Diarrhée chronique de l’adulte
Cours de gastrologie
Reconnaître l’existence d’une diarrhée chronique est en
général facile mais le diagnostic étiologique est parfois
difficile car les causes possibles sont nombreuses.
Une
démarche mal maîtrisée risque de conduire à la prescription
d’examens complémentaires inutiles, coûteux et
parfois dangereux.
La meilleure démarche diagnostique
consiste à recueillir de façon très méthodique tous les
éléments d’orientation clinique et à choisir les examens
complémentaires à partir de ces données d’orientation
(qui les limitent).
En l’absence de toute orientation (ce
qui est plus rare), les examens seront hiérarchisés suivant
des schémas validés, initialement établis à partir d’une
logique d’économie et d’efficacité.
Ce n’est qu’en cas
de suspicion sérieuse que les examens permettant un
diagnostic très précis doivent être entrepris.
Définition
:
Un sujet sain soumis à une alimentation de type occidental
émet en moyenne 60 à 150 g de selles par jour en 1 à
3 fois.
Une diarrhée chronique se caractérise par une
augmentation du débit fécal (> 200 g/j) évoluant depuis
plus d’un mois.
En pratique clinique, on parle de diarrhée
lorsque les selles sont trop nombreuses (> 3/j) et (ou)
liquides mais cette définition moins précise peut conduire
à des erreurs par excès ou par défaut.
Dans les cas
douteux, il faut donc recourir à la mesure du débit fécal.
Trois diagnostics doivent être éliminés (ce qui est facile) :
une fausse diarrhée de constipation, un syndrome rectal
et une incontinence anale.
La fausse diarrhée de constipation
se caractérise par des selles certes souvent
liquides mais aussi souvent précédées par l’émission
d’un bouchon dur, et (ou) contenant des scybales
(petites selles dures) et (ou) alternant avec des périodes
de constipation ; les fibres ou les mucilages la suppriment.
Le syndrome rectal se caractérise souvent par un
nombre accru d’émissions rectales ; il doit être évoqué si
chaque évacuation n’est que de faible abondance
(« crachat rectal ») et (ou) s’il existe des émissions de
sang ou de glaires et (ou) si le toucher rectal révèle une
anomalie. Une incontinence fécale est parfois qualifiée
à tort de diarrhée par le malade ; ce diagnostic est
éliminé par l’interrogatoire, l’examen anorecto-périnéal,
voire (ce qui est très rarement nécessaire) la mesure
du débit fécal.
Orientation diagnostique :
A - Examen clinique :
Un interrogatoire et un examen clinique minutieux fournissent
dans la majorité des cas les éléments clés d’un
diagnostic étiologique précis ou, en tout cas d’une
orientation diagnostique fiable permettant de restreindre
les examens complémentaires.
Les 3 groupes d’éléments
à analyser sont les caractères cliniques de la diarrhée, les
signes associés et le contexte.
1- Caractères de la diarrhée :
Il faut préciser : le nombre, l’horaire (diurne ou nocturne,
post-prandial…), l’abondance et le caractère impérieux
des émissions ; l’aspect des selles (selles grasses, « huilant »
le papier, flottant dans la cuvette, selles fécales ou
hydriques, mousseuses, décolorées) ; la présence d’éléments
anormaux (pus, glaires, sang, aliments non digérés
ingérés avant la selle) ; les facteurs aggravants et calmants
(repas, médicaments, stress).
La présence de selles émises pendant la nuit évoque très
fortement une cause organique (c’est-à-dire différente
de l’intestin irritable) de même que l’abondance de la
diarrhée.
Un aspect graisseux des matières avec un
surnageant huileux fait évoquer une stéatorrhée et donc
une malabsorption des graisses (par maldigestion ou
malabsorption).
La présence de pus, de sang ou de
glaires témoigne de la présence de lésions dans le tube
digestif.
