Endoscopie bronchique diagnostique Techniques et indications
Cours de pneumologie
Introduction
:
Par la seule exploration optique de la trachée et des bronches, des
informations complémentaires à l’examen clinique et radiologique
sont rendues disponibles aux praticiens ; ces informations sont
souvent essentielles et, par les prélèvements qu’elle autorise,
l’endoscopie est un outil indispensable des démarches diagnostiques
et une étape quasi incontournable de la plupart des pathologies bronchopulmonaires.
Elle permet aussi un certain nombre d’actes thérapeutiques dont
l’indication apparaît au cours de l’exploration diagnostique et, dans
tous les cas, elle représente le premier temps d’une endoscopie
thérapeutique dont elle sera indissociable.
Les contraintes matérielles et techniques sont partie intégrante de
l’acte opératoire et doivent être présentées avant tout ; elles prennent
de plus en plus d’importance en raison des implications
médicolégales de tous les actes et, en cas de conflit, on se référera
nécessairement à toutes les procédures dont une trace écrite restera.
La sémiologie endoscopique, qui est la base de toutes les
explorations et de tous les traitements, sera décrite ensuite, avant
d’aborder les grands chapitres des prélèvements, des indications,
des résultats et des complications de l’endoscopie bronchique
diagnostique.
Matériels et techniques
:
L’endoscopie bronchique utilise des endoscopes souples et rigides ;
au cours d’une même endoscopie, les deux types d’outils peuvent
être utilisés, le bronchoscope rigide permettant une ventilation
assistée et des manoeuvres instrumentales aisées du fait des
possibilités de pause respiratoire prolongée.
A - MATÉRIELS :
Les endoscopes souples ou fibroscopes sont les plus largement
utilisés.
Les tubes métalliques, rigides et creux, que sont les
bronchoscopes métalliques ont des indications diagnostiques encore
restreintes.
– Le fibroscope est un tube cylindrique souple de 65 cm de long, serti
sur une poignée portant l’oculaire et le palonnier ; ce dernier sert à
orienter les manoeuvres des 5 derniers centimètres qui sont plus
souples et plus fins, mobiles et articulés, avec une amplitude
d’angulation allant jusqu’à 310°.
Ce long cylindre souple renferme
des trousseaux de fibres apportant la lumière et des trousseaux de
fibres tressées de façon strictement parallèle pour renvoyer l’image.
Un ou deux canaux opérateurs cheminent aussi à l’intérieur de la
gaine.
Les diamètres externes du fibroscope vont de 3 à 6mm; des
endoscopes très fins, voire dépourvus de canal opérateur, existent
mais ne sont guère utilisés faute de vraies indications hors la
néonatologie.
Les vidéoendoscopes remplacent les derniers faisceaux de fibres de
retour par un câblage électronique et les lentilles de l’extrémité de l’endoscope par une petite caméra CCD.
Ils permettent de suivre
l’examen sur un moniteur de télévision, mais un endoscope optique
classique à fibres et muni d’une caméra de très bonne qualité laisse
voir aujourd’hui des images de qualité très proche.
Les contraintes
industrielles font que les vidéoendoscopes gardent un diamètre
externe de 6 mm au moins.
L’endoscopie bronchique ne pouvant se
passer de fibroscopes plus fins passant aisément dans les sondes
d’intubation et pénétrant un peu plus loin dans les axes bronchiques,
les deux systèmes souples d’endoscopie seront utilisés ensemble
encore longtemps, contrairement à la gastroentérologie qui est
passée massivement au vidéoendoscope.
– Le bronchoscope rigide est un tube creux métallique sur lequel
s’adaptent des dispositifs pour la ventilation peropératoire, des
pinces porte-optique, des optiques droites et de multiples
instruments pour biopsie et extractions de corps étrangers.
Les
endoscopes souples sont utilisés dans les bronchoscopes rigides
pour examiner les bronches lobaires et prélever en dehors de l’axe
direct de ce tube rigide, supprimant l’intérêt des optiques obliques.
Ces tubes rigides se déclinent selon leur diamètre jusqu’à la gamme
pédiatrique.
En endoscopie interventionnelle, le bronchoscope
rigide, qui est muni d’une spatule à son extrémité, sert de dilatateur
et partiellement de résecteur.
– Les sources de lumière froide sont raccordées par un câble à
l’endoscope et peuvent être communes aux tubes rigides et souples.
Il existe aujourd’hui des fibroscopes alimentés par piles sur la
poignée, très pratiques pour les soins dans les unités de soins
intensifs et au bloc opératoire, et lorsque l’on doit se déplacer au lit
du patient.
