DÉFINITION :
On désigne par corticothérapie locale l'utilisation par voie
locale ou topique des corticostéroïdes: dérivés de synthèse
doués d'activité supérieure a celle des hormones
corticosurrénaliennes naturelles.
L'efficacité des corticoïdes locaux (ou dermocorticoïdes) est
remarquable, s'ils sont bien utilisés.
PHARMACOLOGIE :
Mécanisme d'action :
Deux types d’actions individualisées:
- le premier est immédiat, faisant intervenir les interactions
entre les corticoïdes et la membrane cellulaire.
- le second retardé, passant par l'intermédiaire d'un récepteur
aux corticoïdes et aboutit a des modulations transcriptionnelles
de gène.
La synthèse de l'antiphospholipase A2 est induite dans le noyau
de la cellule-cible ou le corticoïde est transporté après sa
liaison avec un récepteur cytosolique spécifique. La structure
de ce récepteur s'organise en forme de "hamburger" dont la
partie creuse capte et lie le corticoïde. Cette organisation
particulière du récepteur cytosolique rend compte de la
différence d'activité des produits. Autrement dit, plus la
configuration spatiale du dermocorticoïde est proche et adaptée
a celle du récepteur, plus l'activité thérapeutique est
importante.
Absorption des dermocorticoïdes :
L'absorption des dermocorticoïdes se fait par deux voies
principales: transépidermique (substances hydrophiles) et
transfolliculaire (substances lipophiles).
Elle est caractérisée par deux phénomènes majeurs:
* l'effet réservoir: après application d'un dermocorticoïde,
seule une certaine fraction migre en profondeur et atteint la
couche basale et le derme. Le reste est stocké dans la couche
cornée et se libère progressivement en 8 a 12 jours vers les
structures profondes, expliquant ainsi la bonne réponse
thérapeutique obtenue après des applications espacées.
* la tachyphylaxie ou diminution rapide de l'efficacité d'un
dermocorticoïde après applications répétées: loin d'augmenter
l'effet vasoconstricteur recherché, elle le diminue, voire
l'inhibe totalement en quelques jours.
Actions biologiques :
* Action antiproliférative:
- inhibition de la division cellulaire et de la prolifération
des kératinocytes (gr‰ce a des récepteurs cytoplasmiques
kératinocytaires aux corticoïdes).
- diminution de la production de substance fondamentale par
inhibition de la synthèse des mucopolysaccharides.
- action sur l'hypoderme avec atrophie du tissu graisseux.
- inhibition de la mélanogenèse.
* Action vasoconstrictrice:
- c'est une propriété de pathogénie encore discutée liée à
l'effet anti-inflammatoire indirect.
- il existe une bonne corrélation entre l'effet vasoconstricteur
et la puissance du corticoïde topique.
* Action anti-inflammatoire:
- non spécifique, avec un double verrouillage. verrouillage de
la cascade des interleukines d'une part, verrouillage de la
cascade inflammatoire d'autre part.
- inhibition de l'activité de la phospholipase A2 par des
polypeptides (lipomoduline, rénocortine, macrocortine)
entra”nant une diminution de la libération d'acide arachidonique
d'ou une baisse de la production des prostaglandines,
leucotriènes et thromboxanes.
* Action immunosuppressive:
- inhibition de la migration des leucocytes et des lymphocytes.
inhibition de la phagocytose et stabilisation des membranes
lysosomiales.
- inhibition de la synthèse des anticorps et des réactions
antigène-anticorps, diminution de l'activité fonctionnelle des
cellules de Langerhans et des lymphocytes T.
Modalités de prescription :
Prescrire un dermocorticoïde impose un certain nombre de
précautions:
- poser l'indication.
- choisir le niveau d'activité.
- choisir la formulation.
- respecter les règles posologiques.
INDICATIONS A LA CORTICOTHERAPIE LOCALE :
Trois groupes sont individualisés:
- indications types.
- indications alternatives.
- indications particulières.
SÉLECTION DU NIVEAU D'ACTIVITÉ :
Le niveau d'activité sera fonction:
* de l'age du sujet:
- l'enfant: du fait d'un rapport surface corporelle/poids élevé,
l'absorption est supérieure.
- l'absorption est supérieure chez le sujet âgé.
* de la localisation des lésions:
- par comparaison avec la face antérieure de l'avant-bras,
l'absorption est multipliée par un indice 4, 7, 8, 13 et 42,
respectivement sur le cuir chevelu, le front, les grandes
lèvres, la région angulo-maxillaire et le scrotum.
- en revanche, elle est moindre (sept fois moins) sur la paume
des mains et la plante des pieds.
- on distinguera en pratique trois zones: cuir chevelu, visage
et plis, et le reste du tégument.
* de l'état de la couche cornée (absorption augmentée sur une
peau lésée).
