Bordetella pertussis, agent responsable de la coqueluche
a été décrit pour la première fois en 1900 par Bordet et
Gengou.
Elle appartient au genre des Bordetella composé
de 4 espèces, pertussis, parapertussis, avium et bronchoseptica.
Seules les 2 premières sont pathogènes pour
l’homme, B. bronchoseptica pouvant être responsable
d’infections opportunistes chez l’immunodéprimé.
Il s’agit d’un coccobacille gram-négatif, immobile.
Il existe à sa surface différents déterminants antigéniques
permettant la reconnaissance de différents sérotypes, dont 6 sont spécifiques de B. pertussis.
B - Déterminants bactériens
de pathogénicité :
Les facteurs de virulence produits par B. pertussis intervenant
dans la pathogénicité, peuvent être classés en
2 catégories, les adhésines et les toxines.
Certains d’entre eux peuvent induire la production d’anticorps
après infection ou vaccination, conférant parfois une immunité
protectrice.
1- Adhésines :
• Hémagglutinine filamenteuse : il s’agit de l’adhésine
la mieux connue, longtemps considérée comme la protéine
la plus importante de B. pertussis.
Différentes parties
de la molécule sont actuellement individualisées sur
le plan moléculaire, mais leurs fonctions ne sont pas
parfaitement établies.
L’hémagglutinine filamenteuse
possède plusieurs motifs communs avec d’autres protéines
d’adhésion d’eucaryotes, et plusieurs sites de
fixation sur des cellules de l’hôte, notamment les globules
rouges qu’elle est capable d’agglutiner (comme son
nom l’indique).
Elle induit la synthèse d’anticorps après
infection et vaccination.
Dans certains modèles animaux,
il a été démontré que la vaccination avec hémagglutinine
filamenteuse induit une immunité protectrice.
• Les fimbriæ : B. pertussis produit des fimbriae de différents
sérotypes.
Comme pour l’hémagglutinine filamenteuse,
les fimbriæ ont la capacité de se fixer sur des
sucres sulfatés présents à la surface des cellules épithéliales.
L’hémagglutinine filamenteuse et les fimbriæ
peuvent également se fixer sur des macrophages alvéolaires
(par le récepteur CR3), et coopérer lors de l’invasion
de ces derniers mais aussi lors de la colonisation de
la trachée.
Les fimbriæ peuvent induire la synthèse d’anticorps
après infection ou vaccination.
• La pertactine est une protéine de la membrane externe
de B. pertussis encore appelée P69.
Il existe un polymorphisme
de cette protéine selon les souches bactériennes.
Cette agglutinine induit la synthèse d’anticorps
après infection ou vaccination.
Dans certains modèles
murins il a été prouvé qu’elle conférait une immunité
protectrice.
• BRK (Bordetella resistance to killing ou facteur de
résistance au sérum). Il s’agit d’une protéine responsable
de la résistance au sérum selon un mécanisme non
élucidé.
Plusieurs travaux suggèrent un rôle dans l’adhérence
aux cellules la classant dans la catégorie des adhésines.
• TCF (Tracheal colonization factor ou facteur de
colonisation trachéale).
Cette adhésine n’est produite
que par B. pertussis et non pas par B. parapertussis ou
B. bronchoseptica.
Comme son nom l’indique, elle est
impliquée dans la colonisation de la trachée selon un
mécanisme non élucidé.
2- Toxines :
On distingue trois toxines majeures pour B. pertussis.
• Toxine pertussique (PT) : cette protéine est synthétisée
par la bactérie et possède 2 fonctions ; elle est capable
d’induire certains effets biologiques observés au cours
de la maladie chez l’homme et possède également un
rôle dans l’adhérence en permettant la fixation de l’hémagglutinine
filamenteuse sur certains récepteurs
(notamment CR3 des macrophages).
Le mécanisme
d’action de la toxine pertussique est très semblable à
celui de la toxine cholérique.
Elle est de plus responsable
de l’augmentation de production de mucus au
cours de la coqueluche, mais ne semble pas avoir de rôle
dans les mécanismes de quintes caractéristiques de la maladie (B. parapertussis ne possède pas cette toxine).
La toxine pertussique induit la synthèse d’anticorps
après infection et vaccination, conférant une immunité
protectrice dans certains modèles animaux.
