L'acné est une dermatose
inflammatoire développée aux dépens du follicule pilo-sébacé,
fréquente, frappant avant tout les adolescents a partir de la
puberté: 15 a 80% d'entre eux en sont atteints.
* L'étiopathogénie est multifactorielle, faisant intervenir
trois facteurs princeps:
- l'hypertrophie et l'hypersécrétion sébacée aboutissant a une
hyperséborrhée.
- l'hyperkératinisation de l'épithélium folliculaire proximal
avec la formation d'un bouchon infra-infundibulaire proximal.
- la colonisation bactérienne aboutissant a l'inflammation.
Un terrain génétiquement prédisposé semble incontestable comme
le démontre le caractère familial de certaines acnés.
* Les progrès thérapeutiques sont liés a l'utilisation des
antibiotiques, des kératorégulateurs et des séborégulateurs,
tant locaux que systémiques, permettant de maîtriser l'évolution
de la plupart des acnés même graves.
Il importe de bien connaitre les indications de ces traitements
en fonction du type d'acné, et d'autre part d'informer les
patients des effets secondaires et de l'importance d'une bonne
observance thérapeutique.
PHYSIOPATHOLOGIE :
L'acné est une maladie de l'unité fonctionnelle pilo-sébacée
formée par le follicule pileux auquel est appendue la glande
sébacée.
Il existe trois facteurs princeps pour la physiopathologie de
l'acné:
- l'hyperséborrhée.
- l'hyperkératinisation infundibulaire (et la comédogenèse qui
en découle).
- l'inflammation folliculaire.
Hyperséborrhée :
L'hyperséborrhée joue un rôle de premier plan, mais non
exclusif.
La glande sébacée constitue un organe androgénodépendant. La
dysrégulation peut ainsi intervenir a trois niveaux: la
sécrétion, le transport plasmatique et le métabolisme
intracellulaire.
Sécrétion
* Chez l'homme, le taux d'hormones males circulant est normal
dans l'acné.
* Chez la femme acnéique, il y a parfois une élévation des
androgènes (notamment d'origine surrénalienne) d'origine
tumorale ou fonctionnelle (liée a un déficit enzymatique
corticosurrénalien latent dont le plus fréquent est le déficit
en 21-hydroxylase).
Transport
La SHBG ("sex hormon binding globulin") est parfois diminuée
avec une augmentation de la testostérone libre active.
Métabolisme intracellulaire
* Deux systèmes enzymatiques-clés cohabitent dans le métabolisme
périphérique des androgènes:
- la 17-bèta-hydroxystéroide déshydrogénase.
- la 3-bèta-hydroxystéroide déshydrogénase et la
5-alpha-réductase de type 1.
* Le récepteur hormonal a la dihydrotestostérone est l'autre
élément fonctionnel important du métabolisme des androgènes.
* Le taux d'hormones circulantes peut être:
- soit augmenté (tumeurs).
- soit normal, l'hyperséborrhée étant alors le reflet d'une
activité accrue de la 5-alpha-réductase de type 1.
* La sensibilité hormonale aux androgènes de la glande sébacée
reste un phénomène individuel et génétiquement déterminé.
Hyperkératinisation infundibulaire et comédogenèse :
Le comédon, qui constitue la lésion fondamentale de l'acné, est
un follicule élargi par un matériel corné, appelé filament
sébacé, prenant naissance dans la zone infra-infundibulaire, a
la suite d'un trouble de la kératinisation.
Dans l'acné, il existe une hyperkératose de prolifération et de
rétention.
Des cytokines (interleukine 1-alpha, "epidermal growth factor",
"transforming growth factor alpha"), des neuromédiateurs
(alpha-MSH) produits par les kératinocytes pourraient intervenir
dans la formation du comédon. Par ailleurs l'activité
5-alpha-réductasique est importante dans l'infra-infundibulum.
Les androgènes pourraient ainsi participer au processus
d'hyperkératinisation folliculaire.
* On distingue trois stades dans la comédogenèse:
- le microcomédon, visible uniquement en microscopie optique.
- le microkyste ou comédon fermé ou point blanc, avec ostium non
dilaté, correspondant a l'accumulation de sébum et de nombreuses
cellules kératinisées, véritable "bombe a retardement",
susceptible de se rompre et de provoquer une réaction
inflammatoire par libération des différents éléments bactériens,
lipidiques et par afflux de polynucléaires.
