L'eczéma est l'un des premiers
motifs de consultation dermatologique. Le terme vient du verbe
grec, qui signifie isortir en bouillonnanti.
CONFRONTATION ANATOMOCLINIQUE :
L'eczéma est une entité syndromique, association caractéristique
de quatre symptômes cliniques. Le signe fonctionnel constant est
le prurit, d'intensité variable d'un individu a l'autre. Les
signes physiques associent érythème, oedème, vésiculation. Cette
description ne préjuge en rien de l'origine de cet eczéma, qui
peut être de contact, atopique, craquelé, etc.
Lorsqu'un examen histologique est effectué, par exemple en cas
de doute diagnostique (voir les diagnostics différentiels) il
permet d'objectiver les signes suivants:
* le derme apparaît plus clair: il est oedémateux. Il contient
des vaisseaux dilatés, responsables de l'érythème clinique. On
observe un infiltrat inflammatoire fait de lymphocytes,
prédominant autour des vaisseaux, associés a des macrophages et
des polynucléaires éosinophiles.
* l'épiderme est le siège de modifications typiques de l'eczéma.
La spongiose (aspect d'éponge) correspond a de l'oedème
intra-épidermique, augmentant la taille des espaces
interkératinocytaires et dissociant partiellement les
kératinocytes. A un plus fort degré, cette spongiose donne
naissance a des vésicules voire a des bulles intra-épidermiques,
visibles cliniquement. Leur rupture libère ce liquide
d'exosérose et donne lieu a un suintement. Les lymphocytes du
derme migrent dans l'épiderme, persillant celui-ci: il s'agit
d'exocytose lymphocytaire. Elle s'effectue au sein des foyers de
spongiose.
* en surface, la kératinisation de mauvaise qualité donne lieu a
de la parakératose, responsable lorsqu'elle se détache, de la
desquamation.
POURQUOI L'ECZÉMA DE CONTACT :
Lorsqu'on parle d'eczéma de contact, on entend une réaction
allergique d'hypersensibilité retardée, excluant ainsi les
autres formes d'eczéma dont l'eczéma atopique et la dermite
d'irritation (ortho-ergique, traumitérative).
L'eczéma de contact correspond a une réactivité immunologique
accrue de la peau, induite par un composé chimique. Il nécessite
la présence des trois protagonistes de la réaction
d'hypersensibilité retardée pour les phases de sensibilisation
(asymptomatique) et de révélation (symptomatique).
Haptène
L'haptène est une molécule xénobiotique (étrangère a
l'organisme) de petite taille (moins de 1000daltons),
électrophile (avide d'électrons), capable de franchir aisément
la barrière cutanée.
* L'haptène possède, par définition, des fonctions chimiquement
réactives, de manière primaire ou après son métabolisme cutané.
Il est ainsi capable de se fixer sur les protéines épidermiques
de grande taille, en se liant aux acides aminés porteurs de
groupements aminés (NH2) ou thiolés (SH) nucléophiles, donneurs
d'électrons. Cela conduira a la formation d'une protéine
hapténisée, ou plus simplement de l'allergène proprement dit,
qui pourra être présenté aux cellules immunitaires spécifiques.
* De nombreuses molécules peuvent jouer le rôle d'haptènes parce
qu'elles ont une réactivité chimique. En revanche d'autres ne
sont pas douées de ces propriétés et leur métabolisme cutané est
inexistant ou ne conduit pas a des substances réactives. Ainsi,
l'ammoniaque (non réactif), l'acétone (qui s'évapore très
rapidement), le platine ou l'or métal (non réactifs) ne peuvent
pas être responsables d'allergies cutanées. En revanche, les
sels d'or ou de platine, tout comme le nickel métal
(chimiquement réactifs) peuvent induire une allergie cutanée
lors de leur manipulation.
Cellules de Langerhans et lymphocytesT spécifiques d'haptène
* Les cellules de Langerhans sont des cellules épidermiques
pourvues de multiples dendrites, prolongements cellulaires qui
s'insinuent dans la totalité des espaces interkératinocytaires.
Il s'agit donc de véritables gendarmes ou surveillants de
l'épiderme, capables de capter tout ce qui le pénètre. La prise
en charge de l'haptène est complexe et passe par une phase de
métabolisme au sein des cellules de Langerhans. Certains
haptènes, tels le nickel ou les acrylates, forment d'emblée une
liaison covalente avec une protéine. D'autres, de structure plus
complexe, nécessitent d'etre métabolisés (oxydation,
acétylation, époxydation...) après quoi ils seront fixés sur les
peptides. L'haptène apparaît enfin, fixé aux protéines de
surface des cellules de Langerhans.