• Adénylcyclase-hémolysine (AC-Hly) : cette protéine
est synthétisée à la fois par B. pertussis et B. parapertussis
ou B. bronchoseptica.
Elle possède une activité
hémolytique et invasive. Après fixation, elle pénètre
dans la cellule, active la calmoduline, augmente la
concentration en AMPc intracellulaire et perturbe ainsi
les fonctions cellulaires.
Cette toxine est responsable de
la mort cellulaire par apoptose des macrophages alvéolaires.
L’adénylcyclase-hémolysine induit la synthèse
d’anticorps protecteur après infection ou vaccination.
• Toxine dermonécrotique (TDN) : cette toxine est localisée
dans le cytoplasme, sa libération éventuelle nécessite
donc une lyse bactérienne.
Elle est produite par les
3 espèces principales de Bordetella.
Son rôle dans la pathogénicité n’est pas parfaitement établi.
Physiopathologie :
De nombreuse protéines synthétisées par B. pertussis
sont impliquées dans la pathogénicité de la bactérie.
La
maladie est schématiquement définie comme l’association
d’un syndrome infectieux et d’un syndrome toxinique.
Dès son entrée au sein de l’appareil respiratoire,
elle interagit avec les cellules ciliées grâce aux adhésines,
puis se produit une multiplication bactérienne
locale.
Ces adhésines ne permettent pas seulement la
fixation au niveau des cellules épithéliales mais aussi
avec les cellules du système immunitaire de l’hôte.
Après cette période de multiplication bactérienne, il
apparaît une phase de synthèse de toxines bactériennes qui induisent une destruction de l’épithélium.
La survenue
d’un syndrome toxinique est secondaire à l’implantation
bactérienne.
Il comporte des manifestations
locales à type de destruction et élimination des cellules
ciliées et accumulation de mucus par paralysie du système
d’épuration ciliaire, et des manifestations générales
par le fait des réactions inflammatoires locales et systémiques
(limitées à l’hyperlymphocytose).
Ces différents
effets biologiques sont médiés par les toxines.
La contagiosité
est d’environ 3 semaines sans traitement.
Épidémiologie
:
Parmi les maladies à prévention vaccinale, la coqueluche
reste l’une des plus difficiles à éliminer.
Il s’agit
d’une maladie très contagieuse, évoluant sur un mode
endémique, avec des cycles périodiques tous les 2 à
5 ans.
Ces intervalles entre les cycles n’ont pas été
modifiés par la généralisation de la vaccination, suggérant
que la vaccination permet un contrôle de la maladie
et non la circulation de B. pertussis.
L’homme est le seul
hôte de la bactérie, dont la transmission se fait par voie
aérienne, par les gouttelettes de salive d’un sujet infecté,
notamment lors des efforts de toux.
Les porteurs asymptomatiques
sont rares et ne jouent probablement pas un
grand rôle dans la transmission de la maladie. De plus,
la faible survie de la bactérie dans l’environnement
explique le faible rôle de la transmission indirecte.
En
France, il s’agissait d’une maladie très fréquente avant
l’ère vaccinale avec environ 5 000 cas par an, un pic
d’incidence vers 5 ans, la majorité des enfants ayant été
contaminés avant l’âge de 15 ans, et avec un taux de
mortalité élevé chez les nourrissons.
Les programmes de
vaccination ont considérablement modifié l’épidémiologie
de la coqueluche, avec la généralisation d’un vaccin
tétravalent en 1966 (DTCP pour diphtérie, tétanos,
coqueluche et poliomyélite). Dès 1970, seulement 100
cas annuels étaient notifiés.
Actuellement, les déclarations
de coqueluche ne sont pas obligatoires, les données
épidémiologiques reposent sur :
– l’existence d’un réseau sentinelle hospitalier pédiatrique
(RENACOQ);
– la surveillance des souches de B. pertussis adressées
au centre national de référence ;
– les données de couverture vaccinale du ministère de la
santé.
Au cours de l’année 1996-1997, on a estimé entre 800 et
1 800 le nombre de cas de patients atteints de coqueluche
hospitalisés en France, dont 12 % en réanimation
avec un nombre de décès estimé à 0,5 % (soit environ 2
à 10 par an).
Les enfants âgés de moins d’un an représentaient
60 % des cas, soit environ 1 000 cas annuels ;
30 % des cas avaient moins de 3 mois.
