Convulsions occasionnelles fébriles
:
Le National Institute of Health proposait en 1980 lors
d’une conférence de consensus la définition suivante
pour les convulsions fébriles : « Une convulsion fébrile
est un événement survenant chez un nourrisson ou un
enfant habituellement entre 3 mois et 5 ans, associé à de
la fièvre sans signe d’infection intracrânienne ou d’autre
cause définie.
Les crises convulsives avec fièvre survenant
chez des enfants qui ont présenté dans leurs antécédents
une crise épileptique non fébrile sont exclues de la
définition. »
Les convulsions fébriles doivent être distinguées de
l’épilepsie caractérisée par des crises non fébriles
récurrentes.
Le terme « événement » employé dans cette
définition est critiquable car imprécis.
L’intensité de la
fièvre n’est pas non plus précisée.
Par contre, cette définition
exclut les convulsions survenant lors de méningites
ou d’encéphalites aiguës.
Les convulsions fébriles survenant
lors de salmonelloses ou shigelloses doivent être
aussi éliminées de cette définition car leur étiopathogénie
fait intervenir des mécanismes vasculaires ou toxiques.
Les convulsions survenant lors d’hyperthermie secondaire
à une vaccination (ex. : coqueluche) sont aussi exclues
par certains.
De même, plusieurs auteurs éliminent de ce
cadre nosologique les enfants ayant une affection cérébrale
non évolutive, connue ou reconnue à l’occasion
d’une convulsion fébrile, considérant qu’il s’agit souvent
de la première crise d’une épilepsie débutante.
Les
convulsions fébriles constituent la première cause de
convulsions occasionnelles, les autres causes étant
essentiellement les méningites et les encéphalites.
A - Épidémiologie :
Deux à 5% des enfants présentent au moins 1 convulsion
fébrile avant l’âge de 5 ans.
Il existe une discrète prédominance
chez les garçons avec un rapport entre les sexes
de 1,2 fille pour 1,4 garçon et un caractère familial.
Ainsi, le risque relatif de convulsion fébrile pour les descendants
d’une mère ayant présenté une convulsion
fébrile est de 10 %.
Alors qu’en cas de convulsion non
fébrile, le risque relatif pour la descendance est de 20 %,
en cas d’antécédents périnataux, ce risque relatif est de
15 %.
Ces chiffres n’ont qu’un intérêt épidémiologique,
ils n’ont aucune influence sur la conduite à tenir.
Ils permettent
cependant d’informer et de rassurer les parents.
B - Diagnostic
:
On distingue les convulsions fébriles bénignes et les
convulsions fébriles graves ou compliquées (tableau).
Cette distinction entre convulsions fébriles bénignes et
compliquées est importante car elle dicte la conduite à
tenir.
Il faut retenir que la majorité des convulsions
fébriles sont bénignes, caractérisées par des crises
brèves bilatérales, cloniques ou tonicocloniques, sans
déficit post-critique. Une crise unilatérale peut entraîner
une hémiplégie d’une durée inférieure à 48 h (paralysie
de Todd).
Le risque d’un syndrome hémiconvulsionhémiplégie
ou hémiconvulsion-hémiplégie-épilepsie est
devenu rare.
La principale période de survenue des convulsions
fébriles s’établit surtout entre 18 et 24 mois.
Il est possible
d’observer des convulsions fébriles après l’âge de
5 ans, mais c’est statistiquement rare.
Il faut retenir que
l’âge de survenue avant un an est le critère le plus
important dans la différenciation entre convulsions
fébriles simples et compliquées.
Les convulsions
fébriles ne surviennent pas toujours lors de l’acmé de la
fièvre mais dans les 24 premières heures. Elles peuvent
aussi se produire lors de la défervescence thermique.
Dans 95 % des cas, l’origine de la fièvre est virale.
Toute
convulsion survenant avant l’âge de 6 mois, lors d’un
syndrome fébrile, doit entraîner la recherche d’une autre
étiologie qu’une convulsion fébrile.
C - Indications des examens paracliniques
en cas de convulsions fébriles
:
1- Électroencéphalogramme :
En cas de convulsion fébrile simple, cet examen n’est
d’aucun apport.
En cas de convulsions fébriles compliquées,
s’il est réalisé dans les 24 heures suivant la
convulsion, il permet de confirmer l’hypothèse d’une
convulsion focalisée.