* Lors de la phase de sensibilisation, il y a migration vers les
ganglions lymphatiques. La présentation aux lymphocytes T
spécifiques aura lieu a cet endroit lors de la phase de
sensibilisation. On a génération de lymphocytes effecteurs,
lymphocytes mémoire et lymphocytes cytotoxiques. Ces lymphocytes
T spécifiques d'haptène, une fois la sensibilisation effectuée,
se répartissent dans l'ensemble du tégument. Ils prédominent
toutefois aux sites de la sensibilisation primaire.
* Lors de la révélation, le processus allergique se déclenchera
rapidement (moins de 48 heures). L'information immunitaire
(cellule de Langerhans porteuse d'haptène) est apportée
directement dans le derme où patientent les lymphocytes
effecteurs. La cascade immunitaire active les lymphocytes
cytotoxiques qui induisent les modifications épidermiques
caractéristiques de l'eczéma. La prédominance des lymphocytes
spécifiques aux zones de sensibilisation explique le
déclenchement parfois très rapide des lésions: eczéma aux
boucles d'oreilles fantaisie survenant en quelques heures après
chaque nouveau port.
Fréquence de l'eczéma de contact
La fréquence de l'eczéma de contact est en augmentation. Elle
correspond probablement a un défaut de régulation active de
l'organisme sur les lymphocytes spécifiques d'haptènes.
Les causes en sont encore obscures et spéculatives: contacts
plus intenses et plus répétés avec les substances chimiques,
réorientation du système immunitaire par disparition progressive
des états inflammatoires chroniques (infections chroniques a
pyogènes, tuberculose...) sous l'effets des progrès médicaux? Il
s'agit en tout cas d'une réaction immunitaire aberrante, car
inutile d'un point de vue immunologique.
L'ECZÉMA DE CONTACT EN PERPÉTUELLE ÉVOLUTION :
L'apparition constante de nouvelles substances aux propriétés
allergisantes potentielles obligent à une mise a jour constante
du dermatologue versé dans la contactologie. L'introduction de
nouveaux produits, de nouveaux modes de fabrication ou
d'utilisation donnent lieu a l'émergence de nouveaux cas parfois
spectaculaires. Les sources professionnelles de l'eczéma de
contact sont presque inépuisables et l'industrie du médicament,
ainsi que celle des colles et matières plastiques, par exemple,
offrent en permanence de nouvelles molécules allergisantes.
Depuis quelques années, on a vu apparaître des eczémas de
contact des mains ou du visage chez des infirmières manipulant
le propacétamol injectable (Pro-Dafalgan*). La molécule était
allergisante et le packaging mal conçu provoquait des
projections de produit lors de la préparation des perfusions.
En 1998, une iépidémiei d'eczéma de contact de a une huile
d'immersion pour microscopie est apparue en Europe chez des
techniciennes de laboratoires de bactériologie. Une nouvelle
formulation a base de résines époxy liquides, hautement
sensibilisantes, avait été introduite fin 1997.
Les allergies aux conservateurs des cosmétiques obligent les
industriels a changer périodiquement la nature de ceux-ci. Il
s'agit de remplacer une molécule qui a dépassé le seuil de
tolérance allergénique par une autre. Ainsi, le Kathon CG fort
utilisé (et donc source de sensibilisations) dans les années 80
a été remplacé par l'Euxyl K400 dans les années 90. L'émergence
de cas d'eczéma a ce produit a conduit a le remplacer par des
parabènes (eux-mêmes discrédités il y a plusieurs années) ou
d'autres substances.
DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
Interrogatoire
Le diagnostic étiologique est fondé sur l'interrogatoire
soigneux du malade.
* Au besoin, il faudra le répéter, faire intervenir un second
médecin, consulter les ordonnances (prescriptions de multiples
topiques pour des ulcères de jambes), visiter le lieu de travail
(difficultés de compréhension des postes de travail, contacts
avec certains produits passant inaperçus).
* La chronologie est essentielle, puisqu'elle permet de
reconstituer l'ordre des contacts et des traitements effectués.
Le but est d'orienter vers une unité de temps (a chaque retour
de congé), de lieu (promenades en foret) ou d'action (lors de la
manipulation de certains produits uniquement) des épisodes
d'eczéma.
Tests épicutanés
Les tests épicutanés sont la seconde étape, confirmant la
suspicion d'interrogatoire.