L’élimination de selles au décours immédiat
des repas et surtout d’aliments non digérés peu de temps
après leur ingestion suggère une diarrhée motrice
(accélération du transit).
Une disparition de la diarrhée
pendant les périodes de repos (vacances, week-ends),
l’aggravation pendant les périodes de stress et (ou) l’efficacité
de doses faibles de médicaments ralentisseurs
du transit évoquent une origine fonctionnelle mais
n’écartent pas une cause organique.
2- Signes associés fonctionnels, généraux
et physiques :
La diarrhée est rarement un signe isolé et les signes
associés ont souvent une grande valeur d’orientation.
Il
faut rechercher par l’interrogatoire et l’examen physique
d’autres symptômes digestifs ou extradigestifs et (ou)
généraux : coliques abdominales, douleur ulcéreuse ou
pancréatique, syndrome occlusif, syndrome rectal, syndrome
dysentérique, hépatomégalie tumorale, amaigrissement,
fièvre, anorexie ou conservation de l’appétit.
Les principaux signes extradigestifs à rechercher sont
les aphtes, les arthralgies, les lésions cutanées, les
flushs, un ictère, les signes de carence vitaminique, les
atteintes oculaires, une tachycardie, un goitre, l’existence
d’une neuropathie centrale ou périphérique, d’une hypotension
orthostatique et d’infections à répétition ORL ou
bronchiques.
3- Antécédents personnels, familiaux
et habitudes :
Il faut rechercher toutes les prises médicamenteuses
(y compris les laxatifs, le magnésium et les pansements
gastriques) et leur chronologie par rapport à l’apparition
de la diarrhée ; le suivi de régimes atypiques (excès de
lait, miel, sucreries) ; les antécédents personnels médicaux
(diabète, radiothérapie…) ou chirurgicaux digestifs ; les
antécédents familiaux de polypes ou cancer colique, de
maladies inflammatoires de l’intestin, de maladies neuro-endocrines… ; un alcoolisme chronique ; des
facteurs de risque pour le virus de l’immunodéficience
humaine (VIH).
À l’issue de cet examen clinique complet, une cause (ou
un groupe de causes) est souvent fortement suspectée
qui doit être confirmée par des examens complémentaires
appropriés.
Les 7 principales causes sont lésionnelles,
motrices, osmotiques, sécrétoires, les malabsorptions,
les entéropathies exsudatives et d’exceptionnelles
diarrhées volumogéniques.
Plus rarement, aucune
orientation diagnostique ne s’impose et des examens
complémentaires non orientés doivent être prescrits.
Ces
derniers sont choisis sur leur bon rapport efficacité-coûtrisque.
B - Examens complémentaires :
En l’absence d’éléments cliniques décisifs, certains
examens complémentaires simples doivent être entrepris
afin de classer la diarrhée dans l’un des 7 groupes de
causes déjà cités.
1- Examens biologiques :
Les examens biologiques de « débrouillage » incluent :
ionogramme sanguin, numération formule sanguine
(NFS), vitesse de sédimentation (VS), taux de prothrombine
(TP), calcémie, glycémie, électrophorèse des
protides, cholestérol, sérologie VIH (si besoin) et TSH
(thyroid stimulating hormone).
2- Examens morphologiques
:
Bien qu’assez coûteux et parfois dangereux, ils dominent
désormais la démarche diagnostique des diarrhées chroniques
du fait de leur rentabilité diagnostique élevée
(diarrhées lésionnelles, malabsorption d’origine intestinale,
certaines diarrhées sécrétoires et entéropathies exsudatives).
L’endoscopie haute et basse est souvent réalisée
au cours de la même séance sous anesthésie.
Des biopsies
doivent être réalisées sur toute lésion mais aussi de
manière systématique, même en l’absence d’anomalie
macroscopique, aux niveaux duodénal, iléal et colique.
Le transit baryté de l’intestin grêle et une échographie
abdominale (examinant le pancréas) complètent au
besoin ce bilan morphologique.