- le comédon ouvert ou point noir, avec ostium dilaté, résultant
de la production continue de cellules cornées et de sébum,
dilatant l'ostium folliculaire, pouvant s'éliminer spontanément
ou créer une réaction inflammatoire locale.
Inflammation folliculaire :
* Trois types de micro-organismes représentant la flore
résidente se retrouvent dans le follicule pilo-sébacé:
- les Propionibacteriae.
- les Micrococcaceae.
- le Pityrosporum orbiculare.
* Parmi les Propionibacteriae, le Propionibacterium acnes, germe
Gram positif, anaérobie, aéro-tolérant, joue le rôle le plus
important:
- il colonise les régions basses du follicule pilo-sébacé.
- il se caractérise par sa richesse en matériel enzymatique
(lipases, protéases, hyaluronate-lyases, composés "histamine
like", substances "prostaglandines like", facteurs
chimiotactiques). Grace a ses lipases, il y a hydrolyse des
triglycérides du sébum en acides gras libres, irritants et
comédogènes.
* Parmi les Micrococcaceae, le Staphylococcus epidermidis serait
responsable de l'élastolyse périfolliculaire cicatricielle,
grâce a son système élastasique.
* Enfin, Pityrosporum orbiculare est une levure lipophile riche
en lipases, phosphatases, protéinases, dont la prévalence dans
les lésions acnéiques est égale a celle de Propionibacterium
acnes, voire supérieure dans les comédons fermés. Il possède une
action pro-inflammatoire.
* Les bactéries ne sont pas les initiateurs du processus
pathologique, mais interviennent dans la réaction inflammatoire
en tant qu'amplificateurs grâce à leurs enzymes.
* L'inflammation est, de plus, la conséquence de la rupture du
sac comédonien, et de la propagation au derme de tous ces
phénomènes qui aboutissent a la formation de papules et de
pustules de la lésion nodulo-kystiques.
Étiologie :
ACNÉ ET ENDOCRINOPATHIES :
Chez la femme, l'acné peut faire partie d'un tableau
d'hyperandrogénie.
Signes cutanés majeurs
Les signes cutanés majeurs sont:
* une acné sévère nodulokystique.
- résistant aux traitements classiques.
- prédominant sur les régions maxillaires inférieures.
- en "collier de barbe" ou dans le dos.
* un hirsutisme et/ou un virilisme.
* une alopécie androgénogénétique.
* un acanthosis nigricans.
* des vergetures pourpres.
* une hyperpigmentation des grandes lèvres.
* une érythrose cutanée.
Signes extracutanés
Parmi les signes extracutanés, il importe de rechercher:
* des troubles des règles, tels:
- une oligoménorrhée.
- une aménorrhée.
- des cycles irréguliers ou longs.
- un syndrome prémenstruel.
* une obésité.
* une hypertension artérielle.
Causes d'hyperandrogénie
Devant un tel tableau, plus ou moins complet, toutes les causes
d'hyperandrogénie doivent être recherchées:
* une tumeur ovarienne et/ou surrénalienne.
* une hyperplasie surrénalienne par déficit en:
- 21-bèta-hydroxylase.
- 11-bèta-hydroxylase.
- ou 3-bèta-hydroxystéroide déshydrogénase a révélation tardive.
* une ovarite polykystique type I ou II.
Bilan hormonal statique
* Dans un premier temps, le bilan hormonal statique comprend les
dosages sériques de:
- testostérone.
- delta-4-androstènedione.
- déhydroépiandrostérone.
- sulfate de déhydroépiandrostérone.
- prolactine, s'il existe une galactorrhée associée.
Ces dosages sont réalisés dans la première partie du cycle
(entre le premier et le cinquième jour du cycle) après arrèt de
3 mois de tout traitement hormonal (corticoïdes et
estroprogestatifs).
* Dans un second temps, on réalise:
- une échographie pelvienne voire endovaginale a la recherche
d'une ovarite polykystique.
- un scanner surrénalien, a la recherche d'un processus tumoral.
Bilan hormonal dynamique
Il comprend:
* test a la LH-RH.
* test au Synacthène* avec dosage de la 17-hydroxyprogestérone.
* voire test a la TRH ("thyreostimulin releasing factor").
ACNES INDUITES :
Acnés physiques :
Les acnés physiques peuvent être:
- une acné mecanica.
