Dysphonies dysfonctionnelles
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Définition
:
La dysfonction vocale a été définie, depuis Tarnaud, comme un défaut
d’adaptation et de coordination des différents organes intervenant dans la
production de la voix.
Le terme de dysphonie dysfonctionnelle met l’accent
sur les troubles vocaux acoustiques et aérodynamiques inhérents à cette
perturbation.
Celui de laryngopathie dysfonctionnelle met en avant
l’altération du fonctionnement laryngé moteur et vibratoire qui lui est
associée.
Il désigne également les lésions de la muqueuse cordale engendrées
par la dysfonction.
Intriqué avec le malmenage vocal, on trouve le surmenage vocal.
L’usage
intensif de la voix semble souvent déterminant pour l’apparition d’une
dysphonie dysfonctionnelle, qui se manifeste alors dans le cadre de
l’utilisation professionnelle de la voix.
Par ailleurs, une série de lésions des cordes vocales, considérées comme
congénitales, est accompagnée d’une dysfonction vocale qui, associée au
surmenage vocal, fonctionne alors comme un révélateur de l’existence de ces
anomalies.
Historique :
Dans l’oeuvre d’Hippocrate, on trouve de nombreuses références à des aphonos ou pertes de la voix.
Certaines sont mortelles et dépassent donc
largement le chapitre des dysphonies dysfonctionnelles.
Plus directement,
Lucrèce Carus (95-53 avant J-C), dans De rerum natura, dit : « Souvent la
voix blesse la gorge et les cris produisent une irritation dans la trachée ».
Au
XVIIe siècle, Hieronimus Fabricius abAcquapendente associe certains troubles
vocaux à l’usage intensif de la parole des prédicateurs.
Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe, on a commencé à parler de
dysphonie fonctionnelle pour les dysphonies sans lésions laryngées.
Cette
idée sous-tendait au début une notion de faiblesse constitutionnelle.
La
description princeps du nodule vocal comme entité clinique et pathologique,
« chorditis tuberosa », est attribuée à Turck, en 1868.
En 1931, Parrel
fait le rapprochement entre le malmenage et le surmenage vocal d’une part, et
l’apparition de lésions laryngées d’autre part.
Tarnaud, à défaut d’établir la cause de ces troubles, en a décrit le
mécanisme avec la notion fondamentale de « désaccord pneumophonique ».
Il a montré que cette dysfonction était capable d’altérer l’organe vocal pour y
produire des lésions telles que nodules ou polypes.
Le Huche a ensuite imposé
les termes de dysphonie et de laryngopathie dysfonctionnelles.
Le terme de
dysphonie fonctionnelle était encore synonyme de trouble psychologique
pour Aronson et Monet dans les années 1970.
Actuellement, ce terme
évoque surtout un mécanisme de phonation traumatisant pour le larynx ; c’est
pourquoi certains décrivent cette même entité nosologique sous le nom de
« traumatismes vocaux ».
Physiopathologie :
A - Malmenage vocal (vocal misuse)
:
La dysfonction vocale intéresse les trois étages de la production vocale : la
soufflerie, le vibreur avec les troubles de la coordination pneumophoniques,
mais également les résonateurs et l’accord phonorésonantiel.
1- Perturbation de la respiration vocale :
La naissance du son vocal est liée à l’existence d’un conflit entre la pression sous-glottique et la résistance glottique.
Toute insuffisance dans la pression
expiratoire sous-glottique sera susceptible de perturber le fonctionnement
cordal.
* Perturbations quantitatives :
La prise d’air doit être suffisante pour les différentes situations phonatoires :
au moins 400 cm3 pour la conversation courante ; entre 1 200 et 1 500 cm3
pour le chant lyrique ou la déclamation.
Toute altération des volumes
inspiratoires a pour corollaire une diminution des volumes phonatoires.
La
résistance laryngée augmente et le mécanisme du forçage vocal peut se mettre
en place.
La durée expiratoire est également considérablement augmentée par rapport
à la respiration de l’hématose.
Le volume phonatoire et la pression sousglottique
doivent être adéquats tout au long de la phrase parlée ou chantée.
Ils
doivent, en outre, s’adapter en permanence au type de phonation.
* Perturbations qualitatives :
En particulier dans la voix dite projetée, le maintien d’une pression sousglottique
adaptée est assuré de façon optimale par l’utilisation d’une
respiration costodiaphragmatique.
Le diaphragme et les intercostaux
internes et externes jouent alors le rôle de régulateur du débit. Ils évitent ainsi
à la glotte cette tâche.
Au début de la phonation, le diaphragme et les
intercostaux externes qui sont en position inspiratoire maintiennent leur
contraction.
La cage thoracique ne s’affaissant pas trop rapidement, le volume
phonatoire peut se maintenir.
Lorsque celui-ci a trop diminué, les muscles de
l’expiration (intercostaux internes et muscles abdominaux) vont se contracter
pour maintenir constante la pression sous-glottique.
L’utilisation d’une respiration plus superficielle, plus haute, mais également
toutes les perturbations de tonicité dans les synergies musculaires
respiratoires, sont susceptibles d’entraîner le forçage vocal.
Associée dans
la plupart des cas à des altérations posturales, l’utilisation des muscles
respiratoires accessoires périlaryngés, sternocléidomastoïdiens et sushyoïdiens
entraîne une hypertonie au niveau vestibulaire et pharyngé.
