Coxopathies chroniques de l’adulte : diagnostic et traitement
(Suite) Cours de l'appareil locomoteur
* Diagnostic positif
:
Il repose sur l’imagerie.
La radiographie peut suffire s’il existe déjà
sur la face ou le profil urétral un décroché ou une ovalisation
attestant un enfoncement d’une partie du contour de la tête
fémorale.
Le signe de la « coquille d’oeuf » avec ou sans enfoncement
est également pathognomonique et mieux vu en profil urétral ou de
Cochin ou de face en incidence oblique ascendante ou sous
traction.
Avant ces stades, les images
radiographiques ne sont que peu ou pas probantes et l’IRM est
indispensable, qui permet aujourd’hui d’éviter la scintigraphie
(hyperfixation de la tête fémorale, souvent massive mais non
spécifique, sauf rare image en « cocarde ») et la TDM (fractureenfoncement
sous-chondrale en coupes axiales).
L’IRM sert au
diagnostic (sensibilité 80 à 100 %, spécificité d’au moins 90 %) et au
pronostic.
Ce sont :
– le foyer de nécrose, de signal normal au début, et qui peut devenir
hétérogène tardivement, voire entièrement obscurci, se confondant
alors avec le liseré ;
– ce liseré est le signe essentiel ; il correspond au tissu conjonctivovasculaire qui délimite le foyer nécrotique ; c’est une
ligne en hyposignal en T1 et en T2, qui a souvent une forme circinée,
irrégulière, mais qui, éléments cruciaux, est grossièrement concave
vers le haut et dont les extrémités se raccordent sans faille au
contour de la tête fémorale.
Dans la moitié des cas, à cette ligne est
accolé un doublon, un liseré en hypersignal de même contour ;
– l’épanchement articulaire, fréquent, se marque en hyposignal en
T1 et surtout est net en hypersignal en T2 ;
– l’oedème intraosseux, inconstant, estompe le signal de la graisse,
diminué en T1.
Cette image magnétique se forme en 3 à 6 mois,
comme l’attestent les cas post-traumatiques ou postcorticothérapiques.
Il existe une forme d’emblée sévère de NTF ; c’est celle qui
s’accompagne d’une chondrolyse rapide dès son début.
Cependant, l’image de nécrose, radiographique ou magnétique, est
la première en date, mais parfois encore modeste, d’où la difficulté
du diagnostic.
Il s’agit habituellement de sujets âgés, ce qui laisse
supposer un cartilage fragile (« préarthrosique » ?).
* Diagnostic différentiel
:
Le plus délicat est la fracture de contrainte de la tête fémorale due à
l’insuffisance osseuse.
Elle survient presque toujours chez des sujets
âgés, ostéoporotiques, cependant parfois méconnus comme tels.
Le
liseré est parallèle au contour de la tête fémorale mais ne lui est pas
raccordé (liseré ouvert) et est séparé de lui par un croissant en hypersignal en T2 ou sous contraste.
Mais il est des nécroses
atypiques qui dessinent un croissant sous-chondral sans liseré de
démarcation (10 % des cas), demeurant en hyposignal en T1, T2 et
T1 après gadolinium, cependant d’épaisseur supérieure ou égale à
6 mm, et ainsi distinguables de la fracture de stress.
L’algodystrophie de la hanche ne comporte pas de liseré (sauf
parfois celui, sous-chondral, d’une fracture de contrainte surajoutée),
mais seulement un oedème médullaire, en règle très marqué, de la
tête fémorale et du col, plus ou moins étendu.
Ni la fracture de
contrainte, ni l’algodystrophie ne passent à la chronicité.
* Diagnostic étiologique
:
+ Causes certaines
:
Ce sont le traumatisme : fracture, luxation ou simple contusion avec,
pour cette dernière, les critères d’imputabilité de 1973 révisés en
1998, le barotraumatisme et la drépanocytose
homozygote.
+ Facteurs de risque :
Les facteurs de risque, dont le mécanisme étiopathogénique est
moins clair, peuvent suggérer le diagnostic dès la première
consultation.
Ce sont avant tout l’alcoolisme et la corticothérapie,
surtout à doses élevées ou irrégulières (5 à 35 % des NTF),
cependant non nocive en bolus ni à doses modérées pour
polyarthrite ; l’hypertriglycéridémie (le bilan lipidique est toujours
indispensable), rarement la grossesse, quelquefois la maladie de
Gaucher.
Un facteur de risque nouvellement acquis est l’infection
par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) (plus de 30 cas
publiés).
Les NTF idiopathiques se chiffrent à environ 30 %.
* Stratégie thérapeutique selon le stade et le pronostic
:
L’étape péjorative à prévoir est le passage des stades I ou II au stade
III : la survenue du collapsus céphalique est plus fréquente chez les
cortisonés et les alcooliques (85 et 88 % d’occurrence) que dans la
forme idiopathique (60 %).
Elle correspond le plus souvent à une
aggravation et à une impotence douloureuse chronique.
Elle
survient dans un délai très variable.
Le paramètre majeur du
pronostic est l’étendue de la nécrose estimée ou, mieux, calculée sur
les coupes IRM, de préférence en combinant deux plans de coupe.
Le pronostic est favorable si la nécrose n’occupe que 20 à 25 % de la
surface magnétique de la tête fémorale et moins de 50 % de la
surface portante.
Au-delà, il est intermédiaire ou mauvais au prorata
de l’aire nécrosée. Le traitement médical est purement
symptomatique et comporte le repos et/ou la mise en décharge, qui
soulage souvent mais ne change pas l’évolution lésionnelle, et les
médications indiquées dans la coxarthrose.
