Aspects cliniques, physiopathologiques et thérapeutiques de la sclérose en plaques
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les descriptions anatomiques de Cruveilhier (1835-1842) et Carswell
(1838) et cliniques de Charcot et Vulpian (1868) ont été affinées par
de nombreux auteurs au cours de plus d’un siècle de travaux
consacrés à la sclérose en plaques (SEP).
L’importance accordée
récemment à l’existence d’une atteinte axonale précoce et la mise en
évidence d’une hétérogénéité lésionnelle ont fait porter un éclairage
nouveau sur la physiopathologie de la maladie.
Le rôle de
l’inflammation qui a été souligné à partir de l’étude de l’encéphalite
allergique expérimentale (EAE), modèle introduit par Rivers et
Schwenker en 1934, et de la mise en évidence par Kabat en 1942
d’une sécrétion intrathécale d’immunoglobulines (Ig) a été
reconsidéré à la lumière de travaux récents montrant l’ambivalence
de son effet.
L’application de l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) nucléaire, après avoir révolutionné le diagnostic de la SEP, a
permis de mieux en appréhender la physiopathologie et d’évaluer
in vivo l’influence des thérapeutiques.
L’apparition de
thérapeutiques nouvelles a marqué la dernière décennie mais leur
impact sur le devenir à long terme des patients reste inconnu.
Clinique. Diagnostic
:
La clinique de la SEP est caractérisée par la variété topographique
des signes et symptômes rencontrés, liée à la dissémination des
lésions dans l’espace, et le profil évolutif récurrent et, à terme tout
au moins, cumulatif.
Ces caractéristiques sont à la base des critères
diagnostiques de la maladie.
C’est ainsi que les patients atteints de
SEP peuvent présenter une très grande variété de symptômes ou
signes selon les régions atteintes.
A - SYMPTÔMES ET SIGNES CLINIQUES :
1- Signes inauguraux
:
* Fréquence des signes inauguraux
:
Les proportions de patients présentant tel ou tel signe ou symptôme
au début de la maladie sont connues à partir de séries cliniques
hospitalières, rétrospectives, sujettes à différents biais, d’études de
population et plus récemment de l’étude ETOMS, essai
thérapeutique qui a concerné des formes inaugurales.
Les résultats
des études anciennes et récentes ne concordent pas toujours,
l’attention se portant sur des signes négligés auparavant comme les
troubles sphinctériens, les formes bénignes étant mieux
diagnostiquées et le recrutement des centres spécialisés s’élargissant.
Enfin, les signes inauguraux sont différents selon les régions du
monde.
La plupart des séries classent aux trois premiers rangs les troubles
moteurs, visuels et sensitifs avec une plus grande fréquence pour
ces derniers dans les séries récentes.
Dans 30 à 53 % des cas, le début
est polysymptomatique, associant le plus souvent un tableau de type
myélite et une atteinte du tronc cérébral.
En Asie, les névrites
optiques constituent le mode d’entrée le plus habituel.
* Tableaux initiaux évocateurs
:
La première poussée de SEP réalise habituellement un des tableaux
suivants débutant chez un patient, un peu plus souvent une femme,
entre 15 et 40 ans, en moyenne vers 30 ans.
+ Névrite optique rétrobulbaire (NORB)
:
Elle débute le plus souvent par une douleur lors des mouvements
oculaires, en particulier vers le haut, et l’apparition en quelques
heures d’une baisse d’acuité visuelle, parfois jusqu’à une amaurose totale.
Une diminution plus progressive de la vision est possible
mais, au-delà de 2 semaines, il faut rechercher d’autres diagnostics.
Au champ visuel, un scotome central ou paracentral est retrouvé et
des defects controlatéraux sont présents dans les deux tiers des cas.
Le fond d’oeil peut objectiver un flou du bord nasal et une
hyperhémie de la papille (33 % des cas), mais il est souvent normal
au début.
La vision des couleurs est classiquement altérée, avec une
dyschromatopsie d’axe vert-rouge souvent précoce.
L’atteinte peut
être bilatérale mais, dans ces cas, l’atteinte du deuxième oeil débute
habituellement 2 à 3 semaines après celle du premier.
La
récupération peut être complète ou laisser des séquelles.
Elle semble
maximale en 2 mois en moyenne et, après 6 mois, aucune
récupération supplémentaire n’est à attendre.
Après 6 mois environ,
5 % des patients, traités ou non par corticoïdes, conservent une
acuité visuelle inférieure à 4/10. L’IRM des nerfs optiques peut
aider au diagnostic.
Le diagnostic différentiel principal est dans ce
cas la NORB idiopathique d’évolution monophasique.
Dans ces cas,
il n’y a pas de rechutes dans d’autres régions du système nerveux
central (SNC).
On observe, mais rarement, des NORB à rechutes,
c’est-à-dire plusieurs épisodes de NORB chez un même patient sans
autre atteinte du SNC.
+ Myélite aiguë
:
Une paraparésie aiguë s’installe en quelques heures à quelques
jours, associée à des troubles sensitifs surtout subjectifs ayant un
niveau supérieur métamérique.
En cas de myélite transverse, le
tableau réalise une paraplégie d’installation rapide.
Souvent, les
troubles sensitifs dominent les symptômes et seul l’examen
neurologique peut révéler l’atteinte pyramidale.
Dans ces cas, les
diagnostics différentiels principaux sont représentés par les myélites
isolées, auto-immunes, qui ont été considérées comme des formes
localisées d’encéphalomyélite aiguë disséminée (EAD), les myélites
virales, les rares myélites auto-immunes à rechutes et enfin la
maladie de Devic.
+ Atteinte du tronc cérébral :
Il s’agit le plus souvent d’une diplopie par atteinte du nerf abducens
(VI), ou plus rarement du nerf oculomoteur (III) et
exceptionnellement du nerf trochléaire (IV).
Les anomalies du regard
volontaire sont fréquentes mais l’ophtalmoplégie internucléaire,
classique à un stade évolué, est rare au début.
Plus rarement, il s’agit
d’un syndrome vestibulaire.
+ Atteinte hémisphérique (hémiparésie) ou cérébelleuse
:
Plus rarement, il s’agit d’une atteinte hémisphérique (hémiparésie)
ou cérébelleuse.
La SEP peut débuter dans de rares cas avec une allure pseudovasculaire.
Le tableau s’installe brusquement par une hémiparésie ou une hémiplégie.
Des cas avec aphasie ont été
observés.
L’IRM et l’évolution sont essentielles pour établir le
diagnostic.
Il existe alors souvent une large plaque.