* On les effectue selon une méthode standardisée, en appliquant
les produits incriminés directement sur la peau, durant 48
heures. Ce temps correspond au délai nécessaire a l'apparition
de la réaction allergique. Les molécules de la batterie standard
européenne ont été choisies parmi les plus fréquemment en cause
dans les eczémas de contact. Cela permet une approche moins
oublieuse et plus rapide des tests. Mais ces substances ne
représentent en aucun cas tous les allergènes.
* On complétera la batterie standard des produits suspectés
lorsque cela est nécessaire. La composition des colles étant
très variable, on testera avec les précautions d'usage les
produits apportés par le malade. De même, en cas d'eczéma de a
un parfum, on utilise le parfum du malade et un test de
dépistage, mélange de parfums ou fragrance-mixi de la batterie
standard. Il contient huit des molécules odoriférantes les plus
fréquemment rencontrées. Il faut cependant savoir qu'un parfum
est une composition complexe de dizaines ou centaines de
molécules différentes! Un sujet réactif au test fragrance-mix
est souvent sensibilisé a une ou deux molécules du mélange, ce
qui explique qu'il puisse réagir a un parfum donné et pas a un
autre.
L'eczéma est la plus fréquent des dermatoses inflammatoires. Il
s'agit d'un syndrome défini par une conjonction anatomoclinique.
en histologie, on observe de l'oedème et un infiltrat
lymphocytaire dans le derme, de la spongiose et de l'exocytose
lymphocytaire dans l'épiderme. Cliniquement, cela se traduit par
de l'érythème, de l'oedème et de la vésiculation, associés a du
prurit.
Toute classification des eczémas est arbitraire mais il est
commode d'opposer l'eczéma de contact a la dermatite atopique ou
eczéma constitutionnel et aux autre variétés d'eczéma (eczéma
dysidrosique, eczéma nummulaire, eczéma craquelé, eczéma
variqueux...). L'eczéma de contact implique une réaction
allergique d'hypersensibilité de typeIV médiée par les
lymphocytesT vis-a-vis de substances allergéniques ou haptènes,
entrant en contact avec le revêtement cutané ou muqueux.
Étiologie :
L'origine des eczémas de contact est illimitée, sachant qu'un
nombre presque infini de molécules sont susceptibles de
sensibiliser les individus. On les classe en cinq groupes
pratiques a différencier. Les molécules indiquées, hors celles
contenues dans la batterie standard, le sont a titre indicatif.
ECZEMAS DE CONTACT D'ORIGINE PROFESSIONNELLE :
Les eczémas de contact sont un des motifs les plus fréquents
d'une consultation de pathologie professionnelle après les
problèmes rhumatologiques.
* Les professions manuelles sont les plus touchées, les lésions
siégeant préférentiellement aux mains.
- L'eczéma, initialement localisé sur le dos des mains, tend à
s'étendre avec la répétition des expositions, débordant sur les
poignets et les avant-bras.
- Parfois, il s'agira d'une pulpite, atteinte
érythématosquameuse, fissuraire et douloureuse des pulpes
digitales.
* La chronologie est évocatrice de l'origine professionnelle: le
repos dominical et les congés amènent une amélioration voire une
guérison, mais les lésions récidivent a la reprise du travail.
Exemples de professions touchées par l'eczéma de contact
* Les cimentiers et professionnels du bâtiment se sensibilisent
aux chromates alcalins (sels de chrome hexavalents,
principalement le bichromate de potassium) contenus dans le
ciment. Le chrome métal des objets chromés n'est pas
allergisant.
* Les professionnels de la coiffure se sensibilisent au nickel
des instruments (fréquemment remplacé par du titane), plus
essentiellement a la paraphénylène diamine (PPD) et aux autres
constituants des teintures capillaires ou aux produits des
permanentes. Ils peuvent aussi réagir aux agents de
vulcanisation du caoutchouc des gants et aux produits a usage
capillaire: excipients, conservateurs et parfums des
shampooings, laques, gels et autres cosmétiques du cheveu.
* Les professionnels de santé, surtout les infirmières,
développent des eczémas de contact aux antiseptiques (iodés,
chlorhexidine, hexamidine, mercuriels), aux antibiotiques
utilisés par voie locale ou générale lors de la préparation des
perfusions (aminosides, virginiamicyne, pénicillines,
céphalosporines...) et aux autres médicaments a usage topique
(phénothiazines, baume du Pérou...). Le propacétamol
(Pro-Dafalgan*) est responsable d'allergies de contact chez les
infirmières qui en préparent des perfusions. Les acrylates et
méthacrylates des résines composites ou les métaux des prothèses
concernent les dentistes, assistants et prothésistes dentaires.