La décision de PTH
obligée, très fréquente, se prend, même chez les sujets de moins de
50 ans, sur les mêmes éléments que dans une coxarthrose,
c’est-à-dire chez ceux qui sont rebelles au traitement médical
pendant plus de 6-12 mois avec un indice algofonctionnel dont le
score dépasse 10 ± 2 points.
Dans les situations intermédiaires, des
interventions non prothétiques ont été proposées : forage, à vrai
dire bien peu salvateur, sauf peut-être si l’on y ajoute l’implant d’un
greffon pédiculé ou de cellules mésenchymateuses de la moelle
osseuse ou de bone morphogenic protein (études en cours).
L’ostéotomie de varisation-flexion n’est valable que si le recentrage
met hors de pression la majorité de l’aire nécrosée.
De même pour
l’ostéotomie rotatoire de Sugioka, difficile à réaliser et à fixer,
réservée à des NTF :
– idiopathiques ou sans facteur de risque pérenne ;
– n’atteignant pas le centre de la tête fémorale ;
– chez des sujets de moins de 40 ans.
Elle a pu donner à certains jusqu’à 80 % de succès pendant 10 ans
au moins.
D’ambition plus modeste est le resurfaçage partiel
couvrant la zone nécrosée qui a donné à Siguier et al deux tiers de
bons résultats, mais avec 4 ans de recul seulement.
B - SYNOVIOPATHIES ET CAPSULITE
:
Les affections qui suivent ont en commun l’atteinte première de
l’enveloppe articulaire : la synoviale, la capsule.
Cependant, leurs aspects sont
variés.
1- Coxites infectieuses lentes
:
Qu’une coxite à germes banals soit lente, d’allure chronique, est rare
mais possible.
Toutefois, le modèle à cet égard est la coxite
tuberculeuse ; elle est devenue rare, touche surtout l’immigré ou
l’immunodéprimé, avec ou sans signes généraux.
La vitesse de
sédimentation est inconstamment accélérée ; l’image radiographique
comporte un pincement de l’interligne supérieur ou supéro-interne,
un flou des contours, une ostéoporose des extrémités osseuses, une
lyse osseuse sous-chondrale qui ulcère, érode ou efface telle partie
du contour articulaire et/ou ovalise la tête fémorale par érosion.
L’IRM fait ressortir par son signal franc en T2 l’épanchement
et l’épaississement inflammatoire de la synoviale ; cet épaississement
donne un signal, modeste, « intermédiaire » en T1, mais qui se
rehausse après contraste (gadolinium), ce que ne fait pas celui de
l’épanchement, stable.
Au moindre soupçon, la ponction s’impose.
Le nombre de cellules, la proportion de polynucléaires est variable.
Le bacille de Koch se décèle beaucoup plus souvent en culture (75 %
des cas) qu’en direct (20 %). Parfois, une biopsie de la synoviale est
nécessaire : réponse en quelques jours, au lieu de 3 à 4 mois pour la
culture.
Enfin, peuvent aider au diagnostic : l’intradermoréaction
positive et la présence d’autres localisations dans 20 à 30 % des cas
(scintigraphie).
La coxite brucellienne subaiguë ou chronique est rare, reconnue par
le contexte, la contamination et surtout le sérodiagnostic.
Enfin, il est des infections à germes banals sur coxopathie
préexistante (coxarthrose, NTF, arthropathie hémophilique), surtout
chez le diabétique ou l’immunodéprimé.
Une aggravation plus ou
moins rapide, le contexte fébrile ou la vitesse de sédimentation
accélérée ainsi que l’image destructrice doivent faire faire la ponction
au moindre doute.
Les principes généraux du traitement sont l’antibiothérapie
spécifique selon l’antibiogramme et, localement, le drainage
(ponctions répétées, arthroscopie-lavage ou arthrotomie) si la pression
articulaire persiste.
2- Coxite inflammatoire
:
Dans le contexte d’une polyarthrite, oligoarthrite ou
spondylarthropathie connue, le diagnostic est facile. Mais il est des
monoarthrites inflammatoires de la hanche inaugurales de l’une de
ces affections ou longuement inclassables.
Elles sont rares et de
diagnostic difficile ; l’image radiographique et magnétique
est voisine de celle ci-dessus décrite, avec notamment l’épanchement
à distinguer de la synovite plus ou moins épaisse par leur différence
de prise de contraste en T1 gadolinium.
La vitesse de sédimentation,
la C reactive protein (CRP) ne sont pas toujours anormales.
La
ponction ramène un liquide stérile (y compris en culture) de formule
habituellement inflammatoire : plus de 2 000 cellules, plus de 50 %
de polynucléaires.
Dans notre série de 20 cas (12 femmes, huit
hommes, âge moyen 33 ans au début) observés avec un recul de
10 ans, la majorité est restée inclassable, un tiers appartenait à
une spondylarthropathie sûre ou probable.
Leur
extension, indépendante de leur nosologie, est très variable,
imprévisible.
Le traitement général est variable suivant la nosologie (traitement
de fond) et la douleur (AINS).
Le traitement local est essentiel :
injection intra-articulaire d’hexacétonide de triamcinolone et, dès
que possible, synoviorthèse osmique ou isotopique et parfois,
plus ou moins tardivement, PTH.
3- (Ostéo-)chondromatose synoviale de la hanche
(CSH)
:
Pourquoi la parenthèse dans ce titre ?
Parce qu’à la hanche, les
chondromes produits par la synoviale ne s’ossifient pas, ne se
calcifient pas et demeurent radiotransparents dans 50 % des cas.
