D -
IMMUNODYSRÉGULATION
DE LA DERMATITE ATOPIQUE :
1-
Régulation de la synthèse des immunoglobulines E
:
La synthèse des IgE est régulée par les stimuli antigéniques (nature,
voie de pénétration), par des mécanismes de régulation identiques à
ceux des autres Ig, mais également par des mécanismes qui lui sont
propres.
Elle résulte d’une coopération entre lymphocytes B et T faisant
intervenir cytokines et interaction physique. Deux cytokines jouent
un rôle essentiel.
Il s’agit de l’IL4 et l’IL13.
Toutes deux sont produites par les lymphocytes CD4+ Th2.
Elles permettent le switch isotypique et l’expression de la
chaîne lourde e.
L’IL13 est deux à cinq fois moins puissante que l’IL4.
L’interaction physique entre lymphocytes B et T est
indispensable à la synthèse des IgE.
Elle est le fait du CD40L (ligand) exprimé par les lymphocytes T
et de la molécule CD40 exprimée de façon constitutionnelle par les
lymphocytes B.
Interviennent également le récepteur lymphocytaire T (TCR) et,
sur le lymphocyte B, le peptide antigénique et le système HLA de
classe II.
Les IgE produites sont alors spécifiques de l’allergène. Ainsi,
le lymphocyte B, activé par l’antigène et les lymphokines, exprime
très rapidement le récepteur de faible affinité pour les IgE (CD23).
Sous l’influence de l’IL4, du CD23 soluble, mais aussi de l’IL6
et du TNFa, le lymphocyte B activé se différencie en plasmocyte
sécréteur d’IgE.
La production d’IgE induite par l’IL4 est inhibée
essentiellement par l’IFNc.
Par ailleurs, Nasert et al ont identifié chez l’atopique, dans
le sang circulant, une augmentation de la population T CD45 RA
proportionnelle au taux d’IgE sériques totales.
Les cellules CD45 RA ont la capacité de produire de l’IL4, l’IL5
et de l’IFNc; d’exprimer le CD40L et de promouvoir la production d’IgE
et d’IgA dans un système de culture avec stimulation allergénique.
Alors que la stimulation via le complexe CD3-TCR a pour résultat
une conversion phénotypique CD45 RA en CD45 RO, l’adjonction d’IL4
prévient chez l’atopique l’acquisition d’un tel phénotype. Par ce
biais, l’IL4 stimule la production d’IgE en augmentant la population
CD45 RA dans le sang.
Au cours de la DA, il existe une augmentation d’expression de
B7-2 à la surface des lymphocytes B, à la différence de ce qui est
observé chez des sujets psoriasiques ou normaux.
En revanche, il n’existe pas de différence dans l’expression de
B7-1.
Le taux sérique d’IgE totales chez les sujets normaux et
atopiques est corrélé significativement à l’expression de B7-2 sur
les lymphocytes B. Ceci suggère un rôle de B7-2 dans la synthèse des
IgE.
L’utilisation d’anticorps monoclonaux anti-B7-2 permet de
diminuer la production d’IgE stimulée par l’IL4.
Les lymphocytes B B7-2 positifs expriment, par rapport aux
lymphocytes B B7-1 positifs de façon significativement plus
importante le CD 23 et l’IL4R.
2- Auto-immunité et dermatite atopique :
Une autoréactivité IgE est de plus en plus suggérée dans la
pathogénie de la DA.
Il existe une parenté moléculaire entre l’acide
désoxyribonucléique cyclique (ADNc) de certains antigènes
environnementaux et des protéines humaines endogènes.
Grâce à un immunoscreening IgE, cinq ADNc d’autoallergènes
correspondant à des protéines intracellulaires ont été clonés,
appelés Hom s. Hom s 1 est l’autoallergène le plus fréquemment
reconnu par les autoanticorps IgE.
Il est fortement exprimé dans la peau (épiderme principalement,
fibroblastes et cellules endothéliales dermiques plus
occasionnellement), et à un degré moindre au niveau des autres
tissus.
Au cours de la DA, il existe une autoréactivité IgE identifiée
essentiellement dans les formes sévères de DA et souvent
concomitante des poussées de celle-ci.
L’autoallergie est toujours précédée par une réactivité aux
allergènes environnementaux.
Les lésions tissulaires initiées par ces allergènes en
réactivité croisée avec les protéines endogènes constituent un
phénomène essentiel permettant la libération des autoantigènes.
Dans un environnement cytokinique Th2, cette libération stimule
la production par les lymphocytes B d’IgE de novo ou d’IgE en
réactivité croisée.
Le rôle de cette auto-immunité dans la pathogénie de la réaction
inflammatoire est probable.
Initiée par les antigènes de l’environnement, elle pourrait être
maintenue par les antigènes humains endogènes.
Les autoantigènes, en se liant aux mastocytes, contribueraient à
l’inflammation.
Ils interviendraient également dans la stimulation lymphocytaire
T chronique après activation des cellules de Langerhans et des
macrophages porteurs d’IgE.
Enfin, les autoanticorps IgE liés ou pas aux autoallergènes
pourraient circuler vers d’autres organes cibles présentant des
récepteurs aux IgE.
À côté de cette auto-immunité IgE, des autoanticorps IgG,
dirigés vis-à-vis d’autoantigènes nucléaires, semblent aussi
exister.
3- Lymphocytes T :
* « Skin homing » lymphocytaire :
L’étude de la physiologie du homing lymphocytaire révèle une
grande hétérogénéité dans la capacité des lymphocytes T mémoires à
venir se localiser dans les tissus lymphoïdes et extralymphoïdes.
Au niveau cutané, le CLA présent à la surface des lymphocytes
skinhoming joue un rôle essentiel dans la localisation à la peau des
lymphocytes T.
Le ligand du CLA est l’E sélectine présente à la surface des
cellules endothéliales, en peau inflammatoire.
Le CLA est exprimé par une sous-population de lymphocytes T
mémoires CD45 RO+ présents dans le sang périphérique et par presque
toutes les cellules de ce type au site de l’inflammation cutanée
chronique.
Son expression est régulée au moment de l’activation T par des
cytokines comme le transforming growth factor (TGF)b, l’IL6 et
l’IL12.
Le lien fonctionnel entre l’expression du CLA et la fonction
effectrice lymphocytaire T a pu être démontré dans la DA. Les
lymphocytes T allergènes spécifiques sont essentiellement présents
dans la population CLA+ .
En revanche, dans l’asthme, c’est dans la population T CLA- que
l’on trouve les lymphocytes T proliférant en présence d’allergènes.
Les lymphocytes T CLA+ montrent des signes d’activation
(expression du DR, de l’IL2 R).
Ils sécrètent spontanément de l’IL4, de l’L5 et de l’IL13, mais
pas d’IFNc.
Ils prolongent la survie des éosinophiles et induisent la
synthèse d’IgE.
En présence des superantigènes bactériens, le CLA est régulé de
manière IL12- dépendante.
Quant au CD30, son expression sur les cellules Th2 n’est pas
intrinsèque, mais induite par l’IL4 sur les lymphocytes CD4+ et
inhibée par l’IFNc.
D’autres cytokines impliquées dans la DA comme l’IL12 et
peut-être l’IL13 peuvent up-réguler le CD30.
Dans la DA, la présence de CD30 sur les lymphocytes T CLA+ n’est
pas le fait de tous les individus.
Ainsi, dans l’atopie, lorsque l’expression cutanée est au
premier plan, les lymphocytes T effecteurs associés à la maladie
sont principalement représentés par une sous-population mémoire CLA+.
* Lymphocytes du sang circulant :
L’analyse des lymphocytes du sang circulant montre au cours de
la DA une augmentation significative des cellules CD4+ exprimant
l’IL4 et l’IL13, et ce par rapport à des sujets sains. De façon
parallèle, on constate une diminution des cellules CD4+ productrices
d’IFNc.
Ces anomalies sont corrélées à l’éosinophilie sanguine. Les
populations CD8+/TNFa positives sont en revanche diminuées.
Ainsi, le profil lymphocytaire dans le sang circulant est de
type Th2 prédominant.
Les cellules circulantes exprimant le CLA sont surtout des
cellules CD4+.
Il existe parmi celles-ci une augmentation des cellules
produisant de l’IL4 et de l’IL13, et ce par rapport à des sujets
sains.
En revanche, les cellules produisant de l’IFNc sont
significativement diminuées.
Les cellules CLA+ produisant des cytokines Th2 sont donc
significativement augmentées au cours de la DA, tandis que celles
produisant des cytokines Th1 sont significativement diminuées.
* Lymphocytes in situ :
Les lymphocytes envahissant la peau lésée sont essentiellement
des lymphocytes Th2 capables de produire des cytokines comme l’IL4,
l’IL5, l’IL10 et l’IL13.
Il existe cependant une variation dans l’expression de ces
cytokines au cours de la réponse inflammatoire.
En peau normale non lésée, les atopiques ont une expression plus
importante de l’ARNm de l’IL4 et de l’IL13 par rapport à des sujets
normaux.
Les lésions aiguës ont un nombre significativement accru de
cellules positives pour l’ARNm de IL4, l’IL5 et l’IL13.
Elles présentent aussi une expression accrue de l’ARNm de
l’IL16, avec une corrélation entre le nombre de cellules CD4+ et le
nombre de cellules exprimant l’ARNm de l’IL16.
Dans les lésions chroniques, l’expression de l’ARNm de l’IL4,
l’IL5, l’lL13 et de l’IFNc est significativement augmentée par
rapport à une peau normale ou non lésée.
Par comparaison avec les lésions aiguës, les lésions chroniques
présentent peu de cellules exprimant l’ARNm de l’IL4 et de l’IL13,
mais un nombre accru de cellules exprimant l’ARNm de l’IL5 et de l’IFNc.
On se trouve donc devant une expression biphasique avec, dans
les lésions aiguës, des cellules produisant surtout de l’IL4 et de
l’IL13, tandis que dans les lésions chroniques, les cellules
produisent surtout de l’IL5 et de l’IFNc.
Dans les lésions aiguës, on trouve également plus de cellules
exprimant l’ARNm de l’IL13 (cytokine Th2) que dans les lésions
chroniques.
Quant à l’ARNm de l’IL12, cytokine monocytaire/macrophagique
stimulant la différenciation Th1, il est surtout exprimé dans les
lésions chroniques.
Les analyses de l’expression de l’ARNm des récepteurs
cytokiniques confortent ces données, avec une forte expression de
l’ARN du récepteur de l’IL4 dans les lésions aiguës et une
expression accrue de celui de l’IL5 dans les lésions chroniques.
Ainsi, dans les lésions aiguës et chroniques de DA, les
cytokines identifiées sont essentiellement de type Th2. Au cours de
l’inflammation aiguë, on constate une prédominance des cytokines
Th2.
La réaction inflammatoire chronique est dominée par une réponse
de type Th1 et associée à une expression accrue d’IFNc.
Le développement des lésions cutanées est étroitement lié à une
accumulation de lymphocytes ayant migré à partir du sang circulant.
Ce processus est dépendant de chémokines, de récepteurs aux
chémokines et des molécules d’adhésion. Les récepteurs aux
chémokines constituent désormais de bons marqueurs de surface des
populations lymphocytaires.
Les chémokines sont de petites protéines contrôlant les
migrations leucocytaires.
