Introduction
:
Depuis 1996, date d’apparition des inhibiteurs de protéase (IP) dans
l’arsenal thérapeutique du traitement antirétroviral, une nette
diminution de la mortalité et de la morbidité des patients infectés
par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) a été observée.
L’efficacité des associations d’antirétroviraux a été démontrée par
de multiples études.
Régulièrement, de nouvelles molécules sont
testées et mise sur le marché.
Les molécules actuellement
utilisables en pratique quotidienne appartiennent à trois familles
bien distinctes : les analogues nucléosidiques de la transcriptase
inverse (NRTI), les analogues non nucléosidiques de la transcriptase
inverse (NNRTI) et les IP.
Ces médicaments ont pour cible deux
enzymes du cycle viral : la transcriptase inverse (NRTI et NNRTI) et
la protéase (IP).
En dépit d’efficacité prouvée en association, ces molécules sont
impliquées dans l’apparition d’effets secondaires.
Ces
effets indésirables peuvent avoir une traduction biologique et/ou
clinique, peuvent survenir précocement après l’introduction du
traitement ou à plus long terme, peuvent être bénins ou entraîner
un pronostic vital, et peuvent être en rapport soit avec une molécule,
soit avec une famille de molécules.
Les effets indésirables observés avec les NRTI sont le plus souvent
des myopathies, des neuropathies, des pancréatites, des toxicités
médullaires, des atteintes hépatiques et, de description plus récente,
des troubles métaboliques tels l’acidose lactique et la lipodystrophie.
Il est actuellement estimé que la plupart de ces manifestations
appartiennent au cadre des maladies mitochondriales.
Pour les NNRTI, les effets secondaires les plus fréquents sont cutanés et
hépatiques.
Pour les IP, les troubles digestifs et, à plus long terme,
les lipodystrophies sont fréquents.
À ces effets indésirables
attribuables à certaines classes thérapeutiques, certains effets secondaires peuvent n’être imputables, mais de façon non exclusive,
qu’à des molécules en particulier : toxicité médullaire et myopathies
pour la zidovudine, neuropathies périphériques pour la didanosine,
la stavudine et la zalcitabine, réaction d’hypersensibilité avec
l’abacavir, hépatite avec la névirapine, lithiase rénale avec l’indinavir
et pancréatite avec la didanosine.
La majorité de ces effets secondaires apparaissent habituellement
dans les jours, voire les semaines ou les mois suivant l’introduction d’une molécule.
La gestion thérapeutique de ces événements est
habituellement simple et un retour ad integrum est le plus souvent
possible.
En revanche, les effets secondaires tardifs, survenant le plus
souvent après plusieurs années, tels les lipodystrophies, sont de
gestion plus difficile.
L’imputabilité d’une molécule antirétrovirale dans un événement
secondaire est parfois difficile à affirmer chez les patients infectés
par le VIH.
En effet, le traitement que reçoivent ces patients est
souvent lourd et comporte de nombreuses autres molécules
n’appartenant pas à l’arsenal antirétroviral.
De plus, il est possible d’observer certains phénomènes liés aux
interactions médicamenteuses.
De même, les manifestations opportunistes liées au VIH peuvent
gêner l’interprétation d’un effet secondaire d’origine
médicamenteux.
Par exemple, il est indispensable de rechercher une
autre étiologie à une diarrhée avant d’imputer trop rapidement un
médicament à celle-ci.
De même, la recherche d’une étiologie
microbiologique ou lymphomateuse est indispensable devant
l’apparition d’une fièvre ou d’une pancytopénie : ce n’est qu’après
avoir éliminé toutes ces causes qu’une étiologie médicamenteuse
peut être retenue.
Enfin, il est des cas où l’action bénéfique des traitements antirétroviraux peut s’accompagner d’un cortège de signes cliniques
témoignant de la reconstitution du système immunitaire : c’est le
cas des réactions paradoxales observées chez des sujets traités pour
une infection à Mycobacterium tuberculosis ou à cytomégalovirus, par
exemple.
L’une des principales conséquences des effets indésirables modérés,
gênant la vie quotidienne des patients, est un manque de compliance, voire un arrêt du traitement d’une molécule
antirétrovirale : cela peut se traduire par un risque d’échec
thérapeutique lié à l’émergence de souches virales résistantes aux
antirétroviraux, ce qui constitue actuellement l’une des situations
les plus problématiques dans la prise en charge thérapeutique des
patients infectés par le VIH.
Nous allons nous attacher, pour plus de clarté, à ne décrire que les
principaux effets secondaires imputables aux molécules antirétrovirales commercialisées ou en cours de commercialisation
en fonction des organes atteints.
Effets indésirables neurologiques
:
Les effets indésirables neurologiques des traitements antirétroviraux
peuvent s’exprimer sous forme de myosites et de neuropathies
périphériques.
A - MYOPATHIES SECONDAIRES À LA ZIDOVUDINE
:
La zidovudine a été le premier NRTI disponible sur le marché dès
1985.
Dès 1988, de nombreuses publications ont signalé l’apparition
de myopathies secondaires à la prise prolongée de zidovudine.
Cette myopathie survient le plus fréquemment au minimum après
6 mois de traitement.
Elle peut apparaître à n’importe quel stade de
l’évolution de la maladie VIH et a été décrite aussi bien pour des
posologies standards (600 mg/j) que pour des posologies élevées
(1 000 mg/j).
Cliniquement, les symptômes apparaissent
progressivement : on note fréquemment un amaigrissement, une
diminution progressive et symétrique de la force musculaire
initialement localisée au niveau des ceintures pelviennes et
scapulaires, avec des myalgies.
Ces dernières, pouvant être très
invalidantes, sont parfois absentes.
L’amyotrophie progressive est
également un signe fréquemment retrouvé.
L’électromyogramme
objective le plus souvent une atteinte de type myopathique au
niveau des muscles proximaux.
Biologiquement, il existe de façon
quasi constante une élévation des créatines phosphokinase (CPK).
