Isolée en 1936 de l’huile de foie de morue, la vitamine D, pendant
plusieurs dizaines d’années, n’a été considérée que comme le
principal facteur de l’absorption intestinale du calcium, de la
minéralisation osseuse et de prévention du rachitisme.
Cependant,
dès les années 30, son administration était préconisée dans diverses
dermatoses (sclérodermie, eczéma, acné, pemphigus, lupus
tuberculeux et psoriasis), mais l’effet thérapeutique modéré et les
fortes doses nécessaires ont limité son utilisation.
C’est dans les
années 1970 que les composés plus actifs, hydroxylés, furent
identifiés et leurs récepteurs isolés dans différents tissus, dont la
peau.
L’effet antiprolifératif et prodifférenciant de ces dérivés était
rapidement mis en évidence et, au début des années 1980, des essais
thérapeutiques était entrepris dans les leucémies et les lymphomes.
Là encore, l’administration s’avérait très délicate du fait de
l’hypercalcémie induite.
D’où la recherche de nouveaux dérivés
ayant une action moins importante sur le métabolisme
phosphocalcique et pouvant être utilisés par voie locale.
C’est dans
cet esprit qu’ont été synthétisés le calcipotriol (Daivonext) dont les
premières applications dans le psoriasis seront publiées en 1988, et
le tacalcitol (Apsort) introduit au Japon à la même époque, mais
dont l’arrivée en Europe a été plus tardive.
D’autres dérivés,
actuellement à l’étude, seront sans doute à notre disposition dans
les toutes prochaines années.
L’introduction de ces nouveaux agents
thérapeutiques a révolutionné le traitement local du psoriasis et il
ne serait pas étonnant de voir certains analogues offrir de nouvelles
perspectives pour les maladies à composante immunitaire et dans
les cancers cutanés.
Structure et métabolisme :
A - ORIGINE EXOGÈNE ET PHOTOSYNTHÈSE :
La vitamine D (calciférol) peut d’être d’origine animale (vitamine
D3 ou cholécalciférol) ou d’origine végétale (vitamine D2 ou
ergocalciférol).
L’apport exogène par l’alimentation, (poisson, oeuf,
lait et produits dérivés) représente 10 à 30 % du calciférol selon
l’existence ou non d’une supplémentation.
L’absorption est réalisée
au niveau de l’intestin grêle.
Elle est lente et se fait essentiellement
par voie lymphatique.
Mais la principale source du calciférol chez
l’homme est endogène par synthèse cutanée.
Sous l’action des
ultraviolets B (UVB) (pic à 295 nm), le 7-déhydrocholestérol présent
dans la peau est transformé en divers photoproduits : cholécalciférol,
mais également lumistérol, tachystérol, suprastérol…, ces derniers
n’ayant aucune activité pharmacologique.
Vingt centimètres carrés
de peau exposés au soleil 3 heures par jour ou bien 15 minutes d’exposition solaire des régions normalement exposées suffisent
pour une production cutanée suffisante de cholécalciférol dont la
synthèse s’effectue essentiellement dans les couches basales de
l’épiderme.
B - HYDROXYLATIONS :
Le cholécalciférol et l’ergocalciférol n’ont qu’une faible activité
métabolique qui va être nettement augmentée par des
hydroxylations successives.
La vitamine D endogène et exogène est
transportée par la vitamine D-binding protein (DBP) vers le foie et le
rein.
La première hydroxylation est due à la 25-hydroxylase
hépatique et conduit à la 25-hydroxyvitamine D3 (25 OHD3) ou calcifédiol.
Les taux sériques de 25 OHD3 varient fortement en
fonction de l’irradiation (solaire ou artificielle) du revêtement cutané,
l’activité de la 25-hydroxylase hépatique étant très peu régulée.
La
seconde hydroxylation a lieu essentiellement dans le rein par la
1-alpha hydroxylase mitochondriale et aboutit à la formation de 1-25
dihydroxyvitamine D3 (1-25 OH2 D3) ou calcitriol qui représente le
métabolite le plus actif de la vitamine D.
Les taux de 1-25 OH2 D3
sont très stables chez le sujet normal du fait d’une régulation très
stricte de la 1-alpha hydroxylase rénale.
D’autres hydroxylations
sont également possibles, conduisant à des dérivés 1-24, 24-25,
25-26, 1-24-25 hydroxylés qui, pour certains, ont une activité voisine
de la 1-25 OH2 D3.
Signalons que le gène de la 1-alpha hydroxylase
est situé sur le chromosome 12 et que sa mutation est responsable
de certaines formes de rachitisme.
C - SYNTHÈSE CUTANÉE DE 1-25 OH2 D3
:
L’existence d’une synthèse extrarénale de 1-25 OH2 D3 était connue
en particulier dans les pathologies granulomateuses.
Plus
récemment, la capacité des kératinocytes normaux à synthétiser la
25 OH D3 et la 1-25 OH D3 a été démontrée, stimulée sous
irradiation par UVB.
La présence de 1-alpha hydroxylase a été mise
en évidence dans les kératinocytes basaux et les follicules pileux.