Le statut vaccinal
est déterminant car 10 % ont eu une vaccination complète
alors que 60 % d’entre eux n’avaient reçu aucune
injection (mais 1/3 était trop jeune pour être vacciné).
La vaccination avec le vaccin germe entier utilisé en
France procure une protection satisfaisante jusqu’à l’âge de 12 ans.
Les adultes ne sont pas épargnés par la maladie
; l’immunité acquise dans l’enfance s’estompe au fil
du temps, et joue de ce fait un rôle dans la transmission
de la bactérie et surtout la contamination des petits nourrissons.
En effet, le « contaminateur » est retrouvé dans
l’entourage proche dans 67 % des cas, il s’agit de l’un
des deux parents dans la moitié des cas.
La disparité et
l’hétérogénéité des politiques vaccinales permet une
comparaison intéressante entre différentes nations.
Il
apparaît que les incidences les plus faibles sont observées
dans les pays où il y a eu une généralisation de la
vaccination sans interruption depuis 40 ans (France,
États-Unis…).
À l’inverse, dans les pays où les programmes
de vaccination ont été stoppés (Suède) ou
interrompus (Royaume-Uni) ou encore insuffisamment
développés (Russie, Allemagne), les incidences y sont
de 10 à 100 fois plus élevées.
Malgré l’extension de la
vaccination, la coqueluche reste une maladie de premier
ordre sur le plan mondial où l’on estime l’incidence
d’environ 51 000 000 cas annuels dont 600 000 décès.
Diagnostic
:
A - Diagnostic clinique :
Le diagnostic de coqueluche est évoqué sur un maître
symptôme, la toux, caractéristique au cours de cette
maladie.
Toutefois l’expression clinique peut être considérablement
modifiée par les vaccinations et l’âge du
patient.
1- Forme typique :
Elle concerne principalement l’enfant.
La forme typique
révélatrice de la coqueluche est composée de 4 phases
successives :
• l’incubation est silencieuse, elle dure de 7 à 15 jours à
partir du contage.
La notion de cas similaires, ou de toux
non fébrile de plus de 8 jours chez un adulte de l’entourage,
voire un contage sont des piliers du diagnostic ;
• la phase catarrhale dure de 3 à 7 jours.
Elle est composée
de signes non spécifiques d’infection des voies
aériennes supérieures : rhinite aqueuse, toux sèche avec
éternuements, fébricule à 38 °C, pharyngite modérée,
injection conjonctivale discrète. Durant cette phase le
malade est très contagieux ;
• la phase des quintes est caractéristique de la coqueluche.
Sa durée est variable de 2 à 4 semaines.
Elle est
composée de quintes de toux caractéristiques qui augmentent
en fréquence et en intensité avec une recrudescence
nocturne.
Cette séquence des quintes est classiquement
stéréotypée ; elles surviennent spontanément
ou bien sont déclenchées par des efforts de toux, de cris,
de déglutition, par l’alimentation, parfois lors de l’examen
pharyngé.
Ces quintes sont constituées d’une inspiration
profonde, puis d’une série d’accès répétitifs et
violents de secousses expiratoires (au nombre de 5 à
20), se succédant sans inspiration entre elles, entraînant
une congestion du visage, voire une cyanose, puis se terminant par une reprise inspiratoire bruyante similaire au
chant du coq.
La fin de la quinte est volontiers marquée
par une expectoration mousseuse ou des vomissements,
laissant un enfant exténué.
Les quintes de la coqueluche
doivent être évoquées devant tout épisode de toux apnéisante,
asphyxiante, cyanosante et émétisante (voire syncopale),
ce d’autant qu’elles surviennent chez un petit
nourrisson.
Le patient est asymptomatique entre les quintes et l’examen
clinique est sans particularité ; notamment l’auscultation
pulmonaire est normale.
Durant cette phase, le
nombre de quintes augmente pendant une dizaine de
jours, puis persiste pendant 2 à 4 semaines avant :
• la phase de convalescence, avec une toux séquellaire,
résiduelle appelée toux coqueluchoïde, peut persister
pendant 1 à 3 mois, témoignant d’une hyperréactivité
bronchique.
2- Formes cliniques :
• Forme du nourrisson non vacciné : il est le plus à
risque de développer une coqueluche grave voire
maligne.