3- Examens des selles :
Un examen parasitologique des selles doit être réalisé
sur des selles émises au laboratoire et au besoin répété
en cas de sujet à risque (voyageur).
La coproculture
est en revanche sans intérêt en l’absence d’un déficit
immunitaire acquis ou congénital ou d’une prise
récente d’antibiotiques (rechercher alors Clostridium
difficile).
Un fécalogramme peut être réalisé d’emblée
ou en fonction des résultats des examens morphologiques.
Le sujet rajoute à son alimentation habituelle
60 g de beurre par jour et ses selles sont recueillies
sur 3 jours pour mesurer le débit fécal, les graisses
fécales et la clairance de l’alpha-1-antitrypsine.
Une
recherche de laxatifs anthraquinoniques peut être
demandée en cas de doute ainsi qu’un ionogramme
fécal si les selles sont très liquides.
Diagnostic étiologique
:
A - Diarrhées lésionnelles
:
Beaucoup de diarrhées chroniques sont dues (liées) à la
présence de lésions dans le côlon ou l’intestin grêle
distal et (ou) proximal.
L’analyse morphologique
macroscopique et microscopique (analyse histologique
de biopsies) de ces lésions permet un diagnostic
précis très efficace.
Cela justifie d’isoler ce groupe de
diarrhées même si les mécanismes de la diarrhée sont
parfois hétérogènes (sécrétoires, exsudatifs ou par
malabsorption).
1- Causes :
• Lésions tumorales : il s’agit, pour l’essentiel, des
adénocarcinomes rectocoliques, des tumeurs villeuses,
et plus rarement de lymphomes.
• Lésions inflammatoires : il s’agit, pour l’essentiel,
des maladies inflammatoires cryptogénétiques de l’intestin
(maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique),
des colites ischémiques, des entérocolites radiques,
médicamenteuses [antibiotiques, anti-inflammatoires
non stéroïdiens (AINS), sels d’or, etc.] et infectieuses
(amibes, tuberculose ou Yersinia, les autres germes
bactériens viraux ou parasitaires se rencontrant essentiellement
chez l’immunodéprimé).
2- Orientation :
Ces causes étant fréquentes, il faut y penser systématiquement.
On est parfois cependant très orienté par
la clinique : présence de sang, pus, glaires dans les
selles, douleurs abdominales, signes généraux, signes extradigestifs de maladies inflammatoires de l’intestin
(aphtes, érythème noueux, arthrites, atteintes oculaires,
cholangite sclérosante…), antécédents familiaux de
tumeurs ou de maladies inflammatoires de l’intestin,
lésion au toucher rectal, masse abdominale.
Les examens
biologiques peuvent orienter en cas de syndrome
inflammatoire.
3- Diagnostic :
Le diagnostic est en général aisé, reposant sur l’iléocoloscopie
avec biopsie des lésions et, en cas de négativité,
sur le transit du grêle parfois complété par une
entéroscopie.
• Les tumeurs se manifestent parfois par une masse
perceptible à la palpation abdominale ou au toucher
rectal ; on les visualise au cours de la coloscopie.
• Le diagnostic de rectocolite hémorragique repose sur
la mise en évidence de lésions continues de la muqueuse rectocolique sans intervalle sain consistant en une
simple fragilité ou des ulcérations plus ou moins
profondes.
Il n’existe pas de lésions de l’intestin grêle
ni de l’anus.
La présence de rectorragies, d’émissions
glaireuses et d’un ténesme est très fréquente.
Il faut
éliminer une colite infectieuse parasitaire (amibes
surtout) ou bactérienne (examen parasitologique des
selles et coproculture) ; les biopsies coliques montrent
un infiltrat de la muqueuse à polynucléaires, des abcès
cryptiques, un oedème, une congestion vasculaire, et une
altération de la mucosécrétion.
• La maladie de Crohn peut atteindre n’importe quel
étage du tube digestif avec une prédilection pour le
côlon et l’iléon.
