Les dermocorticoïdes ont été utilisés en dermatologie à partir des
années 1950, époque à laquelle Sulzberger découvre l’efficacité de
l’hydrocortisone en application locale dans certaines pathologies
cutanées inflammatoires ou prolifératives.
Le noyau de base de
l’hydrocortisone est le cholestérol qui a été modifié pour améliorer
la sélectivité, la biodisponibilité et l’activité de la molécule.
L’introduction d’une double liaison en position D3, une halogénation
en position 6a et/ou en position 9a par un atome de chlore ou de
fluor ainsi qu’une estérification en position 16, 17 ou 21 augmentent
l’efficacité du dermocorticoïde.
De nombreuses pathologies dermatologiques inflammatoires,
dysimmunitaires ou tumorales sont sensibles aux dermocorticoïdes.
Mais l’absence de schéma thérapeutique précis a conduit
initialement à une utilisation « anarchique » des dermocorticoïdes,
avec apparition d’effets indésirables sévères responsables d’une
appréhension tenace des prescripteurs et des malades vis-à-vis de
ces traitements.
Cette véritable « phobie » ressentie par les malades
ou leur entourage conduit fréquemment à une mauvaise observance
du traitement, responsable d’échec thérapeutique.
Cette mauvaise
réputation des dermocorticoïdes n’a pas lieu d’être car ces
traitements ont révolutionné la prise en charge de nombreuses
dermatoses.
Leur utilisation doit cependant respecter des règles qui
permettent dans l’immense majorité des cas d’éviter les effets
secondaires.
Les conditions d’utilisation doivent être clairement
expliquées au patient et/ou à son entourage, en s’assurant au fil des
consultations qu’elles ont été comprises et qu’elle sont respectées.
Mécanismes d’action
:
Les mécanismes d’action au niveau moléculaire des glucocorticoïdes
sont d’une grande complexité et sont peu à peu « disséqués ».
Les
connaissances dans ce domaine sont en constante évolution et font
apparaître de nouvelles voies de recherche à explorer.
Il s’agit donc
ici de synthétiser (et de simplifier) les connaissances actuelles.
A - RÉCEPTEUR AUX GLUCOCORTICOÏDES :
Une fois appliqué sur la peau et après diffusion dans l’excipient, le
corticostéroïde traverse la membrane cellulaire par simple diffusion
et se lie ensuite à un récepteur spécifique intracytosolique.
Ce récepteur appartient à la superfamille des récepteurs aux stéroïdes
(progestérone, oestrogènes, hormones thyroïdiennes, acide rétinoïque, vitamine D) qui ont en commun une même séquence en
acides aminés. Leur spécificité est portée par des domaines
fonctionnels différents.
Le récepteur aux glucocorticoïdes comprend
trois domaines fonctionnels majeurs, qui sont de N-terminal en
C-terminal : le domaine d’activation du gène (ou de régulation
transcriptionnelle), également appelé domaine immunogénique en
raison de ses propriétés antigéniques, le domaine de liaison à l’ADN
(au niveau des glucocorticoid-responsive elements ou GREs) et le
domaine de liaison au ligand (c’est-à-dire au glucocorticoïde).
Le récepteur aux glucocorticoïdes est exprimé dans tous les tissus,
mais la densité en récepteurs varie selon la cellule et en fonction de
la concentration de ligand.
Le récepteur est présent sous forme
inactive dans le cytosol, lié à un complexe protéique comportant
notamment les deux sous-unités de la « heat-shock protein » (HSP) 90
(protéine de choc thermique) et une protéine de la famille des
immunophilines appelée p59 (les immunophilines sont des protéines
intracellulaires capables de fixer des immunosuppresseurs de la
famille de la ciclosporine ou du FK 506 et de la rapamycine).
La liaison du ligand sur le récepteur va provoquer la dissociation
du complexe protéique et l’ensemble ligand-récepteur (ou récepteur
activé) migre dans le noyau (translocation nucléaire).
B - ACTION DIRECTE SUR LA TRANSCRIPTION
:
Après la formation de dimères, le récepteur change de configuration
lui permettant d’interagir par l’intermédiaire de deux atomes de zinc
(2 « doigts de zinc ») avec l’ADN au niveau de sites accepteurs
appelés glucocorticoids-responsive-elements ou GREs.
Il peut ainsi
exercer une activation de la transcription.
Il se produit alors une
augmentation de production de protéines anti-inflammatoires
comme la lipocortine-1 (ou annexine-1), l’interleukine 10 ou la
protéine IkB.
Une inhibition de transcription de certains gènes par
régulation négative directe de la transcription par l’intermédiaire
d’un site de liaison négatif ou nGRE est également possible.
