Coxopathies chroniques de l’adulte : diagnostic et traitement Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Convenons d’appeler coxopathies chroniques les atteintes de hanche
qui durent plus de 6 mois et qui touchent un ou plusieurs des trois
tissus constitutifs de l’articulation : le cartilage ; la
synoviale et/ou la capsule ; l’os épiphysaire si son atteinte crée des
signes articulaires.
Sortent de ce cadre :
– les coxopathies et pseudocoxopathies aiguës et subaiguës qui
n’évoluent que pendant quelques mois : coxites à germes banals ;
algodystrophie de la hanche ; fractures de contrainte du cadre
obturateur, du col ou de la tête du fémur, voire du toit du cotyle,
métastase osseuse.
Il faut cependant avoir ces diagnostics à l’esprit
puisque, devant une hanche douloureuse depuis quelques semaines,
on ignore s’il va s’agir d’une évolution assez courte ou chronique ;
– les atteintes chroniques non articulaires : bursites, tendinites,
périarthrite à rechutes, paraostéoarthropathies, douleurs de hanches
d’origine lombaire ou artérielle.
Elles sont envisagées au dernier
paragraphe en tant que diagnostic différentiel.
Étapes de l’examen et choix
d’imagerie
:
L’interrogatoire est essentiel.
Outre les antécédents, le terrain, les
habitudes alimentaires, il faut s’enquérir du début de la douleur :
date, cause déclenchante éventuelle, rapidité ou lenteur
d’installation, et faire préciser si elle a été intermittente au début
et/ou depuis quand elle est quotidienne.
Sa topographie doit être désignée du doigt par le patient en position debout (cf « coxarthrose
»).
La douleur « mécanique » est, grosso modo,
proportionnelle aux dépenses locomotrices, ou survenant pour telle
posture, tel mouvement. Elle est calmée par le repos et le
« dérouillage » matinal ne dépasse pas quelques minutes à 1 demiheure.
Ce dernier dure de 1 à plusieurs heures dans les atteintes
inflammatoires, qui créent souvent aussi une résurgence algique
nocturne durable ; toutefois, la simple stase veineuse ou
l’hydarthrose au sein de lésions non inflammatoires peut réaliser un
horaire douloureux analogue.
Enfin, le recueil de l’indice algofonctionnel ou du WOMAC (Western Ontario and Mc
Master universities osteoarthritis index) permet d’évaluer le degré de
la gêne quotidienne, qui est l’un des éléments du choix
thérapeutique.
L’examen physique comporte la recherche d’une attitude vicieuse
irréductible, d’une perte de l’arrière-pas au cours de la marche et
d’une limitation des mouvements qui est notée avec ou sans
douleur, dans les sept directions habituelles : flexion, flexion croisée,
rotations externe et interne, abduction, adduction et extension.
Avant
de faire passer en décubitus ventral, on fait exécuter la manoeuvre
du salut coxal, qui a pour but la reproduction de la douleur et se
fait en trois temps dits « maintenu, résisté et cranté » : le patient est
prié de maintenir le membre inférieur tendu à 30° au-dessus du plan
du lit pendant 10 à 15 secondes, puis de résister ainsi à la pression
de la main de l’examinateur sur la face antérieure de la cuisse, puis
de céder par petits crans « comme une roue dentée ».
On n’omet
pas la mesure de l’amyotrophie de cuisse éventuelle et la palpation
de l’aine et de la région trochantérienne.
Si l’on palpe une
tuméfaction inguinale ou si l’on soupçonne un épanchement intraarticulaire,
l’échographie est électivement indiquée ; c’est un examen
non irradiant, peu coûteux, encore insuffisamment utilisé.
Dans tous les cas, la radiographie est indispensable comme premier
examen, et l’on voit trop souvent la tomodensitométrie (TDM) ou
l’imagerie par résonance magnétique (IRM) prescrites en première
intention, alors qu’elles sont coûteuses et peu ou pas contributives
dans la coxarthrose, laquelle représente 80 ou 90 % des cas….
Le
cliché du bassin de face debout (faible coût, irradiation modeste) est
le minimum incontournable.
S’il ne suffit pas, il faut demander un
profil différent suivant l’orientation diagnostique : pour la
coxarthrose incipiens, ou postérieure, invisible de face, le faux profil
est indispensable, toujours comparatif, bilatéral, le pincement
débutant se jugeant par rapport au côté sain.
Si l’on soupçonne une
nécrose fémorocapitale, c’est le profil urétral ou le profil de
Cochin qui est indiqué, puis l’IRM, décisive en la matière.
Diagnostic positif, étiologie
et traitement :
A - LES « DEUX GRANDES »
:
L’arthrose et la nécrose fémorocapitale sont regroupées ici du fait de
leurs fréquences, certes différentes (environ une nécrose pour sept à
dix arthroses), mais très supérieures à celles des autres coxopathies
chroniques.
1- Coxarthrose
:
La fréquence de la coxarthrose dans la population occidentale est de
l’ordre de 3 à 6%chez les sujets de plus de 55 ans.
Elle est au moins
deux fois plus rare que la gonarthrose.
La coxarthrose est un peu
plus fréquente chez la femme que chez l’homme.
L’âge moyen au
début des douleurs est de 61 ans dans la coxarthrose primitive, et
de 51 ans dans les formes secondaires.
Elle est bilatérale dans
près de 45 à 50 % des cas, au moins après quelques années
d’évolution.
* Diagnostic de la forme typique :
La facilité de ce diagnostic est une notion classique qui reste vraie.
Cependant, on connaît mieux aujourd’hui certaines formes
débutantes infraradiographiques ou atypiques et certains pièges qui
sont décrits plus loin.
+ Signes fonctionnels
:
C’est essentiellement la douleur qui amène à consulter, parfois la
boiterie, rarement l’enraidissement.
La douleur débute
progressivement.
Elle est très souvent intermittente pendant des
mois ou des années, puis quotidienne.
Cependant, un début brusque
ou rapide sur quelques jours, évoquant une coxopathie aiguë ou
subaiguë, est retrouvé dans quelques cas (environ 5 à 7%).