En effet, certains des anticorps maternels traversent
la barrière maternofoetale mais ne confèrent aucune protection vis-à-vis de
l’infection.
Ces formes sont d’autant plus sévères que le nourrisson est
jeune.
Les périodes d’incubation et de phase catarrhale sont volontiers
raccourcies par rapport à l’enfant plus grand ou l’adulte.
Le tableau peut être atypique, avec absence de reprise
inspiratoire bruyante évocatrice de la maladie, mais les accès de
secousses expiratoires restent caractéristiques.
Les particularités sont :
– la survenue d’apnées, lors des épisodes de quintes
asphyxiantes, soit des apnées isolées survenant même en dehors des
quintes ou des efforts de toux (dans 30 % des cas) ;
– la cyanose (60 % des cas) ;
– le caractère asphyxiant, responsable d’accès hypoxiques plus
ou moins prolongés et sévères, à l’origine de perte de connaissance
;
– pâleur, hypotonie, bradycardie, peuvent provoquer des malaises
graves du nourrisson (forme syncopale des quintes asphyxiantes).
Il peut apparaître des complications neurologiques à types de
convulsions (anoxiques).
Le caractère émétisant des quintes entraîne une déshydratation
et une dénutrition.
L’ensemble de ces complications peut aboutir à la forme rare
mais gravissime de coqueluche maligne avec troubles hémodynamiques,
neurologiques et détresse respiratoire, dont le pronostic est
redoutable avec 75 % de mortalité.
• Forme de l’enfant sans rappel vaccinal : l’immunité
conférée par une vaccination préalable rend ces formes
moins sévères que chez le nourrisson non vacciné.
Les
caractéristiques typiques de la maladie font souvent
défaut, se réduisant à une toux prolongée de plus de
8 jours, plus ou moins quinteuse, parfois émétisante.
Seule la prolongation de la toux devra faire évoquer le diagnostic.
Toutefois les patients qui présentent une
pathologie bronchopulmonaire sous-jacente (à type
d’hyperréactivité bronchique) sont susceptibles de faire
une forme plus sévère.
• Forme de l’adulte non vacciné contre la coqueluche :
ce dernier est susceptible de faire une maladie dans sa
forme typique, avec une toux sévère, quinteuse et émétisante,
volontiers nocturne, susceptible de se compliquer
par un malaise vagal.
Dans la majorité des cas, les caractéristiques
typiques de la toux ne sont pas retrouvées ; il
faudra évoquer le diagnostic devant un tableau de toux
prolongée de plus de 8 jours, a fortiori depuis plus de 21
jours, plus particulièrement si cette toux survient par
quintes et si elle possède un caractère cyanosant ou émétisant.
Le diagnostic de la maladie doit être le plus précoce
possible afin d’instaurer une prise en charge thérapeutique
et un traitement prophylactique pour
l’entourage, surtout si celui-ci est composé de jeunes
nourrissons non vaccinés.
B - Examens complémentaires :
1- Biologiques :
La numération-formule sanguine peut être un élément
évocateur quand il existe une hyperleucocytose avec
surtout hyperlymphocytose (supérieure à 10 000 mm3).
L’hyperlymphocytose quand elle existe est un des facteurs
de gravité. Elle est liée à un effet systémique de la
toxine pertussique.
Parmi les autres examens biologiques, l’ionogramme
sanguin recherche une hyponatrémie.
Les marqueurs de
l’inflammation (VX, protéine C-réactive) ne sont modifiés
qu’en cas de surinfection.
2- Radiologiques
:
La radiographie de thorax n’a rien de caractéristique.
Différents aspects peuvent être trouvés, une distension
thoracique, des adénopathies hilaires, un syndrome bronchique, une image d’atélectasie localisée
(< 50 % des cas), un aspect de foyer alvéolaire (25 %
des cas).
La radiographie permet d’éliminer un pneumothorax,
complication rare (1 %) mais aggravante de la
maladie.
C - Diagnostic microbiologique :
1- Méthodes indirectes
:
La méthode diagnostique la plus couramment utilisée
est une méthode indirecte qui se base sur la sérologie.
Son interprétation est souvent délicate et repose sur la
comparaison de 2 examens successifs à 4 semaines d’intervalle
; elle est significative s’il existe une élévation
par 4 du taux des anticorps.