De tels
sites ont été identifiés dans les promoteurs des gènes de certaines
kératines et de la pro-opiomélanocortine.
C - ACTION SUR LES FACTEURS DE TRANSCRIPTION AP-1
ET NF-KB :
Les corticoïdes contrôlent l’expression de multiples gènes de
l’inflammation comme ceux de cytokines pro-inflammatoires.
Cette
action n’est pas liée à l’interaction directe avec un GRE mais passe
par une interaction avec des protéines de régulation
transcriptionnelle, appelées facteurs de transcription.
Les
glucocorticoïdes ont une action inhibitrice actuellement bien
identifiée, en particulier sur activator protein-1 (AP-1) et nuclear
factor-kappaB (NF-kB).
L’interaction entre le complexe hormone-récepteur et ces facteurs de transcription constitue le
principal mécanisme responsable des effets anti-inflammatoire et
immunosuppresseur des glucocorticoïdes.
AP-1 est un dimère formé de l’association variable d’une protéine
Fos et/ou d’une protéine Jun.
Sa fonction principale est d’activer
l’expression de multiples gènes comme ceux de cytokines et de collagénases.
En interagissant directement avec le facteur
AP-1 sous forme d’hétérodimère Fos-Jun (interaction située sur la
sous-unité Jun), le complexe glucocorticoïde-récepteur va empêcher
sa fixation sur ses sites de liaison et ainsi inhiber la synthèse des
cytokines et des collagénases « cibles ».
Pour certains autres
gènes, le site de liaison du facteur AP-1 est voisin de GRE.
La
fixation du complexe glucocorticoïde-récepteur sur ces GRE entraîne
un encombrement stérique empêchant l’interaction du facteur AP-1
avec son site de liaison.
NF-kB est un facteur de transcription considéré comme un
régulateur essentiel des gènes impliqués dans la réponse à
l’infection, à l’inflammation et au stress.
Il se fixe au sein d’une
séquence activatrice du gène de la chaîne légère des immunoglobulines k.
Il existe cinq protéines appartenant à la famille NF-kB.
Pour être fonctionnel, NF-kB doit être activé.
En effet, il
existe sous forme inactive cytoplasmique, couplé à une des sept
protéines inhibitrices IkB qui empêchent son entrée dans le noyau.
Après phosphorylation par des kinases spécifiques puis
dégradation, IkB est éliminé, permettant la migration de NF-kB libre
dans le noyau où il va se fixer sur une région d’ADN spécifique.
Cette fixation conduit à la production d’ARNm à l’origine d’une
synthèse protéique.
Les glucocorticoïdes semblent agir de
deux manières pour aboutir à un effet inhibiteur du NF-kB.
Le
premier mécanisme passe par une activation de la transcription du
gène de IkB, le deuxième mécanisme implique une interaction
directe entre le complexe glucocorticoïde-récepteur et la sous-unité
p65 de NF-kB.
D - AUTRES ACTIONS :
À côté des effets sur la transcription, les corticoïdes ont également
des effets non génomiques et pourraient également agir sur la
structure chromosomique.
Propriétés :
A - CIBLES DE L’ACTION DES CORTICOÏDES
À L’ÉCHELON CELLULAIRE ET MOLÉCULAIRE
:
1- Cytokines
:
Inhibition de la transcription de nombreuses cytokines proinflammatoires
: IL1, IL2, IL3, IL4, IL5, IL6, IL8, IL11, IL12, IL15,
IL16, TNF-a, interféron-c, colony-stimulating factor (CSF), macrophage
colony-stimulating factor (M-CSF), granulocyte-macrophage colonystimulating
factor (GM-CSF).
Stimulation de l’expression de transforming growth factor-b (TGF-b),
cytokine immunosuppressive inhibant la production de cytokines
pro-inflammatoires.
2- Médiateurs de l’inflammation
:
Synthèse de lipocortine-1 (ou annexine-1), protéine possédant une
activité antiphospholipasique A2 diminuant la synthèse d’acide
arachidonique.
D’où inhibition de la synthèse des eicosanoïdes
(prostaglandines, les leucotriènes et « platelet-activating factor » ou
PAF).
Effet inhibiteur direct sur la transcription de la phospholipase A2 et
de la cyclo-oxygénase 2.
Action sur le métabolisme de certains médiateurs inflammatoires
(système de la bradykinine et de l’endopeptidase neutre).
3- Molécules d’adhésion
:
Inhibition de l’expression des molécules d’adhésion ICAM-1
(Intercellular cell adhesion molecule-1) et ELAM-1 (Endothelial leukocyte
adhesion molecule-1).