La
localisation de la douleur risque d’être ambiguë ou trompeuse si
elle n’est indiquée que verbalement : il faut toujours demander au
patient debout d’en désigner du doigt le siège et les irradiations.
Elle est habituellement inguinale et/ou postéroexterne,
rétrotrochantérienne, mais rarement située en pleine fesse.
Elle
irradie à la cuisse (face antérieure ou externe, rarement interne ou
postérieure) jusqu’au genou et même à la face antérieure ou externe
de la jambe.
Elle peut se limiter au seul genou (5 à 10 % des cas),
d’où la règle classique : « toute douleur du genou sans atteinte
décelable de ce dernier doit faire examiner la hanche ».
La douleur
revêt un rythme mécanique, selon l’activité ou tel mouvement, telle
posture ; à ce titre, elle peut survenir brièvement la nuit, ou encore en position assise prolongée (20 % des cas).
Une douleur
nocturne durable est possible dans la coxarthrose assez évoluée
(stase vasculaire).
+ Signes physiques :
Il faut examiner le patient en position debout, en marche, en
décubitus dorsal puis ventral.
L’attitude irréductible dite vicieuse
de la cuisse sur le bassin n’apparaît généralement qu’après quelques
années d’évolution et se fait le plus souvent en flexum et rotation
externe, rarement en abduction ou adduction légère (ces dernières
pouvant créer un apparent raccourcissement du membre inférieur).
La perte de l’extension ou de la légère hyperextension normale
(5° à 10°) et plus encore le flexum entravent le pas postérieur ou
arrière-pas.
La boiterie peut aussi être créée par la douleur à l’appui.
En décubitus, les trois mouvements passifs le plus précocement
limités sont la flexion croisée (qui rapproche le genou du mamelon
du côté opposé), la rotation interne et l’extension (recherchée en
décubitus ventral).
La douleur en fin de course est habituelle, mais
non constante.
La manoeuvre du salut coxal est positive, au moins
dans l’un de ses trois modes : maintenu, résisté et « cranté » lorsqu’elle reproduit la douleur connue du patient.
L’amyotrophie de la cuisse se révèle après quelques mois ou années.
+ Radiographie :
Le cliché du bassin en position debout révèle souvent une légère
bascule due à une inégalité de longueur des membres inférieurs.
Elle n’est pathogène qu’au-delà de 2,5 à 3 cm de décalage.
Le
diagnostic de coxarthrose est généralement facile parce qu’en règle
la douleur est en retard sur les lésions ; celles-ci sont de quatre types,
se combinant en proportions très variables (un, deux, ou même trois
d’entre elles pouvant manquer) : l’ostéophytose, le pincement de
l’interligne, l’ostéocondensation, les géodes.
Théoriquement,
la lésion du cartilage est première en date et il devrait en être de
même de sa traduction radiographique, le pincement de l’interligne.
En fait, celui-ci est souvent soit discret, à évaluer au 1/2 mm, par
comparaison avec le côté opposé s’il est sain, soit antérosupérieur
ou postérieur (faux profil seul probant), soit même réellement
absent, de sorte que la réaction osseuse en marge de la
chondropathie, c’est-à-dire l’ostéophytose, apparaît plus nette et
beaucoup plus précoce.
C’est ce qui a été bien intégré dans les
critères de l’American College of Rheumatology (ACR) pour la
classification de la coxarthrose.
Cependant, ces critères
sont critiquables parce qu’ils ne comprennent que les pincements
visibles de face et parce que les formes atypiques, souvent, n’y
satisfont pas.
Un seul, en principe, suffit au
diagnostic ; cependant, l’avant-toit et la corne bordante sont souvent
incertains.
De plus, il semble pouvoir exister, surtout chez les sujets
âgés, un ou plusieurs ostéophytes modestes, sans pincement de
l’interligne, indolores, stables au fil du temps, qui sont interprétés,
soit comme un signe de sénescence, soit comme un processus
arthrosique ayant tourné court.
Le pincement de l’interligne est, de face, supéroexterne, supérieur
global ou supéro-interne.
Il est abusif de parler de pincement
interne, comme dans les critères de l’ACR : l’interface contour
interne de la tête fémorale-arrière-fond du cotyle (celui-ci dépourvu
de cartilage) ne constitue pas un interligne.
Sur le faux profil, le
pincement est antérosupérieur (plus précoce) ou postérieur.
Ce
faux profil est utile même dans la coxarthrose avérée de face pour
préciser le degré de migration antérieure de la tête fémorale, très
fréquent, et surtout pour saisir avant le stade douloureux une
coxarthrose débutante controlatérale, qui pourrait modifier
le pronostic et le traitement.
L’ostéocondensation et les éventuelles géodes (inconstantes : 30 à
50 % des cas) se forment dans la zone d’hyperpression osseuse, de
part et d’autre du pincement de l’interligne.
* Diagnostic des formes débutantes et atypiques
:
+ Coxarthrose débutante
:
Pour assurer le diagnostic, il est plus confortable de constater,
associé à une ostéophytose non toujours probante, un pincement de
l’interligne ; or, ce dernier est douteux ou absent sur le cliché de face
dans près d’un tiers des cas au début : 22 cas sur 58 dans une étude
récente.
Sur ces 22 cas, le faux profil révélait le pincement 16 fois,
soit dans trois cas sur quatre.
Il est le plus souvent antérosupérieur, plus rarement postérieur.
Il ne manquait que dans
10 % des cas (six fois sur 58) si l’on combinait face et faux profil.
Pour interpréter correctement le pincement de l’interligne, il faut
toujours comparer avec le côté sain.
Si cette référence manque
(coxarthrose ou prothèse totale controlatérale), il est utile de retenir
que l’interligne normal forme habituellement un segment de
croissant :
– de face, son épaisseur croît généralement peu ou prou de dedans
en dehors ; toutefois, cela n’est pas constant : il est des
interlignes supérieurs à limites osseuses curvilignes parallèles ;
– sur le faux profil, son dessin en segment de croissant est plus net
et habituel : il s’épaissit régulièrement de sa partie postérieure à sa partie antérosupérieure.