Elles sont classées en fonction de leur motif cystéinecystéine
et du nombre variable d’acides aminés disposés entre les résidus de
cystéine.
Quatre sous-groupes sont actuellement identifiés, appelés
chémokines CC, CXC, CX3C et C.
Les récepteurs aux chémokines sont subdivisés de la même manière
: CCR1-9, CXCR1-5, CX3CR1. Les cellules Th1 expriment CXCR3 et CCR5.
Les cellules Th2 expriment quant à elles CCR3, CCR4 et CCR8.
Il existe une association entre d’une part, l’expression de
CXCR3 et la production d’IFNc et d’autre part, l’expression de CCR4
et la production d’IL4.
L’éotaxine, chémokine agissant dans le recrutement des
éosinophiles, a pour ligand le CCR3, exprimé également par les
cellules Th2.
Elle constitue un puissant attractant pour les cellules Th2 et
contribue à l’infiltration sélective en sous-populations Th2 en peau
lésée et non lésée.
L’IL5, stimulée dans les lésions chroniques de DA, pourrait
augmenter l’expression du CCR3 sur les granulocytes et les
lymphocytes.
La chémokine thymus and activation regulated chemokine (TARC),
chémokine de 8 kDa, est l’objet de nombreux travaux dans la DA.
C’est le ligand fonctionnel de CCR4.
La TARC est exprimée de façon constitutionnelle au niveau du
thymus.
Elle est produite par les cellules dendritiques dérivées des
monocytes et par les cellules endothéliales.
Dans la peau atopique, la TARC est exprimée surtout dans
l’épiderme, et en particulier au niveau des kératinocytes basaux.
En peau non lésée, la TARC n’est pas exprimée.Une autre source
de TARC est représentée par les cellules endothéliales des veinules
de la peau inflammatoire.
Il existe une corrélation entre les taux sériques de TARC et la
sévérité de la DA, de même qu’avec les taux sériques de E sélectine
soluble et l’éosinophilie.
Les lymphocytes envahissant la peau atopique sont CCR4+, en
particulier dans les lésions chroniques.
Les lymphocytes T CD4+ CXCR3+ sont dans les lésions chroniques
de DA en nombre identique à celui des cellules CD4+ CCR4+.
Chez l’atopique, les cellules du sang circulant CLA+ expriment
CCR4 dans un pourcentage significativement plus important qu’une
population contrôle non atopique.
Chez les sujets atopiques, les cellules circulantes mémoires
CD45 RO+ CD4+ expriment plus CCR4 que les sujets normaux. Les
cellules CD45 RO+ CD4+ CXCR3+ sont diminuées dans les DA sévères.
La TARC, dont les agents inducteurs pourraient être l’IFNc et le
TNFa, constitue un signal chémoattractant puissant pour les cellules
circulantes CCR4+, contribue au skin homing lymphocytaire et à la
phase tardive de la réaction inflammatoire, participe à l’invasion
de la peau atopique par des cellules CCR4+, présentant un phénotype
Th2.
Les travaux de Nakatani suggèrent que les cellules Th1 migrent
aussi à partir du sang circulant et participent à la phase chronique
de l’inflammation.
Outre la TARC, d’autres chémokines interviennent, comme une CC
chémokine appelée cutaneous T-cell attracting chemokine, produite
par la peau, attirant une sous-population spécifique non encore
clairement identifiée de lymphocytes T mémoires CLA+ .
L’IL8 favorise également la migration transendothéliale des
cellules CLA+.
La macrophage inflammatory protein (MIP)3a constitue un
chémoattractant pour les lymphocytes CLA+ exprimant le CCR6.
* Régulation de la balance Th1-Th2 :
Il existe au cours de la DA une anomalie de la balance Th1-Th2.
Ces deux populations lymphocytaires sont à l’origine de cytokines
tendant à les autoamplifier ou à les inhiber.
Ces deux types de cellules dérivent de lymphocytes CD4+ Th0
exprimant l’ensemble des cytokines.
La différenciation en lymphocytes Th1 et Th2 dépend de
l’antigène (nature, concentration, voie d’administration), du
microenvironnement cytokinique et du type de cellules présentant
l’antigène. Nous développons dans ce paragraphe le rôle des
cytokines.
+ Cytokines lymphocytaires :
L’IL4 peut être produite par les lymphocytes T, les mastocytes
et les basophiles.
Au cours de la DA, ce sont essentiellement les lymphocytes Th2
qui sont pourvoyeurs d’IL4.
Les études concernant les mastocytes en tant que sources d’IL4
dans la DA demeurent contradictoires et les travaux récents de
Thepen semblent le minimiser.
L’IL4 favorise la différenciation des clones Th2. Son rôle est
essentiel et dominant dans le développement Th1-Th2.
Bien que l’IL12 stimule la différenciation Th1, l’IL4 peut
supplanter la stimulation de l’IL12 dans certaines conditions.
L’IL4 supprime les fonctions médiées par les Th1, bloquant la
production et l’action de l’IFNc et inhibant l’expression du
récepteur à l’IL2.
L’IL4 agit directement sur la production par les lymphocytes B
d’IgG 4 et d’IgE en costimulant la prolifération et en agissant sur
l’uprégulation du CD23, des antigènes du système HLA de classe II,
de l’IL4 R, du CD40, de l’IL2 Rb et du Thy 1.
L’IL4 intervient également au niveau du système macrophagique
(augmentation d’expression du CD23, stimulation des capacités de
présentation antigénique).
Enfin, au niveau endothélial, elle stimule l’expression de
VCAM-1 et diminue celle d’ICAM-1 et d’ELAM-1.
L’IL4 joue donc un rôle clé non seulement dans la balance
Th1-Th2, mais aussi sur les différents facteurs de la réaction
immunologique de la DA.
Un des points mystérieux reste l’origine de la production
initiale d’IL4.
Une population lymphocytaire T NK1.1+ peut très rapidement
produire de l’IL4 après un traitement in vivo avec un anti-CD3.
Cette population pourrait fournir une quantité suffisante d’IL4
pour initier le développement Th2. L’IL10 produite par les
lymphocytes Th2, les lymphocytes B, les monocytes et les
kératinocytes est un agent inhibiteur de la synthèse d’IFNc et
favorise donc la balance Th2.
L’IL13, synthétisée par les lymphocytes Th2, possède de
nombreuses activités biologiques communes à l’IL4.
Elle diminue la production d’IFNc et d’IL12.
Dans la DA extrinsèque, et non dans la forme intrinsèque, la
production et le contenu en IL13 des lymphocytes T issus de la peau
sont accrus.
L’IFNc favorise la différenciation lymphocytaire en cellules Th1
et inhibe les populations et réponses Th2.
Il est produit essentiellement par les lymphocytes CD4, et à un
moindre degré, par les cellules CD8+ et le système macrophagique/cellules
dendritiques.
+ Autres cytokines :
L’IL1, produite par les cellules de Langerhans, les monocytes,
les kératinocytes, intervient dans le développement des populations
Th2.
Cependant, les cytokines Th2 (IL4, IL10) constitueraient de
puissants inhibiteurs de la production d’IL1, à l’inverse des
cytokines Th1 (IFNc).
L’IL12, produite par le système monocytaire/macrophagique et les
lymphocytes B, est un agent inducteur puissant de la synthèse d’IFNc
et favorise le switch Th0-Th1.
L’IL16 est une cytokine produite par un grand nombre de cellules
(lymphocytes, éosinophiles, mastocytes, cellules épithéliales
respiratoires et peut-être kératinocytes).
C’est un puissant chémoattractant pour toutes les cellules
porteuses du CD4 (lymphocytes, éosinophiles). Elle intervient dans
l’expression du récepteur à l’IL2, du HLA-DR.
Elle exerce exclusivement chez l’atopique une action inhibitrice
sur l’IL5 et stimulatrice sur l’IFNc.
Les TNFa et b ont la même homologie structurale mais diffèrent
en certains points.
Le TNFa est produit par les macrophages, les cellules
natural-killer, les polynucléaires neutrophiles, les mastocytes et
certaines cellules tumorales.
Le TNFb est lui exprimé essentiellement par les lymphocytes.
Le TNFa induit des cytokines Th1.
Le TNFb stimule la production d’IFNc et diminue la production
d’IL5 et d’IL13.
TNFa et TNFb ont tous deux une production diminuée dans la DA.
Le TNFb diminue la production d’IgE totales.
C’est ainsi qu’un très grand nombre de cytokines interviennent
dans le développement et dans la balance Th1-Th2.
Outre cet environnement cytokinique, la costimulation
B7/CD28-CTLA4 semble jouer un rôle dans le développement de
l’hypersensibilité bronchique, et en particulier dans la réponse Th2
aux allergènes inhalés chez l’animal.
Il reste à démontrer, chez l’homme et dans la DA, l’intervention
de mécanismes régulateurs du même type.
4- Rôle des monocytes dans la dermatite atopique :
Le monocyte constitue une des cellules intervenant dans la
régulation de la balance Th1-Th2 en intervenant dans la production
cytokinique et/ou en intervenant dans la prolifération cellulaire.
* Production cytokinique :
La prostaglandine (PGE)2 monocytaire inhibe de façon
significative la production d’IFNc par les lymphocytes T en culture.
L’expression de l’ARNm de l’IL10 dans les biopsies cutanées de
peau atopique est augmentée. Les monocytes produisent de façon
accrue de l’IL10 au cours de la DA.
Ces cellules, plus que les lymphocytes, semblent être la source
principale d’IL10 dans la DA. L’IL10 est un agent inhibiteur de la
production d’IFNc par les lymphocytes Th1.
Les monocytes sont donc la source de deux agents inhibiteurs
puissants de la réponse Th1 en inhibant la production d’IFNc.
La stimulation par la PGE2 monocytaire de la production d’IL4
par les lymphocytes de sujets atopiques influence la réponse Th2.
La production d’IL4 est corrélée à la production spontanément
élevée de PGE2.
L’IL1 intervient dans le développement des populations Th2.
Dans la DA, il existe pour certains une diminution de la
production d’IL1 par les cellules mononucléées du sang périphérique,
et en particulier par les monocytes.
Cette réduction dans la production d’IL1 pourrait être une des
causes des capacités prolifératives réduites des lymphocytes T in
vitro.
En revanche, Thestrup-Pedersen trouve une augmentation de la
libération monocytaire d’IL1.
* Prolifération cellulaire :
Outre cette action par l’intermédiaire des cytokines, les
monocytes pourraient intervenir dans la prolifération cellulaire.
L’adjonction d’IFNc à une culture lymphocytaire T de sujets
atopiques normalise la prolifération stimulée par la PHA.
En revanche, l’IL4 réduit significativement dans les mêmes
conditions la prolifération cellulaire, rendant la différence avec
les capacités prolifératives des sujets normaux encore plus nette.
Ainsi, l’index de prolifération abaissé lors des cultures
lymphocytaires de DA pourrait être dû à une diminution de la
population Th1 avec une plus grande proportion de cellules Th2.
C’est donc par un double mécanisme que les monocytes
influenceraient la balance Th1-Th2.
Par ailleurs, les monocytes expriment à leur surface le CD23.
Ils ont également la capacité de produire des anions superoxydes,
du GMCSF, cytokine pro-inflammatoire.
Ils modulent avec les lymphocytes T la réponse proliférative
kératinocytaire via des cytokines et par ce biais l’activation de
ces cellules exprimant alors le HLA-DR, l’ICAM-1 et sécrétant des
cytokines pro-inflammatoires.