La présence de lésions anales est
fréquente.
Les signes cliniques associés à la diarrhée
sont très souvent une perte de poids, des douleurs
abdominales (parfois très évocatrices d’une sténose
quand il s’agit d’un syndrome de König) et plus rarement
une fièvre, une masse abdominale, des fistules périnéales ou entérovésicales ou génitales ou cutanées
abdominales.
Des aphtes buccaux, un érythème noueux,
des arthralgies périphériques ou axiales, des signes oculaires
(notamment uvéite) sont présents chez 10 % des
malades. Un syndrome inflammatoire biologique est
fréquent mais non constant.
D’autres cas familiaux sont
notés chez 10 % des patients. Les lésions élémentaires
sont au mieux visualisées en endoscopie et consistent en
oedèmes, érythèmes, ulcérations plus ou moins profondes,
fistules (très évocatrices), sténoses ou pseudo-polypes.
L’analyse histologique des lésions montre un infiltrat
inflammatoire contenant dans 30 % des cas des
granulomes épithélioïdes sans nécrose caséeuse, très évocateurs.
Le transit du grêle est utile au diagnostic des
formes inaccessibles à l’endoscopie ; il montre des ulcérations, des
sténoses et un épaississement de la paroi intestinale écartant les
anses les unes des autres.
B - Diarrhées motrices :
Fréquentes, elles sont dues à une accélération du
transit entre la bouche et l’anus (surtout dans le côlon). Le délai
habituel d’élimination fécale d’un colorant ingéré dépasse 24 h ;
au-dessous de 6 h, il est toujours pathologique.
1- Causes :
On les classe en 4 groupes.
La plus fréquente est
le syndrome de l’intestin
irritable. Les
causes « anatomiques » correspondent à un « court-circuit »
ou à une résection d’une partie du tube digestif. Les
sécrétions excessives d’hormones thyroïdiennes (hyperthyroïdie),
de thyrocalcitonine (cancer médullaire de la
thyroïde), ou de dérivés de la sérotonine par une tumeur
carcinoïde constituent les 3 causes hormonales à rechercher.
Une neuropathie végétative, associée ou non à une neuropathie
périphérique, peut être en cause.
2- Quand y penser ?
La diarrhée motrice est de type hydro-électrolytique ; les
selles ne contiennent jamais de sang, de pus ou de
glaires ; leur aspect n’est jamais huileux ; la présence
d’une stéatorrhée modérée (inférieure à 14 g/j) ou
d’une discrète augmentation de la clairance fécale de
l’alpha-1-antitrypsine ne l’écarte pas.
Le caractère
moteur de la diarrhée doit être évoqué en cas de selles
fréquentes mais de faible volume, impérieuses, matinales
et post-prandiales, en cas de présence dans les
selles d’aliments non digérés, ingérés lors du repas
précédent, et en cas de régression spectaculaire de la
diarrhée sous l’effet de ralentisseurs du transit (lopéramide
par exemple).
3- Diagnostic :
• Le caractère moteur d’une diarrhée est confirmé par
le test au carmin (temps d’apparition < 6 h, temps
d’élimination < 24 h).
Le test consiste à demander au
sujet d’ingérer 2 gélules de rouge carmin (disponibles
dans les pharmacies hospitalières) et à noter le délai
entre cette prise et l’apparition du colorant dans les
selles.
La spécificité de la valeur seuil de 6 h est proche
de 100 % mais sa sensibilité n’est pas parfaite.
Le doute
existant parfois avec une diarrhée sécrétoire peut être
levé par une épreuve de jeûne lors d’une hospitalisation
(la diarrhée motrice disparaît à jeun), mais cette épreuve
n’est qu’exceptionnellement nécessaire.
• Le diagnostic du syndrome de l’intestin irritable ne
peut être porté qu’en l’absence de signes généraux ou
d’organes associés et en l’absence d’anomalies sur les
examens biologiques de première ligne ; la diarrhée est
en général peu abondante et favorisée par le stress ; les
ralentisseurs du transit sont en général très efficaces.
