Les douleurs d’épaule représentent le 2e motif de
consultation en rhumatologie après les lombalgies.
Le
problème posé est celui du diagnostic lésionnel en distinguant
les douleurs tendineuse, articulaire, osseuse ou
neurologique.
Il faut également penser à évoquer une
douleur projetée non rhumatologique.
L’examen clinique (interrogatoire et examen physique)
constitue une étape fondamentale de l’orientation diagnostique.
Évaluer une épaule douloureuse, c’est étudier systématiquement
toutes ses composantes (synoviale, capsulaire,
osseuse, tendineuse, neuromusculaire) afin de localiser
le plus précisément possible l’origine de la douleur.
Sont exclues de la question les pathologies traumatiques
de l’extrémité supérieure de l’humérus et de la clavicule.
Diagnostic positif d’une épaule
douloureuse :
A - Examen clinique :
Il permet, le plus souvent, de faire un diagnostic lésionnel.
1- Interrogatoire :
Il précise la topographie de la douleur (antérieure,
externe, supérieure, postérieure), les circonstances
déclenchantes, le mode de début (brutal ou progressif),
un accrochage douloureux, une irradiation particulière,
l’horaire, la réponse au traitement, l’impotence fonctionnelle
dans la vie quotidienne.
2- Examen physique
:
Il est toujours comparatif et réalisé selon le même
schéma.
• Inspection : on regarde le patient se déshabiller ; il faut
rechercher une amyotrophie du deltoïde, de la fosse suset
(ou) sous-épineuse, une tuméfaction antérieure (en
présence d’un épanchement intra-articulaire).
• Palpation : recherche des points douloureux électifs
(externe : sous-acromial ; supérieur : acromio-claviculaire ; antérieur :
gouttière du biceps) en sachant que la douleur reproduite ne présage
pas toujours de la topographie lésionnelle.
• Mobilisation : cherche à déclencher à nouveau la douleur
spontanée et à mesurer une éventuelle limitation.
On explore la mobilité active puis passive dans les 6 directions (antépulsion, abduction,
adduction, rotation interne et rotation externe) ainsi que
les mouvements combinés (notamment main derrière le
dos explorant la rotation interne et la rétropulsion).
Lors de l’élévation active, un arc douloureux traduit
un accrochage du tendon de la coiffe des rotateurs dans
le défilé sous-acromial.
• Testing tendineux : recherche une perte de force de
chacun des tendons (Jobe pour le sus-épineux, palm up
test pour la longue portion du biceps, lift off test pour le
sous-scapulaire).
• Recherche d’un conflit sous-acromial : manoeuvres
visant à reproduire le conflit entre la coiffe des rotateurs et la voûte sous-acromiale (manoeuvres
de Neer,Yocum, Hawkins).
• Examen du rachis cervical.
• Examen de l’ensemble du membre supérieur (coude,
poignet).
• Examen neurologique complet et examen général
(auscultation cardiopulmonaire notamment). Examens complémentaires
• Radiographies standard des épaules : elles doivent toujours
être comparatives et comportent 4 incidences (face en rotation
nulle, rotation interne, rotation externe et profil de coiffe).
On recherche des anomalies
osseuses, articulaires (pincement, géodes, érosions,
ostéophytes), ou péri-articulaires (calcifications).
• Examens biologiques usuels : vitesse de sédimentation,
numération formule sanguine, électrophorèse des
protides sériques, calcémie.
• Ponction articulaire en présence d’un épanchement
avec numération et formule des éléments figurés,
examen direct, mise en culture, et recherche de microcristaux.
• Arthroscanner et imagerie par résonance magnétique :
permettent un bilan précis des lésions de la coiffe des
rotateurs.
Ces examens ne sont réalisés qu’en seconde
intention en vue d’un intervention chirurgicale ou en
présence d’un tableau atypique.
• Radiographie de thorax : effectuée devant une épaule
douloureuse qui ne fait pas sa preuve, notamment chez
un tabagique chronique, ceci à la recherche d’une douleur
projetée d’origine thoracique.
• Échographie de l’épaule : dans des mains expertes,
elle peut permettre de faire un diagnostic lésionnel tendineux
précis mais il s’agit d’un examen très dépendant
de l’opérateur .
Diagnostic étiologique
:
A -
Atteinte péri-articulaire de l’épaule
:
Elle est responsable de la plupart des épaules douloureuses
aiguës et chroniques.
1- Tendinopathie simple de la coiffe
des rotateurs (« tendinite »)
:
La douleur apparaît le plus souvent spontanément,
parfois après un effort, de façon progressive.