Cette interprétation est difficile
car l’ensemble de la population a été préalablement vaccinée, donc possède déjà des anticorps circulants.
Son interprétation est également plus difficile chez un
petit nourrisson du fait de la présence des anticorps
maternels transmis durant la grossesse et impose souvent
la réalisation d’une sérologie maternelle comparative
pour éliminer toute possibilité de faux positif.
Elle
peut aussi être difficile en cas d’antibiothérapie précoce
préalable.
Ces méthodes indirectes sont :
• le dosage d’agglutinines : cette technique permet de
détecter les anticorps agglutinants tels que la pertactine
et les fimbriæ.
Elle est principalement recommandée
pour la détection d’anticorps vaccinaux.
Elle est très peu
sensible chez les sujets infectés.
La recherche est souvent
négative, malgré une infection bactériologiquement
documentée ;
• les tests immuno-enzymatiques, utilisant des suspensions
bactériennes sont rapides et permettent un dosage
quantitatif mais restent peu spécifiques et peu sensibles
en cas de primo-infection ;
• les tests utilisant des antigènes purifiés : il s’agit de
tests sérologiques plus spécifiques et sensibles, mais qui
ne sont ni commercialisés ni remboursés.
Les protéines
utilisées dans cette technique sont principalement la
toxine pertussique, l’hémagglutinine filamenteuse et
l’adénylcyclase-hémolysine.
La discordance de la positivité
vis-à-vis de ces 3 antigènes permettrait de distinguer
présence d’anticorps vaccinaux (toxine pertussique
et hémagglutinine filamenteuse) et infection, en cas de
vaccination antérieure par un vaccin acellulaire.
L’augmentation ou la diminution des taux d’anticorps
antitoxine pertussique ou anti-adénylcyclase-hémolysine
dans un sérum tardif à 4 semaines confirme l’infection.
2- Méthodes directes de recherche
de B. pertussis sur les sécrétions nasales
:
Il s’agit des seules méthodes qui permettent d’affirmer
le diagnostic.
• L’immunofluorescence indirecte : cette méthode est
peu utilisée, les résultats sont certes obtenus rapidement
mais les taux de sensibilité et de spécificité ne dépassent
pas 50 %.
• Les cultures : elles permettent la recherche directe de Bordetella sur les crachats ou les produits d’aspiration
nasopharyngée.
B. pertussis est difficile à isoler et la
culture doit s’effectuer sur des milieux spéciaux, enrichis
au sang, soit de Bordet et Gengou (le plus utilisé)
soit de Regan-Lowe.
Sa réalisation nécessite une collaboration
avec le service de microbiologie pour son
application dans les meilleures conditions.
Le délai de
réponse est d’environ 3 à 6 jours. Si cette méthode est
très spécifique, sa sensibilité est moins bonne (environ
60 %).
Cet examen doit être réalisé avant toute mise
sous antibiotique.
Une identification des isolats peut
alors être réalisée (sérotypage), l’expression des adhésines
et toxines peut être vérifiée, un antibiogramme
peut être réalisé afin de vérifier la bonne sensibilité de la
souche aux antibiotiques usuels (macrolides).
• La recherche par amplification génique par méthode
PCR (polymerase chain reaction) : ces méthodes sont
spécifiques des 3 espèces, pertussis, parapertussis et
bronchoseptica.
Elles reposent sur l’amplification du
gène de l’adénylcyclase-hémolysine.
Une méthode est
spécifique de B. pertussis et repose sur l’amplification
du gène de la toxine pertussique.
Cet examen est réalisé
en laboratoire spécialisé uniquement, il doit être impérativement
couplé à une recherche directe par culture de Bordetella, voire à une étude sérologique afin d’optimiser
les chances diagnostiques.
La sensibilité est supérieure
à 90 % et le résultat peut être obtenu en 2 jours.
• La recherche de la toxine adénylcyclase-hémolysine :
cet examen ne peut être réalisé qu’en milieu spécialisé.
La toxine peut être trouvée 2 à 3 mois après le début de la
maladie mais se négative dans un tiers des cas si l’enfant
a été traité par une antibiothérapie efficace préalable. Sa
sensibilité et sa spécificité sont proches de 90 %.
