La fréquence de la diverticulose est en fait mal connue
en raison de son caractère asymptomatique.
Par ailleurs,
les chiffres diffèrent selon que l’on considère des données
radiologiques, chirurgicales ou autopsiques.
Néanmoins certains points sont acquis.
La prévalence de
diverticulose colique varie en fonction de :
– l’âge : exceptionnelle chez l’enfant et l’adulte jeune
(chez qui elle est souvent associée à des maladies du
tissu conjonctif telles que les maladies de Marfan et
d’Ehlers-Danlos), elle atteint 10 % des sujets de 40 ans,
30 % de 60 ans, et plus de 40 % après 80 ans ;
– la répartition géographique : elle est plus fréquente
dans les pays industrialisés où sa prévalence est en
constante augmentation depuis le début du siècle.
La
modification des habitudes alimentaires avec une diminution
de l’ingestion des fibres alimentaires est certainement
un facteur important pour expliquer ces différences.
Enfin, la fréquence des complications semble en augmentation
notamment du fait de la consommation
accrue d’anti-inflammatoires et d’aspirine chez les
sujets âgés.
Physiopathologie :
Deux mécanismes concourent à la formation des diverticules
coliques :
– l’augmentation de la pression intraluminale : un régime
pauvre en fibres végétales diminue le volume fécal.
Il en résulte des anomalies acquises de la motricité
colique, créant des chambres à haute pression, favorisant
une hernie de la muqueuse au niveau des points de
faiblesse de la paroi que sont les zones de pénétration
des vaisseaux ;
– des anomalies acquises de la paroi colique avec un
épaississement des bandelettes longitudinales, les tænia coli, entraînant une contraction musculaire exagérée de
la paroi colique tout en augmentant sa distensibilité.
Ces
anomalies s’accentuent avec l’âge.
Anatomopathologie :
Chaque diverticule est une poche de muqueuse et de sous-muqueuse, passant à travers la musculeuse et
recouvert à l’extérieur par la séreuse.
Il communique
avec la lumière colique par un collet.
Le nombre et la
taille des diverticules sont variables, de 1 à plusieurs
dizaines, de quelques millimètres à plusieurs centimètres.
Les diverticules peuvent siéger sur l’ensemble du côlon.
Dans deux tiers des cas, ils se situent au niveau du sigmoïde
et dans 30 % des cas, ils touchent le sigmoïde et
une autre portion du côlon.
On les retrouve aussi, quelquefois,
uniquement au niveau du côlon droit.
Le rectum,
en raison de son anatomie (disparition des couches
musculaires) en est indemne.
Diagnostic :
La diverticulose colique simple est habituellement
asymptomatique.
Plus rarement, le patient présente des
symptômes aspécifiques (troubles du transit, douleurs
abdominales mal systématisées, ballonnements) amenant
à la réalisation d’examens complémentaires.
Il faut, par
ailleurs, noter la fréquente association de diverticules et de
troubles fonctionnels intestinaux (TFI).
Le plus souvent,
ce sont ces derniers qui sont responsables des symptômes
plus que les diverticules eux-mêmes.
L’examen clinique est pauvre ; parfois la palpation de la
fosse iliaque gauche réveille une douleur sans spécificité.
La numération formule sanguine ainsi que l’ionogramme
sanguin sont normaux.
La coloscopie, réalisée de
façon attentive en raison du risque de perforation,
démontre la présence de diverticules et s’assure de l'absence d’autres anomalies de la muqueuse.
Si la coloscopie
a pu visualiser l’ensemble de la muqueuse colique,
aucun autre examen n’est utile.
Dans le cas contraire, on
réalise un lavement baryté qui montre de nombreuses
images d’addition sur les bords ou les faces du côlon,
éventuellement associées à aspect spastique, réalisant la
classique « pile d’assiettes ».
Évolution et complications :
1- Évolution
:
La grande majorité des sujets atteints de diverticulose
reste asymptomatique.
Certains vont se plaindre de douleurs
abdominales sans expression clinique ni biologique
et il est probable que ces manifestations sont, en
fait, plus des signes d’intestin irritable que de douleur
d’origine diverticulaire.