Pour toute convulsion fébrile survenant
avant un an, l’électroencéphalogramme est
nécessaire du fait du risque d’une épilepsie ultérieure.
De même, un électroencéphalogramme (EEG) est
indispensable chez tout enfant ayant présenté des
convulsions fébriles et devant recevoir un traitement
antiépileptique préventif au long cours.
2- Ponction lombaire :
Elle est obligatoire chez tout enfant présentant une
convulsion fébrile avant 1 an ; entre 12 et 18 mois, elle
doit être réalisée au moindre doute.
Après 18 mois,
l’indication est fonction de l’anamnèse et de l’examen
clinique car une convulsion associée à de la fièvre peut
être la première manifestation d’une méningite bactérienne
; l’examen neurologique dans ce cas est anormal
mais il faut tenir compte pour son interprétation de
l’administration antérieure de diazépam.
3- Radiographies de crâne :
Elles n’ont aucun intérêt et, si elles montrent une
anomalie, celle-ci peut n’être que fortuite.
4- Examens biologiques :
• La numération formule sanguine montre, si elle est
réalisée dans les heures suivant la convulsion fébrile,
une hyperleucocytose avec polynucléose par démarginalisation
des polynucléaires du fait de la décharge
adrénergique.
• La glycémie est élevée du fait de la glycogénolyse
induite par la décharge adrénergique.
• La calcémie est habituellement normale, sauf si
l’anamnèse et l’examen neurologique montrent des
signes évocateurs d’une hypocalcémie.
D - Risque de récidive après une première
convulsion fébrile :
La notion d’antécédents pré- et périnataux n’est pas un
facteur aggravant du risque de récurrence.
Concernant
les antécédents familiaux, l’étude de Nelson et Ellenberg en 1990 montre que le risque relatif de récidive
est de 10 % si la mère a présenté des convulsions fébriles
et de 20 % si l’on retrouve la notion de convulsions non
fébriles chez les parents ou dans la fratrie.
Les études de Berg et al. montrent que 2 facteurs
interviennent dans le risque de récidive de convulsions
fébriles, à savoir : la durée de l’épisode fébrile avant la
convulsion et l’intensité de la fièvre.
Douze mois après une première convulsion fébrile,
la probabilité de récidive est de 0,22 en cas de fièvre à
40 °C et de 0,43 en cas de fièvre à 38,3 °C.
La notion de convulsions fébriles compliquées ou l’existence
d’anomalies neurologiques antérieures ne sont pas
corrélées à une augmentation du risque de
récidive des convulsions fébriles.
Tous facteurs confondus,
ce risque à 12 mois est estimé à 0,25.
Il est démontré que
la probabilité de récidive est d’autant plus élevée que le
délai entre le début de la fièvre et la survenue de la
première convulsion fébrile est court.
L’élément important
à retenir est que s’il y a récidives, les convulsions
fébriles surviennent dans plus de 90 % des cas dans les
12 mois suivant la première convulsion, le jeune âge
constituant le principal facteur de récidive (< 12 mois).
E - Traitement
:
Il a 2 buts.
Dans l’immédiat, il doit arrêter la crise et
secondairement, prévenir la récidive.
1- Conduite à tenir dans l’immédiat :
On doit administrer du diazépam en intrarectal à la
posologie de 0,5 mg/kg, soit pour une ampoule de 10 mg,
une demi-ampoule par 10 kg de poids.
La concentration
maximale est atteinte en 3 min.
Si 5 min après l’administration,
les convulsions persistent, on doit effectuer
une 2e injection intrarectale de 0,5 mg/kg.
Si après cette
2e injection, on n’observe pas d’amélioration, le diazépam
doit être injecté par voie intraveineuse à raison de 0,5 mg/kg
en intraveineuse lente.
Si les convulsions persistent,
on considère qu’il s’agit d’une menace d’état de mal
épileptique et on le traite comme tel.
2- En dehors de la crise :
En pratique, le plus souvent, on n’assiste pas à la
convulsion fébrile et l’on est amené à voir l’enfant, une
fois que celle-ci est terminée.
Dans ce cas, seul l’examen
clinique guide la conduite à tenir.
Si l’enfant a moins de
1 an, il rentre dans les critères de crise convulsive
compliquée et doit être hospitalisé pour surveillance et
réalisation d’une ponction lombaire.
Si l’examen clinique
est anormal (signes focalisés, hypotonie, syndrome
méningé), on doit suspecter une pathologie intracrânienne.