4- Cellules sanguines de la lignée blanche
:
* Macrophages
:
Inhibition de la différenciation, de la myélopoïèse, de l’expression
des antigènes HLA de classe II induite par l’interféron-c, de la
production de cytokines, de prostaglandines et de
leucotriènes, inhibition du chimiotactisme et de la phagocytose,
diminution de l’activité tumoricide, fongicide et bactéricide des
macrophages activés.
* Polynucléaires neutrophiles
:
Inhibition de l’adhésion des neutrophiles aux cellules endothéliales
freinant l’afflux des neutrophiles sur les lieux de l’inflammation.
Les
fonctions de ces cellules ne sont que peu altérées par les corticoïdes.
* Polynucléaires éosinophiles, basophiles et mastocytes
:
Inhibition de la libération IgE-dépendante d’histamine et de
leucotriène C4 par les basophiles et de la dégranulation des
mastocytes.
* Lymphocytes :
Lymphocytes T : induction de lyse cellulaire T par apoptose,
inhibition de l’activation des lymphocytes T par diminution de
production d’IL2 et inhibition de l’action de l’IL2, diminution de la
synthèse des cytokines sécrétées par les lymphocytes T activés.
Il en
résulte une inhibition de la production, de la prolifération et des
fonctions des lymphocytes T helper, suppresseurs et cytotoxiques
avec production préférentielle de cellules de la voie Th2 et inhibition
des cellules de la voie Th1.
Lymphocytes B (moins sensibles que les lymphocytes T à l’action
des corticoïdes) : inhibition de la prolifération des lymphocytes B,
mais effets minimes sur les plasmocytes et la sécrétion
d’immunoglobulines.
5- Cellules endothéliales :
Forte diminution de la perméabilité vasculaire et de l’activation des
cellules endothéliales, inhibition de l’expression des antigènes HLA
de classe II ainsi que des molécules d’adhésion comme ELAM-1 et
ICAM-1 qui jouent un rôle fondamental dans l’afflux des leucocytes,
diminution de la sécrétion de la fraction C3 et du facteur B du
complément et de la formation d’IL1, des métabolites de l’acide
arachidonique et de la cyclo-oxygénase 2.
6- Fibroblastes
:
Diminution de la prolifération et de la production de protéines dont
le collagène.
B - ACTIVITÉS OBSERVÉES EN THÉRAPEUTIQUE
:
Des actions exposées ci-dessus vont découler les différentes activités
observées en thérapeutique.
1- Activité anti-inflammatoire :
Cette activité est la plus utile en pratique clinique.
En plus des
mécanismes détaillés ci-dessus, les propriétés vasoconstrictrices des dermocorticoïdes participent à leur effet anti-inflammatoire.
La
vasoconstriction locale permet en effet de diminuer rapidement
l’érythème et l’oedème et donc d’agir sur les manifestations cliniques
de l’inflammation.
Cette propriété de vasoconstriction sert de
support au test de McKenzie mis au point pour comparer sur la
peau humaine l’effet vasoconstricteur des différents corticoïdes entre
eux.
L’intensité de la vasoconstriction est évaluée par la mesure du
blanchiment obtenu après application cutanée chez le sujet sain,
sous occlusion.
Ce test participe, avec les résultats des études
cliniques comparatives, à l’établissement d’une échelle de puissance
des dermocorticoïdes.
Les dermocorticoïdes ont une activité antiproliférative sur tous les
composants cellulaires de la peau.
Ces propriétés sont à l’origine
d’effets indésirables locaux, mais sont aussi utilisées dans un but
thérapeutique, par exemple dans les cicatrices chéloïdes (effet
atrophiant dermique recherché).
En termes d’effets indésirables, les
conséquences sur les différentes couches de la peau sont les
suivantes :
– épiderme : atrophie épidermique réversible à l’arrêt ;
– mélanocytes : raréfaction provoquant une dépigmentation à long
terme ;
– derme : diminution de la synthèse de collagène et de protéoglycanes par les fibroblastes, altération de la structure des
fibres élastiques d’où une atrophie dermique non réversible
(vergetures définitives).
3- Activité immunosuppressive
:
Les dermocorticoïdes exercent une activité immunosuppressive
locale, utile dans le cadre de pathologies faisant intervenir le système
immunitaire (eczéma par exemple), mais également responsable du
risque infectieux associé à l’utilisation prolongée de
dermocorticoïdes.
C - NOUVELLES MOLÉCULES :
La recherche dans le domaine des dermocorticoïdes s’oriente depuis
quelques années vers la production de nouveaux dérivés possédant
une activité anti-inflammatoire du même ordre que les dérivés plus
anciens, mais induisant moins d’effets secondaires qu’eux.
