Chirurgie de la polyarthrite rhumatoïde (Suite)

 

B – MEMBRE PELVIEN :

Au membre inférieur, la fréquence des arthrites algiques rhumatoïdes augmente de proximal en distal, avec 20 % d’atteinte coxofémorale, 55 % d’atteinte fémoro-tibio-patellaire et 90 % d’atteinte du pied.

1- Coxite rhumatoïde :

L’apparition d’une coxite algique et enraidissante est une étape évolutive majeure dans la PR car la bilatéralité lésionnelle et l’inefficacité relative des traitements conservateurs vont rapidement rendre difficile la marche, et ce d’autant qu’existe des lésions distales.

En effet, la coxite est rarement inaugurale et suit les atteintes rhumatoïdes des orteils et de l’avant-pied. Sa symptomatologie est dominée par la douleur.

La raideur et/ou les atteintes vicieuses n’ont pas de spécificité.

Les prothèses totales de hanche (PTH) apportent une solution fiable et durable.

* Caractéristiques anatomiques :Chirurgie de la polyarthrite rhumatoïde (Suite)

Les perturbations du métabolisme osseux ne sont pas spécifiques à la hanche, mais c’est là qu’elles ont le plus de conséquences biomécaniques et anatomiques.

L’accélération du mécanisme de résorption-formation touche le spongieux métaphysoépiphysaire et les corticales.

Il en découle un amincissement des corticales proximales et une ostéoporose trochantérienne et acétabulaire.

La tendance à la protrusion acétabulaire est spécifique du modelé dégénératif de la coxite rhumatoïde.

L’arrière-fond acétabulaire reste complet mais convexe dans le petit bassin ; la tête se déforme en parallèle, impliquant une quasi-ankylose articulaire qui rend difficile la luxation coxofémorale lors de l’arthroplastie.

En dehors de la PR juvénile, la protrusion acétabulaire majeure est actuellement rare, du fait d’une chirurgie plus précoce.

La radiographie conventionnelle est suffisante pour poser l’indication opératoire lorsque apparaît un pincement de l’interligne.

* Mesures préopératoires :

L’éradication des foyers infectieux fait partie des mesures préopératoires incontournables avant toute arthroplastie.

Dans le cadre de la PR, les lésions ulcératives distales dues aux déformations des pieds doivent faire l’objet de soins préalables rigoureux.

Le contrôle et le remplacement des pertes sanguines sont sous la responsabilité de l’équipe d’anesthésistes.

Un taux d’hémoglobine de 10 g paraît suffisant pour éviter une transfusion, d’autant que le recueil peropératoire du sang dans les flacons de drainage peut compenser une partie de ces pertes.

Cependant, l’anémie est fréquente dans la PR, imposant des mesures préventives préopératoires (thérapeutique ferrique, stimulation de l’érythropoïèse) ou peropératoires par agent médicamenteux diminuant le saignement.

Greene a souligné l’importance de l’état nutritionnel préopératoire : tout déficit est facteur de complications cicatricielles et donc infectieuses.

Le risque septique d’une arthroplastie n’apparaît pas différent après coxite rhumatoïde : dans la série de Schmalzried portant sur plus de 3 000 prothèses, le taux d’infection est de 0,7 % dans l’arthrose et de 1,3 % dans la PR.

Ces chiffres se sont améliorés, du moins pour les infections périopératoires, depuis l’optimisation des conditions d’asepsie (salle opératoire spécifique, antibioprophylaxie).

Le risque d’infection tardive est moins maîtrisé chez des patients immunodéprimés présentant de fréquentes portes d’entrée cutanées.

* Spécificités techniques :

Les arthroplasties de la coxite rhumatoïde posent des problèmes techniques spécifiques.

En chirurgie de première intention, la voie d’abord de la coxofémorale est un choix personnel de l’opérateur : postérieure avec myotomie des pelvitrochantériens ou voie antéroexterne avec myotomie partielle des fessiers (Hardinge ou variantes).

En cas d’ankylose serrée, de protrusion acétabulaire et d’ostéoporose fragilisante, il est plus sûr de réaliser la cervicotomie tête en place puis d’extraire celle-ci afin d’éviter toute fracture trochantérienne ou diaphysaire.

Le rétablissement d’un centre rotatoire coxofémoral en situation anatomique est obligatoire en cas de protrusion acétabulaire, tant pour obtenir un résultat clinique satisfaisant que pour la longévité prothétique.

La tête fémorale fragmentée en copeaux spongieux sert d’autogreffe de comblement de l’arrière-fond cotyloïdien. Le débat sur le type d’implant reste ouvert.

Les arthroplasties cimentées type Charnley ont été les premières implantées.

Le taux de survie des arthroplasties cimentées se situe entre 77 et 79 % à 10 ans.

Ces chiffres sont probablement pessimistes car ne tiennent pas compte des améliorations techniques du scellement.

Plus récemment, les prothèses non cimentées dites de deuxième génération ont été proposées dans la coxite rhumatoïde.

Pour l’acétabulum, les cotyles hémisphériques métalliques impactés et vissés ont acquis, dans la chirurgie de première intention, leurs lettres de noblesse.

Dans la PR, la rigidité du cotyle métallique au sein de l’ostéoporose régionale, la perturbation par la thérapeutique anti-inflammatoire de l’ostéogenèse nécessaire à la colonisation secondaire des implants semblent à première vue autant d’obstacles à l’utilisation du sans ciment.

Cependant, les résultats cliniques et radiologiques d’implant sans ciment, certes à moyen terme, sont encourageants, y compris pour les surfaces bioactives.

