Aspects cliniques, physiopathologiques et thérapeutiques de la sclérose en plaques
(Suite)
Cours de Neurologie
4- Bilan biologique
:
En plus des examens de routine (numération, vitesse de
sédimentation), des sérologies (virus de l’immunodéficience
humaine [VIH], Lyme, treponema pallidum haemagglutination assay
[TPHA], brucellose et human T-cell lymphoma virus 1 [HTLV1] selon
l’origine...) et un bilan immunologique de base sont réalisés
(anticorps antinoyaux, immunoélectrophorèse).
E -
DIAGNOSTIC
:
1- Place nosologique de la SEP au sein des affections
inflammatoires démyélinisantes centrales
:
Les pathologistes ont décrit diverses maladies démyélinisantes
inflammatoires du SNC.
L’EAD périveineuse, qui comprend une
forme classique (postinfectieuse, postvaccinale ou idiopathique) et
la rare forme hyperaiguë hémorragique (de Weston Hurst).
On peut
distinguer plusieurs formes particulières de SEP à côté de la forme
typique (décrite par Charcot) : la forme aiguë (type Marburg), la
forme diffuse cérébrale ou sclérose myélinoclastique (type Schilder)
et la sclérose concentrique (Baló), dont on rapproche les formes
cavitaires.
2- Critères diagnostiques devant un début rémittent
:
Les critères diagnostiques les plus utilisés sont ceux de Poser et al.
Ils reposent sur la mise en évidence clinique et/ou paraclinique
d’une dissémination, dans le temps et dans l’espace, de lésions
inflammatoires démyélinisantes du SNC non expliquées par d’autres
étiologies.
Ils sont cependant complexes et souvent mal interprétés.
Une nouvelle version est en cours de rédaction, tenant compte des
progrès apportés par l’IRM.
Les SEP-R, cliniquement certaines, sont
caractérisées par deux poussées à au moins 1 mois d’intervalle avec
une constatation clinique ou paraclinique, c’est-à-dire actuellement
par l’IRM, de la dissémination spatiale des lésions.
3- Diagnostic devant un épisode clinique isolé
:
Si un patient n’a présenté qu’une poussée clinique, que son LCR est
évocateur et que l’IRM montre plusieurs lésions, on sait que le
risque qu’il s’agisse d’une SEP est élevé mais pas certain (SEP probable).
Le problème diagnostique majeur se pose avec les
épisodes démyélinisants isolés (névrites optiques idiopathiques,
myélites idiopathiques) et les EAD.
Les premiers sont indiscernables
d’un premier épisode de SEP sur le plan clinique.
Les EAD font
habituellement suite à une infection ou à une vaccination et
atteignent des sujets jeunes.
Cependant, certaines premières
poussées remplissent ces caractéristiques.
En IRM, les lésions des EAD sont le plus souvent symétriques, avec souvent une prise de
contraste de la plus grande part des lésions et une évolution vers la
régression après corticothérapie.
Le risque qu’un patient ayant une manifestation démyélinisante
clinique isolée soit porteur d’une SEP est augmenté quand le début
est polysymptomatique plutôt que monosymptomatique, si l’épisode
a été sévère, si le LCR est anormal (distribution oligoclonale) et
surtout quand l’IRM est compatible.
Ainsi, en cas de névrite optique
non traitée, le taux de certitude diagnostique de SEP à 2 ans est de
36 % en cas d’IRM compatible contre 3 % en cas d’IRM normale.
Face à un épisode de NORB ou de myélite, la présence de lésions
multiples en imagerie permet d’estimer à près de 85 % le risque qu’il
s’agisse d’une SEP et qu’elle devienne cliniquement certaine à terme.
Mais le délai est très variable et ce risque reste relatif puisque 15 %
ne développeront jamais de SEP.
Plus le nombre de lésions est élevé,
plus le risque est élevé.
Plus de 40 % des patients ayant au moins
neuf lésions encéphaliques dans l’étude ETOMS avaient eu une
deuxième poussée dans les 2 ans, contre moins de 20 % pour ceux
qui avaient de deux à huit lésions.
La constatation de l’apparition de nouvelles lésions sur une IRM de
contrôle (à 3 ou 6 mois), en suivant un protocole IRM strictement
identique, est probablement un critère essentiel beaucoup plus
spécifique pour confirmer le diagnostic.
Il est donc raisonnable de considérer le diagnostic de SEP comme
certain, si les diagnostics différentiels usuels ont été éliminés, chez
un sujet ayant eu un épisode clinique évocateur, ayant une
distribution oligoclonale dans le LCR, une IRM anormale et dont le
nombre de lésions augmente en quelques mois.
4- Diagnostic devant un début progressif :
Des critères diagnostiques spécifiques ont été proposés pour ces
formes.
Le diagnostic est certain si les patients présentent une
progression clinique depuis au moins 1 an, ont un LCR compatible
(distribution oligoclonale) et une IRM compatible (neuf lésions
encéphaliques ou deux lésions médullaires ou une lésion médullaire
et quatre à huit lésions encéphaliques).
Si l’IRM est positive mais
équivoque (une lésion médullaire ou une à quatre lésions
encéphaliques), des PEV anormaux peuvent permettre de compléter
les critères.
5- Autres diagnostics différentiels :
L’étude du LCR, l’IRM et les test biologiques permettent d’éliminer
les affections inflammatoires et infectieuses du SNC
(rhombencéphalites et myélites virales, tétraparésie spastique
tropicale à HTLV-1, maladie de Lyme, sida, brucellose, listériose,
tuberculose, syphilis, sarcoïdose, maladie de Behçet, lupus,
syndrome de Goujerot-Sjögren, périartérite noueuse), héréditaires ou
dégénératives (atrophie optique de Leber, atrophies olivo-pontocérebelleuses),
vasculaires (angiome médullaire, cerebral autosomal
dominant arteriopathy with subcortical infartcs and leukoencephalopathy
[CADASIL]), tumorales (méningiomes médullaires) ou rachidiennes
(maladie de Chiari, cervicarthrose).
La distinction des formes
médullaires de l’adulte jeune de sexe masculin avec
l’adrénoleucodystrophie repose sur le dosage des acides gras à très
longues chaînes.
F - FORMES FRONTIÈRES ET FORMES CLINIQUES
PARTICULIÈRES :
1- Paraplégies progressives :
Certains patients présentent une atteinte démyélinisante médullaire
progressive isolée sans aucun signe clinique, d’imagerie ou
pathologique d’autre lésion.
Il peut s’agir d’une forme particulière
de SEP progressive.
2- Formes pseudotumorales, formes à larges plaques,
maladie de Marburg, sclérose myélinoclastique
de Schilder, sclérose concentrique de Baló :
Certains patients présentent des tableaux neurologiques de début
aigu ou rapidement progressif, avec des lésions cérébrales
disséminées dans la substance blanche d’allure tumorale.
La biopsie
cérébrale est parfois nécessaire pour établir le diagnostic de SEP, si
l’IRM n’a pas permis de montrer de petites lésions à côté des larges
zones hyperintenses.
Dans certains cas, l’évolution a été fatale,
faisant rapprocher ces cas de la SEP aiguë de type Marburg.
Ce
syndrome est caractérisé par un tableau de démyélinisation
inflammatoire aigue, monophasique rapidement fatal.
Les lésions
sont identiques à des lésions récentes de SEP, mais toutes aiguës.
