Dermatoses professionnelles
(Suite) Cours de dermatologie
Manipulateurs de végétaux
:
A - AGRICULTEURS :
1-
Risque
:
Les agriculteurs sont exposés à de très nombreux irritants et
allergènes.
Suivant la région ou le type d’exploitation, toutes les
formes cliniques peuvent se voir : dermatites par irritation, eczéma,
urticaire, dermatites phototoxiques, dermatites aéroportées,
photosensibilisation.
2- Allergènes et irritants
:
Toutes les plantes ou extraits de plantes peuvent être évoqués :
plantes phototoxiques (céleris, persil, carotte, panais, etc), famille des
composées (plantes maraîchères ou plantes ornementales :
artichauts, laitue, chicorée, chrysanthème, etc), hépatiques (Frullania
dilatata et F tamarisci), lichens, extraits de végétaux (essence de
térébenthine, colophane et dérivés), produits de la ruche (cire,
propolis), aliments pour bétail (tourteaux de soja, fourrage, céréales),
etc.
B - VITICULTEURS :
Parmi les produits de traitement des plantes, sont particulièrement
toxiques : les dérivés de l’arsenic, surtout utilisés en viticulture et
responsables de kératodermies palmoplantaires, de mélanodermie,
de troubles des ongles (bandes de Mees) et de cancers cutanés sous
forme d’épithéliomas spinocellulaires des mains ou de maladie de
Bowen de l’ensemble du corps (cancers dans les zones d’excrétion
de l’arsenic) et les herbicides.
Les herbicides sont responsables de quelques cas d’acné chlorée,
reconnaissable à son extension, notamment autour des paupières et
à l’odeur particulière et tenace que dégagent les sujets qui en sont
atteints.
C - HORTICULTEURS, JARDINIERS, PAYSAGISTES,
PÉPINIÉRISTES, GRAINETIERS :
1- Risque
:
Ces professions exposent au contact des semis de plantes, des fleurs,
des arbustes et des arbres.
– Tulipalines des liliacées (bulbes, tiges ou fleurs de tulipes) et
Alstromériacées.
– Urushiol des anacardiacées dont quelques espèces sont cultivées
dans les jardins botaniques et dans les jardins publics ou privés ;
des réactions croisées ont été décrites avec le fruit du Ginkgo biloba
L, le poison ivy et la noix de cajou.
D - BÛCHERONS, CANTONNIERS, OUVRIERS FORESTIERS,
SCIEURS :
1- Risque
:
Contact direct avec le bois ou dermatites aéroportées soit à
l’extérieur, soit dans les scieries par manque de ventilation.
La
photosensibilisation est souvent suspectée.
La transpiration est un
facteur de diffusion de l’irritant ou de l’allergène.
2- Allergènes et irritants :
– Lactones sesquiterpéniques du Frullania (sensibilisation croisée
possible avec les autres lactones).
Le Frullania est présent sur les
arbres à écorce lisse (chêne, peuplier, acacia) et sur les rochers.
– Colophane et ses dérivés, essence de térébenthine (gemme et
bourgeons du pin).
– Acide usnique, atranorine, acide évernique des lichens (Parmelia,
Usnea), avec possibilité de photosensibilisation.
– Allergènes des bois tropicaux et des bois des pays nordiques pour
les employés des scieries.
E - FLEURISTES :
1- Risque
:
Toutes les fleurs et plantes peuvent être sensibilisantes (tulipes,
chrysanthèmes, primevères, laurier, lierre en particulier) ou
simplement irritantes.
Les fleuristes travaillent en milieu humide et
froid, confectionnent des bouquets et gerbes et manipulent de
nombreux produits irritants : fil de fer, bois, arbustes, fleurs, cartons,
etc.
Toutes les formes cliniques sont possibles : dermatites par
irritation, eczéma (tulip-fingers), dermatite aéroportée, phototoxicité
et photoallergie, urticaire de contact et pseudoérythème
polymorphe.
2- Allergènes et irritants
:
Ce sont tous les allergènes isolés à partir des fleurs, plantes vertes
ou arbustes : primulacées (primevère), composées ou astéracées
(chrysanthème, dahlia), liliacées (jacinthes, tulipes), alstroemeriacées
(alstroemeria), amaryllidacées (narcisse, jonquille), géraniacées
(géranium, pélargonium), renonculacées (anémone, renoncule),
euphorbiacées (croton, ricin), aspidacées (fougères).
Parmi les constituants connus : lactones sesquiterpéniques, primine,
tulipalines A et B.