Cracchiolo souligne cependant la fréquence, avec un recul de 2 à 6 ans, de liserés radiologiques périacétabulaires (13 %) ou périfémoraux (53 %), mais n’ayant conduit à aucune révision.

Lachiewicz confirme cette notion, constante à 4 ans de recul sur 35 tiges sans ciment, 10 % d’entre elles entourées d’un liseré continu.

Dans la série plus modeste de Loehr, il a été mis en évidence cinq migrations millimétriques sur 22 cotyles sans ciment et de trois tiges, toutes asymptomatiques.

Ainsi, dans la coxite rhumatoïde, l’implant acétabulaire se caractérise par un taux relativement élevé de complications mécaniques, en tout cas à un niveau supérieur à celui des coxarthroses.

Les cupules sphériques impactées semblent offrir une alternative prometteuse plus risquée pour les tiges non cimentées.

Ceci justifie l’option d’implant hybride cimenté en fémoral, impacté et vissé dans l’acétabulum.

2- Genou rhumatoïde :

L’atteinte rhumatoïde du genou est fréquente (75 %), rarement inaugurale, et se distingue de la coxite rhumatoïde par une longue phase de synovite accessible à un traitement médical ou chirurgical conservateur.

La bilatéralité est habituelle, de même que la simultanéité coxofémorale.

* Caractéristiques anatomiques du genou rhumatoïde :

La synovite hypertrophique est responsable de la douleur, d’une limitation de la mobilité et d’épanchements récidivants.

Elle précède la phase d’altération cartilagineuse irréversible.

La disparition des surfaces articulaires intéresse les divers compartiments du genou, mais parfois de manière asymétrique.

La prédominance latérale des lésions rend compte de la tendance au valgus.

Cette même asymétrie lésionnelle se retrouve pour l’os spongieux métaphysoépiphysaire.

Ainsi, dans les formes évoluées et négligées, le genou rhumatoïde associe valgus et flessum irréductibles secondaires aux lésions ostéoarticulaires mais aussi ligamentaires comportant distensions et ruptures dans la convexité et rétraction dans la concavité de la déviation frontale.

Un simple cliché face-profil en charge permet de reconnaître les étapes évolutives du genou rhumatoïde.

* Chirurgie du genou rhumatoïde :

La synovectomie chirurgicale est moins pratiquée depuis l’avènement des synoviorthèses chimiques ou isotopiques.

La technique opératoire est menée par une incision unique pararotulienne médiane ou deux incisions parallèles pararotuliennes.

La synovite est excisée « en bloc » dans le cul-desac quadricipital et les joues latérales condyliennes.

En flexion du genou, rotule luxée, la synovectomie est complétée au contact du tissu adipeux rétrotendineux et dans l’échancrure autour du pivot central.

L’analgésie par cathéter fémoral permet une mobilisation postopératoire immédiate.

Certains ont proposé une option arthroscopique pour réaliser ce geste, avec un résultat clinique tout autant appréciable.

La présence d’un kyste poplité volumineux, en fait expansion diverticulaire postérieure de la synovite rhumatoïde, fait l’objet d’un geste spécifique d’exérèse, concomitant ou indépendant.

Son abord nécessite une voie postérieure en décubitus ventral, avec dissection des éléments vasculonerveux du creux poplité.

L’arthroplastie dans le genou rhumatoïde intéresse les trois compartiments articulaires.

Dans ce contexte, plusieurs points restent à discuter.

La gestion des pertes sanguines et les techniques de substitution par transfusion ont été évoquées pour les arthroplasties de hanche.

Dans les atteintes bilatérales, la réalisation simultanée des deux arthroplasties du genou a été proposée sous réserve d’une stimulation médicamenteuse préopératoire de l’érythropoïèse et d’un recueil-réinjection des pertes sanguines.

Cet auteur ne signale pas un taux plus élevé de complications, en particulier d’embolies graisseuses ou de thrombophlébites.

L’abord médial ou latéral est lié à l’importance de la déformation frontale préopératoire et à la rétraction des parties molles.

Une déformation fixée en valgus-rotation externe impose un abord de type Keblish qui ne se limite pas à une incision latérale mais comporte l’allongement du fascia lata, la préservation du ligament adipeux pour assurer la fermeture de l’arthrotomie, la désinsertion du ligament collatéral latéral et du point d’angle.

Le danger demeure une libéralisation trop extensive, source de laxité frontale.

Miyasaka recommande de conserver au moins un des éléments stabilisateurs latéraux ou, en cas d’importante laxité, d’utiliser une prothèse contrainte.

La conservation ou le sacrifice du ligament croisé postérieur sont certes liés au choix de l’opérateur, mais aussi aux conditions précédemment décrites.

En l’absence de déformation majeure, l’attitude vis-à-vis du pivot central est discutée. Laskin signale la possibilité de rupture secondaire, car le ligament est lui-même constamment porteur de lésions au moins histologiques.

Aglietti et Schai, avec un recul minimal de 10 ans, ne signalent pas ce type de complication dans le cadre de la PR, mais ils insistent sur la rigueur de l’équilibre ligamentaire peropératoire.

Outre une meilleure proprioceptivité et un mouvement intraprothétique plus proche de la physiologie, la conservation du ligament croisé postérieur diminuerait les contraintes sur les interfaces os-implants.

Le type de fixation de la prothèse avec ou sans ciment est discuté.

Certains ont insisté sur la fréquence des liserés radiologiques à l’interface direct os-implant tibial à moyen terme ; d’autres soulignent la stabilité clinique des implants sans ciment.