Elle
s’observe surtout après 50 ans et plus souvent chez la
femme.
Il s’agit d’une douleur du moignon de l’épaule,
plutôt antérieure et qui peut irradier au bras voire à
l’avant- bras ; elle est exacerbée par les mouvements de
l’épaule.
Parmi les tendons de la coiffe des rotateurs
c’est le tendon du sus-épineux qui est le plus souvent
atteint.
La douleur est réveillée par l’abduction active
qui est limitée avec un arc douloureux autour de
90° d’abduction.
La manoeuvre de Jobe est positive.
Le plus souvent la mobilisation passive n’est pas ou
peu limitée.
La radiographie standard peut être normale
ou montrer des signes indirects d’atteinte de la coiffe
des rotateurs ; l’interligne gléno-huméral est normal.
D’autres tendons de la coiffe des rotateurs peuvent être
atteints comme le sous-scapulaire où la douleur est à
nouveau déclenchée par la rotation interne contrariée
avec un lift off test positif, le long biceps avec une
douleur qui est franchement antérieure, réveillée
par la flexion contrariée de l’avant bras sur le bras
avec un palm up test positif et le sous-épineux avec une
douleur reproduite par la rotation externe contrariée.
Ces tendinopathies peuvent être calcifiantes ou non
calcifiantes.
2- Épaule aiguë hyperalgique :
Il s’agit d’une douleur intense de l’épaule apparue brutalement
sans circonstance favorisante responsable
d’une impotence fonctionnelle totale.
Le malade se présente
comme un traumatisé du membre supérieur (bras
collé au corps, avant-bras fléchi à 90 °, soutenu par la
main opposée).
Toute tentative de mobilisation active et
passive est impossible du fait de la douleur.
Il peut exister
des signes inflammatoires locaux. Ce tableau correspond
le plus souvent à une bursite microcristalline.
La
radiographie standard écarte une fracture et montre le
plus souvent une image calcique péri-articulaire soit
homogène, soit hétérogène en cours de résorption ;
l’interligne gléno-huméral est normal.
Un argument
rétrospectif très important est la disparition ou la modification
de la calcification sur une nouvelle radiographie
standard de l’épaule une fois la guérison obtenue.
Si la
résorption est totale il n’y aura pas de récidive qui pourra
en revanche survenir en cas de résorption partielle.
3- Rétraction capsulaire de l’épaule
(« épaule gelée » ou capsulite rétractile)
:
Le signe principal est une raideur de l’épaule à la fois
active, mais aussi passive prédominant en abduction et
en rotation externe.
Cette raideur s’installe en général de
façon progressive et peut faire suite à une phase douloureuse.
Une douleur du poignet et de la main peut être
associée dans le cadre du syndrome épaule-main, avec
le plus souvent un respect du coude.
La radiographie standard peut être normale ou montrer une déminéralisation
de l’extrémité supérieure de l’humérus sans anomalie
de l’interligne gléno-huméral.
C’est l’arthrographie
opaque de l’épaule qui permet d’affirmer le
diagnostic en montrant une diminution de capacité articulaire
(liée à une rétraction de la capsule articulaire),
une réduction de l’opacité arthrographique et notamment
la disparition du récessus inférieur.
Cette rétraction
capsulaire peut être primitive ou secondaire.
4- Rupture de la coiffe des rotateurs
(épaule « pseudoparalytique »)
:
Le début peut être brutal, après un traumatisme, ou progressif,
notamment chez le sujet âgé où la rupture survient
alors sur un tendon altéré.
Le diagnostic est facilement
affirmé devant la diminution complète ou parfois
partielle de la mobilité active contrastant avec la conservation
de la mobilisation passive.
En fait, il existe souvent
une compensation permettant de conserver, même
en cas de rupture complète, une mobilité active normale
ou peu limitée.
Le diagnostic de rupture de la coiffe des
rotateurs ne peut être affirmé qu’en l’absence de lésion neurologique qui doit être recherchée systématiquement.
La rupture peut être partielle ou transfixiante.
Lorsque la rupture touche la seule portion du long biceps,
il existe une saillie caractéristique du muscle à la face antéro-inférieure du bras.
Le retentissement fonctionnel est
minime et le diagnostic souvent fait rétrospectivement.
B - Atteinte articulaire
:
Elle est beaucoup moins fréquente que l’atteinte périarticulaire.
1- Omarthrose :
C’est l’arthrose gléno-humérale dont le diagnostic est
affirmé sur la radiographie standard qui montre un
pincement de l’interligne gléno-huméral et une ostéophytose
se développant surtout à la partie inférieure de
la tête et de la glène.