L'eczéma de contact au caoutchouc des gants est du aux agents du
vulcanisation (accélérateurs ou inhibiteurs) et aux antioxydants
utilisés lors de la fabrication des objets de latex.
L'hypersensibilité au latex proprement dit est de type I
(urticaire de contact plus ou moins diffuse, accompagnée ou non
de rhinite, conjonctivite, crise d'asthme ou manifestations
tensionnelles d'anaphylaxie).
* Les horticulteurs et les professionnels du monde végétal
peuvent etre allergiques a diverses substances: lactones
sesquiterpéniques contenues dans les plantes de la famille des
composées ou astéracées (chrysanthèmes, laitues, endives,
artichaut...), primine de la grande primevère (Primula
obconica), allergènes des bulbes de tulipe (tulipaline,
tuliposide), pesticides (manèbe, zinèbe...), gants (de cuir ou
de caoutchouc), etc.
Indemnisation
Certains eczémas d'origine professionnelle font l'objet d'une
indemnisation s'ils figurent dans l'un des tableaux des maladies
professionnelles indemnisables (du régime général ou du régime
agricole de la Sécurité sociale).
Les conditions sont généralement une dermite eczématiforme
récidivant a l'exposition au produit ou confirmée par tests
épicutanési.
Citons comme exemples les ciments au tableau n¡8, les aminosides
au n¡31, la pénicilline et les céphalosporines au n¡41, les
résines époxy au n¡51. Le tableau n¡65 du régime général
comprend les dermatoses eczématiformes de mécanisme allergique
dues a une liste limitative de substances non répertoriées dans
les autres tableaux.
ECZEMAS DE CONTACT D'ORIGINE COSMÉTIQUE :
La majorité des eczémas de contact liés au cosmétiques concerne
les femmes, touchent l'extrémité céphalique et impliquent des
produits appliqués sur:
* le visage: émulsions, produits de maquillage divers, parfums
et produits parfumés, sticks a lèvres....
* les ongles: les vernis induisent un eczéma de localisation
aberrante, siégeant aux paupières et au cou en raison du
manuportage. Il existe alors une hypersensibilité a la résine
toluène-sulfonamide-formaldéhyde, principe actif durcissant
contenu dans la majorité des vernis.
* les cheveux et le cuir chevelu: l'eczéma aux teintures
capillaires se manifeste par un eczéma du cuir chevelu,
débordant en coulée sur le visage et le cou. Il est causé par la
paraphénylène diamine (PPD) ou d'autres dérivés proches
(paratoluylène diamine, para-aminophénol...). Les produits de
permanentes (surtout le monothioglycolate de glycéryle des
permanentes acides, moins souvent le thioglycolate d'ammonium
des permanentes alcalines) et ceux de décoloration (persulfate
d'ammonium) sont moins fréquemment coupables, de même que les
laques, baumes et autres produits de soins.
* concernant l'allergie aux parfums, l'eczéma est souvent
diffus, à cause du mode d'application sur le visage, le cou et
le décolleté.
* les eczémas dus aux produits rincés avec lesquels le contact
est bref comme les savons, shampooings et laits démaquillants,
sont plus rares.
ECZEMAS DE CONTACT D'ORIGINE MÉDICAMENTEUSE :
Des eczémas de contact concernent les usagers de thérapeutiques
topiques et les professionnels de santé exécutant les soins.
* Le risque de la sensibilisation médicamenteuse de contact est
l'apparition, en cas d'administration par voie systémique de
l'allergène (kétoprofène du Profénid* et du Kétum*) ou d'une
molécule apparentée (virginiamycine de la Staphylomycine* poudre
et pristinamycine de la Pyostacine*, kétoprofène du gel Kétum*
et acide tiaprofénique du Surgam*), d'un eczéma aigu généralisé
parfois accompagné de manifestations systémiques (fièvre,
choc...).
* La liste des allergènes ne peut être exhaustive. si la
pénicilline a disparu de la pharmacopée topique en raison de son
haut pouvoir sensibilisant, de nouvelles molécules s'y ajoutent
chaque année. Citons les principaux responsables:
- les antiseptiques mercuriels dont le thiomersal, le borate de
phénylmercure, l'acide phénylmercurique et le mercurobutol. Bien
qu'il s'agisse de mauvais agents antibactériens, ils sont
utilisés comme antiseptiques cutanés (Merseptyl*, Mercryl
Laurylé*...), ou comme conservateurs dans de nombreux collyres
ou certains vaccins.