Les rares exceptions concernent la protrusion acétabulaire non arthrosée, dans laquelle l’espace
interosseux peut être à peu près équivalent d’une extrémité à l’autre.
Ce cas mis à part, un interligne isoépais en faux profil est
généralement déjà pathologique, signifiant un début de
pincement antérosupérieur ou supérieur.
Ceci est particulièrement
net en cas de dysplasie ou de cotyle limite, car l’hyperpression qui
en résulte, et qui se concentre en haut et en avant sous le toit
cotyloïdien insuffisant, induit en ce site, pendant la croissance, une
surépaisseur de cartilage hyalin qui renforce la silhouette en
segment de croissant.
Le pincement de la coxarthrose secondaire
ultérieure commence par annuler cette surépaisseur.
Quant à l’ostéophytose, dans la coxarthrose incipiens, elle fait défaut
dans la même proportion (10 %) que le pincement de l’interligne
tel que défini ci-dessus.
Dans la majorité des cas, l’ostéophytose est
présente au début et nous l’avons ainsi dénombrée : périfovéale
(58 %) ; double-fond, au moins ébauché (52 %) ; marginale
péricapitale supéroexterne (43 %) et inféro-interne (31 %) ; corne
bordante (33 %).
L’avant-toit était présent dans un tiers des cas,
mais souvent douteux du fait que la saillie externe du cotyle est
normalement très variable, parfois pseudo-ostéophytique.
L’ostéophytose est donc fréquente mais non constante ; en
particulier, elle manque souvent dans la coxarthrose destructrice
rapide (CDR).
Elle n’est pas non plus spécifique : chez 100 sujets
témoins de plus de 65 ans, nous avons trouvé 11 % d’ostéophytose
stable restant isolée avec 5 à 10 ans de recul.
Souvent péricapitale
ou périfovéale, modérée, elle semble manifester soit la sénescence,
soit une ébauche d’arthrose ayant tourné court (?).
Dans les cas douteux, l’ostéocondensation et/ou les géodes peuventelles
venir au secours du diagnostic de coxarthrose débutante ?
Oui. Elles doivent être évaluées dans les zones de charge souschondrales.
Isolées, elles sont parfois le premier signe de la
coxarthrose.
Elles sont en règle mieux vues sur les coupes TDM.
+ Coxarthrose infraradiographique
:
Dans quelques rares cas, la hanche est douloureuse, le terrain ou les
facteurs de risque sont ceux de l’arthrose, mais les signes
radiographiques manquent ou sont si pauvres que le doute persiste,
même après complément (indispensable) par le faux profil dûment
comparatif.
Nous en avons observé plusieurs exemples, notamment
chez les sportifs de haut niveau.
L’examen essentiel est alors
l’arthrographie couplée à l’arthroscanner.
Les deux temps sont aussi
importants l’un que l’autre :
– arthrographie avec incidences coronales et de faux profil, ce
dernier étant parfois seul probant, à la recherche d’une chondrose :
amincissement du cartilage supérieur ou ulcération chondrale
circonscrite que la substance de contraste pénètre d’autant
mieux que l’on a mobilisé la hanche et fait marcher le patient avant
de prendre les derniers clichés en position debout ;
– puis, après le délai le plus court possible, arthroscanner avec
reconstructions dans différents plans.
Malgré les progrès techniques
(acquisition spiralée ou hélicoïdale), les images reconstruites
demeurent encore assez souvent inférieures à de bonnes vues arthrographiques.
Il arrive que ces deux examens couplés révèlent
une autre lésion, soit associée à la chondrose attendue, soit isolée :
fissure, rupture ou désinsertion du bourrelet cotyloïdien,
qui n’est pas rare dans la dysplasie, ou pénétration du contraste
dans une géode sous-chondrale méconnue.
Si l’on soupçonne une
arthrose infraradiographique et si la douleur de hanche est peu
marquée ou intermittente, on peut choisir d’éviter l’arthroscanner et
de se contenter d’un suivi par radiographies échelonnées.
+ Coxarthrose destructrice rapide
:
S’il est une forme débutante à reconnaître le plus tôt possible, c’est
bien la CDR, pour laquelle Amor a proposé la mise en décharge
précoce. Elle touche des sujets de 45 à 80 ans (moyenne 65 ans) et
prédomine chez la femme : 70-80 %.
La douleur est généralement
disproportionnée (par exemple, cotée entre 50 et 80 sur l’échelle
visuelle de 100 mm) par rapport à une mobilité passive encore peu
limitée, ce qui étonne, et à une image de coxarthrose quelquefois
encore absente ou douteuse, le plus souvent présente mais peu ou
moyennement évoluée : pincement de l’ordre d’un quart à trois
quarts de l’interligne supérieur, supéroexterne ou supéro-interne,
ostéophytose pauvre ou absente.
Cette poussée algique peut
survenir au cours de la coxarthrose commune (coxarthrose
secondairement destructrice rapide).
Elle est beaucoup plus
fréquente comme modalité évolutive d’emblée, et doit faire soulever
en priorité l’hypothèse de CDR ; dès lors, il faut demander une
vitesse de sédimentation pour éliminer la coxite (elle est cependant
accélérée au-dessus de 20 mm dans 20 à 30 % des CDR), et
surtout un nouveau cliché de face et faux profil 2 à 3 mois plus tard.
La CDR, qui représente environ 5 % des cas de coxarthrose, regroupe
aujourd’hui la forme rapide : pincement de 2 mm/an et
davantage, et la forme demi-rapide : pincement de 1 à 2 mm/an.
Sur le cliché à 3 mois du précédent, il faut demander une mesure
minutieuse de l’interligne au site le plus pincé pour déceler, grâce à
une loupe intérieurement gravée au 1/10 mm, une dégradation de
1/4 à 1/2 mm, constituant le minimum de chondrolyse rapide
attendue pour un trimestre.
Elle est souvent beaucoup plus
importante.
Dès lors, on peut faire une ponction si
l’échographie montre un épanchement et prescrire avec conviction
la privation d’appui grâce à deux cannes anglaises.
La recherche de
la chondrocalcinose articulaire (CCA) s’impose devant une CDR.