Ce
nouveau groupe comprend la fluticasone, le prednicarbate,
l’acéponate de méthylprednisolone et le furoate de mométasone.
Certaines études in vitro et in vivo semblent montrer que ces dérivés
ont des effets indésirables locaux (atrophie) et systémiques
(suppression de l’axe corticotrope) moins marqués que les dérivés
plus anciens.
D’autres montrent des résultats plus nuancés pour
certaines molécules, par exemple un effet atrophiant non différent
entre furoate de mométasone, acéponate de méthylprednisolone et
hydrocortisone, mais un effet vasoconstricteur plus important pour
les deux premières molécules.
L’intérêt de ces nouvelles
molécules en termes d’effet indésirable dans le cadre d’utilisation
prolongée dans des pathologies dermatologiques chroniques reste à
démontrer.
Classification
:
En ne considérant que les dermocorticoïdes non associés à d’autres
molécules (antibactériens, antiseptiques, antifongiques,
anesthésiques locaux, acide salicylique), il existe actuellement en
France une vingtaine de spécialités, disponibles en général sous
plusieurs formes galéniques.
La puissance d’un dermocorticoïde
dépend de la structure chimique du corticoïde, de son affinité pour
les récepteurs, de sa concentration dans le véhicule et de la nature
du véhicule.
La classification utilisée est basée d’une part sur le test
de vasoconstriction de McKenzie et d’autre part sur les
résultats d’essais cliniques comparatifs menés chez des malades.
Même si elle reste indicative, cette classification est importante en
pratique quotidienne car elle permet de choisir la classe la plus
appropriée en termes de rapport bénéfice/risque.
Elle comporte en
France quatre niveaux de puissance allant d’une activité antiinflammatoire
très forte (classe I), à faible (classe IV).
Cette
classification n’est pas universelle et peut varier d’un pays à l’autre.
Pharmacocinétique :
A - BIODISPONIBILITÉ CUTANÉE :
Le corticoïde relargué à partir de la préparation pénètre ensuite par
voie transépidermique et transfolliculaire.
La biodisponibilité
cutanée dépend des caractéristiques intrinsèques de la molécule
(polarité, liposolubilité, taille...), mais de nombreux autres facteurs
influencent la pénétration cutanée.
1- Nature de l’excipient
:
L’excipient donne sa forme galénique au dermocorticoïde et
participe pour une grande part à l’activité de la spécialité.
La
modification du seul excipient, sans modification de la concentration
en corticoïde peut suffire à faire changer un dermocorticoïde de
classe.
– Les pommades sont constituées d’excipients gras, comme la
vaseline, qui renforcent la pénétration par un effet occlusif.
Les
émulsions « eau dans huile » sont proches des pommades avec un
effet occlusif important.
– Les émulsions « huile dans eau », correspondant aux crèmes, sont
d’emploi plus agréable que les pommades tout en permettant une
bonne pénétration avec un effet occlusif moindre.
– L’ajout d’excipient comme le polyéthylène glycol augmente la
solubilité et favorise la pénétration du corticoïde.
– Les autres formulations sont les gels semi-solides, très agréables
d’emploi mais de pouvoir pénétrant inférieur à celui des crèmes, les
lotions, le plus souvent sous forme de solutions hydroalcooliques
(irritantes) et les mousses qui existent également dans certains pays.
2- Additifs
:
L’adjonction d’autres molécules au corticoïde peut influencer sa
pénétration cutanée.
Par exemple, l’adjonction d’un kératolytique
comme l’acide salicylique ou d’un agent hydratant de la kératine
comme l’urée augmente la pénétration cutanée du corticoïde.
3- Occlusion
:
L’occlusion favorise de façon importante la pénétration cutanée des dermocorticoïdes (
X 10) en augmentant l’hydratation de la couche
cornée, la température locale, la durée du contact.
Elle peut ne pas
être recherchée et être à l’origine d’une apparition rapide des effets
indésirables locaux ou systémiques (couches des nourrissons, grands
plis, pansements).
Mais l’occlusion peut être une aide thérapeutique
en augmentant l’efficacité des dermocorticoïdes.
Elle est facilement
réalisée à l’aide de films plastiques et est indiquée pour les
dermatoses particulièrement résistantes couvrant une faible surface
telles que les atteintes palmoplantaires et du cuir chevelu.
Elle est
de prescription spécialisée, doit être limitée dans le temps, et à éviter
en cas de surinfection.
De nouvelles techniques de types
d’enveloppements occlusifs humides sont utilisées, en particulier
dans la dermatite atopique, permettant une augmentation de
l’efficacité (mais aussi du risque d’effets indésirables) par rapport à
une application traditionnelle.
