Encéphalomyopathies mitochondriales
(Suite)
Cours de Neurologie
Altérations de l’acide
désoxyribonucléique mitochondrial
:
Deux principaux groupes de mutations de l’ADN mitochondrial
sont à séparer :
– les grands réarrangements de l’ADN mitochondrial, soit délétions
étendues sporadiques, soit duplications sporadiques ou d’hérédité
maternelle.
Ces formes sont à peu près constamment associées à une
ophtalmoplégie ;
– les mutations ponctuelles d’hérédité maternelle, le plus souvent hétéroplasmiques, c’est-à-dire coexistant avec un nombre variable d’ADN normal.
Plus de 50 variétés de mutations ponctuelles sont
actuellement identifiées.
Quatre d’entre elles paraissent d’une plus
grande fréquence :
– mutation d’A en G en 3243 dans le syndrome MELAS ;
– mutation de G en A en 8344 pour le syndrome myoclonic epilepsy
and ragged red fibers (MERRF) ;
– mutation de T en G en 8993 pour le neurogenic muscle weakness,
ataxie, rétinite pigmentaire (NARP) ;
– mutation de A en G en 11778 pour la maladie de Leber.
En outre, certaines mutations sont à l’origine de phénotypes
nouveaux ou atypiques, d’autres sont présentes avec des tableaux
cliniques différents.
A - DÉLÉTIONS ET DUPLICATIONS :
Le nombre des délétions varie dans les différents tissus, selon le
principe de l’hétéroplasmie.
Il s’agit surtout de délétions géantes,
dépassant parfois 9 kb.
Dans un tiers des cas environ, cette délétion
dite « commune » porte sur 4 977 paires de bases. Les cas sont le
plus souvent sporadiques.
La marque clinique la plus spécifique des
délétions est l’ophtalmoplégie progressive, soit isolée, soit associée
à des anomalies multisystémiques caractérisant le syndrome de
Kearns et Sayre.
Le syndrome de Pearson, également caractéristique
de ce groupe, est une pancytopénie avec fibrose pancréatique de
l’enfance, habituellement fatale mais évoluant, chez les patients qui
survivent, vers un syndrome de Kearns et Sayre, ce qui prouve la
parenté de ces trois groupes d’atteintes.
1- Myopathies oculaires mitochondriales
:
Ces formes sporadiques, relativement bénignes, sont caractérisées
par une ophtalmoplégie progressive avec ptosis et parfois déficit
proximal les faisant qualifier de myopathies oculaires descendantes.
Le début se fait chez l’adolescent ou l’adulte jeune.
L’évolution est
lentement progressive.
Des RRF sont présentes sur la biopsie
musculaire. Un déficit en COX est fréquent.
Une délétion isolée de
l’ADN mitochondrial est présente dans 50 % des cas mais son siège
et sa taille diffèrent considérablement selon les cas. Une
encéphalopathie spongiforme est présente à l’autopsie.
2- Syndrome de Kearns et Sayre :
Il est habituellement défini par une triade : début avant 20 ans,
ophtalmoplégie progressive, rétinite pigmentaire, et association,
selon les cas, à un bloc cardiaque, un syndrome cérébelleux, une
protéinorachie élevée ou encore une petite taille, une surdité
neurosensorielle, parfois des épisodes de coma, un diabète, une
hypoparathyroïdie, une démence.
L’électroencéphalogramme n’est
pas spécifique.
Le scanner montre des aspects d’hypodensité de la
substance blanche et des calcifications en cas d’hypoparathyroïdie.
La biopsie musculaire montre des RRF et un nombre variable de
fibres COX négatives.
Le pronostic est dans l’ensemble défavorable
malgré la pose d’un pacemaker.
La mort se produit habituellement
entre 20 et 30 ans.
Les délétions sont souvent importantes mais parfois absentes.
Elles n’ont pas été mises en évidence chez les mères ou chez les
enfants de mères atteintes.
Ceci laisse penser que les délétions
seraient de nouvelles mutations survenant dans la vie embryonnaire.
Enfin, des duplications ont été décrites dans certains cas de
syndrome de Kearns et Sayre.
Les essais thérapeutiques se basent sur des molécules assurant le
transfert d’électrons, essentiellement le coenzyme Q10, qui fait partie
du complexe III et participe au transport des électrons du
complexe I au cytochrome c. Les résultats sont partiels et très
inconstants.
Les cofacteurs vitaminiques C et K sont des adjuvants.
3- Syndrome de Pearson
:
Le syndrome pancréas-moelle osseuse de Pearson est une maladie
du nouveau-né caractérisée par une anémie sidéroblastique
réfractaire, la vacuolisation de cellules souches de la moelle osseuse,
une acidose lactique et une atteinte du pancréas exocrine.
Comme
pour les myopathies oculaires, la délétion varie de taille et de siège
selon les cas.
La mort survient en général par infection dans la petite
enfance du fait de la granulopénie.
Certains patients survivent et
développent un syndrome de Kearns et Sayre.
Qu’il s’agisse de myopathie oculaire ou de syndrome de Pearson,
les patients ont habituellement une délétion isolée, souvent étendue,
géante, portant le plus souvent sur 4 977 paires de bases, du gène
de l’ATPase au gène ND5 de la NADH déshydrogénase.