Moins fréquente que celle du genou, la CSH touche l’homme deux à
trois fois plus que la femme, entre 20 et 50 ans (extrêmes : 10 à
80 ans).
La douleur est habituelle, souvent intermittente.
Il y a même
des formes indolores. Les sensations de blocage sont très rares.
La
gamme des enraidissements est très large : de nul à très important.
* Radiographie
:
Lorsque les chondromes sont calcifiés ou ossifiés, le diagnostic est
facile : ponctuations fines ou opacités plus grosses, rondes ou
polyédriques, se projetant dans l’aire articulaire et jouxtant le col
fémoral sur la face ou le profil.
Le diagnostic est difficile
lorsque les calcifications sont peu nombreuses, méconnues ou
absentes (près de 50 % des cas).
On peut parfois remarquer un signe
indirect : érosion du col, méga-interligne (très évocateurs) ou
ostéoporose régionale.
* Arthrographie, mesure de la capacité articulaire et arthroscanner
:
Ce sont les examens couplés indispensables dans toutes les formes
douteuses ou atypiques.
Il faut demander des clichés en cours de
remplissage (souvent les plus probants) et la mesure de la capacité
articulaire, très réduite dans les formes rétractiles qui vont nécessiter
une capsulotomie laissée béante.
Les corps étrangers radiotransparents forment au sein du liquide de contraste des
lacunes arrondies, ovalaires ou polyédriques.
L’arthroscanner
permet de localiser tous les chondromes, y compris ceux de l’arrièrefond,
et constitue la « carte routière » pour le chirurgien.
* Autres imageries
:
Elles sont inutiles si l’on a pensé à la CSH, qui implique
l’arthrographie.
Elles sont d’ailleurs peu contributives : la
scintigraphie est normale ou à peine hyperfixante ; la TDM peut
montrer des opacités infraradiographiques méconnues ou des
érosions marginales ; l’IRM ne dessine les chondromes que s’ils sont
assez volumineux, restant en hyposignal en T1 au sein d’une
synoviale assez vascularisée pour prendre le contraste.
Un
épanchement trop abondant les masque.
* Arthroscopie :
Dorfmann et al ont proposé une technique simplifiée sans traction
qui permet la vision des lésions macroscopiques et la biopsie ciblée.
* Formes atypiques et diagnostic différentiel
:
Dans la forme avec calcifications, il faut exclure les très rares synovialosarcomes et l’hémangiome synovial.
Dans la forme à chondromes radiotransparents, il faut éliminer les
hanches douloureuses à radiographie normale ou subnormale,
symptomatiques depuis plus de 6 mois, délai qui met hors de cause l’algodystrophie et les fractures de contrainte.
On peut évoquer la
coxarthrose infraradiographique ou celle qui n’apparaît que sur le
faux profil, ou une lésion du bourrelet, rarement isolée
(arthrose associée) ou enfin la capsulite rétractile, qui peut
durer 1 ou 2 ans.
Ces hypothèses ne sont pas de graves erreurs car
elles impliquent toutes une arthrographie en première intention, ce
qui rectifie le diagnostic.
Il n’en va pas de même de l’ostéome ostéoïde.
La forme décalcifiante se traduit par une hypertransparence de la tête
fémorale plus que du cotyle, sans flou des contours, ce qui, ajouté à
la chronicité, exclut l’algodystrophie.
Elle est souvent accompagnée
d’une rétraction capsulaire.
La forme rétractile, décrite en 1981, reste sous-estimée.
Elle
représente un tiers de nos cas.
Elle se traduit par un flexum ou une
abduction irréductibles et une limitation importante de la mobilité.
L’arthrographie est impossible dans les rétractions massives, rares.
Dans les cas habituels, la capacité articulaire est réduite, entre 4 et
10 mL, au lieu des 12-15 mL normaux.
La mesure en est toujours
indispensable car l’image arthrographique elle-même n’atteste que
rarement la rétraction.
Les chondromes de l’arrière-fond du cotyle
semblent particulièrement fréquents dans cette forme.
La forme avec méga-interligne représente près d’un tiers de nos cas.
L’épaisseur de l’interligne est majorée de 20 à 100 % par rapport au
côté sain, globalement, de face comme de faux profil.
Cette
image n’a pas beaucoup d’autres causes.
Elle doit faire évoquer
la CSH.
La forme érosive pseudokystique se traduit par des ulcérations de tel
contour du col ou de la tête fémorale dues à la compression
extrinsèque des chondromes, qui fait discuter la synovite
villonodulaire.
La forme pseudotumorale donne souvent une masse inguinale
palpable.
Elle est généralement parsemée de calcifications.
* Traitement
:
Il semble que la synoviale ne soit productrice de chondromes que
pendant quelques années.
En conséquence, l’ablation chirurgicale
soigneuse des chondromes n’est que rarement suivie de récidive.
Retirer tous les chondromes de l’arrière-fond, au prix d’une subluxation peropératoire de la hanche, sans danger, est
indispensable sous peine d’échec clinique ou de récidive de la
rétraction capsulaire.
Celle-ci, dans les formes rétractiles avérées,
doit faire pratiquer une large résection capsulaire partielle laissée
béante. Malgré ce complément, nous avons vu des rechutes de
rétraction avec fibrose postopératoire obligeant à la PTH.
Les progrès de l’arthroscopie durant la dernière décennie du
XXe siècle permettent aujourd’hui de tenter l’exérèse des chondromes
par cette voie.
Dans leur publication de 1993, Dorfmann et al
faisaient état de 40 % de succès ; avec le recul, ils pensent
actuellement qu’il est de l’ordre du tiers.