L’étude rétrospective menée par Rand, portant sur près de 3 000 prothèses dans le genou de rhumatoïde, n’identifie pas le type de fixation des implants comme facteur péjoratif.

De même, Nilson, utilisant une méthode radiologique précise, ne met pas en évidence de différence significative entre fixation avec ou sans ciment.

La présence d’un tassement du massif spongieux épiphysaire tibial ou de volumineux kystes intraspongieux impose en revanche une autogreffe protégée par un plateau comportant une quille médiane métaphysaire ou une tige centromédullaire.

Enfin, l’utilisation d’un implant de resurfaçage patellaire n’est pas systématique pour certains.

Dans un avenir proche, le pilotage informatisé des coupes osseuses et de la position des implants doit permettre un contrôle encore plus rigoureux de la pose de l’arthroplastie, tant pour sa situation spatiale que pour la tension ligamentaire.

3- Atteintes rhumatoïdes du pied :

* Généralités :

Les atteintes rhumatoïdes du pied sont fréquentes, souvent inaugurales et polymorphes.

Outre leur caractère algique et destructeur, elles aboutissent à des déformations fixées s’autoaggravant, dans la genèse desquelles participent les contraintes mécaniques, le retentissement réciproque avant-arrièrepied, mais aussi la morphologie globale du pied.

* Gestes opératoires :

+ Avant-pied :

L’atteinte de l’avant-pied est quasi constante dans la PR.

L’arthrite est diffuse à l’ensemble des métatarsophalangienne (MTP), d’abord inflammatoire puis destructrice, entraînant des déformations progressives axiales rapidement irréductibles.

La MTP du gros orteil présente une déviation en valgus avec pronation distale ; la déformation en varus est plus exceptionnelle.

Les MTP des orteils évoluent vers une luxation dorsale irréductible et une griffe fixée axée ou en clinodactyle.

Il s’ensuit de multiples conflits cutanés au niveau de la face latérale de la MTP du gros orteil et les faces dorsales des IPP des orteils, sources de difficulté de chaussage mais aussi d’ulcérations susceptibles de s’infecter.

De plus, les métatarsalgies sont au premier plan, par insuffisance du premier rayon, griffes des orteils et surtout saillie des têtes métatarsiennes, d’autant qu’existe une modification du capiton plantaire cutané.

En effet, la luxation dorsale des orteils tend à translater vers l’avant la zone la plus épaisse du capiton, ne laissant au niveau des têtes luxées métatarsiennes qu’une peau fine, risquant de s’ulcérer et ayant peu d’effet protecteur.

La chirurgie de l’avant-pied rhumatoïde répond à une technique univoque : l’ensemble des orteils doivent être opérés par l’association arthrodèse MTP de l’hallux et arthroplastie modelante des MTP latérales.

La première MTP définitivement fixée offre en effet la meilleure garantie pour s’opposer à la récidive du valgus, mais aussi à la déviation des autres orteils.

Les implants en silicone ont été proposés pour conserver la mobilité MTP, mais ont été progressivement abandonnés en raison de complications mécaniques, de ruptures et/ou de récidives du valgus.

Quelques auteurs leur sont restés fidèles.

Les prothèses totales de MTP ont une très faible diffusion en raison de leur coût et de leur mise au point récente. Barouk a proposé une prothèse métallique provisoire d’interposition.

La fixation de la première MTP est systématique, même si les lésions articulaires paraissent discrètes par rapport à celles des orteils voisins.

L’arthrodèse de la MTP de l’hallux permet au premier rayon d’assurer sa fonction d’appui, stabilise définitivement l’interligne et supprime un facteur de récidive de déviation fibulaire des orteils.

Son réglage est précis : 15 à 20° de flexion dorsale, valgus de 10°.

La fixation par vis proximodistale à partir de la face inférieure du col, complétée par une broche antirotatoire, est une technique fiable, tout autant qu’une miniplaque dorsale.

Le niveau de la résection céphalique nécessaire au contact étroit métatarsophalangien se situe à l’aplomb de la résection de la deuxième tête métatarsienne.

Ainsi, certains préconisent de débuter par le temps de résection céphalique des orteils latéraux et de terminer par l’arthrodèse.

Une fois la fusion acquise, le résultat sur la douleur, et en particulier sur le conflit orteils-chaussure, est excellent.

Le déroulement du pas se fait de manière correcte pour une marche à cadence normale : l’impulsion ne s’effectue plus que dans l’IP.

Celle-ci peut s’altérer avec l’évolution rhumatismale et/ou la surcharge fonctionnelle.

Dans quelques cas, chez des patients dont la PR est très peu évolutive, parfaitement maîtrisée par le traitement, et sans atteinte cartilagineuse, l’hallux valgus peut être traité, selon les techniques réservées aux formes statiques (ostéotomie métatarsienne de valgisation, ostéotomie phalangienne…).

La résection arthroplastique des têtes métatarsiennes maintenues en distraction par une broche axiale pendant 3 à 4 semaines aboutit à une néoarticulation fonctionnelle et indolore.

L’orteil est axé, sans flexion interphalangienne majeure et avec une mobilité essentiellement passive des MTP.

Enfin et surtout, la saillie plantaire des têtes métatarsiennes est supprimée.

La résection céphalique se fait selon une progression inscrite sur une parabole médiolatérale et doit intéresser l’ensemble des quatre rayons latéraux.

La voie d’abord dorsale ou plantaire, ainsi que le trajet et le nombre des incisions, restent discutés.