Dans 70 %
des cas, les délétions sont flanquées par 13 répétitions directes de
paires de bases, en général dans les régions 8468 et 13446.
Les
délétions portent sur des régions diverses de l’ADN mitochondrial
mais respectent les zones d’origine de replication des brins lourds et
légers de l’ADN.
Toutefois, des délétions particulièrement géantes
dépassant 10 kb et atteignant la région d’origine de replication du
brin léger ont été récemment observées.
Ces délétions sont parfois
présentes dans des tissus extramusculaires comme le démontre la
technique de polymerase chain reaction (PCR) au cours des
myopathies oculaires montrant que le phénotype est fonction de la
quantité de délétions de l’ADN mitochondrial distribué dans les
divers tissus.
Au cours des délétions, l’ADN délété est concentré dans les RRF
avec une diminution de l’ADN normal et une augmentation de la
COX. Cette focalisation des altérations est propre aux délétions.
B - MUTATIONS PONCTUELLES :
Elles sont de deux types, selon qu’elles affectent une région codante
ou une région d’ARNt.
1- Mutations ponctuelles de l’ADN mitochondrial
en région codante
:
Elles portent électivement sur la chaîne de transport des électrons,
se limitent en général à une enzyme de la chaîne respiratoire et ne
comportent le plus souvent pas de RRF dans les muscles.
Leur
expression est, soit ophtalmologique sous forme de neuropathie
optique de Leber, soit polysyndromique dans le syndrome de
mutation de l’ATPase 6.
* Atrophie optique de Leber :
Maladie du garçon à l’adolescence, jadis considérée comme liée à
l’X, c’est une maladie de l’ADN mitochondrial due à la substitution
d’arginine à l’histidine dans la sous-unité 4 du complexe I.
Le début
souvent aigu se fait entre 18 et 30 ans par une perte uni- puis
bilatérale de l’acuité visuelle par névrite rétrobulbaire et évolue vers
une atrophie optique avec cécité totale.
L’électrorétinographie est
normale. Une télangiectasie avec pseudo-oedème est visible au fond
d’oeil.
L’angiographie montre une réduction des capillaires car le
phénomène primitif serait une vasculopathie.
Un syndrome
extrapyramidal avec dystonie, dysarthrie, rigidité des membres
inférieurs, syndrome pseudobulbaire, hyperréflexie, neuropathie
périphérique, troubles de la conduction cardiaque, est souvent
associé.
Le scanner montre une hypodensité lorsqu’il existe une
nécrose striatale bilatérale.
Les muscles sont cliniquement intacts
mais des anomalies morphologiques mitochondriales et un déficit
en complexe I intramusculaire sont signalés, bien que la maladie
soit spécifiquement oculaire.
De nombreux points de mutations ont été observés.
Le plus courant
est donc une mutation de G en A au nucléotide 11778, substituant
l’histidine à l’arginine dans le gène encodant la sous-unité 4 du
complexe I (ND4).
Elle est présente dans 50 % des cas, souvent homoplasmique mais parfois hétéroplasmique.
On connaît
également de nombreuses mutations « non 11778 », toutes localisées
dans les enzymes de la chaîne respiratoire, notamment aux
nucléotides 3394 (de T en C), 3460 (de G en A), 4160 (de T en C),
4216 (de T en C), 4917 (de A en G), 5244 (de G en A), 7444 (de G en
A), 9101 (de T en C), 9438 (de G en A), 9804 (de G en A), 11778 (de G
en A), 13708 (de G en A), 14484 (de T en C), 1527 (de G en A), 15812 (de G en A).
La mutation 4216 est une forme atypique avec
récupération de la vision.
La mutation 4160 est sévère par la
proportion de cécité, la répartition égale dans les deux sexes,
l’association à des signes neurologiques et psychiatriques.
L’atrophie
optique est associée à une dystonie dans les mutations 11696 (de A
en G), 14559 (de G en A), 14596 (de T en A).
Les facteurs d’atrophie optique dans la maladie de Leber sont
complexes.
Le déficit porte surtout sur le complexe I. Les mutations
peuvent être cumulatives, portant sur les complexes I et III, le déficit
s’étendant à l’ensemble de la chaîne de transport d’électrons.
De
surcroît, les peptides de la chaîne respiratoire provenant aussi bien
de gènes nucléaires que mitochondriaux, l’hérédité mendélienne
pourrait augmenter l’expression de la maladie et la pénétrance chez
l’homme.
Cet exemple illustre la variabilité phénotypique des
maladies mitochondriales.
*
NARP ou syndrome de mutation de l’ATPase 6
:
Le NARP relève d’une hérédité maternelle.
Dans cette variété rare,
également nommée « complexe ataxie-rétinite pigmentaire-démence
», les patients sont porteurs d’une sémiologie complexe : rétinite
pigmentaire en épine osseuse, ataxie, épilepsie, démence, déficit
musculaire proximal, neuropathie sensitive, retard de
développement.
La biopsie musculaire ne comporte pas
d’anomalies.
La maladie est due à une mutation dans le gène ATPase 6 qui est
une sous-unité du complexe V. Une modification de T en G se fait
en 8993.
