La vigilance est une performance fonctionnelle du système nerveux
central.
Les mécanismes qui peuvent l’altérer sont très variables et
peuvent s’intriquer.
Nous nous limitons ici à une approche
fonctionnelle.
En effet, les risques communs de tous les comas sont
liés à la défaillance des fonctions végétatives du système nerveux
central, et non aux mécanismes de la détresse neurologique.
Définitions et bases
physiopathologiques :
A - VIGILANCE :
Le terme de vigilance (arousal) est utilisé ici dans le sens d’une
performance fonctionnelle globale du système nerveux central.
Cette
performance reflète le degré d’activation des différentes fonctions
cérébrales. Les degrés les plus bas de cette activation permettent les
fonctions végétatives du système nerveux.
Les degrés les plus hauts
activent les fonctions supérieures.
Ce degré d’activation a la
particularité d’être physiologiquement variable selon le cycle veillesommeil
et selon des afférences conscientes (stress, relaxation).
L’éveil est le degré d’activation nécessaire mais non suffisant qui
permet une mise en jeu des fonctions supérieures.
Dans la mesure où la vigilance active les fonctions neurologiques de
façon hiérarchique, il est envisageable de la mesurer par un
paramètre ordonné.
En tant que performance globale, la vigilance ne reflète pas de façon
univoque le fonctionnement d’une structure neuroanatomique, mais
la formation réticulée activatrice ascendante (FRAA) doit être
fonctionnelle à l’étage protubérantiel supérieur et mésencéphalique
pour que la vigilance soit normale.
La mise en évidence d’afférences
spécifiques d’origine spinothalamique et corticale vers la FRAA par
des études anatomiques et électrophysiologiques explique
l’influence de la douleur et de la conscience sur la vigilance.
B - CONSCIENCE :
Nous utilisons une définition fonctionnelle et extérieure à l’individu
pour la conscience (consciousness).
Au plan des performances
fonctionnelles, la conscience est l’ensemble des fonctions
neurologiques qui permettent à un individu d’interagir de façon
complexe avec son environnement.
La complexité d’une réponse
consciente dépasse la complexité du stimulus par sa séquence, sa
temporalité, ses modalités…
Une autre dimension de cette
complexité est la variabilité, qui s’observe par la possibilité de
réponses différentes à un même stimulus selon les individus, et de
réponses différentes à un même stimulus quand il est répété
plusieurs fois chez le même individu.
Cette dernière dimension de
la variabilité des réponses est une conséquence de la mémoire, qui
est un des éléments de la conscience.
Dans la mesure où le terme de conscience regroupe un ensemble de
fonctions, il n’existe pas de paramètre universel pour en mesurer
l’efficacité.
Le support anatomique des fonctions de la conscience est le cortex
hémisphérique et les noyaux gris centraux.
C - TROUBLES DE LA VIGILANCE :
Un trouble de la vigilance se caractérise par un degré d’activation
global des fonctions neurologiques inapproprié à l’environnement
du sujet.
Dans les cas les plus sévères, l’altération des fonctions
neurologiques végétatives engendre des risques spécifiques
différents des risques liés aux troubles de la conscience et à la nature
du processus pathologique en cause.
Les situations pathologiques où la vigilance est réduite vont faire
l’objet de l’essentiel de cet article.
Cependant, il existe aussi de
nombreuses situations pathologiques où la vigilance est anormalement aiguisée, soit pour des raisons neurologiques
(toxiques excitateurs), soit pour des raisons psychiatriques (crise
d’angoisse, état maniaque).
D - OBNUBILATION :
L’obnubilation est un trouble de la vigilance responsable d’un
ralentissement de toutes les fonctions de la conscience.
Cliniquement, le patient peut donner des réponses verbales ou
gestuelles complexes, mais moins élaborées et plus lentement
qu’habituellement.
E - STUPEUR
:
La stupeur est un trouble de la vigilance plus sévère que
l’obnubilation.
Dans un état de stupeur, le patient alterne des
périodes d’éveil imparfait avec des phases de somnolence
pathologique.
Les performances des fonctions de la conscience sont
limitées à l’exécution de consignes verbales élémentaires ou à
l’orientation correcte de mouvements aux stimuli nociceptifs.
F - COMA :
Nous définissons un coma par un trouble de la vigilance qui interdit
de façon stable l’évaluation clinique de toutes les fonctions de la
conscience.
Cette définition n’exclut pas une activité corticale lors d’un coma.
Elle signifie seulement que, à l’occasion d’un coma, il n’y a pas de
fonction consciente cliniquement décelable.
G - TROUBLES DE LA CONSCIENCE :
Les troubles de la conscience sont beaucoup plus hétérogènes que
les troubles de la vigilance, dans la mesure où ils peuvent concerner
l’ensemble des fonctions supérieures ou être spécifiquement
concentrés sur certaines (troubles phasiques, troubles de la mémoire,
troubles de la planification gestuelle…).
Il est certain que notre
définition du coma implique un trouble de la conscience, mais
l’ensemble des situations pathologiques où la conscience est altérée
dépasse largement le cadre de cet article.
H - CONFUSION :
La confusion est une altération de fonctions conscientes stratégiques
(mémoire, orientation temporospatiale, planification…).
Selon les
étiologies, elle peut accompagner une vigilance amoindrie (sepsis,
alcoolisation), exacerbée (amnésie globale transitoire ou ictus
amnésique) ou adaptée à l’environnement (syndrome de Korsakoff).
Mécanismes
:
La vigilance peut être altérée par quatre grands mécanismes :
– un processus métabolique ou toxique inhibe de façon transitoire
ou définitive la fonction de multiples circuits neurologiques, dont
ceux responsables de la vigilance.
Nous plaçons aussi dans cette
catégorie les situations où un déficit de la perfusion cérébrale est
probablement la cause du trouble de la vigilance (hydrocéphalie
aiguë, détresse hémodynamique, vasospasme, thrombophlébite des
sinus, pathologie artériolaire diffuse) ;
– un volumineux processus expansif sustentoriel est responsable
d’un engagement du diencéphale ou du lobe temporal, et provoque
des dysfonctions du tronc cérébral de haut en bas (craniocaudal) au
fur et à mesure qu’il progresse ;
– un processus altère par lésion ou par compression la FRAA ou les
deux thalami ;
– un processus épileptique généralisé inhibe la vigilance.
En contexte traumatique aigu, la plupart des comas sont en rapport
avec un processus expansif intracrânien (hémorragie et contusion)
qui lèse ou comprime le tronc cérébral.
D’autres facteurs d’agression
cérébrale aggravent la détresse neurologique dans cette situation.
En dehors de ce contexte, les comas les plus fréquents sont ceux où
un processus pathologique, le plus souvent toxique, altère
globalement toutes les fonctions neurologiques centrales, donc en
particulier la vigilance.
Même dans un contexte qui évoque un tel
mécanisme, il est essentiel de rechercher au moins cliniquement des
arguments pour un processus focal intracrânien.
Une lésion
intracrânienne peut par sa localisation, mais surtout par son
caractère expansif, aggraver la profondeur du trouble de la vigilance.
Sa présence peut rendre dangereuse la pratique d’une ponction
lombaire.
Sa localisation peut favoriser certaines complications
(trouble de la déglutition, arrêt respiratoire…) ou modifier
l’interprétation de certaines constatations cliniques.
Elle justifie
fréquemment d’un traitement et d’une surveillance spécifiques.