Le
syndrome de Marburg se distingue de la leucoencéphalite de Weston-Hurst, forme maligne d’EAD, par l’absence d’hémorragies
et sa survenue en dehors d’un contexte postinfectieux.
Ces formes à larges plaques se rapprochent également de deux
formes particulières de démyélinisation disséminée : la sclérose myélinoclastique de Schilder et la sclérose concentrique de Baló.
Le
terme de maladie de Schilder peut être source de confusion.
Cet
auteur a décrit en 1912, 1913 et 1924 trois cas d’«encéphalite périaxiale diffuse » dont seul le cas de 1912 a servi de description
princeps au syndrome de sclérose diffuse myélinoclastique.
Il s’agit
d’une atteinte démyélinisante diffuse de la substance blanche
encéphalique, bilatérale et grossièrement symétrique. L’histologie
peut montrer des aspects cavitaires.
La question de son assimilation
à la SEP se pose. Une évolution rémittente identique à celle d’une
SEP a pu être observée, après régression d’un tableau initial de type myélinoclastique.
La sclérose concentrique de Baló est de plus en plus considérée
comme une forme histologique particulière de SEP.
Elle est
caractérisée par l’existence de bandes concentriques alternées
d’axones démyélinisés et myélinisés.
L’évolution des premiers cas
décrits, sélectionnés sur des données autopsiques, était rapidement fatale.
Mais il a été décrit depuis des cas évoluant comme une SEP de
façon rémittente.
3- Neuromyélite optique de Devic :
Classiquement, il s’agit d’un syndrome monophasique associant, en
moins de 2 ans, une myélite sévère et une atteinte bilatérale
simultanée ou successive des nerfs optiques.
L’article publié par Wingerchuk et al a permis de montrer qu’une définition moins
stricte devait être appliquée : névrite optique unilatérale et myélite
survenant à moins de 2 ans de distance sans autre atteinte du
névraxe, ou névrite optique bilatérale et myélite survenant à plus de
2 ans de distance sans autre atteinte du névraxe.
En suivant cette
définition, les auteurs ont étudié 71 patients dont 48 avaient eu une
évolution à rechute.
Ces formes rémittentes touchent cinq fois plus
de femmes, débutent en moyenne vers 40 ans et sont souvent
associées à d’autres maladies auto-immunes ou à la présence
d’anticorps antinucléaires positifs.
Le pronostic à terme est sombre
(paraplégie, cécité).
L’IRM de l’encéphale est normale, alors que des
lésions sont retrouvées sur la moelle et les nerfs optiques.
Il existe fréquemment une pléiocytose dans le LCR, mais une
distribution oligoclonale n’est retrouvée que dans un cas sur trois.
Le décès est fréquemment lié à une défaillance respiratoire.
Les
données pathologiques montrent des lésions de type vascularite, ce
qui laisse penser qu’il s’agit d’une affection différente de la SEP.
Physiopathologie et pathogénie
:
Les données pathologiques, l’imagerie, les études génétiques,
épidémiologiques et immunologiques ont fourni des données
extrêmement nombreuses, parfois contradictoires, qui ont cependant
permis d’approcher les mécanismes de cette affection.
A - LÉSIONS :
1- Distribution des plaques :
L’examen macroscopique du SNC d’un patient ayant eu une SEP
évoluée est caractérisé par un certain degré d’atrophie cérébrale et
de la moelle et la présence de multiples plaques fermes, bien
délimitées de taille (quelques millimètres à quelques centimètres),
de forme, de couleur et de répartition variables.
Le plus souvent,
elles sont largement distribuées dans la substance blanche, de façon
bilatérale mais asymétrique, prédominant aux régions proches des
ventricules, en particulier latéraux, le plancher de l’aqueduc et le
IVe ventricule.
Les autres plaques encéphaliques se répartissent dans
la substance blanche lobaire et à la jonction blanc-gris (environ 17 %)
mais épargnent la myéline juxtacorticale.
Dans une étude, 22 % des
plaques étaient frontales, 15 % pariétales, 12 % temporales mais
seulement 1 % occipitales.
Environ 10 % des plaques se situent dans
la substance grise, pour moitié dans le cortex et pour moitié dans la
substance grise profonde.
Les nerfs et voies optiques (en particulier
les radiations optiques) sont très fréquemment atteints de façon
extensive.
L’examen macroscopique sous-estime les plaques du tronc
cérébral et du cervelet alors qu’elles y sont nombreuses, notamment
dans la région périaqueducale et le faisceau longitudinal médian.
Les plaques sont très nombreuses dans la moelle, surtout cervicale.
Les patients ayant présenté une forme médullaire peuvent avoir une
atteinte extensive de la moelle, mais très peu, voire pas, de lésions
encéphaliques.
2- Lésions actives et inactives
:
Les lésions aiguës sont caractérisées par des amas hypercellulaires
monocytaires et lymphocytaires.
On distinguait classiquement les
amas périveineux de lymphocytes sans démyélinisation, considérés
comme étant la lésion la plus précoce, des lésions actives établies,
caractérisées par une démyélinisation franche associée à la présence
de cellules phagocytaires remplies de débris myéliniques, et des
lésions chroniques inactives caractérisées par l’astrogliose et
l’absence de cellules digérant les débris myéliniques.
Les données immunohistochimiques récentes concernant la présence de protéines
myéliniques dans les macrophages, les marqueurs de l’activation
macrophagique, l’importance des lésions des oligodendrocytes et de
la remyélinisation ont permis d’affiner la description de ces lésions.
Ainsi, Lucchinetti et al distinguent les lésions actives précoces,
situées en bordure de plaque (macrophages actifs contenant des
débris myéliniques colorés par le bleu luxol et immunoréactifs pour
toutes les protéines de la myéline), les lésions actives tardives
(macrophages actifs contenant des débris myéliniques
immunoréactifs pour le protéolipide [PLP] mais pas la glycoprotéine
myélinique oligodendrogliale [MOG]), les lésions démyélinisées
inactives (complètement démyélinisées mais dont les macrophages
contiennent des vacuoles vides ou periodic acid Shiff [PAS] positif),
les lésions remyélinisantes précoces (caractérisées en microscopie
électronique par la présence d’axones entourés de fines gaines
myéliniques) et les lésions remyélinisantes tardives ou shadow
plaques (astrogliose focalisée avec une densité myélinique réduite).
À une phase précoce, un aspect laminaire, proche de celui de la
sclérose concentrique de Baló, peut être observé du fait de l’atteinte
qui suit des veines disposées parrallèlement.
Les données immunohistochimiques ont permis de confirmer la présence d’une
rupture précoce de la BHE au sein des lésions actives aiguës.
Ces
anomalies sont associées à l’expression, sur les macrophages, de
molécules HLA-DR.
3- Lésions myéliniques :
Le rôle des cellules macrophagiques dans la démyélinisation a été
souligné, ainsi que celui possible des cellules microgliales.
Les
travaux récents ont montré l’existence d’une corrélation entre la
perte en oligodendrocytes et l’infiltration macrophagique.
Le petit
nombre de cellules ayant la morphologie de cellules microgliales
résidentes au repos, au sein des lésions actives de SEP, a suggéré à
certains auteurs que les cellules microgliales s’y étaient transformées
en cellules phagocytaires.
L’étude des cellules exprimant les
molécules HLA-DR autour et dans les lésions actives est en accord
avec cette hypothèse, de même que la mise en évidence par
microscopie confocale de contacts et d’engainements des internoeuds
myéliniques par les prolongements des cellules microgliales à la
limite des lésions actives.
