Dysphonies dysfonctionnelles (Suite)
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
3- Lésions laryngées associées à un dysfonctionnement vocal
:
Un certain nombre de lésions des cordes vocales sont susceptibles d’entraîner
des perturbations du fonctionnement vocal par des mécanismes de
compensation inadaptés.
Le surmenage vocal professionnel est très souvent à
l’origine de la « révélation de ces lésions ».
* Kystes muqueux par rétention :
Il s’agit de kystes vrais sous-muqueux à contenu mucoïde.
L’accumulation
de la sécrétion muqueuse à l’intérieur du kyste est due à l’obstruction du canal
excréteur.
Il se présente comme une voussure de couleur jaunâtre, plus ou
moins volumineuse.
Celle-ci bombe au niveau du bord libre et de la face
supérieure de la corde vocale.
Assez souvent, ce kyste déborde dans la zone
sous-cordale du bord libre de la corde vocale.
Il peut fréquemment être
confondu avec un nodule, surtout si une lésion de contact s’est développée
sur l’autre corde.
La stroboscopie permet alors souvent, mais pas toujours, de
soupçonner le kyste.
* Kystes épidermoïdes, sulcus glottidis, vergeture, pont muqueux
:
+ Kystes épidermiques
:
Lors de l’examen en laryngostroboscopie, un petit nombre de ces kystes est
facilement identifiable sous forme d’une voussure blanc nacré, au niveau
du tiers moyen de la face supérieure de la corde vocale.
Parfois, c’est un tableau de monocordite récidivante qui va faire soupçonner cette lésion.
On
peut faire le diagnostic également grâce à des altérations de la vibration
stroboscopique au niveau d’un épaississement du tiers moyen de la corde
vocale ou d’autres localisations.
Sur le plan anatomopathologique, le kyste
épidermique est une lésion plus ou moins arrondie, voire aplatie.
Il possède
une paroi située dans le chorion sous-muqueux.
Il peut infiltrer les fibres du
ligament cordal.
L’accumulation de squames à l’intérieur de la
cavité donne une coloration blanc nacré au liquide qui s’y trouve ;
le chorion autour du kyste est parfois inflammatoire.
Certains kystes se vident spontanément de leur
contenu grâce à un pertuis situé souvent un peu au-dessus du bord
libre.
+ Sulcus glottidis ou kystes ouverts
:
Cette fine dépression linéaire de la muqueuse cordale est parfois visible en
laryngoscopie à lumière continue.
Elle peut se situer sur toute la longueur de
la corde vocale ; c’est bien plus souvent la stroboscopie qui fait le diagnostic.
Depuis Bouchayer et Cornut, ces sulcus sont considérés comme des kystes
épidermiques ouverts.
Il s’agit d’une invagination de l’épithélium qui réalise,
dans le chorion, une poche.
Celle-ci peut aller jusqu’au ligament vocal en bas
et en dehors, et y adhérer.
Sur le plan histologique, les parois du sulcus sont
constituées par un épithélium pluristratifié, avec une hyperkératose qui
augmente au fur et à mesure que l’on va vers le fond de la poche.
+ Vergetures des cordes vocales :
Il s’agit d’une dépression atrophique, plus ou moins étendue, du bord libre de
la corde vocale.
En laryngoscopie indirecte, on peut observer un aspect de
glotte ovalaire en phonation si les vergetures sont bilatérales.
Sous
microscope, la berge inférieure est occupée par une structure fibreuse rigide
et la berge supérieure semble plus souple.
Le fond de la vergeture adhère
intimement au ligament cordal et ne coulisse plus par rapport à lui.
Sur le plan
histologique, on observe souvent une déhiscence des fibres conjonctivoélastiques du ligament cordal.
La muqueuse est atrophique et
adhère, à ces endroits, directement aux fibres musculaires.
Compte tenu de la
structure de ces lésions, le terme de vergeture semble plus adapté que celui de sulcus, qui était utilisé dans les descriptions historiques des glottes ovalaires.
+ Bride ou pont muqueux :
Comme son nom l’indique, il s’agit d’une petite bride muqueuse attachée en
avant et en arrière et libre sur toute sa longueur.
Elle est parallèle au bord libre
de la corde vocale.
Le pont muqueux est constitué par un épithélium
pluristratifié.
Il est, la plupart du temps, associé à un kyste épidermique,
ouvert ou fermé, ou à une vergeture.