On sort alors du champ de la définition des convulsions
fébriles et, en fonction de l’anamnèse et de l’examen
clinique, un bilan paraclinique orienté doit être pratiqué.
La situation la plus fréquente est la survenue d’une
convulsion fébrile cédant spontanément au bout de
quelques minutes chez un enfant de plus de 12 mois.
Entre 12 et 18 mois, devant un examen clinique anormal,
il faut réaliser au moindre doute une ponction lombaire.
Si l’enfant a plus de 18 mois et si l’examen clinique ne
montre pas de signe focalisé ou déficitaire, alors seuls le
bilan étiologique et le traitement de la fièvre doivent être
entrepris.
3- Prévention des récidives
:
La stratégie thérapeutique a un double but : lutter contre
la fièvre par l’utilisation d’un antipyrétique et augmenter
le seuil de déclenchement d’une convulsion fébrile par
l’utilisation de diazépam.
En ce qui concerne les antipyrétiques, on fait appel au paracétamol à raison
de 20 mg/kg toutes les 6 à 8 h ou l’acide acétylsalicylique
à la même posologie, associé au traitement
physique classique à visée antipyrétique (enfant découvert,
augmenter l’évaporation, bains).
L’utilisation de
diazépam per os à la posologie de 0,3 mg/kg toutes
les 8 h, dès la découverte du syndrome fébrile et
tant que persiste la fièvre, permet de prévenir la
récurrence des convulsions.
La concentration maximale
est atteinte 20 min après l’administration.
Une étude
faite en double aveugle (diazépam versus placebo)
chez 406 enfants d’une moyenne d’âge de 2 mois,
utilisant le diazépam per os toutes les 8 h tant que la
fièvre persiste, démontre une diminution significative de
44 % du risque de récurrence des convulsions
entre les 2 groupes. Le diazépam doit être donné dès
l’apparition de la fièvre.
4- Traitement préventif en dehors
de l’épisode fébrile
:
Ce traitement préventif peut être proposé en cas de
convulsion fébrile compliquée (tableau).
Le critère le
plus significatif est la survenue d’une convulsion fébrile
avant 1 an.
Le traitement fait appel au valproate de
sodium à la posologie de 20 à 30 mg/kg.
En dehors de ce
cas-là, il n’est pas justifié de proposer un traitement préventif
quotidien.
En effet, dans le cadre des convulsions
fébriles non compliquées, il n’y a pas de diminution du
risque de l’incidence de l’épilepsie par le traitement
préventif quotidien et aucune conséquence des crises sur
les capacités cognitives à long terme.
Convulsions occasionnelles
en rapport avec un processus
infectieux intracrânien :
Il s’agit de convulsions dues à une lésion cérébrale
aiguë, associées à de la fièvre, alors qu’une convulsion
fébrile est déclenchée par la fièvre et traduit une susceptibilité
à l’augmentation de température.
La distinction
entre ces 2 situations n’est pas absolue car une même
pathologie cérébrale peut chez un enfant entraîner une
convulsion et chez un autre ne se traduire par aucun
phénomène convulsivant.
En cas de convulsions fébriles chez un nourrisson de
moins d’un an, le premier diagnostic qu’il faut absolument
éliminer est celui de la méningite purulente.
À cet
âge, on peut ne pas retrouver de syndrome méningé,
mais au contraire observer une hypotonie ; une anorexie,
des troubles du comportement, des pleurs incessants,
une hyperexcitabilité et (ou) une hyperesthésie au
moindre contact, tous symptômes qui constituent des
signes d’alerte.
En conséquence, tout enfant de moins
de 1 an qui présente une convulsion fébrile doit être
hospitalisé.
L’étiologie est dominée par les méningites à
méningocoques et pneumocoques.
La vaccination anti- Hæmophilus B a considérablement diminué l’incidence
des méningites à Hæmophilus.
Convulsions occasionnelles autres :
A - Encéphalite primitive :
La 2e étiologie à laquelle on doit systématiquement
penser devant des convulsions fébriles focalisées est
celle d’une encéphalite primitive et, au 1er rang, l’encéphalite
herpétique.
Le diagnostic n’est pas toujours aisé.
Classiquement, le nourrisson présente des convulsions
itératives focalisées, pouvant toucher une hémiface.
L’étude du liquide céphalorachidien (LCR) montre une pléiocytose à prédominance lymphocytaire avec une
hyperprotéinorachie modérée.