F - MENUISIERS, CHARPENTIERS, ÉBÉNISTES :
1- Risque
:
Il est lié à la manipulation des bois du pays et des bois étrangers
(bois tropicaux et de colles) et de contreplaqués (bois du pays plus
bois tropicaux).
La poussière des bois est irritante et sensibilisante.
L’aspect clinique est varié : dermatite d’irritation ou de
sensibilisation, urticaire ou pseudoérythème polymorphe (surtout
avec les bois tropicaux), dermatite aéroportée. L’aspiration et la
ventilation des ateliers joue un rôle primordial.
Les cires et vernis
contiennent des allergènes végétaux.
2- Allergènes et irritants :
Ce sont les constituants de la sève et de la gemme, et allergènes
sylvestres : colophane et ses constituants, essence de térébenthine,
lactones sesquiterpéniques (Frullania), acide usnéique et atranorine
(lichens), constituants des bois tropicaux (dalbergiones).
G - MUSICIENS, FABRICANTS D’INSTRUMENTS :
1- Risque :
Sont exposés : les fabricants d’instruments de musique (facteurs de
piano ou d’orgues, luthiers, fabricants d’archets, etc).
Les bois
exotiques sont utilisés dans la fabrication des instruments : ébène
(Macassar ebony), bois de rose (Dalbergia nigra All, Dalbergia nigra
ROXB), cocobolo (Dalbergia retusa).
La composition des vernis est
très complexe et comprend de nombreux extraits végétaux (benjoin,
huiles essentielles, etc).
Les musiciens ont rarement un contact direct avec le bois de
l’instrument qui est le plus souvent recouvert d’un vernis.
Il faut
cependant citer des cas de sensibilisation ou d’irritation à la partie
végétale de l’instrument (roseau des clarinettes pour les lèvres, bois
du violon pour le cou, etc).
Les vernis, indispensables à la confection
des instruments, peuvent provoquer de l’irritation, de l’eczéma ou
même de l’urticaire.
Le cube de colophane utilisé pour les archets
est une cause de sensibilisation.
2- Allergènes et irritants
:
Bois exotiques (dalbergiones), colophane, benjoin (sensibilisation
croisée avec le baume du Pérou), huiles essentielles des vernis.
H - PROFESSIONS MÉDICALES :
1- Risque :
Les professions médicales ou
paramédicales exposent au contact de produits végétaux
inclus dans les médicaments : médecins,
chirurgiens-dentistes, infirmières et aides-soignants,
kinésithérapeutes, pharmaciens, vétérinaires et employés
de l’industrie pharmaceutique, herboristes, etc.
2- Allergènes et irritants
:
Baume du Pérou des crèmes et pommades, colophane des adhésifs,
essences de thym et de niaouli de la Biogazet, teinture de benjoin
utilisée en chirurgie, eugénol, constituants des parfums inclus dans
les médicaments à usage local (baumes, crèmes, gels, lotions,
pommades, etc).
I - INDUSTRIE DES COSMÉTIQUES :
1- Risque
:
La manipulation des cosmétiques expose au contact des végétaux
employés comme matières actives ou comme parfums.
Professions
en cause : employés de fabrication, esthéticiennes, coiffeurs,
comédiens.
2- Allergènes et irritants
:
Dérivés cinnamiques, costunolide, eugénol, géraniol, citral,
hydroxycitronellal, mousse de chêne (extraite à partir des lichens),
huiles essentielles, colophane et ses dérivés.
J - PROFESSIONS AGROALIMENTAIRES :
1- Risque
:
Les industries ou les métiers de l’alimentation exposent au contact
des produits végétaux : employés de conserveries, cuisiniers et
employés de restaurants, boulangers, pâtissiers, épiciers, vendeurs.
Sur le plan clinique, il s’agit de dermatites par irritation et
sensibilisation, eczéma ou urticaire, parfois de dermatite due aux
protéines végétales.
2- Allergènes et irritants
:
Tous les allergènes des fruits et des légumes (artichauts, céleris,
laitues, chicorée, agrumes), condiments (laurier noble, thym) et
épices (cannelle, moutarde, vanille, poivre, etc).
K - SPORTIFS :
1- Risque
:
Le sport de plein air expose au contact des végétaux et donc à toutes
les formes cliniques de phytodermatoses : irritation, eczéma,
urticaire, dermatite des prés et photosensibilisation.
2- Allergènes et irritants :
– Psoralènes, lactones sesquiterpéniques.
Il faut penser aussi à l’utilisation des baumes rubéfiants pouvant
contenir des extraits végétaux.
L - PROFESSIONS DIVERSES
:
Les végétaux ou les extraits végétaux peuvent être utilisés dans
d’autres professions.