* du type de lésions (sensibilité de l'affection aux
corticoïdes).
Suivant la biodisponibilité dans la peau et l'activité
intrinsèque du principe actif, on distingue actuellement quatre
niveaux d'activité, du plus fort au plus faible (du 1 au 4).
SÉLECTION DU PRODUIT :
* La sélection du produit dépend de la nature des lésions:
- les pommades conviennent aux dermatoses sèches
et hyperkératosiques (effet semi-occlusif).
- les crèmes sont utilisées quel que soit le type de lésions,
surtout en cas de lésions suintantes.
- les gels sont indiqués dans les dermatoses suintantes ou
macérées.
- les solutions hydro-alcooliques sont à utiliser dans les
dermatoses non irritées.
*La sélection des niveaux d’activité se fait aussi en fonction
de la localisation des lésions.
* En ce qui concerne les associations dermocorticoïdes a un
antiseptique, a un antibiotique ou a un antifongique, elles sont
déconseillées et a éviter.
* On citera une association fréquemment utilisée dans le
psoriasis hyperkératosique de l'adulte. celle d'un kératolytique
(acide salicylique) a un corticoïde (Betnesalic* pommade,
Diprosalic* lotion et pommade, Nerisalic* crème, etc.), mais
contre-indiquée chez le jeune enfant.
RESPECT DES REGLES POSOLOGIQUES :
Rédaction de l'ordonnance :
Le mode d'utilisation ainsi que le nombre de tubes prescrits
doivent
être
inscrits sur l'ordonnance.
* En traitement d'attaque, une application par jour est
suffisante dans la grande majorité des cas. une seconde
application peut s'avérer nécessaire en cas d'altération
importante du stratum corneum (diminution de l'effet réservoir).
* Arrèter progressivement en espaèant les applications: une
application tous les 2 jours, puis une application tous les 3
jours, etc., ou substituer une classe d'activité par une autre
plus faible.
* La dégression est d'autant plus progressive et étalée dans le
temps que la pathologie est chronique et corticodépendante.
* Prudence sur les zones fragiles: visage, plis, paupières, car
les effets secondaires sont plus rapides a se manifester.
* Chez l'enfant:
- compter les tubes.
- éviter les corticoïdes de classe 1.
- jamais de corticoïdes fluorés sur le siège (risque de
granulome glutéal) ni dans les plis, pas de corticoïdes sous
occlusion.
- attention aux corticoïdes sur les racines des membres chez
l'adolescent (risque de vergetures).
* Surveiller l'évolution.
* Certaines indications peuvent nécessiter l'application de
corticoïdes sous occlusion ˆ l'aide de films plastiques (films
pour congeler les aliments). Cette occlusion favorise
l'absorption des dermocorticoïdes en augmentant l'hydratation de
la couche cornée, la température locale et la durée de contact.
Il s'agit notamment du psoriasis palmo-plantaire, du psoriasis
du cuir chevelu et de certaines dermatoses lichénifiées et
chroniques.
* L'insuffisance des explications données aux patients et la
prescription de façon imprécise des dermocorticoïdes par le
médecin sont a l'origine de la majorité des effets secondaires.
Cela a pour conséquence une mauvaise observance et une mauvaise
utilisation de ces produits aboutissant parfois a une
inefficacité totale et/ou a un effet rebond de a l'arrêt
intempestif du traitement par les patients.
L'"unité phalangette" :
* A. Y. Finlay a défini en 1989 une nouvelle unité de poids
("fingertip unit") en utilisant la phalangette de l'index de
l'adulte. « L’unité phalangette (UP) correspond à la
quantité de crème ou de pommade sortie du tube (d'un orifice de
5mm de diamètre) et déposée sur la longueur de la phalangette
entre le pli de flexion distal et l'extrémité de l'index. »
* Cette quantité correspond chez l'adulte à 0,50g et recouvre
une surface cutanée de 312cm2. Les différentes parties du corps
de l'adulte ont été évaluées a partir de cette unité (UP).
* L'évaluation des parties du corps de l'enfant diffère quelque
peu. Ainsi une surface cutanée équivalente à 4 mains (2UP)
nécessitera 1g de crème.
* Cette règle de la main permet au patient de moduler la
quantité de crème en fonction de la surface à traiter au cours
de l'évolution de la maladie cutanée.
Effets secondaires et contre-indications :
EFFETS SECONDAIRES :
Une surveillance correcte jointe à une bonne posologie doit
actuellement les éliminer pratiquement totalement.
Complications locales
Ce sont les plus fréquentes.
* Atrophie cutanée surtout avec les dérivés fluorés (d'activité
forte et très forte). plus fréquente chez l'enfant et le
vieillard aux peaux fines et fragiles et sur le visage:
- elle se traduit par un aspect rosé, aminci et fripé de la
peau, laissant apparaître le réseau veineux sous-jacent.
associée à des télangiectasies et parfois a des ecchymoses.