- la néomycine (Antibiotulle*, Diprosone Néomycine*...),
aminoside d'usage local contenu dans certains topiques a usage
cutané, ophtalmique, nasal, auriculaire, gynécologique...
D'efficacité dérisoire, elle expose a une sensibilisation
croisée vis-a-vis d'autres aminosides utilisables par voie
systémique (gentamicine, kanamycine...).
- le baume du Pérou, contenu dans d'innombrables préparations
dites cicatrisantes (Tulle gras*, pommade Oxyplastine*... ),
certains sticks a lèvres ou crèmes réparatrices ou protectrices.
- la lanoline, excipient responsable de nombreux eczémas de
contact chez les malades souffrant d'ulcères de jambe. Son
utilisation dans les cosmétiques est en revanche assez sûre.
- les anti-inflammatoires non stéroidiens locaux dont le
bufexamac (Parfénac*, Bufal*, Calmaderm*) et le kétoprofène
(gels Kétum*, Profénid*, Topféna*), qui induisent des eczémas
violents et extensifs.
- les phénothiazines topiques utilisées comme antihistaminiques
locaux (chlorpromazine du Phénergan*, crèmes Sédermyl* ou
Istamyl*...) ou décontracturants (Neuriplège*).
- les corticoides locaux sont de plus en plus fréquemment en
cause. Leur usage extensif, cutané (dermocorticoides) ou muqueux
(nasal, bronchique, auriculaire, ophtalmique...) explique que 1
a 5% des malades testés aient un test positif au pivalate de
tixocortol (contenu dans la Pivalone*, l'Oropivalone*...) ou au
budésonide (Pulmicort*), utilisés dans le dépistage de telles
allergies.
* Cependant, si le principe actif est le premier suspect, le
rôle des excipients (lanoline, alcool éthylique, alcools gras,
propylène glycol...), parfums et conservateurs (formol et
libérateurs de formol, parabens, Kathon CG, Euxyl K400...) ne
doit pas être négligé.
ECZEMAS DE CONTACT D'ORIGINE VESTIMENTAIRE :
On groupe dans cette catégorie les eczémas dus aux vêtements,
chaussures, gants, lunettes et autres accessoires
vestimentaires.
* Le nickel est le plus largement impliqué, de par sa présence
presque universelle, dans la partie métallique des boutons,
boucles, fermetures, agrafes et bijoux ifantaisiei.
- La localisation des lésions est évocatrice de cette origine:
lobules des oreilles (boucles), région ombilicale (boutons de
pantalons), poignet (bracelet de montre).
- La cause de cette sensibilisation, qui atteint jusqu'a 20% des
femmes adultes de nos pays, est probablement le percement des
oreilles dans l'enfance.
* Les chaussures peuvent induire un eczéma par les chromates
utilisés lors du tannage du cuir, ou par la résine
para-tertiaire-butylphénol-formaldéhyde (type néoprène) des
colles du cuir. Ces eczémas atteignent surtout le dos du pied,
sont plus fréquents en été de par la transpiration, et
s'amendent en hiver.
* Les allergènes du caoutchouc sont présents dans bottes, gants
et autres accessoires. Les colorants ou les apprets des tissus
sont rarement en cause.
ECZEMAS DE CONTACT PHOTOALLERGIQUES :
Les eczémas de contact photoallergiques nécessitent pour
apparaître la conjonction de l'exposition a un allergène (par
voie locale ou après administration générale) et d'une
irradiation par les rayons ultraviolets, le plus souvent les
UVA.
Comme modèle, on citera les eczémas photoallergique dus aux
sulfamides, au fénofibrate (Lipanthyl* ou Sécalip*) ou aux gels
contenant du kétoprofène (gels Kétum*, Profénid et Topféna*).
Les lésions n'atteignent qu'une faible fraction des personnes
exposées, touchent initialement les zones photo-exposées et
peuvent disséminer aux zones photoprotégées. Cela les
différencie des dermites phototoxiques, induites par exemple par
les fluoroquinolones. Celles-ci atteignent une grande partie des
sujets exposés et réalisent une espèce de coup de soleil très
violent, brûlure strictement limitée aux zones découvertes.
Physiopathologie :
L'eczéma de contact se déroule en trois phases (sensibilisation,
révélation, guérison) et fait intervenir trois acteurs
principaux (haptène, cellule de Langerhans épidermique,
lymphocyte spécifique d'haptène) auxquels s'ajoutent des
médiateurs non spécifiques de l'inflammation.