Elle se manifeste par une
douleur d’épaule qui est plus ou moins limitée.
Chez le
sujet âgé, elle est généralement secondaire à une détérioration
de la coiffe des rotateurs.
Ailleurs, elle peut
compliquer une fracture de la tête humérale ou une luxation
récidivante.
2- Arthrite infectieuse :
La douleur est le plus souvent intense, de début brutal,
permanente, et l’impotence fonctionnelle importante.
Il
peut exister des signes inflammatoires locaux (tuméfaction
antérieure si l’épanchement articulaire est abondant,
augmentation de la douleur locale) et des signes
généraux (fièvre et frissons).
Le diagnostic est facile si
cette arthrite fait suite à une infiltration locale de corticoïdes.
Une ponction articulaire est indispensable pour
mettre en culture le liquide articulaire afin
d’isoler le germe (il s’agit le plus souvent du staphylocoque
doré). Sur le plan biologique, il existe un
syndrome inflammatoire et une hyperleucocytose à
polynucléaires neutrophiles.
La radiographie standard
au stade débutant est normale ; le premier signe est la
déminéralisation locorégionale puis apparaissent plus
tardivement un pincement articulaire et des érosions
osseuses.
Le diagnostic différentiel est la bursite
microcristalline.
Un cas particulier est celui de la tuberculose
où le tableau est beaucoup plus torpide ; ce diagnostic
doit être évoqué chez un transplanté récent.
Sur
la radiographie, il apparaît après plusieurs mois d’évolution
une carie (érosion trochitérienne en regard de la
zone de réflexion de la synoviale).
3- Arthrite microcristalline :
Elle peut se présenter comme une arthrite septique, mais
la ponction articulaire fait le diagnostic en montrant la
présence de microcristaux (le plus souvent pyrophosphates
de calcium ou hydroxyapatite) et l’absence de
germes.
La radiographie standard montre, lorsqu’il
s’agit d’une chondrocalcinose, un liseré calcique curviligne intracartilagineux.
La goutte est exceptionnelle à
l’épaule.
4- Arthrite rhumatismale :
Il est peu fréquent que l’atteinte scapulaire inaugure un
rhumatisme inflammatoire chronique.
Le plus souvent,
l’atteinte de l’épaule s’associe à d’autres localisations
articulaires (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthropathie).
La radiographie montre un pincement de l’interligne gléno-huméral et des érosions.
5- Arthropathies rares :
Hormis au cours de la syringomyélie (dissociation thermoalgique
suspendue et arthropathie destructrice), l’épaule
n’est qu’exceptionnellement atteinte au cours des autres
arthropathies (chondromatose, hémophilie).
6- Lésions osseuses de voisinage :
Il s’agit de tumeur (bénigne ou maligne), fracture, ostéite,
maladie de Paget, ostéonécrose de la tête humérale.
Le
diagnostic est le plus souvent fait sur la radiographie
standard.
Diagnostics différentiels
:
Une douleur d’épaule peut correspondre à une douleur qui
n’est pas d’origine péri-articulaire, articulaire ou osseuse.
Dans ce cas, l’examen clinique de l’épaule est normal.
On peut alors évoquer une douleur d’origine cervicale ou
une douleur projetée (cardiaque, péricardique, médiastinale,
pleurale et éventuellement hépatobiliaire).
A - Atteinte neurologique :
• Névralgie cervicobrachiale : une douleur cervicale
avec une irradiation radiculaire peut se présenter initialement
comme une douleur d’épaule.
Dans ce cas, l’examen
clinique de l’épaule à proprement parler apparaît
normal (mobilisation, tests) ; en revanche il peut exister
un syndrome rachidien lors de la pression et la mobilisation
du rachis cervical avec un syndrome lésionnel (abolition
d’un réflexe ostéo-tendineux, déficit moteur et
sensitif).
• Syndrome de Parsonage et Turner (névralgie amyotrophiante)
: il existe une douleur très violente avec une
hyperesthésie cutanée, rapidement remplacée par une
amyotrophie.
B - Pseudo-polyarthrite rhizomélique :
L’atteinte est bilatérale avec une raideur douloureuse
d’horaire inflammatoire chez un patient âgé, un syndrome
inflammatoire biologique et des radiographies normales
ou ne montrant que des signes indirects d’atteinte
de la coiffe fréquents chez les sujets âgés.
C - Douleur projetée
:
Elle peut être d’origine pleuro-pulmonaire, vésiculaire,
hépatique, coronaire, pancréatique.
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