Le terme d’atopie a été introduit en 1923 par Coca et Cooke pour
décrire un type d’hypersensibilité héréditaire.
Définie par Wise et Sulzberger en 1933, la dermatite atopique (DA), ou eczéma atopique,
ou eczéma constitutionnel constitue une des manifestations
d’hypersensibilité et s’intègre dans le cadre de la maladie atopique
au même titre que l’asthme ou la rhinite allergique auxquels elle
peut s’associer.
Il n’existe pas de définition précise de la DA mais
des critères diagnostiques dont les plus anciens et les plus
universellement reconnus sont ceux d’Hanifin et Rajka.
La maladie atopique relève d’une pathogénie multifactorielle avec
une transmission polygénique.
Aux facteurs génétiques s’associent des facteurs environnementaux
(pneumallergènes [PNA], trophallergènes, polluants, irritants...) dont
l’identification est indispensable pour mieux appréhender non
seulement l’étiologie mais aussi la prise en charge de la DA.
Si la
connaissance physiopathogénique de la DA a évolué, elle reste
encore incertaine.
Seuls les progrès réalisés dans la compréhension
de la maladie permettront le développement de nouvelles
thérapeutiques efficaces agissant sur des cibles pathogéniques
précises.
Épidémiologie
:
La prévalence de la DA varie en fonction du site géographique, de la
pollution et dans le temps.
L’absence de définition précise, la
variabilité des critères diagnostiques et des méthodologies utilisées
rendent compte des différences observées dans les résultats.
La
prévalence aurait tendance à augmenter avec le niveau
socioéconomique, la DA touchant ainsi les classes socioéconomiques
défavorisées.
Elle est estimée à 15-20 % lors d’études menées chez
des enfants dans différentes régions du Royaume-Uni.
Les régions
les plus touchées sont le sud et l’est de l’Angleterre, ainsi que
Londres.
Dans une enquête internationale, Schultz-Larsen a retrouvé une prévalence de 15,
6 % de la DA en Europe du Nord (Allemagne, Suède, Danemark).
En Australie, la prévalence de la DA dans la région de Victoria et de
Melbourne chez des enfants préscolaires (1 116 enfants examinés)
apparaît très importante (31 %).
En revanche, en Allemagne, elle
est faible (10,4 %) lors d’une étude conduite là aussi chez des enfants
en âge préscolaire (4 000 enfants examinés entre 1991 et 1997).
Elle est cependant plus forte à l’est (12,9 %) qu’à l’ouest (8,2 %).
Cette différence entre les deux est liée essentiellement à une
prévalence de DA intrinsèque en ex-Allemagne de l’Est (8,5 %) qui
avoisine le double de ce qui est observé à l’ouest (4,2 %).
La
prévalence est plus forte dans les zones urbanisées que dans les
campagnes, ainsi que dans les régions fortement polluées.
À titre
d’exemple, la prévalence de la DA dans la partie la plus nordique
de la Norvège, près de la frontière russe, est, chez les enfants scolarisés, de 23 %.
Le rôle de la forte pollution extérieure, de
l’habitat insalubre mal ventilé et humide contribue au
développement de la DA.
L’incidence cumulée en Europe du Nord (de la naissance à 7 ans) a
nettement progressé.
Elle était de 2 à 3% pour les enfants nés avant
1960, puis de 4 à 8% pour ceux nés dans les années 1960, de 9 à
12 % pour ceux nés dans les années 1970.
Elle est actuellement de 15
à 20 % pour les enfants nés dans les années 1980.
Cette
augmentation de fréquence de la DA est certes constatée mais non
clairement expliquée (rôles des polluants, des aéroallergènes, des
additifs alimentaires, du tabagisme passif, en particulier dû à la
mère pendant la grossesse et/ou l’allaitement, d’une meilleure
information parentale et médicale).
Thestrup-Pedersen a émis l’hypothèse par analogie avec la
trisomie 21 que plus l’âge de la mère augmente, plus le risque est
grand qu’elle transmette les gènes de la DA.
Ainsi, dans une fratrie,
le deuxième enfant présente un risque supérieur statistiquement
significatif de développer une DA.
La DA prédomine légèrement
chez les femmes, avec un sex-ratio femmes/hommes de 1,3/1, voire
2/1.
Enfin, sur le plan épidémiologique, on peut s’interroger sur
l’existence d’une prédominance ethnique.
Les travaux sur ce sujet se
heurtent à des problèmes de méthodologie liés à l’importance des
facteurs environnementaux.
En effet, la migration de populations
dans un nouvel environnement conditionnant l’exposition à de
nouveaux allergènes ou à une augmentation de ceux-ci pourrait
expliquer d’éventuelles augmentations de prévalence dans ces
populations par rapport à celle observée dans leur pays d’origine.
Cependant, certains auteurs ont constaté dans un quartier de
Londres une prévalence de la DA plus importante chez les enfants
noirs originaires des Caraïbes (16,3 %) que chez les enfants blancs
(8,7 %).
Cette différence n’est expliquée ni par l’âge et le sexe, ni
surtout par le transfert de population, tous les enfants étant nés à
Londres.
L’étude australienne de Foley montre également
l’importance de l’ethnie puisque les enfants nés de mère asiatique
présentent plus de DA (45, 3 %) que ceux dont les mères sont nées
en Australie ou en Nouvelle-Zélande (28,4 %).
Caractéristiques cliniques :
A - ÂGE DE DÉBUT :
Le début de la DA se fait dans 60 à 70 % des cas avant 6 mois et
dans 30 à 40 % des cas avant l’âge de 3 mois.
L’âge moyen de début est de 7,9 mois. Bonifazi
et Meneghini, dans une
étude menée chez 2 320 enfants (de la naissance à 12 ans),
confirment le début précoce de la DA, dans 60 % des cas dans les
6 premiers mois de vie, et plus particulièrement dans les 3 premiers
mois de vie (50 %).
Ils confirment par ailleurs la rareté du début
après 5 ans (3 %), déjà observée par Queille-Roussel et al (1,6 %) et Rajka (12 %). Diepgen et al constatent seulement dans
50 % des cas un début avant 5 ans et, dans un fort pourcentage de
cas (20 %), un début après 20 ans. Seuls 35 % des sujets débutent
leur DA dans la première année.
Le début de la DA à un âge tardif après 45 ans constitue une
éventualité possible mais rare, devant en premier lieu faire
discuter une hémopathie.
B - FORME CLINIQUE CLASSIQUE :
1- Chez le nourrisson
:
Les lésions débutent volontiers sur le segment céphalique (cuir
chevelu, front, joues, menton), mais elles peuvent survenir sur n’importe quel site de
prédilection de la DA.
Au niveau du visage, la région médiofaciale
est volontiers épargnée (nez, zone péribuccale).
En revanche, les plis
antérieurs du cou sont souvent touchés.
À cet âge, une propagation
au tronc, aux faces d’extension des membres est possible, réalisant
quelquefois un tableau d’eczéma généralisé.
Enfin, les poignets et
les faces dorsales des mains constituent des sites fréquents.
Deux topographies sont particulières à cet âge :
– le pouce, prenant un aspect érythémateux et desquamatif ;
– la région périnéofessière, siège d’un érythème englobant les
organes génitaux, mais cette atteinte ne se voit que dans 20 % des
cas.
Dans les plis rétro- et sous-auriculaires existe volontiers une
fissuration suintante, surinfectée, douloureuse et persistante.
Aoki
et al, en étudiant la
topographie de l’eczéma en fonction de l’âge, constatent ainsi que
les sites de prédilection de la DA se modifient entre 1 et 2 ans pour
toucher tout d’abord le segment céphalique puis le cou et les zones
flexurales.
Le tronc est le site le plus fréquent chez le nourrisson,
mais aussi chez l’enfant en bas âge.
La face externe des bras est plus
touchée que la face interne.
Quel que soit l’âge, le nez, les régions
mammaires, les paumes et les pieds sont les zones les moins
atteintes.
Les lésions eczématiformes sont vésiculosuintantes, oedémateuses à
bords plus ou moins émiettés, croûteuses.
Sur les membres et le
tronc, les placards prennent parfois une forme nummulaire.
Le
prurit est constant, source de cris, d’insomnie, d’agitation du
nourrisson.
Le grattage des lésions ne se manifeste pas avant
2 mois. L’évolution est marquée par des poussées successives où
alternent suintement et desquamation.