Pour notre part, ces gestes opératoires sont réalisés par trois incisions longitudinales : la première au bord médial du rayon permet d’arthrodéser la MTP du gros orteil par vissage, tandis que les résections céphaliques sont menées par deux abords commissuraux (deuxième et quatrième).

Le brochage pulpophalango-métatarsien en distraction reste le meilleur moyen d’éviter l’échec technique de la résection qui est l’arthrodèse MTP fonctionnellement gênante.

Barouk a proposé l’interposition provisoire d’une cupule métallique solidaire de la broche axiale.

Le maintien pendant 2 à 3 jours des cathéters qui ont assuré l’anesthésie locorégionale permet un bloc tronculaire d’une grande efficacité analgésique.

Les soins postopératoires sont particulièrement importants : physiothérapie antioedème, marche avec chaussure en talus avec appui talonnier unique, appareillage de rappel dynamique en flexion des orteils.

Après l’ablation des broches, cette rééducation est intensifiée dans le but d’assouplir les orteils latéraux.

Le chaussage est adapté, comportant une orthèse avec capiton plantaire de confort et soutien médioplantaire interne.

+ Médiopied et arrière-pied :

L’arthrite rhumatoïde du médiopied et de l’arrière-pied est fréquente, et de traduction schématique en trois tableaux : évolution fusionnante globale spontanée sans déformation, atteinte prédominante d’un seul interligne, déformation progressive globale en valgus.

Seules les deux dernières atteintes font l’objet d’un geste d’arthrodèse.

Une déformation valgisante sous-talienne modifie considérablement l’appui plantaire, aggrave les déformations de l’avant-pied et retentit sur l’interligne tibiotarsien.

Elle répond à une arthrodèse médio- et sous-talienne de difficulté variable.

La présence d’une déformation majeure impose un temps de réduction avant de fixer les différents interlignes : le valgus-pronation de l’arrière-pied est lié à une translation latérale de l’os naviculaire et une subluxation médiale et plantaire du talus.

La déformation a donc pour siège initial et principal l’interligne talonaviculaire.

Le contrôle de ces interlignes impose deux abords : latéral pré- et sousmalléolaire pour le sous-talien et le talocuboïdien médial pour le talonaviculaire.

La réduction des déplacements et l’avivement articulaires créent un espace interosseux qu’il faut combler par autogreffe iliaque ou locale.

Chaque interligne est fixé par une ou deux agrafes. Les expériences rapportées font état d’un taux de pseudarthroses, de réduction incomplète et de complications cutanées non négligeable.

Ces notions soulignent l’intérêt d’une chirurgie précoce, avant l’installation de déformations fixées, ou d’un geste préventif.

Ainsi, l’arthrodèse talonaviculaire stabilise efficacement le couple de torsion et bloque la tendance au pied plat valgus.

Une ostéosynthèse stable par agrafe après un avivement soigneux, une autogreffe spongieuse encastrée dans l’interligne et une immobilisation de plusieurs semaines sont la clef du succès.

La tolérance à long terme de cette arthrodèse est excellente.

Cependant, toute fusion spontanée ou opératoire d’un interligne de l’arrièrepied ou du médiopied surcharge fonctionnellement les articulations de voisinage et doit tempérer cet optimisme.

+ Cheville :

À la cheville, deux interventions sont proposées : l’arthrodèse ou l’arthroplastie.

L’arthrodèse tibiotalienne dans le cadre de la PR pose le problème de la position optimale de fusion et de la technique de fixation.

Bresler recommande de bloquer le talus à 90° sous le tibia, en très léger valgus et 10° de rotation externe.

Les techniques d’ostéosynthèse sont multiples : vissage, plaque, matériel transplantaire.

Tous répondent à deux principes incontournables : affrontement tibiotalien optimal, stabilité primaire de la fixation d’ostéosynthèse.

Les complications apparaissent fréquentes dans les séries de la littérature, tant les infections que les pseudarthroses, dont le taux varie entre 20 et 40 %.

L’arthrodèse est réalisable sous arthroscopie avec distraction provisoire de l’interligne, avivement à la fraise motorisée, puis ostéosynthèse par vis placées sous contrôle scopique.

Les premiers résultats des arthrodèses arthroscopiques sont encourageants, les avantages étant des suites opératoires simplifiées et l’absence de complication locale tout en gardant la fiabilité des techniques classiques.

Cependant, l’arthrodèse sous arthroscopie ne peut être envisagée en cas de déformation majeure, difficilement corrigible sans libération extensive.

Une fois la fusion acquise, le résultat sur la douleur est excellent, mais les performances de la marche ne sont pas améliorées et la plupart des patients nécessitent orthèse ou chaussure orthopédique.

Le retentissement à long terme sur l’articulation sous-talienne et médiotarsienne, dont la surcharge mécanique est accrue, se vérifie dans le cadre de la PR.

De même, l’arthrodèse tibiotalienne retentit sur le genou en modifiant la marche.

C’est dire que son indication doit tenir compte de l’état articulaire présent des articulations sus- et sous-jacentes dans ce contexte rhumatologique, et ce d’autant que son caractère définitif est évident.

Issues des expériences malheureuses anciennes, les prothèses actuelles de cheville dites de troisième génération sont à trois composants et possèdent une double articulation : glissement antéropostérieur entre implant métallique tibial et polyéthylène, et mouvement de bascule sagittal entre polyéthylène et dôme métallique talien cylindrique.