Il en résulte un changement de l’acide aminé 155 de
l’ATPase 6 mitochondriale de leucine en arginine. La gravité de la
maladie est liée au degré de mutation.
Un effet seuil est présent. Les
signes cliniques apparaissent dans une famille quand la proportion
d’ADN mitochondrial mutant dépasse 80 %.
Quand le taux de
mutation est très élevé, dépassant 90 %, le tableau clinique devient
celui d’une encéphalopathie nécrosante d’hérédité maternelle, de
Leigh.
Les mutations ponctuelles de ces cas associant NARP et
syndrome de Leigh d’hérédité maternelle sont 8993 (de T en C et de
T en G) ou 9176 (de T en C). Dans ces cas, les anomalies
biochimiques, des syndromes de Leigh d’hérédité nucléaire (déficit
en PDH et en COX) sont absentes.
2- Mutations ponctuelles des ARN de transfert :
Ces mutations portent sur divers gènes d’ARNt.
Contrairement aux
précédentes, tous les phénotypes cliniques des mutations en ARNt
comportent une sémiologie neuromusculaire caractérisée par des
fibres RRF sur la biopsie, un déficit pléiotropique des activités des
enzymes de la chaîne respiratoire (et non plus limité à une enzyme),
une acidose lactique au repos ou à l’exercice.
Dans les formes graves multisystémiques, le système nerveux central, le coeur et les reins
sont également atteints.
* Syndrome de Fukuhara :
Plus souvent nommé MERRF syndrome, c’est une épilepsie
myoclonique familiale.
Les myoclonies, prévalentes, s’associent à
des crises épileptiques généralisées avec des pointes focales ou
diffuses sur l’électroencéphalogramme et à une ataxie cérébelleuse.
En outre, un tremblement, une surdité s’associent à une démence,
une atrophie optique, une spasticité, une neuropathie périphérique
avec aréflexie.
Le scanner montre une atrophie cérébrale et
cérébelleuse et souvent des calcifications.
La notion d’une hérédité
maternelle est importante pour le diagnostic mais la maladie n’est
souvent exprimée que chez peu de membres de la famille, les autres
étant asymptomatiques ou oligosymptomatiques.
Le point de
mutation le plus spécifique, mais non exclusif, est situé en 8344 sur
le gène de l’ARNtLys avec une mutation d’adénine en guanine.
La
deuxième mutation est de C ou T au nucléotide 8356.
Une autre
mutation est de G à A au nucléotide 8363. Des RRF sont le plus
souvent, mais pas toujours présentes sur la biopsie musculaire.
L’histochimie montre de nombreuses fibres COX négatives.
La
biochimie comporte des déficits très variés des complexes de la
chaîne respiratoire (III ; II et IV ; I et IV ; I, III et V ; IV seul) surtout,
en fait, des complexes I et IV.
La révélation des troubles est souvent tardive du fait que le degré
de phosphorylation oxydative diminue avec l’âge.
Ainsi, avant
20 ans, il est nécessaire que l’ADN mutant atteigne 95 % pour que le
syndrome soit exprimé. Après 60 ans, les patients manifestent des
troubles avec 85 % seulement d’ADN mutant et ont même des
manifestations dégradées avec 63 % d’ADN mutant.
Les lésions sont une perte neuronale et une gliose du noyau dentelé,
de l’olive inférieure et du pédoncule cérébelleux supérieur,
accessoirement du pallidum externe.
De nombreuses mitochondries
anormales sont présentes dans le cervelet.
Le fait le plus
caractéristique est une dégénérescence des cordons postérieurs et
des faisceaux spinocérébelleux assez proche de celle de la maladie
de Friedreich.
La distribution de l’ADN mutant n’explique pas la
sélectivité des lésions.
Le syndrome de Ramsay Hunt et les épilepsies myocloniques
dégénératives, de type baltique ou méditerranéen, sont cliniquement
différents en raison de leur hérédité récessive, de leur début de 6 à
15 ans, de l’importance des myoclonies d’intention et d’action, de la
lenteur d’évolution, de la rareté de la démence, de l’absence de
signes neurologiques associés.
* Syndrome MELAS :
C’est une vasculopathie cérébrale mitochondriale.
Souvent
familiale, la maladie débute entre 3 et 11 ans par un retard de
croissance, avec souvent des crises d’épilepsie focale ou généralisée,
des accès récidivants de céphalées migraineuses et de vomissements.
Les sujets sont de petite taille.
Des épisodes récidivants
d’hémiparésie, d’hémianopsie, de cécité corticale apparaissent avant
40 ans.
Ils évoluent vers la démence, et la mort survient en quelques
années.
La protéinorachie est souvent élevée. Le scanner cérébral
montre des aspects d’hypodensité et parfois des calcifications.
Les
lésions sont faites de zones multiples de nécrose ischémique, surtout
corticale avec nécrose pseudolaminaire et gliose.
De multiples
mitochondries sont accumulées dans les cellules musculaires lisses
des artérioles cérébrales.
Des calcifications vasculaires siègent dans
le pallidum et le noyau dentelé.
Les limites nosologiques entre les
deux syndromes précédents ne sont pas absolues car des épisodes
vasculaires cérébraux surviennent parfois dans le syndrome de Fukuhara.