- une acné induite par des radiations ionisantes.
- une acné post-puvathérapie.
- une acné estivalis ou acné majorca.
- une acné tropicalis.
Acnés induites par un contact chimique exogène :
Les acnés induites par un contact chimique exogène sont les
suivantes.
Acnés non professionnelles
* Acné des cosmétiques, touchant surtout la femme adulte entre
20et 50 ans:
- constituée essentiellement de comédons touchant le menton et
les joues.
- résolutive en 6 a 8 mois après arrêt des topiques.
* Acné detergicans, par utilisation abusive de savons et de
détergents antiseptiques, d'abrasifs.
* Acnés externes iatrogènes, après exposition au soufre, aux
goudrons et a l'huile de cade, aux dermocorticoides.
Acnés professionnelles
* Acné des huiles industrielles:
- huiles minérales ou huile de coupe.
- responsables des "boutons d'huile", a prédominance
comédonienne, associant des éléments inflammatoires
papulo-pustuleux, voire furonculoides.
- siégeant dans les zones séborrhéiques, mais touchant aussi les
mains, les avant-bras, les cuisses, l'abdomen.
* Acné chlorique ou chloracné
- survenant après contact direct ou aéroporté avec des
hydrocarbures chlorés ou après inhalation de vapeurs chlorées ou
encore après une exposition accidentelle ou professionnelle.
- l'acné revèt souvent un caractère familial, touche les régions
sous-orbitaires, rétro-auriculaires, mais aussi les joues, le
front, le cou, la région génitale.
- elle est surtout comédonienne et peu inflammatoire.
Acnés induites par des médicaments :
Les acnés induites par des médicaments peuvent survenir à
n'importe quel age.
Les comédons y sont rares, mais l'inflammation très marquée.
* Ce sont plus des éruptions acnéiformes que de véritables
acnés. Cependant, une acné vraie peut se trouver pérennisée par
des médicaments.
* Les principales molécules acnéigènes sont:
- les corticoïdes.
- les anticonvulsivants.
- les antituberculeux.
- les androgènes et les anabolisants.
- les halogènes (brome, iode).
- les myorelaxants (Dantrolène*).
- certains progestatifs de synthèse.
- les psychotropes (sels de lithium, amineptine).
- la vitaminothérapie B12.
Diagnostic positif :
FORME COMMUNE :
La forme commune est l'acné polymorphe juvénile ou acné
vulgaire. C'est la forme la plus fréquente d'acné, dont
l'incidence princeps se situe a la puberté:
- entre 14 et 17 ans chez la fille.
- entre 16 et 19 ans chez le garcon.
Topographie :
L'acné siège avec prédilection:
- sur le visage (front, joues, menton, parfois conduits auditifs
externes).
- sur la partie supérieure du thorax (régions présternale et
interscapulaire, épaules), s'étendant parfois au cou.
Lésions élémentaires :
* La séborrhée donne un aspect luisant, gras au visage et
s'associe a une séborrhée du cuir chevelu.
* Les lésions rétentionnelles ou comédons sont:
- soit les comédons fermés ou microkystes ou "points blancs" de
petite taille.
- soit les comédons ouverts ou "points noirs", avec dilatation
de l'orifice folliculaire, de petite taille, extractibles au
tire-comédons sous la forme de "vers de peau".
* Les lésions inflammatoires comprennent:
- des papules, survenant dans la moitié des cas sur une peau
apparemment saine, dans 25% des cas après un microkyste.
- des pustules, se rompant facilement spontanément ou après des
maneuvres intempestives de pression, et laissant la place alors
a des cicatrices.
- des nodules, qui contiennent du pus mèle a du sébum,
disparaissant après plusieurs semaines souvent au prix de
cicatrices.
- des kystes, résultant volontiers de la confluence de nodules,
formant des lésions de plusieurs centimètres, réalisant au
maximum le tableau d'acné nodulokystique, persistant pendant
plusieurs mois, et aboutissant a des séquelles cicatricielles.
- des macules (phase intermédiaire de résolution des lésions
inflammatoires).
- une pigmentation postinflammatoire.
- des cicatrices, soit atrophiques, soit hypertrophiques,
chéloidiennes, parfois ossifiées.
Facteurs d'aggravation :
Parmi les facteurs d'aggravation, nous citerons:
- le rôle potentiel des cycles menstruels.