Elle est en cause dans près d’un tiers des cas pour Menkès et al.
On recherche le liseré opaque caractéristique sur la hanche
controlatérale, le pubis, et surtout les genoux (en général, les
premiers atteints) et le poignet, ainsi que les microcristaux calciques
dans le liquide synovial ponctionné.
Sur cinq liquides de CDR, nous
avons trouvé dans quatre cas des cristaux banals d’hydroxyapatite,
associés une fois à des cristaux de pyrophosphate de calcium, et un
seul prélèvement sans cristaux.
Dans cette même étude, nous avions trouvé d’autres facteurs favorisants de CDR dans les trois
quarts des cas : surmenage locomoteur (50 %) et excès pondéral
associé ou isolé (25 %).
L’évolution de la CDR comporte une ostéolyse rapide qui suit la chondrolyse et ovalise la tête fémorale et/ou rehausse le toit du
cotyle. On a accusé l’indométacine de favoriser cette évolution.
Le pronostic de la CDR est mauvais.
Certes, nous avons
personnellement observé des CDR qui tournaient court, devenant
des formes communes après quelques mois à 1 an, sans traitement
particulier.
Dans l’ensemble, plus le pincement de l’interligne est
rapide, plus grandes sont les chances d’aggravation obligeant à une
prothèse totale dans les 3 ans qui suivent, ce qu’a bien montré
l’étude prospective de Dougados et al sur 428 coxarthroses.
Les résultats des prothèses totales de
hanche (PTH) pour CDR semblent très proches de ceux obtenus
dans la coxarthrose commune.
À l’examen anatomique, les lésions
sont celles de l’arthrose, avec une synoviale hyperplasique, macrophagique, très vascularisée.
Un cas particulier est celui de la nécrose fémorocapitale avec
chondrolyse rapide presque contemporaine, de très mauvais
pronostic fonctionnel.
+ Coxarthrose postérieure :
Elle compte pour 7 à 10% des coxarthroses, prédomine chez la
femme et peut débuter dès 35-50 ans. Elle est soit primitive, soit
secondaire à une protrusion acétabulaire franche ou fruste (coxa
profunda) ou à une rétroversion du col fémoral.
Elle est volontiers
plus enraidissante que la forme commune et entraîne souvent un
flexum prononcé. Sur le cliché de face, le pincement est soit
absent, soit supéro-interne et l’ostéophytose paraît prédominante.
Il
existe parfois un élargissement de l’interligne supéroexterne.
En fait,
ce sont là des images tardives.
Dans la série princeps, l’image de
face était subnormale, non probante ou même normale dans plus de
la moitié des cas.
Or, le faux profil révèle dès le début le trait
majeur : le pincement de l’interligne postéro-inférieur ou postérieur
et/ou l’ostéophytose de la corne postérieure.
Il permet aussi de
soupçonner une rétroversion du col qui induit
l’hyperpression et l’arthrose postérieure, et qui doit être mesurée
par TDM.
L’évolution de la coxarthrose postérieure est, dans un tiers des cas,
émaillée de douleurs fulgurantes plus ou moins espacées avec
parfois sensation de blocage.
Mais le « fond douloureux »
est en règle moins marqué que dans les coxarthroses à pincement
supérieur, et l’évolution y est souvent plus lente, longtemps ou
parfois définitivement non chirurgicale.
+ Coxarthroses à douleurs atypiques
:
Outre la douleur disproportionnée, il convient de
retenir :
– les douleurs posturales insolites.
La douleur en position assise à
court terme oblige certains patients à terminer leur repas debout.
Chez d’autres, c’est l’adduction qui est intolérable, ou une autre
position plus complexe ;
– les douleurs fulgurantes. Les patients parlent souvent de blocage
ou de « paralysie ».
De fait, la douleur fulgurante, brusque, brève
(habituellement quelques secondes à moins de 1 min) déclenche une
sidération musculaire par réflexe proprioceptif.
Tantôt fréquente,
tantôt espacée, elle survient généralement au cours de la marche
rapide ou d’un faux-pas, ou encore en se relevant de la position
assise, ou debout lors d’une rotation du tronc.
Elle est parfois
inopinée.
Les douleurs fulgurantes n’ont pas d’explications
biomécaniques précises.
Elles sont parfois limitées dans le temps,
disparaissant après quelques mois ou années.
Les blocages vrais sont très rares.
Ils sont quasi indolores, résultant
peut-être d’un réflexe proprioceptif hyperprécoce d’évitement de la
douleur fulgurante, car les causes déclenchantes sont analogues.
Le
patient se « débloque » généralement au prix de quelques
mouvements précautionneux.
* Diagnostic étiologique Facteurs de risque
:
Depuis les années 1980, on parle de facteurs de risque plutôt que de
« causes », la coxarthrose étant souvent multifactorielle.
Les facteurs
nouvellement acquis ou mieux connus sont le surmenage
locomoteur (divers sports de compétition, travaux en charge sur les
membres inférieurs) et l’héritabilité.
Les facteurs de risque doivent
être recherchés systématiquement devant toute coxarthrose ; ils sont
la base du diagnostic étiologique, mais peuvent aussi aider au
diagnostic positif dans les formes atypiques ou douteuses et orienter
fondamentalement la décision thérapeutique.
Presque tous sont
lisibles sur la radiographie, quelques-uns ressortissent à
l’interrogatoire et un seul à l’examen.
+ Dysplasie et subluxation congénitales
:
Elles restent la cause majoritaire : près de 30 % des cas.
C’est la seule
qui peut faire l’objet d’un traitement d’arrêt de l’arthrose : butée
et/ou ostéotomie (fémorale et/ou cotyloïdienne), si certaines
conditions sont remplies : arthrose peu ou moyennement évoluée,
mais déjà douloureuse, âge inférieur à 45-50 ans, bilan précis des
vices architecturaux corrigibles.
Les formes modérées de
dysplasie sont difficiles à affirmer sans coxométrie.
Nous avons
construit et fait éditer un nouvel instrument, le fémorocoxomètre(1)
qui s’applique aussi bien aux clichés réduits (numérisés) que
classiques et permet la mesure de tous les paramètres de la dysplasie.