La biopsie musculaire retrouve habituellement une dissolution des
myofibrilles avec aspect de microvésiculation et de nécrose associée
à un infiltrat macrophagique.
Le mécanisme de cette myopathie est
vraisemblablement une cytopathie mitochondriale, comme
l’attestent les nombreuses anomalies mitochondriales musculaires.
Toute myopathie survenant au cours d’un traitement associant de la
zidovudine doit bien entendu faire arrêter ce traitement.
Une
réintroduction prudente de la zidovudine peut néanmoins être
réalisée, comme le conseillent certains auteurs.
Néanmoins, l’arsenal
thérapeutique actuel peut permettre l’utilisation d’autres molécules.
Certains préconisent une courte corticothérapie en cas de myalgies
invalidantes.
Une rééducation motrice progressive est souvent
nécessaire.
La récupération motrice peut être très lente.
B - NEUROPATHIES PÉRIPHÉRIQUES :
Les neuropathies périphériques représentent des complications très
fréquemment observées chez les patients infectés par le VIH, et ce à
n’importe quel stade de la maladie.
Avant l’ère des traitements antirétroviraux, les principales étiologies de ces manifestations
étaient d’origine virale : le VIH lui-même et le cytomégalovirus.
Actuellement, les neuropathies périphériques ont essentiellement
pour étiologie une origine médicamenteuse.
Il s’agit de neuropathies
périphériques sensitivomotrices à dominante sensitive.
La stavudine
essentiellement, pour laquelle les neuropathies périphériques
représentent le principal effet secondaire, et la didanosine, ainsi que
la zalcitabine plus accessoirement, sont pourvoyeuses de ce type de
troubles neurologiques.
Il s’agit le plus souvent de neuropathies axonales distales débutant aux membres inférieurs.
La
symptomatologie débute habituellement plusieurs semaines
(environ 4 mois) après l’introduction de ces molécules, par une
sensation de brûlure de la plante des pieds.
Ces douleurs, d’intensité
variable, parfois insomniantes, peuvent être très intenses et
nécessiter la prescription d’antalgiques majeurs tels les
morphiniques.
La symptomatologie est le plus souvent bilatérale et
symétrique.
Il existe une hypoesthésie à la piqûre et une
hyperesthésie à la douleur, à la température et à la pression.
L’absence de réflexe achiléeen est habituelle.
En revanche, une
diminution de la perception de la vibration du diapason est
inconstante.
Il est actuellement parfaitement établi que l’apparition de
neuropathies périphériques à la stavudine et à la didanosine est
corrélée à la posologie et à la durée de prescription de ces molécules.
Près de 10 % des patients recevant la stavudine et 2 % recevant la
didanosine doivent stopper ces traitements en raison de l’apparition
de neuropathies périphériques.
La neuropathie régresse
habituellement en moyenne dans les 10 semaines suivant l’arrêt de
ces molécules.
Il est important de stopper ces molécules dès l’apparition des
prémices de la neuropathie.
En effet, une disparition des troubles
neurologiques est habituellement observée de façon complète à
l’arrêt de ces médicaments.
Récemment, la potentialisation de la
didanosine et de la stavudine par l’hydroxyurée a été rapportée.
L’hydroxyurée inhibe la synthèse du d-ATP en favorisant la
triphosphorylation intracellulaire de ces molécules et donc leur
puissance antirétrovirale.
Lorsque l’hydroxyurée est associée à la
stavudine et à la didanosine, ou lorsque l’association stavudinedidanosine
est utilisée seule dans une combinaison thérapeutique,
le risque d’apparition de neuropathie périphérique est plus élevé
que lorsque ces molécules sont prescrites seules.
Effets indésirables cutanés
:
Les manifestations cutanées liées à une intolérance médicamenteuse
sont fréquentes chez les patients infectés par le VIH : le risque de
réaction dermatologique grave d’origine médicamenteuse chez ces
patients est estimé à 1 000 fois plus que dans la population
générale. Toutes les molécules antirétrovirales utilisées en
pratique courante ont été incriminées dans la survenue d’un effet
indésirable cutané.
Néanmoins, il existe différentes
formes cliniques de toxidermies aux antirétroviraux.
La sévérité du
tableau clinique observé au cours d’une toxidermie peut varier en
fonction des molécules ou des classes thérapeutiques utilisées.
A - EXANTHÈMES MACULOPAPULEUX :
Les exanthèmes maculopapuleux représentent la forme la plus
commune des toxidermies liées aux antirétroviraux chez les sujets
infectés par le VIH.
Ils sont fréquemment observés avec les NNRTI (10 à 20 %) et à un degré moindre avec les NRTI tels
l’abacavir essentiellement (1 à 4 %), mais également la zidovudine,
la didanosine et la zalcitabine.
Certains IP ont été incriminés dans ce
type de manifestations : ritonavir, indinavir et nelfinavir.
Le délai d’apparition d’un exanthème maculopapuleux est de l’ordre
de 10 jours (7 à 21 jours).
Ce délai est raccourci à 48 heures en cas de
réintroduction d’un médicament chez un patient déjà sensibilisé à
cette molécule.
Cliniquement, il existe habituellement à des degrés divers, un
exanthème constitué de macules et de papules érythémateuses,
parfois purpuriques, parfois regroupées en larges plaques, à limites
imprécises, débutant sur le tronc et au niveau des racines des
membres, puis s’étendant de façon centrifuge sur le reste du corps.
Le visage n’est habituellement pas épargné et peut être la première
localisation.
Des variantes sémiologiques sont parfois observées, à
type de lésions urticariformes ou circinées en « pseudococardes ».
L’atteinte des muqueuses est généralement absente, pouvant parfois
prendre l’aspect d’un simple énanthème endobuccal.
Fièvre et prurit
peuvent être présents, mais non obligatoirement, à des degrés
divers.
La présence d’une fièvre élevée, d’une asthénie intense et
d’adénopathies doit faire craindre une forme sévère d’exanthème maculopapuleux. Habituellement, il n’existe aucune anomalie
biologique.