2- Chez l’enfant
:
L’eczéma peut apparaître d’emblée à cet âge ou poursuivre
l’évolution d’un eczéma du nourrisson, ce qui est le plus fréquent.
Le tableau clinique comporte ici des placards lichénifiés très
prurigineux où les lésions sont épaissies et quadrillées, en
« mosaïque ».
L’aspect est moins aigu, moins suintant.
Le visage est moins atteint.
La topographie élective est celle des plis : plis du coude et creux
poplités en priorité, mais aussi sillons rétroauriculaires, plis sousfessiers,
plis du cou, chevilles.
Il peut exister des formes inversées
avec une atteinte prédominante des convexités (coudes et genoux).
Les mains sont également touchées.
Elles sont sèches, crevassées,
eczémateuses ou lichénifiées.
Les lèvres et la zone péribuccale sont
le siège d’une éruption sèche, desquamative, avec des rhagades et
des fissures, en particulier au niveau des commissures (perlèche).
L’atteinte vulvaire est également fréquente à cet âge, avec un aspect lichénifié, plissé, fripé des grandes lèvres.
Le prurit est intense et rend ces enfants souvent hyperactifs et
anxieux.
L’évolution est chronique et comporte des poussées
d’eczématisation aiguë.
3- Chez l’adolescent et l’adulte
:
Le prurit et la lichénification sont les deux éléments dominants.
La
distribution des lésions est identique à celle observée chez le jeune
enfant.
La face et le cou, les plis de flexion et la partie supérieure du
tronc sont alors les sièges électifs.
La chéilite est fréquente.
On
peut de plus constater des zones localisées de lichénification au
niveau des mamelons, de l’anus et de la vulve.
Les mains, en
particulier chez la femme, peuvent constituer la seule, voire la
première manifestation de la DA.
À cette période de la vie, le tableau
clinique revêt un aspect parfois polymorphe, avec la présence de papulovésicules de prurigo, d’une dyshidrose, d’un eczéma
nummulaire.
La xérose cutanée est souvent majeure.
La peau est
sèche, rugueuse, très prurigineuse.
C - FORMES CLINIQUES PARTICULIÈRES :
1- Formes cliniques sémiologiques :
* Forme papuleuse
:
L’eczéma atopique peut revêtir l’aspect de petites papules en tête
d’épingle, en particulier au niveau des faces d’extension des genoux,
mais aussi des coudes et sur la face dorsale des mains.
Cette forme
papuleuse de DA surviendrait essentiellement l’été et au printemps,
en association avec une forte pollinisation.
* Forme à type de prurigo
:
Au cours de la DA, les lésions sont parfois papulovésiculeuses,
acuminées, très prurigineuses, de nombre et de répartition variables.
Cet aspect se voit surtout chez l’adolescent et l’adulte jeune (prurigo
de Besnier).
Les lésions sont également à type de nodules à surface
croûteuse ou kératosique et d’évolution très chronique.
Le prurigo
n’est aucunement spécifique de la DA.
2-
Formes cliniques topographiques :
* Visage
:
Le visage peut être une localisation préférentielle de la DA.
Clemmensen et Hjorth, en 1983, ont individualisé une forme
particulière d’eczéma du visage au cours de la DA, à laquelle ils ont
donné l’appellation de head and neck dermatitis.
Sur le plan clinique,
cet eczéma érythématosquameux touche un ou plusieurs des sites
suivants : cuir chevelu, face, cou et partie supérieure du tronc, et
s’accompagne d’un prurit plus ou moins intense.
Ce sont surtout les femmes jeunes en période postpubertaire qui
sont touchées, les enfants
l’étant plus rarement. À ce tableau s’associent des réactions
immunologiques in vivo et in vitro vis-à-vis du Pityrosporum
orbiculare que nous détaillons dans le chapitre physiopathogénique
de la DA.
Dans la description initiale, l’effet bénéfique des
antimycosiques per os et en topiques fit émettre l’hypothèse du rôle
pathogène et potentiellement allergisant du Pityrosporum orbiculare.
Waersted et Hjorth ont
cependant admis qu’en cas de dermites étendues, les imidazolés
n’ont pas un effet bénéfique très significatif.
L’expérience de Broberg est identique avec un échec clinique des traitements
antimycosiques en topiques.
La localisation faciale prédominante de la DA doit faire rechercher
une photosensibilité, un éventuel eczéma de contact par
allergie aux dermocorticoïdes pérennisant les lésions, une éruption rosacéiforme, là aussi
induite par les topiques cortisonés.
Enfin, cette topographie a fait rechercher un terrain auto-immun
particulier.
Taniguchi et al
ont trouvé que 80 % des atopiques avec anticorps antinucléaires
(ACAN) positifs ont des lésions faciales.
D’autres auteurs n’ont pas,
en cas de DA sévère faciale, mis en évidence un taux d’ACAN
significativement plus élevé que dans une population contrôle non
atopique.
Les ACAN sont positifs, surtout chez les femmes, avec
des titres variables mais de façon isolée (pas d’autres autoanticorps,
pas de critères cliniques de lupus systémique).
Quant à l’existence de lésions eczématiformes des paupières, elle
pourrait être provoquée par la fumée de tabac.
* Mains :
L’eczéma de la main revêt tous les aspects cliniques connus.
Il
n’existe pas de particularités sémiologiques.
Il peut s’agir d’une
dyshidrose, d’une kératodermie palmaire fissurée, d’un eczéma sec
et fissuraire des doigts avec acropulpite, d’une dermite du pouce
sucé.
Les faces dorsale et palmaire des doigts et des mains, les
poignets sont touchés.
L’eczéma est circonscrit ou diffus.
Les ongles
sont atteints de façon non spécifique.
L’atteinte unguéale est facile à
diagnostiquer quand elle est associée à un eczéma de la face dorsale
des doigts, mais elle est parfois isolée, en « dé à coudre », évoquant
un psoriasis.
L’eczéma de la main répond à des étiologies multiples :
facteurs de contact exogènes, facteurs endogènes de réactivation, DA
intrinsèque.
Cependant, au niveau de la main, peut exister une simple dermite
d’irritation faisant secondairement le lit de l’eczéma de contact et
vice versa.
L’eczéma de la main est chez l’atopique plus intense, plus long, plus
difficile à traiter, plus récidivant.
* Dermatose plantaire juvénile :
Elle est associée à la DA dans 20 % des cas, sans en être une
manifestation spécifique.
Elle atteint les enfants entre 2 et 15 ans.
Elle se caractérise par un aspect érythémateux, sec, parcheminé, collodioné, squameux, avec une disparition des dermatoglyphes.
La
consistance de la peau à la palpation est celle d’une balle de pingpong.
Elle est bilatérale et symétrique, et touche la face plantaire des
orteils et des avant-pieds.
L’évolution est chronique avec des poussées faites de fissures parfois
profondes, hémorragiques et douloureuses, entraînant une gêne
fonctionnelle.
La guérison survient à la puberté.
La macération, le
frottement, l’occlusion par les chaussettes en synthétique et des
chaussures montantes et fermées (winter feet) favorisent et
entretiennent les lésions qui peuvent par ailleurs se compliquer
d’eczéma de contact.
Une enquête allergologique de contact est
souhaitable, en particulier lorsque les signes apparaissent après le
port de nouvelles chaussures, lorsqu’il existe un débord des lésions
sur la face dorsale des pieds et des orteils ou une extension aux
talons.
* Eczéma du mamelon :
Il touche de façon uni- ou bilatérale les mamelons réalisant, soit un
eczéma aigu et suintant, soit un eczéma très lichénifié, fissuraire et
chronique.
* Eczéma périnéofessier :
Touchant essentiellement le nourrisson, cette localisation est
relativement rare.
Le
diagnostic différentiel se pose avec la dermite séborrhéique, un
psoriasis des langes (napkin psoriasis ou napkin rash psoriasiforme),
ou plus rarement avec une dermite en « W » des langes.
La mise en
évidence d’autres signes de l’atopie, ou parfois seule l’évolution,
permettent de trancher.
Par ailleurs, chez la femme (enfant ou adulte), la vulve peut être le
siège d’un eczéma aigu oedémateux, vésiculosuintant ou sec,
desquamatif, lichénifié par le grattage.
* Chéilite :
Elle consiste en une desquamation chronique des lèvres, en une
perlèche commissurale.
Les lésions débutent souvent dans la zone
péribuccale qui est sèche, crevassée, fissuraire.