Les points de mutation sont divers : 583 (de G en A), 1642 de G
en A.
La mutation 3243 affecte la boucle d’uridine (ARNtleu (UUR))
de l’ARNt avec une mutation hétéroplasmique de A à G ; les autres
mutations affectant la boucle d’uridine siègent aux nucléotides 3252
(de A en G), 3260 (de A en G), 3271 (de T en C), 3291 (de T en C) ;
des mutations 5814 (de A en G), 9957 (de T en C), 13513 (de G en A).
D’autres mutations sont à l’origine de l’association syndrome
MELAS-syndrome MERRF (7512 de T en C, 8356 de T en C).
Une
délétion de quatre paires de bases dans le cytochrome c
caractérise l’association syndrome MELAS-syndrome parkinsonien,
tandis qu’une mutation de T en C au nucléotide 3308 est présente
dans l’association syndrome MELAS-nécrose bilatérale du striatum.
La biopsie musculaire comporte le plus souvent (mais pas toujours)
des RRF.
Le déficit biochimique le plus fréquent porte sur le
complexe I et accessoirement sur plusieurs complexes de la chaîne
respiratoire.
L’origine des accidents vasculaires cérébraux, qui sont la marque
clinique du syndrome MELAS, se trouve vraisemblablement dans
les dépôts granulaires comportant une haute activité de SDH,
localisés dans les parois des vaisseaux cérébraux.
Ces dépôts
examinés en microscopie électronique comportent de nombreuses
proliférations mitochondriales.
*
M I My Ca ou MIMAC :
Cet acronyme provient de maternally-inherited adult onset myopathy
and cardiomyopathy.
Il groupe des cas ressortissant à une hérédité
maternelle et associant une myopathie mitochondriale, une
cardiomyopathie hypertrophique et un déficit en complexes I et IV.
Comme le syndrome MELAS, ce syndrome est rattaché à une mutation hétéroplasmique de A en G du gène de l’ARNt (ARNtLeu
(UUR)).
Toutefois, la mutation est en 3260.
La gravité est
proportionnelle au degré de mutation.
Des mutations de 3254 de C en G en 3303 de C en T sont
récemment signalées portant également sur ARNtLeu (UUR).
* Mutations ponctuelles diverses :
De nombreuses mutations ponctuelles de l’ADN mitochondrial ont
été récemment découvertes, à l’origine de manifestations cliniques
diverses qui peuvent être approximativement regroupées de la façon
suivante :
– les myopathies oculaires d’hérédité maternelle avec, dans tous les
cas, mutation portant sur l’ARNt, associées parfois à
des myoclonies ou à des atteintes multisystémiques ;
– des myopathies diverses, également d’hérédité maternelle, liées à
un défaut de l’ARNt.
La myopathie est parfois
associée à une raideur douloureuse des muscles ou à une
dystonie.
Des cas de cardiomyopathie hypertrophique ou multisystémique sont également connus ;
– des formes d’intolérance à l’exercice et de myoglobinurie,
essentiellement sporadiques et liées à un défaut du cytochrome b,
notées par Andreu dans des publications successives.
Certaines encéphalomyopathies mitochondriales sont également
liées à un défaut génétique de l’ARNt.
L’association de signes neurologiques divers (surdité, ataxie) à un
diabète est également en relation avec des altérations du gène de
l’ARNt, ainsi que diverses atteintes multisystémiques.
La surdité bilatérale est fréquente au cours des mitochondriopathies,
isolément ou dans le cadre d’une encéphalomyopathie.
Les
études audiologiques sont en faveur d’une origine cochléaire.
Le
déficit énergétique mitochondrial retentit sur les stries vasculaires et
les cellules ciliées dont le métabolisme normalement très actif
s’épuise du fait de l’ADN mitochondrial mutant.
Au contraire, les
potentiels évoqués auditifs ne témoignent pas d’une atteinte centrale
prédominante.
Les corrélations entre mutations de l’ADN mitochondrial et le
phénotype sont mal établies et l’hétérogénéité clinique est mal
définie.
Il est possible que la mort cellulaire, qui est rarement le fait
d’une nécrose, soit due à un mécanisme d’apoptose.
La libération
de certaines protéines mitochondriales (cytochrome c et apoptosis
inducing factor) dans le cytoplasme est susceptible d’initier et
d’activer la voie apoptotique.
La surexpression de p 75, Fas et de
Caspase 3 dans les fibres COX négatives comportant des déficits de
l’ADN mitochondrial est en faveur de l’apoptose.
Le cytochrome
c ainsi que la dysfonction de la chaîne respiratoire
pourraient activer la voie apoptotique, ce qui en retour inhiberait le
niveau de translation mitochondriale et l’importation des protéines
précurseurs d’origine nucléaire.
Ce cercle vicieux contribuerait à la
variabilité des signes cliniques.
Le terme de lethal infantile mitochondrial myopathy (LIMM) définit
un syndrome hétérogène réunissant diverses acidoses lactiques
néonatales graves, associées à un retard de développement, une
hypotonie, des signes neurologiques, des RRF, une cardiomyopathie.