Le
Huche a bien décrit cette perturbation de la respiration et de la posture dans ce
qu’il a appelé la « voix de détresse ».
Dans cette situation, on observe une
accentuation de la cyphose dorsale et une lordose cervicale.
* Perturbations posturales associées :
La plupart d’entre elles provoquent un effet délétère sur le fonctionnement
respiratoire.
Toute flexion d’un segment vertébral a un effet expiratoire plus
ou moins passif.
Toute perte de verticalité du tronc entraîne une diminution
d’amplitude des mouvements diaphragmatiques et une perte d’appui pour les
muscles expirateurs.
La perte ou l’absence de verticalité peut être liée à
l’expression d’une « voix de détresse » ; elle peut également s’observer du
fait d’habitudes posturales défectueuses en dehors de ce type de phonation.
2- Perturbations du vibreur :
* Dysfonctionnement sans lésion laryngée
:
Un défaut de tonicité de la musculature laryngée intrinsèque a souvent été
incriminé dans les dysfonctions laryngées.
Morrison en distingue, en fait,
plusieurs sous-groupes.
– Groupe I : hypertonicité laryngée globale ou isométrique.Tous les muscles
laryngés intrinsèques sont hypertoniques, de même que les sus-hyoïdiens.
Cette hypertonie va affecter en particulier le cricothyroïdien postérieur qui
sera insuffisamment relâché en phonation.
La fuite glottique postérieure qui
en résulte conforte l’hypertonie sus-jacente.
– Groupe II : hypertonicité de la contraction latérale.
L’occlusion glottique
est hypertonique sur toute sa longueur.
L’hypotonicité de l’occlusion
glottique sur toute sa longueur est souvent associée à une hypertonie des
bandes ventriculaires.
Cette dernière peut également être associée à un
fonctionnement hypertonique glottique.
– Groupe III : hypertonicité antéropostérieure du plan glottique.
On observe
également une bascule antérieure des aryténoïdes et une bascule postérieure
de l’épiglotte.
L’ensemble de cette construction musculaire entraîne une
aggravation de la voix, grâce au raccourcissement glottique passif qu’elle
provoque. Koufman l’a dénommé « syndrome de Bogart et Baccall », en
référence au désir plus ou moins conscient de nombreux patients d’aggraver
ainsi artificiellement leur voix pour ressembler à ces acteurs mythiques.
3- Biomécanique de la pathogénie des nodules
:
Pour qu’apparaissent des lésions laryngées, un certain nombre de conditions
anatomiques ou physiologiques doivent être réunies.
Dejonckere et al ont
proposé une hypothèse biomécanique susceptible de rendre compte d’un
phénomène de microtraumatisme chronique limité au point nodulaire, c’està-
dire à l’union du tiers antérieur et des deux tiers postérieurs des bords libres
des plis vocaux.
Les trois conditions suivantes sont nécessaires et suffisantes.
– Les axes d’oscillation des plis vocaux doivent impérativement être
incurvés vers l’extérieur.
– Les extrémités postérieures des deux axes d’oscillation doivent être
disjointes.
Cette condition peut être liée, soit à une hypotonie des muscles
vocaux après un effort prolongé, soit à un défaut de relâchement des muscles
abducteurs dans le cadre d’une hypertonie isométrique laryngée.
– L’amplitude d’oscillation doit être suffisante.
On a probablement surajouté,
aux forces de collision, un traumatisme d’arrachement de la muqueuse par
rapport au plan ligamentaire, en raison d’une accentuation de l’effet Venturi.
* Pathogénie des lésions postérieures
:
Lors de la présence d’ulcères et de granulomes de contact, on observe, outre
la présence très fréquente d’un reflux gastro-oesophagien, un mode phonatoire
particulier : le « coup de glotte ».
Ces attaques dures semblent correspondre à
une compression médiane du plan glottique en position préphonatoire.
4- Perturbation de l’étage résonantiel :
L’accord phonorésonantiel, en filtrant le son émis par le larynx et en
renforçant certaines harmoniques, soit dans le sens de l’intelligibilité
phonétique, soit dans celui de l’enrichissement de la voix émise à forte
puissance, peut défaillir.
Les insuffisances vélaires patentes ou non, toutes les
anomalies du pavillon de résonance, depuis le plan glottique jusqu’aux lèvres,
peuvent générer une dysfonction vocale.
Aucune des perturbations décrites ci-dessus n’est susceptible d’entraîner une
dysphonie et, a fortiori, une lésion des cordes vocales, si un facteur quantitatif
n’est pas là pour asseoir et entériner les perturbations.
B - Surmenage vocal (vocal abuse) :
La dysphonie dysfonctionnelle survient la plupart du temps dans un contexte
d’abus quantitatif et qualitatif de la voix.
Trop de voix, trop fort. Le désordre
des coordinations pneumophonique et phonorésonantielle resterait
probablement silencieux sur le plan vocal et cordal, s’il n’était associé à ce
facteur quantitatif.
Certaines professions sont particulièrement propices au surmenage vocal.
La
plupart d’entre elles sont bien connues.
1- Enseignants et personnel éducatif ou d’encadrement
:
Ils forment le corps professionnel le plus régulièrement retrouvé dans les
consultations de phoniatrie.
Dans certaines études, le nombre d’heures
d’enseignement à partir duquel surviennent fréquemment des troubles a été
établi à 25 heures hebdomadaires.
En réalité, certains peuvent installer des
troubles qui se pérenniseront dès les premières années de stage, avec
seulement 4 ou 6 heures de face-à-face par semaine avec les élèves.