- cette atrophie peut être lentement réversible, parfois
irréversible sous certains aspects, comme les pseudo-cicatrices
stellaires.
* Vergetures: dues a une altération irréversible des fibres
élastiques. siège: les plis de flexion et le tronc.
* Troubles pigmentaires a type d'hypopigmentation des zones
traitées, inconstamment réversible. C'est l'apanage des peaux
mates. Quelques cas d'hypermélanose ont été rapportés.
* Hypertrichose.
* Acné induite du visage ou aggravation d'une acné préexistante.
* Surinfections microbiennes, mycosiques, virales ou
parasitaires imposant l'arrêt du traitement et la prescription
d'un traitement spécifique.
- il existe, par ailleurs, des dermatoses favorisant le
développement de certains micro-organismes.
- ainsi, chez l'atopique, l'impétiginisation de l'eczéma, la
survenue de molluscum contagiosum et la très grave pustulose
varioliforme de Kaposi-Juliusberg sont favorisées par les
dermocorticoïdes.
* Dermite péri-orale: complication spécifique. se voit surtout
chez la femme entre 30et 40 ans. Éruption de papulopustules a
localisation péribuccale sur fond couperosique.
* Eczéma de contact: moins rare qu'on ne le pensait, la
prévalence est estimée de façon très variable, de 0,5 a 4,8,
selon les auteurs. parmi les corticoïdes les plus incriminés, on
citera le célèbre pivalate de tixocortol et le budésonide. C'est
également souvent le fait des conservateurs, des excipients ou
des produits associés (néomycine, antiseptique). Y penser en cas
d'aggravation ou de non-amélioration d'une dermatose
corticosensible. Un nouveau composé, le furoate de mométasone,
paraissant être moins allergisant et ne pas posséder d'allergie
croisée avec les autres groupes de dermocorticoïdes, sera
prochainement commercialisé en France.
* Granulome glutéal infantile, rare et de pathogénie discutée.
L'hypothèse d'effets secondaires spécifiquement induits par
l'halogène fluor semble devoir être abandonnée. En effet, on
peut penser que ces lésions sont provoquées par le fait que
l'halogène fluor confère à la molécule une activité plus forte.
* Effets ophtalmologiques: risque de glaucome, de cataracte
sous-capsulaire postérieure, d'uvéites, voire de ptosis par
amyotrophie du releveur de la paupière supérieure.
* Phénomène rebond en cas d'arrêt brutal du traitement.
Effets systémiques
Les effets systémiques restent d'observation isolée. ils sont la
conséquence du passage systémique et ont en général une
expression uniquement biologique et rarement une traduction
clinique:
* freination de l'axe corticotrope avec baisse du cortisol
plasmatique: presque constante lors d'application de corticoïdes
locaux puissants sur des zones étendues.
* syndrome cushingoïde.
* chez l'enfant:
- retard de croissance staturo-pondérale.
- exceptionnellement, hypertension intracrânienne.
* faits rares:
- perturbation du métabolisme des hydrates de carbone.
- rétention hydrosodée.
- vergetures inguino-axillaires a distance des sites
d'application.
- nécroses osseuses aseptiques.
CONTRE-INDICATIONS :
Les contre-indications sont les suivantes:
- dermatoses bactériennes.
- dermatoses mycosiques.
- dermatoses parasitaires.
- acné rosacée.
Conclusion :
Les dermocorticoïdes représentent une arme thérapeutique
irremplaçable dans la prise en charge de nombreuses maladies
cutanées. Une bonne maîtrise des effets indésirables,
directement liés aux effets pharmacologiques, associée a une
surveillance rigoureuse, constitue le gage d'un traitement
efficace sans en subir les inconvénients.
* Néanmoins, des progrès restent à faire, notamment:
- le développement de composés plus efficaces dénués d'effets
secondaires.
- de molécules a demi-vie longue douées d'une activité
anti-inflammatoire élevée au niveau épidermique (facilitant
ainsi l'observance), a index thérapeutique modifié (drogues
inactivées en une seule étape métabolique). Récemment, le
tacrolimus (FK 506), immunosuppresseur en topique, a montré
d'excellents résultats dans le traitement de la dermatite
atopique, avec des effets secondaires quasi inexistants, hormis
des sensations de chaleur après l'application ou des réactions
d'irritation.
- de systèmes d'absorption transépidermique.
- de produits adaptés aux différents types de peau (en fonction
de l'age).
* Une meilleure connaissance des effets anti-inflammatoire et
vasoconstricteur, en corrélation avec la puissance du
dermocorticoïde, etc., est la condition sine qua non pour
optimiser l'utilisation de ces molécules et obtenir un rapport
entre efficacité et effets secondaires maximal.
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