L’incidence annuelle des diarrhées aiguës infantiles
dans les pays industrialisés est estimée actuellement
entre 1,3 à 2,3 épisodes par enfant, les chiffres étant plus
élevés chez les enfants séjournant en collectivité.
Aux
États-Unis, plus de 200 000 enfants sont hospitalisés
chaque année pour diarrhée aiguë, ce qui représente
environ 900 000 journées d’hospitalisation.
Les enquêtes publiées montrent que les
recommandations thérapeutiques et (ou) diététiques, largement
diffusées, concernant l’utilisation des solutions de réhydratation
orale (SRO) et les indications très limités des médicaments sont peu
suivies.
De nombreuses études confirment que les diarrhées
aiguës dans les pays favorisés sur le plan économique sont peu
sévères et évoluent favorablement de manière spontanée.
Cependant, le risque de déshydratation est bien
réel et, malheureusement, il est encore à l’origine de décès
évitables chez le nourrisson en France.
Dans les pays en voie de développement,
l’incidence des diarrhées aiguës infantiles est nettement plus
élevée : le nombre d’épisodes varie de 3 à 9 par an et par enfant.
Les maladies diarrhéiques sont encore plus
fréquentes et plus sévères dans les parties les plus pauvres des
pays en voie de développement surtout dans les régions tropicales et
subtropicales.
Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé
(OMS), établi en 1992, avançait le chiffre de 3,3 millions de décès
par diarrhée aiguë chez des enfants de moins de 5 ans en Afrique,
Asie et Amérique latine.
Cependant, grâce aux campagnes de prévention, ce
chiffre était nettement inférieur à celui rapporté en 1980 qui
faisait état de 4,6 millions de décès dans les mêmes régions.
La prévalence des différents agents pathogènes,
ainsi que leur recrudescence saisonnière, est éminemment variable
dans les différentes régions du monde, le climat semblant être le
facteur le plus important à l’origine de ces variations.
Dans les pays nordiques et froids, les infections
virales prédominent par rapport aux infections bactériennes
et sont plus fréquentes pendant la période hivernale,
à l’exception remarquable de l’adénovirus qui est plus
fréquent en période estivale.
Les causes bactériennes,
à l’inverse, sont plus fréquentes dans les pays chauds
et les épidémies sévissent surtout en été et en automne.
Étiologie :
A - Virus :
La présence de virus dans les selles, quelle que soit la
méthode d’identification utilisée, ne suffit pas pour
affirmer que tel ou tel agent viral est à l’origine d’une
diarrhée aiguë.
En effet, des particules virales peuvent
être retrouvées en quantité non négligeable chez des
enfants sans pathologie digestive.
Pour le rotavirus par
exemple, une très forte concentration de virus dans les
selles (1010 virus/g) a été retrouvée chez les sujets
malades et la différence était significative par rapport au
groupe témoin.
Il faudrait, pour avoir une certitude étiologique,
mettre en évidence une séroconversion à partir
de 2 prélèvements sanguins à 2 semaines d’intervalle.
1- Rotavirus :
Mis en évidence en 1973, les rotavirus sont la cause
majeure des entérites chez le nourrisson et l’enfant.
Les rotavirus ont un génome constitué de 11 segments
d’ARN bicaténaire, chacun des brins code une protéine
structurale ou non.
Trois couches protéiques entourent
le génome.
Les 2 couches externes portent les principaux
antigènes.
Parmi les 14 protéines isolées, les sérotypes liés aux protéines 1, 2, 3, 4, représentent
90 % des souches isolées chez l’homme.
Les rotavirus
ont un tropisme localisé à l’épithélium des villosités
intestinales et dirigé spécifiquement sur les entérocytes
matures.
Les entérocytes infectés croissent en taille, se
vacuolisent puis desquament.
Les particules virales sont
incluses dans le réticulum endoplasmique.
Ces modifications
histologiques apparaissent 24 h après l’infection
et sont maximales entre 24 et 72 h.
Une atrophie minime
à modérée, associée à une hyperplasie des cryptes, a été
rapportée.
Sur le plan moléculaire il semblerait que ce
soit la protéine NSP4 qui augmenterait spécifiquement
la concentration de calcium intracellulaire et modifierait
les transports membranaires ioniques.
Cette protéine
agirait en fait comme une véritable toxine en intervenant
sur la sécrétion d’eau et de chlore par la voie dépendant
du calcium.
Les facteurs de virulence des rotavirus sont avant tout
dépendants de l’hôte : le jeune âge, l’existence d’une
malnutrition et les déficits immunitaires sont des facteurs
de gravité.