Le facteur temps de parole est également évoqué dans certaines études, pour
expliquer la forte proportion d’enseignantes de maternelle souffrant de
dysphonie.
En effet, entre 2 ans et 6 ans, il n’y a pas de recours possible à
l’écrit.
L’enseignant est toujours sur la brèche. D’autre part, les professions
d’enseignement sont fortement féminisées.
On peut penser que la voix d’une
femme adulte, dont le fondamental usuel se situe entre 220 et 230 Hz, sera
peu émergente acoustiquement sur la voix des jeunes enfants qui se situe, elle,
entre 270 et 280 Hz.
Deux solutions s’offrent alors au professeur qui n’a pas
été prévenu des questions d’hygiène vocale : parler plus fort ou
artificiellement, plus grave, en contraignant ainsi la mécanique laryngée.
Dans l’enseignement secondaire, certaines études mettent en avant la plus
grande exposition au risque dysphonique des professeurs des collèges et
lycées techniques en raison de la présence du bruit des machines dans les
salles.
Les professeurs de musique sont très nombreux à fréquenter les consultations
de phoniatrie, parfois pour des dysphonies apparemment minimes, mais ils
sont, de par leur métier, beaucoup plus exigeants sur leurs performances
vocales.
Les professeurs de sport et de danse sont également soumis au bruit dans les
piscines et gymnases bruyants, mais ils utilisent également leur voix dans des
conditions particulières.
Ils sont souvent amenés à montrer un exercice ou une
figure gymnique, tout en l’expliquant.
La phonation s’installe donc sur un
effort glottique préalable lié à l’effort physique.
Toutes les catégories d’enseignants, y compris de l’enseignement supérieur,
peuvent être, à un moment ou à un autre, victimes de surmenage vocal et de
dysphonie dysfonctionnelle.
Tous les personnels d’animation et d’encadrement de la jeunesse sont soumis
au risque vocal et de nombreux dysphoniques se recrutent chez eux.
2- Standardistes ou personnels des guichets :
Ces deux types de profession semblent présenter, d’une part, un risque vocal
en raison du temps de parole quotidien parfois exceptionnellement long :
parfois 8 heures par jour, 5 jours sur 7.
D’autre part, ils sont bien souvent le
premier réceptacle des mécontentements envers les administrations ou les
entreprises qu’ils représentent.
On ne s’étonne donc pas de trouver, chez ces
patients, des dysphonies avec de fortes tensions laryngées et corporelles.
3- Personnels politiques, journalistes de radio et de télévision
:
De longues campagnes électorales, avec des meetings où chacun mesure ses
forces à la vigueur de ses tribuns, des émissions marathons sur plusieurs
heures, peuvent engendrer des troubles vocaux accidentels.
Ces perturbations
se chroniciseront si elles sont associées à une dysfonction.
4- Artistes (chanteurs, comédiens), bateleurs :
La question du surmenage vocal peut se poser à tous moments pour les artistes
professionnels, ou même amateurs, qui sont parfois obligés d’enchaîner de
nombreuses représentations sans temps de repos.
Il faut ajouter que ce
surmenage est également général, en raison des voyages et déplacements qui
sont inhérents à ces activités.
Pour les chanteurs de variétés, jazz, rock, bals, l’ambiance est souvent
enfumée (pas toujours de tabac).
De nombreux jeunes chanteurs ont du mal à
imposer une balance acoustique de la sonorisation en leur faveur.
Ce
surmenage vocal se surajoute souvent à des choix vocaux risqués (utilisation
exclusive d’une voix de tête chez des hommes à voix plutôt grave, etc).
On
observe souvent une absence totale de technique vocale.
Les chanteurs lyriques doivent gérer au plus près leurs agendas pour ne pas
tomber dans le piège du surmenage.
D’autre part, certains devront refuser
d’aborder trop tôt des rôles trop lourds pour la maturité de leur voix.
Les comédiens sont d’autant plus fragiles que leur technique de diction et de
voix est rudimentaire.
Cependant, la technique est parfois débordée par le flot
émotionnel de l’artiste dans de grands élans de cris et hurlements.
5- Prédicateurs et officiants de toutes confessions
:
Dans la littérature anglo-saxonne, les prédicateurs sont considérés comme
présentant un risque vocal, mais on trouve des troubles vocaux chez tous les
responsables de culte.
C - Facteurs associés à la dysphonie dysfonctionnelle
:
Certaines pathologies sont fréquemment retrouvées chez des patients
souffrant de dysphonie dysfonctionnelle.
Parfois, celles-ci peuvent jouer le
rôle de facteurs déclenchants, parfois de facteurs aggravants.
Elles sont
souvent prises par les patients pour la seule cause de leurs troubles.
1- Pathologies ORL et pulmonaires infectieuses, aiguës ou chroniques
:
L’obligation d’utiliser la voix malgré un épisode de laryngite aiguë
inflammatoire est souvent décrite comme déclenchant d’une dysphonie qui
se pérennise alors.
Il en est de même pour les sinusites aiguës ou les épisodes
aigus de sinusites chroniques.
Les laryngites postérieures par reflux gastro-oesophagien semblent
également pouvoir déclencher un mécanisme de compensation
neuromusculaire maladapté, conduisant à la dysfonction vocale.