B - DÉSINFECTION :
Des contaminations de patients par les endoscopes ont été
rapportées : dans une revue de la littérature entre 1966 et 1992, Spach a rapporté 96 infections respiratoires transmises.
Les
germes particulièrement redoutés sont les virus des hépatites B et C,
le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), les prions et les
germes figurés plus classiques que sont le Pseudomonas aeruginosa,
les mycobactéries, le staphylocoque à coagulase négative.
Ces risques de transmission de germes bactériens et de virus par le
biais des endoscopes exigent le suivi méthodique rigoureux des
consignes de nettoyage et de désinfection et la formalisation écrite
des protocoles de soin des appareils pour assurer un travail en
pleine sécurité, et se garantir des contrôles et des enquêtes
rétrospectives.
La biologie moléculaire permet aujourd’hui de suivre
un germe de patient en patient et en machine et en endoscopes.
Tous les matériels stérilisables doivent être stérilisés.
La
désinfection par trempage dans le glutaraldéhyde à 2 % pour les
procédures manuelles ne concerne que les matériels non
stérilisables ; les médecins doivent veiller à la qualité de la
stérilisation des matériels qu’ils utilisent.
On évite les effets irritants du glutaraldéhyde pour le personnel
médical par des protections individuelles, gants et lunettes, par
l’utilisation de hottes aspirantes évacuant les vapeurs à l’extérieur
et par l’utilisation de machines à laver automatiques.
Sur 169
infirmières d’endoscopie, 69 % se sont plaintes de symptômes liés
au contact avec le glutaraldéhyde.
1- Bronchoscopes rigides
:
Après lavage et désinfection, ils sont stérilisés à l’autoclave à 130° ;
il en est de même des pinces à biopsie et autres petits matériels,
quel que soit le type d’endoscope, souple ou rigide.
2- Fibroscopes bronchiques
:
Ils ne sont pas autoclavables pour le moment mais sont totalement
immergeables : leur traitement après examen sera conforme aux
circulaires des 2 avril 1996, 20 octobre 1997, 20 et 23 mars 1998, et
15 juillet 1998 de la direction générale de la Santé, que le traitement
soit fait à la main ou à la machine. Un cahier de traçabilité doit
permettre de suivre les procédures de décontamination des
endoscopes et du petit matériel.
3- Prévention du risque de transmission infectieuse
nosocomiale :
On doit respecter les règles matérielles et les étapes du traitement
du fibroscope à savoir :
– délai le plus court possible entre la fin de l’examen et le premier
traitement de rinçage avec un liquide désinfectant pour éviter le
dépôt d’un biofilm, en particulier à l’intérieur du canal opérateur ;
dès la fin de l’endoscopie, l’opérateur essuie immédiatement la gaine
du fibroscope avec des compresses imbibées de détergent et aspire
dans les canaux la solution de nettoyage ;
– nettoyage et décontamination rigoureuses avec immersion,
irrigation et écouvillonnage de tous les canaux, en respectant les
temps d’immersion et les concentrations des produits détergents ;
– rinçage abondant à l’eau du réseau ;
– désinfection au glutaraldéhyde à 2 % durant 20 minutes, avec
surveillance de la concentration et date de renouvellement notée,
cette date étant à rapprocher selon le nombre d’endoscopes traités ;
– rinçage à l’eau stérile qui diminue les risques de transmission de Pseudomonas localisés sur les filtres du réseau, et en manipulant
l’endoscope avec des gants stériles ;
– séchage rigoureux, puis stockage à l’abri des recontaminations
dans une armoire conçue pour cela. Après un stockage de 12 heures
ou plus, une nouvelle désinfection au glutaraldéhyde à 2 % durant
20 minutes avec irrigation des canaux est réalisée.
– Le traitement de l’endoscope par une machine à laver
automatique n’est pas une garantie absolue.
Les germes se localisent
préférentiellement dans les tuyauteries des machines à laver et ont
ainsi été responsables d’épidémies ; les contrôles systématiques
périodiques des effluents sont nécessaires.
4- Contraintes liées aux risques infectieux
et à la désinfection
:
Elles ont trouvé une amorce de solution avec un nouvel endoscope
à gaine jetable à usage unique, ainsi que des pinces à biopsie à usage
unique.
L’endoscope à gaine jetable à usage unique est fabriqué par la société
« Vision-Science » aux États-Unis ; le calibre est celui d’un endoscope
classique adulte.
La gaine assure une bonne étanchéité et une
excellente vision. Malheureusement, cette gaine est encore d’un prix
très élevé pour un usage unique.