Les différences de virulence sont également
expliquées par la spécificité des souches virales.
La
pathogénie des rotavirus ne serait pas liée à un seul
gène.
Les gènes codant les protéines NSP1, NSP4, VP3,
VP4 et VP7 interviennent dans la spécificité et la
capacité de multiplication du virus.
2- Adénovirus :
Parmi les 47 sérotypes connus d’adénovirus, seuls les
adénovirus de type entérique, correspondant aux sérotypes
40 et 41, sont responsables de diarrhées aiguës
chez l’enfant.
C’est une des causes les plus fréquentes
d’infections nosocomiales en milieu hospitalier, se traduisant
par une diarrhée aiguë apparaissant chez les enfants hospitalisés pour une autre cause.
L’évolution
naturelle de cette infection est peu connue, cependant,
elle semble se caractériser par une durée prolongée du
syndrome diarrhéique (environ 10 j) accompagnée de
fièvre et, contrairement au rotavirus, peu ou pas de
vomissements.
3- Astrovirus :
Il n’existe pas à l’heure actuelle d’examens fiables, de
routine, permettant de connaître la fréquence réelle des
diarrhée aiguës à astrovirus chez l’enfant.
Cependant,
les études par immuno-enzymologie utilisant les anticorps
monoclonaux et les recherches par microscopie
électronique semblent indiquer que la fréquence des
infections intestinales à astrovirus chez l’enfant serait
bien supérieure à celle estimée.
4- Calicivirus :
Les calicivirus sont des virus à ARN sans enveloppe qui
ont été décrits pour la 1re fois en 1972 au cours d’une
épidémie en milieu scolaire à Norwalk dans l’Ohio.
Ces virus sont transmis par l’homme, les animaux
domestiques ou par contamination de l’eau et des fruits
de mer.
La diarrhée est très souvent accompagnée de
signes ORL ou respiratoires.
5- Autres virus :
De nombreux autres virus ont été identifiés dans les
selles mais leur rôle étiologique au cours des diarrhées
aiguës infantiles n’a pas toujours été clairement démontré.
Les coronavirus représentent une cause très fréquente de
diarrhée dans l’espèce bovine ; chez l’homme, ils ont été
isolés au cours d’épidémies de diarrhées aiguës, retrouvés
chez des adultes présentant une sprue tropicale et chez
des nouveau-nés souffrant d’entérocolite nécrosante.
Les torovirus ont été isolés plus fréquemment chez les enfants
diarrhéiques que chez les sujets témoins.
Chez les patients
immunodéprimés, le cytomégalovirus et les picornavirus
peuvent être à l’origine d’épisodes de diarrhée aiguë.
B - Bactéries :
1- Campylobacter jejuni :
Cet agent microbien, gram-négatif, est très répandu tant
dans les pays industrialisés que dans les pays défavorisés.
Sa prévalence peut atteindre 10 % des cas de diarrhées
aiguës infectieuses, cependant, le portage asymptomatique
dans les pays pauvres peut concerner, suivant
les régions, 40 % des sujets.
Ce micro-organisme est
capable de produire une entérotoxine qui provoque une
diarrhée aqueuse abondante mais aussi de se comporter
comme un agent entéro-invasif, pénétrant la muqueuse
au niveau de l’iléon et du côlon et déclenchant une colite
sévère avec syndrome dysentérique, douleurs abdominales
violentes et selles sanglantes.
Une bonne corrélation
peut être établie entre la symptomatologie clinique et les
propriétés de virulence du germe (entérotoxinogène ou
entéro-invasif), grâce à des isolements par technique
ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay).
2- Salmonelles
:
Plus de 2 000 sérotypes de salmonelles ont été répertoriés.
Cependant, Salmonella typhi et Salmonella enteritidis
représentent la majorité des souches isolées dans les
pays industrialisés et en particulier en France.
Les différentes
souches ont en commun leur caractère invasif,
localisé à la partie distale de l’iléon et le long du cadre
colique, pénétrant à la fois l’épithélium et la lamina propria et leur capacité à sécréter une entérotoxine.
La
mise en évidence d’une salmonelle à la coproculture
chez le nourrisson et le jeune enfant ne doit pas conduire
à un traitement antibiotique systématique, compte tenu
du plus grand nombre d’échecs par rapport à l’adulte et
du risque fréquent de portage asymptomatique.
