Déshydratation extracellulaire
:
A - Définition :
Il s’agit d’une diminution du volume du compartiment
extracellulaire aux dépens des 2 secteurs vasculaires et
interstitiels.
Elle est due à une perte iso-osmotique de
sodium et d’eau donc à un bilan sodé négatif.
B - Étiologie
:
La perte iso-osmotique de sodium et d’eau peut être
d’origine extrarénale, rénale ou due à un « troisième
secteur ».
1- Pertes extrarénales :
• Leur origine est digestive à l’occasion de vomissements
prolongés, de diarrhées profuses, d’aspirations
digestives insuffisamment compensées, de fistules
biliaires ou pancréatiques, d’abus de laxatifs voire d’une
hémorragie digestive.
• L’origine peut être cutanée par augmentation du
volume de la sueur (fièvre prolongée, exercice physique
intense), par exsudation cutanée (brûlure étendue,
dermatose bulleuse diffuse) ou par anomalie qualitative
de la sueur (mucoviscidose).
2- Pertes rénales :
• Une maladie rénale peut en être la cause telle que les
néphropathies interstitielles dites « avec perte de sel
obligatoire » (polykystose rénale, néphronophtise) ou
insuffisance rénale chronique terminale à l’occasion
d’un régime désodé malencontreux.
• Une anomalie extrarénale peut être incriminée
comme une polyurie osmotique induite par un diabète
sucré décompensé ou une perfusion de mannitol, une
hypercalcémie, l’utilisation de diurétiques (prescrits ou
non), une insuffisance surrénale aiguë ou un syndrome
de levée d’obstacle.
3- Troisième secteur :
Il correspond à un compartiment liquidien qui se forme
souvent brutalement aux dépens du compartiment extracellulaire
et qui n’est pas en équilibre avec ce dernier.
Ce phénomène est observé lors des péritonites, des
pancréatites aiguës, des occlusions intestinales, des rhabdomyolyses traumatiques.
C - Physiopathologie
:
La perte de sodium et d’eau en quantité iso-osmotique
entraîne une diminution du volume du compartiment
extracellulaire sans modification de l’osmolalité et donc
sans modification du volume du compartiment intracellulaire.
Toute diminution même modérée du volume
du secteur plasmatique a une traduction clinique évidente
et rapide alors que la même diminution du volume du
secteur interstitiel est plus difficile à mettre en évidence
et d’évolution plus lente.
D - Diagnostic
:
Le diagnostic positif repose sur l’examen clinique.
Si
l’on excepte les symptômes de la maladie causale, la
déshydratation extracellulaire se traduit par plusieurs
signes.
1- Signes de déplétion du secteur vasculaire
:
L’hypotension artérielle est d’emblée en décubitus ou
aggravée par l’orthostatisme (l’hypotension orthostatique
étant définie par une diminution durable de la pression
artérielle systolique de plus de 10 mmHg lors du passage
en orthostatisme).
Elle peut s’accompagner d’une symptomatologie
fonctionnelle (sensation de malaise et de
vertige) et d’une tachycardie compensatrice réflexe.
Au
maximum, lorsque les pertes liquidiennes sont supérieures
à 30%, il existe un choc hypovolémique avec cyanose
des extrémités et signes neurologiques centraux d’hypoperfusion
cérébrale (confusion, somnolence).
On constate aussi :
– un aplatissement des veines superficielles de l’avantbras
et du cou ;
– une froideur des extrémités par vasoconstriction cutanée
(réflexe d’origine sympathique) ;
– une baisse de la pression veineuse centrale voire de la
pression artérielle pulmonaire d’occlusion ;
– une oligurie avec concentration des urines (ce signe
traduisant une réponse rénale adaptée à l’hypovolémie,
elle ne s’observe que lorsque la perte sodée est d’origine
extrarénale) ;
– une soif fréquente mais moins marquée qu’au cours
des déshydratations intracellulaires (car le stimulus
osmotique de la soif est bien plus puissant que le
stimulus volémique).
2- Signes de déplétion du secteur interstitiel
:
• Le signe du pli cutané est à rechercher spécifiquement
à la face antérieure des cuisses, sur le front, la face antérieure du sternum et dans la région sus-claviculaire.
Ce signe est difficilement interprétable par défaut chez
les enfants et les obèses et par excès chez les sujets âgés
et les sujets dénutris dont l’élasticité cutanée est diminuée.