* Les allergènes de contact sont des haptènes, capables de se
fixer sur les protéines épidermiques.
* Les cellules de Langerhans sont des cellules dendritiques
présentatrices d'antigènes, localisées dans les épithéliums
pavimenteux stratifiés: épiderme et annexes cutanées, les
muqueuses orales et génitales principalement. Leurs
caractéristiques immunophénotypiques principales sont d'être
CD1+, CD4+ (elles sont permissives pour le VIH), d'exprimer les
molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH) des
classesI et II, la protéine S100, le CD45 (origine médullaire)
et d'avoir des récepteurs de faible affinité pour les IgE et
d'autres pour le fragment Fc des IgG.
* Les lymphocytes CD4 (CMH classe II restreints) mais aussi CD8
(CMH classe I restreints) sont spécifiques d'un haptène de par
la conformation de leur récepteur. Ils vont se localiser dans le
derme et peuvent garder en mémoire l'information du contact
préalable avec l'haptène.
SENSIBILISATION :
La phase de sensibilisation, asymptomatique, survient lors du
premier contact avec l'haptène. Les haptènes appliquées sur la
peau vont diffuser dans l'épiderme et entrer en contact avec les
résidus peptidiques des protéines épidermiques auxquels ils vont
se fixer. Il y a formation d'un peptide hapténisé qui va être
véhiculé par les cellules de Langerhans.
Celles-ci vont ensuite migrer dans le derme, les canaux
lymphatiques puis la zone paracorticale des ganglions de
drainage.
Elles vont y présenter l'haptène et activer des lymphocytes T
spécifiques d'haptènes: surtout les lymphocytes CD4 par
l'intermédiaire du CMH de classe II, parfois des lymphocytes CD8
grâce aux molécules du CMH de classe I. Cela aboutit aussi a la
génération de lymphocytes T mémoire spécifiques d'haptènes.
Les lymphocytes activés vont gagner le canal thoracique, le sang
circulant puis l'ensemble des tissus dont la peau et, pour
nombre d'entre eux, le site de sensibilisation (phénomène de
homing).
Cette première phase dure entre 7 et 15 jours. S'ensuit une
période de latence, elle aussi asymptomatique.
RÉVÉLATION :
Lors de sa réintroduction, l'haptène est pris en charge par les
cellules de Langerhans. Elles migrent dans le derme et vont y
présenter le peptide hapténisé aux lymphocytes spécifiques
d'haptène, en association aux molécules du CMH. L'activation
cellulaire qui en découle se traduit par la sécrétion de
cytokines de type Th1 (IL-2, INF-).
D'autres lignées cellulaires vont aussi être activées:
kératinocytes et cellules endothéliales, avec comme conséquence
une sécrétion d'IL-1, TNF, IL-6 et IL-8 qui recrutent les
cellules inflammatoires, phénomène favorisé par la
vasodilatation et les modifications de forme et d'adhésion des
endothéliocytes.
Cette phase se traduit cliniquement par l'eczéma: elle nécessite
moins de 48 heures pour apparaître.
GUÉRISON :
Imparfaitement connue, la phase de guérison débute généralement
après 3 a 5 jours d'évolution de l'eczéma, en l'absence de
nouveau contact avec l'allergène.
L'haptène persistant dans l'épiderme même après ce délai, elle
correspond a un processus de régulation active de
l'inflammation.
Les kératinocytes pourraient jouer un rôle tolérogène et les
lymphocytes régulateurs CD4 producteurs de cytokines de type Th2
(IL-4, IL-10) bloqueraient la réponse inflammatoire en cours.
ALLERGIES CROISEES ET COSENSIBILISATION :
* Les allergies croisées concernent des molécules dont la
structure est proche et qui font souvent (mais pas toujours)
partie de la même famille thérapeutique:
- un sujet sensible a la néomycine risque ainsi de développer un
eczéma disséminé lors d'une première administration systémique
de gentamicine.
- un malade allergique au pivalate de tixocortol ou a
l'hydrocortisone pourra l'être aussi a d'autres corticoïdes de
même configuration comme la prednisone ou a la prednisolone.
- l'allergie a la fonction amine en para, commune a certaines
molécules pharmacologiquement différentes, explique certaines
allergies croisées entre PPD, IPPD et benzocaine.
- cette sensibilisation croisée n'est pas constante. Ainsi, il
n'y a pas d'allergie croisée entre le formaldéhyde et le
glutaraldéhyde.