La mort intervient en quelques mois par troubles respiratoires.
Des
points de mutation de siège variable (4317, 15923, 15924) sont
présents sur l’ARNt.
Dans la plupart de ces variétés, l’analyse biochimique montre une
réduction d’activité des complexes de la chaîne respiratoire,
notamment I, III, IV, témoignant d’une altération globale de la
fonction respiratoire.
L’ensemble des protéines mitochondriales est
diminué du fait de l’incapacité de leur translation par l’ARNt.
Dans
le syndrome MELAS, la mutation de l’ARNt ne permet pas la
production d’une quantité suffisante d’ARN ribosomal.
L’expression clinique hétérogène des mutations au cours des
syndromes MELAS ou NARP est un argument de plus au concept
selon lequel une mutation isolée peut se manifester par des
phénotypes variés ou incomplets liés, soit à la distribution tissulaire
non homogène des mutations, soit à l’effet synergique, à côté de la
mutation primaire, des mutations interactives.
Ce concept nouveau,
ajouté aux notions d’hétéroplasmie, de ségrégation mitotique, d’effet
seuil, expliquerait la variabilité clinique.
Si le nombre de mutations pathogènes identifiées dans le génome
mitochondrial n’a cessé de croître ces dernières années, l’implication
de gènes nucléaires dans les déficits de la chaîne respiratoire est un
élément relativement récent.
Trois groupes sont à séparer.
A - MUTATIONS DE GÈNES NUCLÉAIRES CODANT
POUR DES SOUS-UNITÉS DE LA CHAÎNE RESPIRATOIRE
:
Ce type de mutations est de mieux en mieux établi pour le
syndrome de Leigh ou encéphalopathie nécrosante subaiguë de
l’enfant ou de la petite enfance, d’hérédité autosomique récessive
où plusieurs origines moléculaires sont maintenant reconnues.
Chez
un nourrisson, apparaît une hypotonie avec des épisodes
respiratoires répétés d’apnée ou de polypnée, entraînant une fatigue
intense, associés à une hémiparésie, une choréoathétose, des
paralysies oculaires avec nystagmus.
Des troubles de la déglutition
ou des neuropathies périphériques sont parfois des troubles
trompeurs.
L’évolution se fait par poussées avec troubles
respiratoires et se termine en quelques années par la mort.
La lactacidémie est élevée.
La biopsie musculaire ne montre jamais
d’anomalies mitochondriales.
Sur le scanner cérébral est visible une
hypodensité des noyaux gris centraux due à une gliose putaminale
bilatérale, étendue au tronc cérébral, à la moelle et au cervelet.
L’autopsie montre une nécrose putaminale bilatérale ainsi qu’une
spongiose du cervelet, du tronc cérébral et de la moelle épinière.
Ces lésions typiques sont la conséquence d’une altération de la
chaîne respiratoire dans un cerveau en développement, quel que
soit le déficit biochimique.
Ainsi, le syndrome de Leigh est aussi
bien causé par un déficit en PDH que par une altération de chacun
des complexes de la chaîne respiratoire, le complexe I et le complexe
IV étant le plus souvent affectés.
Le gène en cause peut être
aussi bien mitochondrial que nucléaire et l’origine nucléaire
et l’homogénéité du syndrome de Leigh par déficit en COX ont pu
être montrées par étude des cybrides.
Actuellement, plusieurs causes moléculaires ont été identifiées.
Concernant les déficits en complexe IV, deux formes peuvent être
différenciées.
Dans un groupe, l’activité du complexe IV est réduite
dans tous les tissus, alors que dans une population de Canadiens
francophones, la maladie est associée à une expression très forte du
déficit dans le cerveau et dans le foie, restant subnormale dans le
muscle et les fibroblastes.
Aucune mutation n’a pu être mise en
évidence par séquençage des gènes codant pour les différentes sousunités
du complexe IV.
Par complémentation fonctionnelle du déficit
par transfert de chromosome, le gène SURFI porté par le
chromosome 9 a été identifié comme à l’origine de ces déficits et
plusieurs mutations induisant toute la formation de protéines
tronquées ont été trouvées chez les différents patients affectés,
amenant à considérer que ce gène contrôle l’assemblage du
complexe IV.
D’autres gènes nucléaires sont impliqués dans le syndrome de Leigh.
Une mutation a été identifiée chez des patients présentant un
déficit en complexe II dans le gène codant pour la sous-unité
flavoprotéique de la SDH.
Des mutations affectent des sousunités
du complexe I, notamment dans les gènes NDUFS4 et
NDUFS8.
B - MUTATIONS DANS DES GÈNES NUCLÉAIRES
ENTRAÎNANT DES RÉARRANGEMENTS COMPLEXES
DE L’ADN MITOCHONDRIAL
:
Plusieurs anomalies du génome mitochondrial conduisant à des
affections graves de l’adulte ou de l’enfant sont identifiées comme
secondaires à des mutations du génome nucléaire impliquant des gènes nécessaires à la stabilité ou la réparation du génome
mitochondrial.
Il s’agit des déplétions et des délétions multiples de
l’ADN mitochondrial .
1- Déplétions de l’ADN mitochondrial
:
Elles sont responsables de maladies graves du nouveau-né et de
l’enfant à transmission autosomique récessive.