Le
risque du portage chronique est mal connu, tant pour
l’enfant porteur que pour son entourage ; malgré tout, il
est observé plus fréquemment chez l’enfant de moins de
5 ans (50 % après un épisode aigu) que chez l’adulte
(15 % environ).
Même si les quantités excrétées sont
faibles, elles représentent un risque certain de contagion,
en particulier chez les enfants vivant en collectivité.
3- Escherichia coli :
Les colibacilles représentent la population microbienne
commensale la plus nombreuse à l’intérieur du tube
digestif.
Le sérotypage reconnaissant l’antigène O est
encore largement utilisé mais il est compliqué à réaliser
et peu fiable ; dans l’avenir la biologie moléculaire et les
techniques de PCR (polymerase chain reaction) permettront
une identification plus précise et une nouvelle
classification.
Pour l’instant, les Escherichia coli sont
regroupés en fonction de leur mécanisme d’action et des
tableaux cliniques qu’ils réalisent.
• Escherichia coli enterotoxigènes (ETEC) : ils sont
responsables d’un grand nombre de diarrhées bactériennes
infantiles dans les pays en développement et de
la diarrhée des voyageurs chez l’adulte.
Leur pouvoir
pathogène est dû à leur capacité d’adhérence et de
production d’entérotoxines thermostables et (ou)
thermolabiles.
Certains sérotypes sont souvent à l’origine
de diarrhées mais, contrairement aux Escherichia coli
entéropathogènes (EPEC), les sérotypes sont plus variés
selon les pays.
L’identification précise repose sur la
mise en évidence des facteurs d’adhérence aux cellules
épithéliales, très caractéristiques des E. coli entérotoxigènes,
et sur l’identification de la toxine.
• Escherichia coli entéropathogènes (EPEC) : ils sont
les premiers à être identifiés dans les années 1950.
Les sérotypes O55 et O111 sont les plus fréquemment isolés.
Actuellement, ces souches sont plus largement retrouvées
dans les pays en développement.
Une toxine n’a
jamais pu être identifiée pour ce groupe, mais ces E. coli
se caractérisent par des capacités d’adhérence très fortes
sur la bordure en brosse des entérocytes.
• Escherichia coli entéro-invasifs (EIEC) : ces microorganismes
partagent bien des caractères : biologiques,
morphologiques et fonctionnels avec Shigella.
Ils
déclenchent un syndrome dysentérique fébrile particulièrement sévère.
Leur isolement repose sur la positivité
du test de Sereny (kératoconjonctivite provoquée chez le
cobaye). Une entérotoxine (30 à 100 kd) vient d’être
récemment isolée.
• Escherichia coli entéro-hémorragique (EHEC) : ils
représentent également un groupe récemment identifié
depuis que le sérotype O157:H7 a été démontré comme
responsable d’épidémies de colites hémorragiques.
La survenue de syndromes hémolytiques et urémiques
est notée chez environ 10 % des enfants présentant
une infection à Escherichia coli O157:H7.
Cette
complication peut survenir même en l’absence de
diarrhée glairo-sanglante.
Il convient donc de rechercher
ce germe par sérotypage devant toute atteinte
de la fonction rénale pour pouvoir débuter un traitement
précoce.
La toxine peut être recherchée dans les selles
par étude de cytotoxicité sur des cellules Véro en
culture ou par PCR.
• Escherichia coli entéro-agrégeant (EA-AggEC) : ce
groupe de germes semble être à l’origine de diarrhées
prolongées chez le nourrisson et le jeune enfant.
Ils
semblent très proches des E. coli entéropathogènes
mais pour l’instant aucun sérotype n’a pu être défini
et aucune toxine n’a été isolée.
4- Shigella :
Les shigelloses ne sévissent pas uniquement dans les
pays en développement.
Elles sont à l’origine de nombreuses
diarrhées dans les pays développés et touchent
avant tout l’enfant.
La mortalité, très élevée dans les
pays pauvres, n’est pas exceptionnelle en Occident.
Les Shigella sont des bactéries gram-négatives sans
capside externe. On décrit 40 sérotypes appartenant à
4 sérogroupes :
– groupe A, Shigella dysenteriæ;
– groupe B, Shigella flexneri;
– groupe C, Shigella boydii ;
– groupe D, Shigella sonnei.
Les souches à l’origine des formes les plus graves,
entraînant une mortalité élevée, sont S. dysenteriæ (en
particulier de sérotype 1) et S. flexneri.
Les shigelloses
sont une des causes de diarrhées bactériennes les plus
transmissibles.