Les pinces à usage unique sont également d’un prix élevé, 150 à
180 F l’unité toutes taxes comprises.
Elles sont la solution définitive
aux problèmes de nettoyage des spirales métalliques qui sont
toujours plus ou moins souillées de sang et difficiles à traiter.
5- Risques de transmission aux personnels
et entre les malades
:
La contamination se fait par les aérocontaminations.
Le médecin et les assistants doivent être vaccinés par le bacille bilié Calmette-Guérin (BCG) et équipés de gants et d’un masque à haute
filtration retenant 99 % des particules de 1 µm au moins, au mieux
avec une visière pour l’opérateur.
Le médecin est habillé de façon à
ne pas véhiculer à l’extérieur les germes dont son examen aura
favorisé la diffusion dans l’air ambiant et sur lui-même.
Il doit
également veiller à l’organisation des séances d’endoscopie de façon
que les patients suspects d’infection soient examinés plutôt en fin
de séance d’endoscopie et peut-être, au mieux, dans leur chambre,
car dans les salles d’examens transitent aussi des patients fragilisés
par leur maladie et les traitements médicaux.
Les résultats des recherches de bacille de Koch (BK) à l’examen
direct des expectorations seront attendus avant toute réalisation
d’examen endobronchique chez un patient ayant un diagnostic
compatible avec une tuberculose.
Un contact de l’endoscope avec un patient porteur d’une maladie à
prions mène à la destruction de l’endoscope et tout soupçon de
maladie de Creutzfeldt-Jacob fait récuser l’indication d’endoscopie.
C - RÉALISATION DE L’EXAMEN :
Dans tous les cas, le patient est à jeun ; son dossier comporte les
clichés thoraciques de face et de profil, le bilan tomodensitométrique,
les renseignements nécessaires au bon déroulement de
l’examen : tendances au saignement ; notion de troubles de la
coagulation ; traitements en cours, en particulier aspirine,
antivitamines K, ticlopidine ; notions d’asthme, de trouble du
rythme, de cardiopathie, de pathologie à risque de troubles
électrolytiques, d’allergie aux anesthésiques locaux.
Les examens
sont prescrits selon les suspicions de pathologie ainsi recueillies :
gazométrie artérielle en cas d’insuffisance respiratoire par exemple.
Le déroulement de l’examen aura été expliqué auparavant, et si le
médecin réalisant l’examen n’est pas le prescripteur, une
consultation préalable est recommandée pour donner les
explications sur l’examen et pour mieux organiser l’intervention
sans imprévu.
En effet, selon les indications et les structures, certains
outils doivent être réservés à l’avance, tels les amplificateurs de
brillance.
1- Bilan d’hémostase systématique
:
Il paraît en fait inutile pour la population générale ; 68 % des
saignements s’accompagnent d’une hémostase normale chez des
patients sans facteurs de risque clinique.
Ce bilan ne peut pas
remplacer l’interrogatoire systématique des patients quant à leur
tendance au saignement en cas de plaie et autres signes de
pathologies de la coagulation.
Les hémorragies des endoscopies
sont rarement liées à des anomalies biologiques, mais en général à
une biopsie sur une lésion vascularisée réalisée trop largement ou
intempestivement, alors que les moyens de contrôle local sont
difficiles et tardifs.
Une enquête biologique de l’hémostase devient
indispensable en cas de traitement inducteur de thrombopénie ou
de soupçon de troubles de la crase sanguine.
2- Anesthésie locale :
L’examen est souvent réalisé sous anesthésie locale. Beaucoup de
praticiens ne prescrivent même plus de prémédication.
Un sédatif
oral ou sublingual administré un peu avant est parfois souhaitable,
à type de midazolam sublingual, à raison de 5 mg déposés
20 minutes avant l’examen par exemple.
L’atropine est aussi
prescrite, mais dans un but plus antisécrétoire salivaire et
bronchodilatateur que préventif du malaise vagal ; cependant, la
stimulation vagale protégeant des arythmies et l’atropine inhibant
cette action, la plupart des opérateurs a abandonné l’usage de
l’atropine en prémédication systématique.
L’anesthésie locale utilise la lidocaïne qui calme très bien l’irritation
bronchique et prévient toute stimulation vagale bronchique et les
bronchospasmes.
L’arrosage de lidocaïne à 1 % à l’aveugle sur les
cordes vocales et la trachée, ou sous contrôle du miroir laryngé puis
du fibroscope, permet une anesthésie muqueuse de bonne qualité si
l’on prend le soin de faire une anesthésie lente et progressive, avant
la pénétration et l’attouchement de la muqueuse par l’endoscope.
Certains réalisent toute l’anesthésie au fur et à mesure de la
progression de l’appareil.