Ces découvertes sont d’une extrême importance dans la
compréhension de l’homéostasie épidermique car la vitamine D
règle de nombreuses fonctions cellulaires (voir ci-dessous) et peut
expliquer l’action bénéfique de la photothérapie dans certaines
dermatoses par la synthèse induite de 1-25 OH D3.
Mécanismes d’action
:
Le mécanisme d’action le plus classique, et sans doute le plus
important, est nucléaire par l’intermédiaire des récepteurs
spécifiques (effets génomiques).
Cependant, la vitamine D a aussi
une action membranaire et cytoplasmique directe, indépendante de
son action sur les gènes.
A - MÉCANIMES NON GÉNOMIQUES :
Ils sont dus à la capacité de la vitamine D à augmenter les taux de
calcium intracellulaire par divers mécanismes : induction d’un influx
calcique transmembranaire, stimulation de la phospholipase C avec
production de diacyglycérol qui stimule la protéine-kinase C et
d’inositol triphosphate qui libère le calcium intracellulaire.
L’augmentation du taux de calcium est un élément régulateur de
nombreuses fonctions de la cellule, en particulier de la prolifération
et de la différenciation.
En fait, il est souvent difficile de séparer ces
effets non génomiques liés à la libération de calcium de ceux qui
sont produits par l’action directe de la vitamine D sur les gènes.
B - MÉCANISMES GÉNOMIQUES :
Ils font d’abord intervenir des récepteurs spécifiques (VDR) qui
appartiennent à la superfamille des récepteurs nucléaires qui
regroupe, outre les récepteurs aux divers stéroïdes, ceux des hormones thyroïdiennes et de l’acide rétinoïque.
Le gène du VDR
est situé sur le bras long du chromosome 12 et ses mutations sont
responsables de rachitisme vitamine D-résistant.
Certains
polymorphismes du gène ont été décrits dans l’ostéoporose et dans
le psoriasis.
Le récepteur VDR comporte une partie assurant la
liaison spécifique avec la vitamine D et le complexe vitamine D-VDR
va se fixer sur une zone de l’acide désoxyribonucléique (ADN)
appelée VDRE (vitamine D responsive element).
Les VDRE sont situés
dans la région promotrice de nombreux gènes qui peuvent ainsi être
régulés positivement ou négativement par la vitamine D.
Parmi ces
gènes, on trouve les oncogènes C-fos et c-myc et certains gènes
impliqués dans la régulation du cycle cellulaire comme l’inhibiteur
de la cycline-dépendant-kinase p 21.
En fait, le schéma d’activation génomique par la vitamine D est
extrêmement complexe.
Les récepteurs VDR n’agissent pas
isolément mais doivent être couplés deux à deux ; il s’agit soit
d’homodimères (VDR-VDR), soit, le plus souvent, d’hétérodimères,
le récepteur VDR étant couplé en particulier avec le récepteur RXR
de l’acide rétinoïque.
Par ailleurs, la structure des éléments de
réponse VDRE est constituée de motifs répétés de six nucléotides
qui peuvent être arrangés de diverses façons, soit répétés dans le
même sens (DR pour direct repeat), soit disposés en sens inverse (IP
pour inverted palindromes) et séparés par un nombre variable de
paires de bases.
Ainsi, par exemple, on parlera de VDRE de type
DR3 (répétition directe séparée par trois paires de bases) ou de type
IP9 (répétition inversée séparée par neuf paires de bases).
Cela n’a
pas qu’un intérêt biochimique, mais est d’une grande importance
fonctionnelle.
En effet, de ces nombreuses possibilités d’arrangement
des éléments de réponse (VDRE) et des récepteurs (VDR) résultent
des voies de signalisations multiples ayant des relations étroites avec
celles de la vitamine A.
Il est probable que certains types
d’hétérodimères et certains types d’éléments de réponses
correspondent à des actions cellulaires différentes de la vitamine D.
Ainsi, la présence de VDRE de type IP serait préférentiellement
impliquée dans le contrôle de la prolifération cellulaire.
La recherche
de dérivés de la vitamine D qui activeraient préférentiellement cette
voie et auraient de moindres effets sur le métabolisme
phosphocalcique serait donc particulièrement intéressante en
dermatologie.
Un grand nombre de types cellulaires possèdent des récepteurs pour
la vitamine D, en particulier les kératinocytes et les lymphocytes et
il est maintenant établi que la vitamine D, en plus de ses effets
classiques sur le métabolisme phosphocalcique, est un important
régulateur de la prolifération et de la différenciation cellulaire ainsi
que des réponses immunitaires.
En outre, elle modifie l’activité des
fibroblastes avec augmentation de l’activité collagénase (rôle
possible dans la sclérodermie) et induction de la production de
transforming growth factor (TGF) bêta dont les propriétés
antiprolifératives sont bien connues.
Une inhibition de la
migration des cellules endothéliales a également été décrite.
Enfin, la vitamine D pourrait également stimuler la melanogenèse, d’où les essais thérapeutiques dans le vitiligo.
A - RÔLE DANS LA PROLIFÉRATION. DIFFÉRENTIATION
:
La vitamine D inhibe la prolifération et induit la différenciation des kératinocytes normaux et tumoraux en culture, mais peut également
induire une hyperplasie épidermique dans certaines conditions
expérimentales.