Dysphonie dysfonctionnelle de l’enfant :
forme clinique spécifique
Il s’agit d’une affection fréquente chez l’enfant.
Elle semble nettement
prévalente chez le garçon, surtout en ce qui concerne les dysphonies avec
nodules des cordes vocales.
Dans la plupart des cas, l’enfant se plaint peu
de la modification de sa voix.
La consultation est fréquemment conseillée par
un enseignant de l’entourage de l’enfant.
Il est souvent très difficile de faire
préciser aux parents la date de début des troubles.
Parfois, le tableau peut
revêtir l’aspect d’une pathologie familiale, avec une dysphonie chez plusieurs
frères et soeurs ainsi que chez l’un des parents.
A - Facteurs associés à la dysphonie dysfonctionnelle
chez l’enfant
:
Le forçage et le surmenage vocal sont au premier plan de la physiopathologie
de la dysphonie dysfonctionnelle chez l’enfant, mais certains facteurs
associés jouent un rôle majeur dans le déclenchement ou la pérennisation du
trouble.
1- Infections rhinopharyngées et laryngées :
Les rhinopharyngites très fréquentes dans le premier âge, mais également
chez l’enfant d’âge scolaire, sont bien souvent responsables de hemmage, de
toux, voire de l’entretien d’une laryngite inflammatoire.
Cet état
inflammatoire est source de tensions laryngées et d’une certaine « habitude
dysphonique ».
2- Structure anatomique de la corde vocale du jeune enfant
:
Une ébauche de ligament vocal apparaît entre 1 et 4 ans (différenciation de la
couche superficielle par rapport aux couches intermédiaires et profondes).
Les deux autres couches ligamentaires ne commencent à se différencier qu’à
l’âge de 6 ans.
Le larynx de l’enfant est donc particulièrement réceptif à
l’inflammation, traumatique ou non.
– Les cris et les pleurs représentent un mode de communication « normal »
pour le jeune enfant.
La maturation de celui-ci sur le plan communicationnel
va, petit à petit, lui permettre de réduire le temps de pleurs et de cris, pourvu
que l’environnement éducatif le porte dans ce sens.
– Les modèles familiaux et éducatifs : toutes les études sur la voix de
l’enfant soulignent l’importance des habitudes vocales familiales (de la mère
en particulier) dans la structuration de la voix de l’enfant et dans la genèse des
dysphonies.
L’hyperactif joyeux et l’anxieux : ces deux profils psychologiques
apparemment opposés sont habituellement retrouvés chez les enfants
souffrant de dysphonie dysfonctionnelle.
Les contraintes exercées sur le
larynx, sous forme de tensions musculaires génératrices de
dysfonctionnement vocal, le seront donc à cause de cris de joie ou d’angoisse
retenue.
B - Données de l’interrogatoire
:
Comme chez l’adulte, on s’attache à faire préciser l’histoire du trouble par les
parents, mais il faut également évaluer la motivation de l’enfant à faire
évoluer la situation.
Chez les jeunes artistes, en panne de « performances
vocales », la motivation est bien plus présente que chez les petits joueurs
de foot ou de rugby, ou autres crieurs des stades.
La symptomatologie
acoustique et douloureuse diffère peu de celle de l’adulte.
C - Bilan vocal :
La possibilité d’évaluation clinique de la voix de l’enfant repose sur le climat
établi pendant la consultation.
Il ne faudra pas se contenter des plaintes
alléguées par la famille et l’entourage, mais tester l’enfant dans différentes
situations de communication.
Des images à décrire sont utilisées pour le petit qui ne sait pas lire, ainsi que
des comptines et autres petites chansons. Les perturbations gestuelles et
respiratoires sont patentes, dans certains cas.
L’hypertonie est présente dans
toute l’attitude phonatoire de l’enfant.
Dans d’autres cas, on trouvera des
tensions cervicales visibles, avec le menton projeté vers le haut et l’avant lors
des cris ou des appels, associées à une hypotonie abdominale souvent liée à
une hernie de la ligne blanche.
D - Examen du larynx
:
Il ne présente pas une difficulté technique particulière chez l’enfant puisque
la nasofibroscopie peut être réalisée chez le nourrisson.
L’examen à
l’épipharyngoscope en lumière stroboscopique est parfaitement réalisable à
partir de 3 ou 4 ans, chez les enfants particulièrement confiants.