• Une hypotonie des globes oculaires et une sécheresse
de la peau dans les aisselles sont à rechercher.
• La perte de poids est généralement modérée (2 à 3 kg).
3- Signes biologiques :
Ils témoignent de l’hémoconcentration (secteur vasculaire)
définie par l’élévation de la protidémie (> 75 g/L)
et de l’hématocrite (> 50 %) à l’exception de situations
d’hémorragie.
Aucun marqueur biologique simple ne
permet d’apprécier l’état de déplétion du secteur interstitiel
(seule l’utilisation de marqueurs isotopiques le
permet mais elle n’est pas effectuée en pratique courante).
Citons les signes biologiques indirects tels que l’hyperaldostéronisme
secondaire à l’hypovolémie, l’alcalose
métabolique dite « de contraction ».
Le diagnostic étiologique est en général simple et repose
sur l’analyse du contexte, les données d’un examen
clinique minutieux et la mesure de la natriurèse qui en
première approximation permet de préciser l’origine
rénale ou extrarénale des pertes sodées.
E - Traitement
:
Il est symptomatique, étiologique et préventif.
1- Symptomatique :
Dans les situations d’hypovolémie majeure avec collapsus,
l’utilisation de solutés de remplissage (transfusion en
cas d’hémorragie, hydroxyéthylamidon ou gélatines
fluides) permet l’augmentation rapide du volume du
secteur plasmatique.
L’utilisation de ces solutés de
remplissage ne corrige pas le déficit sodé.
Elle ne
dispense donc pas d’une réhydratation par apport
de chlorure de sodium (NaCl) après amélioration de
l’hémodynamique.
La correction symptomatique de la déshydratation
extracellulaire pure repose sur l’apport de NaCl :
– soit par voie orale où l’augmentation de la ration de
sel de table sous forme d’aliments ou de bouillons
salés peut être complétée par l’apport de gélules de
1 g de NaCl ;
– soit par voie parentérale intraveineuse où les apports
sodés doivent être isotoniques au plasma.
On doit
choisir le sérum physiologique NaCl 9 g/L plutôt que
le sérum glucosé 5% + 9g NaCl. L’utilisation de
bicarbonate de sodium isotonique (HCO3Na 14‰)
est réservée aux situations d’acidose associée.
La quantité de sodium à administrer peut être estimée
approximativement par la perte de poids (1 kg de poids
corporel = 1 L de sérum physiologique). La vitesse
d’administration est variable, généralement de 1 à 2 L
dans les 6 premières heures mais doit être adaptée à la
fonction myocardique et strictement surveillée sur les
paramètres cliniques (pression artérielle, pouls, diurèse,
auscultation pulmonaire).
2- Étiologique :
Il suit directement la mise en route du traitement symptomatique.
Il peut s’agir de l’arrêt d’un traitement diurétique,
de l’instauration d’un traitement minéralocorticoïde,
d’une insulinothérapie, d’un traitement ralentisseur du
transit, de la correction d’une hypercalcémie…
3- Préventif :
Il ne s’agit pas d’être exhaustif.
Soulignons cependant
quelques règles fondamentales.
Les diurétiques doivent être utilisés prudemment chez
les patients âgés.
Un régime normosodé doit être maintenu en cas de
néphropathie interstitielle chronique et au cours de
l’insuffisance surrénale chronique substituée.
Hyperhydratation extracellulaire
:
A - Définition
:
Il s’agit d’une augmentation du volume du compartiment
extracellulaire en particulier du secteur interstitiel ce qui
se traduit par des oedèmes généralisés.
Cette question
doit donc être complétée par la question « OEdèmes des
membres inférieurs ».
Elle est due à une rétention isoosmotique
de sodium et d’eau donc à un bilan sodé positif.
B - Étiologie
:
La rétention iso-osmotique de sodium et d’eau par le
rein peut avoir 2 causes.
• Une maladie primitivement rénale peut être en cause
telle que les glomérulonéphrites responsables d’un
syndrome néphritique aigu et en particulier la glomérulonéphrite
aiguë post-infectieuse, à un moindre degré
l’insuffisance rénale aiguë et l’insuffisance rénale chronique
lorsque le régime alimentaire est trop riche en sel.