Il existe, en particulier
chez l’enfant, un tic de léchage qui le pousse à s’humecter les lèvres
en permanence.
Une surinfection est possible.
Le rôle de certains
agents irritants ou allergisants (aliments, agrumes, baume du Pérou)
est à prendre en compte dans l’aggravation de ces chéilites.
* Région auriculaire :
Dans la région rétro- et sous-auriculaire, il est fréquent de retrouver
une fissuration plus ou moins profonde, suintante, surinfectée et
douloureuse.
Cette fissuration n’a pas été reconnue par Hanifin et
Rajka comme un critère mineur de DA.
La notion ou l’existence
d’une fissure infra-auriculaire bilatérale est retrouvée chez la
majorité des atopiques, et en particulier en cas de DA sévère.
* Dermatite atopique de topographie linéaire
:
De façon exceptionnelle, les lésions de DA adoptent une topographie
linéaire selon les lignes de Blaschko, en particulier au niveau des
membres.
D - SIGNES CLINIQUES FRÉQUEMMENT RETROUVÉS
DANS LA DERMATITE ATOPIQUE :
Ces signes ne sont souvent pas spécifiques mais leur fréquence au
cours de la DA apparaît volontiers significative par rapport à des
populations contrôles, bien que de nombreuses divergences et
qu’une grande variabilité existent entre les études.
1- Sécheresse de la peau :
C’est un signe très fréquent au cours de la DA, retrouvé dans 50 à
98 % des cas.
Elle résulte de plusieurs facteurs, dont l’existence
d’une diminution de la fonction sudorale, d’une réduction de la
synthèse d’acides gras polyinsaturés, d’une altération de la barrière
cornéocytaire.
Par ailleurs, certains auteurs ont mis en évidence, sur
des biopsies cutanées réalisées en peau sèche et cliniquement non
inflammatoire, une image histologique d’eczéma a minima.
Cependant, ces résultats n’ont pas été confirmés par d’autres.
On ne
peut ainsi conclure que la xérose cutanée est une simple variante
subclinique d’eczéma.
Il existe volontiers une influence sur la xérose de facteurs exogènes,
tel l’effet délétère du temps hivernal avec le rôle du froid et de la
réduction de l’humidité ambiante.
L’intensité de la sécheresse est
variable, allant d’une simple desquamation à une peau crevassée, fissuraire,
douloureuse.
La desquamation est, soit généralisée, soit localisée à
certaines zones du tégument (extrémités des doigts, mains).
La sécheresse s’aggrave après le bain et la friction de la peau.
Les mesures préventives et une prise en charge correcte,
prolongée et continue par le patient de l’hydratation de la peau
apportent une amélioration notable.
2- Ichtyose vulgaire :
Elle est associée à la DA, le plus souvent dans 2 à 6% des cas,
mais parfois dans près de 20 à 30 % des cas. Souvent, cette
association est étayée uniquement par la clinique et la microscopie
optique et le diagnostic d’ichtyose manque de rigueur.
3- Hyperlinéarité palmoplantaire :
L’hyperlinéarité palmoplantaire touche plus les paumes que les
plantes, plus les atopiques exerçant un travail manuel ou exposés à
des facteurs chimiques ou thermiques.
Elle est présente dans 30
à 90 % des cas de DA. Elle coïncide avec la peau sèche ou s’associe
et s’intègre au tableau d’ichtyose vulgaire.
Pour Fartasch, l’hyperlinéarité palmaire est, dans la majorité
des cas, un marqueur propre à la DA.
4- Kératose pilaire :
Elle réalise des petits bouchons cornés folliculaires donnant à
la peau une sensation râpeuse, en particulier au niveau de la face
externe des membres, des fesses, sur le visage.
Dans les formes profuses, elle peut être assimilée à une
ichtyose folliculaire.
5- Eczématides :
Elles peuvent être de type psoriasiforme, pityriasiforme, folliculaire.
Les eczématides achromiantes (pityriasis alba) sont des macules
finement squameuses, discrètement érythémateuses et
prurigineuses.
L’hypopigmentation, souvent postinflammatoire,
survient fréquemment sur les zones photoexposées (visage, partie
proximale des membres), mais aussi dans les grands plis, chez les
enfants et plus particulièrement en cas de phénotype foncé.
Les eczématides ne sont pas spécifiques de la DA mais représentent un
de ces signes mineurs que l’on cherche.
6- Signes oculaires et périoculaires :
Le signe de Dennie-Morgan correspond à l’existence d’un ou de deux
plis infraorbitaires, uni- ou bilatéraux.
Il est volontiers non
spécifique de la DA.
Son expression est variable en fonction de
l’appartenance ethnique, de la fatigue, de la luminosité et du tonus
facial.
Rudzki et al trouvent ce signe plus fréquemment chez les
atopiques ayant un taux d’immunoglobulines (Ig)E totales élevé
(supérieur à dix par rapport à la normale).
Enfin, il faut signaler que
l’existence de plis infraorbitaires peut se voir au décours d’un
eczéma des paupières, quelle qu’en soit la cause, qu’il y ait ou non
une DA associée.
La pigmentation périorbitaire est brune, grisâtre ou bleuâtre.
Elle siège
à la partie inférieure de l’orbite et est parfois associée à un oedème.
Elle donne un aspect fatigué et se voit surtout chez les enfants et les
adultes jeunes.
Elle peut être secondaire à un eczéma palpébral, à
une inflammation conjonctivale, ou survenir en dehors de tout
eczéma à ce niveau.
Le signe de Hertoghe est non spécifique.
Il représente une raréfaction
ou une absence de sourcils dans son tiers externe.
Dans la DA, le
rôle mécanique et traumatique (frottement de la peau) semble
important, car ce signe se voit surtout chez les sujets avec un eczéma
palpébral.
7- Dermographisme blanc
:
Le frottement ou l’étirement de la peau chez l’atopique n’entraîne
pas une réaction érythémateuse (comme chez un sujet normal), mais
plutôt l’apparition en quelques secondes d’une ligne blanche
maculeuse, non oedémateuse.
La ligne blanche persiste près de
20 minutes.
Le dermographisme blanc s’observe chez l’atopique, en
peau saine et en peau lésée.
Il n’est pas spécifique de la DA car il
peut se voir au cours de pityriasis rubra pilaire, de psoriasis
érythrodermique, de lichen plan profus.
Il s’améliore quand la
dermatose régresse.
8- Blancheur cholinergique retardée
:
Elle se traduit par l’apparition, 5 à 10 minutes après une injection
intradermique d’acétylcholine, d’un halo blanc entourant la papule
d’injection, s’étendant 15 à 20 minutes et persistant 15 à 30 minutes,
voire 1 heure.
Présente dans 70 % des cas, elle est plus fréquente
chez l’atopique avec DA.
Elle résulte, soit d’une vasoconstriction
cholinergique paradoxale, soit d’une altération vasculaire
extrinsèque par oedème.
9- Langue scrotale et glossite marginée desquamative
:
Ces aspects sont observés dans la DA de façon non spécifique.
Ils
sont souvent le fait de psoriasis pustuleux et peuvent être la
traduction d’une association DA-psoriasis a minima.
10- Pâleur faciale
:
La pâleur faciale de l’atopie alterne souvent avec des phases
d’érythème, voire de flush.
Cette réactivité vasculaire anormale est
plus le fait des sujets jeunes.
11- Implantation basse des cheveux :
Elle est surtout évidente dans les régions frontale et temporale.
Des
variations significatives par rapport à des populations contrôles ont
été identifiées par les auteurs s’intéressant à ce signe éventuel
d’atopie.
E - DERMATITE ATOPIQUE ET MALADIES ASSOCIÉES :
1- Dermatite atopique et immunodéficits :
La question posée est : « Quand, devant un tableau de DA, doit-on
rechercher un immunodéficit ? ».
Au tableau de DA plus ou moins typique et remplissant parfois de
façon incomplète les critères de Hanifin et Rajka, s’associe un certain
nombre de manifestations devant faire évoquer tel ou tel
immunodéficit.
Il s’agit en particulier des signes associés suivants :
infections chroniques et récidivantes, réactions à type de greffon
versus hôte (GVH) cutanées, signes de « connectivite », présence de
marqueurs cutanés spécifiques d’un immunodéficit, signes cutanés
divers (par exemple : urticaire, ichtyose, cancers cutanés...).