La subluxation congénitale est séparée de la dysplasie par une limite
convenue : le cintre cervico-obturateur est disjoint dans l’une,
conservé dans l’autre.
Ces malformations sont composées en
proportions très variables :
– d’une insuffisance cotyloïdienne : toit trop court, trop oblique en
haut et en dehors, couvrant insuffisamment la tête en dehors (angle VCE) et en avant (angle VCA) ;
– d’une malfaçon fémorale : angle col-diaphyse CC’D trop obtus
(coxa valga) et parfois antéversion exagérée du col
fémoral.
Les travaux anciens sont cohérents entre eux concernant le rôle de
la dysplasie : elle est la cause de l’arthrose dans 24 %, 25 %, 30 % et
20 % des cas en Europe et jusqu’à 30 ou 40 % aux États-Unis.
Trente-deux hanches dysplasiques suivies par Cooperman
pendant 22 ans deviennent arthrosiques dans 22 cas, mais après un
délai très variable, sans corrélation « effet-dose de malformation ».
Certains épidémiologistes ont nié ou minimisé le rôle de la
dysplasie, mais sur des clichés d’urographie ou du bassin sans
dépister la coxa valga ni explorer le plan antéropostérieur.
Or, le
faux profil révèle souvent, d’une part une malcouverture de la tête
par le toit plus marquée en avant qu’en dehors et/ou une
hyperantéversion du col (à mesurer par coupes TDM appropriées),
et d’autre part un pincement débutant antérosupérieur, tous
éléments non visibles de face.
Le faux profil est donc
indispensable. Rappelons enfin que, même sur le seul cliché du
bassin de face, notre série-témoin de 250 sujets sans coxarthrose de 65 à 85 ans
atteste bien la responsabilité de la dysplasie chez les
arthrosiques, où elle est significativement plus fréquente.
+ Caput varum (ex-coxa vara des adolescents ou coxa retrorsa)
:
Il est en règle modéré, sans antécédent douloureux dans
l’adolescence, et doit donc être recherché systématiquement avant
de tenir la coxarthrose pour primitive, et au besoin mesuré au fémorocoxomètre.
Il est fréquent chez les anciens sportifs ou
les travailleurs de force actifs pendant l’adolescence.
Un caput
varum modéré (tilt deformity) est retrouvé chez les coxarthrosiques dans 40 %
des cas par Murray, 39 % par Harris, 15 % par nous-mêmes.
+ Protrusion acétabulaire congénitale
:
Elle comporte une forme franche, mesurable au débord AF-II
(> 3 mm chez l’homme, 6 mm chez la femme) et une forme
fruste, la coxa profonda (débord AF-II plus restreint), de
responsabilité douteuse.
Fruste ou franche, elle comporte souvent une rétroversion du col fémoral.
La coxarthrose est le plus
souvent postérieure (et supéro-interne de face).
Elle peut être
précoce et très gênante chez la femme jeune.
+ Dysmorphies acquises
:
Parmi les dysmorphies acquises, citons la coxa plana facile à
reconnaître (tête ovale sur col court) et les séquelles de coxite ou de
coxopathie hémophilique, dysmorphies très irrégulières.
+ Traumatisme ancien
:
Le traumatisme ancien, dont il faut s’enquérir, est bien mémorisé
s’il s’est agi d’une fracture ou d’une luxation, moins bien en cas de
simple contusion.
Celle-ci, choc direct trochantérien ou grand écart
accidentel, peut engendrer une coxarthrose à douleur différée des
années plus tard.
Les conditions médicolégales d’imputabilité
doivent être précisées.
Les arthroses survenant après luxation,
associée ou non à une fracture du cotyle, ne posent généralement
pas de problèmes médicolégaux.
Parmi les cinq conditions proposées, seule la réalité du
traumatisme et les conditions 3 et 4 sont exigibles sans réserve.
La
condition 2 peu manquer et, concernant les conditions 1 et 5, on
peut, si les autres conditions sont remplies, se contenter d’une haute
probabilité.
+ Sports de compétition :
Certains sports de compétition, et même d’amateur, pratiqués dès
l’adolescence à un bon niveau pendant de nombreuses années, est
une cause indiscutable de coxarthrose.
Une revue générale récente
l’atteste.
Par rapport à une population témoin non ou peu
sportive, le risque relatif (RR) estimé est, en moyenne, dans les
sports exposant au risque, le suivant : football, rugby, judo, handball,
tennis, basket-ball : 1,5 (amateurs), 2 à 2,5 (joueurs moyens), et 3 à
5 (élite).
Exemple : 14 % de coxarthroses chez les footballeurs d’élite
contre 4 % chez les moyens (et 2,8 % chez les témoins appariés en
âge).
La course de longue distance touche peu les amateurs, mais
les marathoniens professionnels s’exposent à un risque accru
d’arthrose.
Ces grandes enquêtes portent sur des sujets de plus de
50 ans, mais la coxarthrose juvénile n’est pas rare : nous en avons
observé plus de 25 cas en 10 ans chez des sportifs de 20 à 36 ans, de
bon niveau mais non toujours professionnels.
La coxarthrose est plus
précoce et plus fréquente s’il existe une dysplasie méconnue, ce qui
est fréquent chez les danseurs(euses).
Le RR va jusqu’à 4 et même 8
si un travail de force s’ajoute au sport.
+ Travail à fort impact :
Un travail à fort impact sur la hanche accroît à lui seul le RR : 2 à
8 chez les fermiers, 5 à 7 chez les danseurs professionnels et, en
général, 1,5 (femmes) à 3 (hommes) quand les travaux debout
comportent charges, escaliers, sauts.
Une autre étude trouve
également un RR de 2,5 chez les hommes exposés à un dur
travail. Une méta-analyse sur 17 travaux valables ne confirme pas
comme certaine la liaison travail-coxarthrose chez les fermiers.
+ Facteur génétique
:
Il ressort bien de deux études anglaises récentes.