Le type de fixation, avec ou sans ciment, les éléments de stabilité primaire des implants tibial et talien, le dessin et la congruence de l’interface polyéthylène-prothèse talienne, l’arthrodèse associée de la tibiofibulaire, font la différence entre les différents implants.

Les résultats à court et moyen termes affichent une fiabilité certaine : Kofoed fait état d’un taux de survie de 75 % à 14 ans.

L’indolence est obtenue dans la majorité des cas ; la mobilité active tibiotalienne réelle, évaluée radiologiquement, est de l’ordre d’une vingtaine de degrés, mais située dans un secteur fonctionnel, même si certains problèmes biomécaniques et techniques restent incomplètement résolus (ancrage prothétique, tension ligamentaire).

C – RACHIS :

Les atteintes rhumatoïdes du rachis dorsal et lombaire sont rares (moins de 5 %) et ne semblent pas poser de problèmes thérapeutiques majeurs.

L’atteinte rhumatoïde du rachis cervical est au contraire très répandue, venant au deuxième rang après celle des MCP, avec une prévalence pouvant atteindre 80 %.

Cette fréquence tient à l’abondance du tissu synovial, à la variété et au nombre des mouvements, à l’importance des contraintes mécaniques du rachis cervical.

Les atteintes cervicales sont exceptionnellement inaugurales.

Elles compliquent la maladie après quelques années, surtout dans les formes érosives sévères, et progressent parallèlement aux atteintes des membres.

Toutefois, elles restent longtemps méconnues, qu’elles soient asymptomatiques ou masquées par les localisations périphériques de la maladie.

Une fois sur deux, elles sont d’ailleurs de découverte radiologique.

Lorsqu’elles s’expriment cliniquement, c’est surtout par des douleurs locales ou irradiées.

Les complications neurologiques centrales, médullaires ou bulbomédullaires sont beaucoup plus rares (1 %) mais très graves, avec risque de mort subite, justifiant un dépistage clinique et radiologique systématique.

1- Physiopathologie :

Les lésions du rachis cervical supérieur sont les plus fréquentes (trois fois sur quatre) et les plus graves.

Elles se décomposent en cinq variétés, plus ou moins associées.

– La luxation atloïdoaxoïdienne antérieure (40 à 75 % des cas) se définit par un écart de plus de 3 mm, en position neutre, entre l’arc antérieur de l’atlas et l’odontoïde.

Elle est due à la destruction du ligament transverse par la prolifération synoviale de la bourse séreuse périodontoïdienne.

Ce pannus est en outre érosif pour l’odontoïde qui peut s’amincir, voire se fracturer.

Le volume du pannus a un effet compressif direct sur la jonction bulbomédullaire.

Au début, la compression est intermittente, dynamique, se produisant ou s’aggravant en flexion, se réduisant en extension.

À la longue, le déplacement s’aggrave et peut même se fixer, la compression devenant permanente.

Ce processus fait également subir un étirement aux artères vertébrales.

D’une manière générale, il n’y a pas de parallélisme franc entre le décalage intervertébral et les lésions neurologiques.

– La luxation atloïdoaxoïdienne verticale, ou ascendante, ou « impression basilaire » est présente dans 20 à 30 % des cas.

Elle aboutit à l’ascension de l’odontoïde dans le trou occipital.

Le mécanisme est celui d’une érosion-lyse des masses latérales de l’atlas par synovite des articulations occcipitoatloïdiennes et atloïdoaxoïdiennes, les condyles occipitaux et les massifs articulaires supérieurs de l’axis pouvant être également touchés.

Au maximum peut se produire une fracture-séparation des arcs antérieur et postérieur de l’atlas, accentuant le rapprochement du crâne et de l’axis.

Ce type de luxation est le plus grave car l’odontoïde soulève la face antérieure de la jonction bulbomédullaire, en même temps que le segment intradural des deux artères vertébrales.

Elle peut s’associer à une luxation antérieure qu’elle risque de masquer radiologiquement, l’arc antérieur de C1 ayant tendance à se diriger vers le bas mais aussi en arrière, venant au contact du corps de l’axis.

– La luxation atloïdoaxoïdienne latérale représente 10 à 20 % des cas : c’est la conséquence d’une lésion articulaire atloïdoaxoïdienne unilatérale compatible avec l’intégrité du ligament transverse.

Au maximum, la masse latérale vient au contact de l’odontoïde.

Ses complications neurologiques sont rares mais elle peut entraîner un torticolis irréductible.

– La luxation atloïdoaxoïdienne rotatoire a une fréquence propre difficile à apprécier car elle est souvent associée à une luxation latérale.

Elle suppose un mécanisme double, atteinte d’une articulation atloïdoaxoïdienne latérale et lésion du ligament transverse. Les complications neurologiques sont rares.

La luxation atloïdoaxoïdienne postérieure est rare (2 à 7 %) et succède à un amincissement ou à une fracture de l’odontoïde, plus rarement à une destruction de l’arc antérieur de l’atlas.

– Les lésions du rachis cervical inférieur (environ 25 %) résultent d’une synovite érosive articulaire postérieure.

Celle-ci se traduit par une subluxation puis, à partir de 5 mm, un antélisthésis le plus souvent étagé (luxation axiale), donnant au rachis un profil caractéristique en « marches d’escalier ».

Les étages le plus souvent touchés sont C4-C5 et C3-C4. Radiologiquement, l’aspect n’est pas très différent de celui des lésions dégénératives de l’arthrose, ces dernières étant moins érosives.

Ces décalages, sensibles aux épreuves dynamiques, n’entraînent que rarement des complications neurologiques médullaires ou même radiculaires.