L’état de mal épileptique est un mécanisme particulier de coma,
dans la mesure où il résulte d’un phénomène électrique cortical.
C’est une cause rare de coma, en comparaison des causes toxiques
ou traumatiques.
Il doit cependant être systématiquement envisagé
car ce peut être un diagnostic clinique difficile, et il implique des
traitements et une surveillance spécifiques.
De plus, il peut
s’intriquer avec les autres causes de coma : les processus expansifs
traumatiques ou vasculaires, les processus infectieux corticaux et
certains toxiques peuvent diminuer le seuil épileptogène.
Conduite à tenir en phase aiguë
:
La prise en charge d’un coma en phase aiguë regroupe pratiquement
toutes les difficultés des situations d’urgence.
Le pronostic vital est
subordonné à un processus pathologique évolutif et aux
thérapeutiques immédiates.
La variété des étiologies possibles et la
lourdeur des moyens thérapeutiques interdisent le plus souvent une
planification a priori de la succession des actes thérapeutiques et
diagnostiques.
Le patient ne peut collaborer ni au recueil de
l’anamnèse, ni aux soins.
Les proches du patient ne sont pas
prévenus, ou ils sont déconcertés et peuvent omettre des
informations essentielles.
La situation d’un patient majeur
présentant un coma aigu n’est actuellement pas traitée par le droit
français, ce qui pose des problèmes juridiques quant au
consentement aux soins, aux examens diagnostiques et aux
protocoles de recherche.
Pour la clarté de l’exposé, nous traitons de façon séparée l’examen
clinique, les mesures thérapeutiques immédiates et les examens paracliniques.
Cependant, la succession des procédures est fonction
de la situation du patient, du contexte étiologique, de l’habitude des
équipes, et des moyens disponibles en matériels et en personnels.
Il
n’existe pas de situations qui amènent à pratiquer toutes les
procédures que nous décrivons.
Cette succession de procédures doit
être conduite de façon adaptée à la situation du patient, au contexte
étiologique et à l’environnement de soin, pour que les mesures
thérapeutiques et les investigations paracliniques s’enchaînent
efficacement.
Examen clinique
:
L’examen clinique du patient comateux a plusieurs objectifs, il
recherche :
– les complications et risques de complications inhérents au trouble
de la vigilance ;
– des arguments en faveur d’une lésion neurologique focale ou
d’une activité épileptique ;
– l’affection causale.
Il faut prendre en compte l’utilisation préalable de sédatifs,
d’opiacés, de curares ou d’atropiniques, lors de la prise en charge médicale.
Si l’anamnèse est possible, il est important de rechercher
si des troubles fonctionnels préexistaient au coma (troubles moteurs
ou sensoriels des membres ou de la face, strabisme, séquelles
pupillaires chirurgicales ou traumatiques, incontinence).
Un état
hémodynamique précaire ou toute autre altération métabolique peut
aggraver la profondeur d’un trouble de la vigilance.
Ces
informations peuvent faire reconsidérer l’interprétation de certains
signes de l’examen clinique.
A - ÉVALUER LE RISQUE DE COMPLICATION IMMÉDIATE
DU TROUBLE DE LA VIGILANCE
:
Un patient comateux est exposé à deux grands types de
complications.
Certaines sont en rapport avec les causes du coma
(les dyskaliémies lors d’une acidocétose par exemple).
Nous ne nous
attachons ici qu’aux complications en rapport avec la détresse
neurologique.
Ces complications surviennent du fait de la
dépression des fonctions végétatives, mais peuvent aussi être
favorisées par des lésions neurologiques focales.
Les complications
principales sont l’insuffisance respiratoire et le risque d’inhalation
bronchique du contenu gastrique.
Le patient doit donc être ausculté,
sa fréquence respiratoire spontanée mesurée.
Une chute de la
langue, des apnées centrales ou obstructives doivent être notées.
Il
est dangereux d’examiner le carrefour aérodigestif, de chercher à
poser une sonde gastrique ou de tester le réflexe nauséeux, tant que
les voies aériennes ne sont pas protégées.
La défaillance circulatoire d’origine purement neurologique ne
survient que dans les détresses neurologiques les plus sévères.
Elle
complique fréquemment certaines intoxications médicamenteuses
(barbituriques, imipraminiques, carbamates).
Elle doit être
recherchée systématiquement.
La recherche du réflexe oculocardiaque par la compression des globes oculaires, qui induit
normalement une bradycardie, peut être dangereuse et doit être
évitée.
L’évaluation de la profondeur du coma est à classer parmi les
mesures du risque de complication.
B - MOTRICITÉ DES MEMBRES ET DE LA FACE. RÉACTIONS
VOCALES :
La motricité spontanée des quatre membres, des deux hémifaces, et
les réactions vocales doivent être notées.
Des mouvements
complexes des membres ou de la face, des bâillements, des
grognements, l’ouverture des yeux, signent une altération faible de
la vigilance lorsqu’ils sont spontanés.
En l’absence d’actions
spontanées, les mouvements et les réactions vocales doivent être
recherchés par injonction orale, puis par stimulation non
douloureuse, puis par stimulation douloureuse.
La stimulation douloureuse doit être centrée (friction du sternum)
et latéralisée (pression unguéale, pression sus-orbitaire appuyée) et
les réponses obtenues notées (membre homo- ou controlatéral).
Ces
réponses peuvent être un mouvement orienté (si la main se déplace
rapidement vers le stimulus) ou un mouvement d’évitement (si la
réponse consiste en un retrait brusque).
Un déplacement lent
stéréotypé (en flexion ou en extension) s’apparente
sémiologiquement plus à un trouble du tonus qu’à un mouvement.
Si par stimulation douloureuse des membres il n’est pas obtenu de
grimace, la motricité des hémifaces doit être testée par compression
postérieure des branches montantes de la mandibule (manoeuvre de
Pierre Marie et Foix).
C - TONUS
:
Le coma s’accompagne le plus souvent d’une hypotonie.
La
constatation d’une hypertonie est donc un élément d’orientation
étiologique important.
Il est à noter que le tonus du patient
comateux est parfois très variable d’un moment à l’autre.
Il est
susceptible de se majorer lors des stimulations, en particulier
douloureuses.
L’hypertonie pathologique n’est parfois visible que
lors de paroxysmes, induits par les stimuli ou spontanés.
Une hypertonie extrapyramidale est décrite au cours de certaines
intoxications (monoxyde de carbone, butyrophénones,
phénothiazines, strychnine) et du syndrome malin des
neuroleptiques et des sérotoninergiques.
Les postures toniques sont plus fréquentes et ont une valeur
localisatrice :
– membres supérieurs en flexion-pronation et membres inférieurs
en extension, lors de lésions étendues des voies pyramidales sustentorielles
(« mouvements de décortication ») ;
– extension des membres, du tronc (opistotonos) et trismus, lors de
lésions étendues impliquant les voies pyramidales au niveau du
tronc cérébral (« mouvements de décérébration »).
Ces anomalies traduisent le plus souvent d’importantes lésions
mécaniques ou vasculaires, mais on les rencontre aussi en cas
d’hypoglycémies, et plus rarement lors des états hyperosmolaires et
des encéphalopathies hépatiques.
Le plus fréquemment, ces signes
apparaissent selon une séquence précise, qui traduit un engagement
cérébral.
D - SIGNES CORTICOSPINAUX :
La constatation de réflexes ostéotendineux très vifs avec extension
de la zone réflexogène, surtout en cas d’asymétrie, évoque un
processus encéphalique focal, mais peut se rencontrer aussi lors des
hypoglycémies.