4- Localisation :
La couche cornée est la barrière principale à l’absorption cutanée.
Son épaisseur varie selon la localisation et l’âge.
Elle est mince aux
paupières, aux plis, au scrotum qui sont des zones de pénétration
cutanée accrue, très exposées aux risques d’effets secondaires.
Elle
est au contraire épaisse aux paumes et aux plantes, zones où la
pénétration des dermocorticoïdes est beaucoup plus faible.
5- Nature de la dermatose traitée
:
Dans les dermatoses exfoliatrices et/ou inflammatoires (dermatite
atopique, psoriasis érythrodermique, pemphigoïde bulleuse), la
couche cornée est altérée et laisse pénétrer le principe actif beaucoup
plus facilement que la peau normale.
L’effet réservoir peut donc
disparaître dans certaines dermatoses.
Dans le psoriasis vulgaire, le
passage transdermique ne semble pas augmenté par rapport à un
épiderme normal.
6- Âge
:
L’absorption des dermocorticoïdes est plus importante chez le
nouveau-né prématuré (proportionnellement à l’importance de la
prématurité) et à un moindre degré chez le sujet âgé (amincissement
de la couche cornée).
Chez le nouveau-né à terme et l’enfant, il
semble ne pas exister de différence significative de perméabilité par
rapport à la peau de l’adulte.
C’est surtout l’importance du rapport
surface corporelle/poids, plus élevé chez l’enfant, qui explique la
rapidité d’apparition des effets secondaires systémiques.
B - EFFET RÉSERVOIR
:
Les dermocorticoïdes ont la capacité de s’accumuler dans la couche
cornée de l’épiderme pour être relargués ensuite progressivement
vers les couches plus profondes de l’épiderme et le derme.
C’est
l’effet « réservoir » qui explique qu’une seule application par jour
soit largement suffisante dans la grande majorité des cas.
L’augmentation du nombre d’applications quotidiennes peut se
justifier pour le traitement initial des dermatoses dans lesquelles
l’effet réservoir est diminué.
C - TACHYPHYLAXIE :
Ce phénomène se traduit en pratique par l’apparition d’une
tolérance, c’est-à-dire d’une résistance de la dermatose au traitement
après applications prolongées et ininterrompues.
La tachyphylaxie
apparaît d’autant plus vite que le corticoïde est plus puissant, et
pour une même molécule, que la concentration est plus forte.
Ce
phénomène ne concerne pas les effets secondaires qui ont tendance
à s’accentuer.
Modalités d’utilisation :
A - CHOIX DE L’ACTIVITÉ DU DERMOCORTICOÏDE
:
Le choix de la puissance du dermocorticoïde dépend du type de
l’affection et donc de l’état de la peau à traiter, de la surface et du
siège des lésions à traiter, de l’âge du patient. Les dermocorticoïdes
d’activité très forte doivent être réservés à des dermatoses
particulières comme des plaques résistantes de psoriasis, les atteintes
palmoplantaires.
Les dermocorticoïdes d’activité forte sont à éviter
sur le visage en utilisation chronique et chez l’enfant.
Les dermocorticoïdes d’activité modérée à faible sont utiles pour les
zones de peau très fragiles comme les paupières.
B - CHOIX DE L’EXCIPIENT :
Le choix de l’excipient est lui aussi fonction de la dermatose à traiter.
Les pommades sont adaptées aux lésions très sèches, non suintantes
et propres ainsi qu’aux dermatoses kératosiques mais sont contreindiquées
dans les plis ou sur les lésions suintantes (risque de macération) pour lesquelles les crèmes sont préférées.
Les lotions et
gels alcooliques sont adaptés aux zones pileuses et en particulier au
cuir chevelu et sont contre-indiquées en cas de lésions suintantes.
Les lésions buccales peuvent être traitées par des tablettes adaptées,
par des aérosols ou par des bases fluides.
C - RYTHME ET TECHNIQUE D’APPLICATION :
Compte tenu de l’effet réservoir et du risque de tachyphylaxie, la
posologie rationnelle est d’une application quotidienne, rarement de
deux applications par jour en cas d’altération de la couche cornée.
Une application deux fois par jour n’apporte en règle pas de bénéfice
supplémentaire par rapport à une seule application, mais augmente
le risque d’effet indésirable.
La durée du traitement doit être
aussi courte que possible.
Dans les dermatoses aiguës, le dermocorticoïde peut être arrêté de façon rapidement progressive,
voire brutalement après quelques jours de traitement.
Dans les
dermatoses chroniques traitées quotidiennement de façon prolongée,
l’arrêt doit être progressif en espaçant les applications pour éviter
un rebond de la dermatose.