Ce mode de
début ne semble pas constitué un facteur de mauvais pronostic.
Parfois, le tableau est limité à des symptômes isolés : paresthésies,
troubles sphinctériens.
Une poussée inaugurale purement sensitive,
subjective, ne doit pas faire porter à tort le diagnostic de troubles
psychogéniques.
Ces manifestations peuvent être combinées.
Aucune n’est spécifique
et rien ne les distingue formellement sur le plan clinique des
épisodes démyélinisants isolés idiopathiques correspondants.
2- Signes moteurs déficitaires et atteinte pyramidale
:
L’atteinte pyramidale est très fréquente au cours de la SEP.
À un
moment ou un autre de l’évolution, plus de 80 % des patients
présentent une atteinte pyramidale et l’atteinte est constante dans
les formes évoluées progressives ou rémittentes avec séquelles.
Plusieurs tableaux sont retrouvés fréquemment.
Lors des phases
progressives de la maladie, primaires et secondaires, la constitution
insidieuse d’un déficit paraparétique est très fréquente.
C’est le
mode de début le plus habituel des formes progressives primaires.
Il peut être précédé d’une véritable claudication intermittente
médullaire : le patient ressentant une faiblesse des membres
inférieurs après quelques minutes de marche.
Pendant longtemps,
le déficit peut prédominer à un membre inférieur, mais des signes
pyramidaux sont retrouvés de façon bilatérale.
L’évolution se fait
vers une paraplégie spasmodique ou vers une tétraparésie.
Plus
rarement, l’atteinte monoparétique inférieure progressive se
complète par un déficit du membre supérieur homolatéral, réalisant
une hémiplégie progressive.
Au cours des formes rémittentes, les tableaux pyramidaux peuvent
être plus variés.
La constitution d’une paraparésie aiguë peut
constituer la poussée inaugurale de la maladie.
Lors des
poussées ultérieures, les déficits intéressent des combinaisons
variées des quatre membres.
Un même patient va souvent présenter
le même type de déficit à l’occasion de poussées répétées, associé ou
non à d’autres signes. Une claudication médullaire peut persister
après régression de la poussée.
La répétition des poussées peut
laisser un déficit pyramidal permanent s’enrichissant à chaque
épisode qui, s’il s’associe aux signes cérébelleux, réalise l’atteinte cérebellospasmodique décrite par Charcot.
Des troubles respiratoires
liés au déficit moteur peuvent aboutir au décès du patient.
Les
signes pyramidaux sans déficit sont très fréquents au début et le
signe le plus précoce peut être l’abolition des réflexes cutanés
abdominaux.
La spasticité peut être associée au déficit à des degrés variables.
Elle
peut dominer la gêne fonctionnelle, que ce soit au stade de déficit monoparétique discret avec une marche fauchante, qu’au stade
paraparétique, avec des contractures fréquentes et douloureuses.
L’atteinte pyramidale est responsable de l’hyperréflexie qui est le
plus souvent présente, mais une aréflexie tendineuse a été notée
dans certains cas de SEP.
Elle pourrait être due à l’atteinte des
cordons postérieurs.
Une amyotrophie progressive des mains est
également parfois observée dans certaines formes progressives
évoluées. Une atteinte de la corne antérieure ou l’association à une
atteinte périphérique peut être en cause.
3- Atteinte cérébelleuse et autres atteintes motrices :
Moins fréquents que les troubles pyramidaux lors de la poussée
inaugurale, les troubles liés à une atteinte cérébelleuse leur sont très
fréquemment associés à un stade évolué de la maladie, réalisant la
marche cérébellospasmodique, dite en « canard ».
L’analyse de leur
fréquence est rendue difficile, car de nombreuses séries ne les
distinguent pas de l’ensemble des troubles moteurs ou des troubles
vestibulaires.
Il est du reste difficile d’apprécier l’étendue de
l’atteinte cérébelleuse chez les patients très déficitaires.
L’atteinte
cérébelleuse prédomine parfois sur l’atteinte pyramidale.
L’atteinte
statique peut être responsable d’une ataxie à la marche.
Une ataxie
du tronc peut être notée de façon isolée.
L’atteinte cinétique
prédomine aux membres supérieurs ou y est plus facilement
observée.
Elle peut se caractériser par une dysmétrie, une adiadococinésie et une asynergie.
Elle est fréquemment associée au
tremblement cérébelleux.
Le tremblement est en effet un signe
majeur des atteintes cérébelleuses évoluées de la SEP.
Ces patients,
le plus souvent avec une forme progressive secondaire ou rémittente
avec séquelles, présentent une ataxie sévère, avec parfois un
tremblement axial en position debout, et une atteinte cinétique
dominée par le tremblement d’intention, réalisant dans les cas les
plus sévères des dyskinésies volitionnelles d’attitude, rendant tout
geste balistique impossible.
L’absence de tremblement de repos
associé est bien connue depuis Charcot mais des cas associant
tremblement de repos et d’attitude sont parfois observés.
Ce tableau
est généralement complété par une dysarthrie cérébelleuse,
caractérisée par une voix scandée, explosive, qui laisse parfois croire
à tort que le patient est euphorique.
Le nystagmus est décrit dans
les atteintes du tronc cérébral.
Des tableaux parkinsoniens ont été rapportés mais semblent le fait
d’une association fortuite.
La survenue de crises toniques hémicorporelles, décrite par Matthews, est très évocatrice de SEP,
constituant le mouvement anormal le plus fréquent, bien que rare
dans l’absolu.
La physiopathologie et le siège de la lésion restent
l’objet de débat. Bien que des cas de dystonie non paroxystiques
associés à des lésions démyélinisantes des noyaux gris aient été
rapportés, le lien avec la SEP n’est en revanche pas absolument
certain.
Des cas d’hémiballisme associé à une plaque du noyau sousthalamique
ont été rapportés.
4- Atteintes du tronc cérébral et nystagmus :
Au cours de l’évolution de la maladie, plus de 75 % des patients
présentent des troubles par atteinte du tronc cérébral.
* Troubles oculomoteurs
:
La diplopie est fréquente au cours de la SEP : de 5 à 43% des cas
dans les séries anciennes.
La diplopie est souvent associée à une
poussée. Elle peut persister après celle-ci.
Elle peut être
paroxystique, durant quelques secondes, et se répéter
irrégulièrement.
Cette diplopie paroxystique, ou claudicante, peut
être le premier symptôme.
Les autres symptômes oculomoteurs sont
un flou visuel qui disparaît à la fermeture d’un oeil, l’oscillopsie et
bien plus rarement le flutter oculaire ou l’opsoclonus.