Un réflexe cutané plantaire en extension évoque une
lésion focale, mais peut aussi se rencontrer lors de certaines
intoxications médicamenteuses (neuroleptiques) et lors des
hypoglycémies.
Les hémorragies méningées entraînent un important syndrome
pyramidal bilatéral, même sans atteinte parenchymateuse visible à
l’imagerie.
Enfin, l’hypertonie majore la vivacité et peut rendre polycinétique la
réponse ostéotendineuse.
E - MOUVEMENTS ANORMAUX
:
Au stade du coma, les seuls mouvements anormaux qui peuvent
persister sont ceux d’origine épileptique et certaines myoclonies.
La
constatation d’autres mouvements anormaux (athétose, chorée, astérixis, tremblement) est un argument formel contre une altération
majeure de la vigilance.
Lors de la stupeur des encéphalopathies
hépatiques ou hypercapniques, le patient présente fréquemment un
astérixis, qui va disparaître quand le coma va se constituer.
Lors d’un trouble de la vigilance, la constatation de clonies, même
localisées (souvent aux extrémités des membres ou aux paupières)
et même transitoires, est un argument très fort en faveur d’un état
de mal épileptique.
Des myoclonies sont fréquentes lors des comas postanoxiques ou
urémiques.
F - RESPIRATION :
Il faut noter le caractère de la respiration spontanée, après libération
des voies aériennes supérieures et avant la mise en place de la
ventilation assistée.
Les mouvements respiratoires spontanés sont le
plus souvent lents et réguliers, mais, en cas d’altération profonde de
la vigilance, ils peuvent être entrecoupés de pauses, se limiter à des
soupirs, voire disparaître.
Les lésions du toit du mésencéphale inférieur ou de la protubérance
supérieure entraînent une hyperventilation, tout comme les acidoses
(trouble primitivement métabolique, acidose lactique postanoxique,
certaines intoxications), l’hypoxie (pneumopathie par inhalation
bronchique, embolie pulmonaire) ou la fièvre.
La respiration de Cheyne-Stokes se caractérise par des mouvements respiratoires
d’amplitude variable de façon cyclique ; elle peut être présente lors
de lésions du diencéphale ou de la partie haute du mésencéphale,
ou lors de comas métaboliques ou des insuffisances cardiaques.
La
respiration apneustique de Kussmaul se caractérise par des pauses, au moins en fin d’inspiration ; elle indique une atteinte de la
protubérance inférieure.
La respiration dite ataxique est irrégulière
et entrecoupée de pauses ; elle traduit une souffrance bulbaire et
peut se compliquer rapidement d’un arrêt respiratoire.
Cependant,
la liaison entre la sémiologie respiratoire et la localisation d’une
lésion du tronc cérébral n’est pas aussi stricte que ce que nous
énonçons ici.
Chez le patient ventilé mécaniquement, il faut noter la réaction aux
aspirations trachéales et la présence de cycles respiratoires
spontanés.
Un hoquet permanent est de constatation fréquente lors des lésions
bulbaires ou protubérantielles étendues.
Le gasp est un mouvement
respiratoire unique de grande amplitude fréquent dans les lésions
neurologiques étendues (coma postanoxique en particulier).
G - MOTRICITÉ PALPÉBRALE :
La position et la motricité spontanée des paupières doivent être
notées.
L’ouverture des paupières peut parfois être obtenue à la
demande ou en présence de bruit, voire lors des manoeuvres de
stimulations douloureuses lors des altérations peu sévères de la
vigilance.
En l’absence de curarisation, une occlusion spontanée
incomplète des paupières doit systématiquement faire rechercher
une diplégie faciale. Cependant, lors des comas très profonds,
l’occlusion spontanée incomplète des paupières est fréquente.
Le clignement à la menace traduit un trouble de la vigilance peu
profond (il implique le cortex occipital).
Sa présence peut permettre
de tester grossièrement l’intégrité des champs visuels.
Le réflexe cornéen est recherché, par contact précautionneux et
stérile de la cornée.
La réponse normale comporte un clignement et
une élévation du globe oculaire.
Elle est obtenue dès le contact des
cils chez le sujet éveillé et dès le contact de la sclère en cas de trouble
léger de la vigilance.
L’abolition du réflexe cornéen traduit une
dysfonction homolatérale de la protubérance, ou des nerfs crâniens
trijumeau ou facial.
Une réponse cornéoptérygoïdienne
(déplacement latéral de la mandibule en direction controlatérale à la
stimulation) traduit une lésion au-dessus de la partie moyenne de la
protubérance.
D’autres réflexes induisent un clignement, même si les yeux sont
fermés : la percussion de la glabelle (réflexe nasopalpébral), le bruit
(réflexe cochléopalpébral) et une lumière vive (réflexe
photopalpébral).
H - EXAMEN DES PUPILLES :
Dans le tronc cérébral, l’intrication de la FRAA avec les circuits
oculomoteurs explique que l’examen de l’oculomotricité intrinsèque
et extrinsèque est fondamental dans la recherche du mécanisme d’un
coma.
La position des pupilles au repos doit être notée. Une anisocorie
peut se rencontrer lors de processus focaux, mais aussi lors de
certains comas toxiques (phénothiazines, antihistaminiques).
Des
pupilles symétriques punctiformes se rencontrent lors des
intoxications aux opiacés et lors des lésions du toit de la
protubérance. Un myosis uni- ou bilatéral s’observe lors des lésions
hypothalamiques postérieures uni- ou bilatérales, par exemple à
l’occasion d’un engagement central.
Un myosis est aussi possible
dans certaines lésions du pont, de la partie latérale du bulbe et de la
moelle cervicale.
Il faut noter ensuite la réponse pupillaire aux stimulations
lumineuses homolatérale (réflexe photomoteur) et controlatérale
(réponse consensuelle).
En dehors d’un antécédent traumatique ou
chirurgical oculaire, une mydriase fixée est un élément d’orientation
étiologique important.
Lorsqu’elle est unilatérale, elle évoque une
compression du nerf oculomoteur homolatéral, en particulier par un
engagement temporal ou par un anévrisme.
Une mydriase bilatérale aréactive se rencontre dans certaines intoxications
(anticholinergiques, imipraminiques, organophosphorés…) et lors
des détresses neurologiques les plus sévères (hypothermie,
intoxication aux barbituriques, encéphalopathie postanoxique, mort
cérébrale).
Une lésion bilatérale du toit du mésencéphale peut
détruire les noyaux d’Edinger-Westphall et abolir les réflexes
photomoteurs. Les pupilles restent alors de taille modérée ou en
mydriase incomplète.
I - MOTRICITÉ OCULAIRE EXTRINSÈQUE :
La position de repos, les mouvements spontanés et les mouvements
induits des globes oculaires doivent être notés.
Les yeux sont le plus souvent en position axiale, conjugués ou en
légère divergence.
Une déviation latérale conjuguée stable traduit le
plus souvent une lésion homolatérale au-dessus de la protubérance
(la déviation est alors controlatérale au déficit moteur ; le plus
souvent, il s’agit d’une lésion hémisphérique) et plus rarement une
lésion protubérantielle controlatérale (la déviation est alors
homolatérale au déficit moteur).
Des phénomènes épileptiques
peuvent induire une déviation conjuguée controlatérale à une lésion
hémisphérique, mais cette déviation est le plus souvent instable
(crises oculogyres).