Son rôle paraît plus important dans la
différenciation avec une augmentation du taux de cellules souches
qui se différencient, une induction d’involucrine et de
transglutaminase et une formation de l’enveloppe cornée.
C’est
aussi un inducteur d’apoptose, processus important dans la
maturation et le renouvellement des kératinocytes.
Récemment, le rôle de la vitamine D dans la croissance du follicule
pileux a été démontré, ainsi que ses relations avec le gène hairless
dont les mutations sont responsables du syndrome d’atrichie
généralisée.
En outre, les souris transgéniques qui n’ont pas de
récepteurs à la vitamine D ont, en plus des anomalies
phosphocalciques, une alopécie par défaut d’initiation des cycles
pilaires.
Ces constatations pourraient ouvrir de nouvelles
perspectives thérapeutiques dans les pathologies pilaires.
B - ACTION SUR LE SYSTÈME IMMUNITAIRE :
La vitamine D a également d’importantes fonctions immunomodulatrices
et agit à des niveaux variés de la réponse immunitaire.
Elle réduit la fonction présentatrice de cellules de Langerhans et la
production de cytokines par les monocytes et les macrophages, en
particulier la production d’interleukine 1, d’interleukine 6 et du
tumour necrosis factor (TNF)a.
Elle inhibe la prolifération des
lymphocytes T et la libération d’interleukine 2 et d’interféron c par
ses cellules.
Cet effet inhibiteur est plus important sur les
lymphocytes activés (CD45RO+) dont le rôle est majeur dans de
nombreuses affections auto-immunes.
Il est également possible
qu’elle ait une action directe d’inhibition sur les lymphocytes B.
Par
ailleurs, elle régule la production de cytokines par les kératinocytes.
Au total, la vitamine D a un effet immunosuppresseur pouvant
expliquer son activité, non seulement dans le psoriasis, mais dans
d’autres affections à composante immunitaire.
Indications dermatologiques :
A - PSORIASIS
:
C’est la seule indication dermatologique bénéficiant d’une
autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’utilisation de la
vitamine D par voie locale.
C’est pourtant l’administration
systémique de 1-alpha puis de 1-25 OH2 D3 qui a permis de façon
anecdotique de constater l’amélioration remarquable d’un psoriasis
chez un malade japonais traité pour ostéoporose.
Étant donné les
effets secondaires potentiels de la voie orale, en particulier les
risques d’hypercalcémie, la recherche s’est naturellement orientée
vers la voie topique et vers des analogues dont l’action était moins
importante sur le métabolisme phosphocalcique.
Ainsi, le calcipotriol a été synthétisé en 1985 par les laboratoires Léo et
commercialisé en France à partir de 1992 en diverses formes
galéniques sous le nom de Daivonext.
La 1-24 hydroxyvitamine D3
(tacalcitol), qui était utilisée depuis de nombreuses années au Japon,
a été introduite en France en 1999 (Apsort Laboratoire Lipha).
Enfin,
la 1-25 OH2D3 elle-même va sans doute faire son apparition dans
notre pharmacopée sous le nom de Silkist (laboratoire Galderma).
1- Bases physiopathologiques :
Il est établi depuis plusieurs décennies que la lésion psoriasique
comporte une hyperprolifération des kératinocytes associée à des
anomalies de leur différenciation mises en évidence par l’expression
anormale de kératines (déficit des kératines 1 et 10 et apparition des
kératines 6 et 16), ainsi que de nombreux marqueurs de
différenciation comme la filaggrine, l’involucrine et les
transglutaminases.
On estime à l’heure actuelle que ces phénomènes
épidermiques sont sous la dépendance de facteurs immunitaires
complexes impliquant à la fois les lymphocytes T-CD4 et T-CD8.
La
responsabilité des anomalies immunitaires qui avait été évoquée de
longue date, et était suspectée sur l’action remarquable des
immunosuppresseurs a été récemment démontrée.
L’origine
de l’activation des lymphocytes T n’est pas connue, mais le rôle
d’antigènes ou de superantigènes d’origine bactérienne ou virale est
actuellement discuté.
Tout cela sur un terrain génétique complexe
impliquant une dizaine de loci chromosomiques différents.
Les points d’impact de la vitamine D sur ces mécanismes sont donc
multiples :
– action directe sur la prolifération et la différenciation des kératinocytes ;
– impact sur les phénomènes immunitaires cutanés et généraux ;
– modulation possible de l’expression des gènes impliqués dans la
maladie.
En outre, des anomalies du métabolisme de la vitamine D ont été
rapportées dans le psoriasis par certaines études : diminution du
taux de 1-25 OH2D3 dans les psoriasis diffus et augmentation
paradoxale sous photothérapie.
Ainsi, l’action bénéfique des
ultraviolets pourrait être due à une stimulation de la production de calcitriol dans l’épiderme psoriasique qui contient de grandes
quantités de 1-alpha hydroxylase.
2- Calcipotriol :
*
Biochimie et pharmacologie
:
Le calcipotriol est un dérivé de la 1-24 dihydroxy vitamine D3.