2- Troubles auditifs :
La presbyacousie progressive, chez des patients continuant leurs activités
vocales sans reconnaître leurs nouvelles difficultés, paraît être à l’origine de
certaines dysphonies dysfonctionnelles chez la personne devenue
malentendante.
La description de la voix des sourds de naissance
représente une entité particulière dans laquelle ce type de troubles vocaux ne
semble pas avoir de place prépondérante.
En revanche, une difficulté liée à la
discrimination musicale des sons est assez fréquemment retrouvée chez les
patients porteurs d’une dysphonie dysfonctionnelle, en particulier chez les
enfants.
3- Autres états pathologiques favorisants
:
Toutes les asthénies majeures qui retentissent sur la qualité de la tonicité
générale peuvent être à l’origine de dysfonctionnement vocal.
L’asthénie liée
à la grossesse peut, dans certains cas, surtout dans le post-partum, être
associée à ces dysphonies.
Il en est de même pour les affections cardiaques et
pulmonaires qui, elles, entraînent d’abord un dysfonctionnement respiratoire.
4- Tabagisme, vapeurs irritantes et prises médicamenteuses
:
L’effet traumatisant du tabac sur la muqueuse cordale n’est plus à démontrer.
Les toxiques polluants les plus connus, de toutes les muqueuses et de la
muqueuse laryngée en particulier, sont : les hydrocarbures polycycliques, le
formaldéhyde, l’acétaldéhyde et l’acide sulfurique.
L’assèchement des
muqueuses, en particulier laryngées, lié à la prise d’antihistaminiques, de
spasmolytiques atropiniques ou d’antidépresseurs, peut être également le
point de départ de dysphonies dysfonctionnelles.
La responsabilité des
corticoïdes inhalés dans l’asthme au long cours est souvent alléguée dans
la genèse de dysphonies qui deviendraient dysfonctionnelles pour pallier
l’atrophie médicamenteuse de la muqueuse, voire même du ligament cordal.
5- Facteurs de personnalité et psychopathologie
:
Une personnalité extravertie est retrouvée dans la plupart des cas chez les
patients porteurs de nodules ou de polypes.
Plusieurs études ont démontré
cette corrélation de façon significative.
Ces patients extravertis ne sont pas
pour autant dépourvus de traits anxieux et dépressifs, bien souvent associés
chez les adultes.
Certaines situations peuvent provoquer, chez d’autres, une
véritable « détresse communicationnelle ».
Cette perturbation va
déclencher un comportement vocal inefficace et dangereux.
Les situations
stressantes peuvent être liées à une appréciation subjective du sujet, ou
correspondre à une réalité plus évidente : professeurs face à des élèves
agressifs ou même armés ; standardistes aux prises avec des consommateurs
furieux, etc.
6- Conditions acoustiques des locaux
:
Une dysfonction vocale peut se mettre en place, soit parce que la parole est
émise en milieu bruyant : classes mal insonorisées, chantiers, machines
industrielles ; soit parce que l’acoustique est trop mate et qu’elle absorbe trop
la voix du parleur ou du chanteur, la rendant inefficace.
Clinique chez l’adulte
:
A - Données de l’interrogatoire :
1- Date du début des troubles :
C’est une des difficultés de cet interrogatoire.
Dans les cas les plus faciles,
mais les moins nombreux, les débuts peuvent être datés précisément.
On sait
alors si la dysphonie est récente, plus ancienne ou si elle a toujours existé.
On
peut connaître également les variations des symptômes : la dysphonie dysfonctionnelle a tendance à augmenter en fin de journée, fin de semaine ou
fin de trimestre, et à diminuer après quelques jours de vacances.
On peut
demander également dans quelles conditions s’est déroulée la mue vocale.
Les réponses à ces questions servent d’éléments d’orientation entre une
dysphonie dysfonctionnelle acquise sur un larynx et une voix initialement
sains, ou une dysphonie qui a toujours existé, témoignant d’une lésion
préalable.
Dans de très nombreuses situations, le patient ne peut pas donner de repères
temporels car il aura été, jusque-là, peu sensible à des perturbations purement
acoustiques.
2- Facteurs associés :
L’interrogatoire doit replacer la dysphonie dans le contexte de l’état de santé
général du patient.
Il doit permettre de mettre en évidence tous les facteurs
associés qui seront autant de pistes thérapeutiques.
3- Symptomatologie acoustique et douloureuse :
Le patient se plaint de perturbations acoustiques vocales sans pouvoir
toujours les décrire avec précision (voix enrouée, éraillée, rauque, etc).
Il se
plaint également de fatigabilité vocale : la voix, normale le matin, s’abîme au
fur et à mesure de la journée.
Certains artistes vont, eux, décrire des symptômes vocaux qui peuvent
paraître très modestes : perte du brillant de la voix sur certaines notes, perte
modique de tessiture.
On doit néanmoins pratiquer l’ensemble du bilan vocal
à ces patients.
Une symptomatologie douloureuse accompagne parfois les modifications
acoustiques : paresthésies pharyngées, douleurs, toux et gênes de toutes sortes
accompagnant l’émission de la parole ou du chant.
La moindre émission de
parole peut être accompagnée de toux chez certains.
B - Bilan vocal
:
L’examen d’un patient porteur d’une dysphonie dysfonctionnelle est un acte
médical long, qui s’apparente à une véritable exploration fonctionnelle, mais
qui nécessite également une appréciation clinique approfondie et parfois très
spécialisée.
1- Tester le geste vocal et la voix dans différentes situations
de communication :
Les tests proposés doivent être suffisamment variés pour offrir une évaluation
clinique valide.