À l’électroencéphalogramme,
on observe un foyer d’ondes lentes ou des activités
de pointes et pointes-ondes asymétriques.
Les
pointes périodiques, quand elles existent, sont retardées.
Le scanner cérébral, sans et avec injection, met en évidence
des signes de nécrose parenchymateuse, focalisés le plus
souvent dans la région temporale ou fronto-temporale.
Un scanner normal n’élimine pas une telle étiologie.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM), si elle peut
être faite rapidement, est d’une grande aide à l’orientation
diagnostique en montrant un oedème du parenchyme
cérébral de la région fronto-temporale voire une nécrose
hémorragique.
En cas de suspicion d’encéphalite herpétique,
un traitement par aciclovir (Zovirax) est à débuter à
raison de 15 mg, 3 fois/j et à poursuivre durant 10 j s’il y
a confirmation diagnostique.
Cette confirmation est
obtenue par étude des marqueurs viraux dans le sang et
le liquide céphalorachidien (interféron, PCR pour polymerase
chain reaction et séroconversion).
B - Encéphalites aiguës postinfectieuses :
La survenue de convulsions répétées ou prolongées
associées à des fluctuations de conscience durant plusieurs
jours peut faire évoquer un tel diagnostic.
On retrouve à
l’anamnèse des signes évocateurs d’une virose dans les
jours précédents.
L’examen neurologique peut être
fluctuant au cours de la journée, tant au niveau de la
conscience qu’à l’examen neurologique.
L’électroencéphalogramme
montre un ralentissement diffus de l’électrogenèse,
souvent des ondes lentes de grande amplitude.
Le scanner ne sera pas contributif.
L’imagerie par résonance
magnétique peut mettre en évidence des images
avec lésions « hypersignal » dans la substance blanche.
C - Hématome sous-dural :
Devant tout nourrisson présentant des convulsions en
apyrexie et sans antécédent, l’hypothèse d’un hématome
sous-dural doit être évoquée.
Il n’existe pas de relation
directe entre l’importance de l’hématome sous-dural et
la sévérité des convulsions.
Il peut s’agir d’un état
de mal convulsif inaugural ou de quelques secousses
cloniques focalisées ou secondairement généralisées,
associées à des troubles neurovégétatifs avec pâleur.
À
l’examen clinique, d’autres signes permettent d’évoquer
un hématome sous-dural : hémorragie au fond d’oeil (classiques perles jacobines), tension de la fontanelle,
accélération de la vitesse de croissance cérébrale sur la
courbe du périmètre crânien.
C’est le scanner cérébral
(sans injection) qui objective l’hématome dans l’espace sous-dural. L’échographie transfontanellaire n’est pas
un bon examen, car elle peut être normale.
Si l’état
neurologique de l’enfant est grave, le traitement peut
nécessiter une ponction transfontanellaire en urgence
dans l’espace sous-dural, pour évacuer l’hématome et
diminuer la pression intracrânienne.
D - Convulsions révélatrices d’une affection
métabolique :
Il existe souvent des signes associés aux convulsions.
L’anamnèse et ces signes associés permettent une
orientation : hypocalcémie dans le cadre d’un rachitisme,
hypoglycémie secondaire à une période de jeûne ; l’hypomagnésémie
est rare.
Les affections métaboliques héréditaires
peuvent se manifester sous forme de convulsions
chez le nourrisson, souvent dans le cadre d’une décompensation
secondaire à un stress (infection, traumatisme,
jeûne) qui évoquent une acidémie organique, des anomalies
du cycle de l’urée, certaines amino-acidopathies.
Convulsions symptomatiques :
Les convulsions peuvent être révélatrices d’une sclérose
tubéreuse de Bourneville par des spasmes et l’existence
de signes cutanés qui permettent d’orienter le diagnostic.
Malformations vasculaires, malformations cérébrales,
tumeurs, encéphalopathies progressives débutantes : ces
différentes étiologies sont plus rares et sont à évoquer en
fonction du contexte et des signes cliniques associés.
Syndromes épileptiques
du nourrisson :
A - Syndrome de West :
En 1841, West décrit des convulsions spécifiques au
nourrisson, caractérisées par des mouvements brusques
en flexion des 4 membres et de la nuque.
En 1951,
l’existence d’anomalies électroencéphalographiques
concomitantes décrites comme hypsarythmiques et la
régression des acquisitions permettent de définir la
triade du syndrome de West : spasmes, hypsarythmie et
régression des acquisitions.