Il ne s’agit pas d’un
déficit qualitatif mais quantitatif de l’ADN mitochondrial, avec
diminution du nombre de molécule d’ADN dans l’ensemble des
tissus. Deux formes cliniques sont connues :
– la forme précoce, la plus grave, avec une déplétion de 98 %, se
manifeste dès la naissance par une acidose lactique, accompagnée
de manifestations hépatiques et rénales.
D’abondantes RRF et des
fibres COX négatives sont présentes dans les muscles.
La mort se
produit entre 3 et 11 mois ;
– une forme moins précoce et partielle, avec conservation de 8 à
36 % d’ADN résiduel, débute entre 5 et 12 mois.
Elle est uniquement myopathique, sans acidose lactique mais avec RRF.
L’évolution est
plus lente, mais la mort se produit en 1 à 3 ans.
Par fusion de cybrides rho° permettant de rétablir un contrôle
génomique nucléaire dans des fibroblastes d’un patient déplété en
ADN mitochondrial, on a démontré l’origine nucléaire de cette
atteinte, mais aucun gène dont le rôle est vraisemblablement
important pour la réplication de l’ADN mitochondrial n’a été à ce
jour identifié.
2- Délétions multiples de l’ADN mitochondrial :
Fréquemment retrouvées dans des cas familiaux de myopathie
oculaire à transmission autosomique dominante (alors que la plupart
des myopathies oculaires liées à des délétions de l’ADN
mitochondrial sont sporadiques), elles traduisent sans doute un
défaut de signal intergénomique impliquant la réplication ou la
réparation de l’ADN mitochondrial.
Des études de liaisons
réalisées dans des familles avec ophtalmoplégie d’hérédité
autosomique dominante ont permis d’identifier plusieurs loci en
l0q24, 3pl4-21, 4q43-35.
Dans d’autres familles, ces trois loci ont été exclus, ce qui indique une hétérogénéité génétique
importante.
Ailleurs, elles peuvent se transmettre sur un mode autosomique
récessif.
C’est le cas du syndrome MNGIE (atteinte myo-neurogastro-
intestinale et encéphalique), associant de fait une
ophtalmoplégie, une démence avec leucodystrophie, une
neuropathie périphérique, des troubles digestifs sévères avec
alternance de diarrhée et de pseudo-obstruction intestinale avec
RRF et déficit partiel de la COX. Une étude de liaison a identifié le
locus responsable en 22ql3.32-qter.
Des mutations faux sens, de
petites délétions, des insertions ou des mutations touchant un site
d’épissage ont été mises en évidence dans le gène de la thymidine
phosphorylase.
Des délétions multiples ont également été observées dans certains
cas de syndrome de Wolfram qui associe diabète précoce, surdité,
atrophie optique d’hérédité autosomique récessive.
Diverses
mutations dans le gène WFSI, localisé en 4pl6, ont récemment été
identifiées chez différents patients présentant un syndrome de
Wolfram, mais curieusement, aucun ne présentait d’anomalie du
génome mitochondrial.
Ce gène n’étant donc pas seul en cause.
C - MUTATIONS DANS DES GÈNES NUCLÉAIRES CODANT
POUR DES PROTÉINES PARTICIPANT
AU FONCTIONNEMENT DE LA CHAÎNE RESPIRATOIRE
MITOCHONDRIALE :
1- Paraplégie spastique avec myopathie mitochondriale
:
Une forme autosomique récessive de paraplégie spastique est liée
au chromosome 16q24.3.
Son gène a été cloné.
La protéine en
cause, la paraplégine, est une ATPase à localisation mitochondriale
qui présente d’importantes homologies de structure avec les
ATPases AAA de levure qui sont des enzymes protéolytiques
métalloprotéases à fonction chaperonne.
Cette pathologie serait ainsi
due à un défaut d’importation d’une sous-unité de la chaîne
respiratoire, depuis sa synthèse cytosolique jusqu’à son intégration
dans la membrane interne.
Il est intéressant de noter que ce n’est
qu’a posteriori qu’une biopsie musculaire a été réalisée chez les
patients porteurs de cette mutation, avec mise en évidence de fibres RRF et COX négatives, démontrant ainsi l’appartenance au groupe
des maladies mitochondriales de cette affection.
2- Ataxie de Friedreich :
La maladie de Friedreich est une entité classique cliniquement
définie comme une dégénérescence spinocérébelleuse d’hérédité
autosomique récessive, débutant dans l’adolescence et souvent
associée à une cardiomyopathie hypertrophique et un diabète.
Aucune anomalie morphologique de myopathie mitochondriale n’a
été rapportée.
La localisation chromosomique en 9ql3 a permis la
mise en évidence d’une mutation de type expansion trinucléotidique
GAA dans le gène de la frataxine.
Le caractère mitochondrial de
cette affection est maintenant reconnu depuis que l’on sait que la frataxine était une protéine mitochondriale impliquée dans
l’homéostasie du fer et qu’on a démontré chez les patients atteints
une baisse d’activité des complexes I, Il et III et de l’aconitase, c’està-
dire des protéines mitochondriales possédant un noyau fer-soufre.
