Dystrophie musculaire de Duchenne
Cours de pédiatrie
Épidémiologie
:
L’incidence de la maladie est de l’ordre de 1/3 500 à
1/4 500 garçons nés vivants.
La fréquence de cette maladie
étant stable depuis plus de 30 ans alors que les hommes
malades ne deviennent jamais pères de famille, il faut donc
admettre un taux de mutation élevé pour expliquer le maintien
du stock de gènes délétés d’une population.
L’apparition
d’une mutation de novo est en cause pour un tiers des
cas sporadiques.
Les mères de ces enfants sont déjà conductrices
de la mutation dans deux tiers des cas et sont le plus
souvent asymptomatiques.
Les formes familiales, avec
atteinte de plusieurs enfants, ne concernent que 20 à 30 %
des enfants malades, car l’atteinte réduite aux garçons et
les petites fratries limitent l’extériorisation familiale.
La
myopathie de Duchenne est une maladie génétique récessive
liée au sexe ne touchant que des garçons apparentés
de façon matrilinéaire dans une même famille.
Génétique
:
L’examen clinique des malades à la naissance ne montre
aucune anomalie apparente : le garçon présente une mobilité et une trophicité normales.
Il apprend à marcher sans
retard caractéristique mais lorsqu’il se relève de la position
accroupie, il doit s’appuyer sur ses genoux pour se
redresser : c’est le signe de Gowers.
Il trébuche fréquemment
et il garde toujours un appui pour monter les marches
d’escaliers, une à une.
L’examen clinique est pauvre et ne
révèle que des masses musculaires diminuées et un peu
fibreuses à la palpation méticuleuse de l’enfant.
La significative pseudo-hypertrophie des mollets apparaît plus tardivement.
Lorsque l’on évoque la maladie, la forte élévation
des créatines-kinases musculaires (de 20 à 100 fois les
valeurs normales) oriente fortement vers le diagnostic.
L’électromyogramme permet de confirmer une atteinte
myogène.
La biopsie musculaire n’apporte que des éléments
indirects de diagnostic de dystrophie musculaire
(atrophie myogène, nécrose, fibrose lipoïdique).
L’utilisation
d’anticorps spécifiques anti-dystrophine permet d’être
affirmatif et d’établir un pronostic grave.
Dans la dystrophie de Duchenne, on ne retrouve pas de
marquage par les anticorps puisque la dystrophie est totalement
absente de la fibre musculaire, son évolution va se
poursuivre inéluctablement vers l’insuffisance musculaire
des ceintures, avec des variations d’un garçon à l’autre.
Les
rétractions tendineuses achiléennes mettent les pieds en
équinisme, un flessum de hanche s’installe et l’enfant prend
ainsi une démarche dandinante « en canard » sur la pointe
des pieds, avec une lordose pour rétablir l’équilibre fragile.
L’atrophie musculaire des quadriceps précipite, en général,
l’enfant vers le fauteuil roulant entre 8 et 12 ans.
Cette
immobilisation accélère l’installation de rétractions irréductibles
des membres inférieurs.
Le risque d’une scoliose
très évolutive est important, et peut être aggravé par une
obésité intercurrente.
La scolarisation devient problématique,
d’autant que l’on retrouve des difficultés intellectuelles
chez un tiers des garçons.
La prise en charge de ces
patients, psychologiquement lourde, demeure principalement
symptomatique comprenant la kinésithérapie pour
lutter contre les rétractions, le traitement précoce chirurgical
de la scoliose et la prévention des troubles trophiques et vasomoteurs.
Elle n’empêche pas son extension à la ceinture
scapulaire qui réduit l’usage des membres supérieurs
du jeune adolescent.
C’est l’atteinte du muscle cardiaque
et des muscles respiratoires qui met en jeu le pronostic vital
nécessitant une prise en charge nocturne puis permanente
de l’insuffisance respiratoire.
Pour les mères conductrices, l’inactivation de l’X porteur
de la mutation n’étant jamais totale (courbe de Gauss), il
est possible de retrouver chez ces femmes vectrices une
fibrose du mollet, une petite faiblesse musculaire ou une
augmentation discrète de leur CK (1,5 à 10 fois la normale)
qui doit être considérée comme un indice du statut de transmettrice.
Les femmes conductrices ont un risque de 1 sur
2 de transmettre la maladie à leurs futurs garçons.
Le gène responsable a été localisé sur le bras court de l’X,
en Xp21 et a été dénommé DYS en raison de la dystrophie
qu’entraîne son altération.
Il comprend 2,3 millions de
paires de bases, soit 1 % du chromosome X et presque
1 p. 1000 du génome. C’est le plus grand gène humain
connu actuellement.
Il se compose de 76 exons et est transcrit
en un ARN de seulement 14 000 bases.
L’étude de la
transcription de ce gène a aussi montré qu’il existe un épissage
différentiel entraînant la coexistence dans une même
cellule de nombreuses versions de la dystrophine.