Le fonctionnement anormal des monocytes au cours de la DA
pourrait être, le fait soit de l’activation lymphocytaire T et de la
production de cytokines, soit d’un dérèglement de leurs activités
enzymatiques (PDE, adénylcyclase).
La composante monocytaire/macrophagique de l’infiltrat semble
être un des éléments clés de la modulation lymphocytaire T dans les
processus inflammatoires de la DA.
E - ANOMALIES BIOCHIMIQUES :
1- Nucléotides cycliques :
Les anomalies des nucléotides cycliques dans la DA peuvent
s’expliquer par une anomalie des bêta-récepteurs et/ou par un
déficit enzymatique, tous les deux ayant peut-être une origine
constitutionnelle.
* Théorie du blocage adrénergique :
Avancée par Sczentivanyi dans l’asthme, cette théorie fut
ensuite appliquée à la DA.
L’adrénaline et les catécholamines ont deux types de récepteurs
membranaires cellulaires a et b adrénergiques.
Le blocage partiel des b récepteurs entraînerait une diminution
de l’AMPc et une exacerbation des récepteurs cholinergiques avec
formation accrue de glutamyl monophosphate (GMP) cyclique et donc
stimulation de l’histamine-release.
Schallreuter et al ont identifié, alors que la densité des
récepteurs bêta2 est diminuée à la surface des kératinocytes et des
lymphocytes circulants, une mutation au niveau du chromosome 5
(q31-q32), générant une substitution de l’alanine pour l’acide
aspartique en position 119.
La réponse bêta2 adrénergique devient alors défectueuse.
* Théorie enzymatique :
L’AMPc est un très puissant régulateur des mécanismes de
fonctionnement cellulaire. Son action est ubiquitaire sur les
différentes cellules de l’inflammation (monocytes, lymphocytes B et
T, basophiles, éosinophiles).
Dans la DA, il existe une augmentation de l’activité PDE
agissant sur le catabolisme de l’AMPc en AMP.
Une telle anomalie est également retrouvée chez les sujets ayant
une allergie respiratoire.
L’activité de base de l’adénylcyclase transformant l’acide
adénosine triphosphate (ATP) en AMPc est élevée.
Les relations existant entre ces deux activités enzymatiques
restent peu claires.
Le monocyte constitue la principale source de PDE dans la
population des cellules mononucléées.
Il existe une isoenzyme de la PDE de type IV très spécifique et
très active, distincte des autres isoformes présentes dans les
lymphocytes et très sensible aux inhibiteurs de la PDE.
Une des conséquences de l’altération du fonctionnement de l’AMPc
est l’hyperproduction d’IL10 et de PGE2.
Les effets de cette hyperproduction de PGE2 et d’IL10 sur la
production de cytokines lymphocytaires et sur la balance Th1-Th2 ont
déjà été envisagés.
Cependant, certains auteurs ne constatent pas d’augmentation de
la production monocytaire de PGE2.
Les autres conséquences de l’augmentation de la PDE de l’AMPc
sont l’augmentation de la libération d’histamine par les basophiles,
la sécrétion accrue d’IgE par les lymphocytes B, la stimulation de
la chimiotaxie des éosinophiles par le PAF.
2- Acides gras essentiels :
Par analogie avec les acides aminés dits essentiels, certains
acides gras sont dits essentiels (AGE), car ils doivent être
apportés par l’alimentation. Ils ne sont synthétisables ni par
l’homme, ni par les animaux.
On distingue deux familles d’AGE insaturés. Celle de l’acide
linoléique C18 : 2 n-6 (famille n-6) comprend, parmi ses dérivés,
l’acide gammalinolénique, l’acide dihomogammalinolénique et l’acide
arachidonique.
La famille de l’acide a-linolénique C 18 : 3 n-3 (famille n-3)
et de l’acide eicosapentaénoïque présente un caractère essentiel
bien que discuté.
Les AGE sont des constituants de toutes les membranes
cellulaires en s’incorporant dans les phospholipides.
Ils ont un rôle majeur dans le fonctionnement des structures
membranaires : récepteurs, transporteurs, enzymes, messagers. Par
ailleurs, l’acide dihomogammalinolénique, l’acide arachidonique et
l’acide eicosapentaénoïque sont des précurseurs des eicosanoïdes
(PGE en particulier).
Dans le syndrome de carence en AGE chez le rat, on constate des
anomalies cutanées proches de celles rencontrées dans la DA.
Pour ces différentes raisons, dès 1937, grâce à Hansen,
l’attention s’est portée sur le métabolisme des AGE dans la DA.
Il a été mis en évidence une baisse de l’acide gammalinolénique,
de l’acide dihomogammalinolénique, de l’acide arachidonique et une
élévation du taux d’acide linoléique.
Le déficit en D6-désaturase, convertissant l’acide linoléique en
acide gammalinolénique, pourrait être la cause de cette anomalie
biochimique.
Cette carence en AGE expliquerait en partie les anomalies de
fonction de barrière cutanée, mais aussi les perturbations du
métabolisme des PGE et des leucotriènes dont ils sont les
précurseurs.
C’est par l’intermédiaire de ces métabolites que les AGE
interviennent dans la maturation lymphocytaire thymique T.
Les AGE constituent de puissants inhibiteurs de l’activation et
de la prolifération lymphocytaire T in vitro et agissent dans les
processus d’apoptose.
Il faut noter pourtant une totale dissociation entre les effets
des AGE in vitro et leur peu d’efficacité clinique.
Certains auteurs tendent à remettre en cause ce déficit en
D6-désaturase.
3- Eicosanoïdes :
Les eicosanoïdes peuvent intervenir dans la DA, tout comme ils
interviennent dans d’autres processus inflammatoires (psoriasis par
exemple).
Ces substances, dérivant de l’acide arachidonique, comprennent
les PGE et les leucotriènes.
Nous disposons de peu de travaux concernant ces substances.
Cependant, Ruzicka et al, en réalisant des bulles de succion,
ont mis en évidence une augmentation de la concentration en LTB4 en
peau lésée de sujets atopiques. Elle n’est pas retrouvée en peau non
lésée.
Par une analyse in situ sur fragment biopsique des
concentrations d’eicosanoïdes, il est retrouvé une concentration de
PGE2, de LTB4 élevée en peau lésionnelle et périlésionnelle, non
observée en peau non lésée.
Les taux obtenus correspondent à des concentrations
biologiquement actives.
Les concentrations de 12-HETE et 15-HETE sont également
importantes mais on ne peut conclure pour autant qu’elles soient à
un niveau d’activité biologique.
L’analyse des surnageants leucocytaires montre une sécrétion
spontanée de LTC4 chez l’atopique, non retrouvée chez le sujet sain.
Les sécrétions de LTB4, de LTC4 et de PGE2 sont stimulables par
le C5a, les anti-IgE et les ionophores calciques de façon variable.
Sur le plan biochimique, Ikai a pu démontrer une augmentation de
l’activité LTA4 hydrolase dans les surnageants leucocytaires de DA.
Cette enzyme est un facteur limitant de la synthèse de LTB4 à
partir de LTA4.
Son activité dans les polynucléaires est le reflet de l’atteinte
cutanée.
Ainsi, dans la DA, existe-t-il de façon non spécifique une
libération accrue de médiateurs de l’inflammation contribuant au
processus de chimiotaxie cellulaire et d’augmentation de la
perméabilité vasculaire.
F - ALTÉRATIONS NEUROCUTANÉES :
1- Neuromédiateurs et dermatite atopique :
* Mise en évidence des neuromédiateurs :
Les études immunohistochimiques concernant les neuropeptides
dans la peau atopique donnent des résultats variables où il importe
de tenir compte de l’âge du sujet, du site biopsié, de l’analyse
comparative faite entre peau lésée et peau non lésée et entre sujet
atopique et sujet non atopique.
Il existe une augmentation de la densité en fibres nerveuses
dans le derme de l’atopique, avec une pénétration dans l’épiderme
des terminaisons nerveuses libres plus marquée en peau lésée.
L’immunoréactivité vis-à-vis de la substance P se situe dans le
derme papillaire, en connexion étroite avec la jonction
dermoépidermique (JDE).
Chez certains atopiques, les fibres nerveuses substance P
positives émettent des prolongements intraépidermiques.
Chez le sujet normal, on ne trouve qu’exceptionnellement des
fibres nerveuses substance P positives.
Le calcitonin gene related peptide (CGRP) marque, chez l’atopique,
des fibres nerveuses du derme papillaire situées à proximité de la
JDE.
Quelques terminaisons nerveuses sont libres dans l’épiderme
lésé.
Des CDE immunoréactives pour le CGRP sont identifiées en peau
lésée. Les structures nerveuses immunoréactives pour la
somatostatine sont absentes de la peau atopique, alors qu’elles sont
détectées dans une peau normale autour des vaisseaux du derme
superficiel.
De profonds remaniements dans la distribution dermique et
épidermique des cellules immunoréactives pour la somatostatine ont
été décrits avec sept modèles différents de distribution.
Les fibres nerveuses marquées par le neuropeptide Y (NPY) sont
présentes autour des glandes et des vaisseaux.
Il n’existe pas de variation dans l’intensité du marquage par
rapport à des sujets normaux. Pincelli et al ont identifié la
présence de CDE immunoréactives pour NPY.
En ce qui concerne le vaso-intestinal peptide (VIP), Ostlere et
al et Pincelli et al ne trouvent pas de différence dans le marquage
pour cette substance (autour des vaisseaux et des glandes) en peau
lésée et non lésée d’atopiques, ainsi qu’en peau de non-atopiques.
Ostlere et al ont par ailleurs mis en évidence que les fibres
nerveuses acétylcholinestérase positives étaient plus nombreuses
autour des glandes sudorales en peau non lésée d’atopiques que chez
les non-atopiques.
Mais surtout, en peau lésée, il existe une diminution nette de
ces fibres, suggérant des lésions nerveuses secondaires au processus
inflammatoire.
Des cellules dendritiques épidermiques, en peau lésée d’atopiques,
sont immunoréactives pour la cholécystokinine et le
peptide-histidineisoleucine amide (PHI).
La régulation de l’innervation de la peau est sous l’influence
de facteurs neurotrophiques.
La neurotrophine 4, et non la neurotrophine 3, est une
neurotrophine dérivée des kératinocytes, dont l’expression
épidermique est fortement stimulée par l’IFNc. Dans la DA, il existe
une forte expression de neurotrophine 4 qui pourrait trouver son
explication dans la surexpression d’IFNc en peau lésionnelle
atopique.
Ainsi, la neurotrophine 4 serait un des médiateurs faisant le
lien entre système nerveux et système immun et participerait au
cercle vicieux du prurit et de l’inflammation cutanée.
* Quantification des neuromédiateurs :
Nous disposons de très peu d’études ayant porté sur une
quantification des neuropeptides dans la peau ou le sérum. Gianetti
et al, par des techniques radio-immunologiques, ont évalué les
contenus en VIP et en substance P de la peau atopique.
Ainsi, les taux de VIP sont significativement plus élevés en
peau lésée d’atopiques et les taux de substance P significativement
plus bas que chez des sujets sains.
Il est impossible de déterminer si la substance P fait l’objet
d’un déficit dans sa synthèse ou d’un excès dans son catabolisme.