Une déviation du plan vertical du regard (skew
deviation) évoque une lésion du tronc cérébral, du cervelet ou d’un
thalamus.
Une déviation forcée des yeux vers le bas s’observe lors
de certaines lésions thalamiques ou sous-thalamiques.
De multiples mouvements oculaires spontanés ont été décrits lors
des comas.
Les plus fréquents sont les mouvements d’errance
(balancement horizontal lent conjugué) qui n’ont pas de caractère
localisateur mais affirment le caractère organique du coma et
l’intégrité des circuits oculomoteurs horizontaux.
Le bobbing
(brusque mouvement conjugué de plongée verticale suivie d’une
remontée lente) témoigne le plus souvent d’une lésion de la
protubérance.
Les opsoclonies sont des mouvements oculaires
conjugués rapides et anarchiques dans toutes les directions.
On les
rencontre lors des lésions du tronc cérébral ou du cervelet.
Le
nystagmus retractorius (secousse provoquant une rétraction des
globes oculaires) évoque un dysfonctionnement périaqueducal.
La poursuite oculaire implique une activité corticale ; elle peut être
testée par la recherche du nystagmus optocinétique horizontalement
et verticalement.
Sa persistance traduit une altération peu
importante de la vigilance.
En cas d’altération plus profonde de la vigilance, l’oculomotricité
doit être testée par les réflexes oculocéphaliques : après une rotation,
flexion ou extension de la tête, une déviation conjuguée des globes
oculaires en sens inverse traduit une intégrité de l’arc réflexe.
Si la
réaction est normale, en cas de coma, le retour des globes oculaires
se fait ensuite lentement vers la position axiale.
Ces manoeuvres de
mobilisation de la tête sont contre-indiquées en cas de lésion du
rachis cervical ou d’hypertension intracrânienne.
Les réflexes oculovestibulaires testent les mêmes arcs réflexes :
– l’irrigation d’un seul conduit auditif externe avec de l’eau froide
(jusqu’à 50 mL) est suivie d’une déviation conjuguée tonique des
globes oculaires vers le côté stimulé ;
– l’irrigation simultanée des deux conduits auditifs externes avec
de l’eau froide provoque une déviation conjuguée des yeux vers le
haut.
Ces instillations ne peuvent être pratiquées qu’après contrôle de
l’intégrité du tympan.
La tête du patient doit être fléchie à 30° audessus
de l’horizontale lors de la réalisation de ces manoeuvres.
Une réponse normale à ces tests élimine une lésion importante du
tronc cérébral, car elle démontre l’intégrité :
– des noyaux des nerfs et des muscles oculomoteurs concernés ;
– du nerf vestibulaire stimulé pour les manoeuvres oculovestibulaires ;
– de la partie postérieure de la protubérance pour les déviations
latérales des yeux, et de la partie postérieure des pédoncules
cérébraux pour les déviations horizontales.
Malheureusement, ces manoeuvres n’ont d’utilité que lorsqu’elles
sont strictement normales ou lorsqu’elles permettent d’identifier le déficit d’un ou de plusieurs nerfs oculomoteurs.
Rappelons que
l’atteinte fonctionnelle du nerf moteur oculaire externe (VI) ou une déconjugaison modérée sont fréquentes et non spécifiques.
Les
sédatifs (benzodiazépine, barbituriques, neuroleptiques, propofol…)
peuvent abolir ces réflexes ou entraîner une déviation forcée des
globes vers le bas, même en cas de stimulation unilatérale.
J - AUTRES ÉLÉMENTS CLINIQUES D’ORIENTATION
ÉTIOLOGIQUE
:
De tous les éléments de l’examen clinique visant à cerner l’étiologie
du coma, le recueil de l’anamnèse, quand il est possible, est le plus
important.
Les antécédents médicaux, les traitements prescrits,
l’automédication et les habitudes addictives sont à prendre en
compte. Un état dépressif fait évoquer une tentative de suicide.
Un
séjour récent en zone tropicale fait évoquer un neuropaludisme ou
une méningite.
Le lieu où le coma s’est constitué peut faire évoquer
une intoxication au monoxyde de carbone.
Le mode évolutif du trouble de la vigilance est un élément très
contributif pour l’orientation étiologique : les encéphalites évoluent
en règle au moins sur plusieurs heures ; les accidents vasculaires se
constituent brutalement. Un trouble fonctionnel neurologique de
systématisation cérébrale évoque un processus focal ou une
hypoglycémie.
Les encéphalopathies métaboliques sont précédées
d’un syndrome confusionnel.
Des céphalées avec vomissements
évoquent fortement une hypertension intracrânienne aiguë
(méningite, saignement, thrombophlébite).
La présence de
manifestations épileptiques récurrentes avant la constitution du
trouble de la vigilance oriente vers un état de mal épileptique.
Enfin, l’examen clinique extraneurologique peut apporter des
éléments d’orientation étiologique.
Une hyperthermie doit faire évoquer un processus infectieux qui
peut être, par rapport au coma, une cause (méningite, encéphalite,
neuropaludisme, sepsis), une conséquence (pneumopathie
d’inhalation) ou une affection associée (endocardite, polytraumatisé).
Elle se rencontre aussi lors d’intoxications (inhibiteur de la monoamine-
oxydase, aspirine), à l’occasion d’une embolie graisseuse, lors
des hyperthermies malignes (accident aux anesthésiques volatils,
syndrome malin des neuroleptiques et des sérotoninergiques,
sevrage brutal des dopaminergiques chez les patients parkinsoniens
sévères) et exceptionnellement lors de lésions hypothalamiques.
Elle
est habituellement inférieure à 38,5 °C lors des hémorragies
méningées, des thrombophlébites cérébrales, des hémopathies
malignes, des hémolyses intravasculaires (toxique hémolytique, crise
drépanocytaire) et des maladies de systèmes.
Une hyperthermie très
élevée (au-dessus de 41 °C), quelle qu’en soit la cause, peut altérer
la vigilance ; elle se complique fréquemment de troubles
métaboliques (hypernatrémie) et de crises d’épilepsie, qui aggravent
le trouble de la vigilance.
Enfin, un état de mal épileptique tonicoclonique prolongé augmente la température corporelle,
comme tout effort soutenu.
Des signes méningés évoquent une méningite ou une hémorragie
sous-arachnoïdienne, ils peuvent être cliniquement indécelables si
le coma est profond.
Des contusions ou des hématomes du scalp,
une ecchymose périorbitaire ou mastoïdienne, des écoulements de
sang ou de liquide céphalorachidien (LCR) par les orifices de la face
évoquent un contexte traumatique à l’origine ou conséquence du
coma.
Les embolies graisseuses s’accompagnent fréquemment d’un
purpura cervicothoracique et de pétéchies sous-conjonctivales.
Un globe vésical est fréquent au cours de nombreuses intoxications
(phénothiazines, morphiniques).
L’hypersécrétion bronchique avec hypersalivation, hypersudation et hyperlacrymation se rencontre
dans les intoxications aux organophosphorés, lors du syndrome
malin des neuroleptiques et lors de certains sevrages brutaux des
médicaments dopaminergiques chez les patients parkinsoniens.
Une morsure latérale de langue, une perte spontanée d’urine et
surtout la constatation de mictions complètes à l’occasion d’une
altération importante de la vigilance évoquent un état de mal
épileptique.