- celui, controversé, de l'alimentation.
- l'intervention possible de facteurs psychologiques et
climatiques.
FORMES CLINIQUES :
Selon l'aspect :
On distingue selon l'aspect:
- acné comédonienne pure.
- acné nécrotique ou varioliforme.
- acné "excoriée des jeunes filles", liée a des manipulations
répétés avec
ongles ou d'autres instruments, aboutissant a des cicatrices
sévères.
Selon le siége :
Selon le siège, on peut observer une acné inversée posant un
problème nosologique avec l'hidrosadénite suppurée de la maladie
de Verneuil.
Se trouvent alors associés:
- acné conglobata.
- inflammation de type hidrosadénite suppurée (axillaire,
inguinale, périgénitale).
- folliculite du cou et du cuir chevelu a évolution sclérogène.
- voire kystes pilonidaux.
Selon la gravité :
On distingue selon la gravité les formes cliniques suivantes.
Acné nodulokystique
* Elle est plus fréquente chez l'homme, l'adolescent et l'adulte
jeune.
* Elle comporte des lésions très inflammatoires profondes
sévères, nodulaires, volontiers abcédées et fistulisées.
* Elle touche la face, le tronc, parfois les fesses, le haut des
bras.
Acné conglobata
Elle est destructrice et très inflammatoire profonde:
* avec une hyperséborrhée importante, des comédons de grande
taille, polypoides, ayant plusieurs orifices de sortie, des
nodules profonds, communiquant entre eux, en clapier, laissant
s'évacuer du pus par de multiples orifices, des cicatrices
sévères, inesthétiques, irrégulières, en "ponts", chéloidiennes.
* elle affecte l'adolescent, l'adulte jeune.
* elle touche surtout le dos mais aussi la face, le cou, le haut
des bras. elle s'étend parfois aux fesses et aux cuisses.
* cette acné peut s'associer a une hidrosadénite suppurée, a un
rhumatisme inflammatoire.
* le syndrome de SAPHO associe
Synovite-Acné-Pustulose-Hyperostose-Ostéite, les manifestations
ostéo-articulaires des acnés graves étant proches de celles des
pustuloses palmo-plantaires amicrobiennes.
Acné fulminans
Forme rare d'acné, elle se développe sur des lésions
préexistantes et revèt un caractère systémique.
* Ses signes cardinaux sont:
- le début brutal.
- le caractère ulcéronécrotique.
- l'altération de l'état général avec fièvre, myalgies,
polyarthrite des grosses articulations.
- le syndrome inflammatoire biologique.
- l'absence de réponse au traitement antibiotique.
- l'action favorable de la corticothérapie générale seule ou
associée a l'isotrétinoine, des AINS.
* Des lésions osseuses ostéolytiques, en particulier au niveau
des articulations sterno-costo-claviculaires, sont possibles.
Selon les complications :
Les formes cliniques selon les complications sont les suivantes:
- folliculite a bacilles a Gram négatif, favorisée par
l'antibiothérapie générale au long cours a base de cyclines.
- Ïdème dur facial.
- amylose secondaire, complication exceptionnelle des acnés
sévères et chroniques.
Selon l'age :
* Acné neonatorum et infantum:
- survenant dans les premiers mois de la vie, localisée aux
joues, surtout sous forme de comédons et de papules.
- pouvant etre attribuée a une réponse exogène des follicules
pilo-sébacés aux androgènes plasmatiques d'origine maternelle.
- mais aussi a une élévation transitoire des androgènes
gonadiques ou surrénaux de l'enfant lui-meme.
* Acné de l'homme adulte, souvent sévère, chronique, diffuse ou
localisée au dos.
* Acné de la femme adulte:
- faisant suite a une acné polymorphe juvénile ou d'apparition
tardive.
- volontiers rythmée par les cycles menstruels.
- devant faire rechercher des signes d'hyperandrogénie et dans
ce cas faire pratiquer un bilan hormonal.
Diagnostic différentiel :
DEVANT LE PHÉNOMÈNE RETENTIONNEL :
Les diagnostics différentiels devant le phénomène rétentionnel
sont:
* les grains de milium.
* la maladie de Favre-Racouchot:
- manifestation de la peau sénile, touchant surtout l'homme
fortement exposé au soleil durant sa vie.