La physiopathogénie des lésions cutanées à type de DA au cours
des immunodéficits n’est pas encore élucidée. De façon évidente,
dans certains cas, l’évolution cutanée est parallèle à celle de
l’immunodéficit sous-jacent.
Dans le cadre du syndrome de Wiskott-Aldrich, la transplantation médullaire a permis la disparition des
lésions d’eczéma et de la xérose, suggérant un lien avec le
dysfonctionnement immunitaire.
2- Vitiligo
:
L’atopie peut s’associer à un vitiligo dans un pourcentage de cas
peut-être surestimé à près de 20 %.
Il ne semble pas exister de
manifestations spécifiques du vitiligo de l’atopique, malgré les
observations de certains, trouvant comme particularités une histoire
familiale, un début précoce et une évolution rapide du vitiligo chez
les atopiques.
De même, les taux d’IgE pourraient être plus bas et
les taux d’IgA plus élevés dans le groupe vitiligo-atopie par rapport
au groupe atopie seule.
Enfin, il importe de différencier un vitiligo
vrai de simples achromies vitiligoïdes.
3- Pelade
:
Une pelade peut se développer chez les patients avec DA, en
particulier chez l’enfant, mais on manque de données statistiques
comparatives avec une population contrôle pour établir un éventuel
lien entre les deux processus.
4- Urticaire :
L’urticaire n’entre pas dans la définition de l’atopie.
Comme tout un
chacun, l’atopique peut présenter une réaction urticarienne, le plus
souvent d’origine alimentaire ou médicamenteuse, répondant ou non à un mécanisme
spécifique d’histaminolibération.
En revanche, dans l’urticaire
cholinergique, touchant de préférence les sujets jeunes, il semble
exister un terrain atopique favorisant.
Bien que ne disposant pas de données épidémiologiques, l’urticaire
de contact apparaît relativement fréquente dans la DA.
En effet, Queille-Roussel et al la
suspectent dans près de 35,7 % des cas.
Elle se manifeste surtout au
niveau des mains et de la région péribuccale.
Elle survient sur des
territoires cutanés actuellement ou antérieurement atteints par la
DA, s’accompagne parfois de réactions générales sévères et peut être
à l’origine d’une exacerbation de la DA.
L’urticaire de contact
répond à un mécanisme immunologique ou non immunologique.
Parmi les principaux facteurs déclenchants, citons à titre d’exemple
les aliments, le latex, la salive d’animaux, le sperme, les parfums et
les conservateurs contenus dans les topiques largement consommés
par l’atopique.
5- Psoriasis
:
Les enquêtes épidémiologiques sur l’association DA-psoriasis
donnent des résultats divergents liés à la population étudiée, aux
critères diagnostiques, aux problèmes de définition de la DA
notamment.
Dans une enquête rétrospective sur près de 3 000 patients, seules
deux associations sont notées.
La DA apparaît 25 fois moins
fréquemment associée à un psoriasis que ce qui était attendu.
L’enquête franco-belge prospective portant sur des consultants met
en évidence l’extrême rareté de cette association, puisque seuls
0,076 % des sujets ont une DA et un psoriasis. Williams et al
estiment, quant à eux, dans une cohorte née en 1958, que le risque
relatif du psoriasis dans une population atteinte de DA est de 1,4.
Chez des enfants psoriasiques âgés de moins de 12 ans, il est
retrouvé dans 12,5 % des cas une diathèse atopique, dans 4 % des
cas une DA et dans 8,5 % une atopie respiratoire.
En revanche, dans
une population galloise étudiée sur 3 ans, un fort pourcentage
d’associations est constaté (16,7 % des DA ont un psoriasis et 9,5 %
des psoriasis ont une DA).
Sur le plan clinique, lors de l’association, il n’existe pas de
particularités sémiologiques des deux dermatoses, bien que certains
auteurs retrouvent plus de diathèse atopique et de DA lorsque le
psoriasis est inversé.
Sur le plan chronologique, le psoriasis précède
rarement la DA.
C’est en général la DA qui précède le psoriasis
(70 % des cas).
Cependant, dans 20 % des cas, les deux dermatoses
sont de survenue simultanée.
Celles-ci ont une évolution alternant
dans le temps ou simultanée. Mais le plus souvent, la DA est
prédominante et le psoriasis transitoire.
Il apparaît ainsi que ces deux dermatoses ne s’excluent pas, mais
que l’association est rare, soit par méconnaissance diagnostique en
particulier lors de topographies difficiles et frontières (ongles,
muqueuses, plis, cuir chevelu, régions palmoplantaires), soit pour
des raisons physiopathologiques.
6- Dermatite herpétiforme :
Chez des patients présentant une dermatite herpétiforme, une
incidence significative de DA dans leur histoire personnelle et
familiale (chez les apparentés du premier degré) est observée.
De
même, au cours de la maladie coeliaque de l’adulte, on retrouve plus
d’antécédents personnels et familiaux d’atopie que dans une
population contrôle.
Par ailleurs, DA et dermatose bulleuse à IgA linéaire s’associent de
façon ponctuelle.
7- Lichen nitidus :
Les trois premiers cas d’enfants et d’adultes présentant un lichen
nitidus généralisé ou localisé coexistant avec une DA ont tout
récemment été signalés.
Dans deux cas, le lichen nitidus s’est
développé sur les sites mêmes de la DA.
Examens paracliniques :
A -
BIOLOGIE
:
Il n’existe aucun marqueur biologique spécifique de la DA.
1- Éosinophilie
:
L’hyperéosinophilie sanguine est inconstamment présente et non
spécifique.
Sa corrélation avec la sévérité de la dermatose et le taux
d’IgE totales n’est pas véritablement établie.
2- Lymphocytes sanguins
:
L’analyse des populations lymphocytaires sanguines dans la DA met
en évidence une augmentation du rapport lymphocytes T
auxiliaires/lymphocytes T suppresseurs, avec une diminution des
lymphocytes T suppresseurs.
Le nombre de lymphocytes B CD23+
(marqueur du récepteur de faible affinité pour les IgE, FceRII) est
augmenté dans la DA, de même que les taux sériques de CD23
soluble.
Ces anomalies cellulaires et biologiques ne sont pas
corrélées à la sévérité de la DA, ni au taux d’IgE totales.
3- Immunoglobulines E totales
:
Les IgE totales sont augmentées de façon non spécifique dans 40 à
80 % des cas.
Pour Hanifin et Rajka, près de 20 % des patients avec
une DA ont des IgE sériques normales. Ils ont cependant inclus
l’élévation des IgE totales dans les critères mineurs de la DA.
Classiquement, les IgE totales sont d’autant plus élevées que la DA
est sévère, mais 25 % des DA modérées ont des IgE très élevées et
40 % des DA sévères ont un taux normal ou subnormal.
Ces résultats sont à rapprocher de ceux
ne trouvant pas de corrélation entre le taux d’IgE et la sévérité de la
DA.
Leur taux n’évolue pas de façon parallèle avec l’amélioration
clinique de la DA.
Après un traitement par une corticothérapie
systémique, l’amélioration clinique ne s’accompagne pas d’une
baisse des IgE totales.
Ce n’est qu’après plus de 1 an de rémission
clinique que les sujets avec DA sévère retrouvent un taux normal
d’IgE totales.
Les IgE totales
sont d’autant plus élevées que coexiste un asthme. Environ 80 % des
DA sévères associées à une atopie respiratoire ont des IgE élevées.
En cas de DA « pure », c’est-à-dire sans antécédents personnels ou
familiaux d’atopie respiratoire, la majorité des sujets n’ont pas
d’élévation importante des IgE totales.
Leur élévation pourrait être
corrélée là aussi à la sévérité de la maladie.
Pour Uehara, seules les DA « pures » et sévères ont
une élévation des IgE totales qui est cependant moindre que celle
observée dans le groupe des DA sévères avec prédisposition
respiratoire.
L’augmentation des IgE sériques est corrélée au nombre
de lymphocytes B producteurs d’IgE.
Ainsi, peut-on définir des sous-groupes de patients atopiques avec des
IgE totales très élevées (qui ne sont cependant pas des syndromes de
Buckley) et des sous-groupes de patients avec des IgE basses, voire
effondrées, qui présentent cependant des dermatites atopiques graves.