Les femmes de ménage et employés des
services peuvent être en contact avec des plantes (plantes en pots),
des produits contenant des extraits végétaux (térébenthine,
colophane, parfums des détergents).
Les employés des manufactures
de tabac sont en contact avec les feuilles de tabac et des additifs du
type menthol et vanille.
Les tanneurs peuvent utiliser des produits
végétaux comme le sumac (anacardiacées) ou le quebracho
(quebraco blanca constituant d’un apocyanée, ou quebraco colorado
à partir d’anacardiacées).
Dans la construction nautique, aéronautique ou automobile, le bois
est encore souvent utilisé.
Parmi les produits de traitement des plantes, sont particulièrement
toxiques : les dérivés de l’arsenic, surtout utilisés en viticulture et
responsables de kératodermies palmoplantaires, de mélanodermie,
de troubles des ongles (bandes de Mees) et de cancers cutanés sous
forme d’épithéliomas spinocellulaires des mains ou de maladie de
Bowen de l’ensemble du corps (cancers dans les zones d’excrétion
de l’arsenic) et les herbicides.
M - PESTICIDES :
Le terme de pesticide recouvre toute substance ou produit chimique
capable de détruire ou de s’opposer au développement des éléments
vivants (microbiens, animaux ou végétaux) considérés comme
nuisibles.
Les risques se situent aussi bien au stade de la fabrication qu’au
stade de l’utilisation, qu’elle soit professionnelle ou domestique.
Pour conduire les investigations étiologiques, il faut au minimum
que le nom commercial du produit soit connu, pour essayer ensuite
de connaître les différents constituants à partir de l’index
phytosanitaire, ou avec l’aide d’un centre antipoisons.
C’est
seulement après que l’on pourra envisager les investigations
biologiques les plus appropriées, en particulier des épidermotests.
Les allergènes de la batterie « pesticides » du commerce sont dilués
dans la vaseline, mais les produits apportés par les patients peuvent
le plus souvent être dilués dans l’eau.
1- Pesticides purement irritants :
Certains pesticides sont essentiellement irritants et jamais ou
presque jamais allergisants.
Il est donc inutile de pratiquer des tests épicutanés avec ces produits.
Les dermatites d’irritation aux
pesticides peuvent parfois aller jusqu’à de véritables brûlures
cutanées chimiques.
L’exemple le plus caractéristique est celui du propargite (acaricide) qui a provoqué 114 dermatites d’irritation
parmi 198 cueilleurs d’oranges.
2- Pesticides à la fois irritants et allergisants
:
La plupart des pesticides sont potentiellement à la fois irritants et
allergisants, mais la prévalence des allergies cutanées est
relativement faible.
Il s’agit de pesticides avec lesquels on peut donc envisager de
pratiquer des épidermotests, avec une dilution convenable dans
l’eau le plus souvent.
3- Fongicides
:
Les fongicides sont, parmi les pesticides, les substances ayant le plus
fort pouvoir sensibilisant.
* Phtalimides :
Les phtalimides sont les fongicides les plus sensibilisants.
– Le captan est un fongicide largement utilisé en agriculture et
horticulture, en particulier pour les vignobles, les plantes de jardins
et les arbres fruitiers.
Il faut le tester à une concentration de 0,1 %.
– Le folpet est utilisé pour les fruits, les fraises, les végétaux, les
fleurs ; il est irritant, pouvant aussi donner des eczémas de
contact.
Il faut le tester à une concentration de 0,1 %.
– Le captafol est utilisé pour prévenir le brunissement des pommes
de terre, et pour traiter les fruits ou les céréales.
Il peut être à
l’origine de fortes dermatites d’irritation, pouvant toucher 25 à 30 %
des sujets qui y sont exposés, en particulier dans l’industrie du
bois.
Au Japon, il a été la première cause de dermatites de contact
aux pesticides en 1970.
On peut aussi voir des dermatites
aéroportées chez des fermiers exposés, avec tests positifs au captafol.
Il faut le tester à une concentration de 0,1 %.
* Carbamates
:
Les dithiocarbamates sont des produits irritants (parfois caustiques)
et allergisants ; ils provoquent un effet antabuse.
Les plus
couramment rencontrés sont les suivants.
– Le manèbe : de nombreux cas d’allergies cutanées ont été décrits,
notamment chez des fleuristes ou des personnes travaillant à
proximité de plantes traitées par ce produit.
On doit le tester à
une concentration de 1 %.
– Le zinèbe : la présence de zinc dans la molécule semble donner
un effet irritant.
De nombreux cas d’allergie cutanée ont été
rapportés, notamment chez des ouvriers du tabac.