L’évolution de ce type de toxidermie est spontanément favorable en
1 semaine, avec parfois une fine desquamation résiduelle sans
séquelle pigmentaire.
La grande majorité des exanthèmes maculopapuleux sont bénins et
n’imposent pas l’arrêt de la molécule antirétrovirale suspecte.
Ce
n’est qu’en cas de forme plus grave faisant craindre une évolution
vers une forme sévère qu’il est indispensable de stopper le
médicament.
C’est le cas particulier de l’abacavir, pour lequel un
arrêt définitif doit être entrepris dès qu’un exanthème
maculopapuleux apparaît.
Une évolution vers un syndrome
d’hypersensibilité pouvant mettre en jeu le pronostic vital est à
craindre systématiquement.
En aucun cas cette molécule ne doit être
réintroduite.
B - SYNDROMES DE STEVENS-JOHNSON ET DE LYELL
:
Les syndromes de Stevens-Johnson et de Lyell appartiennent au
même spectre clinique, se distinguant l’un de l’autre par l’étendue
de la surface cutanée décollée (inférieure à 10 % pour le syndrome
de Stevens-Johnson et supérieure à 30 % pour le syndrome de
Lyell).
Ces deux syndromes sont caractérisés par une atteinte
muqueuse importante et par des décollements cutanés. Le pronostic
vital du patient peut être engagé.
Ils ont particulièrement été observés avec les NNRTI et notamment
avec la névirapine.
Le risque est estimé à 0,3 % chez les patients
recevant cette molécule.
Cliniquement, ces deux syndromes sont marqués par l’apparition
d’un exanthème diffus localisé au tronc et à la racine des membres,
qui s’étend en quelques heures à quelques jours.
Cet exanthème est
caractéristique par l’intensité de la douleur qui l’accompagne, la
présence initiale de macules purpuriques, la vitesse d’extension et
la présence d’une épidermolyse donnant un aspect fripé à la peau
ou de bulles flasques ou de décollements épidermiques aux points
de pression (signe de Nikolsky).
L’atteinte muqueuse, souvent précoce, associe une stomatite érosive,
voire ulcéreuse, et une chéilite empêchant souvent toute
alimentation.
Ces lésions peuvent descendre vers le pharynx, les
poumons et l’oesophage.
Les muqueuses anales et génitales peuvent
être également atteintes. Une atteinte conjonctivale est fréquente,
avec un grand risque de kératites et de synéchies séquellaires.
La présence d’un tel syndrome nécessite une hospitalisation
d’urgence en service de réanimation : la prise en charge est identique
à celle des grands brûlés.
L’arrêt du médicament responsable d’un
tel syndrome est définitif.
Le pronostic vital est engagé dans 5 % en
cas de syndrome de Stevens-Johnson et dans 30 % en cas de
syndrome de Lyell.
La cicatrisation s’effectue en 3 à 4 semaines, avec parfois des
séquelles pigmentaires.
La cicatrisation au niveau des muqueuses
est souvent plus lente.
Le pronostic fonctionnel reste associé aux
synéchies oculaires et génitales.
C - SYNDROME D’HYPERSENSIBILITÉ :
Le syndrome d’hypersensibilité, également appelé drug rash with
eosinophilia and systemic symptoms (DRESS), est un syndrome qui
peut engager le pronostic vital et qui associe habituellement un
exanthème, de la fièvre, une atteinte multiviscérale (polyadénopathies,
hépatite, néphrite interstitielle, pneumopathie
interstitielle, myocardite, voire thyroïdite) et des anomalies
hématologiques, principalement une hyperéosinophilie et un
syndrome mononucléosique avec des lymphocytes atypiques.
Plusieurs cas ont été décrits avec les NNRTI (névirapine et
éfavirenz), mais également avec l’abacavir et la zalcitabine.
Aucun cas n’a été rapporté avec les IP.
La réintroduction d’un médicament suspect d’être à l’origine d’un
syndrome d’hypersensibilité peut engager le pronostic vital du patient.
L’évolution est habituellement spontanément favorable
après l’arrêt du médicament.
Une courte corticothérapie peut être
nécessaire en cas d’hépatite marquée.
D - AUTRES TOXIDERMIES :
De très rares cas d’urticaires ont été rapportés au cours des
traitements antirétroviraux.
Il s’agit habituellement d’une
manifestation d’hypersensibilité immédiate pouvant aller jusqu’au
choc anaphylactique.
E - AUTRES MANIFESTATIONS CUTANÉES ET MUQUEUSES :
La xérose cutanée est fréquemment observée chez les patients
recevant un ou plusieurs IP.
Une chute des cheveux et une atteinte
unguéale sont possibles sous zidovudine (sous forme de stries
mélaniques) et lamivudine, une alopécie sous didanosine et
indinavir, et une vascularite cutanée sous zidovudine ou didanosine.
Des cas de mélanodermie ont été observés chez des patients traités
par zidovudine.
Des ulcérations buccales ont été décrites chez des patients traités
par zidovudine, zalcitabine, névirapine et saquinavir.
Des
ulcérations oesophagiennes peuvent survenir sous zalcitabine.
Enfin, l’apparition d’ongles incarnés a été décrite avec les IP, et
particulièrement avec l’indinavir.
Ces manifestations peuvent
s’associer à des infections qu’il est parfois difficile de gérer chez des
patients fragilisés.
Effets indésirables digestifs
:
Il est parfaitement admis que la majorité des molécules antirétrovirales peuvent s’accompagner de nausées, voire de
vomissements et de diarrhée, cette dernière étant la plus
contraignante pour les patients.
Cependant, les principaux
pourvoyeurs de ce types de troubles sont les IP, et probablement
l’abacavir et la didanosine pour les NRTI.
Les nausées et
les épigastralgies sont principalement imputables à la zidovudine.
La diarrhée est une manifestation fréquemment observée chez les
patients infectés par le VIH, même en l’absence de tout traitement
antirétroviral.