L’inoculum nécessaire est très faible
(10 bacilles engendrent des symptômes chez 10 % des
volontaires) ; la survenue d’épidémies intrafamiliales
ou dans les collectivités autour du cas initial sont très
fréquentes.
Le tableau est très polymorphe.
Il peut s’agir d’une
diarrhée modérée guérissant spontanément ou, au
contraire, d’un syndrome dysentérique avec choc et
manifestations neurologiques.
Les convulsions sont très
fréquentes et la règle est de pratiquer une coproculture
chez un enfant fébrile et diarrhéique qui a des convulsions.
Toutes les souches de Shigella sécrètent, à des
degrés divers, une toxine dite Shiga-toxine, très cytotoxique,
ou Vérotoxine.
Les souches de S. dysenteriæ de
sérotype 1 en sécrètent de 1 000 à 10 000 fois plus que
les autres espèces.
5- Yersinia enterocolitica :
Il s’agit d’un agent pathogène, invasif pour la muqueuse
de l’intestin grêle, au sein de laquelle il entraîne
des lésions de la bordure en brosse et des altérations
des fonctions de transport, pouvant conduire à une
malabsorption de certains nutriments.
Il pourrait également
sécréter une toxine.
Ce germe est à l’origine de
diarrhées d’évolution prolongée (1 à 2 semaines).
L’infection s’accompagne de fièvre et de douleurs
abdominales.
Chez certains sujets l’infection à Yersinia
peut entraîner une adénite mésentérique et un tableau
clinique qui ressemble aux maladies inflammatoires
chroniques intestinales.
6- Vibrion cholérique :
Vibrio choleræ est un micro-organisme mobile,
aquatique, à l’origine d’épidémies spectaculaires mais
qui subsiste à l’état pandémique dans de nombreuses
régions du globe.
Il possède l’antigène 01 qui peut être
reconnu par anticorps monoclonal ou polyclonal.
Les 2 principaux sérotypes sont Inaba et Ogawa.
La diarrhée profuse induite par les vibrions cholériques
est le prototype du mécanisme dû à une entérotoxine.
Toutes les souches sauvages de V. choleræ produisent
une protéine binaire de 84 000 d.
Elle est 10 fois plus
puissante que celle d’E. coli entérotoxicogène ; elle se
combine avec un récepteur spécifique GM1 situé dans la
bordure en brosse.
La partie active pénètre la cellule par endocytose et en moins de 15 min, par une action
enzymatique, elle active de façon irréversible l’adénylcyclase
et l’acide adénosine monophosphorique
(AMPc) ce qui a pour conséquence une hypersécrétion
d’eau et de chlore dans la lumière.
Une autre toxine est
sécrétée, dénommée ZOT (zona occludens toxin), qui
augmente la perméabilité intestinale par atteinte des
jonctions serrées inter-entérocytaires.
7- Clostridium difficile
:
Le rôle de Clostridium difficile dans les diarrhées
associées aux antibiotiques est parfaitement établi, ainsi
que dans la forme majeure représentée par la colite
pseudo-membraneuse, au demeurant peu fréquente chez
l’enfant.
Il semblerait que ce germe puisse également
être à l’origine de diarrhées aiguës sporadiques chez des
enfants n’ayant pas reçu d’antibiotiques.
8- Autres agents bactériens :
Klebsiella pneumoniæ est apte à sécréter une toxine
thermostable qui provoque une diarrhée sécrétoire
chez certains enfants présentant une malnutrition.
Citrobacter freundii possède des analogies avec les
E. coli entérotoxicogènes, plus particulièrement une
entérotoxine similaire à la toxine STa. Plesiomonas
shigelloïdes n’a été décrit que dans les régions asiatiques
(Japon, Thaïlande) et contaminerait essentiellement les
poissons et fruits de mer.
C - Parasites :
1- Giardia intestinalis :
Giardia (ou Lamblia) est un des parasites intestinaux les
plus largement répandu, pouvant affecter l’être humain à
tous les âges.
L’infection s’acquiert par voie oro-fécale à
partir d’eau contaminée, aliments, mains insuffisamment
lavées ou par contact intrafamilial ou chez les nourrissons
vivant en collectivité.
Les manifestations cliniques
de l’infection à Giardia peuvent varier du portage
asymptomatique jusqu’au tableau de malabsorption
chronique sévère.
L’infestation massive et aiguë à
Giardia peut donner des épisodes brutaux de diarrhée
aiguë mais aussi des épisodes plus marqués de selles
liquides sur un fond de diarrhée chronique.