On doit le
tester à une concentration de 1 %.
– Le mancozèbe est un fongicide utilisé en particulier pour traiter
les céréales, proche chimiquement du manèbe et du zinèbe, en
combinant les avantages de ces deux produits.
Il est connu pour son
pouvoir sensibilisant chez les agriculteurs cultivant les céréales.
Un cas de dermatite pellagroïde avec vitiligo a été décrit par le
même auteur.
On doit le tester à une concentration de 1 %.
– Le zirame est un fongicide utilisé notamment pour le traitement
des pêches et des amandes.
La présence de zinc dans la molécule
semble donner un effet irritant.
Il a été décrit comme agent
responsable d’eczémas allergiques chez des agriculteurs.
On doit
le tester à une concentration de 1 %.
* Thiurames :
– Le thirame ou disulfure de tétraméthylthiurame (TMTD), qui est
aussi un allergène connu des caoutchoucs, a été décrit comme
responsable d’eczémas allergiques chez des dockers manipulant des
bananes traitées avec ce fongicide, ou chez des fleuristes
manipulant des fleurs traitées avec du Sadoplon (75 % de
thirame).
Il faut le tester à une concentration de 1 %.
– Le tetmosol ou monosulfure de tétraéthylthiurame (TETM) est
utilisé comme fongicide mais aussi comme scabicide chez les
animaux domestiques (chiens et chats notamment).
Des allergies
croisées à ce produit et au TMTD ont été observées, comme dans le
cas des allergies au caoutchouc. Il faut le tester à une concentration
de 1 %.
* Autres fongicides :
– Le bénomyl : 17 personnes traitant des oeillets avec ce pesticide
ont été atteintes dans un centre d’horticulture.
Il peut donner des
réactions très aiguës.
On le teste à une concentration de 0,1 %.
– Le ditalimphos est un fongicide de contact utilisé pour combattre
le mildiou et traiter les fruits, notamment les pommes, les poires et
les fleurs, en particulier les roses.
C’est un produit allergisant.
On le
teste à une concentration de 0,1 %.
– Le chlorothalonil utilisé en floriculture et dans le traitement des
bois est un sensibilisant connu.
– Le sulfate de cuivre utilisé comme fongicide, notamment pour le
traitement des vignes (connu sous l’appellation de « bouillie
bordelaise » en association avec d’autres fongicides) est irritant,
surtout lors de pulvérisations sur de grandes surfaces de vignes ou
d’arbres fruitiers et a pu être à l’origine d’exceptionnels cas
de sensibilisations.
On ne pratique habituellement pas de tests
avec ce produit mais, en cas de suspicion de véritable réaction
allergique, il peut être testé à une concentration de 1 %.
4- Insecticides :
* Organophosphorés :
– Le dichlorvos est un insecticide et antihelminthique responsable
de nombreux cas d’allergies, mais surtout lors de contacts avec des
animaux portant des colliers antipuces.
Il faut le tester à une
concentration de 0,05 % dans l’eau.
– Le malathion est un insecticide très polyvalent.
Il est souvent
utilisé avec de grandes dilutions entraînant peu de conséquences
dermatologiques, mais il peut être sensibilisant.
Il faut le tester à
une concentration de 0,5 %.
– Le parathion et le méthylparathion ont été à l’origine d’eczémas
de contact et d’érythèmes polymorphes.
Il n’est pas concevable de
les tester autrement qu’en open test à une concentration de 1 %.
– Le naled est un insecticide et un acaricide pouvant être à l’origine
d’eczémas de contact allergiques qui peuvent être évités en ne
travaillant à côté des plantes traitées qu’après un intervalle
confortable.
Il faut le tester à une concentration de 1 %.
* Carbamates :
Certains d’entre eux (carbaryl) ont été incriminés à l’origine
d’eczémas de contact.
Ils peuvent être testés en concentration à 1 %.
* Pyréthrinoïdes :
Le pyrèthre est une variété de chrysanthème dont les propriétés
allergisantes sont connues.
La pyréthrine est un alcaloïde de cette
plante.
Les pyréthrinoïdes de synthèse, qui sont les seuls couramment
utilisés, peuvent être irritants mais il s’agit le plus souvent de
simples démangeaisons, de sensations de chaleur, voire de
sensations de brûlures accompagnant des paresthésies ou
dysesthésies notamment faciales, en particulier avec le fenvalérate.
* Organochlorés
:
Ils sont moins fréquemment utilisés du fait de leur rémanence et
des interdictions légales d’emploi comme pour le dichloro-diphényltrichloréthane
(DDT), dont l’allergénicité n’a jamais été vraiment
prouvée.