Celle-ci peut avoir un retentissement important sur la
qualité de vie des patients et peut s’accompagner de malnutrition et
de perte de poids.
Lorsque la diarrhée est imputable au traitement antirétroviral, elle peut avoir un impact important sur les
échappements thérapeutiques, que ceux-ci soient associés à une
mauvaise absorption ou à une mauvaise compliance.
Il est important
d’enseigner aux patients que cette diarrhée est souvent transitoire à
l’initiation d’un traitement.
Cependant, elle peut persister plus longtemps sous ritonavir à fortes
doses ou sous nelfinavir.
Avec cette dernière molécule, une
atténuation progressive et spontanée de la diarrhée est
habituellement observée après quelques semaines de traitement.
Il est parfois utile d’avoir recours à des traitements ralentisseurs du
transit.
Enfin, dans de rares cas, l’arrêt des molécules incriminées
dans cette diarrhée est nécessaire, à la fois dans un but « curatif »
mais également dans un but « préventif » afin de limiter le risque
d’échappement virologique (concentrations plasmatiques faibles des
molécules favorisant cet échappement, et ce quel qu’en soit le
mécanisme).
Effets indésirables hépatiques
:
L’imputabilité des molécules antirétrovirales dans l’apparition
d’hépatites aiguës cytolytiques ou cholestatiques est parfois difficile
à démontrer.
En effet, ces molécules sont fréquemment associées à
d’autres médicaments hépatotoxiques ou d’autres molécules
pouvant interagir avec elles.
Il en résulte alors des modifications
pharmacocinétiques importantes, avec augmentation des
concentrations plasmatiques des traitements antirétroviraux ou de
leurs produits de dégradation qui peuvent également avoir une
toxicité directe sur le foie.
De plus, une co-infection par un virus des
hépatites B et/ou C est courante et constitue certainement un facteur
important favorisant l’apparition d’hépatites médicamenteuses aux antirétroviraux.
D’une façon très schématique, toutes les molécules antirétrovirales
sont susceptibles d’induire une hépatotoxicité.
La toxicité de ces molécules peut être directe sur le foie. Mais elle
peut également appartenir à des syndromes plus complexes pouvant
entrer dans le cadre de phénomènes allergiques ou de cytopathies
mitochondriales.
Une toxicité directe sur le foie a été décrite avec la zidovudine, la
didanosine, la zalcitabine, les NNRTI et les IP.
Ces
hépatites semblent plus fréquentes chez les patients co-infectés par
les virus des hépatites B et/ou C.
Bien que l’imputabilité d’un
médicament dans l’hépatite ne soit pas toujours évidente (possibilité
d’hépatite plusieurs mois après l’introduction de la molécule), il est
nécessaire de le stopper.
Un retour à la normal de la cytolyse est de
règle.
Comme nous l’avons décrit au cours des syndromes
d’hypersensibilité, une atteinte hépatique de nature allergique est
possible : les NNRTI, particulièrement la névirapine et l’abacavir,
peuvent être impliqués dans ces mécanismes.
Enfin, comme nous le verrons dans le paragraphe consacré aux cytopathies mitochondriales, de réels cas d’acidose lactique associée
à une stéatose hépatique ont été rapportés chez des patients traités
par NRTI.
Il paraît donc indispensable de surveiller régulièrement le bilan
hépatique, particulièrement les transaminases, des patients infectés
par le VIH recevant une thérapeutique antirétrovirale.
Une attention
particulière doit être effectuée chez les patients co-infectés par les
virus des hépatites B et /ou C.
Effets indésirables pancréatiques
:
Les pancréatites médicamenteuses sont essentiellement observées
avec la didanosine (2 à 7 %), et plus rarement avec la stavudine (1 à
3 %) et la zalcitabine (< 1 %).
Ces molécules, principalement
la didanosine, peuvent s’accompagner d’une élévation de la lipase
(20 %), même en l’absence de symptomatologie clinique.
Dans ce
cas, il est nécessaire de réaliser une surveillance rapprochée des
enzymes pancréatiques.
Les pancréatites à la didanosine peuvent malheureusement être
fatales, et ce en dépit d’une surveillance accrue.
Des cas de
pancréatites mortelles ont également été rapportés chez des patients
qui recevaient une association de molécules contenant de la
didanosine et de l’hydroxyurée, cette dernière étant utilisée pour
son effet booster sur la didanosine (et donc sur une augmentation
des concentrations intracellulaires de la didanosine).
Les
pancréatites surviennent le plus souvent après une certaine dose
cumulative de didanosine.
La survenue d’une pancréatite serait
plus fréquente chez les sujets ayant déjà eu dans leurs antécédents
une pancréatite d’autre origine.
Il convient donc d’introduire
prudemment la didanosine chez les patients alcooliques, ayant une hypertriglycéridémie, ou ayant eu une pancréatite médicamenteuse.
L’association d’une pancréatite aiguë à une acidose lactique a
également été décrite.
Des hyperglycémies et des intolérances au
glucose ont été rapportées avec cette molécule et peuvent précéder
l’apparition d’une pancréatite aiguë.
L’arrêt définitif de la didanosine doit être impératif : des études ont
rapporté des cas de récidives de pancréatites sévères après
réintroduction de cette molécule.
Effets indésirables rénaux
:
La colique néphrétique à l’indinavir représente la principale
manifestation indésirable grave liée à l’utilisation de cette molécule
antirétrovirale.
Les coliques néphrétiques peuvent apparaître dans
les jours suivant l’introduction de l’indinavir.
Elles ont été observées suivant les séries chez 3 % à 12 % des patients recevant un tel
traitement.
En effet, environ 20 % du produit est éliminé dans
les urines sous forme inchangée ou de ses métabolites, l’indinavir
étant insoluble dans l’eau.
L’indinavir excrété au niveau des reins,
sous forme de cristaux caractéristiques, est retrouvé au niveau des
urines jusque chez 70 % des patients, même en l’absence de
symptomatologie clinique.