4- Immunoglobulines E spécifiques
:
La recherche d’IgE spécifiques (radio-allergo-sorbent test [RAST],
immuno-capsulated hydrophilic carrier polymer [CAP]) vis-à-vis des
PNA et des trophallergènes se heurte, chez l’atopique, à certaines
limites, dont le taux très élevé d’IgE totales.
Elle peut être très
intéressante lorsque les tests cutanés sont difficiles à réaliser
(nourrisson, DA étendue sévère), après la réalisation de prick-tests
pour réaliser une confrontation clinicobiologique et étudier leur
pertinence.
De façon générale se pose le problème de la
standardisation des allergènes, de la sensibilité des techniques
utilisées, du prix et de la nécessité de ne tenir compte que des tests
positifs de manière significative (supérieurs à la classe II).
5- Phadiatopt :
Il s’agit d’un test unitaire qualitatif dépistant la présence dans le
sérum du patient des IgE spécifiques vis-à-vis des allergènes les plus
courants, réalisant ainsi un multi-RAST.
Ses limites sont les suivantes :
– il s’agit d’un test global ne permettant pas d’identifier les
allergènes responsables ;
– un test négatif n’élimine pas le diagnostic d’allergie ;
– un test positif n’est pas synonyme d’allergie, mais la corrélation
reste forte (90 % des cas).
Le principal intérêt est la recherche d’un terrain atopique et d’une
allergie respiratoire quand il existe une forte suspicion diagnostique
pour le médecin généraliste.
Pour le spécialiste, il peut être
intéressant lorsque les tests cutanés ne sont pas praticables.
6- Dosage urinaire des leucotriènes :
Le dosage urinaire de la leucotriène LTE4, métabolite stable des
leucotriènes LTC4 et LTD4, par des techniques combinées de
chromatographie liquide et de spectrométrie de masse, a été proposé
par certaines équipes.
Il semblerait que les taux urinaires de LTE4
soient plus importants chez les sujets porteurs de DA que dans la
population contrôle, avec une corrélation significative avec le taux
des IgE totales.
B - HISTOLOGIE CUTANÉE :
Les modifications histologiques au cours de la DA portent à la fois
sur l’épiderme et le derme et sont différentes selon l’aspect clinique,
qu’il s’agisse de lésions aiguës ou lichénifiées, ou d’une simple
xérose cutanée.
1- Épiderme
:
Une hyperkératose, une hyperplasie psoriasiforme, une dyskératose,
associées à des foyers d’oedème intercellulaire et à un infiltrat
lymphocytaire, caractérisent les lésions lichénifiées.
L’acanthose, avec par places une parakératose et une
hypergranulose, s’observe chez l’atopique en peau sèche non
eczémateuse.
La spongiose focale avec exocytose d’éléments mononucléés et la
vésiculation intraépidermique renfermant lymphocytes,
polynucléaires neutrophiles et éosinophiles, est plus fréquente dans
les lésions aiguës que lichénifiées, mais aussi en peau apparemment
saine.
Des mastocytes ont pu être identifiés dans l’épiderme de peau non
lésée en ayant recours aux colorations spéciales, aux immunoréactants enzymatiques et à la microscopie électronique.
Au niveau de l’épiderme, on trouve des cellules de Langerhans et
des cellules dentritiques apparentées IgE positives aussi bien en
peau lésée qu’apparemment saine.
2- Derme
:
L’infiltrat dermique est assez discret, surtout constitué d’éléments mononucléés lymphohistiocytaires, mais aussi de polynucléaires
éosinophiles, basophiles et neutrophiles.
Le typage lymphocytaire
de l’infiltrat montre une prédominance des cellules T helpers.
Cet
infiltrat peut siéger, mais à un degré moindre, en peau apparemment
saine.
La paucité de l’infiltrat éosinophile contraste avec l’existence de
dépôts significatifs de la major basic protein (MBP) dans le derme
supérieur.
Les dépôts extracellulaires de MBP sont plus marqués en
peau lésée qu’en peau saine.
L’eotaxine est une CC chémokine agissant via sa liaison au
récepteur CCR3.
L’immunoréactivité et la transcription de l’eotaxine
et du CCR3 sont augmentées en peau lésée chronique de DA.
Cette expression accrue est parallèle aux dépôts de protéines
granuleuses éosinophiles.
Dans le derme, les cellules IgE positives se retrouvent surtout en
position périvasculaire, en peau saine et lésée.
Elles expriment le
phénotype CD1a++, CD1b++, CD36+ (à l’état normal : CD1a+, CD1b+,
CD36-).
L’augmentation des mastocytes dans les lésions lichénifiées est
significative par rapport aux lésions aiguës, à la peau apparemment
saine de l’atopique et à celle des témoins.
La dilatation des capillaires superficiels, l’hyperplasie des cellules
endothéliales, l’épaississement de leur membrane basale
prédominent dans les lésions aiguës et lichénifiées, mais se
retrouvent aussi en peau saine.
Les mastocytes dermiques sont surtout en position périvasculaire.
Enfin, les structures nerveuses sont également touchées en peau
saine.
Un processus de démyélinisation et de fibrose est net dans les
lésions lichénifiées.
3- Annexes sudorales eccrines et sébacées
:
Les glandes sudorales sont de morphologie normale.
Les glandes sébacées sont normales,
parfois atrophiques, principalement dans les DA associées à une
ichtyose vulgaire.
C - TESTS CUTANÉS :
Les prick-tests aux PNA et aux trophallergènes révèlent une
hypersensibilité immédiate chez un fort pourcentage de sujets
atopiques, avoisinant 50 à 80 % des cas.
L’incidence de ces réactions est plus importante que
chez les sujets normaux.
Le fort pourcentage de positivité peut
être le témoin de l’hyperréactivité du terrain atopique.
Les pricktests
aux PNA sont plus fréquemment positifs quand il existe une
DA associée à une atopie respiratoire qu’une DA pure.
Ces tests ne sont pas réalisables en cas de poussée et/ou de
dermographisme.
Leurs limites résident dans le manque de
standardisation, dans la méconnaissance de tous les allergènes et
dans la perte d’activité antigénique.
Critères diagnostiques
et scores de sévérité :
A - CRITÈRES DIAGNOSTIQUES :
Devant le caractère protéiforme de la DA, Hanifin et Rajka ont établi des critères diagnostiques
qui permettent, d’une part d’éliminer certaines affections à
symptomatologie voisine (maladie de Leiner-Moussous,
eczématides, eczéma d’autre nature), et d’autre part de porter le
diagnostic devant certaines formes atypiques.
On admet par convention que la présence de trois critères « majeurs » et
de trois critères « mineurs » autorise le diagnostic.
Cependant, ces critères sont divisés en majeurs et mineurs de façon
empirique, leur définition est imprécise, ils sont parfois rares ou non
spécifiques, non reproductibles.
En 1994, Williams et un groupe de travail britannique,
rassemblant en majorité des dermatologues mais aussi des pédiatres
et des généralistes, ont essayé de définir des critères diagnostiques
de la DA qui soient sensibles, spécifiques, reproductibles, non
invasifs, applicables à différentes populations et de réalisation facile.
Ainsi, les Anglo-Saxons ont-ils proposé un critère indispensable, le
prurit cutané (ou le témoignage des parents que l’enfant se gratte),
associé à trois ou plus des critères suivants :
– antécédent d’atteinte des plis tels les plis du coude, les creux
poplités, la face antérieure des chevilles ou le cou (en incluant les
joues chez les enfants de moins de 10 ans) ;
– antécédent personnel d’asthme ou de rhinite allergique (ou
antécédent d’atopie chez les apparentés du premier degré pour les
enfants de moins de 4 ans) ;
– antécédent de xérose cutanée généralisée dans la deuxième année ;
– eczéma patent des plis de flexion (ou eczéma touchant les joues,
le front et la face externe des membres chez l’enfant de moins de 4
ans) ;
– début avant l’âge de 2 ans (critère non utilisé si l’enfant a moins
de 4 ans).
Par l’intermédiaire de ces critères, les auteurs augmentent, par
rapport à ceux de Hanifin et Rajka, la spécificité tout en gardant une
bonne sensibilité.
Si la forte spécificité de ces critères (entre 90 et
99 %) a été validée par de nombreuses études menées dans des contextes ethniques différents, en revanche, leur sensibilité reste plus
aléatoire.
N’en est pour preuve la plus notable le travail de Firooz et
al, conduit en Iran, où la sensibilité des critères de Williams n’est
que de 10 %.