L’arthroscopiste peut, en
effet, sur table chirurgicale et sous traction, aller maintenant jusqu’à
l’arrière-fond pour en extraire les chondromes ; il retire à la pince
les chondromes assez volumineux et peut réaliser si nécessaire une
synovectomie partielle (seulement antérieure) au shaver si les
chondromes intrasynoviaux enchâssés en ce site le nécessitent.
4- Synovite villonodulaire hémopigmentée (SVNH)
:
Affection très rare à la hanche (58 cas exploitables en archives dans
toute la France), elle se traduit typiquement par de multiples
lacunes vues de face (ou des ulcérations vues de profil) de la tête
fémorale et du col ainsi que du cotyle.
Elles résultent de la
compression extrinsèque de l’os par les nodules, qui n’ont pas de
marge d’expansion comme au genou, la capsule de la hanche étant
épaisse et résistante.
Ces lacunes sont ubiquitaires et non
situées dans l’aire d’hyperpression comme dans la coxarthrose. Le
pincement de l’interligne est fréquent, l’ostéophytose rare et tardive.
L’arthrographie et l’arthroscanner mettent en évidence des contours
synoviaux très irréguliers, moins bien cernés que les lacunes des
chondromes de la CSH.
La capacité articulaire est souvent
augmentée.
L’IRM est cruciale : synoviale irrégulière, épaissie,
hétérogène, prenant le contraste lequel va souligner les petites
plages restant en hyposignal en T1, T2 et T1 gadolinium et qui sont
les dépôts d’hémosidérine caractéristiques.
Le traitement aboutit le plus souvent à la PTH, parfois après
tentative de synoviorthèse, dont le succès durable est rare.
Les plus
audacieux utilisent l’yttrium (avant ou parfois après la synovectomie
chirurgicale pour la compléter).
Les plus prudents s’abstiennent car
aucune étude n’a évalué le résultat.
Quant à la synovectomie, elle
peut être tentée en première intention s’il n’y a pas de pincement de
l’interligne ni de cavitations osseuses multiples.
La synovectomie
expose à la nécrose si on lèse le pédicule artériel supéroexterne.
Fréquente à l’épaule, elle est très rare à la hanche où elle a été décrite
en 1963 par Caroit et al cités in.
Elle évolue vers la rémission
spontanée en 6 à 24 mois, parfois beaucoup plus, ou avec des
récidives, chez les diabétiques, terrain favorisant.
La limitation de la
mobilité passive est constante mais de degré variable.
Le cliché
simple est normal. La mesure de la capacité articulaire est
indispensable (5 à 10 mL au lieu de 12-15 mL) car la silhouette de
l’arthrogramme lui-même n’est probante que dans les rétractions
majeures ; le traitement est l’injection intra-articulaire de corticoïdes
radioguidée, qu’on peut répéter plusieurs fois, suivie de rééducation
comme à l’épaule.
Il ne faut pas oublier qu’une rétraction capsulaire
peut être secondaire à une CSH peu apparente ou à un
ostéochondrome de l’arrière-fond, voire, dans de rares cas, à un
ostéome ostéoïde intra-articulaire du col ou du fond du cotyle.
C - ARTHROPATHIES MÉTABOLIQUES
:
Concept proposé par Hubault, elles résultent d’un trouble
métabolique local : l’accumulation de pyrophosphate de calcium
dans l’articulation, qui est fondamental au cours de la CCA, mais
semble exister aussi, quoique inconstamment, dans divers autres
désordres métaboliques, qui jouent peut-être sur l’articulation par
d’autres chaînons et qui sont l’hémochromatose, l’ochronose et la
maladie de Wilson.
1- Coxopathie de la chondrocalcinose articulaire
:
Elle peut être chronique et différer peu d’une coxarthrose primitive
commune.
Cependant, dans au moins les deux tiers des cas, elle est
beaucoup plus destructrice comme l’ont montré Menkès et al :
chondrolyse plus ou moins rapide, avec pincement supéroexterne
ou supérieur global ou parfois très étendu, circonférentiel
comme dans une coxite ; érosions osseuses créant, soit une
ovalisation de la tête fémorale, soit une protrusion acétabulaire, soit
un rehaussement du cotyle, avec souvent des géodes au sein d’une
condensation plus ou moins étendue dans les zones de pression.
L’ensemble évoque volontiers une coxite ou d’autres
coxopathies.
Cette destruction chondro-osseuse peut être
relativement lente, étalée sur 2 ou 3 ans, mais elle est le plus souvent
rapide ou demi-rapide comme dans une CDR.
Devant
un tel tableau, la recherche de la CCA doit être systématique.
Comme le liseré calcique caractéristique disparaît vite dans la chondrolyse de la hanche atteinte, il faut le rechercher à la hanche
controlatérale, au pubis et surtout aux genoux, aux poignets.
On
peut aussi faire une ponction à la recherche de cristaux de
pyrophosphate de calcium caractéristiques.
La coxopathie
destructrice de la CCA est beaucoup plus fréquente chez les femmes
(70-80 %) et après 60 ans (moyenne 70 ans).
Elle est, ou plutôt
devient assez souvent bilatérale. Elle n’est pas toujours destructrice
d’emblée.
Elle peut être lente, commune pendant des années et être
destructrice secondairement.
Dans cette phase, la vitesse de
sédimentation est souvent modérément accélérée.
Le liquide de
ponction comporte une formule tantôt mécanique, tantôt
inflammatoire.
L’arthropathie destructrice est quelquefois révélatrice
de la CCA.
Le plus souvent, celle-ci est connue du fait d’autres
arthropathies ou de crises aiguës de pseudogoutte calcique en
d’autres sites articulaires.