- localisée aux régions péri-orbitaires et
temporo-mandibulaires, elle associe papules jaunatres, nodules
kystiques, comédons ouverts et fermés par dizaines.
DEVANT LES PHENOMENES INFLAMMATOIRES :
Parmi les diagnostics différentiels devant les phénomènes
inflammatoires, on distingue aisément:
- le furoncle.
- la rosacée papulopustuleuse.
- les syphilides acnéiformes, papuleuses, siégeant dans les plis
naso-géniens.
- les folliculites de la barbe, d'origine bactérienne ou
mycosique, les pseudo-folliculites par pili incarnati.
Traitement :
TRAITEMENTS LOCAUX :
Rétinoïdes
Vitamine A acide ou trétinoine ou acide rétinoique
* C'est le métabolite naturel de la vitamine A, encore appelé
acide tout-transrétinoique.
* C'est surtout un puissant comédolytique, il fait disparaitre
les comédons, les microkystes et donc les processus
inflammatoires.
* La trétinoine présente une grande affinité pour les CRABP
("cytosolic retinoic acid-binding proteins") et les trois
sous-types de récepteurs nucléaires RAR ("retinoid acid
receptors"). Elle peut de facon indirecte activer les RXR
("retinoid X receptors").
* Les principales spécialités pharmaceutiques sont: Abérel*,
Effederm*, Kétrel*, Locacid*, Rétacnyl*, Rétitop*,
Trétinoine-Kéfrane*,:
- la concentration varie de 0,025% a 0,05% et 0,1%.
- les formes galéniques disponibles sont des tampons, gels,
crèmes et solutions.
* Les principaux effets secondaires des rétinoides sont:
- l'irritation (rougeur, desquamation).
- la possibilité d'exacerbation ("flare up") de l'acné les
premiers jours de traitement.
- la phototoxicité.
- les troubles de la pigmentation.
- les effets tératogènes possibles chez la femme enceinte.
* La vitamine A acide est surtout indiquée dans les acnés
rétentionnelles.
* La prescription minimale thérapeutique est de 3 mois.
Autres rétinoides topiques
* Isotrétinoine en gel alcoolique a la concentration de 0,05%,
commercialisée sous les noms d'Isotrex* et Roaccutane* gel: agit
de la meme facon que la tétrinoine, mais n'a pas d'action sur la
séborrhée. Elle est administrée dans les acnés rétentionnelles
comédoniennes ou microkystiques compliquées ou non
d'inflammation.
* L'adapalène est un nouveau composé chimique de synthèse,
présentant une action "retinoid like".
- Elle se distingue de la trétinoine par son profil moléculaire
plus spécifique. Elle présente une affinité élective pour les
récepteurs nucléaires RAR bèta et gamma ("retinoid acid
receptors"). Elle ne se lie pas a la protéine du récepteur
cytosolique (CRABP) et n'active pas les RXR.
- Elle est commercialisée sous forme de gel et de crème a 0,1%
(Différine*).
- Elle est indiquée dans les acnés rétentionnelles mais elle
présente également une action favorable dans les acnés avec
composante inflammatoire.
- Elle est intéressante dans les acnés de l'adolescence ou de la
pré-adolescence.
- La tolérance est souvent meilleure qu'avec la trétinoine.
Peroxyde de benzoyle :
* Le peroxyde de benzoyle:
- a une action comédolytique très nettement inférieure a celle
de la vitamine A acide.
- c'est un puissant agent oxydant des protéines bactériennes et
donc un agent antimicrobien majeur de P.acnes.
- il exerce également une action anti-inflammatoire directe.
* Ses formes galéniques sont soit des gels aqueux, soit des gels
alcooliques, des crèmes ou des lotions:
- la concentration varie de 2,5a 4,5% et 10%.
- les principales spécialités pharmaceutiques sont: Pannogel*,
Cutacnyl*, Panoxyl*, Uvacnyl*, Effacné*, Eclaran*, Brevoxyl*.
* Son action est rapide (7a 14 jours), mais il doit etre
maintenu 2 a 3 mois.
* Il peut etre utilisé en traitement combiné avec les rétinoides
ou les antibiotiques locaux.
* Ses principaux effets secondaires sont:
- l'irritation.
- le risque de photosensibilisation.
- la décoloration du linge dont on préviendra le malade.