Bonifazi considère que les
critères de Hanifin et Rajka ne sont pas utilisables chez l’enfant de
moins de 4 ans.
Il propose trois critères :
– lésions eczématiformes de la face et du cuir chevelu avec peu ou
pas d’atteinte du siège.
Ce premier critère doit toujours être présent
et associé au deuxième ou troisième critère ;
– insomnie ou turbulence de l’enfant non expliquée ;
– histoire familiale de DA, asthme, rhinite allergique chez les
parents ou les membres de la fratrie.
Pour Bonifazi, ces critères
permettent de faire le diagnostic de DA et d’éliminer d’autres
affections fréquentes à cet âge comme la dermite séborrhéique.
Rudzki et al ont analysé, dans une population de 481 sujets
adultes souffrant de DA (âgés de 16 à 62 ans), les critères de Hanifin
et Rajka.
Ils retrouvent dans 72 % des cas la présence de quatre
critères majeurs et dans 96 % des cas plus de six critères mineurs, ce
qui est bien plus que le minimum requis pour porter le diagnostic
de DA.
Les critères mineurs sont d’une utilité variable, certains
servant à définir des sous-groupes spéciaux au sein de la même
entité.
Il peut exister des associations significatives entre différents
critères.
Ainsi, l’asthme apparaît plus fréquent chez les sujets avec
DA quand le début des lésions cutanées est précoce (< 6 mois).
Chez
les atopiques avec un taux élevé d’IgE totales supérieur à 10 par
rapport à la normale, une intolérance alimentaire et une
hyperréactivité cutanée immédiate sont plus souvent retrouvées.
Enfin, les sujets présentant l’association DA-asthme ont plus de neuf
critères mineurs.
Nagaraja et al, dans une étude sur la fréquence et la signification
des critères mineurs de Hanifin et Rajka chez 100 enfants comparés
à 100 contrôles, concluent :
– à la non-spécificité de huit critères mineurs (ichtyose, eczéma du
mamelon, chéilite, kératocône, cataracte antérieure sous-capsulaire,
plaques hypopigmentées, plis antérieurs du cou, intolérance
alimentaire) ;
– à la variabilité des critères mineurs en fonction de l’âge ;
– à l’importance de signes non inclus dans la liste de Hanifin et
Rajka (fente infraorbitaire, desquamation diffuse du cuir chevelu).
Une étude suédoise a inclus 221 enfants âgés de moins de 2 ans
dans un projet d’analyse de la prévalence des critères mineurs de Hanifin et Rajka.
Vingt-neuf critères/subcritères mineurs et six
autres critères fréquemment observés dans la DA (fissure
rétroauriculaire, perlèche, dermatose plantaire juvénile, pulpite
digitale, eczéma du cuir chevelu et desquamation du cuir chevelu
sans eczéma) ont été étudiés.
Il apparaît que les trois critères
mineurs les plus intéressants, en dehors de l’âge de survenue
précoce (prérequis de cette étude), sont la xérose cutanée, l’évolution
de la dermatose sous l’influence de facteurs environnementaux et
l’érythème facial.
En effet, ces trois signes sont observés chez plus
de 50 % des enfants.
On note que 14 critères mineurs sont observés
chez moins de 3 % des enfants, de même que les six critères rajoutés
dans cette analyse.
Il apparaît ainsi une grande divergence dans les résultats de ces
différents travaux, et ce en fonction de l’âge de la population, de
l’origine ethnique et du caractère visualisé ou rapporté des signes
cliniques.
En l’absence de critères biologiques formels, les critères cliniques restent
imprécis et l’on perçoit la difficulté de leur application selon le système
de santé propre à chaque pays, le contexte racial, culturel et linguistique,
les facteurs climatiques et environnementaux.
Par ailleurs, deux types de DA ont été individualisés, la DA
intrinsèque affectant 20 % des atopiques et la DA extrinsèque.
Les
critères diagnostiques sont actuellement plus ou moins définis.
Cependant, la DA intrinsèque se caractérise par :
– un phénotype de DA selon les critères de Hanifin et Rajka ;
– une taux bas ou modéré d’IgE totales (< 200 KUI/L), associé à
une absence d’IgE spécifiques vis-à-vis des aéroallergènes
(Sx1 RAST/CAP négatif) et des trophallergènes (RAST-fx5 négatif),
de même qu’à une négativité des prick-tests aux aéroallergènes et
aux trophallergènes les plus courants ;
– une absence d’autres manifestations allergiques comme l’asthme
et la rhinoconjonctivite.
B - SCORES DE GRAVITÉ
:
De nombreux auteurs et équipes essayent depuis plusieurs années
de définir et d’uniformiser les critères de sévérité de la DA, en
particulier pour effectuer des recherches cliniques, épidémiologiques
et thérapeutiques de qualité.
Pas moins de 13 échelles de sévérité
ont été proposées dans les 10 dernières années.
Toutes ne
remplissent pas les critères de qualité souhaitables (validation de la
technique, sensibilité, acceptabilité et sûreté).
Cette multiplication
des échelles rend compte de besoins différents en fonction de
situations cliniques différentes.
Seuls les scores de sévérité actuellement les plus utilisés sont
mentionnés.
Rajka et al, en 1989,
proposaient d’apprécier :
– l’extension de la maladie selon la règle des neuf de calcul de la
surface corporelle utilisée chez les brûlés avec une cotation variable
en fonction de l’âge ;
– le profil évolutif de la maladie (continu, phases de rémission de
moins de 3 mois) ;
– l’intensité du prurit et son retentissement sur le sommeil.
Ainsi, en fonction du score global, on distingue les DA minimes,
modérées et sévères. Hanifin, la même année, considère qu’il faut prendre en compte
l’étendue de la dermatose, l’évolution de la DA et la sévérité de six
paramètres cliniques.
Cette échelle est intéressante dans des études
épidémiologiques larges pour évaluer rapidement la sévérité de la
dermatose.
Plus récemment, un groupe européen (neuf pays), initié par Stalder
et Taïeb, l’European Task Force on Atopic Dermatitis, a essayé
de mettre au point un score de sévérité de la DA appelé SCORAD.
Celui-ci prend en compte trois points :
– A : surface cutanée atteinte (calculée sur la base de la règle des
neuf), adaptée au nourrisson ;
– B : intensité de six paramètres (érythème, oedème/papule,
suintement/croûtes, excoriation, lichénification, sécheresse de la
peau en zone non inflammatoire), avec une cotation de 0 à 3 ;
– C : signes subjectifs (prurit et perte de sommeil [moyenne
appréciée sur une échelle analogique visuelle de 0 à 10]).
L’enfant
doit être âgé de plus de 7 ans. Dans le cas contraire, la cotation est
réalisée par les parents avec lesquels la fiabilité est plus aléatoire.
Le SCORAD est calculé selon la règle suivante : A/5 + 7B/2 + C.
Ainsi, dans le score global, l’extension de la maladie et les signes
subjectifs comptent chacun pour 20 % et l’intensité des six
paramètres pour 60 %.
Berth-Jones propose un système de cotation simple appelé
Six
Area, Six Signs Atopic Dermatitis (SASSAD), basé sur l’évaluation
de six signes cliniques (érythème, exsudation, excoriation,
sécheresse, fissuration et lichénification) cotée de 0 à 3 en six zones
de la peau (bras, mains, jambes, pieds, tête et cou, tronc).
Le score
global va de 0 à 108.
Il est applicable chez l’enfant et l’adulte dans
des essais cliniques et sur le plan individuel pour juger de
l’évolution clinique du malade.
Il ne nécessite que 2 à 10 minutes.
Le SCORAD et le SASSAD sont des échelles utiles lors d’essais
cliniques afin de dépister des modifications minimes de la maladie.
C’est actuellement le SCORAD qui remplit les meilleurs critères de
qualité.
L’Eczema Area and Severity Index (EASI) est également très utilisé
lors d’essais thérapeutiques.
Le malade ou les parents évaluent le
prurit sur une échelle analogique visuelle cotée de 0 à 10.
Les signes
cliniques de l’atopie pris en compte sont l’érythème,
l’oedème/induration/papule, le suintement/humidité/croûte,
l’excoriation, la desquamation, la lichénification évalués en quatre
points du corps (tête et cou, tronc, membres supérieurs, membres
inférieurs).
La cotation va de 0 à 3 en fonction de l’intensité de la
symptomatologie.