La décroissance peut être facilitée par
l’utilisation alternée d’un dermocorticoïde de classe plus faible et/ou
d’un émollient.
La prescription doit toujours être clairement écrite,
en mentionnant précisément la décroissance progressive et en
indiquant le nombre de tubes à utiliser et son poids (exemple :
2 tubes de 15 g) pour éviter les surdosages.
La dose de 30 g par
semaine en traitement d’entretien d’un dermocorticoïde de classe II
ou III est un maximum acceptable pour un adulte.
Chez l’enfant,
des auteurs anglais ont proposé récemment une nouvelle unité de
mesure : « la phalangette », correspondant à la quantité de crème ou
de pommade sortie d’un tube d’un orifice de 5 mm de diamètre et
déposée sur la dernière phalange d’un index d’adulte.
Cette unité
(= 0,5 g) permet de traiter une surface cutanée équivalente à la
surface de deux mains.
Le port de gants est conseillé pour la
personne réalisant des applications répétées et/ou étendues de dermocorticoïdes très puissants.
Indications :
Les dermocorticoïdes représentent un traitement symptomatique et
non étiologique de nombreuses dermatoses inflammatoires
primitives.
Les deux
indications les mieux étudiées par des essais cliniques sont la
dermatite atopique et le psoriasis.
A - DERMATITE ATOPIQUE :
Dans cette indication, 13 essais thérapeutiques randomisés, contrôlés
contre véhicule, menés sur de courtes périodes (4 semaines ou
moins), le plus souvent chez des malades ambulatoires, sont
publiés.
Les dermocorticoïdes étudiés sont de puissance variable,
les critères d’évaluation sont hétérogènes entre les essais, et les
analyses statistiques ne sont jamais faites en intention de traiter.
Malgré cette hétérogénéité, l’utilisation des dermocorticoïdes
entraîne une réponse clinique jugée « bonne ou excellente » en
moyenne dans 65 à 85 % des cas, cette réponse étant comprise entre
15 et 48 % chez les sujets traités par le véhicule.
D’autres essais randomisés ont comparé l’efficacité de différents dermocorticoïdes, sur des périodes courtes et des effectifs réduits,
ne permettant pas de conclure quant à la supériorité en termes
d’efficacité et de tolérance de tel ou tel produit.
Très peu d’études ont évalué l’utilisation à long terme de la
corticothérapie locale dans cette indication, et en particulier l’impact
sur l’évolution naturelle de la maladie.
Une étude menée chez
54 adultes ayant une dermatite atopique modérée à sévère a évalué
un schéma thérapeutique sur 20 semaines : après 4 semaines de
traitement quotidien par propionate de fluticasone 0,05 % (activité
forte), des applications intermittentes de ce même dermocorticoïde
2 jours consécutifs par semaine pendant 16 semaines permettaient
de maintenir l’efficacité initiale et d’espacer ou de prévenir les
rechutes de façon significative par rapport au placebo (39 % de
rechutes versus 68 %).
Ce résultat s’accompagnait d’une absence
d’atrophie cutanée ou de retentissement sur le cortisol
plasmatique.
Une étude randomisée récente a montré, chez 207 enfants ayant une
dermatite atopique légère à modérée, qu’un traitement de 3 jours
consécutifs par deux applications quotidiennes d’un corticoïde
d’activité forte (valérate de bétaméthasone 0,1 %) était aussi efficace
sur les signes cliniques de la poussée et sur le nombre de rechutes
qu’un corticoïde d’activité faible (acétate d’hydrocortisone 0,1 %)
appliqué deux fois par jour pendant 7 jours consécutifs.
Ces deux
schémas thérapeutiques, repris à chaque nouvelle poussée sur une
durée totale de 18 semaines, ne semblaient induire aucune atrophie
cutanée.
Depuis quelques années, une technique d’utilisation de dermocorticoïdes d’activité forte sous occlusion par enveloppement
de coton humide a montré une efficacité supérieure par rapport à
une utilisation traditionnelle dans le cadre de poussée de dermatite
atopique modérée à sévère de l’enfant.
Cette technique,
intéressante en cas de poussée sévère et difficile à contrôler,
s’accompagne d’une augmentation du risque d’effets indésirables
locaux et systémiques et ne doit donc être discutée, mise en oeuvre
et suivie que par une équipe spécialisée.
Dans la dermatite atopique, malgré leur effet « pro-infectieux », les
dermocorticoïdes permettent de réduire la colonisation par le
staphylocoque en restaurant le plus rapidement la barrière
épidermique.