Les spasmes surviennent en
salves.
L’incidence du syndrome de West est de 1 pour
5 000 naissances ; l’âge de début est compris entre
3 mois et 1 an ; le pic de fréquence vers 6 mois.
Dans un
tiers des cas, d’autres types de crises s’associent aux
spasmes sous forme de crises partielles ou généralisées
pouvant même précéder les spasmes.
Les signes associés
à l’examen clinique dépendent de la cause.
L’électroencéphalogramme
montre une hypsarythmie, c’est-à-dire
une désorganisation complète du tracé avec un mélange
anarchique de pointes, de pointes-ondes, de grande amplitude, d’ondes lentes, avec disparition complète du
rythme de fond.
La morphologie et la topographie des
différentes phases varient d’un instant à l’autre du tracé.
L’injection de Valium (test au Valium) peut permettre
d’objectiver une asymétrie si celle-ci n’est pas mise en
évidence spontanément.
L’étiologie du syndrome de
West est très variée.
Celui-ci peut être idiopathique ou
symptomatique dans le cadre d’une sclérose tubéreuse
de Bourneville, d’une malformation cérébrale ou de
séquelles de souffrance anoxo-ischémique du nouveau-né.
Les éléments de bon pronostic sont un développement
psychomoteur et intellectuel normal avant l’apparition
des spasmes, l’absence de régression mentale, la
persistance d’une coordination oculo-manuelle quand
surviennent les spasmes, l’absence d’autres types
de crises et de signes neurologiques focalisés.
Le
syndrome de West idiopathique constitue 30 % des
syndromes de West.
Le traitement en première intention
fait appel au vigabatrin (Sabril) à la posologie de
100 à 150 mg/kg/j.
Si après 8 j on n’observe pas
d’amélioration, on peut remplacer le Sabril par de
l’hydrocortisone à 15 mg/kg/j pendant 15 j, avec une
régression progressive en 15 j à 1 mois suivant les cas.
Un traitement adjuvant et de surveillance est nécessaire
ainsi qu’une prévention des effets secondaires de la
corticothérapie.
Le traitement antiépileptique associé
sous forme de valproate de sodium (Dépakine) doit être
poursuivi 18 à 24 mois.
Si l’évolution est favorable en
cas de syndrome de West symptomatique, le traitement
doit être prolongé.
B - Épilepsie myoclonique sévère
du nourrisson
:
Ce syndrome épileptique est caractérisé par une épilepsie
qui débute entre 3 et 10 mois, sous forme de convulsions
en contexte fébrile, faisant porter le diagnostic de
convulsions fébriles.
La fréquence des crises augmente
secondairement, elles ne sont pas toujours déclenchées
par la fièvre.
À partir des 2e et 3e années, des myoclonies
segmentaires ou massives apparaissent.
Il s’agit de myoclonies
évoluant par accès, responsables de chutes.
Parallèlement, les crises cloniques sont plus nombreuses.
Des états de mal myocloniques peuvent apparaître.
Cette évolution est retrouvée dans ce syndrome quel que
soit le traitement antiépileptique proposé.
À partir de la
2e année, des absences atypiques très brèves, plusieurs
fois par jour, apparaissent aussi.
À l’électroencéphalogramme,
ces manifestations se traduisent par une décharge
brève de polypointes-ondes rapides, généralisées.
Une
photosensibilité est fréquente mais pas constante.
Le développement psychomoteur, qui était normal
jusqu’à l’âge de 1 an, s’altère progressivement dès
l’apparition de crises cloniques apyrétiques, avec
surtout, un retard d’apparition du langage et, progressivement,
l’apparition d’une ataxie.
Cette dernière est
aggravée par les myoclonies.
On n’observe pas de
régression mais une stagnation dans les acquisitions.
La
survenue de convulsions fébriles, qui se répètent et qui débutent durant la première année de vie, doit rendre
prudent quant au pronostic car il peut s’agir d’une
épilepsie sévère du nourrisson débutante.
C - Épilepsie myoclonique bénigne
:
Il s’agit d’un nourrisson sans aucun antécédent, qui présente
des myoclonies, apparaissant entre 1 et 3 ans.
Les
accès myocloniques sont de courte durée, de fréquence
croissante, prédominant aux membres supérieurs,
parfois associés à des révulsions oculaires.