Ces
symptômes sont parfois paroxystiques.
Ces symptômes peuvent être
liés à une paralysie isolée d’un nerf crânien, une paralysie de regard
ou une anomalie des poursuites. Une atteinte isolée d’un nerf
crânien, au niveau de la portion fasciculaire du nerf ou de son
noyau, est rapportée dans 10 à 20 % de certaines séries, mais elle
serait en fait plus rare, un examen minutieux permettant de révéler
des signes associés, comme un nystagmus.
La SEP représenterait
2,7 % des causes d’atteinte isolée d’un nerf oculomoteur et il faut la
rechercher en particulier chez un sujet jeune.
Le nerf oculomoteur le
plus fréquemment lésé est le VI, puis le III.
L’atteinte isolée du IV
semble exceptionnelle.
Les anomalies du regard volontaire sont fréquentes. Elles incluent
les anomalies du regard conjugué, soit des saccades volontaires, soit
de la poursuite, qui sont souvent infracliniques, détectées à l’électrooculographie
(EOG).
Les lésions de la bandelette longitudinale
médiane (BLM) sont responsables de l’ophtalmoplégie internucléaire
antérieure (OIA), appelée par Larmande paralysie supranucléaire du
droit interne.
L’OIA n’est pas responsable de diplopie dans le regard
de face ; celle-ci apparaît dans le regard latéral et est liée à une
paralysie incomplète de l’adduction, homolatérale à la lésion,
associée à un nystagmus ataxique.
L’OIA peut cliniquement ne se
traduire que par quelques secousses nystagmiques ataxiques et être
révélée par l’EOG qui révèle l’atteinte des saccades.
Elle est souvent
bilatérale quand la maladie évolue.
La SEP est la principale cause
d’OIA, mais des accidents vasculaires cérébraux, des gliomes et les
antiépileptiques peuvent provoquer une OIA.
Des troubles du
regard vertical, plus rares, sont aussi attribués à l’atteinte de la BLM.
D’autres atteintes sont plus rarement rencontrées au cours de la
SEP :
– paralysie du regard horizontal, par atteinte de la formation
réticulée pontine paramédiane (FRPP) homolatérale, du noyau
du VI ou des deux ;
– paralysie du regard horizontal associée à une OIA réalisant le
syndrome « un et demi » de Miller Fisher par atteinte de la FRPP,
du noyau du VI et de la BLM ;
– skew deviation.
Les anomalies de la poursuite, que l’on peut étudier par le réflexe
optocinétique, seraient présentes dans près de 50 % des cas.
La motricité pupillaire intrinsèque est rarement touchée, mais le
phénomène de Marcus Gunn est fréquemment associé aux NORB.
* Nystagmus :
Il est très fréquent au cours de la SEP, mais sa signification est
variable et parfois mal comprise.
Le nystagmus pendulaire est
particulièrement évocateur de SEP.
Il peut être uni- ou bilatéral, et
alors conjugué ou non.
Il peut survenir sur tous les plans. Il est
fréquemment associé à l’OIA, ce qui a fait douter de son origine
dentato-rubro-olivaire et suggéré une origine proche des noyaux
oculomoteurs.
Barton et Cox, en revanche, ont souligné que, si l’OIA
est associée dans 65 % des cas, les troubles cérébelleux et une névrite
optique sont présents dans 100 % des cas de nystagmus pendulaire.
Une étude IRM a montrée une association avec des lésions du
tractus tegmental central, du noyau rouge et des noyaux olivaires
inférieurs et a fait suggéré un mécanisme de désafférentation
olivaire.
Les nystagmus verticaux sont possibles, mais plus fréquents dans
d’autres affections.
On rencontre enfin des nystagmus horizontaux
périodiques alternants et des nystagmus positionnels de type
central.
Ces derniers sont associés à une atteinte vestibulaire,
rarement révélatrice de la SEP.
* Atteinte vestibulaire :
Les vertiges vrais sont exceptionnellement révélateurs.
En revanche,
des signes d’instabilité d’origine vestibulaire sont plus fréquents.
La
surdité est exceptionnelle, même si quelques cas associant surdité et
acouphènes ont été rapportés.
Dans ces cas, l’atteinte semble distale
sur le nerf vestibulocochléaire (VIII).
* Autres fonctions des paires crâniennes :
La névralgie du trijumeau (V) peut survenir au cours d’une SEP et
parfois être révélatrice : de 2 à 3% des cas de névralgies du V sont
liés à une SEP et près de 2 % des SEP ont une névralgie du V.
Le
risque est très supérieur à celui de la population générale.
Elle est
alors souvent indiscernable d’une névralgie essentielle, tout au
moins au début, sauf par son âge de survenue, plus jeune, et son
caractère bilatéral dans 14 % des cas.
L’IRM permet de faire la
différence si elle montre le conflit vasculonerveux associé à la
névralgie essentielle.
La réponse à la thérapeutique est proche de
celle des formes idiopathiques.
L’atteinte faciale de type
périphérique n’est pas rare, inaugurale dans 4,8 % des cas, et
survenant dans 10 % des cas au cours de l’évolution.
La dysarthrie de la SEP peut être d’origine diverse : cérébelleuse,
paralytique, mixte, spastique. L’atteinte de la déglutition est rare.
Les troubles olfactifs sont rarement l’objet de plaintes, mais ils
seraient fréquents et associés à des lésions frontales inférieures et
temporales.
5- Troubles sensitifs
:
Ils sont très variés et fréquents dès le début de la maladie.
Les
patients décrivent des paresthésies, des dysesthésies, des sensations
d’engourdissement, de marche sur du coton, sur des épines, sur des
braises, des impressions de peau cartonnée, d’eau qui coule sur la
peau...
La topographie peut être distale, aux pieds, aux mains ou de
répartition médullaire avec un niveau supérieur variable, souvent
thoracique.
Les signes sensitifs objectifs peuvent fréquemment manquer.
Les déficits sensitifs observés au cours de l’évolution de la
SEP prédominent aux membres inférieurs et affectent le plus
souvent la pallesthésie, la graphesthésie, puis la discrimination
épicritique.
Le signe de Lhermitte est un symptôme fréquent de paresthésies à
type de décharge électrique ou de piqûres, déclenchées par la flexion
du cou. Il s’observe en cas de lésion cervicale haute de toute origine,
mais la SEP en est la cause la plus fréquente.
Il surviendrait dans
40 % des cas à un moment ou un autre de l’évolution.
Les douleurs sont très fréquentes au cours de la SEP.
La prévalence
est variable selon les méthodologies utilisées, allant de 29 à 55 %.
