Cette dermatose est fréquemment associée, simultanément ou
successivement, a d'autres manifestations atopiques: asthme,
rhinite allergique, conjonctivite allergique.
Il existe une prédisposition génétique, attestée par la
fréquence des antécédents familiaux d'atopie et la concordance
entre jumeaux homozygotes.
Des facteurs d'environnement jouent un rôle dans le
déclenchement des poussées. Le rôle déclenchant ou aggravant de
certains allergènes aéroportés comme dans l'asthme (acariens,
pollens, moisissures), ou alimentaires est probable mais
difficile a identifier.
Le traitement, essentiellement local, consiste a traiter chaque
poussée par des dermocorticoides et une antisepsie cutanée. En
dehors des poussées, un traitement hydratant doit être poursuivi
très régulièrement.
Aucun examen complémentaire n'est nécessaire pour le diagnostic.
Il faut expliquer aux parents que cette affection guérira
spontanément en quelques années dans la majorité des cas.
Diagnostic :
SIGNES CLINIQUES :
Age de début: la dermatite atopique apparaît le plus souvent a
partir de 2ou 3 mois.
Le diagnostic est avant tout clinique et repose:
* sur l'examen clinique:
- notant l'aspect des lésions et leur topographie.
- en tenant compte de l'age du patient.
* sur l'interrogatoire recherchant:
- la notion d'antécédents familiaux d'atopie.
- et d'un prurit, qui est un signe fonctionnel constant.
Celui-ci peut
tre
parfois insomniant.
Avant l'age de deux ans
* Aspect des lésions:
- pendant la poussée, les lésions d'eczéma sont des plaques
érythémateuses (rouges), avec une phase microvésiculeuse
transitoire (car les microvésicules sont vite érodées par le
grattage).
- Les plaques sont mal limitées avec une bordure émiettée
(signifiant qu'il existe quelques lésions de plus petite taille
en périphérie des plaques) contrairement au psoriasis.
- puis, les lésions deviennent suintantes et enfin croéteuses.
- en fin de poussée, les lésions sont érythémateuses et sèches,
avec une fine desquamation.
* Topographie des lésions:
- les lésions prédominent sur les zones convexes du visage:
joues, front, menton épargnant la région centrofaciale et sur
les faces d'extension des membres. le pouce sucé est souvent
atteint.
- le cuir chevelu peut être atteint avec quelques plaques
érythématosquameuses.
Après l'age de 2 ans
* Aspect des lésions: elles prennent un aspect lichénifié (avec
un aspect épaissi de la peau, secondaire au grattage) et sont
plus fixes.
* Topographie des lésions:
- les lésions se localisent aux plis de flexion: creux poplités,
plis des coudes, plis rétro-auriculaires, ainsi que sur le
cou-de-pied et aussi sur le dos des mains, la région
péribuccale. Les mamelons, le pubis peuvent être atteints chez
l'adulte.
- des formes très discrètes sont limitées a des eczématides qui
sont des petites zones de peau sèche un peu rugueuses a la
palpation, parfois dépigmentées (eczématides achromiantes) et
non prurigineuses.
Signes associés
* La xérose cutanée (sécheresse de la peau) est quasi constante,
variable, parfois très prononcée. Elle persiste entre les
poussées et nécessite un traitement. Parfois, il s'agit d'une
véritable ichthyose vulgaire. La peau est facilement irritée par
le contact avec la laine, la sueur, les détergents chimiques.
* Une fissure sous-auriculaire située sous la zone d'attache du
lobule de l'oreille.
* Signe de Dennie-Morgan ou double pli de la paupière
inférieure.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Les examens complémentaires sont inutiles en pratique courante,
le diagnostic devant être clinique.
* Des anomalies biologiques reflétant le terrain atopique sont
fréquemment retrouvées, mais elles ne sont pas constantes ni
spécifiques:
- une hyperéosinophilie.
- une augmentation des IgE totales.