En fait, l’étude de nombreuses pièces de
biopsie et d’autopsie a permis aux équipes viennoise et de la Mayo Clinic de montrer l’existence d’une grande hétérogénéité de la
démyélinisation dans la SEP d’un patient à l’autre, alors que le
même aspect était toujours observé chez un même patient.
Quatre
patrons de lésions actives démyélinisantes ont été décrits selon
l’importance de la perte en protéines myéliniques, l’aspect des
oligodendrocytes, l’existence d’une remyélinisation sur les shadow
plaques des mêmes patients et l’évidence de dépôts d’Ig et de
complément activé.
Toutes ces lésions comprenaient des
lymphocytes T (LT) CD3+, des plasmocytes et des macrophages
(plus nombreux dans les types I et IV).
La répartition de ces patrons
a pu être biaisée par une surreprésentation de matériel provenant
de formes aiguës de SEP, très différentes des SEP habituelles.
Deux de ces patrons partagent des caractéristiques communes avec
les encéphalomyélites auto-immunes médiées par les cellules T
(patron I) ou médiées par les cellules T mais anticorps-dépendant
(patron II).
Le patron III est très différent : caractérisé par des lésions
non centrées sur des veines, rappelant la sclérose concentrique de
Baló, avec une apoptose des oligodendrocytes et une perte
préférentielle en glycoprotéine associée à la myéline (MAG),
suggérant un aspect de dystrophie oligodendrocytaire rappelant des
infections virales ou toxiques du SNC, voire des lésions ischémiques
aiguës.
Ce type est surtout observé dans des lésions de SEP aiguë
type Marburg.
Sa place au sein de la SEP est discutée.
Le patron IV,
qui ne concerne qu’un sous-groupe de formes progressives
primaires, est proche des patrons I et II dont il ne se distingue que
par la mort des oligodendrocytes et l’absence de remyélinisation qui
en découle.
Les travaux récents de ces deux équipes ont en effet
concerné plus particulièrement la survie des oligodendrocytes au
sein des plaques. Lucchinetti et al décrivent deux principaux types
lésionnels selon la présence ou l’absence de recrutement des oligodendrocytes au sein des lésions.
La remyélinisation, qui est un
phénomène précoce, ne concerne donc pas tous les patients.
Le mécanisme de la mort oligodendrocytaire est controversé, la
présence d’une apoptose n’ayant pas été observée par tous les
auteurs et semblant être limitée à un type très particulier de lésions.
4- Plaques jeunes et substance blanche d’apparence
normale
:
La mise en évidence par les techniques récentes d’IRM par transfert
de magnétisation (ITM) ou de diffusion (ID), d’altérations tissulaires
de la SBAN précédant de plusieurs semaines l’apparition d’une
nouvelle lésion repose la question de la séquence des
événements à la phase initiale de la constitution de nouvelles
lésions. Les données neuropathologiques sur les phases très récentes
des plaques sont cependant rares.
De nombreux auteurs ont pensé
que la phase initiale pouvait être marquée par une désintégration
isolée de la myéline sans hypercellularité, alors que d’autres
soutiennent l’hypothèse opposée selon laquelle les lésions récentes
sont caractérisées par une hypercellularité, une altération de la BHE
et une réaction microgliale.
Des amas purement lymphocytaires,
visibles en l’absence de toute lésion myélinique et de toute « réaction
» monocytaire, pourraient constituer la phase la plus précoce
de l’élaboration de la lésion puisqu’ils sont présents dans la SBAN.
Allen et McKeown avaient observé que la SBAN était
histologiquement anormale dans 72 % des cas de SEP.
Les anomalies
les plus fréquentes étaient une gliose (prolifération astrocytaire) dans
59,3 % des cas pouvant correspondre à des shadow plaques, c’est-à
dire à des plaques remyélinisées cicatricielles, une démyélinisation
dans 13 % des cas, la présence de macrophages dans 13 % des cas et
des infiltrats mononucléés dans 9,3 % des cas.
Dans la SBAN,
l’immunohistochimie permet de détecter des nodules microgliaux
exprimant des molécules HLA-DR, molécules d’histocompatibilité
de classe II nécessaires à la présentation des antigènes par les
cellules de la lignée monocytaire.
Ces cellules microgliales
pourraient participer à la présentation antigénique à la phase
initiale.
Des lésions axonales au sein de la SBAN ont été récemment
mises en évidence.
5- Lésions axonales :
Bien que signalées dans les travaux initiaux de Charcot, les lésions
axonales ont longtemps été sous-évaluées.
Classiquement, selon Greenfiled et King, en 1936, elles n’atteindraient de façon notable
que 10 % des plaques.
En microscopie électronique, des aspects
d’axonopathies aiguës avec accumulation d’organelles ont été
observées au sein des lésions aiguës actives, mais toujours sur des
axones complètement démyélinisés.
Deux études récentes ont
montré l’importance et la précocité des lésions axonales.
Une
souffrance axonale a été mise en évidence par l’expression de la
protéine précurseur de l’amyloïde (APP) au sein des lésions actives
aiguës de SEP.
Par microscopie confocale, Trapp et al ont observé
la présence de très nombreuses transsections axonales au sein des
lésions actives aiguës de SEP.
Elles étaient moins nombreuses au
niveau des lésions actives chroniques.
Ces auteurs ont observé des
images analogues dans la SBAN mais en petit nombre.
Une bonne
corrélation a été notée entre la présence de lésions inflammatoires et
celle de lésions axonales suggérant que l’inflammation pouvait
contribuer directement aux lésions axonales.
Cependant, des aspects
de transections axonales ont été observés également dans des lésions
chroniques dépourvues de cellules inflammatoires.
La survenue
d’une dégénérescence wallérienne secondaire à la démyélinisation a
été évoquée.
B - DE L’IMAGE À LA LÉSION
:
Depuis le développement de l’IRM, il a été possible de suivre in
vivo l’évolution des lésions de SEP.
Les anomalies visibles en T2
peuvent cependant correspondre à des lésions histologiques très
différentes.
Les nouvelles techniques permettent d’analyser de façon
plus précise le stade physiopathologique des lésions et la nature des
anomalies de la SBAN.
L’injection de Gd permet de mettre en
évidence des prises de contraste au sein de certaines lésions du fait
de l’existence d’une rupture de la BHE.
Il a été montré la
correspondance entre l’existence d’une inflammation histologique et
la prise de contraste.
La mesure du volume, et donc de l’atrophie
cérébrale et médullaire, est une mesure globale indirecte du degré
de destruction tissulaire, mais peut être affectée par l’existence
d’un oedème.
L’ITM est fondée sur les propriétés magnétiques
différentes des molécules d’eau selon qu’elles sont libres ou liées à
des macromolécules au sein de membranes.
Cette technique permet
de calculer un rapport de transfert de magnétisation (RTM)
dont les valeurs sont très semblables d’un sujet à l’autre dans la
substance blanche normale, mais varient selon la densité en fibres myéliniques.
Les travaux expérimentaux ont permis d’établir que la
baisse du RTM est modérée en cas d’oedème et augmente avec le
degré de la démyélinisation et/ou de la perte axonale.
L’ID
dépend des mouvements microscopiques de diffusion des molécules
d’eau, qui dépendent de l’anisotropie des tissus et donc de leur
intégrité.
La spectroscopie en résonance magnétique (SRM) du
proton permet d’étudier, sur un volume d’intérêt déterminé, les
modifications des taux de différents composés biochimiques.