L’aérosolisation de la lidocaïne en
consomme près de 50 % en moins.
L’anesthésie transcricoïde et
l’anesthésie locale des nerfs glosssopharyngés sont très peu utilisées.
La résorption bronchopulmonaire de la lidocaïne est importante et
proche de l’injection intraveineuse, et peut aboutir
exceptionnellement à des concentrations sanguines toxiques.
En
revanche, la part déglutie est détruite immédiatement par le foie à
son premier passage, sauf en cas d’hépatopathie très sévère.
Chez
les patients de petit poids et chez les personnes âgées, les doses de lidocaïne seront particulièrement minorées.
La dose létale de lidocaïne est estimée à 1 000-1 200 mg ; et les
doses recommandées vont de 200 à 400 mg.
Amitaï propose des
doses de 7 à 8,5 mg/kg sous réserve d’une administration graduelle
sur plus de 15 minutes et El Gundi a utilisé les doses moyennes
de 777 mg sans accident, ayant plutôt constaté une diminution du
risque de troubles du rythme cardiaque majeur par rapport aux
12 heures précédant l’examen.
Néanmoins, l’aggravation de trouble
de la conduction intracardiaque est possible.
La modulation de la dose de lidocaïne lors de l’anesthésie locale
tient compte de la partie déglutie, de la partie recrachée et de la
partie réaspirée par l’endoscope durant l’examen ; seule la partie
pénétrant dans la trachée est réabsorbée significativement.
Le masque laryngé mis en place sous anesthésie locale, avec ou sans
sédation par midazolam ou propofol, facilite encore plus
l’oxygénation du patient, en particulier s’il est insuffisant
respiratoire, si l’endoscopie doit être longue ou accompagnée de
manoeuvres instrumentales.
L’utilisation d’un masque nasal apportant oxygène (O2) et protoxyde
d’azote, associée à l’anesthésie locale, permet un examen dans
d’excellentes conditions et est proposée par certains praticiens.
Chez les asthmatiques, on peut, si l’on veut, prescrire de la
théophylline en prémédication ou en intraveineuse ; en fait, on
utilise surtout les bêta-2-adrénergiques en inhalation et une
anesthésie parfaite.
Même si la lidocaïne peut être responsable de
bronchoconstriction, cela ne contre-indique pas l’endoscopie mais
justifie soin et surveillance toute particulière.
3- Anesthésie générale
:
Elle utilise aujourd’hui le propofol qui assure une induction
anesthésique très rapide et un réveil rapide d’excellente qualité ;
parfois, une benzodiazépine, seule ou associée à un morphinique
d’action fugace, est utilisée.
Cette anesthésie générale est réservée aux patients fragiles, très
anxieux ou ayant eu une première expérience très désagréable, et
chez les patients à risque hémorragique très élevé.
Elle rend
l’examen plus coûteux, mais l’anesthésie générale est prise en charge
par les organismes de sécurité sociale et remboursée.
4- Réalisation de l’examen :
Il est réalisé chez un patient plutôt semi-assis, jambes allongées, et
l’endoscope souple est passé par voie nasale ; dans moins de 5 %
des cas l’imperméabilité des fosses nasales oblige au passage oral et
au risque de morsure du fibroscope.
Même en cas de thrombopénie,
le passage nasal n’est responsable que de 8 % de saignements
minimes.
Du gel de lidocaïne aide à la progression et contribue
au confort nasal.
L’examen de la sphère oto-rhino-laryngologique
(ORL) est fait plutôt à la fin de l’exploration trachéobronchique qui
est réalisée en premier jusqu’aux limites du calibre des bronches
segmentaire ou sous-segmentaires.
L’opérateur explore l’arbre bronchique des deux côtés et apprécie
les caractères du revêtement muqueux, les remaniements pariétaux,
les modifications d’orientation, l’aspect des sécrétions, leur site de
production, les modifications dynamiques et les limites du champ
d’exploration.
5- Prélèvements
:
Ils sont réalisés en fin d’examen, puis trachée et voies aériennes
hautes sont réexaminées lors du retrait du fibroscope.
L’anesthésie
locale disparaît après 30 à 120 minutes ; le jeûne est poursuivi 90 à
120 minutes par prudence.
La surveillance est maintenue durant
1 heure au moins en cas d’anesthésie locale, et au moins 2 heures en
cas d’anesthésie plus profonde ; en ce cas, le patient ne conduit pas
son véhicule et reste accompagné par un proche.