La symptomatologie clinique des coliques néphrétiques liée à la
prise d’indinavir est celle retrouvée habituellement dans les autres
étiologies : dysurie, pollakiurie et douleurs lombaires.
La présence
de cristaux d’indinavir peut s’accompagner d’une élévation de la
créatinine, d’hématurie et d’une leucocyturie aseptique.
Les
cristaux d’indinavir sont radiotransparents. L’un des facteurs
favorisant l’apparition de coliques néphrétiques est un pH urinaire
supérieur à 6.
De même, il existe une corrélation entre des
concentrations plasmatiques élevées d’indinavir (métabolisme
hépatique) et un risque de colique néphrétique : ceci est par exemple
observé chez les patients ayant une insuffisance hépatique.
En
effet, il a été démontré que les patients co-infectés par les virus des
hépatites B et/ou C qui recevaient une association de molécules antirétrovirales comprenant de l’indinavir, présentaient plus
fréquemment des coliques néphrétiques à l’indinavir.
Afin d’éviter l’apparition de ces troubles urinaires, des règles hygiénodiététiques strictes doivent être suivies : en effet, il est
recommandé de prendre l’indinavir à jeun 1 heure avant ou 2 heures
après un repas, voire au cours d’un repas léger pauvre en graisses,
et surtout de boire au moins 1,5 L d’eau par jour.
Il est conseillé de
boire 30 à 50 mL d’eau dans les 2 heures suivant la prise de ce
médicament afin de diminuer le risque d’apparition de lithiases des
voies urinaires.
L’utilisation de l’indinavir en deux prises
quotidiennes, en association avec le ritonavir, ne semble pas a priori
réduire le risque de lithiases.
Le traitement des coliques néphrétiques à l’indinavir nécessite le
plus souvent une hospitalisation, des antalgiques, une bonne
hydratation si possible, permettant une acidification des urines.
L’utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens n’a pas fait sa
preuve.
Il est parfois nécessaire d’avoir recours à l’utilisation de stents mis sous urétroscopie, de lithotripsie extracorporelle ou à la
mise en place de sondes double-J de façon temporaire.
De rares cas de néphrites interstitielles ont également été observés
avec l’indinavir.
Effets indésirables osseux
:
Des ostéoporoses, des otéopénies, ainsi que des nécroses aseptiques
ont été observées chez des patients infectés par le VIH traités par
une association contenant une ou plusieurs IP.
Cependant, même
si ces atteintes ne semblent pas rares, il existe fréquemment d’autres
facteurs de risque associés : alcoolisme, corticothérapie au long
cours, ou le VIH lui-même.
Mais l’imputabilité des IP sur ces
manifestations est largement démontrée.
L’arrêt des IP est nécessaire
et un traitement symptomatique doit être entrepris.
Troubles psychiatriques
:
Les troubles psychiatriques observés chez les patients infectés par le VIH sont nombreux, et sont le plus souvent réactionnels à la relation
qui existe entre les patients et le vécu de leur maladie.
Les
troubles psychiatriques secondaires aux molécules antirétrovirales
sont bien plus rares.
Il convient bien entendu d’analyser avec
prudence ces troubles afin de ne pas imputer trop rapidement une
origine médicamenteuse.
Les IP sont souvent associés à une asthénie sans qu’aucun
mécanisme ne puisse être mis en évidence.
Au cours d’asthénie
invalidante avec dépression réactionnelle, il est parfois nécessaire
de stopper ces IP et de les remplacer par des molécules appartenant
à une autre classe thérapeutique.
De façon tout à fait exceptionnelle,
il a été rapporté une survenue d’état maniaque sous zidovudine et
didanosine, d’insomnie sous zidovudine, didanosine et lamivudine,
et de confusion sous zalcitabine.
Actuellement, le plus grand
pourvoyeur d’effets psychiatriques indésirables est l’éfavirenz.
Cet NNRTI est souvent associé à l’apparition de sensations
vertigineuses, de somnolence, d’insomnie, de troubles de la
concentration et de perturbations des rêves : en effet, au début du
traitement, les patients décrivent fréquemment des cauchemars
auxquels ils participent activement, s’accompagnant d’une angoisse
intense.
Ces troubles disparaissent habituellement 2 à 4 semaines
après l’instauration de l’éfavirenz.
Un délire ou des troubles du
comportement à type d’agressivité ont été rapportés chez des
patients qui présentaient des antécédents de troubles psychiatriques.
Effets indésirables hématologiques
:
Comme pour toute manifestation clinique et/ou biologique observée
au cours de l’infection par le VIH, il convient, particulièrement pour
les troubles hématologiques, de faire la part entre l’effet délétère du
virus lui-même ou des manifestations opportunistes qui en résultent,
et les effets secondaires inhérents aux traitements antirétroviraux.
Les manifestations hématologiques du VIH sont fréquentes et
peuvent s’accompagner de troubles cliniques pouvant interférer
dans la vie des patients.
Il s’agit le plus fréquemment de cytopénie :
anémie et neutropénie sont liées à une production médullaire
insuffisante due à une sécrétion de cytokines et à une altération
directe de la moelle par le VIH.
La thrombopénie est souvent
multifactorielle : splénomégalie, destruction immunologique et
production insuffisante des plaquettes.
Il est également utile de rechercher, en cas de bi- ou pancytopénie,
une pathologie opportuniste témoignant d’une infiltration
médullaire telle un lymphome ou une infection à mycobactéries
atypiques ou une leishmaniose.
Concernant les mono-, bi- ou tricytopénies secondaires aux
traitements antirétroviraux, il est utile de garder en mémoire que la
quasi-totalité des molécules actuellement utilisables sont capables
d’induire de telles anomalies.
Cependant, la majorité des anomalies
hématologiques observées avec des molécules antirétrovirales l’ont
été lorsque ces molécules étaient utilisées en association ;
l’imputabilité des nouvelles molécules dans l’apparition de
désordres hématologiques, et ce quelle que soit la lignée cellulaire
atteinte, est donc à considérer comme possible, sans que la preuve
formelle puisse être établie.