– Le lindane utilisé pour tuer les larves parasitant les céréales, les
plantations de tabac, les arbres fruitiers, les légumes, les fleurs et les
bois est un irritant cutané, mais aussi un produit rarement
allergisant.
– Le dieldrine, utilisé presque uniquement pour la lutte contre les
termites ou les mites, a pu occasionner des dermatites d’irritation
par contact prolongé avec des vêtements traités, comme cela a été le
cas pour 200 jeunes recrues de la police britannique portant des
chaussettes imprégnées de substance antimites en 1964.
– Le chlordane, utilisé également pour la lutte contre les termites et
interdit pour tout traitement de produits alimentaires, est
responsable d’une irritation cutanée notable et même d’érythèmes
polymorphes et doit donc être évité.
5- Herbicides
:
Ceux-ci peuvent être regroupés en quelques grandes familles
chimiques.
* Triazines :
L’atrazine et la simazine ont été à l’origine de cas d’allergies et
peuvent être testées à 0,1 %.
* Diazines :
– Le dazomet est un herbicide, fongicide, fumigant des sols, et
nématicide.
Chimiquement, c’est un précurseur de l’isothiocyanate
de méthyle.
Il est utilisé notamment pour la culture des tomates.
C’est un irritant puissant, responsable de dermatoses bulleuses, et
un sensibilisant potentiel.
Il faut le tester à une concentration de
0,01 % dans la vaseline.
– La chloridazone est un herbicide utilisé en particulier pour la
protection des betteraves.
Ce produit persistant dans le sol de
nombreux mois a pu donner des allergies cutanées en milieu rural.
Le test est fait à une concentration de 0,1 %.
* Ammoniums quaternaires
:
Le paraquat, bien connu pour sa toxicité respiratoire (fibroses) est
aussi un irritant cutané responsable de périonyxis,
onychodystrophies et décollements des ongles et même d’un cas
d’ulcère nécrotique du scrotum chez un utilisateur.
Un cas de leucodermie a été décrit ; il existe en outre un risque d’absorption
cutanée du produit.
* Glyphosate :
Le glyphosate a été considéré comme responsable de réactions
phototoxiques et de réactions allergiques, mais peut-être en raison
de la présence d’impuretés, notamment sous forme de benzoisothiazolones.
Il faut le tester à 10 % dans l’eau. Il n’est que très
peu irritant.
* Toluidines :
La nitraline, utilisée notamment pour le traitement des gazons, a été
reconnue responsable d’eczémas allergiques.
À tester à 1 %.
* Triazolés :
L’aminotriazole, utilisé pour éliminer les mauvaises herbes, y
compris aquatiques, a pu déterminer l’apparition de réactions
allergiques.
À tester à 1 %.
Il est également irritant et on le
suspecte d’être cancérogène.
* Carbamates
:
– Le métam-sodium (méthyldithiocarbamate de sodium) qui est un
fongicide, insecticide, nématocide et herbicide, est très utilisé pour
le traitement des sols.
Il peut être sensibilisant.
Il faut le tester à
0,1 %.
– Le phenmedipham a été à l’origine d’allergies cutanées sévères en
milieu agricole.
Il faut le tester à 2 %.
– Le barbane est très sensibilisant, parfois pour des contacts fugaces
avec des tests très positifs et parfois des dépigmentations dans les
zones atteintes.
Il faut le tester à 0,1 %.
Herbicides nitrés phénoliques dérivés du benzène
Le nitrofène utilisé pour certaines céréales peut être à l’origine de
dermatites aéroportées de nature allergique avec tests positifs à une
concentration de 0,5 %.
* Amides :
Le propachlore est irritant et l’alachlore est sensibilisant.
* Urées substituées :
Ces herbicides sont considérés comme les moins toxiques, mais ils
sont irritants pour la peau et les muqueuses et ont été décrits à
l’origine de quelques dermatoses allergiques.
Le néburon est parfois à l’origine de cas de chloracné, avec un
maximum de lésions sur les zones découvertes (région périorbitaire
en particulier), une odeur particulière et une apparition tardive des
lésions, qui mettent plusieurs mois pour disparaître.
* Phénoxy (phythormones)
:
Le 2,4 D a été mis en vedette par l’accident de Seveso et les chloracnés attribuées à l’action des dioxines.
Des
phénomènes d’irritation oculaire et cutanée ont été constatés chez
des ouvriers exposés.
Il peut aussi être sensibilisant.
Sa cancérogénicité est suspectée.