• Les conséquences rénales de certaines affections
peuvent être en cause. Il s’agit principalement :
– de l’insuffisance cardiaque ;
– de la cirrhose ascitique ;
– du syndrome néphrotique (dont la place dans l’une ou
l’autre de ces 2 catégories est d’ailleurs un peu arbitraire) ;
– d’hypoprotidémies secondaires à la dénutrition ou aux
entéropathies exsudatives ;
– d’une vasodilatation périphérique pathologique (fistule artérioveineuse, maladie de Paget, etc.), physiologiques
(grossesse), pharmacologiques (vasodilatateurs artériels) ;
– d’un oedème cyclique idiopathique, qui a une place à part.
C - Physiopathologie
:
La physiopathologie des hyperhydratations extracellulaires
est complexe.
Les mouvements d’eau et de sodium de
part et d’autre de la paroi capillaire sont régis par les lois
de Starling.
Très schématiquement, les oedèmes généralisés
ont des causes différentes.
1- Diminution de la pression oncotique intracapillaire
:
Dans ce cas, le volume du secteur plasmatique est peu
ou pas augmenté : c’est le cas des hypoprotidémies
sévères secondaires soit à une insuffisance de synthèse
(insuffisance hépatocellulaire), d’apport (cachexie) ou à
une fuite digestive ou rénale.
Le passage d’eau et de
sodium vers le secteur interstitiel entraîne une hypovolémie
efficace source de réabsorption accrue de
sodium par le rein.
2- Augmentation de la pression hydrostatique intracapillaire
:
Dans ce cas, les 2 secteurs voient leur volume augmenter.
Cette augmentation peut être expliquée par une insuffisance
cardiaque ou une rétention de sel d’origine
primitivement rénale.
3- Combinaison de ces différents mécanismes
:
En cas d’insuffisance cardiaque congestive, l’hypovolémie
efficace induite par la diminution du volume
d’éjection systolique entraîne une rétention rénale de
sodium pour majorer le volume d’éjection.
En cas de
cirrhose, les oedèmes semblent être la conséquence
d’un obstacle veineux post-sinusoïdal d’une part et
d’une vasodilatation splanchnique source d’hypovolémie
efficace d’autre part.
D - Diagnostic
:
Le diagnostic positif est essentiellement clinique.
Plus encore qu’en cas de déshydratation extracellulaire,
l’augmentation du volume du secteur vasculaire a des
conséquences cliniques rapides et potentiellement graves
(oedème aigu pulmonaire) alors que l’augmentation du
volume du secteur interstitiel a des conséquences
bénignes et d’évolution lente.
L’hyperhydratation extracellulaire peut se traduire par
plusieurs signes.
• Des signes de réplétion du secteur interstitiel : les
oedèmes périphériques généralisés qui sont déclives,
siègent aux chevilles en position debout, aux paupières
au réveil, dans les lombes chez les patients alités et
donnent le signe du godet.
Ces oedèmes peuvent également
intéresser les séreuses (épanchement péricardique,
pleural, ascite) et le secteur interstitiel pulmonaire
(oedème aigu pulmonaire).
• Des signes de réplétion du secteur vasculaire rarement
isolés : ils sont à type d’hypertension artérielle accompagnée
d’un tableau d’insuffisance cardiaque aiguë.
• Une prise de poids est constatée.
Les signes biologiques sont pauvres car les signes
d’hémodilution sont inconstants et, fait important,
aucun signe biologique ne traduit l’augmentation du
volume du secteur interstitiel.
Le diagnostic étiologique est en général simple.
Il repose
sur l’analyse du contexte et les données d’un examen
clinique minutieux.
E - Traitement
:
Il est d’abord symptomatique : l’induction d’un bilan
sodé négatif grâce, d’une part, à un régime alimentaire
hypo- (< 6 g/j) ou désodé (< 2 g/j) d’action lente et,
d’autre part, à l’utilisation de diurétiques d’action plus
rapide.
• Les diurétiques de l’anse (furosémide [Lasilix],
bumétanide [Burinex]) qui agissent sur la branche
ascendante de Henle en inhibant le cotransport apical
Na+-K+-2Cl-.
Leur action est rapide (1 à 4 min par voie
intraveineuse, environ 30 min per os), dure 4 à 6 h,
persiste en cas d’insuffisance rénale et est proportionnelle
à la dose utilisée.