Il
s’en différencie par la présence sur la chaîne latérale d’une double
liaison et d’un cycle cyclopropane.
Le calcipotriol comporte
donc la double hydroxylation en 1 sur la chaîne latérale qui
caractérise les dérivés les plus actifs de la vitamine D.
Chez
l’homme, après application unique de pommade au calcipotriol
radioactif, la concentration sérique est maximale en 6 heures et
disparaît en 48 heures.
Cette absorption percutanée serait de l’ordre
de 5 à 6% de la dose appliquée avec transformation rapide du calcipotriol en métabolites inactifs dans le sang.
Sa demi-vie est très
brève, de l’ordre de quelques minutes.
Ces notions expliquent sans
doute son impact moins important que celui de la 1-25 dihydroxyvitamine
D3 sur le métabolisme phosphocalcique.
En revanche, de
nombreuses études ont démontré des effets équivalents à ceux du calcitriol sur la prolifération et la différenciation.
Dans le psoriasis, sous traitement, on constate une diminution des
marqueurs de proliférations cellulaires, une réduction des kératines
6 et 16 avec réapparition des kératines 1 et 10, une diminution du
taux de l’interleukine (IL) 8 alors que celui de l’IL 10 est augmenté,
ainsi qu’une raréfaction des cellules de l’infiltrat, en particulier des
lymphocytes T.
Le calcipotriol existe sous trois formes galéniques : pommade, crème
et lotion, toutes à la concentration de 5 mg pour 100 g (0,005 %).
Une présentation contenant calcipotriol plus bétamétasone
a fait l’objet d’études récentes et pourrait être
prochainement commercialisée.
* Essais thérapeutiques :
+ Calcipotriol en monothérapie
:
Les études contre placebo comportant deux applications par jour
sur une durée de 6 ou 8 semaines, chez l’adulte, ont montré une
nette supériorité du calcipotriol pommade comparé à son excipient.
La réduction du psoriasis area severity index (PASI) dans les diverses
études varie entre 54,5 et 68,8 %.
Les études similaires concernant le calcipotriol crème sont plus rares et donnent des résultats voisins
avec toutefois une diminution légèrement inférieure du PASI (47,8 à
53,7 %.).
Cependant, aucune étude ne s’est, à ce jour, directement
adressée à la comparaison calcipotriol crème-calcipotriol pommade.
Les études contre dermocorticoïdes de classe 2 ont, pour la plupart,
montré une supériorité, parfois modérée (10 % de mieux pour la
diminution du PASI), du calcipotriol, qu’il s’agisse de la pommade
ou de la crème.
Les études comparatives avec les applications de
goudron ou de dioxyanthranol en short contact therapy sont
nettement en faveur du calcipotriol.
Dans ces nombreuses études d’efficacité, le pourcentage de malades
nettement améliorés est fonction des critères retenus, mais varie
entre 50 et 80 %.
Le début de l’amélioration est d’ordinaire constaté
dès le 15e jour de traitement.
La durée des rémissions n’a été
qu’exceptionnellement évaluée.
Elle serait en moyenne de 40 jours
après l’arrêt des applications de calcipotriol, plus courte qu’après
l’arrêt du dioxyanthranol
Les études sur le long terme ont montré
qu’il n’y avait ni phénomène de rebond à l’arrêt du
traitement, ni tachyphylaxie.
+ Calcipotriol en association
:
– Dermocorticoïdes.
L’application alternée de calcipotriol et de dermocorticoïdes (une
application par jour de chaque topique), qu’il s’agisse de la
pommade ou de la crème est légèrement plus efficace (10 % de
mieux pour le PASI) et mieux tolérée que le calcipotriol en
monothérapie.
D’autres modalités d’association peuvent être
intéressantes dans les traitements prolongés : applications de calcipotriol les jours de semaine et dermocorticoïdes le week-end,
ou applications alternées de chaque topique une semaine sur deux.
– Photothérapie.
L’association à une photothérapie par UVB à large spectre avec deux
ou trois irradiations par semaine entraîne des résultats supérieurs à
l’irradiation UVB seule ou au calcipotriol utilisé en monothérapie
avec une amélioration plus rapide des lésions et une réduction du
nombre de séances nécessaires au blanchiment.
Concernant les UVB
à spectre étroit (TL01), une étude fait état d’une nette supériorité de
l’association (UVB cinq séances par semaine) après 2 semaines de
traitement.
Cependant dans une étude récente, l’association de la
pommade calcipotriol aux UVB TL01 (trois séances par semaine) n’a
pas donné de résultat supérieur à la photothérapie TL01 isolée.
L’association à la puvathérapie a été évaluée dans une étude francobelge
dans laquelle les patients ont d’abord reçu un traitement par
calcipotriol (ou son excipient) pendant 2 semaines, la puvathérapie
étant ensuite effectuée selon les protocoles habituels.
Cette étude a
démontré la supériorité de l’association avec un plus grand
pourcentage de malades améliorés, la diminution du nombre de
séances nécessaires et une réduction des doses cumulatives
d’ultraviolets A (UVA) d’environ 30 %.