*
Benzonitriles :
Le dichlobenil peut être à l’origine de dermatoses allergiques et de
chloracnés comédoniennes peu sévères.
6- Pesticides polyvalents :
– Le dazomet est à la fois nématicide, herbicide, fongicide et est
utilisé pour la fumigation en horticulture.
– Le métam-sodium est lui aussi polyvalent.
– Le propargite a des propriétés essentiellement acaricides.
En résumé, on peut donner une liste des tests les plus couramment
utilisés pour confirmer le caractère allergique d’une dermatose eczématiforme aux pesticides.
Réparation :
Toute dermatose survenant de façon aiguë peut être prise en charge
au titre des accidents du travail : c’est le cas par exemple des
brûlures chimiques.
Dans la grande majorité des cas, les lésions cutanées apparaissent
insidieusement et relèvent des tableaux de maladies
professionnelles.
En 1998, il existait 52 tableaux concernant des dermatoses
professionnelles dans le régime général de Sécurité sociale et 28
tableaux dans le régime agricole.
Prévention des dermatoses
professionnelles :
La pratique de véritables ordonnances de prévention est assez peu
répandue, peut-être en raison d’une certaine gêne des praticiens
devant ce type de conseils, plus fréquemment donnés de vive voix
en fin de consultation que rédigés et commentés de façon détaillée
dans le cabinet médical (ou sur les lieux du travail lui-même)
pendant un temps suffisant pour obtenir une bonne adhésion des
patients.
Les ordonnances de prévention répondent aux mêmes obligations
que les ordonnances de soins, en ce qui concerne la rigueur
d’application des prescriptions.
On peut les diviser en deux parties
distinctes, à savoir d’abord une série de conseils relatifs aux gestes
professionnels à éviter et ensuite des renseignements pratiques sur
la manière d’utiliser les moyens de prévention individuelle
préconisés.
L’ordonnance de prévention va comporter deux volets : un volet
collectif et un volet individuel.
A - PREMIER VOLET : PRÉVENTION COLLECTIVE
Ce volet comporte les recommandations collectives visant à éviter
les produits dangereux et à bannir, pour tous les salariés de
l’entreprise, les gestes professionnels les plus néfastes.
La propreté générale du lieu de travail semble être une mesure
évidente, mais nombreux sont les chantiers où il n’existe pas
d’installation sanitaire où l’ouvrier pourrait se laver les mains dans
une eau propre et les essuyer avec un linge non souillé.
Nombreux
sont les exemples, en particulier dans le bâtiment et les travaux
publics.
La substitution d’une substance irritante ou allergisante par une
substance qui l’est moins semble la meilleure méthode, très efficace,
pour éliminer les risques de dermatites professionnelles.
On peut
citer quelques exemples avec effets bénéfiques : la suppression en
France du bichromate de soude comme colorant de l’eau de Javel et
son remplacement par des produits colorants non allergisants ou la
substitution de la térébenthine par le white-spirit.
Mais ce
remplacement n’est pas toujours possible.
Les résines époxy, dont la
formule est constamment renouvelée, en particulier dans les
domaines de l’aérospatiale, de l’aéronautique ou de la construction
de bateaux de plaisance, sont un bon exemple : ces changements
sont liés à des progrès technologiques entrant dans le cadre de
fabrication de matériaux composites de plus grande résistance.
Toutefois, on remplace souvent un allergène connu par un autre qui
se révèle malheureusement néfaste au cours de son utilisation.
La ventilation générale et l’aspiration locale sont des modes de
prévention industrielle fondamentaux.
On peut citer l’exemple des
industries de traitement de surface des métaux : de nombreux
consultants sont suivis, présentant des dermatites de contact en
rapport avec, soit des produits caustiques contenus dans les bains
(acide sulfurique, potasse, soude caustique), soit des substances
allergisantes que l’on peut rencontrer dans les bains d’électrolyse
(nickel, chrome) : la mise en place d’un système d’aspiration locale,
coiffant le bac de traitement de surface, offre une protection assez
efficace.
Un autre exemple est celui des ateliers du bois, en particulier des
menuiseries.
Dans ce cas, les poussières de bois exotiques peuvent
s’agglutiner sur la peau des travailleurs et être responsables de dermatites allergiques généralisées.
Ici également, une aspiration
localisée au niveau de la scie circulaire, qui débite les panneaux en
bois, apporte une protection assez efficace.
L’automatisation est une autre méthode de prévention collective,
mais elle entraîne parfois des conséquences néfastes sur l’emploi.