Les insuffisances surrénales, thyroïdiennes,
hypophysaires, et les carences nutritionnelles peuvent
s’accompagner de signes trophiques évocateurs. De multiples traces
d’injections intraveineuses évoquent une toxicomanie.
D’autres signes cliniques, plus rares, peuvent encore orienter le
diagnostic étiologique : purpura des méningites à méningocoques ;
odeur d’alcool des intoxications alcooliques ; coloration rosée des
téguments des intoxications au monoxyde de carbone ; odeur
d’acétone de l’haleine des acidocétoses diabétiques et des
encéphalopathies hépatiques ; couleur rouge des urines dans les
porphyries ; anurie des intoxications aux méthémoglobinisants ou à
l’éthylène glycol…
Mesures thérapeutiques immédiates
:
Nous décrivons ici la prise en charge initiale d’un patient comateux,
selon une séquence dont l’objectif est de limiter les complications :
– dans le cas d’une respiration inefficace, les voies aériennes
supérieures doivent être libérées ; ensuite, si nécessaire, le patient
doit être ventilé au masque ;
– le patient doit être monitoré au plan électrocardiographique et
oxymétrique de façon continue, et au plan tensionnel de façon
rapprochée ;
– une voie d’abord veineuse est ensuite mise en place ;
– s’il a été constaté une chute de la langue, une diminution (voire
une annulation) de la fréquence respiratoire spontanée, une
hypoxémie réfractaire à l’oxygénothérapie par sonde nasale, un état
de choc, une hypersécrétion bronchique ou un risque de
vomissement (le patient a déjà vomi ou présente une hypertension
intracrânienne non contrôlée, un lavage gastrique ou un examen otorhino-laryngologique sont nécessaires), l’intubation orotrachéale
puis la ventilation mécanique doivent être pratiquées ; en cas de
trismus ou de convulsions, ce geste doit être précédé de
l’administration de curare ;
– il faut rechercher en urgence une hypoglycémie, et la traiter
activement lorsqu’elle est constatée ; en l’absence d’anamnèse
contributive, toute perfusion de sérum glucosé doit s’accompagner
d’un apport parentéral de vitamine B1 ;
– s’il est constaté un état de choc, les mesures usuelles de
rétablissement de l’hémodynamique doivent être utilisées ;
– une éventuelle hypertension artérielle doit être respectée, si elle
est bien tolérée (absence de défaillance cardiaque et de dissection
aortique) et si elle ne présente pas de critère de malignité ;
– un contexte évocateur et des constatations cliniques en rapport
peuvent faire évoquer une intoxication par les benzodiazépines ou
les opiacés ; il existe pour ces toxiques des antidotes spécifiques
(flumazénil pour les benzodiazépines et naloxone pour les opiacés) ;
dans le cas de comas toxiques, le réveil complet du patient, après
utilisation de l’antidote approprié, a le double avantage de confirmer
le diagnostic et de simplifier les mesures thérapeutiques
immédiates ; cependant, l’utilisation de ces produits dans le contexte
de l’urgence expose particulièrement aux effets secondaires (crise
d’épilepsie due au flumazénil) et peut compliquer la prise en charge
ultérieure du patient (syndrome de sevrage aigu, fugue…) ;
– appareils dentaires, verres de contact, lunettes, bagues et boucles
d’oreilles doivent être ôtés ; il faut lutter contre l’hypothermie,
particulièrement fréquente lors de certaines intoxications
(barbituriques, morphine, alcool) ; le plus souvent, il est nécessaire
de mettre en place une sonde urinaire.
Examens paracliniques
:
Les examens complémentaires recherchent l’étiologie du coma et ses
complications.
L’enquête étiologique doit être large et rapide, tant
que le mécanisme et l’affection responsables du coma ne sont pas
clairement identifiés.
A - EXAMENS BIOLOGIQUES :
L’analyse biochimique sanguine comporte obligatoirement un
dosage des électrolytes du sang dont le calcium, le phosphore, le
magnésium, la glycémie, l’urémie et la créatininémie, dont la
perturbation peut être la cause ou la conséquence du coma.
Il faut
rechercher aussi systématiquement une rhabdomyolyse qui peut
compliquer certaines intoxications, certains processus infectieux, les
états de mal épileptiques et tous les troubles prolongés de la
vigilance.
L’analyse hématologique recherche les signes d’une infection, qui
peut être à l’origine ou compliquer le coma (pneumopathie).
La mesure des gaz du sang et des lactates artériels permet d’évaluer
les fonctions respiratoires pulmonaire et cellulaire, mais aussi de
rechercher une acidose métabolique présente dans certaines
intoxications ou après les défaillances hémodynamiques prolongées.
La mesure de la carboxyhémoglobine doit être demandée au
moindre doute d’intoxication au monoxyde de carbone.
Au cours des intoxications volontaires, l’analyse toxicologique peut
s’avérer peu contributive si l’anamnèse est bien fournie.
Cependant,
il faut rechercher systématiquement l’association à une intoxication
alcoolique.
Certains toxiques ont un retentissement sur les bilans
hépatique ou rénal, ou sur l’hémostase.
La fonctionnalité de la voie
d’élimination principale des toxiques doit être systématiquement
évaluée (taux de prothrombine pour les toxiques d’élimination
hépatique, et clairance de la créatinine pour les toxiques
d’élimination rénale).
Un syndrome hémorragique clinique, l’indication à une ponction
lombaire ou à un geste chirurgical, un saignement intracrânien ou
une thrombophlébite cérébrale doivent faire rechercher des troubles
de l’hémostase.
Enfin, certaines analyses sont en rapport avec des étiologies
spécifiques : bilan hépatique lors des insuffisances hépatocellulaires,
hémocultures lors des endocardites, dosage des antiépileptiques lors
des états de mal épileptiques, dosages spécifiques des endocrinopathies et des carences vitaminiques…
Nous ne détaillons pas ici l’exploration des complications
infectieuses des comas.
B - IMAGERIE ENCÉPHALIQUE :
Le scanner cérébral est d’indication large dès que l’étiologie est
traumatique, vasculaire ou douteuse.
Il doit être systématiquement
envisagé si l’examen neurologique montre des signes focaux, des
signes d’hypertension intracrânienne ou d’hémorragie méningée, ou
si une ponction lombaire est indiquée.
Pour l’enquête étiologique, si
les séquences sans injection de produit de contraste n’apportent pas
une réponse claire, l’injection de produit de contraste doit être
envisagée si l’imagerie par résonance magnétique (IRM) n’est pas
disponible, alors même que les antécédents allergiques du patient
sont le plus souvent inconnus.
L’opacification veineuse peut montrer
une thrombophlébite des sinus. Plus rarement, un ou plusieurs abcès
ou tumeurs encéphaliques peuvent n’être visibles qu’après injection
de produit de contraste.
Si l’étiologie reste indéterminée après le scanner, l’IRM encéphalique
peut être proposée.
Elle offre une fiabilité de détection des
thrombophlébites et une exploration du tronc cérébral de bien
meilleure qualité.
Par rapport au scanner, les réserves quant à la
pratique de cet examen en urgence sont en rapport avec sa
disponibilité, les possibilités de surveillance du patient lors de la
procédure et certaines contre-indications (stimulateur cardiaque et
matériel ferromagnétique mobile in corpore).
C - PONCTION LOMBAIRE :
Lors du diagnostic étiologique d’un coma, elle ne se conçoit qu’après
une imagerie cérébrale.
En cas de suspicion d’infection méningée, le
traitement antibiotique s’impose avant la réalisation de la ponction
lombaire.