1- Lésions focales :
Il a été montré que la prise de contraste apparaît très précocement
en cas de constitution d’une nouvelle lésion et peut précéder la détection de cette lésion en T2.
Certaines lésions anciennes peuvent
également prendre le contraste, ce qui suggère une reprise de leur
activité inflammatoire, mais les prises de contraste sont surtout
associées aux lésions nouvelles.
On ne peut cependant mesurer
l’activité de la maladie à l’aune des nouvelles lésions Gd positives.
En effet, elles sont peu nombreuses dans la SEP progressive
primaire, forme clinique pourtant très invalidante, du fait du
faible rôle joué par les lésions inflammatoires dans le handicap lié à
ces formes.
De même, une méta-analyse des études longitudinales
des formes rémittentes et secondairement progressives ayant utilisé
le Gd a montré que le nombre de lésions Gd positif mesuré chaque
mois pendant 6 mois était modestement prédictif du taux de
poussées de l’année suivante mais pas de l’évolution du handicap
dans les 12 à 24 mois suivants.
Ceci est en accord avec les
données d’histoire naturelle qui montrent que les poussées initiales
contribuent moins au pronostic que l’évolution progressive.
Les données récentes en ITM et ID ont montré que la prise de
contraste n’était pas l’événement le plus précoce de la constitution
de nouvelles lésions.
En effet, une baisse du RTM et des
modifications de la diffusion sont observées au même endroit,
plusieurs semaines avant l’apparition de cette lésion.
À cette
date, la zone apparaît normale en T2 et T1.
Ceci indique qu’un
processus pathologique est déjà en cours et ouvre des perspectives
en termes de prévision des poussées.
L’utilisation de nouveaux
produits de contraste, permettant de visualiser in vivo les cellules macrophagiques phagocytaires, contribuera probablement à une
meilleure analyse de la séquence des événements.
Le RTM peut être abaissé de façon très variable au sein des lésions
de SEP, traduisant des degrés variables d’atteinte membranaire
et/ou axonale, conformément aux études pathologiques.
Les études
de suivi du RTM permettent de suivre in vivo l’atteinte lésionnelle
et, en particulier, les phénomènes de remyélinisation qui sont
observés à des niveaux variables selon les lésions.
Les lésions
dont l’atteinte axonomyélinique est sévère apparaissent sous la
forme de lésions très hypo-intenses (black holes) sur les séquences
T1.
Les principales modifications, observées dans les lésions en SRM,
sont une baisse du N-acétyl aspartate (NAA) et une augmentation
des lipides.
Le mécanisme de la baisse du NAA est discuté, mais
elle est le plus souvent considérée comme le reflet d’une atteinte
axonale aiguë.
Les études en ID ont confirmé l’existence d’une
atteinte axonale au sein de lésions récentes.
Elle peut être réversible,
correspondant alors probablement à un dysfonctionnement axonal.
Une corrélation avec le handicap a été montrée.
Une augmentation
des lipides est observée au sein des lésions récentes et persiste 4 à
8 mois après le début de la lésion, correspondant probablement aux
lipides produits par la dégradation myélinique.
2- Substance blanche d’apparence normale
:
L’importance des atrophies cérébrales et médullaires, qui constituent
des marqueurs sensibles de l’évolution lésionnelle, suggère
l’existence d’une atteinte diffuse lésionnelle, non seulement dans les
formes progressives qui comptent peu de lésions focales (SEP-PP),
mais aussi dans les formes R.
Diverses thérapeutiques sont capables
de ralentir l’évolution de l’atrophie.
Au sein de la SBAN, une
baisse du NAA et du rapport NAA/cr a été observée en SRM,
suggérant l’existence de lésions axonales diffuses. Ces anomalies
sont plus sévères dans les formes PP et SP.
L’utilisation des
histogrammes de RTM permet de quantifier cette atteinte
axonomyélinique au sein des lésions et de la SBAN.
Ces mesures
sont anormales très tôt dans l’évolution, s’aggravent avec l’évolution
de la maladie.
Il existe une corrélation avec l’importance de l’atteinte
clinique et en particulier cognitive.
Ces résultats suggèrent que
l’atteinte diffuse de la SBAN contribue aux signes cliniques de la
phase progressive.
C - DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
Les nombreuses études épidémiologiques réalisées dans la SEP ont
permis d’établir la prévalence de la maladie dans de nombreux pays,
pour la plupart industrialisés et de l’hémisphère Nord.
Cette
prévalence varie entre 20 et 180/100 000 habitants dans ces pays.
1- Répartition mondiale :
Dean en 1994 estimait à 1,4 millions le nombre de sujets ayant une
SEP dans le monde.
Ces patients ne sont cependant pas répartis
également dans tous les pays étudiés.
Les études initiales avaient
défini trois zones selon la prévalence de la SEP, plaidant pour
l’existence d’un gradient nord-sud de prévalence allant de plus de
30/100 000 habitants-an au nord du 65° N, moins de 5 au sud du
20° N et entre 5 et 30 entre les deux.
Ceci avait été montré en
particulier en Amérique du Nord, avec une prévalence plus élevée
au Canada que dans les états du Sud, puis en Europe.
Les études
dans l’hémisphère Sud, moins nombreuses, avaient cependant
montré un gradient inverse en Australie entre la Tasmanie, au sud,
(76/100 000 habitants) et les régions plus au Nord dans le
Queensland (18/100 000 habitants) sans qu’il existe de différence
génétique bien évidente.
Des études récentes n’ont pas complètement confirmé la notion de
gradient de latitude.
En Amérique du Nord, les prévalences
observées dans le Minnesota (173/100 000 habitants) sont
supérieures à celles de l’Ontario (94/100 000 habitants) ou de la
Colombie britannique (91/100 000 habitants), situés à une latitude
équivalente.
Les études récentes en Europe ont également montré
que la répartition ne variait pas qu’en fonction de la latitude.
Les
prévalences observées en Scandinavie, au-delà du 58° N (31 à
96/100 000 habitants) n’étant pas très supérieures à celles observées
en Europe continentale centrale et du Nord entre les 47 et 53° N
(43 à 108/100 000 habitants).
En particulier, la prévalence dans le
nord de la Norvège ne dépasse pas 32/100 000 contre
60/100 000 habitants dans le sud-ouest de ce même pays.
Les
chiffres des études récentes des Îles Britanniques tendent cependant
à montrer une prévalence maximale au nord du 57° N, en Écosse
(184/100 000 habitants) et relativement plus faible au sud du 53° N
(67-114/100 000 habitants).
Les études récentes en Europe du Sud,
réalisées dans des populations très similaires sur le plan génétique,
entre le 36°N et le 46°N rapportent des prévalences très proches, le
plus souvent entre 28 et 58 /100 000 habitants.
En Italie (37° N-
46° N), de très nombreuses études ont rapporté des prévalences peu
différentes entre 33 et 56/100 000 habitants.
Certaines données laissent penser que l’incidence augmente depuis
quelques décennies, mais il n’est pas certain que cela ne soit pas dû
à une amélioration des moyens diagnostiques et des méthodes
épidémiologiques.
L’incidence annuelle varie selon les régions
d’Europe entre 0,8 et 5,9 /100 000 habitants.
Pour expliquer les différences de répartition, deux principales
théories ont été proposées, non exclusives, reposant sur des facteurs
génétiques ou d’environnement.
2- Ethnies et migrations :
Certaines données sur la répartition sont en faveur du rôle
prépondérant des facteurs génétiques.