Néanmoins, on peut citer l’exemple de l’industrie pharmaceutique :
l’automatisation de nombreuses étapes dans la fabrication, par
exemple d’antibiotiques allergisants, comme la pénicilline, a réduit
au minimum les cas de sensibilisation parmi les ingénieurs et
techniciens affectés à cette tâche.
B - DEUXIÈME VOLET : PRÉVENTION INDIVIDUELLE
Ce volet concerne l’hygiène cutanée générale : les moyens de
nettoyage appliqués selon les tâches, les gants ou crèmes protectrices
nécessaires et adaptés à chaque séquence de travail.
Les prescriptions d’hygiène sont primordiales. En effet, de nombreux
patients avouent utiliser des solvants (trichloréthylène ou 1-1-1 trichloréthane), de l’essence, ou des savons et des détergents dont le
pH est très alcalin, afin de nettoyer leurs mains, et ceci de façon
répétitive tout au long de la journée.
Cette pratique est rencontrée
dans de nombreuses professions (bâtiment, travaux publics,
métallurgie, mécanique).
Dans les professions médicales et paramédicales, l’usage répété de
savons antiseptiques, complété d’une « rincette » avec de l’alcool,
provoque les mêmes effets.
Tout ceci contribue à détruire le film
protecteur hydrolipidique recouvrant la peau, mais aussi à une
altération des cellules cornées et une modification de l’écoflore
cutanée et favorise la survenue d’une dermatite d’irritation.
En France, la législation impose le respect des normes AFNOR NF T
73-101 (détergents d’atelier sans solvant pour le lavage des mains),
et NF T 73-102 (détergents d’atelier avec solvant pour le lavage des
mains) : les préparations à base de savons ne peuvent avoir un pH
supérieur à 10,5 et celles renfermant des agents tensioactifs de
synthèse, un pH supérieur à 9.
Enfin, il est important de faire en sorte que les vêtements souillés et
imprégnés de produits chimiques ne soient pas gardés plusieurs
jours de suite.
La prescription de gants et de crèmes protectrices nécessite la
connaissance parfaite du milieu de travail auquel ils doivent être
adaptés.
1- Gants
:
Différentes familles d’élastomères et de polymères sont utilisables
en tant que membranes protectrices pour la fabrication de gants.
Chacune de ces familles possède des caractéristiques particulières
en termes de protection.
En ce qui concerne les substances aqueuses (acides et basiques), de
nombreux types de gants sont utilisables (latex, polychlorure de
vinyle [PVC], néoprène...).
Il faut cependant tenir compte des
concentrations.
Vis-à-vis des substances organiques, en particulier les solvants, les
performances dépendent de la nature précise du produit.
On peut
cependant énoncer quelques grands principes par famille chimique :
– le nitrile résiste bien à l’ensemble des hydrocarbures ;
– le néoprène convient pour les solvants aliphatiques ;
– le latex naturel offre une bonne résistance aux cétones,
contrairement au nitrile ;
– vis-à-vis des solvants organiques, les PVC deviennent rapidement
inutilisables en raison de leur durcissement ; ils peuvent être utilisés
lorsque le contact avec le produit est peu fréquent ;
– les alcools de polyvinyle (PVA) possèdent une excellente
résistance vis-à-vis des solvants halogénés.
Il existe d’autre part sur le marché des produits à base de laminé de
polyéthylène qui possèdent d’excellentes qualités de résistance à des
substances organiques et minérales et qui peuvent prévenir des
effets de sensibilisation (par exemple à certains métaux comme le
nickel, ou à certaines résines époxydiques...) ; en revanche, ils sont
difficiles d’emploi car mal adaptés aux mouvements de la main.
Non seulement les gants doivent être adaptés aux produits
chimiques manipulés mais ils doivent être portés en respectant
certaines recommandations :
– mettre les gants sur des mains propres et sèches ;
– ne pas porter les mêmes gants trop longtemps (les retirer
régulièrement, respecter le temps de perméation, utiliser deux paires
en alternance en cas de travail prolongé) ;
– assurer la liaison entre la manchette et le bord de l’avant-bras ;
– nettoyer les gants avant de les retirer (après avoir utilisé des
peintures, pigments et encres nettoyer avec un chiffon imbibé de
solvant puis avec un chiffon sec ; après avoir utilisé des solvants,
nettoyer avec un chiffon sec ; après avoir utilisé des acides ou
produits alcalins, rincer à l’eau courante puis essuyer avec un chiffon
sec) ;
– retirer les gants sans toucher leur surface extérieure (dégager les
mains en tirant sur le bout des gants ou replier le bord de la
manchette et tirer le gant en le retournant) ;
– se laver les mains après avoir retiré les gants, puis utiliser une
crème de soin ;
– avant réutilisation, laisser sécher l’intérieur des gants ;
– ne réutiliser que des gants sans défauts : ni craquelures, ni
déchirures.