L’analyse du LCR apporte le diagnostic de certitude lors des
méningites purulentes et des encéphalites herpétiques.
La
probabilité d’identification d’une bactérie à l’origine d’une
méningite est d’autant plus élevée que le prélèvement est précoce.
Elle contribue aussi fortement au diagnostic des autres processus
infectieux ou inflammatoires du système nerveux central.
Une hémorragie méningée invisible au scanner ne peut entraîner un
coma.
La pression du LCR est souvent élevée lors des thrombophlébites
des sinus hémisphériques et des méningites.
D - ÉLECTROENCÉPHALOGRAMME (EEG) :
Le diagnostic d’état de mal épileptique ne peut être posé avec
certitude sans EEG.
Le diagnostic d’état de mal épileptique est souvent envisagé
tardivement et l’EEG tardivement pratiqué.
La mesure de l’efficacité
des thérapeutiques chez ces patients relève plus d’une surveillance
continue que d’un examen ponctuel.
De plus, il est probable que de
nombreux patients présentant une détresse neurologique centrale
d’origine vasculaire, traumatique, postanoxique ou infectieuse
présentent des phénomènes épileptiques dont les conséquences sur
l’état de vigilance sont à discuter.
En dehors des phénomènes épileptiques, le tracé peut orienter vers
certains mécanismes pathologiques (signes d’encéphalopathie,
rythme alpha non modifié par les stimulations lors de lésions du
tronc cérébral ou de comas postanoxiques…).
En tout état de
cause, cet examen n’est jamais normal chez un patient comateux et
il permet donc le diagnostic des aréactivités psychogènes.
E - FOND D’OEIL :
Pour les praticiens qui en ont une grande expérience, le fond d’oeil
peut apporter des arguments étiologiques : hémorragie
rétrohyaloïdienne des ruptures anévrismales, oedème papillaire des
hypertensions intracrâniennes prolongées, localisations rétiniennes
de processus infectieux, inflammatoires ou vasculaires.
On rappelle que l’utilisation d’un mydriatique peut interdire pour
plusieurs heures la surveillance de la taille des pupilles.
F - AUTRES EXAMENS :
La radiographie thoracique à la recherche d’une pneumopathie est
systématique.
Elle peut aussi être contributive dans le bilan
étiologique (cardiomégalie, processus tumoral).
L’électrocardiogramme est systématique. Il peut orienter l’enquête
étiologique.
C’est un élément de surveillance de certaines
intoxications (imipraminiques), des hémorragies méningées et des
complications thromboemboliques.
D’autres examens ne sont informatifs que dans certains domaines
de la pathologie : artériographie lors des hémorragies cérébroméningées, doppler des artères cervicales et encéphaliques
dans le domaine vasculaire, mesure de la pression intracrânienne et
de l’oxymétrie jugulaire lors des traumatismes encéphaliques…
D’autres examens fonctionnels (IRM fonctionnelle, scintigraphie
isotopique, potentiels évoqués, analyse mathématique du signal
EEG) sont informatifs entre les mains d’équipes entraînées à les
utiliser.
Leur valeur diagnostique doit encore être étudiée, selon les
modalités de réalisation et les situations pathologiques.
Profondeur d’un trouble
de la vigilance :
La vigilance est le degré général d’activation des fonctions
encéphaliques.
Cette activation est hiérarchisée et il est donc
envisageable de la mesurer par un paramètre ordonné.
Le premier
objectif d’une telle mesure devrait être l’évaluation du risque de
complication, en rapport avec la détresse neurologique (arrêt
respiratoire, inhalation bronchique de liquide gastrique…).
Cependant, l’expérience clinique quotidienne montre que les
meilleures performances neurologiques d’un patient comateux, et
donc sa vigilance, peuvent être variables au cours du temps.
La
vigilance peut augmenter après des stimuli douloureux, mais aussi
parfois lors de stimuli d’ambiance (présence de la famille du patient
dans la chambre).
Elle s’altère lorsque des facteurs d’agression
cérébrale sont surajoutés : fièvre, hypothermie, altérations
hémodynamiques, perturbations métaboliques, sepsis.
Les sédatifs
et les crises d’épilepsie altèrent aussi la vigilance.
Les indications à une surveillance en réanimation et à la ventilation
mécanique sont plus larges que ne le laisse prévoir le simple examen
ponctuel des fonctions vitales et neurologiques d’un patient
comateux.
Il n’y a pas de paramètre mesurable qui permette de
prévoir le risque de complication d’un trouble de la vigilance.
Le score de Glasgow a été développé avec d’autres
objectifs : il visait à surveiller et prédire le pronostic de traumatisés
crâniens.
Il répond très partiellement à ces objectifs dans ce
contexte, car il mesure cliniquement l’importance du processus
expansif hémisphérique des lésions traumatiques les plus
fréquentes.
Dans ce contexte, la surveillance et la prédiction
pronostique sont nettement accrues par la prise en compte des
réflexes du tronc cérébral.
La réalisation facile du score de Glasgow l’a rendu très populaire.
Sa reproductibilité interobservateur acceptable pourrait le rendre
utilisable pour la surveillance paramédicale des troubles de la
vigilance qui ne comportent pas de déficit neurologique focal.
Cependant, aucune étude clinique ne confirme cette proposition.
Son
utilisation très répandue ne doit pas faire oublier qu’il permet tout
au plus d’obtenir un certain degré de standardisation de la mesure
du niveau de vigilance.
Son utilisation à titre pronostique en dehors du contexte du
traumatisme crânien est difficile.
Le score de Glasgow est lié à la
mortalité lors des encéphalopathies septiques.
Au troisième jour,
le paramètre de réponse motrice est lié au pronostic des comas postanoxiques, mais plus faiblement que l’absence de réflexe
photomoteur.
Mais c’est lors des pathologies comportant des
lésions neurologiques focales que le score de Glasgow est le plus en
défaut ; en particulier, il n’est pratiquement pas utilisable en
pathologie vasculaire.
D’autres échelles de la vigilance ont été développées.
RLS 84
(Reaction Level Scale) a l’avantage d’être utilisable chez les
patients dans l’incapacité de parler (intubation, aphasie motrice) ou
d’ouvrir les yeux (traumatismes).
Aucune de ces échelles ne permet
une évaluation individuelle du risque de complication d’un trouble
de la vigilance.
De façon générale, en dehors des situations envisagées ci-dessus, il
n’y a pas de démonstration que la profondeur du trouble de la
vigilance atteste par elle-même du pronostic d’un coma.
Cette
question ne peut s’envisager indépendamment du contexte
étiologique et de l’environnement de soins disponible.
Rappelons
que les hypothermies profondes ou les intoxications sévères aux
barbituriques peuvent conduire à une absence totale de réactivité
neurologique, cliniquement superposable à un état de mort
cérébrale.
Pourtant, dans ces deux cas, la récupération neurologique
ad integrum est possible.
Diagnostic étiologique
:
Une même affection peut induire un coma par divers mécanismes.
Nous en avons distingués quatre principaux.
La ou les lésion(s) détectée(s) à l’imagerie doivent, par leur
localisation ou leur expansion, être capables d’expliquer l’état
neurologique constaté.
Si la vigilance apparaît plus altérée que ne le
laisse prévoir l’imagerie, il faut envisager un mécanisme associé, en
particulier un trouble métabolique ou une activité épileptique.