Ainsi, la prévalence atteint
103/100 000 habitants en Sardaigne, dans une population très
distincte génétiquement mais proche géographiquement de l’Italie.
À l’inverse, la prévalence est très faible dans l’île voisine de Malte
(4/100 000 habitants).
L’existence d’une prévalence élevée en Europe
du Nord (Écosse) et dans toutes les populations d’origine anglosaxonne
vivant dans d’autres régions du monde est en faveur d’un
facteur génétique spécifique aux populations du nord de l’Europe et
prédisposant à la maladie.
L’hypothèse de gènes de prédisposition
transmis par les descendants des Vikings a été formulée.
La
fréquence est très faible dans les populations noires d’Afrique du
Sud, mais la prévalence dans les autres populations noires d’Afrique
mériterait d’être précisée.
La prévalence chez les Noirs Américains
est inférieure de moitié à celle des Blancs Américains, mais
supérieure à celle des Américains d’origine asiatique.
Il est admis
que la prévalence est basse en Inde, à l’exception des Parsis de
Bombay qui ont une prévalence de 21/100 000 habitants.
La maladie
est très rare au Japon (1-4/100 000 habitants), en Corée et en Chine,
chez les Esquimaux et dans les populations d’origine japonaise aux
États-Unis.
Ces différences, en faveur du rôle des facteurs
génétiques, doivent être tempérées par les études de migration qui
sont en faveur du rôle d’un facteur environnemental.
La prévalence chez les Jamaïcains est faible, même chez ceux
émigrants en Grande-Bretagne, mais elle est nettement plus élevée
chez leurs descendants, nés en Grande- Bretagne, ce qui souligne le
rôle de l’environnement dans l’enfance.
De même, la prévalence
chez les personnes nées en Grande-Bretagne de parents originaires
d’Afrique ou du sous-continent Indien est comparable à celle des
Anglais de souche.
S’il a été constaté que la prévalence chez des
enfants nés au Vietnam d’un mère Vietnamienne et d’un père
Français et ayant été élevés en France est comparable à celle des
Européens, l’interprétation en est difficile puisque les facteurs
génétiques et environnementaux peuvent jouer dans ces cas.
Les
études consacrées aux migrations de pays de haute prévalence vers
les pays de plus basse prévalence, comme l’Afrique du Sud, ont
montré des prévalences en général intermédiaire (36/100 000 habitants)
entre celle du pays d’origine (50/100 000 habitants) et celle
des Caucasiens nés dans le pays d’accueil (11/100 000 habitants).
Les études menées par l’administration américaine des anciens
combattants, ainsi que celles effectuées en Israël et Australie, ont
confirmé cette diminution de prévalence après migration en
provenance d’un pays de forte prévalence.
Ces études ont souligné
le rôle possible d’un facteur acquis avant l’âge de 15 ans.
Les sujets
émigrant avant cet âge acquièrent le taux de prévalence du pays
d’accueil, alors que ceux émigrant après conservent une forte
prévalence de la maladie.
Il n’est cependant pas certain que les
populations migrantes soient représentatives de leur population
d’origine.
3- Autres arguments épidémiologiques en faveur
d’un facteur lié à l’environnement :
Un facteur favorisant ou protecteur lié à l’environnement pourrait
influencer cette répartition.
Les facteurs infectieux ont été les plus
étudiés.
Les facteurs virologiques sont évoqués.
Les
principaux arguments épidémiologiques reposent, sauf pour les
études de migration, sur la mise en évidence d’ « épidémies » de
SEP dont celle rapportée aux îles Faroe pendant et après la Seconde
Guerre mondiale, consécutive au stationnement des troupes
britanniques sur ces îles est la plus célèbre.
La réalité de ces
« épidémies » reste discutée, le rôle d’autres facteurs, et en
particulier l’amélioration des possibilités de diagnostic, pouvant être
considéré.
Diverses études ont cherché à établir des liens entre la SEP et les
animaux domestiques, les infections intestinales, les sinusites ou
l’âge de survenue de maladies infectieuses.
Parmi ces diverses
hypothèses, la dernière a reçu plusieurs confirmations, montrant que
les patients atteints de SEP ont eu leurs maladies infectieuses plus
tardivement que les autres.
Il a été montré un lien entre les infections
virales et la survenue de poussées, mais aussi entre la survenue
d’une infection respiratoire et le début de la maladie.
Il a été montré
récemment une association entre un antécédent de mononucléose et
la SEP.
Il faut cependant noter que la large introduction des vaccinations
contre les maladies virales éruptives de l’enfance, qui a fait
s’effondrer leur prévalence, n’a pas, pour l’instant, affecté celle de la
SEP.
L’influence du climat a été également proposée, en particulier
l’influence de l’ensoleillement pouvant jouer sur l’immunité via la
vitamine D.
L’influence des saisons sur les poussées est difficile à
distinguer de celle des infections saisonnières.
L’implication des
traumatismes crâniens a été étudiée à la suite d’études de cas
suggérant une association, mais elle n’a pas reçue de confirmation
au cours des études épidémiologiques.
L’alimentation a été étudiée
mais ce type d’étude est difficile et expose à des faux positifs en
négligeant des facteurs associés.
En particulier, une relation a été
rapportée avec l’apport en graisses animales ou un déséquilibre
entre les graisses mono-insaturées et polyinsaturées, qui n’a pas été
confirmée formellement.
D’autres facteurs ont été incriminés, parfois
contradictoires, vie en milieu rural et/ou consommation de lait, vie
en milieu urbain dans des conditions sanitaires supérieures.
Aucun
facteur environnemental n’est actuellement admis de façon
consensuelle.
4- Études familiales
:
Le risque de survenue d’une SEP dans la famille d’un patient atteint
est proche de 15 % pour les zones de haute prévalence.
Si on estime
à 0,2 %, sur la durée de la vie, le risque pour l’ensemble de la
population canadienne, un parent au premier degré a un risque de
3 % (multiplié par 20) et de 1 % pour les parents au deuxième degré
(multiplié par 5,5).
Les études britanniques ont établi un risque
maximal pour les soeurs (4,4 %), puis pour les frères (3,2 %) et les
parents (2,1 %).
Trois études récentes ont concerné les jumeaux.
Deux d’entre elles
ont montré des résultats très proches avec une concordance proche
de 25 % pour les homozygotes et seulement de 3 % pour les
dizygotes.
Le risque relatif pour un jumeau monozygote est de 190.
L’étude canadienne sur les adoptés a permis de mieux approcher les
rôles respectifs de la génétique et de l’environnement.
Les sujets
ayant une SEP et ayant été adoptés avant 1 an sont supposés avoir
partagé le même environnement que leur famille d’adoption.
La
fréquence de la SEP chez les sujets « parents non biologiques au
premier degré » ayant vécu avec les cas index n’est pas plus élevée
que dans la population générale, et est inférieure à celle des parents
biologiques.
Cette étude est un argument majeur en faveur du rôle
prépondérant des facteurs génétiques sur les facteurs
environnementaux.
En résumé, selon Compston, le risque de
développer une SEP est de 1/600 pour un Européen du Nord,
1/200 pour un enfant né d’un parent atteint, 1/40 pour le frère, la
soeur ou le jumeau dizygote d’un sujet atteint, 1/17 pour l’enfant
d’un couple de deux sujets atteints et 1/3 pour le jumeau
monozygote d’un sujet atteint.