3- Maladie de Wilson
:
Une dégénérescence des noyaux de la base, associée à une
dégénérescence hépatolenticulaire avec cirrhose par accumulation
anormale de cuivre constituent les manifestations cliniques majeures
de la maladie de Wilson, d’hérédité autosomique récessive et liée au
chromosome 13ql4-q21.
Le transfert anormal du cuivre est dû à une
mutation dans le gène ATP7B qui code pour une ATPase
dépendante du cuivre.
La localisation mitochondriale de cette
protéine et l’existence d’une baisse d’activité du complexe IV de la
chaîne respiratoire qui possède un cytochrome cuivre amènent à
classer cette maladie parmi les affections mitochondriales.
Parmi les autres atteintes d’hérédité mendélienne, se situent des cas
d’encéphalomyopathie, de cardiomyopathie, de myopathie fatale du
nourrisson et même un syndrome de MERRF ou des cas de
myoglobinurie familiale récidivante.
Autres atteintes mitochondriales
:
A - MYOPATHIE À L’AZIDOTHYMIDINE (AZT)
:
Un traitement antirétroviral par la zidovudine ou AZT induit parfois
une myopathie mitochondriale réversible.
L’AZT est en effet un
analogue de la thymidine qui est alors incorporé dans l’ADN en
cours de synthèse et dont il interrompt l’élongation puisqu’il est
incapable de former une liaison avec le nucléotide suivant.
De
surcroît, il inhibe, en plus de l’ADN polymérase virale, l’ADN
polymérase mitochondrial présent dans la matrice.
Ce phénomène
est à l’origine d’une non-réplication de l’ADN mitochondrial.
Le tableau clinique associe, chez des sidéens traités pendant
plusieurs mois, des myalgies importantes, une faiblesse musculaire
proximale, un taux élevé de créatine kinase sérique, un
électromyogramme myogène.
La biopsie musculaire met en
évidence des RRF avec déficit en COX.
Les RRF sont atrophiques,
s’associent à quelques signes inflammatoires, à une perte en
myofibrille et à une surcharge lipidique.
Les signes régressent
après arrêt du traitement.
B - SYNDROMES OU MALADIES COMPORTANT
DES ALTÉRATIONS MITOCHONDRIALES :
Dans des éventualités diverses comportant des anomalies des
mitochondries, une origine mitochondriale est possible mais
incertaine.
Ici sont classés le syndrome d’Alpers, dégénérescence neuronale progressive poliodystrophique de l’enfant, la maladie de
Menkes ou trichopoliodystrophie, la maladie de Canavan ou
dégénérescence spongieuse du névraxe de Van Bogaert et Bertrand.
Des anomalies mitochondriales dont la signification reste à prouver
ont été observées au cours de maladies ou de syndromes très divers :
maladie d’Alzheimer, chorée de Huntington, maladie de Parkinson.
Au cours de la maladie d’Alzheimer, des anomalies du couplage phosphorylation-oxydation sont connues, de même qu’une
réduction de la PDH dans le cortex frontal et occipital.
Une
réduction du complexe I est également présente dans les plaquettes.
Des mitochondries altérées sont présentes dans les terminaisons axonales à un stade précoce.
La chorée de Huntington comporte un déficit en complexe IV dans
le noyau caudé et un déficit en complexe I dans les plaquettes.
Des RRF et des délétions de l’ADN mitochondrial ont été signalées
au cours de la maladie de Steinert.
La maladie de Parkinson est sans doute l’exemple le plus courant
dans la mesure où un déficit en complexe I existerait dans la
substance noire.
Il témoignerait d’un facteur environnemental et
existe également dans les atteintes toxiques expérimentales de la
voie nigrostriée.
Cependant, on le rencontre aussi dans les muscles
et la part du vieillissement, lui-même facteur d’altération
mitochondriale, reste à établir.
Plus hypothétiques, enfin, sont les associations aux cas de lipomatose multiple symétrique, de pseudopolyarthrites
rhizoméliques, de migraines ophtalmiques.
Un cas particulier est celui de la myosite à inclusions au cours de
laquelle des RRF avec déficit partiel en COX sont habituelles,
ainsi que des anomalies de l’ADN mitochondrial.
C - MITOCHONDRIES ET VIEILLISSEMENT
:
L’augmentation exponentielle du nombre des délétions étendues de
l’ADN mitochondrial chez le sujet âgé est bien établie. Les RRF
augmentent avec l’âge chez les témoins.
De plus, des myopathies
mitochondriales à début tardif sont fréquentes, évoquant un
« vieillissement accéléré » et laissant penser que des sujets âgés
peuvent dépasser le seuil de normalité en développant une faiblesse
musculaire liée à un nombre élevé de délétions de l’ADN
mitochondrial.
Un processus analogue pourrait expliquer la
fréquence des délétions de l’ADN mitochondrial et des RRF au cours
de la myosite à inclusions.
La participation des mitochondries aux processus de vieillissement
est certaine.
L’activité de la chaîne respiratoire décline lors de la
sénescence.
Les fibres musculaires colorées par la COX se raréfient.
Des délétions ou des mutations de l’ADN mitochondrial
apparaissent dans le cerveau avec l’âge, selon certains dès l’enfance.