Il est cependant
difficile d’affirmer que, dans les régions d’endémie,
la présence du parasite dans les selles est à l’origine d’un
épisode précis de diarrhée aiguë. Par ailleurs, le germe
peut être retrouvé à la biopsie intestinale, par étude des
sécrétions duodéno-jéjunales par technique d’immunofluorescence
et ne pas être identifié au même moment
dans les selles même par des techniques performantes.
2- Cryptosporidium :
Cryptosporidium est un protozoaire de petite taille
initialement décrit comme agent pathogène chez les
animaux.
Il se localise puis se multiplie au niveau de la
bordure en brosse des entérocytes où il peut produire des
altérations structurales très importantes.
Sa présence
peut être révélée en microscopie optique après coloration
de Ziehl-Neelsen, en microscopie électronique ou par
marquage par des anticorps monoclonaux.
Chez l’homme,
son rôle pathogène a d’abord été mis en évidence chez
les sujets immunodéprimés ; les épisodes de diarrhées
aiguës à répétition chez les enfants présentant un déficit
immunitaire avec atrophie villositaire ou infectés par le
virus du sida étant fréquemment dus à une colonisation
du tube digestif par Cryptosporidium, ces données
justifiant même la pratique de cures de désinfection
systématique par antibiotiques dérivés de la spiramycine
chez ces patients.
Ce parasite a depuis été décrit comme une cause de
diarrhée aiguë chez le sujet immunocompétent, mais
une plus grande fréquence et surtout un risque de
dissémination rapide ont été rapportés au sein de populations
d’enfants souffrant de malnutrition.
3- Autres parasites :
Dans les régions tropicales, et à un degré bien moindre
dans les pays tempérés, certains parasites peuvent être à
l’origine d’authentiques poussées de diarrhées aiguës.
Parmi les protozoaires autres que les Cryptosporidium,
peuvent être cités : Entamoeba histolytica, Balantidium
coli, Isospora belli et cyclospora.
Par ailleurs, les infections dues aux nématodes ne
peuvent en principe pas engendrer de perturbations des
mécanismes de sécrétion et d’absorption de l’eau et des
électrolytes, mais ils peuvent, en colonisant l’intestin, créer des phénomènes inflammatoires de la muqueuse,
gêner la déconjugaison des sels biliaires et favoriser la
malabsorption de certains nutriments, ce qui se traduit
par une augmentation et une accélération du débit fécal.
Ces troubles de transit plus ou moins aigus ont été
décrits en présence d’Ascaris lumbricoides, Trichuris
trichiura, Strongyloïdes stercoralis, Necator americanus
ou de formes adultes d’ankylostomes.
Physiopathologie
:
A - Mécanismes cellulaires et moléculaires :
1- Physiologie cellulaire :
La survenue d’une diarrhée résulte d’interactions complexes
entre l’agent pathogène et les cellule intestinales
de l’hôte.
Ces échanges entre l’agent extérieur et la
cellule eucaryote procèdent d’une véritable communication,
d’un langage, qui s’établit entre des récepteurseffecteurs
cellulaires et des zones de contact du microorganisme
infectant ou des molécules sécrétées par
celui-ci.
• Barrière intestinale et zones de passage et
d’échanges : l’épithélium intestinal a une structure
polarisée qui lui permet de fonctionner comme une barrière
séparant 2 milieux mais également de transporter
des molécules ou des fluides d’un compartiment à
l’autre.
La continuité de la barrière est assurée par des
rapprochements entre les cellules qui sont aussi des
lieux de passage figurés par les complexes jonctionnels,
ou jonctions serrées (encore appelées zona occludens).
Cette zone est située à la partie la plus apicale de 2 entérocytes
comprenant de bas en haut : la jonction serrée
proprement dite, puis une section intermédiaire contenant
un filament d’actine-myosine et enfin le desmosome.
Ces régions sont des lieux de passage parfaitement
contrôlés : l’étanchéité de la muqueuse est en outre
renforcée par un épais tapis de mucus (glyocalyx) qui
recouvre les entérocytes.
Malgré tout, cette barrière
présente des points faibles où le tapis muqueux s’interrompt
représentés par les structures lymphoïde : plaque
de Peyer et nodules solitaires.
Ces zones contiennent des
cellules M dont le rôle est d’assurer l’entrée de particules
pour faciliter leur présentation aux cellules
immunocompétentes.
Ce sont ces « pores » qu’utilisent
préférentiellement certains pathogènes pour franchir la
barrière épithéliale.