D - ÉTUDES GÉNÉTIQUES :
La génétique de la SEP est complexe, les études de ségrégation n’ont
pas montré de gène majeur déterminant le développement de la
maladie dans les familles.
Le nombre de gènes contribuant à la
prédisposition et le mode de transmission sont inconnus.
Deux types
d’études ont été réalisés, la recherche de gènes candidats (études
d’association et de liaisons) et les études systématiques du génome.
Les études de gènes candidats se sont avérées positives pour le
système HLA dont les gènes sont sur le bras court du chromosome
6.
Il a été établi le rôle des facteurs de la région HLA de classe II.
En Europe du Nord, l’allèle HLA DRB1*1501 est associé à la maladie.
En Sardaigne, il s’agirait du DRB1*04.
La contribution d’HLA DR à
la transmission des cas familiaux n’est cependant que de 10 à 20 %.
Une association avec DR4 (DRB1*04) a été observée dans les formes
progressives primaires, dans quelques études.
Des résultats positifs
ont été rapportés avec d’autres gènes candidats, mais doivent être
confirmés sur une grande échelle (région variable des Ig, MBP, des
récepteurs des lymphocytes T [TCRb], transforming growth factor
[TGF] b3), alors que les résultats avec les autres gènes étudiés sont
négatifs (TCR alpha, interleukine 1 [IL1]-Ra, IL1, IL2, IL2-R, tumor
necrosis factor [TNF], etc).
Une zone du chromosome 5 contenant un
gène prédisposant chez la souris à l’EAE, contiendrait un gène de
susceptibilité (5p14-12) retrouvé dans une population finlandaise
riche en cas familiaux.
Quatre études de criblage du génome ont été publiées récemment,
mettant en évidence de multiples régions chromosomiques pouvant
contenir des gènes contribuant à la susceptibilité à la SEP, sans
atteindre la significativité statistique.
Les facteurs contribuant à cette
susceptibilité génétique sont donc probablement multiples et ne
confèrent individuellement qu’un faible risque.
Les études en cours font intervenir la technique de l’acide
désoxyribonucléique (ADN) poolé qui augmente la sensibilité (étude
GAMES).
E - ÉTUDES VIROLOGIQUES ET BACTÉRIOLOGIQUES :
Les études épidémiologiques ont soutenu l’idée de l’intervention de
facteurs environnementaux dans la SEP.
Certains modèles viraux
animaux reproduisent des lésions proches de la SEP. Le plus utilisé est le modèle de l’encéphalite liée au virus de Theiler, dans lequel le
mécanisme de la démyélinisation est de type auto-immun.
Diverses
maladies humaines virales sont associées à une démyélinisation
(HTLV-1, VIH, virus JC, rougeole).
Aucun agent infectieux spécifique n’a été identifié mais il a été
rapporté une association de la SEP avec des taux élevés d’anticorps
contre différents virus dans le LCR ou le sérum (rougeole, rubéole,
virus d’Epstein-Barr, cytomégalovirus, herpès simplex
virus 1 [HSV1], HSV2, human herpes virus 6 [HHV6], HHV8, paramyxovirus,
oreillons, influenza…), des séquences virales dans le
cerveau (HHV6, rougeole, coronavirus) ou les méninges (rétrovirus
MSRV).
Aucun n’est retrouvé systématiquement et distingue les SEP
des contrôles.
C’est ainsi qu’une étude récente sur l’HHV6 n’a
observé aucune différence entre des cas de SEP jamais traités par
immunosuppresseurs et des contrôles neurologiques ou non.
Récemment, Chlamydia pneumoniae a été isolée du LCR de patients
atteints de SEP, mais d’autres équipes n’ont pas réussi à reproduire
ce résultat.
Un mécanisme de mimétisme moléculaire a été évoqué pour certains
agents mais reste cependant à démontrer.
L’implication d’un agent infectieux unique commun à tous les cas
de SEP reste improbable, mais l’activation d’une réponse autoimmune
par une infection non spécifique est possible.
F - IMMUNOLOGIE :
L’existence d’une association de la SEP aux gènes du système majeur
d’histocompatibilité HLA DR 2 suggère l’origine auto-immune de
cette affection.
Cette hypothèse est étayée par la mise en évidence
d’une réaction inflammatoire anormale au sein des lésions, du rôle
des lymphocytes B (LB) et T (LT) et des cellules de la lignée macrophagique (MO) et par la comparaison de cette maladie avec
l’EAE.
1- Immunopathologie :
De nombreux signes d’activation de l’immunité à médiation
cellulaire, mais aussi humorale, et des cellules de la lignée
macrophagique/monocytaire ont été observés au sein des plaques.
La répartition des LT varie en fonction de l’ancienneté et de l’activité
des plaques.
Les LT CD8+ prédominent près des vaisseaux alors que
les LT auxiliaires CD4+ sont plus nombreux en périphérie des lésions
actives, au sein des zones de progression de la démyélinisation.
Ces LT CD4+ jouent un rôle déterminant dans l’EAE.
Il est en effet bien
établi que le transfert d’une EAE à un animal naïf, par des cellules T
spécifiques de la protéine basique de la myéline (PBM) dépendait
des LT CD4+ de type Th1.
On retrouve aussi des LT dans la SBAN.
Les LT CD4 + CD45RA + naïfs sont en revanche exceptionnels dans
les lésions de SEP.
La recherche d’une spécificité antigénique des LT
lésionnels a donné des résultats contradictoires en analysant les
chaînes a et b des récepteurs des LT (TCR), une utilisation
préférentielle de certains segments Vb et Va n’ayant pas été mise en
évidence par tous les auteurs.
Une restriction partielle du répertoire
des LTc a été observée dans une étude.
Les molécules HLA de classe II, caractéristiques des cellules présentatrices d’antigène (CPA)
actives sont exprimées sur les astrocytes, les cellules endothéliales et
les cellules microgliales.
Les cytokines, dites pro-inflammatoires, de
type Th1, sont présentes au sein des lésions surtout actives, TNFa,
interféron c (IFNc), IL2, IL12, TNFb et les LT expriment le récepteur
à l’IL2 (CD25).
L’IL1 et le TNFa sont surtout exprimés par les MO et
les cellules microgliales.
Les molécules de costimulation CD80 et
CD86 témoignent aussi, au sein des lésions actives de SEP, de
l’activation de l’immunité cellulaire.
Les molécules d’adhésion et les chimiokines qui peuvent témoigner des processus de passage de la
BHE ont été également étudiées.
La VCAM1 et son récepteur
lymphocytaire VLA-4 sont exprimées au sein des lésions chroniques
actives, alors qu’ICAM-1/LFA1 sont présents dans les lésions de
tout âge.
L’IL4, l’IL10 et le TGF b1, cytokines immunorégulatrices
de type Th2, sont aussi retrouvées dans les lésions et sont supposées
intervenir dans l’autorégulation du processus, mais certaines
contribuent peut-être à l’intervention des anticorps.
Des LB et des
plasmocytes sont présents dans les plaques alors que des IgG et IgA
y ont été mises en évidence dans les plasmocytes et à la surface des
MO.
Les MO porteurs d’IgG sont impliqués dans un processus de
phagocytose anticorps dépendant, comme le suggère la présence de
pores couverts de clathrine.
Les IgG éluées des plaques présentent
un profil oligoclonal variant d’une plaque à l’autre chez un même
patient.