• Les diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide
[Esidrex]) agissent sur le tube contourné distal en inhibant
le co-transport Na+-Cl-.
• Les diurétiques dits « épargneurs de potassium »
(amiloride [Modamide], triamtérène [Tériam], spironolactone
[Aldactone]) diminuent la conductance sodée
apicale des cellules principales du canal collecteur.
Ils
sont particulièrement indiqués en cas d’hyperaldostéronisme
secondaire.
Le traitement étiologique ne sera pas abordé ici.
Déshydratation intracellulaire
:
A - Définition
:
Il s’agit d’une diminution du volume intracellulaire, due
à un bilan d’eau négatif responsable d’une hyperosmolalité
dont la traduction biologique en pratique courante
est une hypernatrémie.
Étiologie
Un bilan d’eau négatif peut avoir plusieurs causes.
1- Perte d’eau :
• Elle peut être « insensible », son origine est dans ce
cas cutanée (coup de chaleur, brûlure) ou respiratoire.
• Elle peut être due à une cause digestive telle qu’une
diarrhée osmotique infectieuse ou une diarrhée induite
par le lactulose (encéphalopathie hépatique).
• Sa cause peut être rénale au cours des polyuries
osmotiques (diabète, mannitol, etc.) ou des diabètes
insipides.
Ces derniers peuvent être d’origine centrale,
caractérisés par l’absence complète ou partielle de
sécrétion d’ADH (antidiuretic hormone).
La polyurie
induite est en général compensée par une polydipsie.
L’hypernatrémie ne se déclenche alors que lorsque le
patient n’a plus un libre accès à l’eau. Les causes en sont
nombreuses.
Le diabète peut avoir une origine néphrogénique, il est caractérisé par une réponse rénale
à l’ADH diminuée ou abolie.
L’osmolalité urinaire est
basse et non ou peu modifiée par l’ADH. Les causes sont congénitales ou acquises.
2- Apport massif de sodium accidentel
:
Ce cas se présente en particulier chez l’enfant, en cas
d’utilisation de sérum bicarbonaté hypertonique après
réanimation d’un arrêt cardiocirculatoire ou en cas
d’utilisation d’un bain de dialyse trop riche en sodium.
3- Déficit d’apport d’eau
:
Il survient dans les cas suivants :
– anomalies hypothalamiques (hypodipsie primitive) ;
– absence d’un accès libre à l’eau : nourrissons, vieillards,
patients dans le coma ;
– sont traités à part le reset osmostat, les états de mal
convulsifs et les rhabdomyolyses.
B - Physiopathologie
:
Physiologiquement, le bilan d’eau est équilibré, c’est-àdire
que les entrées (eau de boisson et des aliments,
production d’eau par oxydation) sont équivalentes
aux sorties (rénales précisément régulées, cutanées,
respiratoires et digestives).
C’est la soif qui régule les
entrées et le rein qui assure l’équilibre en régulant les
sorties pour maintenir constante l’osmolalité aussi bien
intra- qu’extracellulaire.
L’hormone antidiurétique
(ADH) est une hormone polypeptidique sécrétée par
les noyaux paraventriculaires et supra-optiques de
l’hypothalamus.
Elle est transportée jusqu’à la partie
postérieure de l’hypophyse pour y être sécrétée.
Elle
agit principalement sur les cellules principales du canal
collecteur en se fixant sur des récepteurs spécifiques V2
à leur pôle basal.
Cette fixation entraîne l’incorporation
d’aquaporines (en particulier de type 2) dans la membrane
apicale, ce qui augmente la perméabilité de la cellule à
l’eau.
L’eau est réabsorbée passivement en fonction du
gradient cortico-papillaire.
La sécrétion d’ADH est
régulée principalement par les variations de l’osmolalité
plasmatique (de l’ordre de 1 %), du volume plasmatique
(entre 10 à 15 %) et accessoirement de la soif.
Il convient de préciser que lorsque l’ADH n’est pas
sécrétée ou qu’elle est inefficace, la sensation de soif
évite la survenue d’un bilan d’eau négatif.
Cela est très
important en clinique humaine, car les situations de
déshydratation intracellulaire ne surviennent que lorsque
la soif est inopérante (coma, désordres psychiatriques,
sédation en réanimation, patients âgés).