Dans le cas d’une surinfection staphylococcique
patente (suintement purulent, croûtes mélicériques, adénopathies,
fièvre), un traitement anti-infectieux (antibiothérapie générale le plus
souvent) peut s’avérer nécessaire, mais ne doit pas retarder
l’initiation de la corticothérapie locale.
B - PSORIASIS :
Dans le psoriasis également l’efficacité des dermocorticoïdes a été
évaluée sur des périodes relativement courtes en regard de la chronicité de cette maladie (3 à 8 semaines).
Les critères d’évaluation
clinique sont des scores composites variables (TSS, PASI, IAGI)
prenant en compte les différents aspects cliniques du psoriasis.
Les
malades inclus sont en règle des adultes atteints de psoriasis
vulgaire.
La comparaison est soit interindividuelle (étude en
parallèle) soit intra-individuelle (randomisation du côté traité chez
un même individu).
Les dermocorticoïdes de très forte activité ont
été comparés au véhicule dans cinq essais randomisés, montrant
tous une efficacité significative par rapport au groupe contrôle.
Les dermocorticoïdes de forte activité ont été évalués dans 12 essais
randomisés, montrant là encore une efficacité supérieure
comparativement au véhicule.
L’efficacité des dermocorticoïdes de forte activité a été comparée à
celle des dérivés de la vitamine D dans neuf essais randomisés,
montrant une absence de différence entre les deux types de
traitement topique en termes d’efficacité ou d’événements
indésirables.
L’association calcipotriol + dermocorticoïde semble
plus efficace que le calcipotriol seul.
Deux essais randomisés ont évalué l’intérêt d’un traitement
d’entretien par trois applications hebdomadaires de dermocorticoïde
de forte activité après blanchiment par un traitement d’attaque.
Ces
essais montrent globalement que le traitement d’entretien multiplie
par trois les chances de rester en rémission.
Aucune étude n’a étudié la tolérance à long terme des dermocorticoïdes en cas d’utilisation chronique dans le psoriasis.
C - CAS PARTICULIER DE LA PEMPHIGOÏDE BULLEUSE
:
Depuis quelques années, la corticothérapie locale de très forte
activité est utilisée en France dans le traitement de la pemphigoïde
bulleuse.
Dans cette indication, les doses d’attaque utilisées sont très
importantes (20 à 40 g/j), et ce schéma thérapeutique offre une
efficacité non différente par rapport à la corticothérapie générale,
avec une meilleure tolérance systémique que celle-ci, mais au prix
d’effets indésirables locaux importants.
Contre-indications
:
Les dermocorticoïdes sont contre-indiqués dans toutes les
dermatoses infectieuses et en particulier au cours des dermatoses
virales qui pourraient s’aggraver en évoluant vers la nécrose et
l’extension.
Ils sont également contre-indiqués sur des lésions
d’acné, de rosacée et d’érythème fessier du nourrisson.
Effets indésirables
:
Ils apparaissent d’autant plus vite et sont d’autant plus marqués
que le dermocorticoïde est puissant, surtout en cas d’utilisation
prolongée et/ou sous occlusion.
A - EFFETS INDÉSIRABLES LOCAUX
:
Lorsqu’ils sont utilisés pendant des périodes courtes et sans
occlusion, les dermocorticoïdes sont sans effet secondaire important.
L’effet secondaire local le plus souvent observé est l’atrophie cutanée
au site d’application observée cliniquement lors des traitements
prolongés.
Chez des sujets sains recevant des applications
quotidiennes de dermocorticoïdes d’activité forte ou très forte, un
amincissement de l’épiderme mesuré par échographie s’observe
entre la première et la troisième semaine et est réversible dans les 4
semaines après l’arrêt.
L’atrophie du derme, irréversible, ne se voit
que dans de rares cas d’utilisation prolongée de dermocorticoïdes
puissants.
B - EFFETS SECONDAIRES SYSTÉMIQUES :
Après pénétration dans les différentes couches de la peau, le
corticoïde passe dans la circulation systémique.
La quantité de
principe actif y parvenant dépend donc des facteurs influençant la
pénétration cutanée.
Les effets systémiques sont au maximum les
mêmes que ceux de la corticothérapie générale : syndrome de
Cushing, retard de croissance chez l’enfant (rattrapé après l’arrêt du
traitement), diabète, hypertension artérielle, ostéoporose, ulcère
gastrique, rétention hydrosodée, freinage de l’axe hypothalamohypophyso-
surrénalien avec insuffisance surrénale aiguë à l’arrêt du
traitement.
Le cortisol plasmatique peut être abaissé même après
une corticothérapie locale brève.