Ils comprendront, pour le moins, une conversation spontanée
assez longue, un texte lu debout, à distance, un ou plusieurs essais d’appel au
loin, etc.
Cette analyse perceptive sera utilement complétée par un [A]
prolongé, aussi longtemps que possible, et chronométré.
La voix chantée sera
également systématiquement testée : pour les non-chanteurs, une ou deux
phrases d’une chanson suffiront ; pour les chanteurs, le bilan sera très
approfondi.
Perturbations gestuelles et respiratoires.
2- Évaluation du malmenage
vocal
:
Tous les troubles de la verticalité dans les différentes situations vocales sont
appréciés et notés : extension de la tête en voix d’appel ; effondrement sternal
et thoracique en projection vocale.
L’apparition de tensions cervicales dans les muscles sternocléidomastoïdiens,
ou sur les extenseurs de la nuque, est appréciée visuellement ou à la palpation.
On recherche également ces tensions dans les muscles sus-hyoïdiens à la
palpation.
On analyse la respiration phonatoire en détail.
Le nombre et l’importance
des reprises d’air sont notés.
La localisation respiratoire et son adaptation aux
différentes situations vocales fait également l’objet d’une attention toute
particulière.
La localisation dite « abdominale » de la respiration phonatoire
n’est, en aucune manière, une assurance de coordination pneumophonique de
qualité.
L’absence de régulation du débit par une respiration costoabdominale
adaptée est retrouvée chez une majorité de patients porteurs de dysphonies
dysfonctionnelles.
De très nombreuses autres perturbations qualitatives de la
coordination souffle-voix sont à rechercher. Une inspiration trop active, avec
des abdominaux en tension, peut bloquer, au fur et à mesure de la parole,
l’ensemble des mouvements d’air, etc.
3- Évaluation objective du surmenage vocal
:
Il existe très peu d’expériences comparables à celle qu’a proposée Masuda
pour tenter de définir plus précisément le surmenage vocal.
Un microphone
de contact, relié à un sonomètre et à un micro-ordinateur, permet d’évaluer le
temps de parole et l’intensité utilisée pendant une période donnée (quatre
degrés différents d’intensité ont été définis).
Il a montré qu’une population
d’employés de bureau avait un temps de parole trois fois plus bref qu’un
groupe constitué d’enseignants et de patients porteurs de nodules des cordes
vocales.
En outre, la moitié de leur temps de parole se faisait à une intensité
supérieure à 80 dB.
Les dispositifs permettant d’évaluer avec précision la quantité de parole ou
de chant quotidien n’existent pas dans le commerce.
On en est souvent réduit
à pratiquer une évaluation approximative du surmenage.
La réalisation, par le
patient, d’enregistrements en situation professionnelle : cours, conférence, etc, permet souvent de mettre en évidence des abus vocaux manifestes dont le
patient n’était pas conscient avant l’écoute du document.
4- Évaluation perceptive des caractéristiques acoustiques de la voix
:
Tous les protocoles d’évaluation des voix pathologiques comportent des
données d’analyse perceptive.
Cependant les stratégies utilisées
spontanément sont extrêmement variables d’un auditeur à l’autre.
Si la
standardisation de l’évaluation perceptive suppose que les « analyseurs »
soient identiques, celle-ci serait vouée à l’échec.
On doit donc garder à l’esprit
que toute description perceptive des voix, pathologiques ou non, dépend à la
fois de la voix elle-même et de l’auditeur.
Malgré cela, l’échelle d’évaluation GRBAS-I, proposée par Hirano en
1989 et reprise en 1996 par Dejonckere et al sur 943 patients, permet
une bonne validité d’évaluation d’un auditeur à l’autre et dans le temps.
Sur
cette échelle, cotée de 0 à 3 : G (pour grade) représente le degré global de la
dysphonie ; R désigne l’importance de la raucité (roughness en anglais) ;
B (breathiness) caractérise le caractère soufflé ou voilé de la voix ;
A (asthenicity) correspond au degré d’hypophonie ou d’asthénie vocale ;
S (strain) évalue le caractère forcé ou contraint de la voix.
La plupart des
études démontrent une très bonne pertinence de corrélation statistique
pour breathiness et roughness.
Il est à noter que cette échelle ne prend pas en compte les éventuelles
perturbations de la hauteur tonale moyenne utilisée (corrélée au sexe et à
l’âge), de la mélodie de la parole et de l’étendue vocale.
La perception d’une
bitonalité, ainsi que l’existence d’un spasme ou d’un tremblement vocal, ou
de coups de glotte, ne sont pas inclus dans la cotation GRBAS-I.
Par ailleurs, une anomalie d’adaptation des caractéristiques acoustiques de la
voix aux situations ou aux distances à faire parcourir à la voix devra être
rajoutée à la description.
5- Évaluation acoustique et aérophonométrique :
La plupart des travaux concernant l’analyse objective des dysphonies donnent
un modèle de fonctionnement dans lequel on a l’association d’une irrégularité
vibratoire et de perturbations aérophonométriques.
Cette évaluation se pratique actuellement, soit avec des logiciels d’analyse
acoustique informatisée, soit avec des stations d’évaluation mesurant à la fois
le signal de parole et les débits aériens phonatoires, comme la station EVA
ou Aérophone II (kay elemetrics).