• Les causes anatomiques sont suspectées sur l’anamnèse
et la clinique et confirmées par des examens morphologiques
du tube digestif, notamment le transit du grêle.
• L’hyperthyroïdie est une cause fréquente.
Son diagnostic
peut être fortement suspecté en présence d’une
tachycardie (quasi constante), d’un amaigrissement,
d’une exophtalmie ou d’un goitre ou nodule thyroïdien ;
il est établi par la mesure de la TSH hypersensible
(abaissée au-dessous de la normale).
• Le cancer médullaire de la thyroïde est assez rare ; on
doit y penser dans le contexte d’une néoplasie endocrine
multiple chez le sujet ou dans sa famille et (ou) en
présence d’un nodule thyroïdien et (ou) d’adénopathies
cervicales ; le diagnostic repose sur le dosage de la thyrocalcitonine (élevée)
et les examens morphologiques thyroïdiens (échographie).
• Une tumeur carcinoïde responsable de diarrhée
doit déverser ses sécrétions dans la circulation générale (foie,
poumons, ovaires) ; les tumeurs carcinoïdes digestives non
métastasées au foie ne donnent pas de diarrhée car le foie
métabolise les dérivés de la sérotonine dès leur 1er passage ; le
diagnostic doit être évoqué en présence de flushs (fréquemment
présents) ou d’une hépatomégalie tumorale, et (moins souvent) d’une
insuffisance tricuspide; il repose sur les dosages de sérotonine
plasmatique et de l’acide 5-hydroxy-indolacétique (5HIAA) dans les
urines.
• Les neuropathies végétatives sont évoquées en
cas d’affection favorisante (tout particulièrement diabète ou
amylose), de présence d’une hypotension orthostatique ou d’une
neuropathie périphérique.
• Une pullulation bactérienne de l’intestin grêle
doit toujours être recherchée quand une neuropathie ou une myopathie
sont présentes ou suspectées.
Cela peut être fait par un test respiratoire au
glucose (avec mesure de l’hydrogène expiré) ou un test thérapeutique
antibiotique.
C - Diarrhées par malabsorption :
Les malabsorptions sont des causes assez rares de
diarrhée chronique mais souvent sévères.
1- Causes :
Toutes les causes de malabsorption peuvent
entraîner une diarrhée.
Elles peuvent être
situées dans la paroi de l’intestin grêle (malabsorptions
dites entérocytaires), dans le pancréas, le foie ou la
lumière digestive (la malabsorption étant alors due à une
maldigestion par cholestase ou insuffisance pancréatique
exocrine ou pullulation bactérienne ; on parle de
malabsorption pré-entérocytaire), ou en aval de l’entérocyte
(obstacle lymphatique).
2- Orientation :
Une diarrhée par malabsorption sous-entend une malabsorption
des nutriments et (ou) des vitamines.
Elle est
évoquée devant des selles grasses, une stéatorrhée supérieure à 7 g/j, un amaigrissement avec conservation
de l’appétit, des signes cliniques morphologiques ou
biologiques de carences vitaminiques et nutritionnelles
(anémie, perlèche, glossite, douleurs osseuses, oedèmes,
ecchymoses), de cholestase (ictère, prurit) ou de maladie du pancréas (douleurs
pancréatiques).
Le terrain est souvent évocateur : la maladie
coeliaque et la mucoviscidose sont le plus souvent diagnostiquées
précocement dans la vie (même si un diagnostic est possible chez
l’adulte).
Les manifestations bronchiques et (ou)
sinusiennes sont très fréquentes en cas de mucoviscidose avec
diarrhée.
Une consommation excessive d’alcool et (ou) des
douleurs épigastriques à irradiation postérieure évoquent en premier
lieu une pancréatite chronique.
