur
d’eczéma initialement est le plus fréquent.
Elle doit être répétée à
différents endroits, ainsi que dans le temps, pour retrouver un
lymphome cutané.
L’histologie du psoriasis et de l’eczéma au
stade de l’érythrodermie perd également de sa spécificité,
l’hyperkératose et parakératose s’associant à une spongiose au
niveau épidermique.
L’infiltrat dermique est majoritairement
lymphocytaire, avec de rares polynucléaires dans la majorité des
érythrodermies.
3- Recherche de clone :
Les techniques de polymerase chain reaction (PCR) cutanées à la
recherche de clones tendent à s’uniformiser.
Au stade érythrodermique, la recherche de clone dans les lymphomes T
cutanés est positive dans 70 à 80 % des cas.
La valeur prédictive
d’un clone sanguin est inférieure à celle d’un clone cutané.
En
revanche, elle renforce le diagnostic lorsqu’ils sont identiques.
Leur interprétation doit cependant être confrontée au contexte anatomoclinique.
4- Sérologie VIH :
Les nombreuses causes d’érythrodermie associée à cette pathologie
justifient sa réalisation en cas de facteurs de risque d’exposition au
VIH.
5- Recherche de sarcoptes
:
Une gale croûteuse du fait de sa chronicité et de la discrétion du
prurit peut être de diagnostic difficile.
D’autre part, en cas de prurit
nouveau ou s’aggravant, une gale peut être évoquée, la
multiplication des hospitalisations secondaires aux poussées
d’érythrodermies et l’immunodépression locale induite
(dermocorticoïdes) peuvent favoriser une contamination.
6- Dosage des IgE :
Le taux des IgE sériques est proportionnel à la gravité des
dermatites atopiques.
Il peut donc constituer un argument en faveur
d’une dermatite atopique.
Évaluation du retentissement
:
Deux complications immédiates (troubles hémodynamiques et
infection) et une d’apparition retardée (dénutrition) sont à redouter.
A - TROUBLES HÉMODYNAMIQUES :
L’érythrodermie est une épreuve d’effort cardiaque :
– augmentation majeure du débit sanguin cutané qui peut être
multiplié par 10 (> 11 L/min) ;
– augmentation du débit cardiaque ;
– hyperthermie majorant la tachycardie ;
– hypovolémie relative en cas d’oedème important, majorée par
l’hypoprotidémie ;
– hypovolémie réelle par déshydratation.
La perte d’eau transépidermique est 14 fois plus élevée chez
l’érythrodermique par augmentation de l’évaporation.
L’évaporation normale de 250 mL/24 heures passe à 2 000 à
3 000 mL/24 heures, constituée d’eau libre (< 5 mEq/L de Na+).
B - COMPLICATIONS INFECTIEUSES :
Dans certaines séries, les complications infectieuses sont
responsables d’environ 50 % des décès liés à l’érythrodermie.
Les
pneumopathies représentaient environ 40 % des causes de décès, et
les septicémies 6 %.
Dans 20 à 70 % des cas, des peaux érythrodermiques sont colonisées
par un streptocoque ou un staphylocoque doré.
Une adhérence
accrue du staphylocoque doré aux cornéocytes de la peau
psoriasique a été démontrée.
La fragilité cutanée avec fissures, associée à la colonisation
bactérienne, facilite le contact des germes aux capillaires dermiques,
ce qui majore le risque de bactériémie.
Ce risque infectieux est
majoré avec la coexistence d’une infection par le VIH.
La difficulté d’affirmer une complication infectieuse est majorée par
les signes accompagnateurs de l’érythrodermie qui miment un sepsis en l’absence de toute infection systémique.
Tous les symptômes d’infections sont habituellement présents (fièvre
élevée, frissons, asthénie, malaise, oedèmes).
Des troubles
thermiques peuvent s’accompagner d’hypo- ou d’hyperthermie.
La
perte de chaleur s’effectue par radiation, conduction et évaporation.
L’inexistence de vasoconstriction de la peau lésée, une dérégulation
du « thermostat » hypothalamique sont les principaux responsables
de l’hyperthermie.
En cas de température extérieure froide, une
hypothermie sévère peut se produire, du fait de l’impossibilité de
conserver la chaleur.
Les signes biologiques miment également une infection (anémie,
hyperleucocytose, anomalies hépatiques ou rénales et syndrome
inflammatoire, dont hypoprotidémie).
L’interprétation des hémocultures est compliquée, du fait du risque
élevé de contamination du prélèvement par la flore cutanée
(staphylocoque doré ou à coagulase négative, streptocoque).
C - DÉNUTRITION
:
Le maintien d’une température normale en cas d’érythrodermie
nécessite une augmentation du métabolisme de base de 50 % en
moyenne.
Il existe une augmentation du catabolisme protéique avec,
uniquement par les squames, une augmentation des pertes
protéiques de 25 à 30 % pour le psoriasis, et 10 à 15 % pour les
eczémas et les toxidermies.
Les pertes sont majorées en cas
d’exsudats importants (bulles et érosions).
En cas d’évolution prolongée ou chronique, et chez les sujets âgés,
le retentissement peut être sévère.
Prise en charge thérapeutique :
La mauvaise tolérance d’une érythrodermie nécessite souvent une
hospitalisation en urgence.