Une étude plus récente
montre également l’intérêt de l’association du calcipotriol à la
puvathérapie topique.
– Ciclosporine.
L’adjonction de calcipotriol à un traitement par faibles doses de
ciclosporine (2 mg/kg/j) entraîne une nette augmentation du
pourcentage des rémissions complètes à 6 semaines (50 % contre
11,8 %) et une diminution nettement supérieure du PASI moyen
(80,5 contre 57,7 %).
– Autres associations.
L’association du calcipotriol à l’étrétinate (40 mg/j) ou à l’acitrétine
(20 à 70 mg/j) améliore nettement les effets thérapeutiques évalués
en pourcentage de patients améliorés ou par le PASI et la rémission
est obtenue avec des doses cumulatives moindre de rétinoïdes.
L’association calcipotriol-méthotrexate est actuellement à l’étude.
On peut conclure de ces nombreuses études que l’association du calcipotriol au traitement systémique du psoriasis permet une
amélioration plus importante des lésions et surtout une réduction
des posologies ou des doses cumulatives avec, pour conséquence,
une diminution des effets secondaires potentiels.
+ Calcipotriol dans les formes particulières de psoriasis
:
– Psoriasis du cuir chevelu.
Le calcipotriol en solution a montré une efficacité nettement
supérieure à celle du placebo, mais inférieure à celle de la
bétaméthasone.
– Psoriasis des plis.
De nombreux auteurs avaient déconseillé l’application de calcipotriol dans les plis à cause des phénomènes irritatifs (voir cidessous).
Une étude utilisant la forme pommade (étude ouverte non
contrôlée) a cependant montré son efficacité au prix de phénomènes
irritatifs mineurs.
Il serait sans doute préférable d’utiliser la forme
crème qui n’a pas été évaluée dans cette indication.
– Psoriasis des ongles.
Dans une étude contrôlée portant sur 58 malades traités pendant 3 à
5 mois, le calcipotriol pommade s’est avéré aussi efficace sur
l’hyperkératose unguéale que l’association dipropionate de
bétaméthasone-acide salicylique.
– Psoriasis pustuleux.
L’efficacité du calcipotriol dans le psoriasis pustuleux n’est pas
connue mais trois cas d’acrodermite continue de Hallopeau ont été
nettement améliorés.
– Psoriasis de l’enfant.
Deux études, l’une ouverte, l’autre contrôlée portant sur de
larges séries excluant les psoriasis en gouttes, ont démontré
l’efficacité du calcipotriol dans le psoriasis de l’enfant.
Il s’agissait
d’enfants âgés de 2 à 14 ans et les quantités de topiques appliquées
étaient identiques à celles préconisées pour l’adulte, mais
proportionnelles à la surface cutanée (jusqu’à 50 g/m2/semaine).
Cependant l’innocuité de traitements prolongés chez l’enfant n’a pas
été évaluée.
* Effets secondaires :
+ Effets systémiques :
Il s’agit d’effets sur le métabolisme phosphocalcique qui peuvent
survenir lors de surdosages (plus de 100 g de topique par semaine)
ou lors de non-respect des contre-indications.
Aux doses
recommandées, aucune manifestation clinique d’hypercalcémie n’est
rapportée et les dosages biologiques, même dans les études à long
terme, ne montrent pas d’anomalie du métabolisme
phosphocalcique.
Les densitométries osseuses ne sont pas modifiées
au bout de 2 mois de traitement par 120 g de topique par semaine.
+ Effets secondaires cutanés
:
Ils sont rencontrés dans 10 à 34 % des cas selon les séries.
Ils sont
d’ordinaire bénins et ne conduisent à l’arrêt du traitement que dans
environ 1 % des cas.
Il s’agit essentiellement de phénomènes
irritatifs, lésionnels et périlésionnels avec possibilité de
desquamation.
Ces phénomènes irritatifs sont d’ordinaire
transitoires et régressent lors de l’espacement des applications.
Ils
sont rencontrés aussi fréquemment avec la forme crème qu’avec la
forme pommade, mais aucune étude comparative entre ces deux
formulations n’a été réalisée.
En revanche, leur fréquence diminue
lorsque l’on associe au calcipotriol les dermocorticoïdes.
Ils
pourraient êtres dus non pas au calcipotriol lui-même, mais au
véhicule.
La plupart des publications insistent sur la localisation au
visage des phénomènes irritatifs, mais cette notion n’est pas
retrouvée dans certaines études qui avaient évité les applications
dans cette localisation et demandé au malade de se laver les mains
après l’application.
L’irritation paraît surtout conditionnée par le
caractère inflammatoire initial des lésions psoriasiques,
essentiellement sur les membres inférieurs et parfois dans les plis.
Quelques cas d’eczéma de contact ont été documentés avec des
patch tests positifs.
Il faut cependant souligner que
l’interprétation des tests est difficile dans la mesure où le calcipotriol
et son véhicule ont par eux-mêmes un effet irritatif.
L’association à la photothérapie pose divers problèmes. Les UVA
peuvent dégrader le calcipotriol.