* Crèmes protectrices
:
Il existe différents types de préparation.
– Les crèmes dites « actives » sont peu utilisées, elles contiennent
des corps chimiques actifs qui sont des sortes de chélateurs et ont
pour but de « transformer » les allergènes, comme les métaux, par
exemple avant le contact avec les téguments.
– Les autres types de crèmes sont les crèmes barrières proprement
dites, ou crèmes « passives » ; on en distingue deux types selon
qu’elles contiennent ou non du silicone.
Les crèmes siliconées
seraient relativement polyvalentes et s’opposeraient à la pénétration
de composés de familles chimiques très diverses ; les crèmes
dépourvues de silicone auraient une vocation protectrice sélective,
orientée soit vers les produits chimiques liposolubles (les solvants
organiques par exemple), soit vers les produits hydrosolubles (huiles
solubles ou détergents par exemple).
Il ne faut pas oublier de spécifier dans l’ordonnance de prévention
qu’une crème doit être étalée en couche mince sur toute la surface à
protéger, sans oublier les ongles, les avant-bras, le cou, le visage.
Elle ne doit en aucun cas être mise sur une peau lésée et son
application doit être renouvelée toutes les 2 heures environ, voire
plus en cas de nombreuses agressions, salissures ou lavages
fréquents des mains. Le type de crème doit être adapté aux gestes
professionnels.
* Recommandations concernant l’hygiène après le travail
:
Sont proscrits les savons « caustiques », comme on peut en
rencontrer dans l’industrie mécanique, la métallurgie, la peinture,
les savons trop concentrés en composés cationiques atteignant des
pH basiques supérieurs à 9, ou les solvants trop utilisés pour enlever
les taches de graisse ou de peinture et donc pourvoyeurs de
dermatites d’irritation.
On utilisera des savons appropriés. Des
crèmes adoucissantes et hydratantes peuvent être prescrites. Elles
n’ont pas une efficacité majeure, mais ont l’intérêt d’inciter les sujets
atteints de dermatoses professionnelles à penser à l’hygiène cutanée.
C - ÉVALUATION DES RÉSULTATS :
Du fait du caractère contraignant et de la lourdeur de toutes ces
mesures, il est intéressant de savoir quels espoirs de bons résultats
on peut avoir si on les suit scrupuleusement : dans une étude
récente, Géraut et Tripodi ont retrouvé globalement, toutes
professions confondues, 80 % de bons résultats en 6 mois et 72 % de
bons résultats sur 3 ans.
Dans ces études d’évaluation, des critères pronostiques ont pu être
dégagés.
1- Critères de bon pronostic
:
– Selon la profession : on peut considérer qu’une dermatite de
contact survenant dans une profession où la prévention est facile à
utiliser sera de bon pronostic (agent d’entretien, agent de nettoyage,
agent de service hospitalier).
En revanche, une profession où celle-ci
sera difficile à mettre en place est un facteur de mauvais pronostic
(profession de mécanique de précision, maçons, carreleurs).
– Selon les nuisances, un autre critère de bons résultats peut être
proposé : il s’agit de dermatites de contact avec une nuisance unique
retrouvée et l’absence de patch tests positifs à des composés
métalliques (chrome, cobalt, nickel, etc).
Dans ce dernier cas, nous
savons que les crèmes de protection n’ont pas fait la preuve de leur
efficacité et nous n’avons pas non plus de tests sur l’efficacité des
gants vis-à-vis de ces derniers.
2- Critères de mauvais pronostic
:
– Il semble que lorsqu’une dermatite de contact a été diagnostiquée
avec des tests positifs à des métaux (chrome, cobalt, nickel) et
lorsque la prévention par gants s’avère difficile en raison de gestes
professionnels précis et fins, la prévention sera inefficace car, comme
l’attestent les tests d’efficacité sur les crèmes de protection, les
résultats obtenus sont mauvais.
– Le terrain particulier du fait d’une association de la dermatite de
contact avec une autre pathologie semble aussi un critère de
mauvais pronostic.
– Une protection nécessaire, multifactorielle, non réalisable, comme
parfois dans les professions de la métallurgie et de la mécanique
auto, nécessitant l’utilisation d’huiles solubles et non solubles, avec
difficulté de port de gants pour certains gestes.
– La multiplicité des nuisances dans la même profession : résines,
solvants, huiles, détergents.
– En ce qui concerne la polysensibilisation, il semblerait que ce soit
un critère de mauvais pronostic.