* Une cosensibilisation résulte d'une sensibilisation
concomitante entre molécules sans parenté allergénique, souvent
associées. Il s'agit par exemple du nickel et du cobalt des
alliages métalliques, de la colophane et de la térébenthine
issues de la sève de pin.
Diagnostic :
DIAGNOSTIC POSITIF :
Aspect clinique :
La description concerne un eczéma aigu.
Les quatre phases suivantes sont accompagnées de prurit, signe
fonctionnel constant plus ou moins intense, qui peut entraîner
des lésions de grattage.
* Les lésions d'eczéma prédominent sur la zone d'application de
l'haptène qu'elles débordent souvent. elles sont mal limitées,
émiettées.
- La phase d'érythème s'accompagne d'un oedème d'intensité
variable.
- La phase de vésiculation comporte l'émergence des vésicules.
Ce sont de petites élevures translucides, emplies de sérosité.
En confluant, elles peuvent former de véritables bulles.
- La phase de suintement résulte de la rupture, spontanée ou par
grattage, des vésicules. Elle aboutit à la formation de croûtes.
- La phase de desquamation, due à l'élimination de l'épiderme
altéré et des croûtes, correspond a la régression des lésions.
* Les lésion peuvent être manuportées au visage et au cou
(vernis a ongles), ou aéroportées (allergènes en suspension dans
l'air comme le Frullania des lichens du chene). Elles peuvent
aussi disséminer, si l'allergène appliqué en grande quantité a
une pénétration percutanée importante.
* On peut parfois observer une impétiginisation des lésions
d'eczéma, surtout a la phase de suintement. La pullulation de
germes, en général des cocci à Gram positifs (streptocoques et
staphylocoques) conduit a un aspect louche des sérosités et a
des traînées de lymphangite, accompagnées d'adénopathies
sensibles.
* En cas de chronicité, les lésions se lichénifient. la peau
devient épaisse, avec des excoriations et stries de grattage. Le
prurit entraîne un aspect poli, brillant, des ongles.
Interrogatoire :
L'indispensable interrogatoire devra établir la chronologie de
l'éruption par rapport a l'exposition a des allergènes
potentiels souvent nombreux. Il permet enfin d'orienter les
tests.
Tests :
Le but des tests épicutanés, épidermotests ou ipatch-testsi est
de recréer un eczéma en miniature par application de
l'allergène.
Méthodes
Les tests sont effectués a distance de la dermatose aigue, sur
un dos sain.
Leur réalisation obéit à des règles strictes et utilise un
matériel hypoallergénique.
- Les allergènes, a concentration idéale, dispersés dans la
vaseline blanche (parfois l'eau, l'alcool...), sont appliqués
dans de petites cupules de vinyle ou d'aluminium maintenues sur
la peau du dos au moyen d'un dispositif adhésif. Celui-ci est
laissé en place durant 48 heures, puis décollé.
- Après 20 minutes destinées a laisser se dissiper l'érythème,
une première lecture sera effectuée.
- Une seconde lecture sera faite 24 ou 48 heures après, donc a
72 ou 96 heures. Pour chacune des lectures, les tests sont cotés
selon des critères définis.
Batterie standard
La batterie standard européenne EECDRG, périodiquement
réactualisée par l'iEuropean and environmental contact
dermatitis research groupi comprend 22 des allergènes les plus
fréquemment en cause. Reportée dans le tableau 2, elle est en
principe testée chez tous les malades.
* Les métaux (Ni, chromates, Co), le baume du Pérou et le
mélange de parfums, les allergènes du caoutchouc (thiuram-mix,
mercaptobenzothiazole, IPPD, mercapto-mix), sont les plus
fréquemment positifs.
* Les mix correspondent a des mélanges standardisés de plusieurs
molécules. Par exemple, le Parabens-mix contient 4% de chacun
des parahydroxybenzoates suivants: méthyle, éthyle, propyle et
butyle.
* Les substances responsables de l'eczéma de contact au
caoutchouc sont des agents utilisés lors de la vulcanisation
(accélérateurs, inhibiteurs, antioxydants).
* Le latex proprement dit (sève de l'Hévéa brasiliensis) est
presque uniquement responsable de réactions d'hypersensibilité
immédiate: urticaire de contact, rhinite, asthme, voire choc
anaphylactique.