La pommade et la crème
arrêtent les UVB si l’application a lieu moins de 2 heures avant la
séance d’irradiation et cet effet pourrait être dû à l’excipient.
Par
ailleurs, il ne semble pas que l’association aux UVB augmente l’effet
irritatif du calcipotriol.
En outre, des phénomènes de
photosensibilité (brûlures sur les lésions traitées) ont été rapportés
lorsque le calcipotriol était introduit au cours de la photothérapie
UVB.
Il est donc préférable de débuter la photothérapie chez un
malade déjà traité par calcipotriol.
Enfin, une hyperpigmentation des
lésions traitées a été décrite soit après héliothérapie, soit après
puvathérapie topique.
* Indications et modalités d’administration
:
En pratique, les indications concernent le psoriasis d’étendue
modérée de l’adulte avec une quantité de topique appliquée
inférieure à 100 g/semaine, cela afin d’éviter les effets indésirables
sur le métabolisme phosphocalcique.
Pour ce qui est du psoriasis de
l’enfant (non mentionné sur l’autorisation de mise sur le marché
[AMM]), le calcipotriol peut être prescrit en respectant la règle de
50 g maximum de produit par m2 de surface corporelle.
Les psoriasis
en gouttes n’ont pas fait l’objet d’évaluation, pas plus que les
psoriasis pustuleux.
Les applications sur le visage sont discutées, mais il semble que les
premières publications qui faisaient une contre-indication aient été
excessives.
L’application prudente de calcipotriol crème peut être
réalisée dans cette localisation où les dermocorticoïdes présentent
davantage d’inconvénients.
Il en est de même pour le psoriasis des
plis.
Les contre-indications sont représentées par les états
d’hypercalcémie quelle qu’en soit l’origine, la grossesse, (bien que
les études animales n’aient pas mis en évidence d’effet tératogène),
l’allaitement (le passage du calcipotriol dans le lait maternel n’est
pas connu).
En monothérapie, il est préférable d’appliquer le calcipotriol deux
fois par jour, les résultats obtenus avec une seule application étant
moins nets.
La crème peut remplacer la pommade le matin lorsque
celle-ci est mal acceptée du fait de son caractère gras.
L’association
aux dermocorticoïdes lors du traitement d’attaque a la faveur de
beaucoup de dermatologistes.
Le traitement d’entretien est mal codifié : arrêt du calcipotriol
qui sera repris à la prochaine poussée, réduction à une
application par jour ou seulement certains jours de la
semaine.
3- Tacalcitol :
La plupart des notions qui ont été exposées pour le calcipotriol sont
également valables pour le tacalcitol qui a fait l’objet d’études
nombreuses au Japon, mais beaucoup plus rares en Europe.
* Biochimie et pharmacologie
:
Le tacalcitol a une structure très voisine de celle du calcipotriol
puisqu’il s’agit de la 1-24 dihydroxy vitamine D3.
Ses
propriétés sont identiques à celles de la 1-25 OH2D3, en ce qui
concerne les capacités de liaison aux récepteurs de la vitamine D,
l’induction de la différenciation des kératinocytes et l’inhibition de
la prolifération.
Ces effets sont retrouvés non seulement sur des
cultures de kératinocytes, mais aussi in vivo lors du traitement de
plaques psoriasiques.
En outre, le tacalcitol réduit
l’expression des récepteurs pour l’interleukine 1 et le TNF-a dans
l’épiderme psoriasique.
Sur le métabolisme phosphocalcique, les effets du tacalcitol,
inférieurs à ceux de la 1-25 dihydroxy-vitamine D3 seraient
cependant plus importants que ceux du calcipotriol.
Le tacalcitol n’existe que sous forme de pommade dosée à 4 µg/g.
* Essais thérapeutiques :
+ Tacalcitol en monothérapie
:
À la suite des premières études ouvertes japonaises, une étude
contrôlée menée en Europe a montré la nette supériorité du tacalcitol sur le placebo.
Une revue de la littérature portant sur plus de
5 000 patients fait état de 71 % de sujets nettement améliorés selon
l’appréciation du dermatologiste.
Le tacalcitol aurait une activité
équivalente à celle de la bétamétasone selon une courte étude
japonaise et serait légèrement supérieur au dithranol.
Une étude
comparative entre calcipotriol appliquée deux fois par jour et
tacalcitol une application par jour fait état d’une efficacité plus
importante et plus rapide du calcipotriol.
+ Tacalcitol en association
:
Contrairement au calcipotriol, l’association du tacalcitol avec les
grands traitements du psoriasis n’est pas documentée dans la
littérature.
Cependant, il est hautement probable et nous le
constatons dans notre pratique, que l’association du tacalcitol à ces
thérapeutiques générales soit bénéfique dans des proportions
comparables à celles du calcipotriol.
L’association à la photothérapie
UVBTL01 entraîne une amélioration plus importante et plus rapide
du PASI.
L’association aux dermocorticoïdes n’a pas été étudiée à
ce jour.
* Effets secondaires :
L’étude des effets systémiques sur le métabolisme phosphocalcique
montre que les taux de calcium ne sont pas modifiés par des
applications allant jusqu’à un maximum de 20 g de pommade par
jour.