Les
enregistrements vidéo, avec possibilité d’arrêt sur image, permettent
d’exploiter de très brèves prises de vue.
Malgré cela, dans certains cas, la
distinction entre des lésions bénignes d’aspect voisin de la corde vocale
s’affinera au cours du temps, grâce à une amélioration progressive de la
tolérance à l’examen par l’enfant qui grandit.
La diminution des épisodes
infectieux au cours du temps améliore également la discrimination de l’image
laryngée.
E - Aspects évolutifs généraux de la dysphonie de l’enfant
:
De nombreuses questions se posent quant à l’évolution de la dysphonie dysfonctionnelle de l’enfant.
Elles sont centrales pour la décision
thérapeutique qui peut conduire à une indication chirurgicale dans une
pathologie toujours bénigne chez l’enfant : la dysphonie de l’enfant fait-elle
celle de l’adulte ?
L’évolution est-elle similaire chez le garçon et chez la
fille ?
Dans la plupart des études, les nodules des cordes vocales sont plus
fréquemment retrouvés chez le petit garçon que chez la petite fille.
En
revanche, les femmes adultes présentent le plus souvent cette lésion.
Certaines études donnent des éléments de réponse.
Le nodule du petit
garçon a tendance à ne pas persister chez l’enfant qui a grandi, surtout s’il a
bénéficié d’une rééducation orthophonique.
Les nodules, chez la petite fille,
auraient plutôt la tendance inverse, avec persistance d’une image séquellaire
malgré l’orthophonie et possibilité de récidive après une amélioration
transitoire.
L’histoire naturelle des lésions dites congénitales reste à approfondir.
L’observation du pertuis du kyste épidermique, qui s’allonge avec la
croissance du larynx pour former ensuite un sulcus, n’est pas encore étayée
par des données statistiques.
Ces anomalies vibratoires importantes
qu’entraînent les kystes, sulcus et vergetures ne sont-elles jamais un facteur
étiologique associé au tabac pour la genèse des dysplasies, voire des cancers ?
F - Troubles de la période de la mue
:
Il est classique de décrire, dans les dysphonies dysfonctionnelles, les troubles
pouvant survenir à l’occasion de la mue.
Les modifications anatomiques
que subit le larynx à cette époque entraînent une transformation des
mécanismes vocaux importants chez le garçon qui doit alors s’adapter à cette
nouveauté.
La mue vocale existe également chez la jeune fille, mais la
transformation vibratoire est moins profonde.
Dans la plupart des cas, cette transformation se fait sans difficultés, en
quelques mois.
C’est la voix parlée qui se modifie en premier.
Chez le garçon
la voix fait irruption une octave plus bas, parfois en très peu de temps.
Le
mécanisme vibratoire « lourd » s’impose.
La voix chantée reste en mécanisme
laryngé léger pendant encore quelques temps.
Puis elle est touchée.
L’accès
aux sons les plus aigus devient difficile avant que ne s’installent les nouvelles
possibilités en voix grave.
Même dans ces cas de mue normale, l’émission de
la voix chantée pourra être difficile pendant quelques semaines à quelques
mois chez les garçons.
Elle sera instable et d’étendue limitée à ce moment-là.
Chez la jeune fille, cette période est moins difficile.
La croissance laryngée
est moindre.
La voix baisse d’une tierce.
La voix de la jeune fille passe
également par une période d’instabilité sensible au niveau du timbre.
Dans les cas de mue difficile, la période d’instabilité vocale dure parfois audelà
de 1 année et même, parfois, s’installe définitivement ainsi.
La voix
emprunte préférentiellement l’un des deux mécanismes, mais l’autre fait
irruption sous forme de « couac » tout au long du discours.
Il s’agit donc de
jeunes adultes ayant une voix particulièrement aiguë, avec des irruptions de
sons graves souvent sous forme de couacs, ou l’inverse.
Dans ces cas, on peut
évoquer une réticence de nature psychologique puisque, dans la majeure
partie des cas, il suffit de montrer au patient qu’il peut s’exprimer en totalité
en voix muée.
Il s’agit alors de « rééducations miracles » ; parfois la réticence
est plus importante et le traitement rééducatif sera plus long.
Il arrive que l’analyse des possibilités vocales ne montre pas, chez certains
jeunes adultes, l’existence d’autres possibilités de qualité vocale inutilisée.