Il pourrait aussi exister une anomalie de la balance
VIP-substance P avec des conséquences sur la modulation de la DA.
Glinski et al ont constaté pour leur part une augmentation de la
concentration en bêta-endorphines dans le sérum des atopiques.
Le taux est d’autant plus important que la DA est sévère,
qu’elle est étendue (supérieure à 20 % de la surface corporelle) et
qu’il existe des antécédents d’asthme.
Ces bêta-endorphines peuvent résulter, soit de la stimulation
secondaire à un stress de l’axe pituitosurrénalien, soit de la
production cutanée de bêta-endorphines relarguées dans le sang.
* Conséquences :
Au niveau de la peau, la grande majorité des fibres nerveuses
sont des fibres C non myélinisées, riches en substance P à la fois
sensitives et appartenant au système nerveux autonome.
Ces fibres constituent un réseau complexe s’étendant du tissu
sous-cutané jusqu’à l’épiderme, plus particulièrement dense dans le
derme papillaire et sous-papillaire.
Le meilleur modèle connu de l’inflammation neurogène est le
réflexe d’axone où l’activation des nocicepteurs génère une
stimulation antidromique des branches périphériques collatérales
d’un seul neurone et donc la libération de neuropeptides par les
terminaisons nerveuses.
Dans la peau, les neuropeptides ont des effets vasodilatateurs,
mais aussi modulateurs sur la phase cellulaire de l’inflammation
cutanée.
Au cours de la DA, on constate le plus souvent par rapport à des
populations contrôles une diminution des réactions de vasodilatation
et d’oedème après injection intradermique de substance P, de CGRP,
de neurokinine A, de neurotensine. De telles observations sont
également faites avec l’histamine, la codéine et la trypsine.
En revanche, certains constatent des réactions oedémateuses avec
la substance P et l’histamine plus importantes chez les atopiques
tandis que la vasodilatation est identique chez les atopiques et les
nonatopiques avec ces deux substances.
Avec le VIP, il n’existe pas de diminution nette des réactions
inflammatoires.
La substance P, au cours du processus inflammatoire, agit sur
les mastocytes par l’intermédiaire ou non de l’histamine (récepteurs
de faible affinité et spécifiques), mais aussi sur les cellules
endothéliales (récepteurs spécifiques à la substance P).
Les raisons de la diminution des réponses de vasodilatation et
d’oedème aux neuropeptides (et à l’histamine) restent inconnues.
On a pu supposer des phénomènes de tolérance et de
tachyphylaxie.
Cependant, il pourrait exister également une défaillance dans la
conduction nerveuse, un déséquilibre dans les neuropeptides libérés,
une diminution de la réponse à ces substances par défaillance des
récepteurs.
Outre ce rôle important dans l’inflammation, la substance P agit
sur les macrophages, les lymphocytes B et T.
En particulier, elle pourrait stimuler la prolifération des
lymphocytes T activés par un mitogène.
À l’opposé, le VIP, dont la concentration est augmentée dans la
peau, a un effet inhibiteur sur la prolifération lymphocytaire.
2- Prurit et dermatite atopique :
Le prurit constitue un des signes majeurs de la DA.
L’étude expérimentale du prurit fait appel à des stimuli variés.
En fonction de la substance utilisée, la réponse de l’atopique
peut différer.
Ainsi, avec la trypsine, le seuil de déclenchement est abaissé
ou la réponse est plus prolongée.
Avec la laine, le prurit est plus intense que chez les sujets
normaux.
Il est perçu comme tel de façon « pure » et sans sensation de
picotements associés.
Son mécanisme reste cependant mal connu, de même que les
médiateurs impliqués.
Ce sont les fibres C qui sont riches en substance P et
tachykinines qui assurent la transmission du prurit (mais aussi de
la douleur).
Les médiateurs en cause ont fait l’objet de nombreuses
discussions, et en premier lieu l’histamine.
Il apparaît actuellement qu’il ne s’agit pas du médiateur
principal.
L’histamine, même à des concentrations importantes, génère un
prurit moins intense chez l’atopique que chez les sujets sains.
Par ailleurs, c’est souvent plus une sensation de brûlure qu’un
prurit qui est ressenti par les atopiques.
Heyer constate l’incapacité des atopiques à distinguer un
stimulus fort d’un stimulus faible avec l’histamine, ce que Wahlgren
et al ne confirment pas.
La zone d’allokinésie (zone d’hyperesthésie cutanée où le prurit
est déclenché par des stimuli mécaniques minimes) apparaît chez l’atopique
après excitation par l’histamine réduite, voire absente.
Ainsi, pour Heyer et al, les réponses amoindries du système
nerveux périphérique à l’histamine ne sont pas compensées à
l’échelon central.
Par des techniques de microdialyse cutanée, Rukwied et al ont
démontré que le prurit induit par des agents dégranulants tels le
48/80 n’est que peu influencé chez l’atopique par la coperfusion
avec des antihistaminiques anti-H1, à l’inverse de ce qui est
observé chez le sujet normal où il est totalement aboli.
Parmi les différents neuropeptides étudiés, seule la substance P
a pu induire un prurit sans qu’il y ait de différence nette entre
les atopiques et les non-atopiques.
Pour Heyer et al, le prurit débute plus tardivement chez l’atopique
et en fonction des concentrations de substance P utilisée, la
réponse est plus faible.
Chez quelques sujets, la neurotensine génère un prurit, mais
seulement lorsque de fortes concentrations sont utilisées.
L’acétylcholine entraîne chez l’atopique, après injection
intradermique, très précocement, un mélange de brûlure et de prurit,
puis un prurit « pur » après 4 à 5 minutes.
Dans les populations contrôles, on n’enregistre pas de prurit,
mais uniquement une sensation de brûlure.
Ainsi, l’acétylcholine pourrait constituer un des médiateurs du
prurit dans l’atopie.
Cremer et al ont quant à eux constaté chez l’atopique que le
surnageant de ses propres cellules mononucléées, ainsi que les
lysats cellulaires pouvaient, lors d’injections intradermiques,
entraîner chez 50 % des sujets une réaction oedémateuse parfois
prurigineuse.
La nature des substances intervenant dans cette réaction n’est
pas connue.
En fait, il ne semble pas que le prurit expérimental soit
corrélé au prurit clinique, au score de la DA ou au taux d’IgE
totales.
L’histamine n’apparaît pas comme le médiateur du prurit de l’atopie.
Les progrès dans la connaissance des neuropeptides devraient
permettre une meilleure approche dans la compréhension de ce signe
majeur de la DA.
À côté de l’atteinte du système nerveux périphérique, il est
vraisemblable qu’une altération du système nerveux central existe
dans ces accès non contrôlables du prurit de l’atopique.
Diagnostic différentiel :
A - CHEZ LE NOURRISSON :
– Dermite séborrhéique.
Elle débute chez le nourrisson précocement dans les 2 à 3
premiers mois de vie et réalise, au niveau du cuir chevelu et de la
face (région médiofaciale), des plis rétroauriculaires et antérieurs
du cou, des placards érythémateux avec des squames épaisses et
jaunâtres.
La région périnéofessière est également un site électif de la
dermite séborrhéique bipolaire, avec un aspect érythémateux
vernissé, exsudatif.
Au niveau du tronc, l’ombilic, les plis axillaires et les plis
inguinaux sont souvent touchés. Des médaillons érythématosquameux
plus ou moins nombreux peuvent se répartir à distance.
Le prurit est discret, voire inexistant.
L’évolution est résolutive en quelques semaines ou mois.
Dans quelques cas, l’atteinte extensive de la dermite
séborrhéique réalise le tableau d’érythrodermie desquamative de
Leiner-Moussous.
DA et dermite séborrhéique posent un problème de diagnostic
différentiel chez le nourrisson.
C’est souvent l’étude des facteurs de risque (antécédents
familiaux en particulier) et la seule évolution qui permettent de
trancher, de même qu’entre dermite séborrhéique et psoriasis.
– Gale profuse.
– Histiocytose langerhansienne avec ses lésions trompeuses du
cuir chevelu, des plis, du tronc, volontiers polymorphes,
érythématopapuleuses, purpuriques, associées à des adénopathies et à
une organomégalie, donnant plus le change avec une dermite
séborrhéique qu’une DA.
B - CHEZ L’ADULTE :
– Eczéma de contact parfois venu se surajouter à la DA, ainsi
qu’un eczéma par réactogènes internes.
– Hématodermie.
– Toxidermie.
Traitement :
A - LUTTE CONTRE LE PRURIT :
1- Mesures préventives :
Elles reposent sur l’éviction des agents irritants pour la peau.
Elles consistent dans le port de vêtements amples en coton, la
suppression des détergents, la nécessité d’une toilette corporelle
avec des pains dermatologiques et des savons surgras, le maintien
d’une température ambiante fraîche et d’une atmosphère pas trop
sèche.
Les bains sont nécessaires, ni trop chauds, ni trop longs, à
raison d’un par jour.
Le recours à des moufles protectrices pour les mains est parfois
nécessaire quand le prurit est trop intense.
2- Traitement de la peau sèche :
Il est indispensable, souvent fastidieux et coûteux.
Il fait appel aux émollients, visant à reconstituer le film
hydrolipidique de la peau et dont le marché est largement pourvu.
En ce qui concerne les AGE, les principales sources en sont les
huiles végétales.
L’acide linoléique est retrouvé dans l’huile de carthame,
d’onagre, de noix et de tournesol. Par ailleurs, le lait maternel
contient plus que le lait de vache les produits de la D6-désaturase.
Les AGE sont utilisés sous forme de topiques mais aussi de
capsules conditionnées ou de gouttes.
Les résultats sont divergents quant au bénéfice réel de l’huile
d’onagre (evening primrose oil) sous forme de capsules riches en
acide linoléique (70 à 74 %) et en acide gammalinolénique (8 à 9 %).
Pour certains, elle permet d’obtenir un effet bénéfique, pour
d’autres, aucun effet significatif n’est observé.
Les suppléments diététiques à base d’AGE de la lignée n-3 (huile
de poisson riche en acide eicosapentaénoïque) n’apportent pas de
bénéfice par rapport à un traitement à base d’huile de maïs, faisant
suggérer aux auteurs de cette étude multicentrique en double aveugle
un effet placebo.
Cependant, il importe de mentionner que l’huile utilisée à titre
comparatif contient près de 60 % d’acide linoléique.
3- Dermocorticoïdes :
Les dermocorticoïdes constituent un des éléments clés de la
lutte contre l’inflammation cutanée et interviennent également dans
la lutte antistaphylococcique.
Ils sont indispensables lorsque le sujet est en poussée.
La forme galénique doit être adaptée au type d’eczéma. Le choix
se porte sur une corticothérapie forte (classe II) plus que sur une
corticothérapie moyenne ou faible, et ce pour obtenir un effet
immédiat et rapide.
Le visage et le siège sont de préférence épargnés par les
dermocorticoïdes, de même que l’application sur toute la surface
corporelle.
Cependant, en cas de poussées sévères au niveau du visage, le
recours à des dermocorticoïdes non fluorés peut être utile.
L’occlusion n’est pas souhaitable.
Certains auteurs ont utilisé les dermocorticoïdes (propionate de
clobétasol) sous occlusion (hydrocolloïdes) lors de lésions
chroniques et résistantes avec un succès rapide en 8 à 15 jours.