Les effets secondaires cutanés sont diversement appréciés.
Alors que
les auteurs japonais faisaient état de 1 % seulement de phénomènes
irritatifs, les études européennes donnent des chiffres beaucoup plus
élevés, de l’ordre de 12 % avec prurit et sensations de brûlures.
La tolérance, lors de l’application sur le visage, serait meilleure que
celle du calcipotriol.
Les phénomènes de photosensibilité n’ont pas
été décrits avec le tacalcitol.
* Indications et modalités d’administration
:
En pratique, les indications sont les mêmes que celles du calcipotriol,
mais il est préconisé de ne pas dépasser une quantité de topique
supérieure à 60 g/semaine au lieu de 100 g pour le calcipotriol.
Cela
avec une seule application par jour, et le visage n’étant pas exclu.
Le
traitement d’entretien n’est pas codifié, mais, comme pour le calcipotriol, des applications itératives sont sans doute utiles pour
maintenir la rémission obtenue avec le traitement d’attaque.
Les contre-indications sont celles du calcipotriol.
(voir ci-dessus).
4- Calcitriol :
*
Calcitriol par voie orale
:
À la suite des premières publications japonaises, une étude en
double aveugle portant sur 85 patients a montré une régression du PASI d’environ 50 % en 6 mois, alors que 26 % des malades avaient
un blanchiment complet de leurs lésions.
Les doses utilisées
étaient de l’ordre de 0,5 µg/j au départ avec une augmentation
progressive de 0,5 µg chaque 15 jours jusqu’à un maximum de 2 à
4 µg /j.
Une autre étude fait état de l’efficacité du calcitriol chez sept
malades atteints de psoriasis grave, certains avec hypocalcémie.
En pratique, l’administration de calcitriol (hors AMM), doit être tout
à fait exceptionnelle dans le psoriasis du fait des risques
d’hypercalciurie et d’hypercalcémie.
Ce risque serait diminué par
l’administration vespérale du calcitriol et par la réduction de
l’apport alimentaire de calcium.
La sélection des malades doit être
rigoureuse et la surveillance précise : calcémie, calciurie, étude de la
fonction rénale.
* Calcitriol topique
:
Les études concernant le calcitriol topique sont difficiles à analyser
en raison des variations de la concentration des topiques utilisés.
Les travaux récents utilisent une pommade dosée à 3 µg/g qui sera
sans doute commercialisée dans un proche avenir sous le nom de
Silkist (laboratoire Galderma).
L’efficacité de cette pommade au calcitriol est supérieure au placebo
et équivalente à celle du dioxyantranol.
Cependant, avec un
pourcentage de 40 % de malades améliorés, il semble que l’efficacité
soit inférieure à celle du calcipotriol ou du tacalcitol, mais aucune
étude comparative directe n’a été publiée à ce jour.
La tolérance locale étudiée chez le sujet sain serait meilleure que
celle du tacalcitol ou du calcipotriol.
Cependant, une étude de
tolérance lors d’administrations prolongées fait état de 14,6 %
d’irritation cutanée transitoire.
La même étude signale une
hypercalcémie modérée observée chez 2 % des patients.
Le risque hypercalcémique ne semble cependant pas important au vu des
études de pharmacocinétique.
L’association aux UVB (large spectre) permet un meilleur
blanchiment et une économie d’environ 30 % de la dose totale
d’UVB.
5- Autres dérivés
:
Trois autres dérivés de la vitamine D ont fait l’objet d’études pilotes
dans le psoriasis.
Il a, in vitro, une activité d’inhibition de la prolifération des kératinocytes dix fois supérieure à celle du calcipotriol et du
tacalcitol.
Il a été étudié chez 144 malades.
Il s’est montré égal ou
supérieur au calcipotriol avec un début d’amélioration au bout de
2 semaines de traitement.
Les phénomènes irritatifs locaux ont été
rencontrés chez 11 % des malades.
* Hexafluoro-1-25-dihydroxy-vitamine D3
:
In vitro, il a un effet inhibiteur prolongé sur la prolifération des kératinocytes, et a fait, lui aussi, l’objet d’une étude pilote chez 15
malades avec des résultats encourageants et, là encore, quelques
phénomènes irritatifs.
Des études complémentaires sont
actuellement mises en place avec ce dérivé.
*
20 épivitamine D3 (KH10 60)
:
Elle a non seulement une forte activité antiproliférative sur des
lignées tumorales in vitro, mais également un remarquable effet
immunosuppresseur, mais semble avoir des effets plus modérés sur
les lésions psoriasiques in vivo.
6- Autres troubles de la kératinisation
:
Le calcipotriol s’est avéré efficace dans diverses ichtyoses,
essentiellement l’ichtyose vulgaire, les érythrodermies
ichtyosiformes congénitales et l’ichtyose liée au sexe.
Un malade
atteint d’érythrodermie ichtyosiforme bulleuse a également été
amélioré.
En fait, le problème qui se pose dans le traitement de
ces affections atteignant tout le tégument est celui de la quantité de
topique pouvant être appliquée sur une telle surface et la survenue,
dans certains cas, de phénomènes irritatifs.