Ces douleurs sont représentées pour moitié par des douleurs de type neuropathique.
Les contractures et les douleurs lombaires sont
également fréquentes.
6- Troubles visuels :
La NORB domine ce chapitre.
On a vu sa grande fréquence au début
de la maladie, mais elle peut survenir également au cours de
l’évolution, parfois de façon répétée.
L’atteinte infraclinique du nerf
optique est fréquente, révélée par les potentiels évoqués visuels
(PEV).
Une névrite optique de type antérieur, avec oedème papillaire,
est observée dans 10 % des cas.
L’uvéite, bien que plus rare (1 % des cas), est à reconnaître.
La
majorité des cas est représentée par des panuvéites ou des pars
planitis.
Des tableaux asymptomatiques sont parfois rapportés,
caractérisés par un infiltrat cellulaire du vitré et une atteinte périveineuse rétinienne décrite par Rucker en 1944.
Ces observations
sont à distinguer des cas présentant un déficit visuel et rapportés à
une périphlébite rétinienne sévère, avec occlusion veineuse et
hémorragies du vitré, parfois confondus avec la maladie d’Eales.
Ces
tableaux sont associés à une atteinte médullaire.
La SEP en est une
cause rare, mais la tuberculose, la sarcoïdose et les vascularites sont
plus souvent impliquées.
L’association névrite optique et atteinte médullaire définit la neuromyélite optique de Devic, dont la place par rapport à la SEP
est discutée.
7- Troubles sphinctériens et génitaux
:
Longtemps sous-estimés, les troubles vésicosphinctériens sont
actuellement reconnus comme l’une des causes les plus importantes
de handicap dans la SEP.
Les troubles les plus fréquents sont la
miction impérieuse (85 %) responsable d’une incontinence dans
deux tiers des cas, la pollakiurie (82 %), l’incontinence urinaire
(63 %), la dysurie (49 %), l’interruption du débit (43 %), une
sensation de miction incomplète (34 %) et l’énurésie (14 %) qui
surviennent à des degrés divers chez environ 75 % des patients.
Outre la gêne fonctionnelle, ces troubles exposent au risque
d’infections urinaires répétées, favorisées parfois par les traitements
immunosuppresseurs, et de retentissement sur le haut appareil.
Amarenco et al rapportent 37 % de complications bénignes
(infections, diverticules) et 19 % de complications graves
(hydronéphrose, pyélonéphrites).
Dans des populations moins
sélectionnées, l’incidence des complications du haut appareil semble
en fait assez faible.
Ces troubles sont liés à une hyperréflexie du
détrusor, par perte des contrôles inhibiteurs spinaux sur les voies
sacrées parasympathiques, et/ou une vidange incomplète de la
vessie, par contraction insuffisante du détrusor et/ou dyssynergie
vésicosphinctérienne.
La contraction insuffisante du détrusor est la
conséquence directe de l’atteinte spinale.
La synergie vésicosphinctérienne dépend de centres régulateurs protubérantiels
et l’interruption des voies entre ce centre et la moelle sacrée peut
provoquer une dyssynergie.
L’hyperréflexie sphinctérienne peut être
liée à l’atteinte pyramidale.
Les explorations urodynamiques
permettent de mettre en évidence l’hyperréflexie du détrusor et/ou
la dyssynergie vésicosphinctérienne.
La mesure du résidu postmictionnel est un moyen simple d’apprécier la vidange vésicale.
Les plaintes urinaires sont significativement associées à la durée de
la maladie et au handicap, de même que l’existence d’une hyperactivité
du détrusor ou d’une dyssynergie vésicosphinctérienne,
alors que l’hypoactivité du détrusor ne l’est pas.
Les troubles de l’évacuation rectale et la constipation sont
fréquemment associés aux troubles urinaires dans le cadre des
formes spinales.
L’incontinence fécale a été rapportée dans 29 %
d’une série non sélectionnée et la constipation dans 51 %.
Les troubles sexuels sont également très fréquents, jusqu’à 82 % chez
l’homme et 52 % chez la femme dans la même étude. Les troubles
de l’érection sont associés aux troubles urinaires et à une atteinte
pyramidale des membres inférieurs.
Ces troubles sont liés à l’atteinte
spinale, mais la part des phénomènes psychiques peut être
importante.
Chez la femme, les plaintes les plus fréquentes sont
représentées par la perte de la libido, une diminution de la
lubrification vaginale, une insensibilité locale et l’absence d’orgasme.
8- Troubles psychiatriques et neuropsychologiques
:
* Troubles thymiques et psychiatriques :
La dépression est très fréquente au cours de la SEP, de 25 à 55 % des
cas selon les séries. Deux conceptions se sont heurtées.
Surridge,
dans un travail fameux, a soutenu que la dépression n’est pas plus
fréquente dans la SEP que dans d’autres affections invalidantes, la
dystrophie musculaire dans son étude, et donc essentiellement
réactionnelle.
D’autres considèrent que les patients atteints de SEP
sont plus souvent déprimés qu’ils ne devraient l’être, compte tenu
de leur handicap.
Plusieurs arguments vont dans ce sens :
l’apparition des troubles dépressifs avant les troubles neurologiques,
l’existence d’une relation de la dépression avec l’activité de la
maladie mais pas avec le niveau de handicap et une corrélation entre
les troubles affectifs et la surface des images temporales anormales
sur les IRM pondérées en T2.
Une étude en SPECT a montré une
association avec une asymétrie de perfusion du cortex limbique
suggérant une dysconnexion entre les aires sous-corticales et
corticales impliquées dans les fonctions limbiques.
Une étiologie
multifactorielle de la dépression associée à la SEP est cependant
possible.
La dépression est souvent modérée à sévère, caractérisée plus par
l’irritabilité et l’inquiétude que l’autodépréciation et la perte
d’intérêt.
Les taux de suicides sont supérieurs à ceux de la
population générale.
Les troubles affectifs bipolaires sont plus
fréquents dans la SEP, mais un lien génétique n’a pas été fermement
établi.
Ces troubles peuvent précéder le début de la SEP. Les
dépressions sont plus fréquentes dans les familles de SEP.
L’euphorie décrite classiquement dans la SEP est caractérisée par un
état permanent d’optimisme et de satisfaction malgré un état
d’invalidité dont le patient est conscient.
Son incidence a été estimée
entre 0 et 65 % des cas selon les séries.
Elle est plus fréquente dans
les stades évolués de la maladie.
Il a été suspecté un lien entre le
degré d’atteinte cérébrale (lésions frontales, limbiques et des
ganglions de la base) et l’euphorie.