Sur le plan acoustique, de nombreux paramètres sont fournis par les différents
outils : fréquence fondamentale instantanée, moyennée, analyse
spectrographique, rapport bruit/harmoniques, etc (21 paramètres dans le
MDVP de Kay).
Les logiciels fournissent également un certain nombre de
calculs statistiques.
Le jitter, coefficient de variation de la fréquence
fondamentale de cycle à cycle, mesure donc le caractère d’apériodicité de la
vibration cordale. Ce coefficient est fortement corrélé au facteurRde l’échelle
perceptive GRABS-I.
Le shimmer, ou quotient de perturbation de
l’amplitude moyenné, est assez étroitement corrélé avec le coefficient B de
l’échelle perceptive.
Par ailleurs, le facteur B est également en rapport avec
une diminution du nombre des harmoniques aiguës et à une augmentation du
débit d’air phonatoire (> 200 cm3/s).
Les altérations acoustiques, en relation avec la fréquence fondamentale, font
apparaître une variation parfois bimodale ou multimodale en ce qui concerne
les dysphonies dysfonctionnelles sans lésions.
Alors que, dans les voix saines,
la variation fréquentielle se fait de façon unimodale, dans ces dysphonies, la
variation bimodale est due à la présence de subharmoniques ou de
modulations de basses fréquences.
En ce qui concerne les paramètres aérophonométriques, le débit d’air
phonatoire varie entre 100 et 140 cm3/s.
La pression sus-glottique peut être
assimilée à la pression athmosphérique dans l’émission d’une voyelle ouverte
comme le son [A].
La pression sous-glottique chez les sujets normaux augmente avec l’intensité
de la voix et modérément avec la hauteur tonale chez le sujet normal.
Chez les
sujets dysphoniques, la pression sous-glottique est statistiquement plus élevée
que chez le sujet sain.
La mesure de cette pression sous-glottique, par
assimilation à la pression intraorale dans certaines conditions, pourrait être
intégrée dans les outils cliniques d’évaluation de la dysphonie.
Elle serait
alors corrélée au coefficient S de l’échelle perceptive.
6- Électroglottographie :
Elle permet d’étudier le mode d’ouverture et de fermeture des cordes vocales.
Dans le domaine de la dysphonie dysfonctionnelle, le quotient de fermeture
est plus élevé que dans les voix non pathologiques.
Il représente la durée de la
phase de fermeture des cordes par rapport à la durée totale du cycle vibratoire.
Cet examen peut également être utilisé pour le calcul des paramètres de
l’irrégularité vibratoire, puisqu’il objective, de manière électrique, les cycles
glottiques et leurs éventuelles irrégularités.
C - Examens du larynx
:
Tous les examens d’endoscopie clinique sont filmés et archivés, soit en image
dynamique, soit en photographie.
Le support de cet archivage est encore, la
plupart du temps, constitué par des bandes magnétiques et des tirages papier.
Il peut également faire l’objet d’un stockage informatique.
1- Nasofibroscopie :
Dans le cas des dysphonies dysfonctionnelles, la nasofibroscopie est surtout
utile pour évaluer et montrer la dynamique laryngée et pharyngée dans sa
globalité.
La fibre optique souple peut se situer à des distances variables du
plan glottique.
Elle permet d’observer, non seulement le comportement
phonatoire glottique, mais également les autres ajustements musculaires susglottiques
dans différents types de phonation.
Ce mode d’examen permet
d’observer le larynx pour la quasi-totalité des productions phonétiques de la
parole et du chant (consonnes et voyelles).
Le passage de la fibre optique par
les choanes et la face postérieure du voile du palais n’affecte que très peu
l’articulation.
En outre, cet examen peut se réaliser chez le jeune enfant et
chez les patients dont la conformation maxillaire et linguale rend très difficile
l’examen à l’épipharyngoscope.
Les nouvelles générations de nasofibroscope
semblent améliorer également la définition de l’image indispensable à la mise
en évidence des lésions de petite taille.
2- Examen de la muqueuse laryngée à l’épipharyngoscope
:
L’examen de choix de la muqueuse des cordes vocales reste
l’épipharyngoscopie avec des optiques à 90° ou 70°.
Ces optiques sont munies
d’un zoom grossissant et les lentilles d’adaptation aux caméras permettent
encore un grossissement de l’image lors de son affichage sur le moniteur.
Il
reste un examen très performant, par rapport au miroir laryngé, en ce qui
concerne la visibilité dans la plupart des cas de la totalité du plan glottique.
Cependant, l’optique de Bercy-Wards, ainsi que le nasofibroscope, sont des
examens monoculaires pouvant masquer ou transformer les reliefs en lumière
continue.
3- Stroboscopie :
L’ensemble des auteurs s’entend pour accorder une place de choix à la
stroboscopie, pour préciser le diagnostic dans les dysphonies dysfonctionnelles.
Les données analysées habituellement incluent la symétrie
de l’amplitude, la symétrie de la phase, la régularité de la période, l’amplitude
et la forme de l’onde vibratoire sur chaque corde vocale, la présence ou
l’absence de segments adynamiques.
Cette précision semble déterminante
pour certains diagnostics, en particulier pour les anomalies du revêtement
muqueux comme les petits sulcus glottidis par exemple, ou la différenciation
kystes-nodules.
Cependant, à l’instar de l’analyse perceptive acoustique, cet
examen peut parfois sembler observateur dépendant.
D’autre part, il semble
que l’on puisse trouver une forte proportion d’anomalies stroboscopiques
dans des populations (de chanteurs par exemple) ne présentant aucun trouble
clinique.