Cependant, ces effets systémiques
ne se manifestent cliniquement que très rarement, après utilisation
prolongée (souvent abusive) de dermocorticoïdes puissants, sur de
grandes surfaces et sur des épidermes altérés ou sous occlusion.
Les enfants, en particulier les nourrissons, y sont plus exposés en
raison d’un rapport surface corporelle/poids élevé.
C - ALLERGIES DE CONTACT
:
De 1 à 5% des malades testés en routine ont un test positif à un ou
plusieurs corticoïdes.
La sensibilisation aux dermocorticoïdes se voit
essentiellement chez des patients ayant des dermatoses chroniques
et donc traités séquentiellement par de multiples dermocorticoïdes.
Elles doivent être suspectées lors de la résistance au traitement d’une
dermatose classiquement corticosensible, d’un eczéma de contact
oedémateux, parfois en fausses cocardes ou d’aspect annulaire et
centrifuge.
Cette sensibilisation peut être due aux excipients, aux
produits associés ou aux stéroïdes eux-mêmes.
Les dermocorticoïdes
peuvent être classés en cinq groupes, A, B, C, D1 et D2 au sein
desquels existent des allergies croisées. Les
dermocorticoïdes du groupe A sont plus allergisants que ceux du
groupe B puis du groupe D, ceux du groupe C donnant rarement
des allergies.
Le pivalate de tixocortol est un bon marqueur pour
tester les allergies aux dermocorticoïdes du groupe A.
Le budésonide détecte les hypersensibilités aux dermocorticoïdes du
groupe B (isomère D-budésonide) et du groupe D2 (isomère
S-budésonide).
Les tests de dépistage et de confirmation
recommandés sont les suivants :
1. groupe A : pivalate de tixocortol 0,1 % dans la vaseline ;
2. groupe B et D2 : budésonide 0,01 % dans la vaseline ;
3. groupe D2 : 17-butyrate d’hydrocortisone 0,1 ou 1 % dans la
vaseline ou l’éthanol ;
4. groupe D1 : 17-valérate de bétaméthasone.
Les lectures des tests épicutanés doivent se faire à 48 et 72 ou
96 heures et également tardivement au 7e jour en raison du risque
de faux négatifs liés à l’activité pharmacologique du corticoïde.
Un test d’application itératif (ROAT), réalisé avec un
dermocorticoïde du commerce appliqué une fois par jour 7 jours
consécutifs suivi d’une lecture durant 10 jours peut être utile.
Les
intradermoréactions ne sont pas recommandées en raison de faux
positifs et du risque d’atrophie dermique.
Injections intralésionnelles :
Elles peuvent être utilisées pour des lésions localisées pour
lesquelles les topiques les plus puissants sont insuffisants.
Leurs
principales indications sont les cicatrices hypertrophiques et les
chéloïdes.
Les dérivés de la triamcinolone sont les plus couramment
employés.
Les effets indésirables sont les mêmes que ceux qui ont
déjà été mentionnés mais l’atrophie peut être plus prononcée avec
atteinte de l’hypoderme.
Surveillance du traitement
:
La surveillance d’une corticothérapie locale prolongée doit être
guidée par le risque d’apparition d’effets secondaires
locaux ou généraux.
La quantification du nombre de tubes utilisés
sur une période donnée est un moyen simple de rechercher soit une
sous-consommation soit une surconsommation de dermocorticoïde.
Chez les enfants, le suivi systématique de la courbe de croissance
permet de dépister un éventuel retard.
Dans les cas rares
d’utilisation massive de dermocorticoïdes de puissance forte ou très
forte, la surveillance se rapproche de celle d’une corticothérapie
générale.
En cas d’inefficacité de la corticothérapie locale, outre la
remise en question du diagnostic de la pathologie traitée,
l’observance du traitement doit être évaluée avant de parler de corticorésistance.
Associations et préparations
magistrales
:
Leur utilisation est très controversée.
L’utilisation d’associations
témoigne d’une incertitude diagnostique.
L’association à des antiinfectieux
(antiseptique, antibiotique ou antifongique) n’est pas
justifiée et expose à des risques de sensibilisation.
L’association à
l’acide salicylique ou à l’urée peut être utile en augmentant la
pénétration du dermocorticoïde.
Le risque de pénétration de l’acide
salicylique chez l’enfant est important et doit être pris en
considération.
Les préparations magistrales ne présentent aucun intérêt en pratique
courante car il existe suffisamment de spécialités dans la
pharmacopée pour mener un traitement depuis la « dose d’attaque »
jusqu’à la fin de la décroissance.
En outre, la stabilité des molécules
n’est là encore pas garantie après déconditionnement, dilution et/ou
association à d’autres molécules.