Des autoanticorps anti-PBM, antiglycoprotéine myélinique
oligodendrocytaire (anti-MOG) et anti-2’, 3’-cycmic nucleotide 3’
phosphodiesterase (anti-CNP) ont été isolés au sein des lésions.
Des anticorps reconnaissant l’épitope PBM85-96, immunodominant pour
les cellules T ont été identifiés.
La présence d’anticorps anti-MOG
est associée aux lésions myéliniques de la même façon dans les
lésions d’EAE du marmouset et dans la SEP.
Les dépôts d’IgG
sont associés à la présence de facteurs du complément (C1q et C3)
près des bordures démyélinisantes des lésions actives.
L’existence
de complexes IgG-C3d sur les cellules microgliales pourrait
constituer la marque de la lésion primitive de la SEP.
L’antigène
néo-C9, marqueur de l’activation du complément lytique terminal
est présent dans les lésions démyélinisantes actives au côté des Ig.
Les données corrélant la présence des MO et des cellules microgliales à l’importance de la démyélinisation ont déjà été
évoquées.
2- Analyses du sérum et du liquide céphalorachidien
:
* Activation cellulaire
:
Les données immunocytochimiques des LT du LCR se rapprochent
de celles des lésions, avec plus de LT CD4+ que dans le sang, le plus
souvent CD4+ CD40 R0+ (mémoires) exprimant des marqueurs
d’activation (IL2-R, CD69, CD29, VLA, LFA1 etc).
Des taux élevés
d’IL2 et de son récepteur dans le LCR témoignent de l’activation
cellulaire, de même que la présence des autres cytokines Th1 (IFNc,
TNFa).
La production de ce dernier serait corrélée à l’activité
clinique.
Les cytokines Th2 n’ont pas été retrouvées élevées dans
toutes les études.
Dans le sang, il est bien connu que lors des phases
actives de la maladie les LT CD8+ diminuent, ce qui élève le ratio
CD4/CD8 et peut être mis en relation avec la diminution classique
des fonctions suppressives des LT après activation des cellules
mononucléees par la concanavaline A.
Des marqueurs d’activation
des LT ont été décrits également dans le sang (IL2, IL2R, LT
CD26+…) mais ne sont pas spécifiques.
* Réactivité des LT :
Les analogies entre SEP et EAE ont conduit à rechercher, dans le
sang et le LCR des patients atteints de SEP, des LT autoréactifs contre
les constituants myéliniques impliqués dans ces modèles.
Il a été
isolé des LT, CD4+ essentiellement, réagissant spécifiquement contre
la PBM, la MOG, la PLP, la CNPase, la MAG mais aussi des
constituants non myéliniques comme la transaldolase, enzyme
oligodendrocytaire, la cristalline a, une protéine du choc thermique
et la protéine astrocytaire S100.
Mais c’est la PBM, l’antigène le plus
souvent utilisé pour induire l’EAE, qui a été la plus étudiée.
Le sang
et le LCR des patients atteints de SEP contiennent plus de LT anti-
PBM que ceux des sujets sains et, contrairement à chez ces derniers,
ils sont activés.
Bien que toute la protéine soit immunogénique, trois
épitopes immunodominants ont été identifiés (83-99, 84-102 et
87-106), en corrélation avec leur affinité pour les molécules HLADR.
L’épitope 83-99 semble le plus important, très affine pour HLADRB1*
1501.
L’expression des gènes des TCR des LT anti-PBM a été
étudiée.
Les travaux initiaux suggéraient un usage très restreint des
produits des gènes V des chaînes des TCR, mais les travaux récents
ont montré que différents TCR V peuvent reconnaître un même
peptide dans le contexte d’une molécule HLA-DR donnée et
inversement une même famille de TCR V peut reconnaître différents
peptides.
Il semble cependant que cette hétérogénéité soit limitée
chez un patient donné, et que la réponse autoréactive des LT vis-àvis
de la PBM soit de type oligoclonale.
Les LT anti-MOG ont été
identifiés récemment et semblent plus nombreux que les LT anti-
PBM. Ils pourraient jouer un rôle important, mais les modèles EAE
induits par la MOG associent une composante humorale importante.
Le rôle pathogène des LT autoréactifs CD4+ n’est pas établi dans la
SEP.
Il a été isolé des LT CD8+ spécifiques qui auraient une action
cytotoxique vis-à-vis des constituants myéliniques.
Les données sur
l’évolution de cette réponse des LT sont rares.
* Anticorps, lymphocytes B :
La mise en évidence d’une sécrétion intrathécale d’IgG est classique,
mais l’implication de ces anticorps dans la pathogénie de la SEP
reste encore débattue.
D’autres signes de l’activation de l’immunité
humorale sont présents (chaînes légères des Ig dans le LCR, baisse
des taux de C4 et C9 dans le LCR, taux élevés d’anticorps
antinucléaires sanguins).
De multiples autoanticorps ont été détectés dans le sang et le LCR
des patients atteints de SEP sans que l’on puisse trouver un
anticorps, spécifique ou retrouvé systématiquement.
Des anticorps
sont dirigés contre les protéines myéliniques ou oligodendrocytaires
(PBM, MAG, MOG, PLP, OSP [protéine spécifique des
oligodendrocytes], CNP, transaldolase…), et d’autres protéines
(lectine cérébelleuse, HSP [heat-schock-protein] 60…).
Les LB sécrétant
des anticorps anti-PBM sont plus nombreux dans le LCR des
patients atteints de SEP que ceux des témoins.
Les épitopes reconnus
par les anticorps anti-PBM sont variables selon les études.
Les
patients sans anticorps anti-PBM produiraient des anticorps
anti-PLP.
La présence d’anticorps dirigés contre des épitopes variés pourrait
être due au phénomène de spreading antigénique, c’est-à-dire
l’apparition de nouveaux épitopes au cours de l’évolution de la
maladie, source de nouveaux anticorps.
Ce phénomène, bien
documenté dans l’EAE ou dans les maladies expérimentales virales,
n’est qu’hypothétique dans la SEP.
3- Comparaison avec l’EAE :
L’EAE est une affection auto-immune induite soit par l’injection
d’homogénat de SNC, de PBM, de PLP, de MOG ou de séquences
peptidiques encéphalitogènes issues de ces protéines, soit de
lymphocytes T auxiliaires (helper) spécifiques (EAE par transfert).
Selon l’antigène et l’espèce, la maladie associe plus ou moins
inflammation, démyélinisation et lésions axonales, et a une évolution
aiguë, chronique et/ou à rechutes.
L’EAE aiguë est proche de l’EAD
ou d’une poussée aiguë de SEP et les formes chroniques sont plus
proches de la SEP.
Aucun modèle d’EAE ne représente cependant
un modèle parfait de SEP.
Le rôle des LT CD4 est essentiel dans
l’EAE puisque, contrairement aux LT CD8 et aux LB, ils peuvent
transférer la maladie.
Cependant, les LT CD8 peuvent contribuer à
aggraver les lésions mais aussi à limiter les rechutes.
Les modèles
d’EAE impliquant l’immunité humorale sont caractérisés par
l’existence de lésions très démyélinisantes.
Les anticorps anti-MOG
jouent un rôle important dans la démyélinisation.
Il a pu être postulé, par analogie, que l’hétérogénéité clinique de la
SEP dépendait d’une hétérogénéité antigénique et génétique.
G - SYNTHÈSE DES MÉCANISMES PHYSIOPATHOLOGIQUES :
1- Initiation de la réponse auto-immune :
Si l’hypothèse d’un facteur environnemental infectieux est correcte,
soit du fait d’un agent spécifique, soit d’agents multiples, les
mécanismes de mimétisme moléculaire expliquent probablement le
développement de la réponse immune développée sur un terrain
génétique prédisposé.