La stroboscopie, comme les autres examens de l’exploration
fonctionnelle vocale, doit donc être confrontée aux autres éléments du bilan.
4- Vidéokymographie :
L’analyse du déplacement d’un point de la corde vocale grâce à une caméra
ultrarapide est actuellement utilisée dans certaines écoles européennes.
Ce
type de recueil de données est susceptible de restituer essentiellement des
éléments de symétrie vibratoire des deux cordes vocales.
D - Données des examens laryngologiques :
Les examens décrits précédemment permettent, soit de distinguer des lésions
de la muqueuse cordale, soit de visualiser des perturbations de tonicité dans
les mouvements et les comportements musculaires laryngés.
1- Perturbations laryngées sans lésions visibles de la muqueuse cordale
:
La description classique distinguait des dysphonies dysfonctionnelles
hyperkynétiques et des dysphonies dysfonctionnelles hypokynétiques.
2- Lésions laryngées, conséquences du malmenage vocal
:
Les effets du malmenage vocal chronique s’exercent préférentiellement sur
un site du plan glottique : à l’union du tiers moyen et du tiers antérieur de la
corde vocale, c’est-à-dire au milieu de la glotte membraneuse ou
ligamentaire.
Il s’agit de nodules, de formations nodulaires et de certains
polypes ; ces lésions semblent réversibles au début, mais la persistance des
facteurs traumatisants les organise progressivement dans la corde vocale.
Un second site, beaucoup moins fréquent, se trouve au niveau de la face
interne des aryténoïdes, dans la glotte postérieure ou cartilagineuse, ce sont
les ulcères et granulomes de contact.
Par ailleurs, il semble que le malmenage et l’abus vocal puissent être associés
à des lésions qu’ils contribuent à révéler.
Ces lésions, dites congénitales,
étaient, pour certaines, comme les vergetures cordales décrites dans les
aspects de dysphonies dysfonctionnelles, acquises sous le vocable de glotte
ovalaire lorsque les moyens d’investigation ne permettaient pas de les
distinguer.
* Nodules et formations nodulaires :
Il s’agit de trois groupes de lésions, de parenté évidente liée à leur siège et à
leur pathogénie.
Leur aspect macroscopique et histologique peut, malgré tout,
différer quelque peu.
+ Nodules vrais ou « kissing nodules »
:
Ils sont, dans la plupart des cas, bilatéraux.
Ils siègent au point nodulaire, à
l’union du tiers moyen et du tiers antérieur de la corde vocale ; cet
épaississement de la muqueuse se trouve, le plus souvent, un peu en dessous
du bord libre de la corde vocale.
Leur taille est variable. Leur forme est
souvent allongée, parfois arrondie.
La coloration, initialement rosée, peut
devenir blanchâtre en surface.
Chez les chanteurs, on trouve fréquemment des
spicules nodulaires, pointus, blanchâtres, de petite taille.
Ils sont volontiers
plus arrondis chez l’enfant.
L’aspect de glotte en sablier en phonation y est
tout à fait caractéristique.
Du point de vue histologique, la lésion intéresse les trois étages de la
muqueuse cordale : l’épithélium, la membrane basale et le chorion.
Les
traumatismes vibratoires entraînent une vasodilatation, une augmentation de
la perméabilité capillaire avec extravasation de plasma et de fibrine.
Les
nodules, comme les polypes et les oedèmes de Reinke, font partie des
laryngopathies exsudatives.
Le chorion est donc oedémateux.
Il peut entraîner,
par réaction, une hyperplasie de l’épithélium.
Cette hyperplasie est souvent
interprétée comme réactive au traumatisme provoqué par les forces de
collision exercées sur la muqueuse cordale par la dysfonction.
Cependant, il semble que cette hyperplasie soit
inconstante et puisse être remplacée par une hypoplasie.
L’épithélium présente des degrés divers de
kératose.
La membrane basale est souvent épaissie dans les
nodules.
Elle présenterait des interruptions en
microscopie électronique.
Une fibrose semble apparaître au bout d’un
certain temps d’évolution de ces lésions.
+ Pseudokyste séreux
:
La lésion est bien circonscrite, située souvent un peu en arrière du point
nodulaire.
Macroscopiquement, ce kyste a une paroi mince, translucide. Son
contenu est séreux et s’écoule lorsqu’on l’incise.
Sur la corde opposée siège
souvent une lésion de contact.
Au point de vue histologique, les anomalies
prédominent au niveau du chorion avec essentiellement un oedème important
et un amincissement parfois important de l’épithélium de revêtement.
Ce pseudokyste n’a pas de membrane propre.
+ OEdèmes en « fuseau » ou épaississements muqueux fusiformes
:
Ils se différencient du nodule parce qu’ils sont plus étendus, plus allongés et
qu’ils sont accompagnés de phénomènes inflammatoires parfois importants
sur le reste de la corde vocale.
Leur épaisseur maximale se situe toujours au
milieu de la corde vocale membraneuse, c’est-à-dire au point nodulaire.
Les
phénomènes d’oedème du chorion et d’hyperplasie muqueuse sont souvent
plus diffus que dans les nodules.
Aspects associés : les lésions décrites ci-dessus ne sont pas toujours
parfaitement tranchées et, surtout, on peut trouver une lésion nodulaire
associée à une autre lésion, acquise ou congénitale, sur l’autre corde vocale.