* L'enquète allergologique par la recherche d'IgE spécifiques,
d'allergènes alimentaires ou de pneumoallergènes (RAST), ainsi
que la recherche d'allergie immédiate par "prick tests" ne sont
pas nécessaires en pratique courante. On les réservera aux cas
sévères.
* La biopsie cutanée ne doit pas être pratiquée en routine. Elle
montrerait une histologie d'eczéma.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
* Chez le nourrisson, le principal diagnostic est la dermite
séborrhéique, mais qui est plus précoce, débutant dès le premier
mois. Elle atteint les plis du visage, les sourcils et le cuir
chevelu avec des squames grasses. Cette dermite guérit sans
récidive, mais des formes étendues avec atteinte du tronc et du
siège (maladie de Leiner-Moussous) pourraient évoluer vers une
dermatite atopique ou vers un psoriasis.
* Chez l'adulte, en cas d'eczéma de contact on retrouve un
facteur déclenchant comme l'application d'un cosmétique ou d'une
crème. La guérison définitive est obtenue après l'éviction de
l'allergène.
ASSOCIATIONS :
* Manifestations atopiques:
- asthme, surtout dans un tiers des cas, qui peut être simultané
ou apparaître secondairement, parfois même après guérison de
l'eczéma. Il serait plus fréquent en cas de dermatite atopique
sévère.
- rhinite allergique.
- conjonctivite atopique.
* Certains déficits immunitaires congénitaux sont accompagnés de
lésions de dermatite atopique: maladie de Buckley, syndrome de
Wiskott-Aldrich. Dans ces cas, la dermatite atopique est
associée à un cortège d'infections sévères.
Évolution :
* L'évolution se fait par poussées entrecoupées de rémissions:
- plus de 50% des cas disparaissent avant l'age de 2 ans.
- la disparition complète avant l'age adulte est fréquente (80%
des cas).
* Les facteurs faisant redouter la persistance a l'age adulte
sont:
- la sévérité de l'atteinte pendant l'enfance.
- le début précoce.
- les antécédents familiaux de dermatite atopique.
- l'atteinte des mains.
Complications :
COMPLICATIONS INFECTIEUSES :
Les complications infectieuses locales sont fréquentes.
* L'impétiginisation:
- est la surinfection des lésions au stade érosif et suintant
par des staphylocoques ou des streptocoques.
- est favorisée par la rupture de la barrière cutanée au niveau
des lésions, le grattage, la colonisation des lésions d'eczéma
par le staphylocoque doré.
- se traduit par l'apparition de pustules, de croétes jaunatres,
d'adénopathies.
* La surinfection par le virus de l'herpès est grave,
aboutissant a une dissémination du virus sur la peau, appelée
syndrome de Kaposi-Juliusberg qui doit être traité par aciclovir
(Zovirax*) IV. Le contact avec des sujets souffrant d'un herpès
doit être évité impérativement.
* D'autres infections virales sont fréquentes:
- verrues liées aux Papillomavirus.
- et Molluscum contagiosum liées aux Poxvirus.
ABUS DE DERMOCORTICOIDES :
Les complications du traitement sont rares. Elles sont
parfaitement évitables si le traitement est bien conduit.
* Les complications locales surviennent au site d'application
des dermocorticoides:
- atrophie cutanée (télangiectasies, peau fine et très fragile,
vergetures).
- hypertrichose.
- infections cutanées.
- granulome glutéal: lésions papuleuses et nodulaires du siège,
survenant quand le dermocorticoide est appliqué sous occlusion
sous les couches.
* Les complications générales liées a l'absorption percutanée
sont secondaires a un abus massif et prolongé des
dermocorticoides et sont les mêmes que celles de la
corticothérapie générale avec syndrome cushingoide, retard de
croissance, insuffisance surrénale, diabète, ostéoporose.