Ces crises très douloureuses, parfois
fébriles, avec vitesse de sédimentation élevée, peuvent émailler
l’évolution de toute arthropathie de la CCA, mais elles demeurent
rares à la hanche.
La CCA peut être secondaire à une entité à
rechercher : hyperparathyroïdie, hémochromatose, ochronose.
Il n’y a pas de traitement spécifique.
On utilise les antalgiques, les AINS, l’économie articulaire en évitant les infiltrations, la
rééducation.
En fait, c’est souvent la PTH qui
est indiquée, au reste sans réticence à l’âge habituel de ces
patient(e)s.
2- Coxopathie de l’hémochromatose
:
Elle complique cette maladie de surcharge ferrique générale dans
26 à 40 % des cas.
L’aspect radiographique est tantôt celui d’un liseré
de CCA, tantôt celui d’un semis de « crasse calcique » d’étendue et
d’épaisseur variables dans l’interligne, stigmates calciques qui
disparaissent au cours de la destruction. Ils sont faits de cristaux de
pyrophosphate de calcium.
L’os sous-chondral offre souvent un
aspect particulier : la plaque sous-chondrale et l’os voisin sousjacent
sont épaissis, occupés par une condensation parsemée de très
petites géodes mal cernées et dispersées.
La séquence
radiologique est, comme dans la CCA, de vélocité variable, avec
chondrolyse suivie d’ostéolyse remodelante et ostéophytose
modérée.
L’atteinte d’autres articulations est fréquente, notamment
les métacarpophalangiennes des index et des médius, ce qui est très évocateur en
l’absence d’arthrose et de polyarthrite.
Le diagnostic repose sur le
contexte : pigmentation cutanée, hépatomégalie, diabète
fréquent, élévation du fer sérique avec saturation de la
transferrine à plus de 60-70 %.
Le traitement spécifique de
l’hémochromatose, les saignées régulièrement répétées, n’ont
malheureusement pas d’influence sur le cours des arthropathies
constituées.
3- Coxopathie de l’ochronose :
Elle ressemble radiologiquement à une coxite, avec son pincement
global de l’interligne et son ostéophytose relativement peu
développée.
Elle survient généralement après 50 ans.
Le
diagnostic repose sur le contexte : l’ochronose est un déficit
génétique en homogentisicase, d’où une surcharge en acide
homogentisique qui colore en brun-noir les urines laissées à l’air
libre (alcaptonurie), et qui ponctue de dépôts brunâtres les
sclérotiques, les paupières, les oreilles.
Les disques sont calcifiés en
« tranches napolitaines », très caractéristiques.
Les genoux, les
épaules sont aussi volontiers atteints.
La CCA y est souvent discrète,
tardive, inconstante.
4- Coxopathie de la maladie de Wilson
:
Il s’agit d’une surcharge hépatique en cuivre par insuffisance de céruloplasmine, transporteuse de ce métal.
Elle peut déterminer, en
associations variables, une cirrhose, une hémolyse, une
encéphalopathie avec épilepsie, hypertonie, tremblements, troubles
psychiques.
Les arthropathies, de fréquence variable (15 à 50 %) et
notamment la coxopathie, exhibent une image analogue à celle
décrite ci-dessus.
La CCA y est très inconstante.
Le diagnostic repose
sur le contexte, en général déjà connu, et sur le dosage du cuivre
sérique diminué, urinaire augmenté et de la céruloplasmine
diminuée.
Le traitement spécifique, chélation du cuivre en excès par
la D-pénicillamine, est assez efficace sur les signes neurologiques
mais non sur les arthropathies constituées.
D - OSTÉOPATHIES ÉPIPHYSAIRES
À EXPRESSION ARTICULAIRE
:
1- Géodes « isolées » non arthrosiques de la tête
fémorale (GITF)
:
Décrites en 1985 sur 23 cas, ces géodes sont, soit isolées, soit
prédominantes et longtemps sans coxarthrose secondaire ; elles
relèvent d’une dystrophie, d’une nécrose débutante ou avérée ou
d’une hyperpression.
* Géodes céphaliques des dystrophies (ostéochondrite disséquante)
et des dysmorphies
:
Ces géodes céphaliques se comportent cliniquement comme une coxopathie chronique modérée, à douleur intermittente, avec peu
ou pas de limitation de mobilité.
Elles touchent électivement les
hommes jeunes, de 20 à 50 ans (moyenne 34 ans).
Ces géodes sont
souvent multiples, siégeant en pleine tête fémorale ou dans sa moitié
supérieure, cernées d’une fine bordure ou entourées d’une ostéocondensation ; elles ont tendance à s’étendre vers le centre de
la tête fémorale et la jonction tête-col au fil des années et n’évoluent
que rarement et tardivement vers la coxarthrose.
Ces GITF
apparaissent comme une réaction structurée à une agression susjacente
qui est, dans la majorité des cas, une ancienne nécrose
épiphysaire de l’adolescence ou de l’enfance ayant laissé, soit une
ostéochondrite disséquante (neuf cas), soit une coxa plana
(sept cas), ou assez souvent les deux associées.
Le séquestre,
souvent petit, n’est que rarement discernable sur le cliché de face.
Il
faut le rechercher sur le profil urétral ou de Cochin ou sur des
incidences obliques ou des tomographies, voire une TDM.
Dans sept
des neuf cas avec petit séquestre, la tête fémorale est dysmorphique :
tête ovale sur col court, séquelle de nécrose du noyau épiphysaire
du type Legg-Perthes-Calvé survenue un peu tardivement et ayant
précisément laissé, outre la coxa plana, un petit séquestre
d’ostéochondrite.