2- Signes cliniques et radiologiques :

Les luxations atloïdoaxoïdiennes se traduisent par des douleurs cervicales ou irradiées, plus rarement par des signes neurologiques objectifs.

Les cervicalgies sont plutôt hautes, de déterminisme volontiers mécanique, aggravées notamment par les mouvements rotatoires.

Elles s’accompagnent dans deux tiers des cas d’une limitation des mouvements du cou.

Les troubles statiques, les torticolis sont plus rares, qu’ils soient dus à des contractures antalgiques ou à l’importance du décalage intervertébral.

Ces douleurs cervicales ont parfois des irradiations antérieures atypiques, vers les régions frontales, orbitaires, temporales.

Beaucoup plus caractéristique est la névralgie d’Arnold, uni- ou bilatérale, par souffrance de la branche postérieure de C2 à l’arrière de l’articulation atloïdoaxoïdienne.

Les complications neurologiques sont dominées par le risque d’une compression médullaire cervicale haute, en principe progressive.

L’atteinte motrice se révèle plutôt aux membres supérieurs, par une parésie, et peut aboutir à une tétraplégie complète.

Cette symptomatologie déficitaire est difficile à apprécier au début, quand elle se surajoute à l’impotence motrice d’origine articulaire et musculaire ancienne.

De surcroît, l’hyperréflexie du syndrome pyramidal peut être masquée par une neuropathie périphérique.

L’atteinte médullaire est parfois responsable des paresthésies diffuses et distales, dominant aux membres thoraciques, que l’on risque de rapporter à un syndrome du canal carpien.

Plus rare, le signe de Lhermitte a l’avantage d’attirer nettement l’attention sur la moelle cervicale.

Les atteintes du bulbe et/ou des derniers nerfs crâniens sont possibles dans les formes évoluées.

Elles sont à l’origine de névralgies trigéminales, de troubles de la phonation et de la déglutition.

Ce sont elles qui font courir à ces patients le risque de mort subite, parfois provoquée par un traumatisme minime, voire une intubation.

Il est possible qu’au facteur purement mécanique de la compression bulbaire s’ajoute un facteur ischémique lié aux contraintes subies par les artères vertébrales.

Les luxations subaxiales du rachis cervical inférieur ont une expression clinique peu spécifique, qu’il s’agisse de cervicalgies, de névralgies cervicobrachiales, de signes de souffrance médullaire.

Le diagnostic précoce se heurte aux mêmes difficultés que dans le cas des atteintes craniorachidiennes.

Les atteintes rachidiennes de la PR s’aggravent radiologiquement dans 80 % des cas et cliniquement dans une moindre proportion, environ un cas sur deux.

En fait, seules les PR avec complications médullaires ont une réelle gravité, conditionnant nettement le pronostic vital dans les 5 à 6 années qui suivent leur découverte.

L’examen radiographique standard (face, face bouche ouverte, clichés de profil en conditions dynamiques) reste indispensable pour évaluer les anomalies statiques (niveau et degré des luxations, perte de la lordose), mais surtout l’influence de l’hyperflexion et de l’hyperextension sur les listhésis.

L’examen tomodensitométrique (TDM) n’a qu’une place modeste.

Il montre nettement les contours osseux grâce à l’usage des fenêtres osseuses et peut aider à mieux comprendre les déplacements à l’aide des reconstructions sagittales, coronales, voire 3D.

C’est en fait l’examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM) qui complète le mieux la radiographie conventionnelle : il visualise à la fois la partie basse de la fosse postérieure et la totalité du canal cervical, détaillant les rapports vertébromédullaires, révélant l’ampleur du pannus synovial, montrant les déformations de la moelle et la myélomalacie, et visualisant le système vertébrobasilaire.

3- Technique opératoire :

Seules sont évoquées les techniques opératoires destinées au rachis cervical.

En cas de luxation atloïdoaxoïdienne antéropostérieure réductible, l’abord postérieur suffit le plus souvent pour réduire et stabiliser.

Cette stabilisation comporte toujours une ostéosynthèse. Idéalement, on favorise l’arthrodèse par la pose de greffons interlamaires.

Il n’empêche que le taux de pseudarthrose reste élevé.

La longueur du montage est discutée.

Le montage court, limité au couple C1-C2, utilise des vis transarticulaires ou des crochets interlamaires.

Il est bien toléré, n’aggrave pas la limitation des mouvements du cou, ne semble pas favoriser une déstabilisation secondaire des étages sousjacents.

Il peut se révéler fragile, surtout si l’arthrodèse échoue.

Il ne prévient pas totalement le risque évolutif d’une luxation verticale associée.

C’est pourquoi certains préfèrent de principe une fixation occipitocervicale, immobilisant plus solidement la charnière craniorachidienne mais risquant d’anéantir la faible mobilité résiduelle du patient.

La prise supérieure de ce montage se fait sur l’écaille occipitale par des vis ou des crochets.

Le prise inférieure se fait sur le rachis cervical moyen par des crochets prenant les lames en tenaille.

Le site de cette prise doit être soigneusement discuté en fonction d’éventuelles lésions associées au rachis cervical moyen et inférieur et du risque de déstabilisation du segment sous-jacent à l’ostéosynthèse.

En cas de luxation antéropostérieure peu ou pas réductible, certains proposent l’exérèse par voie antérieure endobuccale de l’apophyse odontoïde et du pannus, geste purement décompressif et forcément couplé à une fixation postérieure.