Antibiotiques locaux :
Les antibiotiques locaux agissent essentiellement sur P.acnes en
diminuant leur nombre. Ils ont une action anti-inflammatoire
directe en diminuant le chimiotactisme des polynucléaires et la
charge en acides gras libres. Ils sont indiqués dans les acnés
inflammatoires.
Ils seront utilisés en monothérapie ou au cours de traitements
combinés avec le peroxyde de benzoyle ou les sels de zinc pour
réduire le risque de résistance bactérienne ou avec les
rétinoides en cas d'acnés mixtes (rétentionnelle et
inflammatoire).
* Deux antibiotiques sont utilisés dans l'acné:
- l'érythromycine (Eryfluid*, Erythrogel*, Antibio-Abérel*,
Eryacné*, Erylik*, Stimycine*, Erythromycine Bailleul*) a 2% et
a 4%.
- le phosphate de clindamycine (Dalacine T Topic*) a 1%.
* Leurs principaux effets secondaires sont:
- en cas de traitement prolongé, le risque de voir émerger une
souche de staphylocoques ou de Propionibacterium résistante.
- l'irritation et le desséchement de la peau liés a l'excipient
alcoolique.
- un érythème.
- avec la clindamycine, le risque, exceptionnel, d'une colite
pseudo-membraneuse.
Acide azélaique :
L'acide azélaique exerce une action antimicrobienne et
kératolytique.
Il est indiqué aussi bien dans les acnés inflammatoires que
comédoniennes.
- Il est commercialisé sous le nom de Skinoren* (crème a 20%).
- Son délai d'action est long (4 semaines).
- Il semble exister une dissociation entre ses effets cliniques,
mineurs chez l'homme, et ses indiscutables effets expérimentaux.
Topiques antiandrogènes :
Le but des topiques antiandrogènes est d'inhiber la sécrétion
sébacée. Ils ont un effet inhibiteur de la 5-alpha-réductase.
Leur effet clinique reste décevant, et ces topiques ne font pas
partie de l'arsenal thérapeutique majeur de l'acné.
Alpha-hydroxy-acides :
Les alpha-hydroxy-acides et en particulier l'acide lactique et
l'acide glycolique exercent une action kératolytique en
diminuant la cohésion interkératinocytaire.
Leur efficacité est moindre que celle des rétinoides. Ils n'ont
d'intérèt qu'en cas d'acnés discrètes.
Leur tolérance est dans la règle satisfaisante. Ils sont
utilisés a des concentrations entre 10et 20%.
Mesures cosmétologiques :
Il importe d'éviter les topiques acnéigènes, comédogènes et
irritants.
L'hygiène de la peau reposera sur l'emploi de pains
dermatologiques et de gels nettoyants.
Des crèmes adoucissantes seront prescrites pour combattre
l'effet irritant des topiques médicamenteux.
Le soleil sera proscrit en raison du risque de
photosensibilisation inhérent aux traitements locaux mais aussi
a cause de l'effet d'hyperkératinisation engendré par le soleil.
TRAITEMENTS SYSTEMIQUES :
Acide 13-cis rétinoïque :
Mode d'action
L'acide 13-cis rétinoique (isotrétinoine(Roaccutane*)) agit sur
les trois principaux facteurs physiopathologiques de l'acné mais
n'a pas d'action anti-androgène prépondérante.
Il a un effet:
* sébosuppresseur, avec atrophie de la glande sébacée,
dose-dépendant. L'inhibition de la sécrétion sébacée persiste
après arrèt de l'isotrétinoine.
* kératolytique: il favorise la desquamation et la
désobstruction du follicule.
* anti-inflammatoire, en inhibant la colonisation folliculaire
par P. acnes et donc la libération d'agents pro-inflammatoires
(enzymes et facteurs chimiotactiques).
Effets secondaires
Les effets secondaires de l'acide 13-cis rétinoique sont
multiples.
- poussée d'acné avec, quelquefois, acné fulminans lors des
premières semaines de traitement.
- risque de photosensibilisation.
* Manifestations neurologiques, dans le cadre d'un tableau
d'hypertension intracranienne avec céphalées, nausées,
vomissements, troubles visuels surtout si absorption
accidentelle concomitante, ou peu de jours avant, de cyclines.
* Anomalies musculo-squelettiques a type d'arthralgies, de
myalgies, d'arthrite, voire d'hyperostose squelettique diffuse,
de déminéralisation osseuse.