3- Diagnostic :
Une stéatorrhée de
plus de 30 g/j témoigne toujours d’une insuffisance
pancréatique exocrine ou d’une atteinte très étendue de
l’intestin grêle.
Les examens morphologiques choisis en
fonction des signes cliniques et biologiques d’orientation
sont l’endoscopie haute avec biopsies duodénales, le
transit du grêle, l’iléocoloscopie avec biopsies iléales,
échographie ou tomodensitométrie pour étude des voies
biliaires et du pancréas.
S’ils ne permettent pas de déceler
la cause, un test au pancrélauryl ou un dosage de l’élastase
fécale peuvent être réalisés pour mettre en évidence une
insuffisance pancréatique (ces tests rendent la nécessité de réaliser un tubage duodénal avec repas de Lundt
exceptionnelle).
Le test au D-xylose et le test de Schilling
permettent d’explorer des fonctions d’absorption entérocytaires
respectivement du jéjunum et de l’iléon.
• Les causes les plus fréquentes d’insuffisance pancréatique
exocrine sont les pancréatites chroniques (dont la
principale cause est l’alcool) chez l’adulte et la mucoviscidose
chez les sujets plus jeunes (ce diagnostic
nécessite un test de la sueur montrant une sécrétion
excessive de chlore) ; d’autres causes, notamment tumorales,
sont néanmoins possibles.
• La maladie coeliaque est la cause la plus fréquente
des malabsorptions entérocytaires.
Elle est liée à une
intolérance digestive à des fragments protéiques (gliadine)
contenus dans le gluten de certaines céréales (blé,
seigle, orge).
Le diagnostic doit donc être évoqué devant
des signes rarement majeurs mais beaucoup plus souvent
mineurs et dissociés de malabsorption [anémie microcytaire hyposidérémique et (ou) macrocytaire, ostéomalacie],
associés à une diarrhée chronique, parfois discrète.
Des manifestations extradigestives peuvent accompagner
ou révéler la maladie digestive : dermatite herpétiforme,
arthralgies, manifestations auto-immunes.
L’endoscopie digestive haute avec biopsies duodénales
et le dosage des anticorps anti-endomysium (présents
dans 90 % des cas et très spécifiques) permettent le
diagnostic.
L’atrophie villositaire totale duodénale avec
augmentation des lymphocytes intra-épithéliaux est quasiment pathognomonique.
Le transit du grêle est surtout important pour
dépister des complications (lymphome et ulcérations).
D -
Diarrhées osmotiques
:
Elles sont dues à l’ingestion de substances osmotiquement
actives peu ou pas absorbables, entraînant un appel
d’eau et d’électrolytes dans l’intestin grêle puis dans le
côlon.
1- Causes :
Les substances osmotiquement actives ingérées sont
soit des médicaments soit des aliments.
Les médicaments
les plus fréquents sont le magnésium et les laxatifs
osmotiques (polyéthylène glycol, sulfates de sodium ou
de magnésium, lactulose, lactitol, sorbitol, etc.).
Les
aliments osmotiquement actifs malabsorbés sont
essentiellement des petits sucres ; leur malabsorption
est soit physiologique (lactulose, lactose chez les
sujets hypolactasiques, sorbitol…), soit (plus rarement)
pathologique.
2- Orientation :
Les selles ne contiennent jamais de sang, de pus ou de
glaires ; leur aspect n’est jamais huileux.
La diarrhée
osmotique est de type hydro-électrolytique, cesse à jeun
(tout comme les diarrhées motrices et à la différence des
diarrhées sécrétoires et lésionnelles) et est parfois manifestement
déclenchée par l’ingestion d’un aliment ou
d’un médicament.
3- Diagnostic :
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire et, dans les cas
difficiles, sur l’ionogramme fécal qui met en évidence
un trou osmotique : l’osmolarité calculée [(Na + K) x 2]
est inférieure à l’osmolarité théorique (290 mOsm/L)
d’au moins 50 mOsm/L.