La voix est souvent hypophonique, plutôt aiguë avec très souvent une
anomalie du timbre associée.
Il n’est pas rare de trouver des anomalies de la
muqueuse laryngée, comme des vergetures par exemple, sur le larynx de ces
patients.
Traitements :
A - Moyens
:
Dans la plupart des cas, le traitement des dysphonies dysfonctionnelles est à
la fois médical, rééducatif et chirurgical.
1- Traitements des affections rhinopharyngées et sinusiennes
et autres pathologies associées :
Une attention toute particulière est portée, pour les « professionnels de la
voix », à garder en permanence des voies aériennes supérieures parfaitement
saines.
En particulier, les épisodes infectieux légers doivent bénéficier, malgré
leur bénignité, d’un traitement et d’une prise en compte dans la conduite des
activités vocales.
La pathologie rhinosinusienne chronique est traitée dans le cadre de la
dysphonie par tout l’arsenal thérapeutique médical et chirurgical ORL,
allergologique et crénothérapique.
Le traitement du reflux gastro-oesophagien
et des autres pathologies associées, lorsqu’elles existent, est instauré.
2- Repos vocal :
La principale indication du repos vocal concerne la période postopératoire.
Il
est absolu, 6 jours, puis relatif.
Le chuchotement n’est jamais permis.
Un
repos vocal est également indiqué surtout pour « les professionnels de la voix
», les chanteurs en particulier, lors d’épisodes infectieux ORL ou autres
affections générales asthéniantes.
Il semble, en revanche, parfaitement inutile
de prescrire du repos vocal de façon itérative pour un dysfonctionnement
chronique, avec ou sans lésions, sans s’attacher à résoudre la cause profonde
des troubles par une rééducation orthophonique appropriée, associée ou non
à une indication de microchirurgie laryngée.
3- Consultation de psychologie ou de psychiatrie
:
Dans certains cas, le malmenage et le surmenage vocal sont profondément
ancrés dans une psychopathologie et les modifications de comportement ne
pourront pas être endossées par le patient sans une aide psychologique.
4- Rééducation vocale :
C’est la clé de voûte du traitement des dysphonies dysfonctionnelles.
L’information du patient en constitue le premier élément.
Il concerne le
fonctionnement normal du larynx et les axes du programme rééducatif
envisagé pour lui.
5- Hygiène vocale :
L’ensemble des situations dans lesquelles le patient s’exprime vocalement est
évalué.
Les excès les plus manifestes sont mis en évidence et proposés à
l’économie.
Le contrôle audiophonatoire, l’analyse de documents sonores ou filmés du
patient en situation vocale professionnelle permettent la correction rapide
d’anomalies qualitatives de l’utilisation vocale : coups de glotte, tics
phonatoires, utilisation d’une hauteur tonale systématiquement élevée ou
anormalement basse en situation professionnelle, etc.
6- Travail respiratoire et de verticalité
:
L’instauration de reprises d’air régulières pendant la phonation, coordonnées
à un relâchement du conduit buccal et pharyngé, le maintien de la
verticalité dans toutes les situations phonatoires, le maintien d’une ouverture
thoracique pendant la phonation, permettent très rapidement une amélioration
des symptômes les plus aigus de la dysphonie.
Un travail technique
approfondi de coordination souffle-voix, adapté à toutes les situations, sera
entrepris parallèlement.
7- Coordination pneumophonique et allègement phonatoire
:
En combinant les caractéristiques de certains sons du langage et une
phonation particulièrement allégée en exercices, on peut obtenir
progressivement une diminution du forçage vocal.
C’est grâce au choix des
phonèmes, au type phonatoire utilisé et au calendrier que peut être organisée
une rééducation par lésion.
8- Diminution des tensions laryngées et organisation d’un geste vocal
harmonieux :
L’établissement d’une gestuelle vocale dont les étages de tonicité forte se
situent, d’une part au niveau de la ceinture costoabdominale, d’autre part au
niveau de la zone résonantielle, permet d’éviter les tensions laryngées.
Un
travail de relaxation plus général est parfois nécessaire.
9- Microchirurgie :
Réalisée grâce aux micro-instruments ou, pour certaines indications, au laser,
son objectif est de restituer autant que possible la qualité vibratoire de la
muqueuse cordale.
En France, les séries les plus importantes ont été publiées
par Bouchayer.