La survie constatée à 100 mois d’une
population masculine érythrodermique (âge moyen de 61 ans) est
d’environ 50 %, contre 90 % pour une population témoin.
A - PRISE EN CHARGE HÉMODYNAMIQUE :
Chez le sujet âgé, l’érythrodermie entraîne souvent une altération
de l’état général.
Une décompensation cardiovasculaire est une
complication fréquente, du fait de l’augmentation du travail cardiaque. L’insuffisance cardiaque est probablement l’une des
causes de surmortalité des patients érythrodermiques.
Une échographie cardiaque peut être utile afin d’évaluer une
insuffisance cardiaque.
L’évaluation de la volémie (veine cave et
cavités droites) est utile car son évaluation clinique, sur ce terrain,
est difficile.
L’arrêt ou la diminution provisoire de médicaments pouvant
aggraver l’état hémodynamique, la déshydratation et donc la
fonction rénale, doit être discuté en fonction du rapport
bénéfice/risque.
Ceci concerne les AINS, les antihypertenseurs, les
diurétiques et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion.
En cas de mauvaise tolérance hémodynamique, l’application de dermocorticoïdes d’activité très forte est souhaitable (Dermovalt ou
Diprolènet 15 à 30 g/j).
L’amélioration est secondaire à la
vasoconstriction locale diminuant le débit sanguin cutané.
B - PRISE EN CHARGE DES COMPLICATIONS
INFECTIEUSES :
Le problème de l’infection est difficile à aborder chez
l’érythrodermique.
La présence de signes de sepsis (fièvre, frissons,
oligurie, altération de l’état général) et de germes sur la peau
(staphylocoque doré) sont des situations habituelles en dehors de
tout contexte infectieux.
Néanmoins, la peau érythrodermique avec de nombreuses fissures
constitue une porte d’entrée infectieuse.
Le meilleur traitement de la
colonisation bactérienne est la restauration d’une barrière cutanée.
Les dermocorticoïdes locaux, comme dans la dermatite atopique,
permettent le plus souvent de diminuer la charge bactérienne
cutanée.
L’isolement en chambre seul permet de diminuer le risque de
transmission d’infections nosocomiales fréquentes chez ce type de
patients.
La pose d’une voie veineuse constitue sur ce terrain une porte d’entrée
infectieuse qui doit être évitée.
Une réhydratation entérale, en l’absence
de signes de choc, doit être privilégiée.
Les hémocultures ne doivent être réalisées qu’après désinfection
locale prolongée, afin d’éliminer une souillure lors du prélèvement.
L’antibiothérapie doit être dirigée au moins contre le staphylocoque
et le streptocoque.
Une cartographie bactérienne, au mieux par la
méthode Count-Tactt, permet d’orienter l’antibiothérapie en cas de
suspicion d’infection.
C - PRISE EN CHARGE NUTRITIONNELLE :
L’hypercatabolisme protéique induit par la desquamation,
l’hyperthermie, est souvent majoré par une exsudation et nécessite
une nutrition hypercalorique et hyperprotidique.
Une déshydration
globale est souvent associée. En cas d’altération de l’état général ou
d’atteinte muqueuse empêchant des apports satisfaisants, une
nutrition entérale par sonde nasogastrique doit être préférée à une
nutrition parentérale, du fait du risque infectieux.
D - PRINCIPES GÉNÉRAUX DE TRAITEMENT
:
Le traitement étiologique doit être débuté au plus tôt.
Pour le psoriasis, les traitements systémiques classiques
comprennent le méthotrexate, l’acitrétine, la ciclosporine,
l’azathioprine.
Le pronostic des érythrodermies psoriasiques a été
amélioré par ces thérapeutiques systémiques immunosuppressives.
Pour les lymphomes cutanés, la caryolysine constitue le traitement
de référence dans beaucoup de centres.
Les corticoïdes systémiques,
les chimiothérapies systémiques, la PUVAthérapie, l’électronthérapie
constituent des alternatives.
La tolérance de la caryolysine est
améliorée après un traitement par dermocorticoïdes, qui diminue
l’inflammation.
Quelle que soit l’étiologie, la PUVAthérapie est déconseillée lors de
la phase inflammatoire initiale.
Certaines formes graves de dermatites atopiques justifient un
traitement immunosuppresseur, une PUVAthérapie, mais la
corticothérapie locale reste le traitement essentiel.
Pour les toxidermies, l’arrêt du ou des médicament(s) suspect(s) est
la base du traitement.
Dans l’attente du diagnostic, des crèmes émollientes (cold cream,
cérat, vaseline) doivent êtres proposées pour les érythrodermies
sèches.
En cas de mauvaise tolérance, des dermocorticoïdes de classe I
(Dermovalt ou Diprolènet) ou II (Betnevalt, Diprosonet, Efficortt,
Locoïdt…) doivent êtres débutés.
Ils constituent le traitement de
base des eczémas, du lymphome cutané et du DRESS, et pour
beaucoup d’équipes celui du psoriasis érythrodermique avant un
traitement spécifique.
Sur une peau érythrodermique, un passage
systémique non négligeable des dermocorticoïdes est probable,
surtout avec les classes I.
La corticothérapie systémique n’est jamais utilisée en première
intention.
Elle peut rarement être proposée dans des formes rebelles.
Son utilisation dans le DRESS ne semble justifiée que dans les
atteintes cardiaques ou pulmonaires sévères.