Le score clinique pour chaque signe est représenté
par la moyenne obtenue pour chaque paramètre clinique dans les
différentes zones corporelles étudiées.
Le score total pour les signes
cliniques est la somme des scores cliniques pour chacun des six
signes cliniques et du score du prurit (après conversion de l’échelle
analogique en un score en quatre points).
L’EASI est au total un
score combiné impliquant les signes individuels d’atopie, la surface
corporelle atteinte dans les quatre régions anatomiques.
Le score
maximal est de 72.
Enfin, la dernière échelle proposée et testée chez des enfants de 1 à
5 ans est le Nottingham Eczema Severity Score (NESS).
Ce score
relativement simple combine les signes cliniques observés dans les
12 derniers mois (durée d’évolution de la dermatose et intensité de
celle-ci en appréciant son retentissement sur le sommeil) et un
examen clinique unique appréciant le degré d’atteinte de la surface
corporelle.
Chacun des paramètres est coté de 1 à 5, permettant de
définir des DA minimes (3 à 8), des DA modérées (9 à 11) et des DA
sévères (12 à 15).
Tout système de cotation se heurte à la nécessité d’un certain
entraînement de l’opérateur.
Par ailleurs, interviennent des paramètres
comme la saison de l’évaluation, le choix du ou des sites choisis comme
étant les plus représentatifs, l’appartenance ethnique.
Enfin, des points
importants comme la qualité de vie, la durée et l’évolution de la DA
doivent être pris en compte car ils interviennent de façon indiscutable
dans la notion de sévérité de la maladie.
C - ÉCHELLES DE QUALITÉ DE VIE :
De plus en plus, et par phénomène de mode, sont élaborées des
échelles de qualité de vie adaptées plus ou moins spécifiquement à
la DA, dont toutes ne sont qu’imparfaitement validées et dont
l’intérêt pratique reste à définir.
Le but de ces échelles est d’étudier
l’impact de la maladie sur certaines activités quotidiennes du
patient, l’apport éventuel des nouvelles thérapeutiques de la DA.
Les principaux items pris en compte sont l’appréciation des signes
et symptômes de l’affection, de son retentissement sur le sommeil,
les activités quotidiennes, sociales et sportives, sur le travail scolaire
et l’exercice professionnel, sur les relations individuelles et
l’évaluation des problèmes posés par les traitements.
Nous ne citons
que quelques-unes de ces échelles.
– Le Dermatology Life Quality Index (DLQI) comprend dix items.
Il est adaptable aux patients présentant une dermatose mais sans
aucune spécificité pour la DA.
– Le Children’s Dermatology Life Quality Index (CDLQI) est plus
adapté aux enfants, mais non à ceux en âge préscolaire.
Il renferme
également 10 items.
L’Infant Dermatitis Quality Of Life Index (IDQOL) apprécie la
sévérité de l’eczéma, et grâce à dix items, l’impact de la DA sur le
sommeil, les activités de loisir, les activités familiales, les repas, la
façon de se vêtir...
Cette échelle est proposée chez des enfants de
moins de 4 ans.
Ces échelles sont essentiellement anglo-saxonnes et nous ne
disposons pas d’une échelle plus spécifiquement adaptée à notre
culture.
Évolution de la dermatite atopique :
A -
FACTEURS PRÉDICTIFS :
1- Histoire familiale :
La plupart des auteurs s’accordent sur le fait qu’une anamnèse
soigneuse à la recherche d’antécédents familiaux d’atopie constitue
le meilleur facteur prédictif.
C’est dans le chapitre consacré à la
génétique de la DA que sont plus amplement détaillées les études
étayant ce point.
2- Marqueurs biologiques
:
La recherche de marqueurs biologiques prédictifs de l’atopie est et
reste une préoccupation constante.
Cependant, cette quête est
aléatoire et peu satisfaisante.
En l’absence de marqueurs fiables, le
dépistage néonatal des enfants à risque ne peut se concevoir en
pratique courante.
* Immunoglobulines E totales dans le sang du cordon :
Le taux d’IgE totales dans le sang du cordon constitue une technique
spécifique (92 à 96 %) mais peu sensible (7 à 8 %).
Le taux est
influencé par la technique de prélèvement (aspiration ou gravité),
par la contamination par le sang maternel, par le moment de la
collecte (de préférence dans les 4 ou 5 premiers jours de vie).
Le
taux augmente lors du recueil du sang par gravité d’autant que le
prélèvement est fait tardivement dans la vie.
Pour Hide et al, le dosage des IgE totales dans
le sang du cordon est beaucoup moins sensible que l’histoire
familiale d’atopie.
* Immunoglobulines E totales sériques
:
Un taux élevé d’IgE totales dans les premiers mois de vie a une
faible valeur prédictive.
* Immunoglobulines E spécifiques :
La présence d’IgE spécifiques vis-à-vis d’allergènes alimentaires, en
particulier à l’oeuf, dans la première année de la vie pourrait avoir
une valeur prédictive sur l’apparition ultérieure de signes d’atopie,
DA en particulier, dans des cohortes à haut risque.
Pour Sigurs
et al, une maladie atopique apparaît avant 12-15 ans chez 82 %
des nourrissons ayant des anticorps dirigés contre le blanc d’oeuf, et
chez 71 % de ceux ayant un Phadiatopt positif.
* Éosinophilie sanguine :
Borres a mis en évidence que l’existence d’une hyperéosinophilie
à 3 mois était corrélée avec le développement dans les 18 mois
suivants de manifestations atopiques, et faiblement mais de façon
significative avec l’élévation des IgE totales dans le sang du cordon.
* Cytokines
:
Tang et al ont constaté que le taux d’interféron gamma (IFNc)
dans le sang du cordon était plus bas chez les enfants développant à
12 mois une DA, alors que le taux d’IgE totales n’était pas
significativement augmenté.
Martinez et al, dans une étude chez 159 enfants, ont mis en
évidence une corrélation inverse significative entre la production
d’interleukine (IL)2 et d’IFNc par les cellules mononucléées après
stimulation antigénique à l’âge de 9 mois, et la survenue à 6 mois
d’une hyperréactivité cutanée aux aéroallergènes.
Cette corrélation
n’est pas retrouvée avec la production d’IL2 et d’IFNc étudiée sur
cellules cordonales.
Par ailleurs, la production d’IL2 et d’IFNc à la
naissance et à 9 mois n’est corrélée ni avec la survenue de la DA
dans la première année de vie, ni avec le taux d’IgE totales étudié à
6 ans.
Ainsi, pour le moment, les analyses cytokiniques restent décevantes
et peu contributives.
* Acides gras polyinsaturés :
Galli et al ont trouvé que les taux d’acides gras polyinsaturés
(acide arachidonique, acide dihomogammalinolénique) et que le
rapport acide arachidonique/acide linoléique dans le sang du
cordon de nouveau-nés « à risque » étaient plus bas chez ceux
développant dans l’année une atopie que chez les non atopiques.
* Phosphodiestérase de l’acide adénosine monophosphorique
cyclique dans le sang du cordon
:
La phosphodiestérase (PDE) de l’acide adénosine
monophosphorique cyclique (AMPc) dans les monocytes du sang
du cordon est à un taux élevé lorsque le père ou la mère sont atopiques, et d’autant plus que les deux le sont, et ceci comparativement aux taux observés
chez les enfants nés de parents non atopiques.
Le suivi d’un nombre
limité de ces enfants avec taux élevé de PDE, et donc à « haut
risque », permet sur 6 à 18 mois de voir apparaître, dans la grande
majorité des cas, des signes cliniques d’atopie.
* Typage lymphocytaire
:
Le pourcentage de lymphocytes T circulants et l’analyse des souspopulations
lymphocytaires aussi bien dans le sang du cordon que
dans la première année de vie n’apparaissent pas corrélés au
développement ultérieur d’un statut d’atopique.
B - ÉVOLUTION :
Il reste très difficile d’apprécier sur le plan épidémiologique
l’évolution de la DA.
En 1980, Vickers, dans une étude prospective sur 2 000 enfants, fournit des
résultats relativement optimistes puisqu’il existe dans 90 % des cas
une guérison de la DA et un faible taux de récurrences.
La majorité
des enfants a fait l’objet d’un suivi de 5 à 10 ans, mais très peu à
long terme sur 15 à 20 ans (12,5 %).
En effet, la DA peut avoir tous
les profils évolutifs, comme l’a démontré Wütrich.