Parmi les autres troubles,
signalons le rire ou le pleurer pathologique.
* Troubles cognitifs
:
De nombreuses études ont montré que les troubles cognitifs sont
fréquents, atteignant suivant les études de 40 à 70 % des cas.
Ces
troubles intéressent la mémoire, le raisonnement, le maniement des
concepts, l’abstraction, l’attention, la vitesse de traitement de
l’information, les fonctions visuospatiales et le transfert
interhémisphérique.
Les troubles mnésiques touchent
principalement la mémoire antérograde.
Cette atteinte serait
hétérogène, portant sur des troubles plus ou moins marqués du
rappel de l’information (retrieval) ou de son acquisition.
On note
une grande variabilité interindividuelle concernant le type et la
sévérité de l’atteinte cognitive.
Selon les études, 10 % environ des
patients présenteraient un véritable tableau de démence affectant
plusieurs domaines cognitifs alors que la majorité ne présente que
des déficits cognitifs partiels prédominant sur tel ou tel domaine.
Il n’existe qu’une faible corrélation des troubles avec le degré de
handicap moteur.
Des cas de SEP d’expression purement cognitive,
sans atteinte neurologique, ont été rapportés et, à l’inverse, des
patients très handicapés ont un bilan cognitif normal.
Les troubles cognitifs seraient plus fréquents dans les phases
avancées de la maladie.
Cependant, certaines études ont prouvé
qu’ils pouvaient survenir à des stades très précoces.
Amato et al
ont évalué 50 patients, en moyenne 1 an et demi après le début de
leur SEP, qu’ils ont comparés à des sujets sains à l’aide d’une batterie
de tests neuropsychologiques.
Malgré le stade débutant de la
maladie, les patients présentaient des déficits de la mémoire verbale
et du raisonnement abstrait.
Ces auteurs ont testé à nouveau ces
sujets, 4 ans plus tard, montrant une évolution des troubles cognitifs
qui était cependant indépendante de l’évolution des troubles
moteurs.
Ceci suggère que les troubles cognitifs et les troubles
déficitaires moteurs survenant au début de la maladie lors des
poussées n’ont pas le même substratum physiopathologique.
L’hypothèse que les troubles cognitifs puisse partager les mêmes
mécanismes que les troubles déficitaires progressifs tardifs a pu être
formulée. En effet, l’importance du déficit cognitif serait un facteur
prédictif de handicap physique.
Quelques études ont été
consacrées aux formes progressives de SEP mais sans faire la
distinction entre les différentes formes progressives, ce qui en rend
l’analyse difficile.
L’étude européenne MAGNIMS a étudié une
population de patients ayant une forme progressive primaire ou
transitionnelle. Une atteinte cognitive significative était définie par
l’obtention de scores inférieurs à la normale pour trois tests.
Près de
30 % des sujets avaient une déficience cognitive significative.
Suivant
les tâches cognitives étudiées, de 5 à 43% des sujets présentaient
des scores inférieurs aux valeurs normales.
Les tests le plus
fréquemment anormaux concernaient l’attention complexe, la
concentration, l’attention soutenue et le raisonnement (domaine
spatial).
La mémoire verbale et la fluence verbale étaient également
atteintes, mais dans une moindre mesure.
Une corrélation modérée mais significative a été établie dans
diverses études avec certaines variables morphologiques mesurées
sur l’IRM, la charge lésionnelle, en particulier temporale ou frontale,
l’atrophie calleuse et le volume cérébral.
L’implication d’une atteinte
cérébrale plus diffuse à type de perte axonale dans la genèse de ces
troubles a été évoquée.
L’utilisation des histogrammes de transfert
de magnétisation, qui permet d’apprécier l’atteinte tissulaire au sein
et en dehors des lésions macroscopiques, a permis de montrer que
l’atteinte cognitive, de différentes formes de SEP dépendait à la fois
de ces lésions multifocales et de l’atteinte diffuse de la substance
blanche d’apparence normale (SBAN), en particulier frontale.
* Aphasie. Alexie
:
Peu de cas d’aphasie ont été rapportés dans la SEP, le plus souvent
de survenue aiguë lors de poussées d’allure pseudovasculaire, après
ou à l’occasion de crises comitiales partielles.
La localisation de
larges lésions sur les voies de connexion entre les centres du langage
peut expliquer ces aphasies.
9- Troubles paroxystiques. Autres troubles
:
Nous avons déjà évoqué plusieurs manifestations pouvant évoluer
de façon paroxystique : la névralgie essentielle du V, la diplopie
paroxystique, le signe de Lhermitte et les crises toniques.
D’autres
manifestations peuvent évoluer de façon paroxystique : dysarthrie,
ataxie, paresthésies, douleur, en particulier pelvienne,
démangeaisons, incontinence urinaire, akinésie, sensation de
chaleur…
Curieusement, certains patients décrivent également des
améliorations paroxystiques de leurs troubles moteurs.
Ces
manifestations durent quelques dizaines de secondes et sont très
évocatrices de la SEP.
Elles doivent être distinguées de crises
comitiales.
La dysarthrie paroxystique est souvent associée à une
ataxie et des troubles sensitifs.
La pathogénie de ces troubles
paroxystiques est inconnue mais il a été évoqué l’implication de
communications éphaptiques entre fibres démyélinisées.
La fréquence des crises comitiales varie de 1 à 8% des cas selon les
séries, alors que la prévalence de l’épilepsie dans la population
générale est de 0,5 à 1 %.
C’est pourquoi, même si des associations
fortuites sont possibles, la survenue de crises est considérée comme
un symptôme de SEP.
Cette hypothèse a été confortée par la mise en
évidence des lésions corticales ou à la limite du cortex prenant le
contraste sur les IRM de patients ayant « crisé » quelques jours
auparavant.
Des troubles dysautonomiques, vasomoteurs, sudation et même
fibrillation auriculaire paroxystiques sont possibles.
Enfin, des cas de coma régressifs sans autre cause ont été observés.
10- Effet de la température
:
En 1890, Uhthoff a étudié des patients atteints de SEP présentant
une amblyopie à l’effort.
Ce phénomène a été attribué par la suite à
une élévation de la température corporelle.
De nombreux patients
(80 % selon certains auteurs) signalent une aggravation de leurs
troubles ou la réapparition de symptômes de poussées antérieures à
l’occasion de poussées de chaleur.
D’autres rapportent une
accentuation de la fatigue.
Le mécanisme supposé est celui d’un bloc
de conduction favorisé par la chaleur.