Dans la parenté au
premier degré de 1 402 coxarthrosiques opérés, le RR était, pour les
pincements moyens et sévères, respectivement de 2 à 4 pour les
femmes, de 5 à 10 pour les hommes.
Chez 1 222 jumeaux
(167 monozygotes, 449 dizygotes), d’âge moyen 53 ± 7,5 ans, la
concordance de coxarthrose était trois fois plus forte chez les
monozygotes.
Ceci correspondrait à une héritabilité de l’ordre de
60 %.
Un facteur racial a aussi été étudié avec des résultats
disparates suivant les continents.
+ Trouble statodynamique majeur
:
Il est retrouvé dans 1 à 2 % des coxarthroses.
L’inégalité de longueur
des membres inférieurs semble devoir excéder 3 à 4 cmpendant plus
de 30 ans pour être arthrogène.
Il peut s’agir aussi d’une ankylose
de l’un des genoux ou de la hanche controlatérale ou d’un autre
trouble : l’étude de 44 vétérans américains amputés (guerre de
1941-1945) a montré 61 % de coxarthroses du côté amputé et 25 %
controlatérales, versus environ 10 % « attendues » dans la
population générale.
Le risque est trois fois plus grand (RR = 3) si l’amputation a été faite au-dessus du genou.
Ceci montre bien
l’importance du facteur microtraumatique par perte des fonctions
de mobilité et d’amortissement (prothèse) du membre inférieur
homolatéral.
+ Excès pondéral
:
L’excès pondéral, qui est un facteur favorisant majeur de la
gonarthrose, semble moins intervenir dans la coxarthrose.
Cependant, l’excès pondéral vers 40 ans est associé à un risque accru
de coxarthrose : RR = 2,3 à 2,9.
+ Coxarthroses multifactorielles :
Trouver deux ou trois facteurs de risque
associés peut modifier la stratégie thérapeutique
C’eût été là traiter une seule cause avec de
grandes chances d’échec à court terme, les deux autres facteurs ici
présents, sport de compétition et hérédité, prenant à coup sûr une
part importante dans l’évolution.
Même raisonnement en cas
d’antécédent de travail de force, de traumatisme de la hanche, ou
d’une autre cause associée.
* Traitement :
+ Stratégie générale :
Il n’y a guère qu’une seule grande cause de coxarthrose corrigible :
c’est la dysplasie ou la subluxation congénitale, mais au prix d’une
chirurgie assez lourde qu’il ne faut conseiller qu’avant 45 ans et
compte tenu d’autres conditions favorables.
Dans les autres
formes secondaires ou dans les formes évoluées et dans la
coxarthrose primitive, la stratégie est : traitement conservateur
médical et physique tant qu’il donne un résultat acceptable, puis PTH lorsque la gêne douloureuse correspond à un handicap
important, jugé par l’indice algofonctionnel et l’autoévaluation du
patient.
+ Chirurgie correctrice précoce :
– Buts, moyens et résultats
– La butée ostéoplastique vise à améliorer la couverture de la tête
fémorale par un double greffon osseux corticospongieux, prélevé sur
la crête iliaque et placé à force dans un rail creusé à la partie externe
et antérieure du cotyle.
La capsule interposée se transforme
progressivement en fibrocartilage.
Les suites sont simples,
permettant une reprise complète de l’appui vers le troisième mois et
une reprise progressive de l’activité sans boiterie résiduelle après
3 mois ou plus tôt s’il s’agit d’une butée armée.
La butée doit être
bien constituée : trop petite ou trop haute, elle est inefficace ; trop
massive, elle peut enraidir.
Bien indiquée et bien réalisée, la butée
donne le plus souvent une rémission clinique d’une douzaine
d’années.
Dans une étude récente, la probabilité du maintien du
bon résultat est de 80 % à 10 ans, 60 % à 15 ans et de 40 % à 21 ans.
Une arthrose préopératoire, même moyenne, fait chuter ces résultats.
– L’ostéotomie du bassin de Chiari vise à assurer une meilleure
couverture de la tête fémorale et à médialiser la hanche ; il s’agit
d’une ostéotomie de l’os iliaque, transversale, sus-cotyloïdienne,
extra-articulaire, légèrement ascendante en haut et en dedans, suivie
d’une translation interne du fragment inférieur rendue possible
grâce à la souplesse relative de la symphyse pubienne.
Elle
consolide en 2 mois environ.
La boiterie postopératoire dure
généralement de 4 à 9 mois.
Les bons résultats sont en moyenne de
70 % chez les sujets jeunes (< 45 ans) avec des écarts de 55 à 90 %.
Cette ostéotomie remplace avantageusement la butée lorsque le toit
dysplasique est trop oblique pour implanter une butée de façon
satisfaisante.
Cependant, il s’agit d’une intervention plus difficile
que la butée, extrêmement « opérateur-dépendante » et source de
plus de complications.
Cela est encore plus vrai de :
– l’ostéotomie de Ganz relativement récente, plus complexe (triple
section péricotyloïdienne), qui permettrait de basculer mieux le
cotyle en dehors et en avant ;
– l’ostéotomie de varisation de Pauwels est destinée à corriger la
coxa valga en soustrayant un coin osseux interne.
Elle doit
ramener l’angle cervicodiaphysaire aux environs de 125°.
Elle
s’adresse à des arthroses qui peuvent être assez évoluées, dont le
pincement de l’interligne est de 50 à 80 % par exemple, à la
condition sine qua non que la congruence articulaire soit conservée
ou améliorée lors de l’épreuve radiographique de reposition en
abduction à 20 et 30°.
C’est un préalable indispensable. Les
suites opératoires comportent au moins 3 mois de privation d’appui
et 3 à 6 mois de rééducation.
Le moyen fessier est détendu, donc
affaibli par la varisation qui rehausse le grand trochanter, ce qui
détermine une boiterie.
La récupération de la marche normale n’est
souvent obtenue qu’au bout de 12 à 18 mois.
Cette intervention
assure l’indolence dans les trois quarts des cas au prix d’un
raccourcissement de 1 à 2 cm.
Après 10 ans de recul, les résultats
sont bons dans 76 % des cas et moyens dans 12,5 %.