* Sécheresse oculaire, blépharo-conjonctivite, plus rarement
atteinte rétinienne.
* Retard de la cicatrisation.
* Effets secondaires biologiques:
- anomalies du bilan lipidique (cholestérol, triglycérides).
- hépatique (élévation des transaminases et des phosphatases
alcalines).
RMO
* Les RMO limitent l'utilisation de l'isotrétinoine aux acnés
sévères, nodulo-kystiques et conglobata ainsi qu'aux acnés
résistantes a un traitement classique (antibiotiques en
association avec des traitements locaux) d'au moins 3 mois.
* Il importe de vérifier avant toute prescription l'absence de
grossesse par un test qualitatif, répété tous les 2 mois et 5
semaines après l'arrèt de l'isotrétinoine. En l'absence de
contraception préalable au traitement par rétinoide, une
contraception efficace sera mise en route 1 mois avant le début
de l'isotrétinoine. Elle doit etre poursuivie 1 mois après
l'arrèt de l'isotrétinoine.
* Le bilan biologique de surveillance comprend les
transaminases, le cholestérol et les triglycérides. Il doit etre
pratiqué avant traitement, après 1 mois a posologie maximale et
régulièrement si le traitement est poursuivi chez un sujet a
risque (diabète, obésité, alcool, troubles du métabolisme
lipidique).
* L'association isotrétinoine-cyclines est formellement
contre-indiquée (risque d'hypertension intracranienne).
* Les posologies recommandées sont de 0,5 a 1mg/kg/j. Une dose
cumulée de plus de 150mg/kg d'isotrétinoine par cure n'est pas
recommandée.
Récidives
Les rechutes a l'issue d'un traitement par l'isotrétinoine sont
d'environ 20%. Les facteurs influencant la survenue de récidives
sont:
- l'existence d'une acné sévère initialement et de topographie
tronculaire.
- la prescription d'une dose d'isotrétinoine faible (0,1mg/kg/j
a 0,5mg/kg/j).
- l'obtention d'une dose cumulée inférieure a 120mg/kg.
Par contre l'age, le sexe, la durée d'évolution de l'acné sont
dépourvus de toute influence sur la réponse au traitement.
Les récidives surviennent volontiers au cours des trois années
suivant la première prescription (96% des cas). Toute récidive
ne nécessite pas systématiquement une deuxième cure
d'isotrétinoine.
Lors d'une nouvelle prescription, le meme schéma thérapeutique
sera adopté. Il n'y a pas d'échappement et pas de perte
d'efficacité.
Les RMO ne codifient et ne limitent pas le nombre de cures.
Antibiothérapie per os :
Les antibiotiques utilisés dans l'acné sont dominés par les
cyclines de première génération comme les tétracyclines et les
cyclines de deuxième génération comme la doxycycline, la
lymécycline et la minocycline.
* Les molécules de deuxième génération ont pour principaux
avantages une absorption et une pénétration tissulaire accrues
et une élimination plus lente. Ainsi une réduction des
posologies a été possible avec l'apport de ces molécules par
rapport aux cyclines de première génération.
* Les cyclines exercent une action anti-inflammatoire en
diminuant la colonisation des follicules pileux par P.acnes et
par les staphylocoques, en inhibant la lipase et les facteurs
chimiotactiques produits par les bactéries, en inhibant le
chimiotactisme des polynucléaires.
- Le problème actuel est celui d'une sélection de souches
bactériennes résistantes aux antibiotiques liée a une
utilisation abusive.
- Il semble que la minocycline et la doxycycline sont les
cyclines pour lesquelles le taux de résistance serait le plus
faible.
* Les spécialités pharmaceutiques sont multiples. Nous citerons
quelques exemples: doxycycline (Doxygram*, Doxylets*,
Granudoxy*, Spanor*, Tolexine*). minocycline (Mestacine*,
Mynocine*, Zacnan*). lymécycline (Tétralysal*).
* Les antibiotiques par voie générale seront utilisés dans les
acnés inflammatoires sur une période de 3a 6 mois. Ils peuvent
etre employés en complément de thérapeutiques locales. Par
contre, l'association a un antibiotique local n'est pas
souhaitable (risque d'augmenter les résistances).