La lourdeur de ce double abord conduit souvent à préférer la seule voie postérieure qui peut comporter une phase décompressive avec la résection de l’arc postérieur de l’atlas, voire l’agrandissement du bord postérieur du trou occipital.

Mais le temps de fixation (obligatoirement craniorachidienne s’il y a eu résection de l’arc postérieur de l’atlas) reste essentiel, car il supprime l’éventuel reliquat d’instabilité et permet parfois la régression spontanée du pannus, donc une décompression complémentaire différée.

La luxation verticale, qu’elle soit isolée ou associée à d’autres déplacements, impose une fixation occipitocervicale.

Le reproche fait à cette technique de supprimer tous les mouvements du cou est relativisé par la faible, voire nulle, mobilité préopératoire des patients.

Les rares luxations atloïdoaxoïdiennes latérales et/ou rotatoires se prêtent plus volontiers à l’ostéosynthèse occipitocervicale.

Les luxations subaxiales du rachis cervical inférieur, souvent plus réductibles, peuvent être abordées par voie antérieure ou postérieure, en traction du membre des étages atteints et de la prédominance antérieure ou postérieure de la compression.

La technique ne diffère pas de celle de la chirurgie des lésions arthrosiques : arthrodèse intersomatique et plaque vissée par voie antérieure, plaques vissées dans les massifs articulaires par voie postérieure.

D – STRATÉGIE ET INDICATIONS OPÉRATOIRES :

Les indications opératoires sont posées en symbiose avec le rhumatologue.

Pour lui, l’évolutivité locale de la maladie, marquée par la persistance du pannus ou l’apparition d’une perte du capital cartilagineux, devient une indication opératoire potentielle ou tout du moins impose un avis chirurgical.

1- Indications opératoires par articulation :

* Membre thoracique :

Les indications opératoires à l’épaule sont étroitement liées à la localisation précise du pannus rhumatoïde, aux destructions ostéocartilagineuses, à l’état fonctionnel de la coiffe des rotateurs.

Malgré ces lésions, la tolérance fonctionnelle est en général longtemps bonne : le patient n’est réellement gêné que par la douleur et surtout la perte de la flexion antérieure et des rotations, ne permettant plus les gestes main-bouche ou main-fesse.

Les trois types d’intervention ont des indications relativement bien codifiées mais de fréquence très inégale. L’arthrodèse glénohumérale est d’indication exceptionnelle : lésion massive de la coiffe des rotateurs, perte de la fonction du deltoïde, échec d’une arthroplastie.

De même, il est rare de se trouver en présence d’une bursite isolée sousacromiodeltoïdienne sans rupture de coiffe ni atteinte glénohumérale, qui relève alors d’une bursectomie.

Ainsi, l’arthroplastie est devenue le traitement opératoire de choix de l’arthrite rhumatoïde glénohumérale.

Le remplacement prothétique est indiqué chez les patients algiques à fonction limitée avec destruction articulaire.

Le pincement de l’interligne glénohuméral est le critère essentiel pour proposer l’arthroplastie.

La prothèse totale d’épaule non contrainte est indiquée en cas de destruction des deux versants articulaires, avec un stock osseux suffisant pour autoriser une fixation correcte de l’implant glénoïdien et une coiffe des rotateurs anatomiquement intacte (ou réparée).

Le remplacement isolé de l’humérus est indiqué lorsqu’il existe une destruction glénoïdienne compromettant toute fixation d’un implant, ou une rupture irréparable de la coiffe des rotateurs entraînant une ascension de la tête humérale : l’arthroplastie a, dans ce cas, un objectif limité au seul retour de l’indolence.

L’arc fonctionnel du coude va de 30 à 130° de flexion, 50° de pronation et 50° de supination, et permet de réaliser la plupart des activités quotidiennes. Ceci explique une certaine tolérance des lésions du coude rhumatoïde.

Au coude, la synovectomie ou l’arthroplastie sont discutées en cas d’importantes douleurs et de déficits majeurs de mobilité active.

Cependant, la particularité de l’atteinte du coude vient de l’installation d’une laxité frontale à la fois ligamentaire et ostéocartilagineuse.

Ainsi faut-il proposer précocement une synovectomie avec résection céphalique radiale lorsque les interlignes sont conservés, le coude stable, la synovite abondante.

Les destructions articulaires avec laxité relèvent de l’arthroplastie lorsque le retentissement clinique est important.

Au poignet, les indications opératoires doivent être fréquentes et précoces.

Il est bien rare qu’un patient atteint d’une PR ne relève tôt ou tard d’un geste chirurgical sur le poignet.

Une synovite dorsale rebelle au traitement médical impose une synovectomie avec stabilisation de la RUD. Ce geste technique (ou poignet dorsal) marque un coup d’arrêt à l’évolution inflammatoire destructrice, certes pour un temps limité, et prévient des ruptures tendineuses.

Les gestes d’arthrodèses sont réalisés après analyse radiologique en privilégiant les fusions partielles.

L’arthrodèse radio-ulnaire n’est proposée que lorsque l’interligne médiocarpien est conservé, et en particulier le capitolunaire.

Les atteintes diffuses et les grandes désaxations carpiennes sont stabilisées par une arthrodèse radiocarpienne.

À la main, la réductibilité des déformations et l’intégrité des surfaces articulaires permettent de prolonger les mesures thérapeutiques non opératoires basées sur la rééducation et le port d’orthèses.

Ici plus qu’ailleurs, la prise en charge du patient par le médecin rééducateur à la tête d’une équipe comprenant kinésithérapeute, ergothérapeute, orthésiste, est fondamentale.