Cette notion a un double intérêt, d’une part celui d’indiquer des
modifications liées à l’âge, d’autre part de tenir compte de ces
altérations dans l’interprétation de telles anomalies au cours de
certaines affections musculaires du sujet âgé.
Il est vraisemblable que l’origine de l’altération mitochondriale
provienne des radicaux libres et des phénomènes de peroxydation
qui léseraient l’ADN mitochondrial ; l’activité des enzymes
antioxydantes comme la superoxyde dismutase ou la catalase
diminuerait avec l’âge.
Ainsi, lors de la sénescence, s’accumulent
des altérations progressives de l’ADN mitochondrial diminuant les
capacités de phosphorylation oxydative.
L’extrême sensibilité de
l’ADN mitochondrial aux anions superoxydes et aux radicaux
oxygènes s’explique par son siège sur la membrane interne de la
mitochondrie qui est la source des radicaux oxygènes.
De plus,
l’ADN mitochondrial est particulièrement fragile en raison de son
faible pouvoir de réparation et de l’absence d’histones.
Possibilités thérapeutiques
:
La thérapeutique des encéphalomyopathies mitochondriales est,
dans l’ensemble, décevante.
Cependant, un effet favorable dans
quelques cas justifie la prescription de médicaments.
A - ACTIONS SUR LA FONCTION DE LA CHAÎNE
RESPIRATOIRE
:
Le succinate (fournisseur d’électrons du complexe II et favorisant in
vitro la respiration en présence d’inhibiteurs du complexe I) a une
action théoriquement sélective (2 à 6 mg/j) dans les déficits sélectifs
ou prédominants en complexe I.
La ménadione (vitamine K3, 20 à 80 mg/j) et l’ascorbate (vitamine
C, 4 à 5 mg/j) ont une action sur le déficit en complexe III (lié
à une mutation du cytochrome b).
Ces deux produits ont pour
effet théorique de franchir le bloc métabolique du complexe III.
La ménadione agit en tant qu’accepteur d’électrons venus du complexe
I, tandis que l’ascorbate est un donneur d’électrons au
complexe IV.
Le coenzyme Q (ubiquinone) est un composant de la chaîne
respiratoire recevant des électrons des complexes I et II et les
donnant au complexe III.
L’administration orale d’ubiquinone
(100 à 150 mg/j) est bénéfique dans des cas de syndrome de Kearns
et Sayre, de déficit en complexe I ou en coenzyme Q.
La riboflavine (100 à 300 mg/j), associée à la nicotinamide, améliore
la faiblesse d’effort du syndrome MELAS.
Certains produits ont un effet sur les peroxydes toxiques et les
radicaux libres, conséquence du bloc sur le transport d’électrons.
La
vitamine E (tocophérol 400 à 1 000 UI/j), l’ascorbate, l’ubiquinone
sont ainsi utilisables.
D’autre part, les glucocorticoïdes inhibent les phospholipases qui président à la peroxydation des lipides.
Le dichloroacétate, activateur de la PDH, réduit l’acidose lactique
mais avec peu d’effet sur l’intolérance à l’exercice.
La thiamine,
cofacteur de la PDH, diminue également l’acidose lactique.
Enfin, comme le déficit de la chaîne respiratoire a des conséquences
sur la bêtaoxydation, il est justifié d’associer des doses modérées de
L-carnitine et de prescrire un régime pauvre en graisses.
La
créatine augmenterait la tolérance à l’exercice en augmentant le
taux de phosphocréatine, donc le métabolisme anaérobie.
B - EXERCICE PHYSIQUE
:
Il est parfois bénéfique dans les déficits mitochondriaux.
Il
augmente la capacité oxydative, en particulier pour la
phosphorylation oxydative, alors que l’inactivité l’aggrave.
C - STRATÉGIE LÉSION-RÉGÉNÉRATION :
Il a été proposé, dans des cas de mutation de l’ADN mitochondrial,
de provoquer une régénération d’ADN mitochondrial normal à
partir des cellules satellites qui régénèrent après lésion musculaire.
En effet, chez des patients avec une grande quantité d’ADN
mitochondrial mutant dans les cellules musculaires mais pas dans
les cellules satellites, la restauration d’une activité normale de COX
se produit après biopsie musculaire ou instillation locale de
bupivacaïne toxique.
De même, un déplacement de gènes (gene
shifting) s’observe après exercices excentriques et concentriques.
Conclusion
:
Cet article, s’il apparaît encore mal délimité et hétérogène, apporte une
perspective originale sur nombre d’atteintes du système nerveux
jusqu’ici mal comprises, qu’il s’agisse d’encéphalopathies néonatales
complexes, de syndromes cérébelleux combinés d’allure dégénérative,
d’ophtalmoplégies chroniques, d’épilepsies-myoclonies associées à une
sémiologie neurologique, d’accidents vasculaires cérébraux du sujet
jeune à caractère familial.
Leur classification n’est pas définitive mais
les données de la génétique moléculaire clarifient et réunissent
beaucoup de faits en apparence différents, que le point de départ soit une
altération propre de l’ADN mitochondrial, un signal défectueux intergénomique ou, plus rarement, un défaut de l’ADN nucléaire.