* Les effets secondaires des cyclines sont multiples:
photosensibilisation, hyperpigmentation bleutée de la peau et
des muqueuses, troubles digestifs, troubles vestibulaires,
réactions auto-immunes (lupus érythémateux, hépatite
auto-immune), toxidermies a type de réactions
d'hypersensibilité. Ces effets secondaires auto-immuns ou
d'hypersensibilité ont été rapportés avec la minocycline. Ils
sont certes exceptionnels mais doivent etre pris en compte avant
toute prescription.
* Enfin, les cyclines sont contre-indiquées chez la femme
enceinte.
* Les macrolides (érythromycine) sont peu utilisés dans l'acné.
Ils exposent aussi a l'émergence de souches résistantes.
Traitements hormonaux de l'acné :
* Les acnés associées a des signes cliniques d'hyperandrogénie
et a une perturbation du bilan hormonal bénéficieront d'un
traitement adapté a l'anomalie retrouvée.
* Le choix d'une pilule contraceptive au cours de l'acné devra
etre judicieux.
- Il importe d'éviter les progestatifs du type norstéroides,
dérivés de la noréthistérone et du norgestrel. En effet, ces
progestatifs possèdent une activité androgénique intrinsèque,
susceptible d'aggraver l'acné ou de l'entretenir. Les
contraceptifs renfermant ce type de dérivés font l'objet d'un
remboursement par la sécurité sociale.
- A l'inverse, les estroprogestatifs de troisième génération,
faiblement dosés, ne font pas l'objet d'un remboursement par la
Sécurité sociale. Ce sont pourtant ces pilules contraceptives
que l'on devrait privilégier dans l'acné.
* L'acétate de cyprotérone est un puissant progestatif
anti-androgène agissant a la fois au niveau périphérique
(inhibition du couplage de la dihydrotestostérone a son
récepteur) et au niveau central (action antigonadotrope). Deux
spécialités renferment de l'acétate de cyprotérone.
- La Diane 35* est une association de 35microgrammes
d'éthinylestradiol et de 2mg d'acétate de cyprotérone.
- L'Androcur* contient 50mg d'acétate de cyprotérone.
- La Diane 35* a recu une AMM pour l'acné.
- L'Androcur* est a réserver aux acnés associées a des signes
d'hyperandrogénie. Elle est utilisée en association avec des
estrogènes per os ou percutanés selon des schémas thérapeutiques
variables en fonction de leur tolérance.
Gluconate de zinc :
Le zinc a pour cible principale le polynucléaire neutrophile
dont il inhibe le chimiotactisme. Il agit dans la réaction
inflammatoire en inhibant la production de TNF-alpha,
l'expression des intégrines ICAM1 et LFA3. Il active la
superoxyde-dismutase et favorise ainsi l'élimination des
radicaux libres. Il peut, in vitro, diminuer l'activité de la
5-alpha-réductase de type 1.
* En France, il est commercialisé sous forme de gluconate de
zinc dosé a 100mg contenant 15mg de zinc métal. Il se présente
sous forme de gélules (Rubozinc*).
* Il s'adresse aux acnés inflammatoires. Il est prescrit a la
dose de 200mg/j pendant 3 mois, puis de 100mg/j les mois
suivants. Il constitue un traitement de choix de première
intention dans l'acné inflammatoire, avec l'appoint d'un
traitement local.
* Le principal effet secondaire des sels de zinc est leur
intolérance digestive chez certains patients.
* Ils peuvent etre utilisés en période d'ensoleillement et chez
la femme enceinte.
SCHEMAS ET RESULTATS THERAPEUTIQUES :
Les schémas thérapeutiques sont fonction du type de l'acné, de
l'étendue, de l'ancienneté, du phototype, de l'age et du sexe,
de la motivation du malade et de ses ressources.
* Principales formes d'acné et leurs traitements:
- acné vulgaire/polymorphe: traitements locaux associant trois
topiques princeps en les alternant: trétinoine, peroxyde de
benzoyle, antibiotiques locaux.
- acné sévère nodulokystique, conglobata résistant a un
traitement classique d'au moins 3 mois: isotrétinoide per os.
- acné fulminans: corticoides systémiques.
- acné avec hyperandrogénie: traitement local et traitement
hormonal chez la femme.
- acné excoriée: psychothérapie.
- acnés iatrogènes et induites: suppression du facteur
déclenchant.
* Les résultats thérapeutiques sont appréciés en France grace a
l'échelle ECLA (Échelle d'évaluation Clinique des Lésions
Acnéiques).