Cette étude a été menée en ouvert chez des patients n’ayant pas
répondu à un traitement par un dermocorticoïde moyen ou fort
classique.
L’occlusion humide est parfois préconisée.
Il importe d’alterner dans le temps émollients et
dermocorticoïdes lors du sevrage.
Il est demandé aux parents, en particulier lorsqu’il s’agit
d’enfants, de noter les jours d’utilisation des dermocorticoïdes sur
un calendrier, le nombre de tubes consommés, voire en cas de forte
compliance, de ramener les tubes.
L’utilisation abusive et répétée de dermocorticoïdes peut
conduire à une sensibilisation que l’on évoque devant une
résistance, une aggravation de la DA pendant leur prescription.
L’effet systémique des dermocorticoïdes dépend de la puissance
de ceux-ci, de l’excipient, de l’état de la peau et de la durée du
traitement.
La freination de l’axe corticotrope survient surtout en cas
d’utilisation de dermocorticoïdes puissants ou lorsque les
dermocorticoïdes sont utilisés en plus d’une corticothérapie
systémique, quelle que soit sa forme d’administration (per os,
inhalation, voie nasale...).
L’atrophie cutanée, les vergetures, surviennent lors de
traitements prolongés.
Quant au retentissement sur la densité osseuse, des analyses
menées chez des adultes atopiques ayant utilisé pendant de
nombreuses années des dermocorticoïdes et ayant parfois été soumis à
une corticothérapie générale ou par inhalation ne montrent pas de
différence nette avec celles de sujets normaux.
En revanche, les atopiques sévères chez qui le recours à des
dermocorticoïdes puissants a été nécessaire dans l’année précédant
la réalisation de l’absorptiométrie ont une densité osseuse lombaire
plus basse que celle des autres atopiques.
Les dermocorticoïdes calment l’inflammation cutanée et le prurit
mais n’agissent pas sur le taux sérique d’IgE totales.
4- Antihistaminiques et dermatite atopique :
Les travaux sur l’efficacité des antihistaminiques (AH) dans le
prurit de la DA sont loin d’être concluants et sont souvent
contradictoires. Les nouveaux AH combinent volontiers à leur action
classique antagoniste des médiateurs de l’allergie au niveau des
sites récepteurs, une inhibition de la libération des médiateurs,
voire une inhibition de la migration des cellules inflammatoires
comme les éosinophiles.
Les AH1 de nouvelle génération sont, dans la règle, dotés de peu
d’effets secondaires et sont peu sédatifs.
Ils sont plus compatibles avec les activités des malades que les
AH1 classiques.
Ils sont prescrits en fonction de leur tolérance et de leur
éventuelle efficacité, mais comme dans bien d’autres circonstances
pathologiques, il semble exister des bons et des mauvais répondeurs.
Il est possible de combiner les AH1 en fonction de leur
mécanisme d’action, de les prescrire en cures de plusieurs mois (3 à
4 mois).
Il est souhaitable de ne pas utiliser d’AH1 de la classe des
phénothiazines (prométhazine, méquitazine) en période
d’ensoleillement, vu le risque de photosensibilisation.
Leur efficacité souvent décevante apporte un argument
supplémentaire au rôle mineur de l’histamine dans le prurit de la
DA.
Il faut également souligner l’intérêt éventuel du kétotifène,
prescrit pendant 1 an dans la prévention de l’asthme chez des
enfants atteints de DA âgés de 1 à 36 mois, n’ayant aucune
symptomatologie respiratoire lors de l’entrée dans l’étude, menée
versus placebo.
Basée sur le même principe, une étude internationale, l’Early
Treatment of the Atopic Child (ETAC), conduite en double aveugle
versus placebo, cherche à démontrer le rôle préventif de la
cétirizine dans l’asthme lors de l’administration chez des
nourrissons à haut risque.
En cas de DA avec allergie alimentaire, le cromoglycate
disodique, stabilisateur des membranes des mastocytes et des
basophiles, pourrait prévenir des poussées de la dermatose, en
particulier lorsque l’éviction d’un allergène très ubiquitaire est
rendue difficile.
De même, le kétotifène pourrait avoir un intérêt en cas
d’allergie alimentaire associée à la DA, en particulier lorsque
l’éviction risque d’être prise en défaut.
Mais les mesures diététiques restent de toute manière
primordiales.
5- Doxépine :
Les antidépresseurs tricycliques sont de puissants inhibiteurs
des récepteurs H1 et H2 de l’histamine, et surtout la doxépine, 775
fois plus active que la diphénhydramine et 56 fois plus que l’hydroxyzine
en tant qu’antagoniste H1.
L’utilisation de la doxépine sous forme de crème à 5 % a permis
à Drake et au groupe de travail sur la doxépine, dans une étude en
double aveugle versus placebo, menée seulement sur 7 jours chez 270
atopiques, de constater une diminution nette du prurit grâce à la
doxépine dès la 24e heure.
Les effets secondaires à type d’irritation cutanée (picotements,
brûlures), d’allergie de contact, limitent son intérêt chez l’atopique.
Par ailleurs, une somnolence transitoire modérée peut survenir.
B - TRAITEMENT DE L’INFECTION :
1- Microbienne :
La lutte contre le staphylocoque doré est indispensable. Les
antiseptiques doivent être actifs sur Staphylococcus aureus et leur
tolérance bonne.
On peut employer les antiseptiques lors de bains tièdes et/ou
d’applications locales en ayant recours à des solutions aqueuses ou
moussantes.
Il ne faut pas utiliser de solutions trop détergentes (dilution
des antiseptiques).
Il importe de combiner antiseptiques et émollients.
De façon simultanée, on n’emploie pas de savons.
Enfin, il est souhaitable d’alterner les antiseptiques pour
éviter les sélections bactériennes.
Les antibiotiques locaux comme l’acide fusidique ont un intérêt
en cas d’infection localisée superficielle et dans le traitement des
gîtes microbiens.
Il ne faut pas en abuser pour éviter la survenue de résistances
et une sensibilisation de contact.
La mupirocine permet de diminuer de façon significative la
colonisation staphylococcique en peau lésée et d’entraîner
parallèlement une amélioration clinique.
Cependant, la
recolonisation bactérienne est rapide après la fin du traitement, mais
elle ne s’accompagne pas de façon concomitante d’une détérioration
clinique.
L’antibiothérapie générale ne doit pas être systématique.
Elle doit être
utilisée en cas d’impétiginisation sévère, d’impétigo bulleux, de
folliculite, de pustules superficielles profuses.
Cependant, le rôle des toxines bactériennes dans la stimulation
immunitaire devrait peut-être nous engager à modifier cette attitude
thérapeutique et à utiliser un traitement antimicrobien, au moins
chez un sous-groupe de patients, indépendamment de signes
cliniques patents d’infection.
Les corticoïdes locaux permettent une diminution nette de la densité
en Staphylococcus aureus, parallèlement à l’amélioration clinique.
Ce résultat a pu être vérifié lors d’études en ouvert et en double
aveugle.
Cet effet est obtenu, que le contrôle soit l’antibiothérapie
par voie générale (pristinamycine) ou le simple excipient.
Les dermocorticoïdes puissants tels le propionate de clobétasol
améliorent l’eczéma et réduisent la charge staphylococcique
beaucoup plus efficacement que les dermocorticoïdes de classe
inférieure.
2- Virale :
La gravité de l’infection virale chez l’atopique justifie des mesures
préventives : absence de contact direct avec une personne en
poussée d’herpès labial, protecteur solaire labial en cas de forte
exposition ou de photothérapie.
La corticothérapie locale est
systématiquement arrêtée en cas d’infection herpétique patente.
Les
primo-infections herpétiques graves sont traitées par de l’aciclovir
per os, voire du valaciclovir sous réserve de l’autorisation de mise
sur le marché (AMM).
En revanche, le syndrome de Kaposi-Juliusberg requiert la prescription d’aciclovir par voie intraveineuse
à fortes doses pendant au moins 7 jours, associée à une
antibiothérapie générale antistaphylococcique et à une antisepsie
rigoureuse.
3-
Mycosique
:
La lutte contre Pityrosporum orbiculare repose sur les imidazolés dont
le kétoconazole en topiques (crème, sachet moussant) ou per os à
raison de 200 mg/j.
C -
TRAITEMENTS D’EXCEPTION :
1-
Immunosuppresseurs et immunomodulateurs :
*
Facteurs thymiques
:
Les hormones thymiques peuvent moduler les anomalies
immunologiques de la DA.
Deux facteurs thymiques, la thymostimuline (TP1), mélange polypeptidique extrait de thymus
de veau, et la thymopentine (TP5), séquence active pentapeptidique
synthétique de la thymopoïétine, ont été essayées dans la DA sévère.
La thymostimuline, administrée versus placebo à 29 adolescents
ou adultes jeunes sous forme de deux injections intramusculaires
par semaine pendant 10 semaines, à la dose de 1,5 mg/kg, permet
une amélioration du score clinique à 3 mois.
Cependant, cet effet
positif n’est pas maintenu à long terme (6 mois et 1 an).
Les
paramètres immunologiques ne sont pas modifiés.
Une grande
réserve est à apporter à un tel traitement étant donné son origine
animale.
La thymopentine améliore le prurit et l’érythème d’enfants
atopiques sévères traités par trois injections sous-cutanées par
semaine de 50 mg de TP5 pendant 6 semaines, et ce dès la troisième
semaine, mais les rechutes surviennent précocement à l’arrêt, dans
un délai de 4 semaines.
Cet effet favorable est confirmé par Stiller et
al dans une étude en double aveugle versus placebo conduite
chez des adultes selon les mêmes modalités, pendant 12 semaines.
L’amélioration n’a rien de spectaculaire.
L’avantage de TP5 réside
dans son éventuelle innocuité par rapport à celle d’autres immunomodulateurs.
*
Interférons
:
L’IFNa a d’abord été utilisé avec succès dans le syndrome hyper-IgE, puis essayé dans la DA sévère à raison de 3 x 106 UI trois fois
par semaine pendant 6 à 12 semaines.
Les résultats sont très
variables, allant de l’échec total à une amélioration relative avec un
effet rebond à l’arrêt.
L’IFNc a, dans un premier temps, été utilisé sur une période de
12 semaines au cours d’une étude en double aveugle versus placebo
afin de tester son efficacité dans les DA sévères s’accompagnant
d’une hyperproduction sérique d’IgE, à des doses de 50 à
100 µg/m2/j en injection sous-cutanée tous les jours ou deux à trois
fois par semaine.
Les résultats se traduisaient par une amélioration significative sous IFNc chez près d’un patient sur deux, d’autant meilleure que le sujet
était jeune, mais aussi par des rechutes rapides (4 à 7 jours après
l’arrêt).
Un petit nombre de malades a dans un deuxième temps été
inclus dans un protocole, en ouvert, d’injections quotidiennes à la
posologie de 50 µg/m2 pendant 1 à 2 ans.
Le prurit diminue
rapidement, dans la première semaine. Non seulement la DA, mais
aussi les autres manifestations de l’atopie (blépharite, conjonctivite)
s’améliorent.
L’efficacité clinique significative à la fin de la première
année se maintient en plateau à 2 ans.
Il existe une réduction significative du taux des éosinophiles avec
une corrélation entre le chiffre des éosinophiles et l’amélioration
clinique.
En revanche, les IgE sériques totales et spécifiques ne
diminuent pas ou augmentent de façon paradoxale.