Le plus souvent, des cas anecdotiques
sont rapportés pour ces molécules.
Néanmoins, deux molécules sont à prendre en considération lorsque
des anomalies hématologiques sont observées : la zidovudine qui
est associée à l’apparition d’anémie et de leucopénie, et l’indinavir
qui a été impliqué dans la survenue d’anémie hémolytique
auto-immune.
Dès 1987, il a été rapporté que la zidovudine avait une toxicité
médullaire et favorisait l’apparition essentiellement d’anémie et de
leucopénie.
Cette toxicité est dose-dépendante et tempsdépendant.
Le mécanisme de ces cytopénies est lié à une toxicité
directe de la zidovudine sur les précurseurs des lignées myéloïdes
et érythroblastiques au niveau de la moelle.
L’anémie est en règle
macrocytaire et non régénérative. Elle varie de 2 % chez les patients
asymptomatiques à 25 % chez les patients qui sont à un stade avancé
de la maladie.
Elle représente un bon marqueur de prise du
traitement qui ne doit pas être pour autant stoppé.
L’anémie est habituellement régressive après arrêt ou diminution de
la posologie (ce qui n’est plus conseillé actuellement en raison du
risque d’apparition de mutations de résistance) de la zidovudine.
Une surveillance régulière de la numération sanguine devrait
permettre de ne pas avoir à transfuser les patients recevant de la
zidovudine.
Il est également conseillé de ne pas utiliser cette
molécule en association à d’autres molécules anémiantes, comme
par exemple les molécules utilisées au cours de chimiothérapies.
De même, en cas de neutropénie, notamment lorsque les
polynucléaires sont inférieurs à 750/mm3, il est conseillé
actuellement de stopper la zidovudine et de la remplacer par une
autre molécule.
En ce qui concerne l’indinavir, plusieurs cas d’anémie hémolytique
auto-immune ont été rapportés.
Certaines de ces anémies sont
apparues rapidement et ont été fatales pour les patients.
Au cours
de ce type d’anémie, il convient bien entendu de stopper
immédiatement l’indinavir et d’avoir recours à un traitement
symptomatique.
Enfin, comme nous l’avons déjà abordé au cours des syndromes
d’hypersensibilité, il est possible d’observer une hyperéosinophilie
et/ou un syndrome mononucléosique avec les NNRTI, la zalcitabine
et l’abacavir.
Lipodystrophie
:
L’utilisation au long cours des IP dans le traitement de l’infection
par le VIH s’est associée à l’apparition d’un nouveau syndrome : le
syndrome lipodystrophique.
Il est également à noter que des cas
de lipodystrophie ont été observés chez des patients traités par NRTI
sans IP.
Une définition précise de ce syndrome reste néanmoins à
réaliser.
Ce syndrome est caractérisé par une néorépartition des graisses et
par des troubles du métabolisme glucidique et lipidique.
Les
conséquences directes de ces troubles peuvent aboutir à l’apparition
de complications vasculaires tels les infarctus du myocarde. Les
différentes anomalies cliniques et/ou biologiques du syndrome lipodystrophique peuvent apparaître 3 à 6 mois après l’introduction
d’un IP.
La médiane de temps de survenue de ces différents troubles
est de 10 mois.
A - SIGNES CLINIQUES :
Cliniquement, la lipodystrophie est caractérisée par un faisceau de
signes pouvant varier en intensité d’un sujet à l’autre.
La
métamorphose que ce syndrome engendre peut avoir de graves
répercussions sur la vie des patients : changement de taille des
vêtements, modifications de l’hygiène alimentaire, syndrome
dépressif lié à cette transformation morphologique.
Cliniquement, il est habituel d’observer :
– une lipoatrophie périphérique définie par la diminution partielle
ou généralisée de la graisse sous-cutanée prédominant au niveau
du visage, des bras et des membres inférieurs.
Au niveau de la face,
cette modification morphologique aboutit à la fonte des boules de
Bichat et à un aspect creusé des globes oculaires, l’ensemble de cette
symptomatologie donnant une apparence de cachexie.
La fonte de
la graisse au niveau des membres s’associe à la visualisation
anormale des veines (veinomégalie) ;
– une accumulation des graisses donnant un aspect d’obésité
centrale ou de lipomatose symétrique bénigne.
On note une
accumulation des graisses au niveau abdominal, liée essentiellement
à une accumulation de la graisse viscérale et rétropéritonéale plutôt
qu’à une accumulation au niveau sous-cutané.
Il existe également
fréquemment une hypertrophie de la région cervicale, avec
apparition d’une « bosse de bison » identique à celle observée dans
le syndrome de Cushing.
Mais dans ce cas, il n’existe aucune
anomalie du métabolisme corticoïde.
Chez les femmes, on note une hypertrophie mammaire parfois
douloureuse et chez les hommes une gynécomastie (sans anomalie
endocrinienne).
Enfin, il est habituel de retrouver à l’examen clinique des lipomes
de taille et de topographie variables ;
– une sécheresse cutanée qui est fréquemment observée chez les
patients traités par IP.
Il est à noter que la survenue dans ce contexte
d’ongles incarnés est fréquente chez les patients traités par indinavir.
La symptomatologie clinique observée au cours des syndromes de lipodystrophie a été décrite aussi bien chez des patients traités par
IP que chez des patients traités par NRTI.
La lipoatrophie serait plus
fréquemment observée chez des sujets recevant des NRTI et
particulièrement la stavudine.
En revanche, le tableau d’adiposité
centrale serait plus en rapport avec la prise d’un traitement
contenant une ou plusieurs IP et particulièrement le ritonavir et
l’indinavir.
D’autres facteurs de risque ont également été dégagés d’études
multicentriques : les hommes développeraient plus une lipoatrophie
et les femmes une adiposité centrale.
L’âge, le stade de la maladie,
l’avancée dans la maladie et la durée du traitement antirétroviral
seraient également des facteurs de risque de lipodystrophie.
