Chirurgie de la polyarthrite rhumatoïde (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
B - MEMBRE PELVIEN
:
Au membre inférieur, la fréquence des arthrites algiques
rhumatoïdes augmente de proximal en distal, avec 20 % d’atteinte coxofémorale, 55 % d’atteinte fémoro-tibio-patellaire et 90 %
d’atteinte du pied.
1- Coxite rhumatoïde
:
L’apparition d’une coxite algique et enraidissante est une étape
évolutive majeure dans la PR car la bilatéralité lésionnelle et
l’inefficacité relative des traitements conservateurs vont rapidement
rendre difficile la marche, et ce d’autant qu’existe des lésions
distales.
En effet, la coxite est rarement inaugurale et suit les
atteintes rhumatoïdes des orteils et de l’avant-pied. Sa
symptomatologie est dominée par la douleur.
La raideur et/ou les
atteintes vicieuses n’ont pas de spécificité.
Les prothèses totales de
hanche (PTH) apportent une solution fiable et durable.
* Caractéristiques anatomiques
:
Les perturbations du métabolisme osseux ne sont pas spécifiques à
la hanche, mais c’est là qu’elles ont le plus de conséquences
biomécaniques et anatomiques.
L’accélération du mécanisme de résorption-formation touche le spongieux métaphysoépiphysaire et
les corticales.
Il en découle un amincissement des corticales
proximales et une ostéoporose trochantérienne et acétabulaire.
La
tendance à la protrusion acétabulaire est spécifique du modelé
dégénératif de la coxite rhumatoïde.
L’arrière-fond acétabulaire reste
complet mais convexe dans le petit bassin ; la tête se déforme en
parallèle, impliquant une quasi-ankylose articulaire qui rend difficile
la luxation coxofémorale lors de l’arthroplastie.
En dehors de la PR
juvénile, la protrusion acétabulaire majeure est actuellement rare,
du fait d’une chirurgie plus précoce.
La radiographie
conventionnelle est suffisante pour poser l’indication opératoire
lorsque apparaît un pincement de l’interligne.
* Mesures préopératoires :
L’éradication des foyers infectieux fait partie des mesures
préopératoires incontournables avant toute arthroplastie.
Dans le
cadre de la PR, les lésions ulcératives distales dues aux déformations
des pieds doivent faire l’objet de soins préalables rigoureux.
Le
contrôle et le remplacement des pertes sanguines sont sous la
responsabilité de l’équipe d’anesthésistes.
Un taux d’hémoglobine
de 10 g paraît suffisant pour éviter une transfusion, d’autant que
le recueil peropératoire du sang dans les flacons de drainage peut
compenser une partie de ces pertes.
Cependant, l’anémie est
fréquente dans la PR, imposant des mesures préventives
préopératoires (thérapeutique ferrique, stimulation de
l’érythropoïèse) ou peropératoires par agent médicamenteux
diminuant le saignement.
Greene a souligné l’importance de l’état
nutritionnel préopératoire : tout déficit est facteur de complications
cicatricielles et donc infectieuses.
Le risque septique d’une arthroplastie n’apparaît pas différent après coxite rhumatoïde : dans la série de Schmalzried portant sur plus
de 3 000 prothèses, le taux d’infection est de 0,7 % dans l’arthrose et
de 1,3 % dans la PR.
Ces chiffres se sont améliorés, du moins pour
les infections périopératoires, depuis l’optimisation des conditions
d’asepsie (salle opératoire spécifique, antibioprophylaxie).
Le risque
d’infection tardive est moins maîtrisé chez des patients
immunodéprimés présentant de fréquentes portes d’entrée cutanées.
* Spécificités techniques :
Les arthroplasties de la coxite rhumatoïde posent des problèmes
techniques spécifiques.
En chirurgie de première intention, la voie
d’abord de la coxofémorale est un choix personnel de l’opérateur :
postérieure avec myotomie des pelvitrochantériens ou voie
antéroexterne avec myotomie partielle des fessiers (Hardinge ou
variantes).
En cas d’ankylose serrée, de protrusion acétabulaire et
d’ostéoporose fragilisante, il est plus sûr de réaliser la cervicotomie
tête en place puis d’extraire celle-ci afin d’éviter toute fracture
trochantérienne ou diaphysaire.
Le rétablissement d’un centre
rotatoire coxofémoral en situation anatomique est obligatoire en cas
de protrusion acétabulaire, tant pour obtenir un résultat clinique
satisfaisant que pour la longévité prothétique.