Leurs
lieux d’action éventuellement spécifiques expliqueraient
les différentes manifestations cliniques, et l’atteinte mentale.
Différents types de mutations responsables de la maladie
ont été décrits.
Une grande délétion intragénique de plusieurs
milliers de paires de bases est retrouvée chez 65 %
des patients.
Celle-ci survient essentiellement en certains
« points chauds » du gène facilitant sa recherche.
Les autres
mutations du gène (35 %) correspondent à des duplications
ou délétions partielles, des microdélétions de quelques
bases ou des mutations ponctuelles.
L’apparition des mutations
entraîne deux types d’anomalies : soit elles font apparaître
un codon stop qui interrompt la synthèse de la protéine,
soit elles décalent le cadre de lecture (duplication ou
délétion d’un nombre de bases différent de 3 ou d’un multiple)
et entraînent une perturbation importante de la protéine
qui est rapidement dégradée.
La protéine codée, appelée dystrophine, est présente normalement
en très faible quantité dans le muscle, mais fait
partie des protéines indispensables du cytosquelette des
myocytes.
Son rôle est capital dans l’attachement des filaments
d’actine des fibres musculaires à la membrane cytoplasmique.
La recherche directe des mutations ponctuelles
reste encore du domaine théorique.
Mais l’étude haplotypique
des chromosomes X bénéficie de l’existence de nombreux
polymorphismes intra- et juxtagéniques permettant
d’utiliser une batterie de sondes microsatellites adaptées à
chaque situation familiale.
Diagnostic :
Le diagnostic positif de la maladie est avant tout clinicobiologique.
1- Diagnostic moléculaire
:
Les méthodes d’étude directe sont entreprises, après un
simple prélèvement sanguin, sur l’ADN lymphocytaire du
garçon atteint, et après consentement éclairé des parents.
Les macrodélétions sont recherchées par PCR et Southern
blot et maintenant à l’aide des microsatellites.
Il est envisageable
de chercher une délétion chez un foetus masculin
dans une famille sans garçon atteint survivant.
Ce résultat
est toujours limité puisque l’on ne retrouve une mutation
de type délétion que dans 65 % des cas.
Mais la recherche
de mutations ponctuelles et des microdélétions n’est pas
actuellement l’objet d’une détection accessible aux cliniciens.
2- Diagnostic des conductrices :
Lorsqu’un garçon est atteint de façon sporadique dans la
famille, il s’agit d’une mutation « de novo », une fois sur
trois.
Dans l’autre situation, la mère est conductrice.
Si
aucune délétion n’est trouvée chez le garçon, il n’est pas
possible de conclure sur la réalité du caractère conducteur
de la mère.
Devant une forme familiale, une étude moléculaire
indirecte permet, selon la structure familiale, d’établir
le statut des femmes potentiellement conductrices de
la famille qui le demandent.
On identifie l’haplotype de
l’X porteur du gène muté en comparant les haplotypes de
l’X chez les sujets malades et les sujets sains de cette
famille.
C’est l’étude de la transmission de l’X « pathologique
» dans la famille qui permettra de reconnaître indirectement
les vectrices parmi les conductrices possibles.
Si une délétion était trouvée chez un garçon malade, l’étude
directe, sur les deux X de sa mère, de la région de la délétion
permet parfois de reconnaître directement les conductrices.
Une consultation de conseil génétique est indispensable,
avant le début des investigations, afin d’expliquer les
difficultés et les limites de ces examens, et de recueillir la
participation des sujets informatifs de la famille et leur
consentement.
La transmission des résultats de l’étude
familiale s’accompagnera de l’explication de la notion de
crossing-over dont la survenue modifie la fiabilité des analyses.
Le diagnostic prénatal, s’il est demandé, devra être
organisé dans les meilleures conditions pour tous.
3- Diagnostic prénatal :
Sa réalisation dépend de toute la démarche familiale
décrite, avant la grossesse, afin que les parents possèdent
toutes les informations nécessaires.
Si un diagnostic prénatal
est demandé sans qu’une étude familiale ne soit possible
(garçon malade décédé) ou n’ait été faite, il n’y a pas
d’étude directe fiable possible chez le foetus masculin
attendu, contrairement à l’hémophilie ou à l’X fragile.
La
recherche d’une macrodélétion possible, réalisable sur la
notion d’antécédent très précis, se révèle trop hasardeuse.
Elle est cependant la seule façon d’aider à conserver une
grossesse remise en cause par la décision des parents devant
le risque existant.
4- Diagnostic différentiel :
Devant un jeune garçon hypotonique et ayant un taux de
créatine kinase élevé, il faut écarter le diagnostic de myopathie congénitale et penser à une dystrophie musculaire
congénitale à l’aide surtout de la biopsie.
Devant un adolescent
qui n’évolue pas gravement comme une myopathie
de Duchenne, selon les investigations paracliniques, il faudra
penser à une forme allélique de Becker (faible fixation
des anticorps anti-DYS sur le muscle et mutation-délétion
ne compromettant pas la totalité de la fonction du gène
DYS).