• Voies de contrôle de la sécrétion et de la perméabilité
de l’entérocyte : les phénomènes de contrôle de l’absorption
et de la sécrétion d’eau et d’électrolytes sont régulés
par 4 mécanismes sous la dépendance de 4 effecteurs
principaux : l’AMPc, l’acide guanosine monophosphorique
(GMPc), le calcium intracellulaire et les protéines du
cytosquelette. Les nucléotides cycliques (AMPc et
GMPc) peuvent stimuler la sécrétion entérocytaire par
3 effets : ils activent le canal principal à chlorure CFTR
(cystic fibrosis transmembrane conductor regulator), ils augmentent la production de calcium intracellulaire,
enfin ils agissent sur les jonctions serrées et sur les protéines
du cytosquelette.
Le calcium intracellulaire par son élévation stimule les
protéines transporteuses d’ions et la sécrétion active le CFTR et module la perméabilité intestinale par action
sur les jonctions serrées.
Les protéines du cytosquelette assurent la rigidité du
cytoplasme par des microfilaments (kératine et actine) et
l’amarrage au niveau des jonctions serrées.
C’est le
maintien de la structure cylindrique des entérocytes et
leur polarité qui sont le garant du fonctionnement
normal des autres mécanismes.
2- Facteurs moléculaires de virulence
des agents pathogènes :
Les agents pathogènes disposent d’une ou plusieurs
propriétés leur permettant de « dialoguer » avec les
cellules intestinales et de troubler leur mécanisme, ou
plus radicalement d’envahir et de forcer la barrière
muqueuse.
Ces capacités sont au nombre de 4 : adhésion,
multiplication (colonisation), sécrétion de toxine(s) et
invasion.
Ces différentes aptitudes sont codées par des déterminants
antigéniques qui sont eux-mêmes transférables par
conjugaison, transduction ou transposition.
La capacité d’adhérence d’une bactérie est liée à des microfibrilles (fimbriæ) portées comme une chevelure
ou une touffe de poils ou à la présence d’un flagelle.
Le contact avec la cellule induit la production de
ligands bactériens qui sont des adhésines favorisant
l’attachement.
L’aptitude à sécréter des toxines est très répandue chez
les agents pathogènes.
Elles sont regroupées en 4 classes
principales : les entérotoxines, les toxines altérant le
cytosquelette (ZOT par exemple), les cytotoxines et les
toxines à tropisme nerveux.
La capacité d’invasion est liée essentiellement à
l’utilisation de la cellule M comme porte d’entrée.
Une
fois franchie la barrière muqueuse, les agents bactériens
procèdent de 2 manières différentes : certains restent
localisés au sein de la muqueuse intestinale (Campylobacter
jejuni, Shigella, E. coli entéro-invasifs), d’autres
comme Salmonella ou Yersinia enterocolitica utilisent
les cellules phagocytaires ou dendritiques pour se
répandre et essaimer à distance.
3- Conséquences physiopathologiques
:
L’équilibre entre les phénomènes d’absorption et de
sécrétion électrolytique conditionne et caractérise le
cycle entéro-systémique de l’eau.
Toute diarrhée aiguë
est liée à une anomalie de ce cycle entéro-systémique,
par dérèglement des processus d’absorption ou de sécrétion
des électrolytes, essentiellement du sodium.
La conséquence
univoque de ces troubles de la sécrétion ou de
l’absorption hydroélectrolytique est une perte anormale
d’eau et d’électrolytes par les selles, à l’origine d’une
déplétion hydroélectrolytique.
Dans notre pays, quelle que soit l’étiologie en cause, les
concentrations moyennes fécales sont de 25 à 75 mmol/L
pour le sodium, 30 à 75 mmol/L pour le potassium et
10 à 40 mmol/L pour le chlore.
Cette déperdition hydroélectrolytique est généralement
à l’origine d’une déshydratation de type hyponatrémique.
La perte fécale de potassium, à l’origine d’une baisse du
potassium extracellulaire entraîne un hyperaldostéronisme
qui augmente la déplétion potassique par hyperkaliurie,
l’hypokaliémie qui en résulte pouvant elle-même être à
l’origine d’un iléus paralytique qui aggrave les pertes
électrolytiques fécales.
Plus rarement, la conséquence
de ces déperditions hydro-électrolytiques est une
déshydratation de type hypernatrémique qui s’observe
particulièrement dans les diarrhées aiguës très sévères et
lorsque l’enfant a une alimentation hyperosmolaire, trop
riche en sel ou en hydrates de carbone.