Un tiers va cependant avoir une
complication, le plus souvent infectieuse.
2- Complications :
Dans les diverticules, les matières fécales peuvent stagner,
durcir et éroder les vaisseaux de la paroi, entraînant une
hémorragie.
Une infection peut survenir avec inflammation,
obstruction du collet diverticulaire et pullulation
microbienne en profondeur.
Un abcès péri-colique peut se
former, s’ouvrir dans la cavité péritonéale ou dans un
organe voisin, le plus souvent la vessie. Une occlusion
colique est parfois la conséquence de poussées successives
de diverticules, créant une périsigmoïdite scléro-lipomateuse.
Rien ne peut laisser prévoir l’inflammation d’une
diverticulose, cependant la prise d’anti-inflammatoires
pourrait la favoriser.
• Hémorragie des diverticules coliques : l’hémorragie
complique classiquement 10 à 30 % des diverticuloses.
Elle est due à l’action mécanique d’un coprolithe (bouchon
de selles durci) qui érode la mince paroi du sac diverticulaire
et l’artériole sous-jacente. Parfois, on retrouve une cause favorisante telle que la prise d’anti-inflammatoires
non stéroïdiens ou d’aspirine.
Cliniquement, le saignement survient brutalement et est
souvent abondant, fait de sang rouge avec des caillots
entremêlés de sang noir ou brunâtre.
En plus de l’examen
général du patient, on doit rechercher des lésions anorectales, en particulier une ulcération thermométrique
ou une tumeur rectale.
Le patient souvent âgé doit
être hospitalisé en unité de soins intensifs pour apprécier
et surveiller la tolérance hémodynamique et la volémie,
et au besoin la restaurer par des transfusions.
La conduite à tenir dépend de l’évolution et 2 cas peuvent
se présenter :
– le saignement s’est tari spontanément (80 % des cas) :
on réalise « à froid » une coloscopie totale, après une
bonne préparation colique.
Elle permet de vérifier la présence
de diverticules coliques, d’éliminer les autres causes
de rectorragie (angiodysplasie en premier lieu, colite
ischémique, cancer du côlon) mais découvre rarement le
diverticule responsable de l’hémorragie, qui se présente
sous forme d’un caillot adhérant au collet diverticulaire.
Le traitement est symptomatique et consiste, si la spoliation
sanguine le justifie, en transfusions sanguines et éventuellement
correction d’un trouble de la coagulation ;
– Le saignement persiste : la présence de sang et de
matières fécales gêne considérablement la réalisation de la
coloscopie.
L’artériographie sélective et mésentérique des
artères mésentériques supérieures et inférieures trouve ici
une indication de choix.
Elle permet :
. d’exclure les autres causes d’hémorragie (angiodysplasie,
tumeur, ischémie) ;
. de localiser le diverticule responsable, soit en raison
d’une image de fuite artérielle si le débit est supérieur à 0,5
mL/min, soit le plus souvent en montrant une flaque de
produit de contraste, témoignant de l’extravasation ;
. si l’origine du saignement a été authentifiée, de tenter un
traitement non chirurgical par infusion intra-artérielle de
vasopressine ou par embolisation sélective ;
. d’orienter le geste chirurgical si l’indication opératoire
est posée.
Dans les cas très rares où l’abondance de l’hémorragie
impose l’intervention rapide sans que le siège du saignement
soit connu, la tendance actuelle est de réaliser une
colectomie totale avec anastomose iléo-rectale protégée
par une iléostomie temporaire.
• La poussée de diverticulite sigmoïdienne : c’est la complication
la plus fréquente de la maladie diverticulaire.
Elle touche aussi bien l’homme que la femme avec 2 pics
de fréquence, le premier entre 50 et 60 ans,
le second après 80 ans.
Cliniquement, il s’agit d’une douleur
continue, modérée, siégeant dans la fosse iliaque
gauche ou sous l’ombilic, sans irradiation. Le transit est le
plus souvent normal, les vomissements sont inconstants.
On observe, rarement, une hémorragie digestive basse.
Il
peut s’y associer des troubles urinaires qui égarent le diagnostic.
La température est habituellement inférieure ou
égale à 38,5°C.