B - ASPECT BIOLOGIQUE :
Des anomalies du métabolisme lipidique et glucidique sont
fréquemment observées au cours de la lipodystrophie.
L’hyperglycémie est fréquente.
Celle-ci peut nécessiter la
prescription d’insuline.
Les anomalies du métabolisme lipidique peuvent survenir très
précocement : ils peuvent être la première manifestation de ce
syndrome.
Il est habituel d’observer une élévation du low density
lipoproteins (LDL) et du very low density lipoproteins (VLDL)
cholestérol, une diminution du high density lipoprotein (HDL)
cholestérol, une augmentation du ratio cholestérol total/HDL
cholestérol, et une élévation des triglycérides.
Une élévation du
cholestérol et des triglycérides est observée chez près de 75 % des
patients traités par IP.
Il est à noter curieusement que les hypertriglycéridémies très importantes (> 20 g/L) ne
s’accompagnent que rarement de pancréatites.
Il convient particulièrement de surveiller très régulièrement la
glycémie et le bilan lipidique des patients traités par IP. Un dosage
du peptide C peut être nécessaire.
Ces différentes anomalies biologiques ont pour conséquence
d’augmenter le risque théorique de complications vasculaires en
favorisant la genèse de plaques d’athérome.
Bien qu’aucune étude
n’ait encore objectivé une augmentation du risque d’infarctus du
myocarde ou d’accident vasculaire cérébral ischémique, il paraît clair
qu’en pratique quotidienne, ce type d’accident est de plus en plus
fréquemment observé chez des sujets jeunes.
Cependant, il existe
souvent d’autres facteurs de risque athérogène, et l’imputabilité des
IP par le biais des anomalies biologiques qu’ils favorisent reste à
démontrer.
Néanmoins, il est utile de garder en mémoire que les
plaques d’athérome se constituent en plusieurs années : une
élévation des accidents cardiovasculaires sera peut-être observée
dans les années à venir.
Ce risque existant, il paraît important de ne pas récuser d’emblée le
diagnostic d’infarctus du myocarde chez un patient jeune infecté par
le VIH qui se présente pour une douleur thoracique.
Il paraît conseillé de réaliser une à deux fois par an un électrocardiogramme
(ECG), voire des tests plus poussés en cas de douleur
angineuse (ECG d’effort, coronarographie).
C - PHYSIOPATHOLOGIE :
La physiopathologie du syndrome lipodystrophique est mal connue.
La contribution de différents facteurs tels le VIH lui-même, la
réponse immunitaire, les molécules antirétrovirales ou le terrain
génétique a été évoquée dans la physiopathologie de la
lipodystrophie, sans qu’aucune preuve n’ait été apportée.
Il
semblerait que les IP interagissent avec deux protéines impliquées
dans le métabolisme des lipides.
Ces deux protéines ont une
homologie avec le site catalytique de la protéase du VIH.
Enfin, l’intrication de ce syndrome avec les cytopathies
mitochondriales n’est pas clair.
En effet, certains patients ont
présenté une acidose lactique avec décompensation hépatique et des
troubles appartenant au syndrome de lipodystrophie sans avoir reçu
d’IP.
Les NRTI seraient donc impliqués dans les phénomènes de
lipodystrophie par le biais de leur toxicité mitochondriale.
D - TRAITEMENT :
Le traitement de la lipodystrophie et de ses conséquences revêt
différents aspects.
Dans un premier temps, il est utile de préconiser
un régime alimentaire pauvre en lipides et en glucides.
La pratique
régulière d’une activité sportive est également bénéfique pour les
patients.
Certains patients ont recours à la chirurgie esthétique avec
des résultats inconstants et souvent transitoires.
L’utilisation d’antidiabétiques oraux, voire d’insuline, est parfois
nécessaire dans le traitement des hyperglycémies non corrigées par le régime.
De même, un hypolipémiant peut être utile dans le
traitement des hypertriglycéridémies et des hypercholestérolémies.
Il est envisageable de modifier le traitement supposé être impliqué
dans la lipodystrophie.
Ceci a particulièrement été démontré avec
les IP.
Une amélioration des anomalies métaboliques est observée
dans la plupart des études qui évaluent actuellement l’intérêt que
pourrait avoir le remplacement d’un IP par un NNRTI ou un NRTI
autre que la stavudine chez les patients ayant une lipodystrophie
par ailleurs bien contrôlés d’un point de vue virologique.
Cependant, peu d’informations sont apportées par ces études quant
aux modifications morphologiques observées chez les patients ayant
une lipodystrophie, et ce malgré des suivis pouvant aller jusqu’à
1 an.
L’hormone de croissance a été utilisée avec succès dans le traitement
de l’accumulation des graisses.
Cependant cet effet est souvent
transitoire, il n’est pas dénué d’effets indésirables et il est cher.
L’utilisation de testostérone est sans effet.
La lipodystrophie est un phénomène observé de plus en plus
fréquemment, principalement chez les sujets traités au long cours
par IP.
Le mécanisme physiopathologique reste à élucider. Une
intrication avec les phénomènes observés dans la cytopathie
mitochondriale est possible mais reste à prouver.
Le meilleur traitement que l’on ait actuellement consiste à stopper
la ou les molécules incriminées et à les remplacer par des molécules
non impliquées dans ce type de phénomène, comme les NNRTI.
Cytopathies mitochondriales
:
Il est actuellement parfaitement admis que les associations de NRTI
utilisés seuls ou couplés avec les IP ont radicalement modifié la prise
en charge thérapeutique des patients infectés par le VIH.
Mais
comme nous l’avons décrit, ces molécules s’accompagnent
fréquemment d’effets secondaires pouvant dans certains cas engager
le pronostic vital des patients.
Depuis peu, il s’est avéré que la
majorité des effets indésirables observés avec les NRTI était en
relation avec une atteinte de la fonction des mitochondries.