Les effets secondaires sont fréquents (30 à 60 % des sujets) et
classiques.
L’IFNc n’a pas d’AMM dans cette indication.
C’est un produit
coûteux dont le mécanisme d’action dans la DA n’est pas élucidé.
*
Ciclosporine :
La ciclosporine est un agent immunosuppresseur puissant utilisé en
dermatologie dans des affections inflammatoires cutanées
impliquant le système immunitaire lymphocytaire T, comme le
psoriasis, mais également la DA.
Son utilisation par voie locale s’est heurtée de façon évidente à un
problème de formulation et d’excipient afin d’obtenir un produit
efficace, bien toléré, sans action systémique.
Pratiquement
abandonnée, c’est la ciclosporine per os qui est désormais employée.
De nombreuses études en ouvert mais aussi en double aveugle
versus placebo ont permis de démontrer son efficacité dans la DA
de l’adulte et de l’enfant.
+
Chez l’adulte :
La ciclosporine est à utiliser en cas de DA sévères et résistantes à
tout traitement, en cures courtes de 6 semaines à 2 mois, à une dose
n’excédant pas 5 mg/kg/j en deux prises et sous contrôle clinique
(tension artérielle) et biologique rénal. Zonneveld et al
recommandent de ne pas débuter systématiquement à la dose de
5 mg/kg/j.
Cependant, une telle dose de départ, diminuée
secondairement en fonction de la réponse, permet une amélioration
plus rapide qu’avec une dose initiale de 3 mg/kg/j progressivement
augmentée.
À long terme (12 mois), il n’existe pourtant pas de
différence en termes d’efficacité et d’effets secondaires.
Elle apporte un bénéfice significatif dès les 15 premiers jours de
traitement, améliorant l’état clinique mais également la qualité de
vie des patients.
En cures courtes, le traitement est efficace et relativement bien
supporté.
Les modifications tensionnelles ou biologiques rénales et
hépatiques sont en général régressives lors de la diminution des
posologies ou l’arrêt de la ciclosporine.
Les récidives sont fréquentes dès l’interruption de la molécule et souvent précoces (50 % des sujets
dans les 2 semaines).
Il semble souhaitable de ne pas interrompre
brutalement la médication et de diminuer progressivement les doses.
Il n’existe pas d’effet rebond. Des rémissions prolongées peuvent
être induites, jusqu’à 6 mois.
Si un traitement de maintenance est décidé, il est institué avec la
dose minimale efficace.
En comparant une prise journalière continue
de ciclosporine à doses dégressives (de 5 mg/kg/j à 1 mg/kg/j) et
une prise intermittente de 5 mg/kg/j tous les jours, puis en dégressif
jusqu’à 1 jour sur 5, dans les deux cas existe un maintien de la
réponse initiale, légèrement en faveur du traitement intermittent.
Des traitements successifs de ciclosporine peuvent être réalisés sans
altérer l’efficacité du produit.
Il n’y a donc pas de phénomène de
tachyphylaxie. Berth-Jones et al ont conduit une étude ouverte multicentrique,
prospective sur 100 sujets. Soixante-huit malades ont reçu un
traitement prolongé continu pendant 48 semaines.
Si l’amélioration
clinique est rapide, c’est en plateau que celle-ci se poursuit.
Dès la
fin du traitement, les rechutes surviennent.
Il apparaît qu’une dose
de 3 mg/kg/j est suffisante pour contrôler la maladie.
Dès que
l’administration de la ciclosporine est prolongée, les effets
secondaires deviennent fréquents. L’élévation de la créatinémie est
très nette bien que réversible.
Zonneveld et al, en utilisant
pendant près de 10 mois la ciclosporine à la dose minimale efficace,
précédée de 2 mois de recherche de cette dose, constatent au bout
de 1 an, chez 60 à 70 % des sujets, une efficacité satisfaisante, voire
très satisfaisante.
L’administration de ciclosporine ne modifie pas les taux d’IgE
totales et spécifiques, de même que les réactions immédiates aux
prick-tests. Les taux sériques d’IFNc sont parfois de façon paradoxale
augmentés malgré une bonne réponse clinique.
Le taux de
lymphocytes CD4+ dans le sang diminue lors du traitement ; sa réascension précède la rechute.
La réduction du nombre de
lymphocytes T activés s’accompagne d’une diminution du récepteur
soluble sérique à l’IL2 et de l’IL5 sérique.
In situ, la prise de
ciclosporine s’accompagne d’une réduction du nombre de
lymphocytes T activés exprimant le CD25, d’une diminution de
l’expression du HLA-DR dans l’épiderme, le derme papillaire et le
tissu périvasculaire et d’une diminution de l’infiltrat éosinophile.
+
Chez l’enfant
:
La ciclosporine a été utilisée lors d’études en ouvert et uniquement
en cas de DA sévères et récalcitrantes.
Administrée à raison de
5 mg/kg/j sur une période de 4 à 12 semaines, elle permet d’obtenir
une amélioration clinique significative et de la qualité de vie chez
80 % des enfants, ainsi qu’une réduction dans l’emploi des dermocorticoïdes.
Les rechutes sont là aussi précoces, mais des rémissions prolongées
sur 6 mois sont possibles.
La tolérance clinique est très bonne dans
près de 90 % des cas.
Il importe de tenir compte, dans le calcul de la
dose chez l’enfant, plus de la surface corporelle que du poids.
Les
doses de ciclosporine par kilogramme de poids doivent être
supérieures à celles requises chez l’adulte pour avoir une efficacité
identique.
La même équipe a proposé, dans des DA sévères chez l’enfant de
2 à 16 ans, la ciclosporine sur 12 mois, soit en continu, soit en cures
courtes de 12 semaines.
Cette étude proposée chez 40 enfants a été
marquée par 25 % de sortie d’étude, par un très grand nombre
d’effets secondaires (près de 350, bien que tous non imputables à la
ciclosporine), par l’absence de différences dans les scores cliniques
entre les deux modalités thérapeutiques, par l’absence d’épargne
statistiquement significative dans l’emploi des dermocorticoïdes, par
une amélioration surtout nette le premier mois avec une poursuite
en plateau de celle-ci jusqu’à 12 mois.
Les publications concernant la forme microémulsion de la
ciclosporine sont rares.
Czech et al ont étudié la réponse à cette
nouvelle forme galénique avec une posologie indépendante du
poids, respectivement aux posologies de 150 et 300 mg/j, prescrite
pendant 8 semaines.
Testée chez 106 sujets adultes dans le cadre
d’une étude en double aveugle randomisée, la ciclosporine s’est
révélée plus efficace à 300 mg/j qu’à 150 mg/j.
C’est dans les
2 premières semaines que l’amélioration clinique est la plus nette.
Les perturbations de la fonction rénale sont plus fréquentes avec les
posologies fortes.
Il apparaît qu’une faible posologie indépendante
du poids est intéressante pour initier un traitement.
La ciclosporine a obtenu l’AMM, mais elle doit rester un traitement
d’exception à n’utiliser que dans les DA sévères de l’adulte après échec
des autres traitements.
L’innocuité à long terme de cette molécule est
inconnue si les traitements sont répétés ou maintenus sur une longue
période.
Le risque de survenue d’un lymphome, d’un pseudolymphome
ou d’une néoplasie viscérale ne doit en aucun cas être négligé.
*
Chimiothérapie immunosuppressive
:
Peu d’études, en général sur un petit échantillon de patients,
concernent l’emploi d’azathioprine dans les DA sévères récalcitrantes.
Lear et al ont rapporté leur expérience dans une étude
rétrospective sur 35 patients traités pendant en moyenne 7 mois à la
dose de 100 mg/j.
Une réponse clinique est obtenue au bout de
1 mois.
Les effets bénéfiques de l’azathioprine se poursuivent dans
les 12 mois après son arrêt.
La myélosuppression, le risque
cancérigène justifient à notre avis une grande réserve quant à
l’utilisation de telles drogues.
Le mycophénolate de mofétil (MMF) est un ester de l’acide
mycophénolique, utilisé dans la prévention des rejets de greffe et
dans bien d’autres dermatoses.
Cette molécule antiproliférative
bloque de façon non compétitive et réversible la synthèse de novo
des nucléotides à base de guanine indispensables à la synthèse de
l’ADN et de l’ARN utilisés lors de la prolifération lymphocytaire T
et B.
Dans la DA sévère de l’adulte, à des doses de 1 g deux fois par
jour, le MMF a donné lieu, dans la vingtaine de cas où il a été testé,
à des résultats contradictoires allant de l’échec total à un succès
rapide en 2 à 4 semaines, avec un maintien de l’effet favorable lors
de traitement conduit pendant 12 semaines.
Des traitements
prolongés pouvant aller jusqu’à 29 mois ont été réalisés chez
quelques malades, en adaptant les doses et en les réduisant à
1 g/j.
L’amélioration clinique est corrélée à la décroissance des IgE totales
sériques.
Le taux d’IFNc augmente significativement au cours du
traitement, tandis que le taux d’IL10 décroît.
Les effets
secondaires sont surtout d’ordre digestif.
Il importe cependant de se
méfier, sur un tel terrain, de la survenue d’infections sévères, aussi
bien herpétiques que staphylococciques (septicémie avec
endocardite).
Ces résultats préliminaires demandent confirmation.
*
Tacrolimus ou FK 506 :
Le tacrolimus ou FK 506 est un dérivé macrolide isolé à partir de
Streptomyces tsukubaensis.
Il s’agit plus d’un immunomodulateur
topique que d’un immunosuppresseur.
Son spectre d’activité est
identique à celui de la ciclosporine, mais sa puissance supérieure et
sa taille moléculaire plus petite rendent son utilisation possible en
topique.
Le tacrolimus diffuse à travers les membranes cellulaires et
se lie à une classe d’isomérases, les peptidyl-prolyl cistransisomérases
(PPIase) ou protéines de liaison-FK 506 (FK BPs).
La principale protéine de liaison du FK 506 se situe au niveau du
lymphocyte T.
Il s’agit de la FK BP 12 (protéine cytosolique de
12 kDa), aussi appelée la macrophiline 12.
Cette liaison inhibe la
capacité de la calcineurine à déphosphoryler le facteur
transcriptionnel (facteur nucléaire des lymphocytes T activés :
[NFAT]) qui active la transcription du gène de l’IL2.
Ainsi, la
synthèse et la libération d’IL2 sont-elles inhibées.
Le tacrolimus
inhibe également la transcription et la libération d’autres cytokines
de l’inflammation comme les IL3, IL4, IL5, l’IFNc, le TNFa et le GMCSF,
ainsi que le proto-oncogène c-myc.
La calcineurine n’intervenant pas dans la synthèse du collagène, un
des avantages du tacrolimus par rapport aux dermocorticoïdes est
l’absence d’effet atrophiant.
Les études in vitro ont démontré que le tacrolimus avait de
multiples cibles cellulaires tels les mastocytes, les basophiles, les
éosinophiles, les kératinocytes, les cellules de Langerhans, et
vraisemblablement les CDE CD1 a+.
Les effets immunologiques du tacrolimus sur la peau sont a priori
réversibles, avec un retour à la normale 2 à 4 semaines après l’arrêt
des applications de tacrolimus.
L’absorption systémique lors d’utilisation en topiques est variable
selon les espèces, faible chez l’homme.