Des études de PEV vont dans
ce sens. Pendant longtemps, le test au bain chaud a été proposé pour
« sensibiliser » la recherche de signes cliniques dans la SEP.
Une
élévation de la température corporelle de 1,1 à 2,2 °C induit
l’aggravation des signes présents et l’apparition de nouveaux signes
dans 60 % des cas.
La dangerosité de ce test qui peut induire des
déficits permanents l’a fait abandonner.
Les effets de la chaleur
peuvent en effet être dramatiques. Des décès ont été rapportés à une
exposition au soleil dans la SEP.
L’exposition au froid peut améliorer certains patients, mais d’autres
sont aggravés par le froid.
11- Fatigue :
Longtemps sous-estimée et négligée, la fatigue a fait l’objet de
nombreuses études récentes.
Elle toucherait près de 75 à 95 % des
patients à un moment ou un autre.
Elle a été définie par un panel
d’experts nord-américains comme « une perte subjective d’énergie
physique et/ou mentale qui est perçue par l’individu ou les
personnes la prenant en charge comme interférant avec ses activités
habituelles et souhaitées ».
Deux types ont été définis : la fatigue
aiguë apparue depuis moins de 6 semaines et la fatigue chronique
persistante, qui est présente plus de 50 % du temps depuis plus de
6 semaines.
Les résultats des diverses études sont contradictoires
quand à l’indépendance de ce symptôme par rapport au handicap,
à la forme clinique et à la dépression.
Ces résultats contradictoires
sont en grande partie dus à des différences de définition et des
problèmes méthodologiques, en particulier à des biais de
recrutement.
La fatigue liée à la SEP, contrairement à la fatigue des
sujets normaux, retentit notablement sur les activités quotidiennes.
Sa physiopathologie est mal connue.
Des troubles de la conduction
des fibres nerveuses myélinisées, une diminution du métabolisme
oxydatif musculaire, des facteurs psychiques et une libération de
cytokines pro-inflammatoires ont été évoqués.
B - FORMES ÉVOLUTIVES HABITUELLES,
HISTOIRE NATURELLE ET PRONOSTIC
:
1- Formes évolutives
:
L’âge de début habituel de la SEP est entre 20 et 40 ans et il y a
1,7 femmes atteintes pour un homme.
Mais il a été décrit des formes
à début très précoce dans l’enfance et, à l’opposé, des formes de
début très tardif.
La classification des formes évolutives de SEP sur laquelle repose
les indications des traitements de fond, a fait l’objet d’une tentative
de consensus international.
Il a été proposé de retenir quatre formes :
– la forme rémittente (SEP-R), la plus fréquente, caractérisée par des
poussées et des rémissions avec ou sans séquelles ;
– la forme progressive secondaire (SEP-SP) caractérisée par une
évolution progressive du déficit neurologique, après une phase
rémittente ; des poussées surajoutées sont possibles ;
– la forme progressive primaire (SEP-PP), caractérisée par une
évolution progressive d’emblée sans poussée associée ni avant ni
pendant cette progression ; des phases de plateau sont admises ;
– la forme progressive à rechutes (SEP-PR), caractérisée par une
évolution progressive d’emblée émaillée de poussées.
L’individualisation de cette dernière forme est discutée. L’étude
d’histoire naturelle réalisée en Ontario a en effet montré que son
individualisation par rapport aux formes PP n’était pas justifiée.
D’autres formes cliniques, comme les formes transitionnelles, ont du
reste été caractérisées en fonction de la séquence
poussées/progression mais n’ont pas été intégrées dans ces
définitions.
Les patients n’ayant
eu qu’une poussée ne peuvent pas être classés dans une des quatre
formes, alors qu’une majorité d’entre eux présente une SEP et que la
répétition des IRM permet d’établir le diagnostic en montrant
l’apparition de nouvelles lésions.
Au terme habituellement utilisé
de « syndrome clinique isolé », on peut préférer celui de SEP
confirmée par l’IRM.
D’autres types de classification sont parfois proposés (selon la charge
lésionnelle en IRM, selon le tableau clinique prédominant etc).
L’objectif de ces classifications évolutives est d’adapter le traitement
à la physiopathologie supposée. Une classification reposant sur la
mise en évidence par l’IRM de l’importance respective des
mécanismes supposés (démyélinisation inflammatoire multifocales
et axonopathie diffuse) de ces phases progressives et par poussées,
remplacera probablement ces classifications cliniques.
Nous exposons les caractéristiques évolutives selon le mode de
début : rémittent ou progressif.
Les formes aiguës d’évolution
monophasique fatales, décrites par Marburg, ne rentrent pas dans
cette classification.
* Formes de début rémittent
:
Entre 85 et 90 % des patients débutent leur maladie par la phase
rémittente.
L’âge de début moyen est 29 ans.
La maladie est
caractérisée au début par des poussées cliniques et des rémissions.
La poussée est définie comme une période d’apparition ou
d’aggravation de signes ou symptômes neurologiques, durant plus
de 24 à 48 heures, et séparée de la précédente d’au moins 1 mois.
Les symptômes peuvent être nouveaux, mais il peut s’agir de la
réapparition d’un symptôme déjà vécu lors d’une poussée
antérieure.
Dans ce cas, et en particulier s’il s’agit de l’aggravation
de séquelles acquises lors d’un épisode précédent, il faut être
prudent avant de retenir le diagnostic de nouvelle poussée. Les
symptômes neurologiques doivent durer au moins depuis 48 heures.
Il faut en effet les distinguer des manifestations paroxystiques
parfois rencontrées dans la maladie et des troubles liés à la chaleur
ou à une fatigue après un effort inhabituel.
Bien entendu, les
symptômes doivent être compatibles avec une atteinte de la
substance blanche.
Il faut aussi distinguer une poussée du début, de
la phase progressive de la maladie.
Enfin, certains symptômes de la
maladie semblent évoluer indépendamment de poussées chez des
patients ayant une forme apparemment rémittente : il en est ainsi de
la fatigue, des douleurs neurologiques, des troubles sphinctériens,
des troubles thymiques, des troubles du sommeil et des troubles
cognitifs, même s’ils surviennent parfois à l’occasion d’une poussée.
Les crises comitiales surviennent habituellement en dehors des
poussées.
Cette définition clinique est cependant arbitraire, les études en IRM
ayant montré que des lésions inflammatoires pouvaient apparaître
en dehors des poussées et qu’une rechute quelques jours après une
poussée pouvait correspondre à une nouvelle lésion.
Les premières poussées régressent souvent sans séquelles, alors que
les suivantes laissent un déficit permanent mais qui ne s’aggrave
pas avant la poussée suivante.