Mais la tête ovale sur col court peut aussi
appartenir à une dysplasie polyépiphysaire, retrouvée six fois dans
cette série.
Dans ce cas, la dysmorphie est généralement bilatérale et
peut s’accompagner d’altérations de la forme des autres épiphyses
qu’il faut rechercher aux genoux, aux épaules, aux poignets.
Dans
les cas inquiétants (menace d’effondrement d’une géode) ou très
gênants, dans notre expérience avec A Lemoine, l’évidementbourrage
des géodes a pu être fait avec succès chez quelques sujets
jeunes, par assimilation avec ce que l’on savait de ce même
traitement dans les géodes isolées du cotyle.
* Géodes céphaliques sous-nécrotiques
:
En de rares cas (trois sur 23 de notre série), une géode se forme sous
un foyer de nécrose débutante non encore individualisée sur le
cliché simple.
L’IRM fait le point : image de nécrose, sous laquelle la
géode paraît, soit liquidienne (T2), soit fibreuse.
Les géodes sont
quelquefois majoritaires sous un séquestre de nécrose radiographiquement constitué qui, peu volumineux, risque d’être
méconnu.
* Géodes d’hyperpression :
Ce sont, en somme, des géodes « préarthrosiques ».
Nous en avons
observé quatre cas.
Les géodes occupent l’apex de la tête fémorale
dans la zone d’hyperpression d’une dysplasie ou d’une subluxation
congénitale, avant tout signe d’arthrose établie.
L’IRM confirme la
nature liquidienne et non nécrotique de l’image.
Dans ces cas, c’est
la correction de la malformation par ostéotomie et/ou butée qui est
indiquée, et fait habituellement disparaître la lacune.
* Diagnostic différentiel : autres lacunes fémorocapitales
Rappelons les géodes, rarement purement céphaliques, de la
synovite villonodulaire, celles, plutôt cervicales, de la CSH.
Quant aux géodes tumorales céphaliques ou cervicocéphaliques, qui sont essentiellement le chondroblastome, la
tumeur à cellules géantes et le chondrosarcome à cellules claires,
elles ne s’expriment généralement pas comme une coxopathie.
2- Géodes « isolées » du cotyle
:
Décrites avant celles de la tête fémorale dans les années 1960 par Eggers et al cités in, elles n’ont pas fait l’objet d’études récentes.
Les géodes vraiment isolées du cotyle sont rares : trois cas sur 738 coxopathies selon un dénombrement de 1965.
S’il existe un
pincement, même modeste, de l’interligne (faux profil
indispensable : le pincement est souvent uniquement antérosupérieur et invisible de face) ou une ébauche d’ostéophytose,
il s’agit d’une géode arthrosique, fût-elle prédominante.
Si la fémorocoxométrie révèle une dysplasie, la géode du cotyle dans la zone d’hyperpression n’est pas insolite : géode « préarthrosique ».
Elle n’est pas impossible comme premier signe d’arthrose «
primitive », quoique exceptionnelle en l’absence de malformation.
La géode vraiment isolée peut aussi être un ganglial cyst, dit à tort
kyste « synovial », lacune apparemment idiopathique remplie de
liquide gélatineux ou de tissu fibreux métaplasique.
Le traitement
est l’évidement-bourrage (os spongieux), qui a donné un succès
quasi constant (en l’absence de pincement) à Eggers et al.
Le diagnostic différentiel doit envisager systématiquement la
métastase, qui n’est pas finement cerclée et bien limitée comme le «
ganglion » intraosseux ou la géode préarthrosique, le chondrome,
l’ostéite, la synovite villonodulaire.
3- Ostéome ostéoïde de la région de la hanche
:
C’est une localisation fréquente : 30 % des cas, touchant surtout le
col du fémur, plus rarement le cotyle, notamment son fond.
Quelques particularités peuvent rendre le diagnostic difficile.
Cliniquement, c’est une douleur de « hanche » avec
une importante irradiation descendante, pseudocrurale, qui peut
être prédominante.
La recrudescence nocturne de la douleur, son
apaisement par l’aspirine, classiques, sont inconstants mais très
suggestifs lorsqu’ils existent. Cependant, les AINS sont plus
efficaces.
À l’examen, limitation et douleur provoquée sont
inconstants.
L’image radiographique est souvent méconnue si l’on
n’a pas pensé à l’ostéome ostéoïde car elle est souvent petite, peu
densifiante au col et près de la tête fémorale et mal visible au fond
du cotyle ; l’image du nidus lui-même est rarement bien
individualisée.
La scintigraphie est le premier examen essentiel qui
localise l’ostéome ostéoïde.
Elle est positive (hyperfixation en foyer
précis limité) dans 90 % de cas ; elle doit être faite sous plusieurs
incidences.
Elle mène à une TDM bien ciblée et en coupes fines qui
mettent en évidence l’image caractéristique de nidus hypodense ou
en « cocarde » (calcifications intralésionnelles) au sein d’une
densification d’étendue variable.
L’IRM n’est pas
appropriée au diagnostic d’ostéome ostéoïde.
Le traitement est
l’exérèse, naguère chirurgicale, aujourd’hui plus souvent faite par
forage grâce à un trocart scanoguidé ou par électrocoagulation au
laser.
Certains ostéomes ostéoïdes entrent en involution en quelques
années et deviennent inactifs et indolores ; dans certains cas, on peut
parier sur cette involution.
En attendant, des doses modérées
d’AINS permettent de passer le cap des années douloureuses.
4- Coxopathie pagétique :
Le diagnostic en est facile, la dystrophie pagétique étant évidente au
cotyle et/ou à la tête fémorale.