L’efficacité du tacrolimus dans la DA a été établie dans des études
américaines, européennes et japonaises randomisées en double
aveugle versus placebo, avec des concentrations de 0,03 %, 0,1 % et
0,3 %, aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant.
Les études de phase
3 ont retenu les concentrations de 0,03 % et de 0,1 %.
La grande étude américaine multicentrique en double aveugle
randomisée utilisant le tacrolimus deux fois par jour, pendant
12 semaines, aux concentrations de 0,03 % et de 0,1 % versus le
groupe véhicule, a inclus 932 patients souffrant de DA modérées à
sévères.
La concentration de 0,1 % s’est révélée plus efficace, en
particulier chez les sujets présentant une DA sévère et/ou extensive.
Toutes les zones traitées ont bénéficié d’un tel traitement, visage et
cou compris.
Une amélioration de plus de 90 % du score de base est
observée dans 6,5 % des cas avec le groupe véhicule, dans 27,5 %
des cas avec la concentration de 0,03 % et dans 36 % des cas avec la
concentration de 0,1 %.
Les principaux effets secondaires sont
représentés par la sensation de brûlure, de prurit, en particulier dans
la DA sévère et en début de traitement.
Peuvent également être
observés des céphalées, un syndrome pseudogrippal, un érythème.
Les infections herpétiques sont observées chez 3,2 % des sujets
traités, et de façon ponctuelle prennent l’aspect de pustulose de
Kaposi-Juliusberg.
Le passage systémique est faible avec, dans 80 %
des cas, l’absence de détection sérique.
S’il existe un passage
systémique, les concentrations sériques sont faibles, transitoires et
non corrélées à un effet secondaire particulier.
Le bilan biologique
n’est dans la règle pas perturbé, sauf quelques anomalies hépatiques.
L’étude chez 351 enfants âgés de 2 à 15 ans réalisée dans les mêmes
conditions d’utilisation du produit que chez l’adulte montre des
résultats identiques avec des pourcentages d’amélioration à 90 % de
6,9 % dans le groupe véhicule, de 35,9 % dans le groupe traité à la
concentration de 0,03 % et de 40,7 % dans celui traité à la
concentration de 0,1 %.
Parmi les effets secondaires notables,
affectant cependant moins de 5 % des enfants, il faut citer des
éruptions vésiculobulleuses survenant dans des sites de nonapplication
du produit au niveau des orteils et des chevilles.
Sont
également à relever quelques cas de varicelle, d’infections
herpétiques plus fréquentes dans le groupe traité par le tacrolimus,
prenant parfois l’aspect de pustulose varioliforme, de molluscum
contagiosum et de verrues.
Enfin, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte, des
traitements au long cours pendant 1 an ont été conduits en ouvert
chez 255 enfants et 316 adultes, avec application de tacrolimus à
0,1 %, deux fois par jour.
Il semble que la molécule permette une
amélioration, surtout dans la première semaine de traitement, avec
une poursuite de cette amélioration les 3 premiers mois, mais un
maintien de cet effet favorable en plateau lors de traitement
prolongé.
Il n’y a ni effet rebond lors des récurrences, ni diminution
de l’efficacité au fil du temps.
L’obtention d’une rémission complète
est susceptible de perdurer.
Les effets secondaires apparaissent
sensiblement identiques à ceux observés sur de courtes périodes.
Chez l’enfant, il n’existe pas de perturbation de la croissance et le
pourcentage d’infections herpétiques avoisinant 5 % n’est pas
différent de celui enregistré chez des enfants atopiques non traités
par le tacrolimus.
Enfin, sans action directe sur Staphylococcus aureus,
le traitement par tacrolimus permet cependant une diminution de la
colonisation bactérienne en peau lésée dès la première semaine de
traitement.
L’état actuel de nos connaissances fait que nous ne disposons d’aucunes
données relatives sur les effets à long terme de cette molécule.
*
Ascomycine :
Le SDZ ASM 981 est un dérivé macrolide de l’ascomycine, se
comportant comme un inhibiteur cytokinique, entravant la
prolifération lymphocytaire T et l’activation antigène spécifique.
La
transcription et la libération des cytokines Th1 et Th2 sont inhibées.
Il agit également sur les mastocytes en inhibant la libération des
médiateurs pro-inflammatoires.
Son poids moléculaire élevé
l’empêche de franchir la barrière épidermique, sauf si celle-ci est
altérée, comme dans la DA.
Dans un essai pilote, randomisé en
double aveugle, contrôlé, l’ascomycine a été utilisée chez 34 adultes,
à la concentration de 1 %, une à deux fois par jour pendant 21 jours
versus placebo, sur deux zones cibles (bras droit, bras gauche),
couvrant un minimum de 1 % et un maximum de 2 % de la surface
corporelle totale.
L’ascomycine se révèle nettement plus efficace que
le placebo lors de deux applications quotidiennes.
La réponse
thérapeutique a lieu essentiellement dans les 9 premiers jours du
traitement.
Il n’y a pas d’effets secondaires ni locaux, ni systémiques.
Cette étude préliminaire demande confirmation.
*
Dinitrochlorobenzène :
Le dinitrochlorobenzène (DNCB) a été proposé en utilisation topique
dans la DA en faisant référence à sa capacité éventuelle de stimuler
la réponse Th1.
Deux études pilotes ont été conduites en ouvert sur
un très petit nombre de patients, respectivement huit et neuf
malades.
Après une phase de sensibilisation, le DNCB est
appliqué en patch une fois par semaine, à des concentrations allant
de 50 à 500 µg pendant 12 à 18 heures, en fonction de la
tolérance, et ce pendant des périodes de 16 semaines ou 6
mois.
Il semble exister une amélioration clinique avec une
réduction de la surface corporelle atteinte, mais on signale
également les possibilités de dégradation clinique avec arrêt précoce
de la molécule.
*
Immunoglobulines intraveineuses à fortes doses
:
Les Ig à fortes doses (400 mg/kg/j pendant 5 jours) ont fait l’objet
de publications ponctuelles dans des DA sévères, multirésistantes.
En traitement adjuvant, elles pourraient présenter un éventuel
intérêt.
Reste le problème du coût et de la totale innocuité de cette
thérapeutique dont l’action immunomodulatrice pourrait s’exercer
à plusieurs niveaux.
2-
Photothérapie
:
Certaines DA étant améliorées par le soleil, la photothérapie a été
proposée sous des formes diverses : PUVAthérapie, UVAthérapie,
UVBthérapie, UVAB (UVA + UVB à large spectre), photothérapie
sélective ou SUP, UVA1 à fortes doses, UVB à spectre étroit.
*
PUVAthérapie :
Elle combine la prise de 5 ou 8 méthoxypsoralène et une
UVAthérapie à raison de trois séances par semaine en traitement
d’attaque, avec une diminution du nombre de séances lors du
traitement d’entretien.
Elle donne des résultats favorables, avec un
blanchiment total ou une rémission à 80 % avec des doses cumulées
d’UVA entre 80 et 280 J/cm2.
Les rechutes sont rapides lorsque
l’on diminue le rythme des séances.
La tolérance clinique est
satisfaisante.
Chez l’enfant, la PUVAthérapie utilisée en cas de DA
sévères et résistantes aux thérapeutiques usuelles permet une
amélioration clinique, un sevrage en corticoïdes et la reprise rapide
d’une croissance normale.
Les rémissions sont parfois prolongées
(1 an).
Cependant, une des limites de la PUVAthérapie chez l’enfant
est la nécessité d’avoir recours quelquefois à de fortes doses d’UVA
pour obtenir et maintenir la rémission. Une alternative possible
réside dans la balnéo-PUVAthérapie.
*
UVB à large spectre :
L’UVBthérapie s’utilise à doses progressivement croissantes de
20 mJ/cm2 à 180-200 mJ/cm2, à raison de trois à cinq séances par
semaine.
Elle donne des résultats satisfaisants en termes d’amélioration du score de sévérité de la DA, du score du prurit et
du score d’évaluation globale.
Le traitement permet une diminution
de l’utilisation des topiques cortisonés.
La différence dans
l’utilisation d’une UVBthérapie à doses moyennes ou fortes
(0,4 DEM versus 0,8 DEM) n’est pas prouvée.
Le traitement
s’accompagne volontiers d’une sensation de brûlure, d’une xérose
cutanée rendant sa tolérance mauvaise.
*
UVAthérapie :
L’UVAthérapie seule a été utilisée selon le protocole suivant : 7 à
11 J/cm2 en dose initiale, augmentation de 2 J/cm2 à chaque séance,
dose maximale 15 J/cm2.
L’UVAthérapie se révèle plus efficace que
l’UVBthérapie en ce qui concerne le score de sévérité, la surface
corporelle atteinte et le score d’évaluation globale.
Cependant, il
n’existe pas de différence dans le score du prurit et le nombre de
patients améliorés.
La tolérance de l’UVAthérapie est meilleure que
celle de l’UVBthérapie.
L’UVAthérapie seule reste une thérapeutique
peu utilisée.
*
UVA + UVBthérapie (UVABthérapie) :
L’UVA combinée à l’UVBthérapie associe simultanément UVB
(20 mJ/cm2) et UVA (3 J/cm2) avec une progression des doses
jusqu’à 180 mJ/cm2 enUVB et 6 à 8 J/cm2 en UVA.
Les séances
se font au rythme de trois à cinq par semaine.
Le traitement
d’entretien est bref (deux séances par semaine pendant 15 jours).
L’UVABthérapie donne des résultats meilleurs que l’UVBthérapie.
L’association permet une réduction de la dose d’UVB de près de
40 %, de la phototoxicité et du risque de carcinogenèse.
*
SUP ou photothérapie sélective :
La SUP utilise un spectre UV reproduisant au plus près le spectre
UVA-UVB du rayonnement solaire, en éliminant les UVB inférieurs
à 300 nm et les UVA supérieurs à 360 nm.
Les UVA courts inférieurs
à 340 nm sont conservés. Ce traitement se rapproche de
l’héliothérapie de la mer Morte.
Dans les DA, la SUP s’avère aussi
efficace que le traitement combiné UVABthérapie.
*
Photothérapie UVA1 à fortes doses :
C’est l’équipe de Krutmann
qui a initié dans la DA un traitement par UVA1 (340 à 400 nm) à
fortes doses.
Le protocole comprend 15 séances, à raison d’une par
jour et à la dose de 130 J/cm2.
La dose cumulée totale administrée
est de 1 950 J/cm2.
Testée chez 15 patients, cette modalité
thérapeutique permet d’obtenir dès la première semaine une
amélioration significative, avec une diminution de 50 % du score de
sévérité.
Il n’existe pas d’effet rebond à l’arrêt du traitement, mais il
est possible d’observer une exacerbation de la dermatose.
Parmi les
effets secondaires, il faut noter une xérose immédiate, une sensation
de malaise à la fin des séances liée à la forte chaleur.
En effet, un des
inconvénients de cette technique est la durée prolongée des séances,
jusqu’à 1 heure.
Comparée aux dermocorticoïdes et à
l’UVABthérapie, l’UVA1 thérapie à fortes doses se révèle plus
efficace.
Von Kobyletzki a testé chez 120 sujets l’efficacité de doses
moyennes (50 J/cm2 par séance pendant 15 séances) en UVA1
conventionnel (G1 : 50 malades), en UVA1 amélioré comportant un
système de refroidissement et d’élimination des infrarouges (G2 :
50 malades) en comparant les résultats aux effets de l’UVABthérapie
(20 malades).