ERYTHRODERMIE :
Complication rare, l'érythrodermie est favorisée par un effet
retard lié a l'arrêt brutal d'un traitement dermocorticoide
appliqué en excès ou d'une corticothérapie générale
intempestive.
Traitement :
TRAITEMENT LOCAL :
Le traitement est essentiellement local.
Corticothérapie locale :
La corticothérapie locale est utilisée pendant les poussées.
Prescription
La prescription de la corticothérapie locale doit répondre à
certaines exigences, qui seront détaillées sur l'ordonnance:
* être utilisée sur une peau non infectée, après la toilette,
car les corticoides favorisent les infections.
* en quantité modérée:
- sur les lésions seulement (la peau saine n'étant pas traitée).
- en fine couche.
- un nombre limité de tubes sera prescrit.
- pour une durée limitée qui sera précisée, l'ordonnance n'étant
pas renouvelable, sauf indication contraire.
* l'arrêt doit être progressif sous peine de rebond.
* les paupières et le siège (tant qu'il y a des couches) ne
doivent pas être traités.
* le visage doit être évité dans la mesure du possible.
Choix du dermocorticoide
Le choix du dermocorticoide dépend de l'importance et du siège
des lésions:
- niveau 3 pour le visage et les lésions peu importantes du
corps.
- niveau 2 pour les lésions importantes du corps.
* Les dermocorticoides sont classés en quatre niveaux
d'activité: du plus fort, dit "niveau 1", au plus faible, dit
"niveau 4".
* En respectant les modalités de prescription des corticoides
locaux, les complications ne surviennent pas.
* La corticothérapie générale est contre-indiquée sauf
exceptions.
Antisepsie locale :
L'antisepsie locale n'est pas obligatoire. Elle prévient les
surinfections et est prescrite en période de poussées, ou elle
précéde l'application des dermocorticoides.
* On peut prescrire des antiseptiques moussants (Chlorhexidine*,
hexaminide, triclocarban) a utiliser purs ou dilués dans l'eau
du bain et suivis d'un rinèage.
* On peut prescrire des antiseptiques en solution aqueuse ou
alcoolique a utiliser purs, sans rinèage (Chlorhexidine*,
hexamidine).
En dehors des poussées, les antiseptiques sont arrêtés sur les
lésions.
Emollients :
Indispensables, les crèmes hydratantes seront utilisées pendant
et aussi entre les poussées, pour réduire le nombre de rechutes
et les démangeaisons liées a la xérose cutanée.
On utilisera pour la toilette des pains dermatologiques surgras
sans savon.
TRAITEMENTS PER OS :
* Antihistaminiques anti-H1: indiqués pendant les poussées pour
réduire le prurit et intéressants pour leur effet sédatif le
soir, en cas de prurit nocturne.
* Antibiothérapie générale: pour traiter la surinfection, on
prescrira des cures de 10 jours d'un macrolide, d'une
céphalosporine de première génération ou d'une pénicilline M.
AUTRES TRAITEMENTS :
* Photochimiothérapie: administration d'UVA ou UVB.
contre-indiquée avant 16 ans.
* Crénothérapie (cure thermale) dont l'efficacité n'est pas
démontrée.
* Désensibilisation: non indiquée dans l'eczéma atopique (mais
peut l'être pour l'asthme).
* Un régime alimentaire d'exclusion sera proposé
exceptionnellement en cas d'échec des traitements locaux dans
les formes sévères, si un aliment est incriminé dans le
déclenchement des poussées et après enquête allergologique
alimentaire positive.
* Chromoglycate disodique: en cas d'intolérance alimentaire.
* Ciclosporine dans les formes très sévères.
* Mesures de salubrité: éviction des acariens, des poussières
qui peuvent aggraver l'évolution, par un ménage répété et
soigneux, la suppression des moquettes et tissus muraux. Et
emploi d'aérosols acaricides
* Les vaccinations ne sont pas contre-indiquées et doivent être
pratiquées de préférence en dehors des poussées.
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