Complications :
A - Forme gravissime du nourrisson
:
Elle a déjà été évoquée (chapitre forme clinique).
B - Complications infectieuses :
Ces complications concernent principalement les voies
aériennes inférieures.
Ce peut être l’apparition d’une
pneumopathie liée à B. pertussis mais aussi de
surinfections à d’autres pyogènes à tropisme respiratoire
tels que Streptoccoccus pneumoniæ, Hæmophilus
influenzæ, ou encore des staphylocoques.
Le diagnostic
est alors évoqué devant une évolution traînante, une réaggravation du tableau clinique, avec une altération de
l’état général, de nouvelles localisations pulmonaires à
la radiographie de thorax, une hyperleucocytose avec
prédominance de polynucléaires neutrophiles.
Le traitement repose alors sur une nouvelle antibiothérapie
adaptée, si possible après identification du germe.
L’otite moyenne aiguë est fréquemment rencontrée
comme complication infectieuse, et doit être suspectée
également sur l’apparition d’une fièvre.
C - Complications mécaniques :
Les complications dites mécaniques sont provoquées
par les efforts de toux.
Elles sont à la fois d’ordre respiratoire
et digestif :
– pneumothorax, emphysème pulmonaire et (ou) médiastinal, rupture diaphragmatique ;
– ulcération ou rupture du frein de la langue, vomissements
avec hématémèse dans le cadre d’un syndrome de Mallory-Weiss, hernies, prolapsus rectal.
Ce peut être un purpura mécanique pétéchial du visage,
ou bien des hémorragies sous-conjonctivales.
D - Complications nutritionnelles
:
Elles sont induites par les vomissements lors des efforts
de toux, parfois majorées par des épisodes de fausses
routes.
L’alimentation déclenche elle-même des quintes
et participe en ce sens à cette dénutrition.
E - Complications neurologiques
:
Les plus fréquentes sont les convulsions qui peuvent
survenir dans 3 contextes :
– hyperthermiques lors d’une poussée de fièvre ;
– anoxiques lors de quintes rapprochées ou prolongées ;
– ou bien être en rapport avec une encéphalite.
Il s’agit
d’une complication rare qui s’observe pendant 2 à
3 semaines au début de la maladie.
Il existe alors des
troubles de la conscience et une altération du tracé électro-encéphalographique.
Traitement
:
A - Préventif :
Le traitement préventif repose sur la vaccination.
Il existe
à ce jour 2 types de vaccins coquelucheux (encore
appelés pertussiques), les vaccins à germes entiers utilisés
en France chez le nourrisson et les vaccins acellulaires
qui n’ont pas à cette date d’autorisation de mise
sur le marché (AMM) en primovaccination, mais sont
autorisés en rappels précoces et tardifs.
1- Vaccins à germes entiers :
Le vaccin à germe entier est constitué d’une suspension
de B. pertussis inactivée par la chaleur et le formaldéhyde,
et absorbée sur hydroxyde d’aluminium.
La
constitution antigénique est complète (toxine pertussique,
hémagglutinine filamenteuse, adénylcyclasehémolysine,
pertactine).
L’efficacité de ce vaccin peut
être évaluée selon :
– son immunogénicité, mais il est actuellement reconnu
que le dosage des anticorps est un mauvais témoin de la
protection contre la coqueluche ;
– son efficacité clinique.
Une étude menée au Sénégal a
permis de montrer une efficacité clinique de 96 % de ce
vaccin (98 % d’efficacité chez les enfants de 6 mois à
2 ans ayant reçu 3 injections).
Ce vaccin contient également de nombreuses substances
réactogènes non immunogènes comme l’endotoxine bactérienne
responsable d’une partie des effets secondaires.
Ces effets indésirables sont bénins pour la plupart, à type
de réactions locales (rougeur, douleur locale, induration
plus ou moins douloureuse) ou systémiques (fièvre supérieure
à 38,9 °C dans 50 % des cas).
Des manifestations
plus sévères peuvent être observées ; elles sont rares
mais contre-indiquent un rappel ultérieur :
– convulsions ;
– état de choc ou hypotonie-hyporéactivité ;
– syndrome des cris persistants ;
– les encéphalopathies, avec séquelles cérébrales définitives
qui ont pesé lourd sur la réputation du vaccin dans
les années 1970-1980, ont désormais été levées ; néanmoins,
les vaccins restent contre-indiqués en cas d’antécédents
personnels neurologiques.