• Le diagnostic de prise de laxatifs osmotiques est très
simple si cette consommation est reconnue et (ou) en
présence d’un aspect de pseudo-mélanose par dépôts de
lipofuschines de la muqueuse colique.
Cependant,
certains malades (dans un contexte psychologique
particulier) cachent la prise de laxatifs et le diagnostic nécessite alors la mise en évidence d’un trou osmotique
sur l’ionogramme fécal, ou la mise en évidence (inconstante)
de laxatifs ou métabolites dans les selles et urines,
et parfois la « visite de la table de nuit ».
• La prise de magnésium dans des suppléments alimentaires
ou des médicaments doit être recherchée avec
soin. L’enquête alimentaire est indispensable.
• L’intolérance au lactose est assez fréquente chez
l’adulte ; elle survient exclusivement chez les sujets malabsorbant le lactose (ce qui est dû au déclin physiologique
de l’activité du lactose et se rencontre chez 50%
des adultes en France) ; la diarrhée n’apparaît qu’après
consommation de lactose et s’associe volontiers à des
borborygmes, gaz en excès et douleurs abdominales.
Le
lactose est présent dans les produits dérivés du lait,
cependant c’est le plus souvent celui provenant du seul
lait (liquide) qui est malabsorbé.
Le diagnostic de
malabsorption du lactose peut nécessiter un test respiratoire
au lactose avec mesure de l’hydrogène expiré,
celui d’intolérance nécessite en outre la démonstration
de la rétrocession des signes lors d’une période d’exclusion
du lactose de l’alimentation.
• La prise de sorbitol doit être recherchée dans des
médicaments ou des aliments ; ce sucre-alcool physiologiquement
et partiellement malabsorbé est présent en
grande quantité dans le cidre, le miel et les poires.
• Les prunes et la rhubarbe ont des effets laxatifs bien
connus de mécanisme sécrétoire.
Dans de nombreux
cas, c’est la suppression des facteurs suspectés dans les
médicaments ou l’alimentation qui permet le diagnostic
de certitude.
E - Diarrhées sécrétoires
:
Elles sont dues à une hypersécrétion dans la lumière
digestive et (ou) à un défaut de réabsorption hydroélectrolytique.
L’organe en cause est soit la totalité de
l’intestin, soit le côlon seul, soit l’intestin grêle seul, mais
cela est plus rare car dans ce cas, le côlon réabsorbe en grande
partie l’excès de sécrétion du grêle.
Elles s’associent parfois à des lésions digestives
(v. diarrhées lésionnelles).
1- Causes :
La cause de l’hypersécrétion peut être une tumeur
(en particulier villeuse) ou une maladie inflammatoire
intestinale (maladie de Crohn, colite microscopique
lymphocytaire ou collagène, infection chronique) ;
certains médicaments ou une tumeur endocrine
sécrétant du VIP (vasoactive intestinal peptide).
2- Orientation :
La diarrhée sécrétoire est de type hydro-électrolytique,
assez souvent abondante (> 500 g/24 h) et persiste à jeun.
Lorsque les débits fécaux sont importants, une hypokaliémie
(évocatrice) et une insuffisance rénale fonctionnelle
peuvent s’observer.
Il n’existe pas de trou osmotique.
Toute prise médicamenteuse doit être recherchée et
l’imputabilité discutée (notamment sur la chronologie).
3- Diagnostic :
• Les causes médicamenteuses sont fréquentes et les
médicaments potentiellement responsables nombreux (on
peut citer : anti-inflammatoires non stéroïdiens, biguanides,
glycosides cardiotoniques, acides biliaires, ticlopidine,
olsalazine et mésalazine, lithium…).
L’imputabilité
est établie à partir des critères usuels, tout particulièrement
chronologiques (épreuve d’arrêt du médicament).
La
coloscopie avec biopsies peut déceler une colite microscopique
(dont certaines sont d’origine médicamenteuse).
• Les causes parasitaires sont recherchées par un
examen parasitologique de selles.