L’examen du flanc gauche retrouve 1 fois
sur 2 une défense, parfois une masse abdominale.
– Biologiquement on note une hyperleucocytose entre 10 000 et 15 000 par mm 3 prédominant sur les polynucléaires
neutrophiles.
– Sur le cliché de l’abdomen sans préparation, l’aérocolie
et les niveaux liquides sont rares mais orientent le
diagnostic vers une origine digestive.
Le lavement est
rarement normal.
Il sera réalisé de préférence avec un
produit hydrosoluble, afin d’éviter, en cas de perforation,
le passage de baryte dans la cavité péritonéale.
Trois signes sont évocateurs : la présence de diverticules,
un rétrécissement allongé, irrégulier voire une
sténose complète ou, au contraire, une ébauche de compression
extrinsèque par une masse inflammatoire extraluminale,
enfin une fixation de l’anse sigmoïdienne aux
différents temps et sur les différentes incidences.
Le
scanner abdominal permet très souvent d’affirmer le
diagnostic de diverticulite, lorsque le lavement aux
hydrosolubles n’a pas apporté d’élément diagnostique
positif.
La coloscopie n’est généralement pas réalisée en
période de poussée.
– Le traitement associe de la glace sur le ventre, des
antispasmodiques et une antibiothérapie parentérale active
sur les germes gram-négatifs, les anaérobies et les
entérocoques.
Il s’agit habituellement d’une bi-antibiothérapie
comprenant par exemple amoxicilline + acide
clavulanique, associés à un aminoside pendant 10 jours.
Si au bout de 48 heures n’apparaissent pas les premiers
signes d’amélioration (chute de la fièvre, sédation de la
douleur, diminution du syndrome inflammatoire), il faut
rechercher d’autres complications, en particulier un abcès péricolique.
L’attitude chirurgicale actuelle consiste à
étendre les indications de la sigmoïdectomie prophylactique
à tous les patients, à distance de l’épisode infectieux,
en l’absence de risque opératoire.
Cette attitude
est dictée par la forte probabilité d’une récidive et la
morbidité élevée qui l’accompagne.
• Un abcès est habituellement la conséquence de la
perforation d’un diverticule plutôt que de la diffusion
d’une infection à partir d’une diverticulite avec périsigmoïdite.
Sa localisation peut être péricolique, mésentérique
ou abdomino-pelvienne.
Cliniquement, la fièvre
est constante et la palpation abdominale retrouve dans la
moitié des cas une masse du flanc gauche.
Biologiquement le syndrome inflammatoire est franc.
L’absence de signes cliniques et biologiques spécifiques
rend le diagnostic difficile.
C’est la persistance de la
symptomatologie sous un traitement bien conduit qui
amènera à évoquer un abcès plus qu’une poussée de diverticulite.
La tomodensitométrie abdominale est
l’examen le plus performant : elle met en évidence un
épaississement pseudotumoral de la paroi colique, une
inflammation péricolique avec épaississement et hétérogénéité
de la graisse, et une collection liquidienne péricolique
contenant ou non du gaz.
L’injection du produit
de contraste se traduit par un rehaussement de densité
des parois de l’abcès.
– La prise en charge comprend dans un premier temps
un traitement médical associant des antispasmodiques et
une antibiothérapie intraveineuse ainsi que le drainage radiologique de l’abcès.
Dans un second temps (en
moyenne 3 semaines) sera réalisée une résection sigmoïdienne
avec rétablissement de la continuité en un temps.
• Les fistules succèdent à des épisodes de diverticulites
subaiguës non traitées et récidivantes.
La fistule interne
se développe lorsque les organes de voisinage viennent
s’accoler au côlon dans la zone atteinte par l’inflammation.
La plus fréquente est la fistule colo-vésicale, elle
peut se manifester par une pneumaturie, une fécalurie,
des infections urinaires à répétition.
Le diagnostic est
fait par la tomodensitométrie abdomino-pelvienne, surtout
lorsqu’elle objective la présence de gaz dans la vessie
ou lorsqu’elle matérialise le trajet fistuleux lors de
l’opacification du côlon.
La fistule colo-vaginale est favorisée par une hystérectomie
préalable.
Elle se manifeste par des pertes vaginales
malodorantes voire fécaloïdes.