2- Vaccins acellulaires :
Ils ont pu être réalisés après une meilleure connaissance
des protéines impliquées dans la pathogénicité de la
maladie.
Ils contiennent tous la toxine pertussique détoxiquée associée à
d’autres composants.
L’efficacité clinique des différents vaccins acellulaires
est variable d’un vaccin à l’autre et s’étend de 36 à 90 %
d’efficacité.
Les différents essais menés en comparaison
avec le vaccin germe entier utilisé en France n’ont pas
permis de montrer une meilleure efficacité vaccinale,
c’est pourquoi jusqu’à ce jour, seul le vaccin germe
entier est préconisé en France en primovaccination.
La possibilité d’utilisation de vaccins hexavalents (qui
contiennent tous une valence coquelucheuse acellulaire)
modifiera peut-être dans les années qui viennent cette
décision.
En terme de tolérance, l’ensemble des essais montrent
un avantage des vaccins acellulaires, à la fois en terme
de réactions locales et générales.
3- Schéma vaccinal proposé pour la vaccination
coquelucheuse
:
Le calendrier vaccinal 1998 est le suivant :
– vaccin recommandé, mais non obligatoire ;
– primovaccination : composée de 1 injection à l’âge de
2 , 3 et 4 mois (vaccin à germes entiers) ;
– premier rappel à l’âge de 15-16 mois (vaccin à germes
entiers ou acellulaire) ;
– rappel tardif à l’âge de 11-13 ans (vaccin acellulaire).
Parmi les autres mesures préventives :
– isolement et éviction scolaire pendant 5 jours si le
patient est traité, pendant 30 jours à compter du début
des quintes en l’absence de traitement ;
– prévention d’apparition de cas secondaires, basée sur
un traitement préventif par macrolides durant 10 jours,
pour les cas exposés [membres de la famille et (ou)
contacts étroits].
B - Curatif
:
1- Mesures symptomatiques :
L’hospitalisation s’impose chez les nourrissons de
moins d’un an.
Elle s’impose d’autant plus qu’il s’agit
d’un petit nourrisson non vacciné et nécessite une prise
en charge à proximité d’une unité de soins intensifs
pédiatriques dès l’aggravation des quintes.
Les mesures
adjuvantes consistent en un isolement du patient, aspirations nasopharyngées (à condition qu’elles ne provoquent
pas de quintes), l’administration d’oxygène dès
lors qu’il existe une hypoxémie, la kinésithérapie est
contre-indiquée.
L’alimentation orale est arrêtée, et il ne
faut pas hésiter à réhydrater et alimenter par voie parentérale afin de limiter les épisodes de fausse route et les
complications respiratoires, ou bien par gavage gastrique
continu ou discontinu selon l’état du patient.
Un
traitement antireflux est associé (mais attention aux
interactions cisapride et macrolides).
Toute aggravation de la fonction respiratoire nécessite
de rechercher une surinfection, un pneumothorax.
2- Antibiothérapie :
Compte tenu de la physiopathologie de la maladie, l’antibiotique
utilisé se doit de pénétrer au sein des cellules
du tractus respiratoire infectées, et être actif sur B. pertussis.
Les macrolides permettent de répondre à ces
2 impératifs ; ils sont généralement bien tolérés et l’on
peut préconiser érythromycine (Érythrocine) ou de la
josamycine (Josacine mieux tolérée) à la posologie de
40 à 50 mg/kg/j en 2 prises chez l’enfant (2 g/j chez
l’adulte).
La durée de traitement est de 14 jours.
D’autres antibiotiques peuvent être une alternative thérapeutique
car ils sont actifs in vitro sur B. pertussis :
– les tétracyclines, mais elles sont contre-indiquées
chez l’enfant ;
– le triméthoprime-sulfaméthoxazole (Bactrim), qui diffuse
moins bien au niveau du tractus respiratoire et reste
moins bien toléré que les macrolides.
L’ampicilline et les autres b-lactamines ne doivent pas
être utilisées.
3- Surveillance en milieu hospitalier :
Elle s’effectue sous monitoring cardiorespiratoire, elle
concerne principalement les conditions hémodynamiques,
neurologiques, le nombre et l’intensité des quintes.