Certaines poussées très sévères du
début de la maladie ne régressent quasiment pas, laissant le patient
paraplégique ou hémiplégique.
La majorité des poussées dure une
quinzaine de jours avant de régresser sous traitement, alors que la
durée moyenne des poussées sévères serait d’environ 100 jours sans
traitement.
Le délai entre les poussées est très variable, mais est
généralement plus court au début de la maladie que par la suite.
La
fréquence des poussées diminue pendant la grossesse, surtout au
troisième trimestre, mais réaugmente dans les 3 mois du postpartum
pour rejoindre le taux qui existait avant la grossesse.
Un certain nombre de patients conserve une évolution sans
séquelles, ou avec des séquelles modestes, ce qui a fait parler de
formes bénignes.
Différentes définitions en ont été proposées.
La
définition la plus utilisée est celle d’un déficit minime selon l’échelle
(expanded) disability scale ([E]DSS), inférieur à 3 ou 4 après 10 ans
d’évolution.
La fréquence des formes bénignes est estimée de 5 à
40 %, selon la définition qui en est donnée et la durée des études
longitudinales. Une série nord-irlandaise de 36 sujets ayant une
forme bénigne ainsi définie sur un total de 181 patients ayant une
SEP depuis au moins 10 ans (19 %) a fait l’objet d’un suivi à long
terme.
Après environ 10 ans de suivi supplémentaire, seuls huit
patients continuaient à remplir les critères de bénignité, alors que
13 étaient rentrés dans la phase progressive.
Cependant, l’évolution
moyenne de ce groupe était moins sévère que celle des patients
ayant eu un début moins bénin.
L’évolution bénigne est corrélée à
une faible activité de la maladie en IRM, c’est-à-dire un nombre
faible de lésions nouvelles.
* Formes progressives secondaires :
La très grande majorité des patients ayant une évolution initiale
rémittente évoluent secondairement sur un mode progressif : 50 %
dans les 10 ans, 70 % dans les 20 ans et jusqu’à 90 à 95 % durant
leur vie.
Cette phase fait habituellement suite à la phase de poussées avec séquelles, mais débute parfois alors que le patient ne gardait
aucune séquelle objective des poussées antérieures.
Le passage à la
phase progressive survient en moyenne après 7 ans d’évolution
rémittente, vers l’âge de 39 ans en moyenne.
La phase progressive
secondaire peut être émaillée de poussées surajoutées, qui tendent à
être plus rares lorsque la maladie évolue.
Un certain nombre de
symptômes et de signes apparus lors de la phase rémittente, en
dehors des poussées, pourrait constituer les premiers signes de la
phase progressive (troubles sphinctériens, troubles cognitifs…).
* Formes progressives primaires et progressives à rechutes :
Environ 10 à 20 % des patients débutent leur SEP par une évolution
progressive d’emblée.
Ils représentent 20 % des 1 044 patients de
l’étude faite en Ontario, dont 15 % de formes progressives
primaires pures et 5 % de formes avec poussées surajoutées
(progressives à rechutes).
Le tableau est habituellement celui d’une
atteinte médullaire progressive isolée auquel se surajoutent
ultérieurement d’autres signes.
Dans d’autres cas, on observe un
tableau cérébelleux progressif.
L’âge de début se situe vers 39 ans.
L’évolutivité de la phase progressive est un peu plus lente que celle
des formes progressives secondaires, même si ces patients atteignent
plus rapidement les niveaux élevés de handicap par rapport à la
date de début de la maladie.
Ces patients présentent moins de
lésions focales en IRM encéphalique et ces lésions sont très peu
rehaussées par le gadolinium (Gd).
En revanche, il existe une
atrophie importante.
2- Facteurs pronostiques
:
Devant un patient débutant une SEP, peut-on établir un pronostic ?
Les études de suivi ont établi que la moitié des patients atteignent le
degré 3-4 de la DSS (handicap pour la marche) en 7,5 à 7,7 ans et le
niveau 6 (aide pour la marche) en 15 ans.
Ces données générales ne
sont cependant pas applicables à l’échelon individuel, étant donné
la grande variabilité interindividuelle. Certains paramètres sont
retrouvés comme liés au pronostic.
L’âge de début et la forme de
début sont des paramètres interdépendants.
En effet, les patients
ayant un début progressif d’emblée, habituellement plus tardif,
atteignent les stades 6 et 8 de la DSS après 8 et 18 ans de délai
médian.
Par ailleurs, si la maladie a débuté avant 25 ans, il faut
respectivement 12,5 et 35 ans (en médiane, c’est-à-dire pour la moitié
des cas) pour atteindre respectivement les stades 3 et 7 de DSS, alors
que 1 et 21 ans seulement sont nécessaires si la maladie a débuté
après 39 ans.
Certaines caractéristiques du début de la maladie
semblent conditionner, dans une certaine mesure, l’évolution initiale,
c’est-à-dire jusqu’à un DSS de 4.
Un délai plus long séparant les
deux premières poussées et une symptomatologie initiale à type de
névrite optique ou de troubles sensitifs sont associés à une évolution
plus lente au début.
Le sexe, les vaccinations et les infections ne
semblent pas influencer le pronostic.
L’apport de l’IRM dans
l’établissement du pronostic est probablement déterminant.
Il a été
clairement établi une valeur pronostique initiale au nombre de
lésions cérébrales.
L’estimation de la perte axonale, de son
importance et de son évolution par les nouvelles techniques,
permettra probablement d’affiner le pronostic.
La durée de survie médiane a été estimée, dans le registre danois,
après le diagnostic à 22 ans pour les hommes et 28 ans pour les
femmes versus 37 ans et 42 ans chez les sujets normaux.
Plus de
la moitié des patients décèdent de leur maladie ou de l’une de ses
complications.
3- SEP de l’enfant
:
L’incidence des SEP avant 16 ans a été estimée entre 1,2 et 6 % des
cas.
L’âge de début le plus précoce d’un cas prouvé à l’autopsie a
été de 10 mois.
Le début est souvent comparable à celui des formes
de l’adulte mais, dans certains cas, il prend la forme d’un tableau
évocateur d’EAD ou de maladie de Schilder avec des lésions
extensives ou pseudotumorales.
Bien que peu d’études sur le
pronostic soient disponibles, il semble que l’évolution de ces formes
précoces soit moins rapide que celle des formes de l’adulte.
C - ÉVALUATION CLINIQUE :
De nombreuses échelles ont été proposées pour évaluer les patients
atteints de SEP.