6- Compte rendu
:
Il comporte les renseignements administratifs sur l’établissement, le
patient ; la date et l’heure de l’examen ; les noms de l’opérateur, de
l’aide et de l’anesthésiste, du médecin traitant ; un résumé de
l’observation médicale et de l’indication, les raisons du choix
thérapeutique éventuel ; le type d’anesthésie, les références de
l’endoscope, les procédures de décontamination, l’horaire de
l’examen, le type du petit appareillage endobronchique utilisé, le K
opératoire.
Ensuite, apparaît la description des voies aériennes, des
manoeuvres effectuées, des biopsies et autres prélèvements réalisés,
les difficultés rencontrées et les complications éventuelles.
Un
schéma et surtout des photos sont très précieuses pour un suivi plus
précis.
7- Bronchoscopie rigide :
Elle peut être réalisée sous association de benzodiazépine et du propofol avec une anesthésie locale, mais on tend à privilégier la
sédation au propofol avec une curarisation et une ventilation par
« jet-ventilation ».
De cette façon, les manoeuvres endoscopiques sont
plus rapides et simples.
D - ORGANISATION D’UNE UNITÉ D’ENDOSCOPIE :
Les facilités de l’anesthésie générale, le retour de l’endoscopie rigide
et le développement de l’endoscopie interventionnelle associés à la
multiplicité des gestes endoscopiques et thérapeutiques ont
transformé l’endoscopie bronchique depuis 10 ans.
Aujourd’hui, on
peut avoir besoin de l’échographie, de l’amplificateur de brillance
pour des biopsies distales ou des ponctions-biopsies perbronchiques,
ou pour l’extraction de corps étrangers.
Et si on peut réaliser les
ponctions transpariétobronchiques et les échoendoscopies
bronchiques sous anesthésie locale, elles sont plus faciles et de
meilleure qualité lorsqu’elles sont réalisées sous « jet-ventilation » et
en apnée.
À l’inverse, lors des bronchoscopies de désobstruction par exemple,
on peut avoir besoin de s’aider du fibroscope pour compléter une
résection ou une électrocoagulation, ou pour réaliser une exploration
plus distale.
Tout ceci explique que se différencient deux types d’unité
d’endoscopie bronchique : d’un côté, des unités d’endoscopie
diagnostique orientées sur la prise en charge de la pathologie
infectieuse, le dépistage et le diagnostic des lésions tumorales et
autres ; et, de l’autre, des centres plus lourds d’endoscopie
diagnostique et interventionnelle où sont réalisées toute la gamme
des prestations diagnostiques et la plupart des interventions.
Ces
centres sont situés à proximité de centres de chirurgie thoracique,
non pas en raison du secours chirurgical éventuel en cas de
complications, mais de l’intrication des pathologies et de décisions
thérapeutiques complémentaires ou successives.
E - ÉCHOGRAPHIE ENDOBRONCHIQUE :
Cette technique est d’introduction très récente ; aujourd’hui, seule la
société Olympus est parvenue à miniaturiser et à commercialiser des
sondes d’échographie pénétrant dans le canal opérateur d’un
fibroscope de 2,6 mm de diamètre.
Il existe deux sortes de sondes ; l’une est nue et référencée UM-S20-
20R, permettant une échographie de contact limitée sur la paroi
bronchique, et l’autre est une sonde plus fine introduite dans un
cathéter à usage unique, muni à son extrémité d’un ballon gonflable
à l’eau.
Cette sonde référencée UM-BS20-26R permet une étude
circonférentielle de la paroi bronchique et des structures adjacentes médiastinales.
Elle oriente les ponctions transpariétobronchiques,
mais il n’existe pas encore d’aiguilles échoguidées contrôlant la
pénétration.
En dehors des ponctions ganglionnaires médiastinales orientées, les
indications principales de cette échographie sont les études de la
paroi bronchique elle-même, lors des décisions opératoires en cas
de doute sur une extension proximale en limite de résécabilité en
tomodensitométrie (TDM) et lors des indications des traitements
endobronchiques pour les toutes petites tumeurs.
Le choix entre
traitement mécanique à la pince, par électrocoagulation, laser,
cryothérapie, photothérapie et endocuriethérapie sera conditionné à
l’avenir par les notions d’extension en épaisseur sur le mur pariétal
bronchique.
F - FLUORESCENCE ET AUTOFLUORESCENCE BRONCHIQUE
:
Le principe repose sur la différence de fluorescence des tissus
normaux et des tissus tumoraux lorsque l’on éclaire les tissus avec
une longueur d’onde lumineuse particulière.
La fluorescence est induite par des photosensibilisants comme
l’hématoporphyrine D, ou l’acide 5-delta-aminolévulinique, et
d’autres sont toujours en évaluation ; les résultats restent handicapés
par la déposition aléatoire de ces substances dans les tissus suspects
et par les contraintes liées au risque de photosensibilisation.