L’utilisation de
formules lactées à charge osmolaire réduite a permis de
diminuer considérablement ce risque de déshydratation
hypernatrémique.
Toute diarrhée aiguë peut être par ailleurs à l’origine de
troubles de la digestion et de l’absorption de certains
nutriments.
Des lésions épithéliales et une atrophie villositaire
modérée ont surtout été démontrées au cours des
infections à rotavirus.
Elles sont à l’origine d’une diminution des activités disaccharidasiques.
Les troubles de la motricité intestinale
peuvent également diminuer les capacités d’absorption
des hydrates de carbone.
La survenue d’un déficit en
lactase et d’une intolérance secondaire en lactose a pendant
longtemps été considérée comme une complication
fréquente des diarrhées aiguës et a été à l’origine de la
mise en oeuvre de régimes spéciaux ou de protocoles de
réintroduction très progressive du lait.
Si le déficit en
lactose secondaire à l’atrophie villositaire qui accompagne
la malnutrition reste une complication fréquente
et redoutable dans les pays pauvres chez un enfant qui
va présenter en plus une diarrhée aiguë, l’intolérance au
lactose habituellement rencontrée au cours des diarrhées
aiguës dans les pays développés est devenue exceptionnelle.
Une étude récente menée sous l’égide de la Société
européenne de gastroentérologie et de nutrition pédiatrique
(ESPGHAN) chez 230 enfants dans 12 centres hospitaliers
en Europe confirme cette notion et conduit cette
Société à ne plus recommander l’utilisation des laits
sans lactose et à préconiser une renutrition très
précoce au cours de tout épisode de diarrhée aiguë.
Une autre complication a également conduit à la prescription
de régimes spéciaux, plus particulièrement chez
le jeune nourrisson : il s’agit du risque de sensibilisation
aux protéines du lait de vache. Cette entité a été un
temps dénommée « syndrome post-entéritique » et semblait
plus spécifiquement liée à l’infection à rotavirus.
En fait, cette complication paraît peu fréquente et fait
discuter l’utilisation systématique d’hydrolysats de
protéines, en des formules partiellement hydrolysées
chez les nourrissons de moins de 4 mois présentant un
épisode diarrhéique.
Seule une évolution supérieure à
une semaine justifie, chez les très jeunes enfants, l’utilisation
de formules extensivement hydrolysées.
Aspects cliniques :
Les diarrhées aiguës observées dans les pays développés
sont à l’heure actuelle presque toujours d’allure bénigne,
leur durée moyenne se situant entre 3 et 4 jours.
En
fonction des principaux symptômes, 3 entités cliniques
peuvent être réalisées (tableau II).
A - Entérite virale
:
Ce sont les diarrhées les plus fréquentes chez l’enfant
avant 18 mois.
Elles se caractérisent par des selles
liquides aqueuses souvent associées à des vomissements
(ce qui a justifié le terme de gastro-entérite).
La phase
aiguë est parfois précédée, ou accompagnée, de signes
ORL (rhinopharyngite, otite) ou respiratoires.
Les diarrhées à rotavirus sont plus sévères que les autres
diarrhées virales. La période d’incubation varie de 2 à 5 j.
La fièvre peut être élevée, l’altération de l’état général et
l’intensité des vomissements sont marquées. Les selles
sont liquides, abondantes et nombreuses.
Certains enfants
sont hospitalisés dans les jours qui suivent le début de la
maladie car le transit reste accéléré et la tolérance digestive
à l’alimentation est médiocre.
La recherche de virus dans
les selles à cette phase peut être négative.
Cette situation
est habituellement transitoire et ne doit pas conduire à
un arrêt alimentaire et (ou) à la prescription de régimes
spéciaux ; mieux vaut continuer à alimenter l’enfant en
répartissant les prises en petites quantités.
B - Diarrhée invasive bactérienne
:
Les germes invasifs déclenchent un tableau clinique assez
caractéristique fait d’une fièvre élevée, de douleurs et de
crampes abdominales associées à des selles sanglantes ou glairo-sanglantes.
Les vomissements sont absents mais le
risque de déshydratation n’est pas négligeable.
Les selles
sont précédées, accompagnées et suivies pendant
quelques minutes de crampes abdominales et d’épreintes
parfois particulièrement pénibles ; si l’atteinte colique est
intense, le tableau diarrhéique et douloureux peut prédominer
en période nocturne.