D - EXPLORATIONS COMPLÉMENTAIRES :
1- Imagerie par résonance magnétique nucléaire
:
L’IRM est sensible au contenu en eau du parenchyme, ce qui permet
de mettre en évidence les lésions oedémateuses, démyélinisées ou gliotiques sous la forme d’hypersignaux sur les séquences FLAIR
pondérées en T2.
Certaines lésions, surtout celles qui sont très
démyélinisées, apparaissent en hyposignal sur les séquences
pondérées en T1.
L’IRM peut aider au diagnostic en montrant une
dissémination dans le temps et dans l’espace de lésions
inflammatoires démyélinisantes du SNC à condition de correctement
interpréter les informations qu’elle fournit.
* Diagnostic de lésions inflammatoires démyélinisantes :
Les hypersignaux ne sont pas spécifiques, et il faut les distinguer
d’autres lésions multiples de la substance blanche comme des
lésions de collagénoses, de granulomatoses ou des images
vasculaires, en particulier des « patchys », banals après 45 ans, et
fréquents chez les hypertendus et les migraineux.
La fréquence des
« patchys » non spécifiques est d’environ 5 % avant 50 ans, 30 %
entre 50 et 60 ans et 54 % après 60 ans et ils sont donc surtout
discutés dans les formes PP de début plus tardif. Les lésions
périventriculaires, sous-tentorielles, en particulier du cervelet,
médullaires ou du corps calleux sont plus évocatrices.
Les lésions
de petite taille (< 6 mm) sont moins évocatrices.
Les lésions de la
substance grise (cortex, noyaux gris) sont possibles mais
habituellement mal visibles.
L’atteinte de la jonction gris-blanc est
fréquente ne respectant pas les fibres en « U ».
Le caractère
inflammatoire peut être suggéré par l’existence d’une prise de
contraste après injection de Gd qui n’est cependant pas spécifique,
puisqu’elle s’observe également sur des lésions infectieuses ou
tumorales.
* Dissémination dans l’espace
:
L’IRM permet facilement de montrer l’existence de lésions multiples,
et il a été montré que l’existence d’au moins neuf lésions
encéphaliques était très évocatrice du diagnostic (Barkhoff), même
si les critères moins spécifiques de Paty (au moins quatre lésions ou
trois lésions dont une périventriculaire) ou de Fazekas (une lésion
de plus de 6 mm et une lésion sous-tentorielle) étaient plus
fréquemment retrouvés au début.
L’IRM de la moelle peut être
essentielle pour affirmer cette dissémination spatiale.
* Dissémination dans le temps :
L’existence de lésions multiples et prenant le contraste ne suffit pas
pour affirmer un diagnostic de SEP.
Devant un épisode clinique
unique, l’IRM peut démontrer qu’il s’agit d’une maladie chronique
à condition de répéter les examens.
L’existence de lésions d’âges
différents, dont seules quelques-unes prennent le contraste, ne suffit
pas puisque la durée des prises de contraste peut varier d’une lésion
à l’autre.
En revanche, l’apparition de nouvelles lésions sur deux
examens IRM réalisés dans des conditions identiques (même
champs, mêmes séquences, même positionnement) à 3 mois
d’intervalle permet d’affirmer l’existence d’une maladie évolutive.
La nécessité d’un traitement précoce justifie un diagnostic précoce.
2- Étude du liquide céphalorachidien :
L’apport de l’IRM au diagnostic de SEP ne doit pas faire négliger
l’étude du liquide céphalorachidien (LCR) qui apporte deux types
de renseignements essentiels au diagnostic de SEP : l’affirmation
d’une réaction inflammatoire dans le SNC et l’élimination d’un processus infectieux ou malin.
Le diagnostic de réaction
inflammatoire repose essentiellement sur la mise en évidence d’une
distribution oligoclonale des immunoglobulines G (IgG) du LCR et
d’une augmentation de l’index IgG, qui est cependant moins
sensible (70 à 88 % contre 92 à 95 %).
La mise en évidence d’une
distribution oligoclonale des IgG (supérieure à deux bandes) doit
reposer sur la focalisation isoélectrique.
Les bandes ne doivent pas
être présentes dans le sérum ou être présentes en nombre inférieur.
La distribution oligoclonale n’est cependant pas spécifique puisque
possible dans les atteintes neurologiques du syndrome de
l’immunodéficience acquise (sida), la neurosyphilis, la
parencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), les méningites, les
neuroborrélioses, les neurobrucelloses, la trypanosomiase etc.
Le
contexte clinique et biologique fait la différence.
La mise en évidence
de chaînes légères libres oligoclonales a la même signification.
L’absence de distribution oligoclonale peut être due à une méthode
défaillante.
Sinon, il faut approfondir la recherche d’un diagnostic
différentiel, les SEP sans distribution oligoclonale étant rares.
Quand
elles sont prouvées, elles seraient de bon pronostic.
L’index IgG est
un moyen précis d’apprécier l’existence d’une synthèse intrathécale
d’IgG et d’une rupture de la barrière hématoencéphalique (BHE).
Il
représente le rapport entre le quotient IgG LCR/sérum et le quotient
albumine LCR/sérum. Le quotient albumine est déterminé
par l’existence d’une rupture de la barrière sang-LCR.
Il est
dépendant de l’âge.
La plupart des patients atteints de SEP ont des
valeurs normales de ce quotient (6,5/1 000 entre 16 et 40 ans et
8/1 000 entre 40 et 60 ans). Des valeurs supérieures évoquent
d’autres diagnostics.
Le quotient IgG reflète l’existence d’une
synthèse intrathécale d’IgG.
Le quotient IgG est anormal dans 70 à
80 % des cas de SEP.
Les quotients IgM et IgA sont peu utilisés.
Le nombre de cellules dans le LCR est augmenté (> 4/µL) dans 50 %
des cas mais dépasse rarement 35.
Un chiffre supérieur doit faire
rechercher activement un autre diagnostic.
L’étude des cellules après cytocentrifugation est nécessaire pour éliminer la présence de
cellules lymphomateuses.
Les cultures et sérodiagnostics éliminent
les pathologies infectieuses.
3- Électrophysiologie
:
L’IRM a supplanté les potentiels évoqués dans la recherche d’une
dissémination des lésions dans l’espace. Ils peuvent être utiles quand
la réalité de l’atteinte d’une voie de conduction n’est pas établie par
la clinique.
Les PEV permettent d’objectiver l’atteinte du nerf
optique quand il existe une latence allongée de l’onde P100.
Leur
étude est utile dans les formes PP, quand l’IRM n’est pas suffisante
pour établir le diagnostic.