L’acide delta-aminolévulinique a pour avantage d’être déposé par aérosol.
L’examen est réalisé 4-5 heures après, suivi d’une endoscopie le
lendemain, et la protection vis-à-vis de la lumière est limitée à
24 heures.
L’autofluorescence utilise les chromophores naturellement présents
dans la sous-muqueuse ; ils émettent des ondes lumineuses
lorsqu’ils sont éclairés par certaines longueurs d’onde.
L’épaississement épithélial des lésions dysplasiques et des cancers
atténue cette autofluorescence.
Le procédé LIFE, qui est le seul
commercialisé, utilise un laser cadmium-hélium couplé à un
fibroscope Olympus muni d’une caméra.
Il produit une lumière
monochromatique de 442 nm dont le retour est traité et filtré, et
apparaît sur l’écran sous forme d’une lumière verte quand tout est
normal et brun rougeâtre en présence de tumeur.
Le passage de la
lumière blanche à la lumière monochromatique se fait par simple
commutation.
L’association lumière blanche et LIFE a une sensibilité
au moins 2,7 fois supérieure à celle de la lumière blanche seule pour
le diagnostic des lésions intraépithéliales et invasives dans leur
ensemble.
Techniques de prélèvement :
Chacune nécessite un peu de temps ; la multiplicité des gestes
allonge le temps d’examen et augmente ses désagréments, et plaide
en faveur d’une anesthésie générale si l’on prévoit une durée
importante.
A - LAVAGE BRONCHOALVÉOLAIRE :
La technique du lavage bronchoalvéolaire (LBA) varie selon les
institutions ; dans tous les cas, le fibroscope est bloqué dans l’origine
d’une bronche segmentaire ou sous-segmentaire, au préalable
anesthésiée localement pour éviter la toux et améliorer le recueil,
sans excès de lidocaïne cependant pour ne pas inhiber les cultures
microbiennes.
Le sérum physiologique tiédi est instillé par fractions de 20 à 50 mL
et réaspiré immédiatement dans un flacon en plastique siliconé par
aspiration douce, sans collapsus ni traumatisme muqueux ; le
volume total injecté est de 100 mL au moins et jusqu’à 300 mL. Le
premier retour de seringue est gardé séparé.
Le retour est toujours
plus limité en cas de bronchopneumopathie chronique
obstructive.
Le site du LBA en cas de pathologie diffuse est le lobe moyen ou la
lingula où le retour est de 20 % supérieur à celui des autres lobes,
les lobes inférieurs étant toujours plus difficiles, moins étanches et
moins rentables.
En cas de pathologie localisée, le LBA est orienté
par les données d’imagerie.
Les effets latéraux sont rares ; fièvre au décours, encombrement et
toux.
En cas d’insuffisance respiratoire ou cardiaque, les volumes
injectés sont réduits.
Le LBA utilisé permet l’étude cytologique, le comptage cellulaire,
les études bactériologiques et la mise en évidence des particules
virales du cytomégalovirus (CMV).
Pour le diagnostic des
pneumopathies aiguës et nosocomiales en réanimation, le LBA est
préféré et ce d’autant plus s’il y a des troubles de coagulation
contre-indiquant le brossage.
L’injection est de 120 mL en plusieurs
seringues et le premier retour de seringue n’est utilisé que si le
retour est insuffisant.
Le délai du traitement du LBA est très court,
de 15 à 30 minutes et la réfrigération d’attente est controversée.
La méthodologie de traitement est précise, avec technique de culture
quantitative : le taux pathogène admis est de 104 colonies formant
unités (CFU)/mL.
L’étude cytologique immédiate et le comptage
cellulaire sont associés à cette culture quantitative ; en retrouvant
moins de 1 % de cellules épithéliales, on confirme l’origine alvéolaire
et non bronchique contaminée du matériel.
Meduri propose de
réaliser le LBA à travers un cathéter muni d’un ballon externe
bloquant toute possibilité de contamination haute.
Le comptage des polynucléaires neutrophiles contenant des germes
intracellulaires et l’analyse du pourcentage sur 100 cellules peut
permettre le diagnostic très rapide d’infection et le traitement, avant
les cultures quantitatives, si l’on retrouve au moins 10 % de cellules
contenant des germes.
Ce seuil de 10 % pour une sensibilité de
83 % n’est cependant pas consensuel.
Des études minéralogiques sont également possibles sur le LBA, en
particulier pour mettre en évidence des corps asbestosiques qui
témoignent d’une exposition à l’amiante.
B - BIOPSIES BRONCHIQUES :
À l’aide de micropinces lisses ou crantées introduites dans le canal
opérateur, les lésions sont échantillonnées.