Il a décrit les techniques et créé, pour cette chirurgie, une
instrumentation spécifique.
Toute microchirurgie cordale sera suivie d’un
silence absolu de 5 jours au minimum.
Pas de parole donc, ni forte ni faible,
pas de chuchotement, pas de sifflement, etc.
Ce silence conditionne une partie de la qualité du résultat vocal.
La reprise phonatoire se fera après contrôle
laryngé dans le cadre d’une « convalescence vocale » dont les modalités
peuvent varier.
Cependant, le cri et la voix, soutenus ou projetés, seront
prohibés pendant au moins 1 mois.
On pourra détailler utilement pour le
patient toutes les situations dans lesquelles il sollicite ses cordes vocales,
parfois sans le savoir : soupirs, efforts physiques, etc.
Les professionnels du
spectacle doivent prévoir entre 1 et 3 mois d’absence du devant de la scène.
La reprise vocale se fera lors du contrôle laryngé, la première séance
d’orthophonie peut avoir lieu dans les jours qui suivent (en respectant
toutefois certaines règles de contenu).
Chez l’enfant, cette chirurgie ne se fera pas avant l’âge de 9 ou 10 ans, le
silence postopératoire pouvant difficilement être obtenu avant.
D’autre
part, les habitudes de malmenage commencent à diminuer ou à disparaître à
ce moment-là.
B - Indications thérapeutiques chez l’adulte :
Dans les dysphonies dysfonctionnelles, deux types de questions d’indication
thérapeutique se posent.
La première concerne, bien sûr, la question de la
lésion à opérer ou non.
La seconde, le nombre et la périodicité des séances
d’orthophonie qui seront pratiquées, seules ou en encadrement de la chirurgie.
1- Dysphonies sans lésions de la muqueuse laryngée
:
La rééducation vocale est indiquée, en particulier dans les formes présentant
une fente glottique postérieure, mais également dans tous les autres types de
dysfonctionnement.
Une première prescription de 15 séances est prolongée,
dans la plupart des cas après un bilan acoustique et laryngé.
Cette première
série doit permettre la prise de conscience du malmenage et du surmenage
vocal, et la mise en place de modifications volontaires du geste.
Lorsque ce
premier objectif est atteint, la prolongation d’une ou plusieurs séries de
15 séances doit permettre l’automatisation du nouveau comportement
phonatoire.
Si la première série n’a pas amené de modification, même minime
et sur commande du geste vocal, on peut parfois aider le patient à s’orienter
vers une prise en charge psychothérapique.
2- Nodules et formations nodulaires :
L’indication d’opérabilité est, en général, portée sur des critères d’ancienneté.
La taille et la forme de la lésion permettent d’évaluer le pronostic de
disparition des nodules avec la rééducation.
Des nodules souples, s’écrasant
bien en phonation, ont de fortes chances de disparaître avec la rééducation
seule.
Des formations plus anciennes, très hyperkératosiques, avec des
rigidités stroboscopiques, sont moins susceptibles de régresser.
L’intensité
des signes acoustiques, l’existence d’épisodes aigus d’aphonie, permettent
également d’évaluer l’intérêt de l’indication chirurgicale qui, on le voit, est
loin d’être absolue.
Même lorsque les éléments de laryngoscopie rendent improbable la
disparition de la lésion sans microchirurgie, il est parfois difficile de
convaincre les patients de la nécessité d’un geste chirurgical sous anesthésie
générale pour une pathologie au demeurant bénigne.
Lorsque l’indication chirurgicale a été comprise et acceptée, 15 séances au
minimum seront nécessaires en préopératoire pour éviter les récidives
précoces.
Quinze à 30 séances postopératoires assureront le résultat dans la
durée.
Chez certains enseignants, il peut être utile de renouveler la
prescription d’une dizaine de séances à la rentrée scolaire pendant quelques
années.
3- Polypes sur cordes vocales saines :
On peut, dans de nombreux cas, faire pratiquer une rééducation préopératoire
courte : cinq à dix séances d’orthophonie, puis une ablation
microchirurgicale.
Quinze à 30 séances postopératoires seront
éventuellement renouvelables en fonction de la profession.
4- OEdème de Reinke :
Des études récentes prouvent la nécessité d’un traitement associant l’arrêt du
tabac, la cure chirurgicale et la rééducation vocale pour assurer, de façon
durable, l’amélioration laryngée et vocale.