Un processus expansif ou lésionnel de la fosse postérieure est très
probable en cas de troubles oculomoteurs intrinsèques ou
extrinsèques.
Cependant, l’hypoglycémie peut se manifester ainsi et
l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke comporte des anomalies de
l’oculomotricité extrinsèque.
De nombreux toxiques agissent sur la
motricité pupillaire et une asymétrie pupillaire est possible lors
d’intoxications, même par voie générale.
Cependant, cette hypothèse
ne peut être retenue que si l’imagerie encéphalique est normale.
L’hypercalcémie de l’hyperparathyroïdie et l’hypermagnésémie
peuvent se manifester par un coma, une disparition des réflexes
ostéotendineux et une paralysie débutant par les muscles
oculomoteurs.
À l’opposé, une oculomotricité intrinsèque et
extrinsèque normale rend très improbable un processus expansif ou
lésionnel de la fosse postérieure comme origine d’un coma.
Rappelons que certaines lésions du tronc cérébral ne sont visibles
qu’à l’IRM.
Un processus expansif sus-tentoriel responsable d’un coma montre
le plus souvent des anomalies cliniques démonstratives.
Il doit être
suspecté si l’examen retrouve des signes d’hypertension
intracrânienne et d’anomalie focale sus-tentorielle.
Un processus
expansif sus-tentoriel responsable d’un coma est toujours visible au
scanner sans injection de produit de contraste.
Une lésion hémisphérique sus-tentorielle qui poursuit son expansion
va comprimer le tronc cérébral de haut en bas (« dégradation
rostrocaudale ») par engagement.
En l’absence de geste
neurochirurgical, le processus d’engagement aboutit le plus souvent
à la mort.
Selon la localisation lobaire de la lésion, l’engagement est
temporal ou central.
L’engagement temporal est en rapport avec une hernie du lobe
temporal à travers la tente du cervelet.
Le premier signe en est une
pupille dilatée aréactive, puis une mydriase homolatérale à
l’engagement.
Apparaissent ensuite une hémiplégie controlatérale et
une tachypnée.
À ce stade, les troubles de la vigilance sont constants.
Ensuite, les troubles du tonus se manifestent, en
commençant le plus souvent controlatéralement à l’engagement.
Les
stades suivants traduisent les signes de souffrance protubérantiels
puis bulbaires.
L’engagement central traduit un déplacement du diencéphale.
Il
débute par des mouvements de décortication et un myosis bilatéral,
alors que le patient est déjà dans le coma.
Apparaissent ensuite les
mouvements de décérébration et une mydriase bilatérale aréactive.
Les réflexes photomoteurs et les mouvements oculaires verticaux
sont alors abolis.
Ces signes sont grossièrement symétriques. Les
stades suivants montrent les signes de souffrance protubérantiels
puis bulbaires.
Ces séquences de signes cliniques affirment l’engagement cérébral.
L’observation isolée de ces signes ne traduit que la localisation des
lésions qui peuvent être certes mécaniques, mais aussi vasculaires
ou même métaboliques.
L’état de mal épileptique est un mécanisme facile à suspecter si un
contexte d’épilepsie est retrouvé ou si le patient a présenté des clonies.
En dehors de ces cas, de nombreux états de mal sont
diagnostiqués tardivement, souvent parce qu’un autre mécanisme
de coma est suspecté.
Le retard de traitement d’un état de mal
épileptique le rend plus difficile à traiter, augmente le risque de
complications vitales et probablement de séquelles fonctionnelles.
Un état de mal épileptique ne peut être affirmé que par la réalisation
d’un EEG.
Cet examen doit être demandé au moindre doute, car
certains états de mal ne s’accompagnent pas de manifestations
motrices.
L’examen clinique peut orienter vers certaines intoxications ou
certaines encéphalopathies métaboliques, mais ce sont les dosages
toxicologiques et biochimiques qui démontrent ces diagnostics.
Ici
aussi, l’enquête étiologique ne s’arrête que lorsque les examens paracliniques expliquent parfaitement l’anamnèse et l’état clinique.
Une pathologie traumatique, des phénomènes épileptiques et
d’autres phénomènes toxiques ou métaboliques s’ajoutent
fréquemment à une intoxication ou une encéphalopathie identifiées.
Lorsque le(s) mécanisme(s) du coma est(sont) clair(s), le diagnostic
de l’affection se fait à l’aide des signes cliniques et paracliniques qui
lui sont propres.
Diagnostics différentiels
:
Nous avons défini un coma par un trouble de la vigilance, qui
interdit de façon stable l’activation de toutes les fonctions de la
conscience.
Il résulte de cette définition qu’il n’y a pas de signe
clinique positif du coma.
Ce diagnostic ne peut être posé qu’après
un examen neurologique soigneux, qui affirme l’absence des
fonctions de la conscience.
A - ARÉACTIVITÉ PSYCHOGÈNE
:
L’existence d’une résistance à l’écartement des paupières, la fuite
des yeux vers le bas lorsqu’on ouvre les paupières, l’évitement du
visage lors de la chute du bras lâché au-dessus du patient ou toute
autre réponse complexe à un stimulus traduisent la présence de
fonctions conscientes incompatibles avec un coma.
La persistance d’un clignement à la menace ou du nystagmus optocinétique traduisent un état de vigilance très proche de l’éveil.
Ces réactions ne sont pas cohérentes avec une absence de réaction
aux stimuli douloureux.
Le réflexe oculovestibulaire comporte une déviation lente tonique
des yeux vers le conduit auditif externe irrigué par l’eau froide.
La réaction s’arrête là chez le patient comateux, alors que
chez le sujet conscient elle est suivie d’une secousse conjuguée dans
l’autre sens.
L’ensemble de la réponse prend alors la forme d’un
nystagmus controlatéral au côté stimulé.
La composante rapide de
ce nystagmus provient du cortex frontal homolatéral et sa présence
est donc incompatible avec une altération profonde de la vigilance.
Les mouvements d’errance du regard ne semblent pas simulables.
L’EEG est parfois nécessaire pour affirmer l’état d’éveil.
B - HYPERSOMNIE :
Elle est complètement réversible par stimulations.
C - OBNUBILATION :
Des fonctions conscientes persistent si on laisse au patient le temps
de répondre.
Le coma peut compliquer l’obnubilation, donc les
étiologies des obnubilations sont incluses dans celles des comas.
D - « LOCKED-IN » SYNDROME
:
Ce tableau, où seuls subsistent les mouvements de verticalité et
d’ouverture des yeux, est en rapport avec une lésion étendue
bilatérale de la partie antérieure de la protubérance.
Le plus souvent,
il s’agit d’un accident ischémique par thrombose basilaire.
Un
examen rapide peut négliger les fonctions motrices résiduelles qui
permettent de communiquer avec le patient et d’affirmer qu’il est
conscient.
Les stimulations douloureuses peuvent entraîner des mouvements
de décérébration.
La respiration spontanée persiste le
plus souvent, mais est gênée par la chute de la langue.
À la phase
aiguë du syndrome, il est nécessaire de poser lentement les
questions et de laisser au patient un large temps de réponse.
E - PATIENT PARALYSÉ CONSCIENT :
Il peut être difficile ou impossible de mettre en évidence une activité
consciente chez un patient curarisé ou présentant un botulisme
grave.
Le patient reste pourtant conscient de son environnement.
Lors de polyradiculonévrites très sévères, cette situation peut aussi
se rencontrer et parfois s’accompagner de perturbations de l’EEG
par diminution des afférences sensorielles.