On peut donc observer un bilan d’eau négatif et une hyperosmolalité en cas :
– de perte d’eau extrarénale cutanée ou respiratoire ;
– de perte d’eau rénale par absence de sécrétion d’ADH
(diabète insipide central) ou absence de sensibilité
rénale à l’ADH (diabète insipide néphrogénique) ;
– d’anomalie des centres de la soif ou des osmorécepteurs
hypothalamiques.
C - Diagnostic
:
Les signes cliniques de déshydratation intracellulaire
sont essentiellement neurologiques, non spécifiques et
peu évocateurs : somnolence, asthénie, troubles du comportement
à type d’irritabilité, puis crises convulsives,
coma et hémorragies cérébro-méningées.
Cette symptomatologie
est en corrélation avec le degré d’hypernatrémie
mais surtout avec sa rapidité d’installation.
Les autres
signes observés sont, rarement, la soif dont on a vu
qu’elle permettait d’éviter la survenue d’une déshydratation
intracellulaire, la sécheresse des muqueuses et un
syndrome polyuro-polydipsique.
L’osmolalité est élevée
(> 285 mOsm/kg) et sa traduction en pratique courante
est l’hypernatrémie (> 145 mmol/L).
Le diagnostic étiologique est donc celui d’une hypernatrémie
ou d’un syndrome polyuro-polydipsique.
1- En ce qui concerne l’hypernatrémie
:
Il
s’agit d’évaluer, grâce à l’examen clinique, l’état du
compartiment extracellulaire.
On dispose ainsi de
renseignements précis à la fois sur le bilan de l’eau
(en déficit) et sur celui du sodium (négatif en cas de
déshydratation extracellulaire, normal en cas d’euvolémie
extracellulaire, positif en cas d’hyperhydratation extracellulaire).
• En cas de déshydratation globale, le déficit comprend
le sodium et l’eau mais le déficit en eau est plus
important que le déficit en sodium.
La mesure de la natriurèse permet de préciser l’origine rénale ou extrarénale
de ces pertes.
• En cas de déshydratation intracellulaire isolée, il
convient de définir par l’analyse du contexte si les pertes
en eau sont d’origine rénale ou extrarénale.
• En cas d’hyperhydratation extracellulaire associée à
une déshydratation intracellulaire (excès de sodium et
d’eau avec excès de sodium supérieur à celui d’eau), il
faut rechercher une cause iatrogénique.
2- Devant un syndrome polyuro-polydipsique
:
Le diagnostic de diabète insipide et sa cause peuvent
être déterminés par la réalisation d’épreuves fines qui
s’effectuent en milieu spécialisé et sous stricte surveillance
médicale.
• Le test de restriction hydrique pendant 12 à 18 h :
l’hyperosmolarité qu’induit la restriction hydrique doit
stimuler la sécrétion d’ADH.
Les paramètres de surveillance
en sont : le poids, la diurèse, la natrémie, l’osmolarité
plasmatique et urinaire, la clairance de l’eau
libre.
L’épreuve est interrompue lorsque l’osmolalité
urinaire atteint un plateau ou lorsque l’osmolalité
plasmatique atteint 300 mOsm/kg, ce qui correspond à
la stimulation maximale de l’ADH endogène.
• L’injection de desmopressine (dDAVP) [Minirin =
ADH exogène] fait suite au premier test si celui-ci
évoque le diagnostic de diabète de restriction hydrique.
• Schématiquement :
– en cas de diabète insipide néphrogénique complet,
l’osmolalité urinaire ne se modifie pas pendant toute
la durée de l’épreuve ;
– en cas de diabète insipide néphrogénique partiel, l’osmolalité
urinaire s’élève moins que chez un sujet normal
mais elle n’est pas modifiée par l’injection
d’ADH exogène ;
– en cas de diabète insipide central complet, l’osmolalité
urinaire ne s’élève qu’après l’injection d’ADH exogène ;
– en cas de diabète insipide central partiel, l’osmolalité
urinaire s’élève moins que chez un sujet normal et elle
s’élève après l’injection d’ADH exogène.
Hyperhydratation intracellulaire
:
A - Définition
:
Il s’agit d’une augmentation du volume intracellulaire,
due à un bilan d’eau positif responsable d’une hypoosmolalité
dont la traduction biologique en pratique
courante est une hyponatrémie.