La coxopathie secondaire ressemble
à une coxarthrose, avec pincement supérieur ou supéro-interne et
ostéophytose discrète ou modérée.
Cette complication est
inconstante.
Lorsque le Paget atteint le « rivage » articulaire, cotyle
ou tête fémorale, il n’induit la coxopathie qu’une fois sur deux, après
un délai très variable.
Une fois constituée, cette coxopathie reste
indolore dans 50 % des cas.
Les particularités évolutives sont la
fréquence de la protrusion acétabulaire et/ou de la coxa vara, qui
sont le fruit du remodelage osseux rapide pagétique, et qui peuvent
précéder ou suivre la coxopathie.
En cas de nécessité, une PTH peut
être implantée, malgré le Paget, avec des précautions particulières.
5- Hanche radique :
Elle résulte d’une nécrose osseuse due aux rayons ionisants qui
altèrent la tête fémorale et même parfois le cotyle. Douleur et
enraidissement s’installent.
L’image est tantôt une NTF étendue,
tantôt une fracture sous-capitale lente, à enclouer, ailleurs une
nécrose du cotyle avec protrusion secondaire ou fracture du toit et
parfois chondrolyse aggravant l’état.
Le diagnostic repose sur
l’anamnèse : 1 à 6 ans auparavant, radiothérapie ou curiethérapie
pour tumeur régionale. L’implant d’une PTH dans l’os radique pose
des problèmes très ardus.
E - ENTITÉS DIVERSES D’AUTONOMIE DISCUTÉE
:
1- Lésion du bourrelet :
Les lésions du labrum sont, pour les uns, surtout antérieures ou
antérosupérieures, pour d’autres, majoritairement postérieures ou
postérosupérieures.
Elles consistent en fissure ou désinsertion et
parfois invagination du labrum dans la partie adjacente de
l’interface tête fémorale-cotyle.
On admet aujourd’hui qu’elles
peuvent être le substratum d’une coxopathie subaiguë ou chronique,
avec, le plus souvent, arthrose contiguë ou même sans arthrose
associée, du moins au début ; cependant, 13 % des malades sans
arthrose contemporaine, de la série de Chiron et al, ont présenté
une arthrose globale en moyenne 4 ans après la rupture du
bourrelet.
Quant à l’arthrose associée d’emblée, très fréquente, elle
n’est décelable radiographiquement que dans 25 % des cas, mais
elle est visible beaucoup plus souvent sur l’arthroscanner ou,
parfois, seulement lors de l’arthroscopie : lésion du cartilage
dans 33 % à 37% des cas.
La lésion du bourrelet est-elle le primum movens ?
Est-elle
responsable ? Peut-être dans certains cas, mais cela
reste très discuté.
L’exemple typique est la dysplasie congénitale
(14 % des 103 cas de Chiron et al) où chondropathie supéroexterne
et lésions du labrum forment un ensemble non dissociable
chronologiquement et d’ailleurs logique mécaniquement ; la moitié
des 103 patients de Chiron avait plus de 50 ans et presque tous
avaient une douleur rebelle depuis plus de 6 mois.
Le ressaut, le
blocage sont rares ; le claquement, douloureux ou indolore, audible
ou palpable, souvent connu du sujet lui-même, est plus fréquent
et très évocateur.
Il se produit lors des déflexions suivantes : passage de la flexion-rotation externe-abduction vers l’extension-rotation
interne-adduction dans les lésions antérosupérieures ; il est obtenu
à partir des postures inverses : flexion-rotation interne-adduction
vers l’extension-rotation externe-abduction dans les lésions
postérosupérieures ou postérieures.
À l’examen, on peut sensibiliser ce signe en ajoutant à ces déflexions
en passif une pression vers la hanche dans l’axe du fémur.
Mais
cette manoeuvre « spécifique » n’est qu’inconstamment positive.
C’est souvent le contexte qui oriente les suspicions : antécédent de
pratique sportive à un haut niveau, luxation traumatique de la
hanche ou contusion certaine ou dysplasie congénitale.
L'imagerie probante est
fournie par l’arthroscanner, avec des incidences particulières
adaptées à la topographie habituelle des lésions antéro- ou
postérosupérieures.
Mobiliser la hanche et faire marcher le patient
avant les derniers clichés permettent souvent de visualiser la fissure et la chondropathie, l’ulcération chondrale voisine qui est
ainsi pénétrée par le liquide de contraste, ce qui atteste l’arthrose
débutante associée.
C’est l’un des avantages de l’arthroscanner sur
l’IRM, qui commence cependant à être plus performante avec des
techniques spéciales et des antennes de surface restreintes, mais
sans bonne fiabilité concernant la chondropathie.
L’examen essentiel
final est l’arthroscopie sur table orthopédique permettant la
distraction articulaire, la visualisation des cartilages supérieurs et la
résection du segment de bourrelet lésé et/ou invaginé, ou instable, hypermobile, ce dernier type semblant le plus nocif.
Dans la série
de 103 cas de Chiron, les résultats durables sont de 58 %.
Les trois
quarts des patients déjà arthrosiques et des patients dysplasiques
ont continué à souffrir et la moitié d’entre eux ont dû subir une
arthroplastie de hanche.
2- Hanche hyperostosique :
On décrit sous ce nom les atteintes de la hanche au cours de
l’hyperostose dite vertébrale ou, mieux, maladie de Forestier.
L’ambiguïté est la suivante : pour l’école de Toulouse, toutes les coxopathies chroniques sur hyperostose méritent ce nom, sauf les
coxarthroses manifestement secondaires ; en d’autres termes,
l’hyperostose serait un facteur de risque de coxarthrose.