5- Kystes épidermiques et sulcus glottidis :
Si l’on considère que l’altération muqueuse est à l’origine de la dysfonction
glottique, une préparation courte, entre cinq et dix séances, puis une
intervention, suivie d’une réadaptation plus longue, une ou deux séries de
15 séances, devront apporter une aide substantielle à ces patients.
6- Vergetures des cordes vocales :
Dans l’état actuel des techniques, la cure chirurgicale des vergetures
laryngées, si elle apporte souvent une bonne amélioration du confort
phonatoire des patients, ne transforme pas radicalement la qualité acoustique
de la voix de ces patients comme les interventions pour nodules des cordes
vocales, par exemple.
Les patients qui opteront pour l’intervention, munis de
ce type d’information, feront une rééducation préopératoire courte et une
rééducation postopératoire plus longue.
7- Ulcères et granulomes de contact :
L’exérèse en microchirurgie peut être envisagée d’emblée si le granulome est
obstructif, a fortiori s’il existe un doute diagnostique.
Cependant, elle ne
s’impose pas dans la majorité des autres cas car elle est pourvoyeuse d’un fort
pourcentage de récidives.
La rééducation orthophonique va permettre de
diminuer le martelage postérieur et le serrage sus-glottique.
Le traitement du
reflux gastro-oesophagien, souvent associé, sera démarré en même temps.
C - Indications thérapeutiques chez les enfants :
Il est très difficile d’établir un modèle d’indication thérapeutique unique pour
tous les enfants porteurs de dysphonie dysfonctionnelle.
Ils viennent consulter
à des âges très différents.
Il est parfois difficile de faire préciser l’ancienneté
des troubles.
La motivation des familles à faire évoluer la voix est parfois
assez faible. Inversement, dans certains milieux, on attache une importance
majeure à la qualité de la voix des petits.
C’est le cas des enfants ayant un
projet musical, vocal ou non.
Ce sont des enfants à qui l’on demande d’être
performants vocalement.
La notion d’étalement du traitement et du suivi dans le temps doit apparaître
dès la première consultation. Celui-ci va en effet durer de l’âge de la première
consultation à celui de 9 ou 10 ans, où l’on pourra proposer l’intervention.
À
l’issue de la première consultation, qui met l’accent sur les relations entre la
dysphonie et le surmenage vocal, parfois familial, on peut évaluer la
motivation des familles.
Dans le cas des enfants et familles non motivés : on les incite, malgré la
bénignité des lésions, à faire pratiquer un bilan vocal annuel.
Dans le cas des
enfants et des familles motivés, on prépare, sur 3 ou 4 ans, une éventuelle
intervention par une rééducation vocale fractionnée : 15 séances consécutives
la première fois, puis quelques séances trimestrielles (cinq ou six).
On peut
également arrêter, quelques mois ou plus, toute forme de rééducation.
1- Nodules des cordes vocales et formations nodulaires
:
Les indications de microchirurgie pour nodules des cordes vocales chez les
enfants sont relativement rares dans toutes les écoles.
Elle concerne
principalement des enfants qui ont besoin de performances vocales.
Ces
interventions ont lieu à partir de l’âge de 9 ou 10 ans après, au minimum,
cinq séances d’orthophonie.
2- Kystes épidermiques et sulcus glottidis :
La cure chirurgicale est beaucoup plus souvent proposée, eu égard à l’origine
de la lésion, dans le cas où l’intervention est acceptée par la famille et l’enfant.
Une rééducation orthophonique préopératoire peut suffire.
Le nombre des
séances nécessaire après l’intervention est souvent faible, entre dix et 15.
De très nombreux progrès ont été effectués dans le domaine de
l’évaluation et du traitement de ces dysphonies.
La phonochirurgie est
en première ligne de ces avancées.
L’amélioration de la définition des
contenus rééducatifs et des indications thérapeutiques est également
notoire.
La compréhension scientifique du mécanisme du « forçage
vocal » permettra peut-être de répondre à la question nosologique qui
reste malgré tout en suspens : on peut se demander en effet si des
troubles de coordination et d’adaptation des organes intervenant dans
la voix, susceptibles de créer des anomalies de la muqueuse, et des
anomalies de la muqueuse entraînant des mécanismes défavorables
d’adaptation laryngée, restent à juste titre regroupés sous le vocable
« dysphonies dysfonctionnelles ».