Le champ diagnostique
est plus vaste si l’on prend soin de débarrasser la lésion de la
nécrose ou du sang qui la recouvre.
Les prélèvements réalisés de
façon tangentielles à la paroi sont pauvres, comparés aux biopsies
frontales, et les biopsies en ce cas peuvent être aidées par des pinces
munies d’une aiguille centrale qui évite le dérapage lors de la
fermeture des mors.
Les prélèvements sont fixés dans le formol, puis traités.
Il y a
toujours intérêt à multiplier les prélèvements à la pince, trois ou
quatre, voire cinq biopsies.
Les biopsies sous bronchoscopie
rigide, si elles sont plus grosses, ne sont pas plus rentables.
Les confrontations entre diagnostic histologique des tumeurs par
biopsies et constatations opératoires ou autopsiques montrent une
bonne concordance dans 71 à 85 % des cas, sauf pour les cancers à
grandes cellules qui se répartissent en fait entre carcinomes
épidermoïdes et glandulaires.
Cette concordance est en fait
toujours très bonne pour différencier les cancers à petites cellules et
tous les autres cancers dits « non à petites cellules » et c’est cette
différence seule qui est pertinente pour le pronostic et le traitement.
Les biopsies des éperons sus-jacents à la tumeur aident à démasquer
une infiltration lymphangitique qui contre-indiquerait une chirurgie.
On se méfie néanmoins de lésions associées de type carcinome in
situ qui n’ont pas la même valeur pronostique.
Dans 1,2 % des
cancers, une deuxième lésion souvent purement muqueuse est
associée, justifiant un examen bilatéral méthodique complet.
L’examen en fluorescence trouvera là l’essentiel de ses indications
en préopératoire en plus du suivi des opérés.
C - BIOPSIES TRANSBRONCHIQUES :
Les biopsies transbronchiques (BTB) sont réalisées soit sous
amplificateur de brillance, soit sous simple contrôle tactile à l’aide
de l’extrémité de la pince qui vient heurter doucement le plan souspleural.
La pince est alors remontée d’environ 20 mm, puis ouverte
et repoussée distalement sur 10 mm avant la fermeture, avec ou sans
manoeuvre expiratoire du patient.
Une pince neuve ou quasi neuve
et crantée est préférable pour limiter l’arrachement qui se produit
toujours.
Une résistance forte ou une douleur très vive incitent à ne
pas poursuivre, à relâcher la pince et à recommencer.
Selon la taille
des prélèvements, quatre à sept biopsies sont prises.
L’hypertension
artérielle pulmonaire et les insuffisances respiratoires sévères sont
des contre-indications relatives à la biopsie transbronchique.
Un opérateur entraîné choisissant bien les territoires à moindre
risque comme les bronches latérales de la pyramide basale peut se
passer du contrôle radioscopique et l’American Thoracique
Society ne recommande plus le contrôle sous amplificateur de
brillance pour les BTB des pathologies pulmonaires diffuses.
Les
résultats et les complications sont les mêmes dans deux populations
comparables, quoique non randomisées.
D - BROSSAGES :
Sur une lésion proximale suspecte d’être tumorale, les brossages sont
associés aux biopsies et les précèdent ; ils font l’objet d’étalements
sur lame en cas d’étude cytologique.
La positivité est de 62 à 78 % avec toujours une moindre concordance sur la précision de type
histologique, sauf pour les carcinomes à petites cellules (CPC) où le
taux d’agrément est de 80 %.
Les brossages distaux à visée bactériologique utilisent
préférentiellement la brosse, enfouie sous deux cathéters téléscopiques obturés en distalité par un bourgeon de
polyéthylène-glycol.
Cette technique introduite par Wimberley exige que le cathéter
externe soit passé à 3 cm au-delà du fibroscope, puis le bouchon
distal est éjecté par le cathéter interne qui sort plus loin.
La brosse
est ensuite poussée en périphérie au-delà de ces deux cathéters.
Après écouvillonnage distal, la brosse est ramenée dans le cathéter
interne, lui-même ramené dans le cathéter externe, puis l’ensemble
est sorti du fibroscope.
La brosse est repoussée à nouveau et
stérilement coupée pour tomber dans un récipient contenant 1 mL
de solution de Ringer.
Le délai sera de moins de 30 minutes avant
ensemencement et culture quantitative.
Le taux de 103 CFU/mL est
le seuil pathogène admis.
La technique du brossage est celle que l’on utilise aussi pour le
nettoyage des prothèses trachéobronchiques encrassées de mucus
concrété lors des endoscopies de contrôle ; on utilise
préférentiellement un écouvillon stérilisé que l’on frotte sur les
parois de la prothèse à la façon d’un hérisson de ramoneur.