Il a été montré que des LT anti-PBM peuvent
être stimulés par des peptides provenant d’agents exogènes, soit
partageant quelques acides aminés avec la PBM, mais également par
d’autres sans séquence commune, du fait de propriétés de plasticité
du complexe trimoléculaire.
Ce mimétisme moléculaire peut
expliquer des réactions croisées des LT, mais aussi des LB avec des
antigènes microbiens.
D’autres protéines microbiennes peuvent
contribuer à l’activation des LT, si elles sont des superantigènes
capables d’activer tous les LT, dont le TCR utilise un membre donné
d’une famille Vb.
L’activation des LT autoréactifs par l’un de ces
mécanismes ne nécessite pas que l’agent infectieux ait infecté le
SNC, ni qu’il persiste dans l’organisme.
2- Développement de l’auto-immunité
:
Les mécanismes de spreading antigénique évoqués
peuvent contribuer au développement de la réponse immune vers
d’autres auto-antigènes, contribuant à son extension.
La dégradation
des tissus par le processus pathologique peut en outre faire apparaître des autoantigènes jusqu’ici peu accessibles au système
immunitaire, ou des néoantigènes (protéines du choc thermique) qui
vont induire la formation de nouveaux LT autoréactifs.
Des
infections intercurrentes peuvent favoriser de nouvelles poussées de
la maladie.
Le mécanisme peut en être la réactivation de LT
autoréactifs quiescents par des produits microbiens
(lipopolysaccharides, par exemple), via la production d’IL12 par les
MO.
La présentation antigénique est effectuée par des CPA de la lignée monocytaire (MO, microglie, cellules endothéliales, peut-être
astrocytes) aux LT CD4.
Une fois l’antigène présenté, les LT orientés
dans le sens Th1 prolifèrent, grâce en particulier à l’IL2 et à l’IFNc.
L’étape du passage et de la rupture de la BHE est une étape
essentielle de la formation des lésions. Les chémokines interviennent
à ce stade.
Le rôle des molécules d’adhésion intercellulaire est
essentiel, permettant le passage des lymphocytes entre les cellules
endothéliales.
Les métalloprotéinases de la matrice pourraient
contribuer à la rupture de la BHE.
Le TNF joue une rôle important
dans la phase vasculaire de l’inflammation.
3- Mécanisme lésionnel
:
On ne connaît pas avec précision les mécanismes qui contribuent au
développement des lésions myéliniques et axonales, mais plusieurs
mécanismes sont possibles, pouvant impliquer l’immunité humorale
ou cellulaire.
Le rôle direct des LT CD8 dans la démyélinisation reste
hypothétique, puisque les oligodendrocytes ne semblent pas
exprimer les molécules d’histocompatibilité de type 1.
Les LT cd
pourraient jouer un rôle puisqu’ils ne dépendent pas des molécules
HLA.
Les LT CD4 jouent probablement un rôle majeur mais indirect
en stimulant les macrophages et la microglie.
Les données
pathologiques ont en effet montré que la démyélinisation était
quantitativement corrélée au nombre des cellules monocytaires dans
les lésions.
Les cellules microgliales et les macrophages possèdent
un récepteur pour le fragment Fc des Ig et un récepteur pour le
complément.
Les anticorps pourraient participer à la
démyélinisation en permettant la fixation des cellules microgliales,
ou d’autres cellules mononucléées, sur la membrane myélinique.
Les
anticorps pourraient jouer un rôle important dans la spécificité
tissulaire de l’agression.
Ces cellules pourraient alors léser la
myéline soit par opsonisation, soit par l’intermédaire des substances
qu’elles produisent, soit du fait de l’action du complément qui peut
induire la formation de vésicules membranaires.
Différents facteurs solubles, produits par les cellules mononucléées
pourraient contribuer à la démyélinisation, comme certaines
cytokines, des protéases et phospholipases, des radicaux oxygénés,
le monoxyde d’azote.
Parmi les cytokines, le TNFa, produit par la
microglie et les MO, pourrait jouer un rôle important.
On a vu qu’il
contribuait à la phase vasculaire de l’inflammation, mais il pourrait
aussi jouer un rôle dans la démyélinisation.
Il est capable d’induire
des lésions myéliniques et cellulaires sur des cultures
d’oligodendrocytes in vitro.
La forme membranaire du TNFa peut
induire une mort cellulaire par apoptose via l’expression de Fas à la
surface des oligodendrocytes.
Mais le rôle du TNF est probablement
plus contrasté qu’on ne l’avait pensé, comme l’ont souligné les
résultats négatifs des essais thérapeutiques dans la SEP avec des
bloqueurs du TNF ou des anticorps anti-TNF, et les données
expérimentales chez les animaux KO pour le gène du TNFa.
Ces
travaux ont montré que le TNFa pouvait contribuer à limiter la
réaction inflammatoire.
Parmi les autres produits présents, le monoxyde d’azote a été
particulièrement étudié.
Il peut induire expérimentalement des
lésions myéliniques mais, in vivo, son rôle est possiblement variable
selon les phases de la maladie, pouvant tantôt favoriser les lésions
myéliniques, tantôt contribuer à la régulation de l’inflammation.
Le
monoxyde d’azote pourrait contribuer aux lésions myélinoaxonales
via la formation de son dérivé, le peroxynitrite (PN).
On a en effet
observé la présence d’acides aminés nitrosés au sein des lésions,
témoin de l’action du PN sur les protéines.
L’inhibition du PN dans
l’EAE s’est montrée prometteuse. Enfin, il a été récemment proposé
l’implication du glutamate dans la cytotoxicité de la SEP.
Mis à
part leur rôle dans la fixation des MO, les anticorps pourraient agir
par un mécanisme direct dépendant du complément, comme cela a
été montré avec des anticorps anti-MAG, anti-MOG et
anti-galactocérébroside.
L’inflammation ne joue probablement pas qu’un rôle délétère dans
l’évolution de la maladie.
Il a en effet été montré que les cellules
inflammatoires pouvaient produire des facteurs trophiques pouvant
contribuer à la réparation lésionnelle.
Les symptômes lors des poussées peuvent traduire l’existence de
troubles de la conduction, favorisés par l’oedème myélinique ou par
l’effet direct des substances toxiques sur la transmission axonale,
comme cela a été montré avec des cytokines et le monoxyde d’azote.
Mais les études en ITM et en SRM ont montré que la
démyélinisation, et même une atteinte axonale aiguë, pouvaient être
très précoces dans la survenue des lésions et contribuer à la
symptomatologie.
Le retour de la conduction, par disparition de
l’oedème ou des produits toxiques (effet des corticoïdes) contribue
probablement à la récupération précoce des signes de la poussée,
dont le niveau des séquelles dépend du degré d’atteinte axonale et
myélinique définitive.
Les lésions axonales pourraient être les conséquences directes de
l’inflammation, soit par une réaction dirigée directement contre elle,
et qui n’a pas été démontrée, soit par conséquence indirecte de la
présence de ces substances toxiques à son contact.
La
dégénérescence wallérienne, secondaire à une lésion aiguë focale,
contribue probablement aux lésions axonales des fibres des grandes
voies de passage.
Ces lésions axonales des grandes voies sont
probablement le support physiopathologique des symptômes de la
phase progressive.