Pour
d’autres, il faut distinguer l’hyperostose de la hanche, faite
d’ostéophytes cotyloïdiens supérieurs et surtout inférieurs qui sont para-articulaires plus qu’articulaires, sans pincement ni coxopathie,
hanche un peu enraidie mais indolore et la coxarthrose sur
hyperostose, qui a des traits particuliers du fait du terrain :
ostéophytose très engainante,mais qui n’est pas causée par
la maladie de Forestier.
C’est notre position.
Le diagnostic repose
sur les calcifications ligamentaires et les enthésophytes qui hérissent
les contours du pelvis et sur l’image vertébrale de coulées osseuses.
Reconnaître l’hyperostose chez un coxarthrosique (les hommes sont
majoritaires) est capital à l’heure de la PTH, car les ossifications
périprothétiques postopératoires enraidissantes sont très fréquentes
sur ce terrain.
Or, elles sont prévenues avec succès par 10 jours
d’AINS postopératoires, notamment l’indométacine.
3- Coxopathies chroniques diverses
:
Nous ne pouvons que citer ici celles dont le diagnostic est évident
parce que la cause en est connue avant qu’elles ne surviennent.
Ainsi
en est-il de la coxopathie de l’hémophilie, de celle des
hémodialysés, qui ressortit à la surcharge amyloïde (bêta-2
microglobuline), parfois à la CCA et à la nécrose associée et qui peut
être fort destructrice, et enfin de celle des transplantés.
Diagnostic différentiel
:
Il est des douleurs chroniques de la région de la hanche qui ne
correspondent pas à une coxopathie. Elles méritent ici une brève
description.
A - AFFECTIONS PÉRIARTICULAIRES
:
Certaines « périarthrites » à type de bursite paratrochantérienne ou
du psoas ou encore de tendinite du moyen fessier peuvent évoluer
sur le mode chronique ou aisément récidivant après rémission
transitoire par l’infiltration locale de corticoïde.
Le diagnostic est
clinique : seule la rotation externe de la hanche est limitée et
douloureuse ; la radiographie est normale ; l’échographie ou l’IRM
peuvent mettre en évidence les bursites.
La paraostéoarthropathie neurogène consiste en calcifications des
fascias intermyotendineux péricoxofémoraux dans les semaines qui suivent une paraplégie par traumatisme médullaire ou, plus
rarement, une myélopathie, une encéphalopathie, un tétanos, des
brûlures étendues.
Les calcifications hétérotopiques croissent
pendant quelques mois, accentuant d’autant l’enraidissement de la
hanche.
Le diagnostic repose sur l’image radiographique,
l’hyperfixation scintigraphique, l’augmentation de la vitesse de
sédimentation et de la phosphatasémie alcaline.
B - DOULEURS DE « HANCHE » D’ORIGINE LOMBAIRE
:
Certaines névralgies crurales L4 ou surtout L3 et même certaines
sciatiques tronquées, réduites à une douleur proximale, peuvent
n’affecter qu’un territoire limité comme l’aine, et surtout la région trochantérienne, la racine de la cuisse ou la cuisse jusqu’au genou.
Elles sont chroniques, affectent généralement un sujet de plus de
60 ans et résultent d’une sténose du canal lombaire plus ou moins
constitutionnelle mais accentuée par une arthrose postérieure ou une
saillie discale ou disco-ostéophytique.
Les paresthésies ne sont pas
constantes.
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire : douleur tantôt
banale, tantôt bien particulière à rythme de claudication
intermittente, qui oblige à interrompre la marche après x mètres, et
sur l’image de sténose canalaire et/ou de hernie discale en TDM ou
IRM.
Lorsque le patient a de plus une coxopathie (arthrose, NTF),
association qui n’est pas exceptionnelle, il faut, pour faire la part
des responsabilités, recourir au test anesthésique de la hanche décrit
par Revel.
C - DOULEURS DE « HANCHE » D’ORIGINE ARTÉRIELLE
:
Elles sont plus rares et peuvent tromper longtemps ceux qui ne les
ont jamais rencontrées.
Elles affectent, soit la fesse, soit la région
externe de la hanche, ou la cuisse.
Elles surviennent rapidement
après 100, 200, 300 mètres de marche ou davantage, et obligent à
stopper. Le diagnostic repose sur les signes négatifs : il n’y a ni
paresthésies, ni signes neurologiques, ni limitation douloureuse des
mouvements de la hanche, sauf périarthrite satellite, fréquente, qui
sensibilise la rotation externe, seule douloureuse à l’examen ; et sur
la recherche de l’artérite responsable : aortique, surtout iliaque,
hypogastrique et parfois fessière, que l’échodoppler et surtout
l’artériographie mettent en évidence.
Le diabète, le tabagisme
anciens semblent les terrains favorisants.
Insistons sur un point d’interrogatoire : dans les coxopathies
chroniques, la douleur à la marche survient progressivement ; elle
oblige le sujet à ralentir avant de renoncer.
Dans les douleurs pseudocoxopathiques d’origine radiculaire tronquée aussi bien que
dans celles d’origine artéritique, la douleur survient brusquement
ou très rapidement après un certain périmètre de marche et oblige à
stopper presque sur place, à s’asseoir ou à rester debout immobile,
trait qu’il faut penser à recueillir.
La rémission survient en quelques
minutes et la douleur réapparaît lors du parcours suivant.
D’autres pièges sémiologiques existent en matière de pathologie de
la hanche, notamment les psychalgies, qui sortent du cadre de ce
chapitre et sont traitées ailleurs.