Il existe
des DA autolimitées dans le temps et régressant totalement à l’âge
de 2 à 5 ans ou à la puberté.
Certaines subissent une reprise
évolutive en période pubertaire et se pérennisent à l’âge adulte.
D’autres évoluent jusqu’à la puberté de façon continue pour
s’améliorer à ce moment-là.
Des DA débutent tardivement dans la
vie, soit en période pubertaire, soit à l’âge adulte.
Enfin, des DA
sévères évoluent de façon continue pendant toute la vie.
Chez la
femme, il n’est pas rare que la DA fluctue sous l’influence des
différents épisodes de la vie génitale (menstruation, grossesse,
ménopause).
Cependant, chez un même sujet, l’évolution est faite d’alternances poussées-rémissions soumises aux différents facteurs aggravants et
aux complications de la maladie.
C - FACTEURS PRONOSTIQUES :
1- Facteurs pronostiques cliniques
:
Parmi les facteurs de mauvais pronostic, certains sont consensuels
et retrouvés par tous les auteurs comme Vickers, Queille-Roussel et al et Rystedt.
La DA est de mauvais pronostic quand :
– il existe une hérédité atopique et qu’elle touche les deux parents ;
– la DA est sévère durant la petite enfance ;
– la DA s’accompagne de signes respiratoires, asthme en particulier ;
– la DA a une topographie inversée pour l’âge, c’est-à-dire qu’elle
touche chez le nourrisson les plis de flexion.
La DA pourrait avoir un moins bon pronostic :
– selon Vickers : quand elle est de survenue tardive, après 2 ans, la
structure familiale réduite à un seul enfant, et quand il existe une
allergie alimentaire ;
– selon Rystedt, quand elle est de survenue très précoce et que la
xérose cutanée persiste à l’âge adulte.
Des divergences existent quant à l’influence du sexe sur l’évolution.
Pour Vickers et Rystedt, les garçons ont un meilleur pronostic que
les filles.
Queille-Roussel et al constatent pour leur part que les filles
s’améliorent plus vite mais sans qu’il existe de différences vraiment
significatives.
L’eczéma de la main a pour Rystedt une forte prévalence (41 %) chez
les adultes ayant des antécédents d’atopie sévère dans l’enfance.
2- Facteurs pronostiques biologiques
:
Sur le plan biologique, outre l’éosinophilie et le taux des IgE totales,
divers paramètres à corréler avec la sévérité de la DA ont fait l’objet
d’investigations.
Les résultats sont plus ou moins probants et
divergents.
La protéine cationique de l’éosinophile (PCE) présente
un taux sérique corrélé à la sévérité de la DA et évolue parallèlement
à l’amélioration clinique.
De même, l’E sélectine soluble est
augmentée dans les DA sévères (mais aussi dans les eczémas
étendus).
Son taux diminue significativement après traitement.
Quant au taux du récepteur soluble sérique à l’IL2 (sIL2 R), les
résultats divergent quant à sa corrélation avec la sévérité de la
maladie.
Le taux plasmatique de thrombomoduline est corrélé
significativement aux scores cliniques de la DA, à l’éosinophilie et
aux taux de vascular cell adhesion molecule-1 (VCAM-1).
Les sujets avec DA sévère présenteraient un taux plasmatique élevé
de regulated upon activation normal T cells expressed and secreted
(RANTES), CC chémokine pour les éosinophiles. Une grande partie
serait libérée par les plaquettes.
Le taux plasmatique est corrélé de
façon significative à une diminution du taux d’IL10 plasmatique.
De
façon parallèle, en peau lésée, chez les sujets atopiques sévères, le
contenu de la peau en RANTES est dix fois plus important que chez
les malades présentant une DA minime. En peau apparemment
saine, le taux y est six fois supérieur.
D - DERMATITE ATOPIQUE-ASTHME-HYPERRÉACTIVITÉ
BRONCHIQUE
:
1- Asthme :
La question du risque asthmatique chez l’enfant atopique est
volontiers posée par les parents.
Pour y répondre, nous disposons
de quelques études mettant en évidence de façon certaine que ce
risque existe, et de façon importante.
Salob et Atherton, dans une enquête menée grâce à un
questionnaire adressé aux parents d’enfants atopiques âgés de 1 à
15 ans et appariés en fonction du sexe et de l’âge, ont pu définir les
points suivants :
– 85 % des DA ont au moins un signe respiratoire (sifflement, toux
nocturne ou matinale ou après un exercice), comparés aux 26 %
enregistrés chez les sujets contrôles ;
– la symptomatologie apparaît dans 50 % des cas avant 2 ans et
dans 80 % des cas avant 5 ans ;
– le diagnostic d’asthme est établi par un médecin chez 68 % des
DA, 6 % des contrôles et chez 87 % des DA présentant un sifflement.
Les principaux facteurs aggravants sont l’exercice, les changements
de température ambiante et le tabac.
Le tabac constitue un facteur de risque dans la survenue d’un
asthme.
Ainsi, les enfants avec des antécédents de DA ont plus
d’asthme si la mère fume que si elle ne fume pas, comme l’ont
démontré Murray et al, avec des pourcentages respectivement
de 79 % et 52 %.
Chez les enfants asthmatiques sans DA, il n’existe
pas de différence significative dans le pourcentage d’enfants atteints,
que la mère fume ou pas.
Les mêmes auteurs constatent que les
enfants de mère fumeuse ont un asthme plus sévère.
L’asthme n’est
pas plus sévère qu’il y ait ou non une DA.
L’étude chronologique DA-asthme montre que la DA est la première
manifestation précédant la survenue de l’asthme dans 100 % des
cas.
La sensibilisation aux PNA évaluée par des prick-tests cutanés est
rare chez l’enfant de moins de 1 an.
Elle est précédée par la
sensibilisation aux trophallergènes qui tend à décroître dans la petite
enfance, tandis que la sensibilisation aux PNA va en s’accroissant.
Parallèlement, les signes respiratoires (asthme et rhinite)
apparaissent.
Le risque de voir survenir des manifestations
respiratoires est d’autant plus important que la DA est sévère,
d’apparition précoce, que les IgE totales sont élevées, et qu’il existe
une sensibilisation aux trophallergènes.
Les mesures prophylactiques d’éviction allergénique telles que les
ont conduites Hide et al, ayant porté à la fois sur les aéroallergènes et sur les trophallergènes, semblent favorables, du
moins à court terme.
En effet, à 1 an, dans le groupe prophylactique,
il existe 7 % d’asthme et de DA, tandis que dans le groupe contrôle,
on constate 19 % d’asthme et de DA.
À 2 ans, dans les deux groupes,
l’asthme et la DA ont progressé en fréquence avec 15,5 % d’asthme
et 13,8 % de DA dans le groupe prophylactique et respectivement
27,4 % et 24,2 % dans le groupe contrôle.
Si à 1 an il est possible de
diminuer de façon significative le risque d’allergie globale, de DA et
d’asthme, à 2 ans, certes les manifestations allergiques sont plus
fréquentes dans le groupe contrôle, mais sans risque significatif pour
l’asthme.
Cependant, quel que soit l’organe cible, l’allergie est
moindre à 1 an et à 2 ans dans le groupe prophylactique (26 %
versus 48 % dans le groupe contrôle).
2- Hyperréactivité bronchique
:
Chez l’atopique atteint d’eczéma, l’hyperréactivité bronchique est
également fréquente, qu’elle soit recherchée par un test de
provocation à l’histamine ou un test à la métacholine.
En effet, Salob et al trouvent dans la DA sans asthme une
hyperréactivité bronchique dans 82 % des cas, alors qu’elle est de
16,7 % dans la population contrôle.
Les sujets asthmatiques ont une
hyperréactivité bronchique plus sévère que les sujets non
asthmatiques.
De même, Fabrizi et al, après avoir réalisé chez 57 sujets atteints de DA un test à
la métacholine, enregistrent dans 66,6 % des cas un test positif.
Chez
les malades avec un test positif, l’âge de début de la DA est plus
précoce.
L’amélioration cutanée ne s’accompagne pas d’une
modification de la réactivité bronchique.
L’hyperréactivité bronchique spécifique aux acariens est traitée dans
le chapitre consacré aux PNA.
Ces différents travaux démontrent le risque qui existe en cas de DA de
voir se développer un asthme ou une hyperréactivité bronchique non
spécifique justifiant ainsi la mise en place de mesures préventives et
d’information parentale.