• Les tumeurs pancréatiques sécrétant du VIP sont
exceptionnelles mais méritent d’être recherchées (par
dosage premier du VIP puis enquête morphologique).
Entéropathies exsudatives
Elles correspondent à une exsudation de plasma ou de
lymphe dans la lumière intestinale ; la diarrhée peut
n’être que minime voire absente.
Elles peuvent être dues
à n’importe quelle lésion ulcérée de la muqueuse intestinale
ou à des lymphangiectasies de la paroi (ces dernières
étant soit secondaires à un obstacle lymphatique ou veineux
d’aval soit apparemment primitives – maladie de Waldmann).
Les formes les plus sévères se
caractérisent par une hypoalbuminémie, des oedèmes, et
parfois une anasarque.
Lorsqu’il s’agit d’une fuite lymphatique,
il existe une lymphopénie, une hypocholestérolémie,
une stéatorrhée et une hypocalcémie.
F - Diarrhée volumogénique :
Exceptionnelle, elle est due à « l’inondation » de l’intestin
par les sécrétions digestives hautes (estomac et sécrétion
pancréatique réactionnelle) au cours du syndrome de
Zollinger et Ellison (tumeur duodénale ou pancréatique
sécrétant de la gastrine).
La diarrhée, peu abondante,
s’accompagne souvent d’une stéatorrhée modérée par
inactivation des enzymes pancréatiques. Le contexte
(néoplasie endocrine multiple familiale de type 1, douleurs
ulcéreuses, ulcères duodénaux ou jéjunaux, oesophagite)
permet d’évoquer le diagnostic, qui est confirmé par
mesure de la gastrinémie.
G - Diarrhée et syndrome
de l’immunodéficience acquise (sida) :
1- Causes :
Une diarrhée chronique est fréquente au cours du sida
avéré.
Elle est le plus souvent d’origine infectieuse,
mais peut également correspondre à un lymphome, une
colite inflammatoire ou un syndrome de Kaposi.
Les
infections opportunistes sont d’autant plus fréquemment
la cause de la diarrhée que le déficit immunitaire est
profond (lymphocytes T CD4 < 200/mm3).
Les mécanismes
de la diarrhée (variables en fonction des causes)
sont tantôt lésionnels, tantôt une malabsorption, tantôt
une sécrétion ou une entéropathie exsudative.
2- Orientation :
Le diagnostic doit être recherché en présence de facteurs
de risque (homosexualité, utilisation de drogues par voie
parentérale notamment) et (ou) d’une infection opportuniste
(candidose buccale, infection pulmonaire…) et (ou)
d’un amaigrissement important.
3- Diagnostic :
Le diagnostic d’infection par le VIH repose sur la
sérologie ; celui du stade sur la charge virale, le compte
lymphocytaire CD4 et la mise en évidence d’infections
opportunistes et (ou) de tumeurs.
Les explorations étiologiques
de la diarrhée doivent être menées par étapes,
en commençant par les examens les plus simples et les moins invasifs.
Des examens répétés de selles (coproculture
et parasitologie) et du produit d’écouvillonnage
rectal doivent être prescrits en 1re intention avec
recherches orientées.
Ils permettent d’identifier un agent
pathogène dans plus de 50 % des cas (Cryptosporidium,
Microsporidium, Isospora belli, Clostridium difficile,
salmonelles…).
Lorsque ces recherches sont négatives
ou si le traitement spécifique d’un agent pathogène isolé
a été inefficace, on peut procéder à une endoscopie
digestive haute et (ou) basse (selon les symptômes) avec
prélèvements multiples pour études histologiques, bactériologiques,
virologiques et parasitologiques.
Ces examens
permettent le diagnostic d’autres causes infectieuses
(ou non) de diarrhée au cours de cette affection (cytomégalovirus,
adénovirus, mycobactéries atypiques, syndrome
de Kaposi, lymphome, colites inflammatoires…).