Du point de vue épidémiologique, les nodules se retrouvent surtout chez la
femme adulte entre 20 et 40 ans, et chez l’enfant.
Chez l’enfant, ce sont les
petits garçons qui sont le plus souvent touchés.
On peut dire que les
nodules bilatéraux des cordes vocales représentent la complication ou l’aboutissement le plus directement corrélé avec la dysphonie dysfonctionnelle.
Cependant, Bouchayer et Cornut retrouvent, chez 20 %des
patients opérés de nodules, une micropalmure antérieure.
En somme, cette
anomalie congénitale mineure pourrait entraîner des perturbations vibratoires
susceptibles de favoriser l’apparition de nodules.
Cette hypothèse ne serait
vérifiée que si l’on connaissait la prévalence de la micropalmure antérieure
dans la population en général.
+ Polypes des cordes vocales
:
Ces lésions, fréquemment unilatérales, siègent souvent au point nodulaire,
mais également sur tout le reste de la glotte membraneuse.
Les polypes les
plus directement en relation avec la dysphonie dysfonctionnelle sont ceux qui
siègent au point nodulaire.
Cependant, de nombreux polypes siégeant sur la
face supérieure de la corde vocale semblent être les sentinelles d’un trouble
vibratoire lié à la présence d’une lésion intracordale invisible, comme un
sulcus ou un kyste épidermique.
Celle-ci devra donc toujours être recherchée
au-delà de la simple mise en évidence du polype.
Les polypes peuvent être sessiles ou pédiculés ; ils sont translucides ou
oedémateux, rougeâtres ou angiomateux.
Du point de vue histologique, ils
diffèrent également.
Les polypes angiomateux présentent, outre un oedème du
chorion, des dépôts de fibrine autour des vaisseaux qui s’organisent comme
un thrombus vasculaire.
Des néovaisseaux apparaissent. Une extravasation
plasmatique se fait à partir de l’endothélium rendu perméable par les facteurs
inflammatoires.
Des hémorragies peuvent se produire au niveau de cette néovascularisation.
Les polypes oedémateux sont caractérisés par un
oedème du chorion, une membrane basale épaissie et un épithélium
aminci.
+ OEdème de Reinke ou laryngite pseudomyxomateuse
:
La muqueuse d’une ou de deux cordes vocales est soulevée, comme soufflée
par l’oedème.
Elle peut prendre l’aspect classique de « vessie natatoire ».
L’histologie de ces lésions est semblable à celle des polypes oedémateux : le
chorion a ses fibres distendues par un exsudat qui peut être très important sous
un épithélium aminci.
Son étiologie associe classiquement le malmenage
vocal au tabagisme.
La dysfonction vocale vient ici s’ajouter à un autre
traumatisme pour la muqueuse des cordes vocales.
Cette pathologie est celle
de l’adulte entre 40 et 50 ans.
+ Hémorragies sous-muqueuses, dilatations capillaires et coup de fouet
laryngien
:
Il est classique de décrire l’hématome cordal et le coup de fouet laryngien
dans les complications laryngées des dysphonies dysfonctionnelles.
Contrairement aux autres lésions, il s’agit, dans ces deux pathologies, d’un
traumatisme aigu de la muqueuse de la corde vocale.
Ici, le surmenage vocal
est souvent au premier plan, même s’il est associé au malmenage.
Pour
l’hémorragie sous-muqueuse, la corde vocale présente un aspect rouge vif
plus ou moins étendu.
La vibration stroboscopique est diminuée ou abolie.
Les circonstances cliniques de ce genre de traumatisme sont, en général, assez
évocatrices : cris violents, accès de panique, etc.
Par ailleurs, les facteurs
favorisants sont les épisodes rhinopharyngés et, d’autre part, la période
prémenstruelle chez la femme, pendant laquelle cette dernière aurait une
fragilité capillaire liée à l’augmentation relative des oestrogènes.
Le coup de
fouet laryngien semble très rare et son existence même est remise en cause
par certains.
Il est classiquement attribué à une rupture des fibres du muscle
vocal lors d’un effort de voix particulièrement brutal.
L’aspect d’encoche au
niveau de l’apophyse vocale de l’aryténoïde serait un aspect cicatriciel posthémorragique.
+
Pathologies de la glotte postérieure : ulcères et granulomes
de contact
Ces lésions sont beaucoup plus rares que les précédentes.
Elles sont
retrouvées presque exclusivement chez l’homme adulte. Elles semblent très
influencées par le reflux gastro-oesophagien, la toux et le hemmage.
Cependant, on peut décrire un mécanisme de malmenage vocal qui leur est
associé : une hyperadduction des aryténoïdes lors des coups de glotte
entraînerait un traumatisme chronique de cette région.
L’apophyse vocale
serait également mise en vibration pour les sons de fréquence grave, avec
une grande amplitude de vibration qui augmente particulièrement les forces
de collision.
L’hyperadduction des apophyses vocales contrasterait avec une
béance glottique antérieure en phonation.
L’ulcère de contact est une lésion bilatérale symétrique qui siège à la face
interne de l’apophyse vocale.
Le centre de la lésion est occupé par une zone
cartilagineuse dénudée.
Au-delà, les bords sont rougeâtres.
L’évolution granulomateuse des bords de l’ulcère peut conduire à la formation d’un
véritable bourgeon granulomateux : le granulome de contact, le malmenage
vocal comme seule étiologie du granulome postérieur laryngé, est
relativement rare.