Plus fréquemment, une imprégnation neuroleptique ou l’arrêt brutal
du traitement lors d’une maladie de Parkinson évoluée peuvent
aboutir à une akinésie sévère qu’un examen trop rapide peut
attribuer à un trouble de la vigilance.
Les états végétatifs se caractérisent par la persistance des fonctions
neurovégétatives, alors qu’ont disparu les fonctions de
communication.
La persistance d’au moins une fonction de
communication permet de porter le diagnostic d’état paucirelationnel.
Le mutisme akinétique se caractérise par des
mouvements spontanés exagérément lents et l’absence de
production verbale.
La perte d’autoactivation psychique est
sémiologiquement assez proche : le patient est éveillé mais n’a pas
d’initiative verbale, motrice ou idéique.
Ces états neurologiques pathologiques font suite à des lésions bithalamiques ou hémisphériques diffuses (hypertension
intracrânienne sévère prolongée, encéphalite…).
La sortie du coma
et le passage à un état paucirelationnel peuvent être difficiles à
objectiver.
Il faut les suspecter quand le patient ouvre les yeux,
présente des clignements spontanés des paupières ou toute autre
activité motrice complexe.
Les réflexes du tronc cérébral sont
habituellement présents.
L’orientation du regard au bruit ou des
cycles autonomes veille-sommeil ne sont pas compatibles avec un
coma.
Les altérations fonctionnelles sévères de ces états sont des
troubles de la conscience en rapport avec des dysfonctions
hémisphériques.
Il est important de différencier ces états des comas.
En effet, ces
patients ne présentent pas les risques neurovégétatifs associés aux
comas (arrêt respiratoire, instabilité hémodynamique). Ils sont le
plus souvent parfaitement sevrables de la ventilation mécanique.
En
revanche, il peut être difficile de les sevrer de la trachéotomie.
L’évolution des performances fonctionnelles est, elle aussi, différente
des comas.
Elle peut être favorable, mais sur des délais de plusieurs
mois.
Prise en charge des comas
après la phase initiale :
L’utilisation de sédatifs, d’antalgiques et de curare doit être
soigneusement pesée, entre le confort du patient, son adaptation à
la ventilation mécanique et la nécessité de surveillance médicale et
paramédicale de la vigilance.
Un coma implique des mesures aspécifiques, dans la mesure où elles
ne sont pas en contradiction avec le traitement étiologique :
– aspirations bronchiques et mobilisation du patient pour limiter
les risques d’atélectasie ;
– traitement préventif des complications thromboemboliques ;
– mobilisation journalière pour limiter la perte d’amplitude des
articulations ;
– nursing et changements de position pour limiter le risque de
lésions cutanées en rapport avec les points d’appui ;
– protection cornéenne ;
– nutrition entérale ou à défaut, parentérale, dès que possible.
Ces mesures aspécifiques illustrent le fait que le risque vital et
fonctionnel d’un coma s’aggrave avec sa durée.
La ventilation
mécanique, les abords veineux et la sonde urinaire génèrent un
risque élevé d’infection nosocomiale.
Le risque thromboembolique
est présent dès les premiers jours.
Le déficit nutritionnel, les lésions
cutanées et surtout les rétractions articulaires sont le plus souvent
observées suite à des comas de plusieurs semaines.
Situations particulières
:
Pour un patient donné, le coma résulte d’une ou plusieurs affections
qui comportent chacune des méthodes diagnostiques, des
traitements et un pronostic propres.
Le pronostic d’un coma ne peut
pas être envisagé en dehors du contexte étiologique, qui ne peut
être détaillé ici.
Cependant, parfois, le coma ne traduit pas un processus
pathologique actif, mais des lésions neurologiques constituées.
Dans
ces cas, il est envisageable de considérer le coma comme un état
pathologique, et non plus comme un syndrome.
Les situations les
plus fréquentes sont la mort cérébrale et le coma postanoxique.
A - MORT CÉRÉBRALE :
La notion de mort cérébrale est juridique et médicale. Au plan
juridique, elle permet le prélèvement d’organe et l’arrêt des soins.
Au plan médical, elle traduit, en France, une défaillance irréversible
de toutes les fonctions cérébrales hémisphériques.
Ce diagnostic
nécessite donc l’association de constatations fonctionnelles (examen
neurologique, EEG) et de lésions étendues irréversibles
(identification certaine d’un processus pathologique très délabrant,
absence de vascularisation encéphalique).
Cliniquement, la respiration spontanée et les réflexes du tronc
cérébral sont absents.
Le patient ne montre aucune réaction orientée
à la douleur.
Le processus pathologique à l’origine de la détresse neurologique
doit être clairement identifié ; il ne doit pas faire intervenir une
hypothermie ou une intoxication par des sédatifs.
Il faut démontrer
le caractère irréversible des lésions hémisphériques par des examens
complémentaires.
Selon le processus pathologique en cause et les
moyens disponibles, il est possible de pratiquer deux EEG espacés
de plusieurs heures ou une artériographie cérébrale.
Entre les mains
d’équipes expérimentées, le doppler des artères cervicales et les
potentiels évoqués multimodaux semblent pouvoir apporter les
mêmes renseignements, mais ces examens n’ont pas de valeur
légale.
Les examens nécessaires au diagnostic, les procédures préalables au
don d’organe, l’importante charge en soins, le dialogue avec les
proches du patient dans une situation brutale, douloureuse et
déconcertante, alourdissent considérablement le travail, la pression
psychologique et le coût financier induits par la prise en charge de
ces patients.
Cette prise en charge devrait donc être pour beaucoup
concentrée dans des unités spécialisées.
Dans les pays anglo-saxons, la législation fonde le statut de donneur
d’organe sur la « mort du tronc cérébral » et non sur l’absence de
fonctions hémisphériques.
De façon générale, la disparité des
dispositions légales nationales et des systèmes de soins explique les
différences de prises en charge.
B - COMA POSTANOXIQUE :
Ce terme désigne la détresse neurologique qui suit une défaillance
circulatoire, et exceptionnellement une défaillance purement
respiratoire.
Les situations de très bon pronostic sont celles où la
récupération neurologique ad integrum s’effectue en quelques
heures.
Dans les autres cas, la récupération neurologique est le plus souvent
incomplète.
Les séquelles peuvent permettre un retour à la vie
sociale (troubles mnésiques, troubles des fonctions supérieures,
épilepsie…) ou confiner le patient dans un état de dépendance
(coma persistant, état végétatif).
Une absence complète de
récupération neurologique 3 jours après la défaillance
hémodynamique est de mauvais pronostic : l’absence de réponse
motrice à la douleur ou l’absence de réflexe photomoteur annonce
une mortalité de 100 %.
Dans cette situation, il est important de
souligner aussi l’importance pronostique du terrain pathologique
sous-jacent, en particulier du processus responsable de la défaillance
hémodynamique.
Un tracé EEG ne montrant que des pointes après un arrêt cardiaque
réanimé traduit le plus souvent une encéphalopathie postanoxique
de pronostic très sombre.
Cette situation est à bien distinguer de
crises d’épilepsie isolées ou d’un état de mal préexistant à l’arrêt
cardiaque.
Les myoclonies sans traduction EEG n’ont pas une valeur
pronostique péjorative.
Elles peuvent s’améliorer sur un délai très
variable (quelques minutes à quelques années), parfois alors que la
vigilance est redevenue normale (syndrome de Lance-Adams).