Autres allergènes
* A ces allergènes standard, s'ajouteront les produits apportés
par les malades. Certains seront testés tel quel (spécialités et
préparations pharmaceutiques, cosmétiques) mais d'autres
nécessiteront une dilution dans un véhicule adapté (colles
cyanoacrylates des colles fortes, ail pilé dilué a 10% dans la
vaseline) ou un artifice d'application (fragments de vêtements).
* On peut aussi user de batteries spécialisées orientées:
allergènes de la coiffure, allergènes vestimentaires, allergènes
des peintures et des colles...
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL :
* La dermite d'irritation (ou dermatite d'irritation), encore
nommée dermite traumitérative, dermite d'usure, dermite des
ménagères ou anciennement dermite orthoergique, est la cause la
plus fréquente des dermites des mains.
- Les lésions apparaissent dans les heures suivant le contact.
- Elles sont érythémateuses, kératosiques et fissuraires, plus
douloureuses que prurigineuses.
- Elles restent confinées a la zone de ce contact, ne
disséminent jamais, et cèdent après la suppression des facteurs
irritants.
* La dermatite séborrhéique se manifeste par des lésions
érythémateuses couvertes de squames grasses des sillons
naso-géniens, de la glabelle, de la lisière du cuir chevelu et
des conduits auditifs. Un état pityriasique (pelliculaire) du
cuir chevelu est très fréquent.
* Le psoriasis réalise une dermite chronique érythématosquameuse
en médaillons, plaques ou gouttes, bien limités, siégeant
typiquement sur les coudes, les genoux, la région sacrée et le
cuir chevelu. S'y associent parfois des lésions unguéales
(ponctuations en dés a coudre, hémorragies filiformes, taches
saumonées, onycholyse distolatérale) et muqueuses.
* Le pityriasis rosé de Gibert, la dermatose en plaques
digitiformes ou parapsoriasis en petites plaques digitiformes,
le parapsoriasis en plaques et le mycosis fongoïde ont une
sémiologie et une évolution différentes. Surtout, il n'y a aucun
facteur contact a l'interrogatoire.
Traitement :
TRAITEMENT ÉTIOLOGIQUE :
L'éviction de l'allergène est indispensable: changement de poste
de travail, éviction d'un topique médicamenteux, arrêt des
teintures capillaires ou du port de bijoux fantaisie...
TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE :
* On utilisera une corticothérapie locale dégressive, de classe
II pour les lésions du corps (Diprosone*, Locatop*, Synalar*,
Topsyne*...), de classe III (Locapred*, Tridésonit*...) ou IV
(Hydracort*) sur le visage. Les crèmes sont destinées aux
lésions suintantes, les pommades aux lésions sèches.
* En cas d'eczéma très suintant, on peut utiliser des compresses
humides et des applications de pâte a l'eau.
* A la phase finale, on peut appliquer des émollients, destinés
a lutter contre la sécheresse cutanée (cérat de Galien, cold
cream ou corps gras contenus dans de nombreuses spécialités
commerciales).
* Les antihistaminiques per os sédatifs (Polaramine*, Atarax*)
ne sont utiles qu'en cas de prurit féroce. les antihistaminiques
non sédatifs sont inutiles.
* La corticothérapie générale est d'emploi exceptionnel et de
courte durée.
* La désensibilisation n'existe pas dans l'eczéma de contact.
PREVENTION :
* La prévention primaire consiste a éviter le contact avec les
substances sensibilisantes. Le port de gants et de vêtements de
protection est utile. Il faut informer et protéger les
professions a risque, limiter les topiques nuisibles dans
certaines situations comme les ulcères de jambes et autres
plaies chroniques. Les crèmes barrière, utiles pour lutter
contre les dermites d'irritation, sont souvent inefficaces dans
la prévention de l'eczéma de contact.
* La prévention secondaire doit éliminer un contact ultérieur
avec l'allergène identifié. Elle passe par la remise au malade
d'une carte d'allergique, mentionnant les substances testées et
des listes d'éviction correspondantes. Ces dernières devront
comporter les produits contenant la molécule en cause ainsi que
ceux renfermant les molécules responsables d'allergies croisées.
Aisée lorsque l'allergène est rare, par exemple médicamenteux,
elle implique parfois des mesures drastiques telles qu'un
changement de poste d'activité professionnelle, qui n'est pas
toujours possible (coiffeurs, personnels du bâtiment...). la
collaboration avec le médecin du travail est alors grandement
utile. Elle est aussi plus difficile lorsque l'allergène est
ubiquitaire tel le nickel, ou s'il est présent dans un produit
utilitaire (colle des cuirs des chaussures).