Les NRTI inhibent la réplication virale en bloquant l’élongation de
l’acide désoxyribonucléique (ADN) viral par la transcriptase inverse
par compétition avec les nucléosides naturels ou en favorisant la
terminaison prématurée de la synthèse de l’ADN viral. Pour être
actifs, les NRTI doivent impérativement être triphosphorylés par des
enzymes intracellulaires.
Théoriquement, les NRTI devraient également être des substrats
d’enzymes cellulaires impliquées dans la synthèse d’ADN
(polymérases a, b, d, e nucléaires et polymérase c
mitochondriale).
Parmi ces cinq polymérases, seules les polymérases b et c auraient
une affinité pour l’ensemble des NRTI ; la seule exception de cette
règle est la lamivudine et la polymérase c (faible affinité).
La
polymérase c a pour fonction de réparer l’ADN nucléaire ; aucun
symptôme impliquant l’interaction des NRTI avec cette polymérase
n’a été rapporté à ce jour.
En revanche, la polymérase c est
responsable de la réplication de l’ADN mitochondrial : toute
inhibition de cette enzyme par les NRTI s’accompagne par
conséquent d’une diminution de la synthèse des protéines
mitochondriales et particulièrement des protéines jouant un rôle
dans les mécanismes de phosphorylation oxydative de la chaîne
respiratoire.
Il est également possible que les NRTI s’intègrent dans
l’ADN mitochondrial : il en résulte, lors des cycles de réplication,
un ADN mitochondrial muté.
Les protéines peuvent donc ainsi être
absentes ou anormales.
La conséquence de ces phénomènes aboutit à l’accumulation de
lactates dans le sang due à l’incapacité des mitochondries déficientes
d’utiliser le pyruvate, produit de la glycolyse, et à des troubles
rappelant ceux observés dans les maladies mitochondriales.
De nombreux travaux ont confirmé ces faits.
L’ensemble des
molécules antirétrovirales appartenant aux NRTI, à l’exception peutêtre
de la lamivudine, ont été décrites comme interagissant avec la
polymérase.
De nombreux organes sont connus comme pouvant être atteints :
foie, pancréas, coeur, muscles, système nerveux, moelle, rein, oreille
interne et yeux.
L’acidose lactique représente la manifestation la plus sévère observée
avec les NRTI liée à une cytopathie mitochondriale.
Celle-ci engage
très fréquemment le pronostic vital des patients.
Elle a été décrite
avec la zidovudine, la didanosine, la zalcitabine et la stavudine.
L’incidence de l’acidose lactique chez les patients infectés par le VIH
et recevant un traitement antirétroviral comprenant un ou plusieurs
NRTI est estimée à 1,3 cas/1 000 personnes/an.
La symptomatologie
associe douleurs abdominales, asthénie, nausées et vomissements.
Il
existe également une élévation importante des lactates (> 2,2 mol/L).
Toute élévation, même débutante, doit impérativement faire stopper
le traitement.
Le retour à une valeur normale des lactates peut
s’effectuer en plusieurs jours à plusieurs semaines (jusqu’à 2 mois).
Il semblerait que la stavudine et la zalcitabine soient plus
fréquemment impliquées dans les acidoses lactiques que les autres
NRTI.
L’adjonction d’hydroxyurée à la stavudine et/ou à la
didanosine augmenterait de façon significative le risque d’acidose
lactique.
Il est donc important de doser l’acide lactique plasmatique
chez les patients présentant des signes cliniques d’acidose lactique.
La prise en charge de la grossesse des femmes infectées par le VIH
et la réduction de la transmission maternofoetale ont été
radicalement modifiées par l’utilisation de la zidovudine.
Ce
traitement était administré aux femmes en fin de grossesse et aux
nouveau-nés. De petites études, réalisées il y a quelques années, ne
permettaient pas de mettre en évidence des effets indésirables
majeurs parmi les enfants qui recevaient un tel traitement.
Dans une
étude récente à grande échelle, huit cas de pathologies
neurologiques évocatrices de cytopathies mitochondriales ont été
observés chez des nouveau-nés, non infectés par le VIH, dont les
mères avaient été traitées par zidovudine (n = 4) ou zidovudinelamivudine
(n = 4).
Deux enfants sont décédés de cette pathologie.
Pour l’ensemble de ces enfants, une ou plusieurs anomalies de
l’activité des complexes de la chaîne respiratoire ont été observées.
L’implication des NRTI dans ces troubles observés chez les enfants
est probable, bien que non prouvée.
D’autres études, notamment
américaines, n’ont pas observé de telles anomalies.
Quels que soient la pathologie et l’organe atteint au cours des cytopathies mitochondriales, il paraît indispensable de stopper le
traitement antirétroviral.
Différentes molécules ont été décrites
comme pouvant avoir un rôle bénéfique au cours des cytopathies
mitochondriales : vitamines B1, B2, C, E, K3, coenzyme Q10 et
L-carnitine.
L’intérêt de ces molécules ayant un rôle dans la chaîne
respiratoire mitochondriale doit être démontré par des études
prospectives randomisées, aussi bien pour démontrer l’effet
bénéfique de ces molécules que pour en déterminer les posologies
optimales.
Conclusion
:
Les effets indésirables liés à la prise de traitements antirétroviraux sont
multiples, tant dans leur présentation que dans leur gravité.
Tout effet
secondaire grave doit impérativement faire stopper la molécule incriminée.
Cela se discute beaucoup plus en cas d’effet secondaire
modéré.
Néanmoins, ces effets modérés peuvent avoir un retentissement
sur la vie au quotidien des patients et surtout favoriser une mauvaise compliance au traitement.
Cette mauvaise compliance peut alors
favoriser l’apparition de virus mutés résistants et par conséquent
engendrer un échappement thérapeutique.
Ces échappements
représentent actuellement le principal problème de la prise en charge
thérapeutique des patients infectés par le VIH.
Afin de favoriser cette compliance, il est parfois nécessaire de modifier une thérapeutique
antirétrovirale s’accompagnant d’effets secondaires, même minimes.
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