La tête fémorale
fragmentée en copeaux spongieux sert d’autogreffe de comblement
de l’arrière-fond cotyloïdien.
Le débat sur le type d’implant reste ouvert.
Les arthroplasties
cimentées type Charnley ont été les premières implantées.
Le taux
de survie des arthroplasties cimentées se situe entre 77 et 79 % à
10 ans.
Ces chiffres sont probablement pessimistes car ne
tiennent pas compte des améliorations techniques du scellement.
Plus récemment, les prothèses non cimentées dites de
deuxième génération ont été proposées dans la coxite rhumatoïde.
Pour l’acétabulum, les cotyles hémisphériques métalliques impactés
et vissés ont acquis, dans la chirurgie de première intention, leurs
lettres de noblesse.
Dans la PR, la rigidité du cotyle métallique au
sein de l’ostéoporose régionale, la perturbation par la thérapeutique
anti-inflammatoire de l’ostéogenèse nécessaire à la colonisation
secondaire des implants semblent à première vue autant d’obstacles
à l’utilisation du sans ciment.
Cependant, les résultats
cliniques et radiologiques d’implant sans ciment, certes à moyen
terme, sont encourageants, y compris pour les surfaces bioactives.
Cracchiolo souligne cependant la fréquence, avec
un recul de 2 à 6 ans, de liserés radiologiques périacétabulaires
(13 %) ou périfémoraux (53 %), mais n’ayant conduit à aucune
révision.
Lachiewicz confirme cette notion, constante à 4 ans de
recul sur 35 tiges sans ciment, 10 % d’entre elles entourées d’un
liseré continu.
Dans la série plus modeste de Loehr, il a été mis
en évidence cinq migrations millimétriques sur 22 cotyles sans
ciment et de trois tiges, toutes asymptomatiques.
Ainsi, dans la coxite rhumatoïde, l’implant acétabulaire se caractérise par un taux
relativement élevé de complications mécaniques, en tout cas à un
niveau supérieur à celui des coxarthroses.
Les cupules
sphériques impactées semblent offrir une alternative prometteuse
plus risquée pour les tiges non cimentées.
Ceci justifie l’option
d’implant hybride cimenté en fémoral, impacté et vissé dans
l’acétabulum.
2- Genou rhumatoïde :
L’atteinte rhumatoïde du genou est fréquente (75 %), rarement
inaugurale, et se distingue de la coxite rhumatoïde par une longue
phase de synovite accessible à un traitement médical ou chirurgical
conservateur.
La bilatéralité est habituelle, de même que la
simultanéité coxofémorale.
* Caractéristiques anatomiques du genou rhumatoïde
:
La synovite hypertrophique est responsable de la douleur, d’une
limitation de la mobilité et d’épanchements récidivants.
Elle précède
la phase d’altération cartilagineuse irréversible.
La disparition des
surfaces articulaires intéresse les divers compartiments du genou,
mais parfois de manière asymétrique.
La prédominance latérale des
lésions rend compte de la tendance au valgus.
Cette même asymétrie
lésionnelle se retrouve pour l’os spongieux métaphysoépiphysaire.
Ainsi, dans les formes évoluées et négligées, le genou rhumatoïde
associe valgus et flessum irréductibles secondaires aux lésions
ostéoarticulaires mais aussi ligamentaires comportant distensions et
ruptures dans la convexité et rétraction dans la concavité de la
déviation frontale.
Un simple cliché face-profil en charge permet de
reconnaître les étapes évolutives du genou rhumatoïde.
* Chirurgie du genou rhumatoïde :
La synovectomie chirurgicale est moins pratiquée depuis
l’avènement des synoviorthèses chimiques ou isotopiques.
La
technique opératoire est menée par une incision unique pararotulienne médiane ou deux incisions parallèles
pararotuliennes.
La synovite est excisée « en bloc » dans le cul-desac
quadricipital et les joues latérales condyliennes.
En flexion du
genou, rotule luxée, la synovectomie est complétée au contact du
tissu adipeux rétrotendineux et dans l’échancrure autour du pivot
central.
L’analgésie par cathéter fémoral permet une mobilisation
postopératoire immédiate.
Certains ont proposé une option arthroscopique pour réaliser ce geste, avec un résultat clinique
tout autant appréciable.