Il n’y a jamais
de perte de connaissance associée.
Dans quelques cas,
des convulsions fébriles associées ont été rapportées.
L’examen neurologique est toujours normal entre les
épisodes.
L’électroencéphalogramme montre des pointes-ondes et polypointes-ondes synchrones des
myoclonies.
La photosensibilité est inconstante.
L’électroencéphalogramme intercritique est normal.
L’évolution est toujours favorable sous traitement
antiépileptique par Dépakine 15 à 20 mg/kg/j en 2 ou
3 prises en monothérapie ou en association avec le
Zarontin à raison de 10 à 20 mg/kg/j en 2 prises.
D - Épilepsie myoclonique bénigne réflexe
:
Décrite pour la 1re fois en 1995 chez 6 enfants, il s’agit
d’une forme clinique de l’épilepsie myoclonique
bénigne.
Elle en diffère par les points suivants : des antécédents
familiaux d’épilepsie généralisée idiopathique,
des myoclonies massives symétriques, des flexions de la
tête avec parfois des révulsions oculaires.
Les stimulus
déclenchant les myoclonies sont essentiellement tactiles
(percussion de la racine du nez) ou thermiques (eau froide
sur le visage) ou acoustiques (bruit intense).
Le pronostic
est favorable.
E - Syndrome des convulsions infantiles
familiales bénignes :
Ce syndrome est aussi dénommé « convulsions familiales
bénignes du nourrisson ».
Il s’agit de nourrissons
normaux, ayant un développement normal, sans antécédent
et qui, entre 1 et 11 mois (moyenne : 6 mois), présentent
des « orages » épileptiques durant 2 à 3 j, avec survenue
de 4 à 10 crises par jour.
La sémiologie des crises
présente les caractéristiques suivantes.
Il s’agit de crises
brèves (< 5 min), partielles ou le plus souvent partielles
secondairement généralisées, avec déviation des yeux,
arrêt de l’activité, automatismes moteurs (mâchonnements),
clonies unilatérales puis généralisées, survenue
d’une apnée avec hypotonie. L’électroencéphalogramme
durant la crise confirme le début partiel des crises sous
forme de décharges rythmiques rapides, focalisées, avec
généralisation secondaire.
L’électroencéphalogramme à
distance des crises est toujours normal ainsi que l’examen
neurologique.
Le pronostic est constamment favorable.
Le traitement fait appel à une monothérapie, avec la Dépakine 15 à 20 mg/kg/j en 2 ou 3 prises en monothérapie,
durant une durée courte (6 mois à 1 an au maximum).
F - Épilepsies non syndromiques
du nourrisson :
• Dans l’épilepsie généralisée, le nourrisson peut présenter
des crises de grand mal idiopathique.
Il s’agit
d’un groupe hétérogène compte tenu de la variabilité du
pronostic et la réponse du traitement antiépileptique.
L’examen neurologique ne montre pas de syndrome
focalisé ou déficitaire entre les crises.
L’étude des
corrélations électrocliniques, la sensibilité au traitement,
et le développement neuropsychologique définissent
le pronostic bénin ou grave de l’épilepsie.
• L’épilepsie partielle débute dans la 1re ou 2e année
de vie sous forme de crises partielles ou partielles
secondairement généralisées qui ne sont pas rares.
La
sémiologie est variable.
Elle correspond à la maturation
successive des différentes aires corticales en fonction de
l’âge. Les phénomènes moteurs sont prédominants.
Les
manifestations végétatives sous formes de rubéfaction
du visage, d’apnée, de mydriase, de cyanose peuvent
être observées mais leur reconnaissance est difficile.
Les
modifications paroxystiques du comportement doivent
alerter.
L’électroencéphalogramme peut être normal durant la
période intercritique.
Un enregistrement de veille et de
sommeil est obligatoire à cet âge.
Le développement de
la vidéo électroencéphalographique de longue durée a
permis d’établir des corrélations électrocliniques par
l’enregistrement des manifestations cliniques durant la
période critique.
Les investigations en imagerie morphologique et
fonctionnelle ne permettent pas toujours de démontrer l’existence d’une lésion corticale.
Il faut savoir répéter à
2 ou 3 ans de distance une imagerie par résonance
magnétique qui était normale antérieurement.
Si l’épilepsie partielle est idiopathique, son expression
est liée à l’âge.
Les manifestations critiques disparaissent
avec la maturation cérébrale.
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