L’UVA1 en monothérapie à doses moyennes se révèle
plus efficace que les UVAB. On constate une réduction de 60 % du
SCORAD, voire une rémission complète chez respectivement 77,3 %
et 85,4 % des sujets des groupes G1 et G2.
Abeck, avec le même protocole, sur un échantillon de 32 patients,
obtient une diminution du SCORAD de 34 % pendant la durée du
traitement avec un maintien de l’effet bénéfique seulement 1 mois
après l’arrêt.
Un traitement d’entretien par des UVA1 à faibles doses
(10 J/cm2), par une UVABthérapie ou des UVB à 311 nm pourrait se
révéler nécessaire.
Avec l’UVA1thérapie, il existe une réduction du taux sérique de la PCE, ainsi qu’une modulation du nombre et probablement de la
fonction des cellules de Langerhans porteuses du FceRI, une
diminution du nombre des mastocytes dermiques.
De plus, après
traitement par UVA1, on constate, au niveau des biopsies cutanées,
une diminution du marquage pour le collagène 1 et 3 et une
diminution dans les tissus et dans le sang du rapport procollagène-
1-carboxyterminal peptide (PICP)/procollagène-3-amino-terminal
peptide (PIIINP).
Le problème des effets à long terme (vieillissement cutané et surtout
carcinogenèse) est loin d’être connu avec les UVA1 utilisés à de telles
doses.
*
UVBthérapie à spectre étroit (TL-O1) :
Elle fait appel à la lampe TL-O1 émettant des rayons UVB dans une
bande étroite de 312 ± 2 nm avec air conditionné.
Testée dans une
étude ouverte chez 21 adultes atopiques avec une irradiation
progressive trois fois par semaine pendant 12 semaines, il apparaît
une réduction significative du score de sévérité de la maladie.
Le
prurit diminue de façon nette dès les 2 premières semaines de
traitement, de même que la consommation de dermocorticoïdes.
À
l’arrêt, les rechutes sont systématiques, minimes ou modérées, dans
les 6 mois.
L’UVBthérapie à spectre étroit s’accompagne de sensation
de brûlure et d’un érythème plus ou moins marqué.
Cette
photothérapie est également efficace chez l’enfant.
L’UVB TL-O1, utilisée sur un hémicorps et comparée à la balnéo-PUVAthérapie sur l’autre, se révèle aussi efficace que cette dernière,
en employant dans les deux schémas thérapeutiques des doses
érythémateuses équivalentes.
La réponse semble plus rapide du côté
traité par la balnéo-PUVAthérapie, mais sans qu’il existe une
différence très nette.
Ainsi, la photochimiothérapie peut être une aide précieuse en cas de DA
sévères, chroniques et résistantes de l’adulte et de l’adolescent.
Il importe
de réaliser une protection labiale, le risque d’herpès labial photo-induit
étant accru lors d’utilisation de ces thérapies chez l’atopique.
Le
traitement de choix est la photothérapie UVAB en première intention.
Les risques à long terme, en particulier carcinogènes, doivent être pris en
compte lors d’initiation de tels traitements, surtout chez le sujet jeune.
Son mode d’action reste mal connu.
Plusieurs impacts sont
possibles : épaississement épidermique entravant la pénétration
allergénique, diminution de l’expression d’ICAM-1 kératinocytaire,
diminution de la flore microbienne, action sur les cellules de
Langerhans et les mastocytes, génération de lymphocytes T
suppresseurs, modulation cytokinique (IFNc).
*
Photophérèse extracorporelle :
Cette thérapeutique d’exception a été testée dans trois cas de DA
sévère ayant résisté à de multiples traitements locaux et
systémiques.
À raison de deux séances consécutives tous les
15 jours, après 10 séances, les trois sujets sont en rémission complète
avec une durée de celle-ci avoisinant 8 et 12 mois pour deux d’entre
eux, mais avec récidive immédiate pour le troisième.
Outre
l’amélioration clinique, on note une diminution du chiffre des IgE
totales et du taux sérique de PCE. Aucun effet secondaire sévère n’a
été enregistré.
3-
Immunothérapie spécifique :
L’eczéma ne constitue pas une indication reconnue de
l’immunothérapie spécifique.
Les tentatives de désensibilisation au
Der p, menées par Glover et Atherton en double aveugle versus
placebo, n’ont pas permis de démontrer chez des enfants atopiques
sévères et présentant un prick-test positif au Der p l’effet bénéfique
de la désensibilisation active.
Une amélioration substantielle est
enregistrée dans le groupe placebo.
Cependant, l’échantillon étudié
est petit et la durée de l’immunothérapie brève, sur 8 mois.
Il
n’existe pas de modifications biologiques objectives.
Leroy et al ont démontré dans une étude en double aveugle
versus placebo l’effet bénéfique d’une thérapie comprenant l’administration intradermique de complexes en excès d’anticorps
contenant des anticorps autologues spécifiques de type IgG à 90 %
et les allergènes de Der p.
Les auteurs ont traité des adultes souffrant
de DA sévère, évoluant sans rémission spontanée et présentant des
taux élevés d’IgE totales, un prick-test positif au Der p et des
anticorps spécifiques vis-à-vis de cet allergène.
Une amélioration
significative est obtenue au bout de 1 an chez 80 % des sujets
recevant la préparation active, ainsi qu’une diminution significative
des IgG spécifiques.
Ce traitement se caractérise par son innocuité.
Les principaux inconvénients sont la nécessité d’obtenir des
anticorps autologues, le prix, la longueur, la lourdeur des techniques
employées pour réaliser la préparation injectable.
Seules certaines
équipes sont capables de déployer de tels moyens afin de confirmer
ou d’infirmer les résultats enregistrés.
Des essais d’immunothérapie spécifique sublinguale ont été tentés,
mais demandent encore confirmation.
À notre avis, l’immunothérapie classique expose dans les DA sévères
sinon à un bénéfice réel, du moins au risque d’induire des poussées de la
dermatose.
4-
Immunothérapie non spécifique
:
Se basant sur l’hypothèse que l’augmentation de prévalence de
l’atopie pourrait être liée à une diminution dans l’exposition aux
antigènes mycobactériens, certains auteurs ont proposé une
immunothérapie à base de Mycobacterium vaccae (une des 80 espèces
environnementales de mycobactéries saprophytes).
Au cours d’une
étude randomisée en double aveugle versus placebo unicentrique,
41 enfants âgés de 5 à 18 ans présentant une DA évoluant depuis en
moyenne 8 ans ont reçu une injection unique de 0,3 mL d’une
suspension de 1010/mL de Mycobacterium vaccae tués par la chaleur.
L’injection s’accompagne d’une réaction inflammatoire locale très
fréquente (60 % des cas) dans les 20 minutes qui la suivent.
Chez les
21 sujets ayant reçu l’injection, on constate une diminution
significative du score clinique et de surface corporelle atteinte à 1 et
3 mois.
Il n’y a cependant aucun cas de rémission complète.
Ce
traitement n’apporte pas de modification dans le taux des IgE
totales, ni dans celui des éosinophiles.
5-
Autres traitements
:
* Herbes chinoises :
La thérapie par les herbes chinoises a été étudiée surtout par Sheehan et al aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte et ce dans
des études contrôlées.
Ce traitement s’adresse à des DA prolongées,
extensives (supérieures à 20 % de la surface corporelle), non
exsudatives, non surinfectées, en échec de thérapies intensives.
Il est
constitué d’un breuvage de dix plantes dont la formulation est
standardisée.
La décoction est ingérée tous les jours au début du
traitement, puis un jour sur deux, voire un jour sur trois. Son
efficacité est démontrée sur l’érythème et la surface corporelle
atteinte, à court terme et à long terme après 1 an de suivi.
L’arrêt du
breuvage n’expose pas à un effet rebond.
L’espacement des prises
n’influence pas la réponse thérapeutique.
Les paramètres
biologiques ne sont pas modifiés.
En revanche, la réalisation de
biopsies avant et après traitement, en peau lésée et non lésée, met
en évidence une association entre l’amélioration clinique et la
diminution de façon significative en peau lésée des cellules
exprimant le HLA-DR et le CD23, ainsi que du niveau d’expression
de ces antigènes.
La thérapie par les herbes chinoises peut
s’accompagner de modifications réversibles du bilan hépatique.
Un
contrôle strict de qualité est indispensable vu le risque
d’hépatotoxicité et de néphrotoxicité sévères lors d’utilisation non
contrôlée de certaines plantes.
L’emploi de décoctions à base de différentes variétés de thé procède
des mêmes multiples thérapeutiques alternatives utilisées dans la
DA.
*
Pyridoxine :
La supplémentation en pyridoxine (vitamine B6), à raison de 50 mg/j
pendant 4 semaines, n’apporte pas un bénéfice réel dans le
traitement de la DA modérée ou sévère.
*
Inhibiteurs des phosphodiestérases :
L’utilisation des inhibiteurs de la PDE type IV, tel le Ro-1724, permet
in vitro de normaliser l’histamine-release des basophiles, de diminuer
la production excessive d’IL4 des sujets atopiques.
Les inhibiteurs
systémiques ont été abandonnés car source d’intolérance digestive
sévère.
Les inhibiteurs des PDE en topiques apparaissent efficaces
cliniquement.
Cependant, nous ne disposons pas d’études publiées.
*
Antileucotriènes :
Le développement et la commercialisation approuvée par la Food
and Drug Administration (FDA) dans l’asthme et la rhinite
allergique d’antileucotriènes ont conduit à les essayer dans la DA.
Un antagoniste des récepteurs de la LTD4 (montelukast) a été utilisé,
en traitement adjuvant, à raison de 10 mg/j dans une étude pilote
en double-aveugle versus placebo chez huit malades présentant une
DA modérée.
Le résultat n’est jugé que modeste.
*
Prise en charge psychologique :
Une prise en charge psychologique est souvent souhaitable,
permettant d’améliorer la relation parents-enfants et en particulier
toute l’attention à porter au couchage de l’enfant.
Ce point est
important pour prévenir le prurit nocturne et les insomnies
familiales.
Chez l’adulte, une aide doit être apportée en réponse aux
multiples stress de la vie.
Différentes thérapeutiques
comportementales ont été essayées : biofeedback, approche
comportementale cognitive avec automonitoring de l’eczéma,
training autogène, relaxation...
Par ailleurs, l’hypnose a été utilisée
avec un certain bénéfice, en particulier sur le prurit et les insomnies,
aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte.
Il ne nous apparaît pas souhaitable d’avoir recours à des drogues
pouvant générer une dépendance telles les benzodiazépines.
Après
une amélioration significative, on s’expose au risque d’exacerbation
majeure du prurit lors du sevrage.
S’il existe une tendance
dépressive, il importe d’avoir recours aux drogues adaptées.
*
Crénothérapie. Climatothérapie :
Elles constituent une demande fréquente lors des consultations
répétées devant la constatation d’un échec des thérapeutiques
locales et générales.
Les cures thermales agissent par plusieurs biais :
photothérapie dans les stations ensoleillées, prise en charge
psychologique, coupure du milieu familial environnemental, soins
locaux bien conduits.
*
Vaccinations
Elles sont souhaitables comme chez tout autre enfant, mais
évidemment en dehors des poussées.
Nombre d'affichage de la page 49 |