Les kératodermies palmoplantaires ne sont que peu ou pas
améliorées et la maladie de Darier peut être aggravée.
D’autres troubles de la kératinisation ont fait l’objet d’études
ponctuelles : amélioration de la maladie de Grover, de la maladie
de Hailey-Hailey, de la kératose lichénoïde chronique, du
pytiriasis rubra pilaire, du noevus épidermique verruqueux
inflammation linéaire (NEVIL) et de la porokératose actinique.
7- Affections à composante immunitaire et diverses
:
Dans la sclérodermie systémique, une étude française, ouverte,
portant sur 11 patients traités par calcitriol per os notait une
amélioration non seulement clinique, mais également des
paramètres échographiques et fonctionnels.
Cependant, une étude
contrôlée en double aveugle récente, mais qui n’incluait que sept
malades atteints de sclérodermie systémique, ne permet pas de
confirmer ou d’infirmer ces résultats.
Dans les sclérodermies localisées (morphée et sclérodermie linéaire),
une étude ouverte portant sur 12 patients et d’une durée de 3 mois,
fait état de l’efficacité du calcipotriol sous occlusion, efficacité non
confirmée par une autre étude contre placebo.
Il est possible que
l’association calcipotriol et ultra-violets A1 soit nettement plus
efficace.
Dans le vitiligo, une étude anglaise ouverte portant sur 19 patients
avait rapporté l’efficacité du calcipotriol en monothérapie.
Ces
résultats n’ont pas été confirmés par un travail français récent.
En revanche, il est possible que l’adjonction de calcipotriol à la
puvathérapie améliore les résultats.
8- Cancers. Ultraviolets et photoprotection
:
Les propriétés antinéoplasiques de la vitamine D sont liées à ses
capacités d’inhiber la prolifération et d’induire une différentiation
normale.
Ces propriétés ont été démontrées sur divers types
cellulaires en culture, mais aussi sur des épidermes reconstruits à
partir de kératinocytes transfectés.
Ainsi, nous avons pu observer la
réversion partielle d’un phénotype tumoral intraépidermique
(histologie de maladie de Bowen) lorsque l’on ajoute des dérivés de
la vitamine D dans le milieu de culture.
Cela indique le potentiel
thérapeutique de la vitamine D, essentiellement de ses dérivés les
plus puissants en termes d’inhibition de la prolifération, dans les
cancers cutanés.
En outre, un polymorphisme des récepteurs VDR qui pourrait
altérer la réponse à la vitamine D a été retrouvé dans certaines
tumeurs, en particulier dans le mélanome malin.
Cependant, les
études cliniques concernant l’efficacité des dérivés de la vitamine D
dans les cancers cutanés sont presque inexistantes et anecdotiques.
Elles concernent les kératoses séborrhéiques, les lymphomes T où
l’association aux rétinoïdes pourrait être synergique, et des
métastases avancées de cancer du sein.
Il serait intéressant
d’évaluer l’action de la vitamine D dans des études plus complètes
portant non seulement sur les carcinomes et les états précancéreux,
mais aussi les neurofibromes et la maladie de Kaposi.
Les propriétés antinéoplasiques de la vitamine D posent un
problème plus général aux dermatologistes qui est celui de la
protection solaire.
En effet, si l’exposition prolongée aux rayons
ultraviolets est génératrice de cancers cutanés, c’est aussi sous
l’action des ultraviolets qu’est synthétisée dans la peau la vitamine
D qui, elle, a un effet préventif sur ces tumeurs.
Il est possible que la photoprotection par les écrans solaires diminue les concentrations
de vitamine D, mais ce fait est discuté.
Ces notions ont entraîné
une controverse quant à l’utilité ou la nocivité des écrans solaires
dans la prévention des cancers cutanés et en particulier du
mélanome.
Le problème se pose de façon plus importante pour les sujets âgés
qui s’exposent peu au soleil et ont des concentrations faibles en
vitamine D qui peuvent expliquer non seulement les risques
d’ostéoporose, mais aussi la recrudescence de certains cancers
cutanés et internes.
Il serait sans doute raisonnable de proposer
à cette population âgée une supplémentation par vitamine D comme
chez l’enfant, ou de conseiller des expositions solaires modérées
permettant une synthèse suffisante de vitamine D.
Conclusion
:
Les dérivés de la vitamine D constituent donc un net progrès dans la
prise en charge du psoriasis et peut-être de certains autres troubles de la
kératinisation.
Pour ce qui est des affections auto-immunes et du
cancer, il faudra attendre l’arrivée de dérivés plus performants et des
études plus complètes avant d’en apprécier le bénéfice.
La voie topique
est intéressante pour nous dermatologues, et pourra même servir de
support à une thérapie génique comme le montre un travail tout récent
utilisant l’application d’un plasmide contenant le gène de la 1-alpha hydroxylase.
Cependant, l’utilisation de dérivés administrés par voie
orale permettrait un traitement beaucoup plus simple pour nos
malades.
Malheureusement, aucune étude n’a été publiée à ce jour pour
évaluer l’effet thérapeutique systémique des dérivés à faible impact sur
le métabolisme phosphocalcique.