C - Diarrhée par production de toxine
:
Les différentes toxines agissent par des mécanismes
différents, cependant elles réalisent sur le plan clinique
un tableau assez univoque marqué par un début très
brutal, des selles profuses et un météorisme abdominal.
Il n’y a pas de douleurs abdominales et peu ou pas de
fièvre.
Ces diarrhées peuvent prendre un caractère
sécrétoire très marqué (choléra) et la réhydratation doit
être menée de façon précoce parallèlement au débit fécal.
D - Autre classification
:
Les aspects cliniques des diarrhées aiguës infantiles peuvent
également être classifiés en fonction de l’état de déshydratation
apprécié sur le pourcentage de perte de poids ou
estimé en fonction de critères cliniques (tableau III).
• Diarrhée aiguë bénigne : il n’y a pas de signes
cliniques de déshydratation, la perte de poids est nulle
ou inférieure à 5 % du poids du corps, l’enfant n’a pas
de vomissements ni de météorisme abdominal.
• Diarrhée aiguë d’intensité moyenne : les signes de
déshydratation sont nets (soif, persistance du pli cutané,
perte de poids entre 5 et 8 % du poids du corps), associés
à de la fièvre, une anorexie, des vomissements et une
diarrhée importante.
• Diarrhée grave : la diarrhée est profuse, l’intolérance
gastrique absolue, les signes de déshydratation marqués
(soif, « faciès toxique », état de choc, polypnée témoignant
de l’existence d’une acidose, persistance du pli
cutané, sécheresse des muqueuses, oligo-anurie, parfois
troubles de la conscience) ; le météorisme abdominal est
net.
La perte de poids dépasse 10 % du poids du corps.
Investigations paracliniques :
Elles doivent être indiquées en fonction de la nature et
de la gravité du syndrome diarrhéique. La coproculture
est généralement de peu d’intérêt.
La plupart des diarrhées
aiguës observées en France sont d’origine virale.
Quelle que soit l’étiologie, l’évolution se fait habituellement
vers une guérison spontanée en 2 à 3 jours. Un examen
bactériologique des selles ne doit donc être demandé
que lorsque les données cliniques font soupçonner une
infection bactérienne (selles glairo-sanglantes), si la
diarrhée se prolonge anormalement, particulièrement
chez l’enfant vivant en collectivité.
Dans ces cas, la
numération des globules blancs dans les selles peut aider
au diagnostic.
Les limites de la coproculture viennent
aussi parfois des insuffisances méthodologiques qui ne
permettent pas de déceler tous les germes pathogènes,
en particulier Campylobacter jejuni.
Inversement, la
présence dans les selles d’un agent bactérien connu
comme pathogène ne suffit pas pour affirmer que ce
germe est la cause de la diarrhée et pour déterminer son
mode d’action.
Les techniques qu’il conviendrait d’utiliser
pour préciser ces points (méthodes bactériologiques permettant
de déterminer le type, les caractères pathogènes
de la bactérie, examens sérologiques) sont difficiles à
réaliser, elles restent du domaine de la recherche ou sont
contraignantes pour l’enfant.
Elles ne sont pas effectuées
en pratique quotidienne d’autant plus que les résultats
qu’elles peuvent apporter ont peu ou pas d’incidence
thérapeutique.
La mise en évidence de particules virales dans les selles,
facile à réaliser à l’heure actuelle, ne suffit pas pour
affirmer que le syndrome diarrhéique a pour origine une
infection virale qui ne peut être véritablement affirmée
que par l’étude de la séroconversion spécifique.
Étant
donné l’absence d’intérêt pratique, cette recherche n’est
généralement pas réalisée.
L’examen virologique des
selles a surtout un intérêt en situation épidémique, en
particulier chez des enfants vivant en collectivité.
Une augmentation des transaminases et de l’acide
urique plasmatiques a été retrouvée chez 30 à 40 % des
enfants présentant une diarrhée aiguë à rotavirus.
Cependant, ces données ne justifient pas la pratique
systématique de ces examens.
Les autres examens paracliniques (hémogramme, culot
urinaire, prélèvements bactériologiques divers, examens
parasitologiques) sont indiqués en fonction d’une orientation
étiologique précise ou si la diarrhée se prolonge
anormalement.
La détermination du type et de la gravité de l’état de
déshydratation
– protides totaux, ionogramme, pH et
réserve alcaline sanguins, dosages de sodium (Na+)
et du potassium (K+) urinaires, études répétées du pH
et de l’osmolarité urinaires
– sont indispensables
dès que l’enfant présente des signes cliniques de
déshydratation grave.