La déviation ulnaire des doigts longs par atteinte des MCP est longtemps accessible au traitement conservateur, sauf en présence d’une désaxation du poignet en inclinaison radiale ; celle-ci doit alors faire l’objet d’un geste correcteur préalable.

Dans les PR anciennes associant déviation ulnaire et raideur des IPP, l’adaptation fonctionnelle est parfois surprenante et modère d’autant les indications opératoires.

Les déformations des IPP (« col de cygne » et « boutonnière ») passent par une phase de réductibilité corrigible par orthèse ou par un geste opératoire de rééquilibration tendineuse.

Les déformations en « col de cygne » sont particulièrement mal tolérées, car elles suppriment la possibilité d’enroulement du doigt, le rendant très peu fonctionnel ; l’indication opératoire est donc fréquente, même si l’objectif modeste est de permettre au doigt de se fermer sur une prise.

Enfin, le rôle fonctionnel du pouce étant majeur, les indications sont fréquentes.

La déformation en « Z », dont le siège initial est la MCP, est un exemple de chirurgie « gagnante » de la PR.

* Membre pelvien :

À la hanche, la seule alternative opératoire est l’arthroplastie totale.

Face à une coxite rhumatoïde, l’équipe médicochirurgicale pose cette indication devant une diminution des capacités fonctionnelles avec disparition de l’interligne.

L’âge du patient doit faire clairement évoquer avec lui la longévité des implants.

Lorsque la coxite est la seule atteinte rhumatoïde ou que les autres articulations ont déjà fait l’objet d’un geste opératoire, l’indication d’arthroplastie ne prête pas à discussion.

Dans le cas contraire, une hiérarchisation des actes opératoires s’impose et tient compte de l’ensemble des atteintes rhumatoïdes aux deux membres.

Les choix techniques sont plus liés aux options personnelles de l’opérateur.

L’évaluation de la trophicité osseuse devrait permettre de se baser sur des critères objectifs pour choisir entre implants cimentés ou à surface réhabitable.

Au genou, synovectomie et prothèse ne sont pas concurrentes mais proposées à des étapes évolutives différentes.

Il reste quelques indications de synovectomie chirurgicale en présence d’une synovite hypertrophique sans altération radiologique et macroscopique du cartilage.

L’arthroplastie est indiquée dès qu’un ou plusieurs interlignes sont détruits et qu’apparaissent un flessum et une déviation frontale.

La même problématique quant à la longévité se pose pour les prothèses de genou.

Schématiquement, il existe deux tableaux cliniques : perte du capital cartilagineux mais genou axé, mobile et hyperalgique, ou dévié frontalement et laxe.

Au premier, une arthroplastie totale est proposée avec des implants classiques éventuellement conservant le ligament croisé postérieur ; pour le deuxième, il est à prévoir des implants plus contraints, le plus souvent postérostabilisés et comportant des extensions diaphysaires et/ou métaphysaires métalliques assurant une stabilité primaire maximale.

De manière exceptionnelle, il reste quelques indications de correction angulaire frontale par ostéotomie suivant de strictes indications : PR « éteinte » ou parfaitement maîtrisée médicalement, persistance d’un capital cartilagineux suffisant, déviation frontale nette.

La chirurgie de la cheville n’est indiquée que pour une arthrite destructive douloureuse enraidissante.

Il est alors fondamental d’évaluer l’état des interlignes sous-talien, médiotarsien et l’axe global de l’arrière-pied.

L’importance respective de la tibiotalienne et de l’arrière-pied dans la genèse de la déviation frontale doit être appréciée.

Une déviation fixée en valgus ne peut en aucun cas être compensée dans la pose unique d’une arthroplastie ; c’est donc une contre-indication, du moins jusqu’à la correction première par arthrodèse sous-talienne et médiotarsienne de cette déviation.

L’arthrodèse de la cheville n’est indiquée que devant une déviation majeure tibiotalienne et talocalcanéenne.

Ces deux interlignes peuvent être fixés dans le même temps.

La PR demeure la meilleure indication actuelle des arthroplasties de cheville.

Les arguments sont multiples : protection du genou qui tend à compenser tout blocage tibiotalien, conservation d’une mobilité de l’arrière-pied car les autres interlignes ne peuvent assurer aucune compensation, demande fonctionnelle toute relative du patient rhumatisant.

L’arthrodèse talonaviculaire isolée apparaît comme un véritable geste préventif de la déformation valgisante tarsienne et de l’effondrement de l’arche médiale.

Ses indications sont strictes : arthrite évoluée, algique, nettement prédominante à cet interligne et sans déviation du tarse postérieur.

Les mérites de cette arthrodèse doivent être vantés aux rhumatologues et son intérêt « préventif » souligné auprès des patients.

Une arthrite algique sous-talienne et médiotarsienne répond à une arthrodèse simultanée de chacun de ses interlignes. Toute déviation valgisante doit être corrigée au cours de ce geste : il y va du devenir de l’interligne tibiotalien et de l’aggravation ou de la pérennisation des déformations de l’avant-pied.

À l’avant-pied, l’apparition d’une destruction de la MTP de l’hallux, de griffes fixées et de luxation des MTP des orteils fait poser l’indication opératoire.

Le geste complet et univoque intéresse l’ensemble des articulations MTP (arthrodèse de l’hallux, arthroplasties modelantes des rayons latéraux).

Pages: Page 1 | Page 2 | Page unique

loading...
«
»


Administrateur et rédacteur en chef du site Medix

Partagez ce post

Articles apparentés

·