On passe à près
de 90 % de succès si l’on se préoccupe de corriger les malfaçons
dans le plan sagittal.
– L’ostéotomie intertrochantérienne de dérotation vise à corriger
l’hyperantéversion du col fémoral mesurée par TDM.
Elle s’exécute
à partir du même foyer d’ostéotomie que la varisation.
– Indications de la chirurgie correctrice
Il faut retenir deux principes : corriger le vice architectural le plus
tôt possible avant l’arthrose avérée, mais ne pas opérer une hanche indolore.
Sont candidates les dysplasies à douleur quotidienne ou à
douleur intermittente répétée occupant 30 à 50 % des jours de
l’année par exemple, ou gênant telle activité importante.
Quant aux
malformations indolores, elles sont surveillées par l’examen clinique
annuel et radiographique tous les 2 ans.
L’âge est un élément
essentiel de la décision : la chirurgie correctrice est licite avant
45 ans, discutable entre 45 et 55 ans et laisse place à la PTH au-delà
de 55 ans.
En effet, à 45 ans, le taux d’échec à 10 ans de recul est de
35 % pour l’ostéotomie de varisation et de plus de 50 % pour
l’ostéotomie de Chiari et de Ganz.
L’indication de butée ou
d’ostéotomie fémorale peut être soutenue, même parfois entre 45 et
50 ans, au prorata des arguments suivants dûment évalués :
– la dysplasie est douloureuse ;
– l’arthrose est absente ou peu évoluée (par exemple, pincement de
25 à 50 %) ;
– l’arthrose n’est pas multifactorielle, mais semble due à la seule
dysplasie ;
– la correction nécessaire n’est pas trop complexe comme le serait,
par exemple, l’association d’un Chiari ou d’un Ganz à une
varisation ;
– le/la patient(e), dûment informé(e), accepte les suites et la
rééducation assez longues.
Quant au type d’intervention indiqué, il dépend de l’inventaire de
la déformation : l’insuffisance cotyloïdienne « pure » implique la
butée ; cependant, si le toit du cotyle est trop oblique ou si l’arthrose
paraît un peu avancée pour une butée, l’ostéotomie de Chiari est
indiquée.
De même dans les hanches assez excentrées.
La coxa valga
pure ou prédominante conduit à l’ostéotomie de varisation si
l’épreuve de reposition en abduction montre une congruence
particulière favorable.
S’il y a à la fois insuffisance
cotyloïdienne franche et coxa valga, il faut corriger les deux vices
par, d’une part une butée, d’autre part une ostéotomie varisante.
Enfin, il faut se préoccuper du plan sagittal ou dit « de profil » :
corriger l’insuffisance cotyloïdienne antérieure par une butée en
avant et l’excès d’antéversion du col par une dérotation hausse les
bons résultats à près de 90 % contre 70 % seulement si l’on ne se
préoccupe que du plan coronal comme l’ont montré A Lemoine et al.
+ Traitement médical
:
Une prise en charge multifactorielle est nécessaire, qui permet
généralement une amélioration de la douleur et une diminution du
handicap.
– Éducation des patients et action psychothérapique
C’est un point important du traitement.
La « prise en charge » et le
suivi ont une efficacité certaine, qui va jusqu’à rendre moins algiques
les arthrosiques à qui l’on a fait téléphoner tous les mois par un
auxiliaire médical (J. René et al).
– Économie articulaire
Elle est très importante et comporte les mesures suivantes :
– le repos relatif : il faut réduire la marche, abréger le piétinement
et surtout éviter le port de charges lourdes.
Une activité soutenue et
prolongée peut être source de douleurs importantes.
Le patient doit
apprendre à trouver un juste équilibre, faisant alterner périodes
d’activité et de repos, sans « forcer » sa hanche : « peu, mais
souvent » comme le suggère Dieppe ;
– le port d’une paire de talonnettes élastiques réduit le choc de
l’impact du talon au sol qui se transmet à la hanche ;
– la prévention du flexum vicieux progressif consiste en repos en
décubitus ventral 1 demi-heure par jour, la cuisse en extension
complète, voire en hyperextension ;
– le port d’une canne, tenue en principe du côté sain, réduit la
charge d’au moins 20 à 30 % sur la hanche malade.
C’est
probablement le meilleur traitement de fond ;
– la réduction pondérale : chaque kilogramme perdu soustrait 2 à
3 kg à la hanche lors de l’appui à chaque pas ;
– les sports : ils doivent être interdits, à l’exception de la natation et
de la bicyclette.
On peut tolérer le golf et la marche raisonnable dans
les coxarthroses peu évolutives.
– Traitement médicamenteux
Les thérapeutiques pharmacologiques actuelles sont purement
symptomatiques, d’action rapide : antalgiques, anti-inflammatoires
non stéroïdiens (AINS), ou retardée : antiarthrosiques
symptomatiques d’action lente (AASAL).
Il n’existe pas actuellement
de traitement structuromodulateur (terme remplaçant
« chondroprotecteur ») freinant notablement l’arthrose.
– Antalgiques
– Le paracétamol est le produit de choix à utiliser en première
intention.
C’est l’antalgique le plus sûr.
Il est souvent utilisé à
doses insuffisantes : 3 à 4 g/j sont généralement nécessaires.
L’insuffisance hépatique et l’hypersensibilité au produit sont les
seules contre-indications.
L’association du paracétamol au dextropropoxyphène (Di-Antalvict, Propofant) ou à la codéine
permet un certain gain d’efficacité, mais au prix d’assez
fréquents effets secondaires, notamment chez les sujets âgés :
nausées, constipation, rétention urinaire, somnolence, voire
confusion mentale.
– La floctafénine (Idaract) paraît aussi efficace que le
paracétamol à la dose de 2 comprimés le matin, 1 au milieu du
jour et 1 le soir.
Comme le paracétamol, elle peut être prise
hors repas.
Elle expose au risque de réactions allergiques parfois
sévères.
– Le tramadol est un antalgique paramorphinique qui peut être
tenté à la dose de 50 à 200 mg/24 h.