B - Étiologie
:
Un bilan d’eau positif peut être dû à plusieurs facteurs.
• L’ingestion d’eau peut être supérieure aux capacités
d’excrétion physiologiques comme c’est le cas lors de
potomanie par exemple.
• Le seuil de déclenchement de la sécrétion d’hormone
antidiurétique (ADH) peut être anormalement bas, c’est
la situation dite de reset osmostat.
• L’excrétion d’eau peut être diminuée dans les circonstances
suivantes :
– toutes les situations d’« hypovolémie efficace » c’est-à-dire toutes les causes de déshydratation extracellulaire, certaines causes d’hyperhydratation extracellulaire
(insuffisance cardiaque congestive, cirrhose,
syndrome néphrotique) et les déplétions potassiques
majeures ;
– l’utilisation de diurétiques ;
– l’insuffisance rénale aiguë ou chronique ;
– un excès d’ADH ou une sécrétion inappropriée
d’ADH (SIADH).
C - Physiopathologie
:
La capacité d’excrétion d’eau libre par le rein est très
importante.
Elle dépend de la capacité d’abaisser voire
de supprimer la sécrétion d’ADH et de la fonction rénale.
Un rein normal est capable d’abaisser l’osmolalité
urinaire jusqu’à un minimum de 60 mOsm/kg.
Pour une
charge osmotique quotidienne théorique de 900 mOsm,
le rein peut donc éliminer environ 15 L d’eau.
On
peut donc observer un bilan d’eau positif et une hypoosmolalité
:
– quand la capacité maximale physiologique d’excrétion
de l’eau est dépassée dans le cas des grandes potomanies
par exemple ;
– quand la capacité maximale d’excrétion de l’eau est
altérée soit par insuffisance rénale, soit par hypersécrétion
d’ADH.
Celle-ci est peut-être appropriée en
cas d’hypovolémie vraie ou « efficace » par exemple
ou, au contraire, inappropriée c’est-à-dire anarchique.
D - Diagnostic
:
Les signes cliniques d’hyperhydratation intracellulaire
(témoins de l’oedème cérébral) sont neurologiques, non
spécifiques donc peu évocateurs. Au début, on observe
des nausées, des vomissements puis des céphalées, une
obnubilation, un coma, des crises convulsives et enfin la
mort.
Cette symptomatologie est en corrélation avec le
degré d’hyponatrémie mais surtout avec sa rapidité
d’installation.
On observe par ailleurs une prise de poids
et une absence de soif voire un dégoût de l’eau.
L’osmolalité plasmatique, reflet de l’osmolalité globale,
est diminuée (< 285 mOsm/kg).
La traduction biologique
simple de cette hypo-osmolalité est l’hyponatrémie
(< 135 mmol/L).
Le diagnostic étiologique est donc celui d’une hyponatrémie.
En pratique, il convient tout d’abord d’éliminer les situations rares où l’hyponatrémie n’est pas le reflet
d’une hypo-osmolalité, c’est-à-dire les « fausses hyponatrémies
».
Il s’agit ensuite
d’évaluer, grâce à l’examen clinique, l’état du compartiment
extracellulaire.
On dispose ainsi de renseignements
précis à la fois sur le bilan de l’eau (en excès) et sur
celui du sodium (négatif en cas de déshydratation extracellulaire,
normal en cas d’euvolémie extracellulaire,
positif en cas d’hyperhydratation extracellulaire).
• En cas de déshydratation extracellulaire associée à
une hyperhydratation intracellulaire (déficit en sodium
et en eau mais compensation avec de l’eau créant ainsi
un excès relatif en eau), la mesure de la natriurèse
permet de préciser l’origine rénale ou extrarénale de ces
pertes.
Cette situation est parfois appelée hyponatrémie
de déplétion.
• En cas d’hyperhydratation intracellulaire isolée
(excès d’eau pure), il s’agit le plus souvent d’une sécrétion
inappropriée d’ADH.
• En cas d’hyperhydratation globale (excès d’eau et de
sodium avec excès d’eau supérieur à l’excès de sodium),
il s’agit d’une insuffisance cardiaque, d’une cirrhose,
d’un syndrome néphrotique ou d’une d’insuffisance
rénale. Cette situation est parfois appelée hyponatrémie
de dilution.
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