Beaucoup plus rarement,
il existe des fistules colo-coliques, colo-cutanées, coloentérales,
colo-utérines.
Le traitement est là aussi chirurgical,
de préférence réalisé à froid, lorsque la fistule est
devenue chronique sans infection évolutive.
Il consiste en
une résection sigmoïdienne avec fermeture de la fistule.
• Péritonites d’origine diverticulaire : complications très
graves mais rares, elles sont dues soit à la rupture directe
d’un diverticule, et réalisent alors une péritonite pyostercorale,
soit à l’ouverture dans la cavité abdominale d’un
abcès périsigmoïdien, soit à la diffusion d’une diverticulite
aiguë.
L’inoculation bactérienne est polymicrobienne,
associant des entérobactéries (Escherichia coli le plus
souvent), des anaérobies (Bacteroïdes fragilis surtout)
parfois des streptocoques (Streptococcus fæcalis notamment).
– Le tableau clinique est brutal : la douleur s’installe
rapidement au niveau de l’hypogastre ou sous l’ombilic.
Les nausées, les vomissements et l’arrêt du transit complètent
le tableau typique.
À l’examen clinique, la
contracture est de règle, parfois remplacée par une
défense généralisée ou localisée au niveau sous-ombilical.
Les touchers pelviens déclenchent une douleur vive
du cul-de-sac de Douglas.
Parfois le tableau est très
grave avec choc septique.
– Il existe une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles.
Le cliché d’abdomen sans préparation peut
mettre en évidence un pneumopéritoine (évoquant une
origine sigmoïdienne lorsqu’il est abondant et siège
sous les 2 coupoles) et des anses intestinales distendues,
en raison de l’iléus réactionnel à la péritonite.
La tomodensitométrie
abdominale, si elle est réalisée, montre un
côlon épaissi et diverticulaire, l’épanchement abdominal
et parfois la fuite du produit de contraste introduit par
l’anus.
– Le traitement débute par les mesures de réanimation et
la mise en route d’une antibiothérapie de façon à amener
le patient dans les meilleures conditions au bloc opératoire.
On réalise ensuite une exérèse colique avec fermeture
du moignon rectal et extériorisation du côlon
d’amont en colostomie terminale (opération de Hartmann) suivie d’un lavage péritonéal.
La continuité
est rétablie dans un second temps, souvent 3 à 4 mois
après l’épisode initial.
• Sténose et occlusion colique : la sténose colique est
habituellement la conséquence de nombreuses poussées
de diverticulite.
Les lésions responsables sont intrapariétales
avec oedème et sclérose sous-muqueux à prédominance
périsigmoïdienne.
La muqueuse est donc saine.
Les sténoses se traduisent par des douleurs de la fosse
iliaque gauche, un arrêt du transit, des nausées et parfois
des vomissements.
À l’examen clinique, on note un
météorisme abdominal et, dans certains cas, une masse
dans la fosse iliaque gauche.
Il n’y a généralement pas
de syndrome inflammatoire.
La principale préoccupation
est d’éliminer une lésion cancéreuse par la réalisation
d’une coloscopie avec biopsies.
Le traitement est médical dans un premier temps, associant
une réhydratation intraveineuse et une aspiration
digestive.
L’occlusion est plus un signe qu’une complication.
Elle est de nature réflexe par iléus au contact
d’un foyer septique intrapéritonéal ou mécanique dans
les rares cas d’une sténose très serrée.
Principe de traitement :
• Le traitement médical de la diverticulose non compliquée
repose sur des mesures hygiéno-diététiques (régime
riche en fibres alimentaires) et la lutte contre la
constipation par des laxatifs non irritants.
Aucune thérapeutique
n’a fait la preuve de son efficacité dans la prévention
des complications infectieuses.
• Le traitement chirurgical, jusqu’ici réservé aux complications
récidivantes, est plus volontiers proposé dès la
première poussée infectieuse traitée médicalement avec
succès, surtout si le patient a moins de 50 ans, s’il est
obèse ou immunodéprimé.
Il consiste en une colectomie
partielle enlevant le sigmoïde, suivie d’une anastomose colo-rectale dans le même temps.