Les effets secondaires sont
fréquents : nausées et même vomissements, somnolence,
vertiges, céphalées, constipation. Ils semblent moindres avec la
forme à libération prolongée.
– Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Les AINS sont un traitement de choix de la douleur arthrosique
de la hanche et du genou, mais leur tolérance pose problème en
termes d’effets secondaires systémiques, notamment gastrointestinaux.
Les intolérances bénignes (épigastralgies, nausées,
abdominalgies, troubles du transit) surviennent dans 10 à 40 %
des cas, avec obligation d’arrêt du traitement dans 5 à 10% des
cas au moins.
Il a été dit que les antalgiques étaient aussi efficaces
que les AINS, ce qui est largement inexact dès que la douleur
atteint un certain seuil.
La dose d’AINS doit être adaptée au
minimum nécessaire et peut varier selon l’activité.
L’association
d’un antalgique peut permettre de la réduire.
En revanche, il ne
faut pas associer un AINS et l’aspirine, sauf aux petites doses
antiagrégantes.
Les formes « retard » et les oxicams à prise
uniquotidienne donnent lieu à une meilleure observance, mais ne
sont pas recommandables chez les sujets âgés.
L’arrivée des AINS anti COX-2 spécifiques et, d’ores et déjà, l’association de
misoprostol (Cytotect) et mieux encore d’oméprazole (Mopralt,
Zoltumt) aux AINS classiques diminue beaucoup l’occurrence des
gastralgies, gastrites, ulcères gastroduodénaux et même
probablement de leurs complications graves, naguère
responsables de 20 à 30 % des hospitalisations et décès pour
ulcères peptiques à plus de 65 ans : hémorragie (ne pas associer
AINS et anticoagulants), perforation, qui peuvent survenir sans
prodromes.
Rappelons l’absence de corrélation entre symptômes
et lésions en la matière.
Cette protection gastrique doit être
systématique chez les sujets de plus de 65 ans et chez les anciens
ulcéreux ou gastritiques avérés.
Les complications rénales
possibles : insuffisance aiguë ou subaiguë, contre-indiquent les AINS chez ceux dont la créatininémie est élevée.
Quant à la
nocivité sur la vie cartilagineuse (accélération du pincement), elle
n’est très probable que concernant l’indométacine.
Classe relativement récente, les AASAL, actuellement sans
vertu structuroprotectrice enregistrée, ont en commun un effet
modéré et différé (8 semaines environ) sur la douleur et une
rémanence (persistance de l’effet) de quelques semaines.
Trois sur
quatre (l’exception est le sulfate de glucosamine) ont leur
autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.
Ce sont le
sulfate de chondroïtine (Structumt 1,5 g/j, Chondrosulft 1,2 g/j),
les insaponifiables d’avocat et de soja (Piasclédinet, une gélule
par jour) et la diacerhéine (Art 50t, 100 mg/ j).
Ils sont bien
tolérés, à l’exception de la diacerhéine qui entraîne souvent, soit
des selles molles ou une diarrhée (40 % des cas), obligeant à cesser
le traitement dans 12 % des cas, soit des abdominalgies (32 %).
Les chances de succès sont d’environ 45 % (versus 25 % sous
placebo).
Au cours du troisième mois d’AASAL, il faut donc
impérativement savoir si le patient a pu diminuer ou supprimer
l’AINS associé.
Dans le cas contraire, l’AASAL devient sûrement
inutile.
– Infiltrations intra-articulaires de corticoïdes
Elles peuvent être faites exceptionnellement en cas de poussée
douloureuse rebelle, et uniquement en milieu spécialisé sous écran.
– Rééducation fonctionnelle
Sa place est bien définie : elle n’a pas d’action antalgique, mais lutte
valablement contre l’enraidissement, le flexum progressif, ainsi que
l’amyotrophie.
+ Chirurgie palliative tardive : PTH
Dans l’ensemble, sauf exception dont la CDR, les traitements
médical et physique permettent une fonction acceptable pendant 5 à
10 ans.
La PTH est indiquée, en principe au-delà de 55 ans, dans les
coxarthroses résistantes au traitement conservateur.
La clé de la
décision n’est pas l’aspect radiographique, mais l’état clinique :
degré de la douleur (échelle visuelle analogique) et surtout score de
l’indice algofonctionnel des coxopathies (IAFC).
La PTH est justifiée lorsque le score dépasse dix à 12 points sous
traitement médical valable.
On peut toutefois y consentir
à partir de huit points si l’autoévaluation du patient
implique, avec raisons valables, un handicap plus marqué que ne
l’indiquait le score de l’IAFC.
L’importance de la raideur, de
l’attitude vicieuse, de l’amyotrophie surveillées régulièrement
compte aussi.
La PTH cimentée du type Charnley-Kerboull (tête en métal, cotyle
en polyéthylène) donne, chez les sujets de plus de 55-60 ans, 95 %
de bons résultats à 10-15 ans de recul et 85-90 % à 20 ans.
La
longévité de la PTH est un peu moins bonne chez les sujets jeunes,
plus actifs (35-55 ans), pour lesquels la prothèse à tête et cotyle en
céramique (coefficient d’usure presque nul) paraît spécialement
indiquée.
Ses résultats sont bons dans les mêmes proportions,
mais le recul n’est que de 10 ans.
La PTH demande 10 à 15 jours d’hospitalisation.
La rééducation est
le plus souvent inutile.
La reprise de l’appui est progressive (cannes
anglaises) mais précoce, sauf dans les PTH à tige fémorale non
cimentée où l’appui complet est différé de 2 à 6 semaines.
La reprise
de l’activité habituelle se fait après 2 à 3 mois.
2- Nécrose de la tête fémorale (NTF)
:
C’est la plus fréquente et la plus sévère des nécroses épiphysaires.
L’IRM en a facilité le diagnostic au point de faire découvrir de
nombreuses formes silencieuses.
La NTF touche surtout l’homme
de 40 à 60 ans.
Elle est souvent bilatérale (mais volontiers
asymétrique), d’emblée ou secondairement.
La douleur de hanche
n’a pas de spécificité ; la limitation de mobilité est habituellement
modeste, voire absente au début.