E - PRÉLÈVEMENTS DISTAUX DIRIGÉS :
Ces prélèvements sont contre-indiqués en cas de troubles de la
coagulation.
On y inclut les BTB, les brossages, les cathétérismes
distaux et les ponctions distales à l’aiguille.
Tous ces prélèvements,
et en particulier les BTB, peuvent être réalisés à l’aveugle ou sous
amplificateur de brillance, et alors si possible biplan.
Les prises
seront multiples.
Le contrôle scopique améliore de 10 à 30 % la
positivité au diagnostic.
Les biopsies transbronchiques ont un
rendement fonction du diamètre de l’opacité et l’existence d’un
bronchogramme menant à la tumeur en TDM est un bon élément
prédictif de positivité des prélèvements.
Le LBA dirigé vers une opacité tumorale apporte jusqu’à 37 % de
résultats positifs cytologiques en cas de tumeur distale ; le
dosage des marqueurs tumoraux comme l’antigène
carcinoembryonnaire (ACE) ajoute peu de spécificité diagnostique
et n’est pas utilisé en pratique.
De même, les aspirations sur cathéter dirigées vers les opacités
tumorales sont traitées après filtrage multipore et millipore et
centrifugation comme des biopsies, et le culot de centrifugation est
inclus dans la paraffine.
Elles rapportent des cellules et/ou des
fragments tumoraux jusque dans 38 % des cas.
Les brossages
cytologiques sont positifs chez 32 % des patients.
F - PONCTIONS TRANSPARIÉTOBRONCHIQUES
À L’AIGUILLE RÉTRACTABLE
:
Des aiguilles rétractables avec ou sans fenêtre latérale permettent la
ponction le long de l’axe aérien des opacités distales sous
amplificateur de brillance, mais permettent surtout les ponctions
à travers la paroi bronchique des adénopathies médiastinales
repérées en TDM et/ou en échographie bronchique.
Certains sites de ponctions sont privilégiés à travers la paroi
bronchique en fonction de la localisation des adénopathies.
Le rendement de ces ponctions varie selon le diamètre des aiguilles ;
chez 64 patients avec cancer bronchique et adénopathies médiastinales confirmées, les plus grosses aiguilles de 18-19 G
obtiennent des petites biopsies positives dans 84 % des cas, contre
52,7 % pour les aiguilles fines.
Les risques de faux positifs
existent par infiltration de la paroi ou contamination par la tumeur
bronchique et il faut se méfier au microscope de cellules tumorales
mal intégrées dans leur contexte pathologique.
En cas de sarcoïdose, cette ponction transbronchique peut être
positive jusqu’à 90 % des cas.
G - ASPIRATIONS :
Les produits d’aspiration dans l’arbre bronchique évitent autant que
possible la contamination oropharyngée et les solutés d’anesthésies
locales qui inhibent la prolifération microbienne.
Ils permettent
d’étudier la cytologie à la recherche d’éléments tumoraux et cette
cytologie, positive dans 10 à 20 % des cas, ajoute un pourcentage
supplémentaire de diagnostics positifs aux biopsies et aux
prélèvements distaux dirigés.
La cytologie d’aspiration est parfois
seule positive ; et, dans ces cas, on sait se méfier d’un diagnostic
portant sur une seule cytologie.
Les suppurations bronchopulmonaires desquament des cellules d’allure
pseudotumorale, la tuberculose par exemple, et on saura prescrire
un traitement antibiotique d’épreuve avant de proposer un patient
au chirurgien.
La cytologie est précieuse aussi en pathologie
infectieuse.
L’étude bactériologique à la recherche de BK remplace
avantageusement les tubages à jeun, de plus en plus difficiles à
réaliser, et permet la recherche mycologique, en particulier
l’Aspergillus.
Les recherches bactériologiques systématiques de la
flore microbienne aspirée ont surtout pour intérêt de maintenir une
attitude de veille quant aux risques infectieux transmis par le
matériel, et il est important d’en contrôler les résultats.
H - ASSOCIATIONS DES MODES OPÉRATOIRES :
Dans le diagnostic des tumeurs, biopsies, brosses, cathéters,
cytologie d’aspiration et ponction transpariétobronchique en
association apportent jusqu’à 97 % de diagnostics positifs et la
multiplication des biopsies et des autres modes de prélèvement est
constamment recommandée.
Dans toutes les séries, un petit
pourcentage de positivité est ajouté par chacun des modes de
prélèvement, alors que les autres se révèlent négatifs.