La présence d’un kyste poplité volumineux,
en fait expansion diverticulaire postérieure de la synovite
rhumatoïde, fait l’objet d’un geste spécifique d’exérèse, concomitant
ou indépendant.
Son abord nécessite une voie postérieure en
décubitus ventral, avec dissection des éléments vasculonerveux du
creux poplité.
L’arthroplastie dans le genou rhumatoïde intéresse les trois
compartiments articulaires.
Dans ce contexte, plusieurs points
restent à discuter.
La gestion des pertes sanguines et les techniques
de substitution par transfusion ont été évoquées pour les
arthroplasties de hanche.
Dans les atteintes bilatérales, la réalisation
simultanée des deux arthroplasties du genou a été proposée sous
réserve d’une stimulation médicamenteuse préopératoire de
l’érythropoïèse et d’un recueil-réinjection des pertes sanguines.
Cet auteur ne signale pas un taux plus élevé de complications, en
particulier d’embolies graisseuses ou de thrombophlébites.
L’abord médial ou latéral est lié à l’importance de la déformation
frontale préopératoire et à la rétraction des parties molles.
Une
déformation fixée en valgus-rotation externe impose un abord de
type Keblish qui ne se limite pas à une incision latérale mais
comporte l’allongement du fascia lata, la préservation du ligament
adipeux pour assurer la fermeture de l’arthrotomie, la désinsertion
du ligament collatéral latéral et du point d’angle.
Le danger
demeure une libéralisation trop extensive, source de laxité frontale.
Miyasaka recommande de conserver au moins un des éléments
stabilisateurs latéraux ou, en cas d’importante laxité, d’utiliser une
prothèse contrainte.
La conservation ou le sacrifice du ligament
croisé postérieur sont certes liés au choix de l’opérateur, mais aussi
aux conditions précédemment décrites.
En l’absence de
déformation majeure, l’attitude vis-à-vis du pivot central est
discutée. Laskin signale la possibilité de rupture secondaire, car le ligament est lui-même constamment porteur de lésions au moins
histologiques.
Aglietti et Schai, avec un recul minimal de
10 ans, ne signalent pas ce type de complication dans le cadre de la
PR, mais ils insistent sur la rigueur de l’équilibre ligamentaire
peropératoire.
Outre une meilleure proprioceptivité et un
mouvement intraprothétique plus proche de la physiologie, la
conservation du ligament croisé postérieur diminuerait les
contraintes sur les interfaces os-implants.
Le type de fixation de la
prothèse avec ou sans ciment est discuté.
Certains ont insisté sur la
fréquence des liserés radiologiques à l’interface direct os-implant
tibial à moyen terme ; d’autres soulignent la stabilité clinique des
implants sans ciment.
L’étude rétrospective menée par Rand,
portant sur près de 3 000 prothèses dans le genou de rhumatoïde,
n’identifie pas le type de fixation des implants comme facteur
péjoratif.
De même, Nilson, utilisant une méthode radiologique
précise, ne met pas en évidence de différence significative entre
fixation avec ou sans ciment.
La présence d’un tassement du massif
spongieux épiphysaire tibial ou de volumineux kystes
intraspongieux impose en revanche une autogreffe protégée par un
plateau comportant une quille médiane métaphysaire ou une tige
centromédullaire.
Enfin, l’utilisation d’un implant de resurfaçage
patellaire n’est pas systématique pour certains.
Dans un avenir
proche, le pilotage informatisé des coupes osseuses et de la position
des implants doit permettre un contrôle encore plus rigoureux de la
pose de l’arthroplastie, tant pour sa situation spatiale que pour la
tension ligamentaire.
3- Atteintes rhumatoïdes du pied
:
* Généralités :
Les atteintes rhumatoïdes du pied sont fréquentes, souvent
inaugurales et polymorphes.
Outre leur caractère algique et
destructeur, elles aboutissent à des déformations fixées
s’autoaggravant, dans la genèse desquelles participent les
contraintes mécaniques, le retentissement réciproque avant-arrièrepied,
mais aussi la morphologie globale du pied.
* Gestes opératoires :
+ Avant-pied
:
L’atteinte de l’avant-pied est quasi constante dans la PR.
L’arthrite
est diffuse à l’ensemble des métatarsophalangienne (MTP), d’abord
inflammatoire puis destructrice, entraînant des déformations
progressives axiales rapidement irréductibles.
La MTP du gros orteil
présente une déviation en valgus avec pronation distale ; la
déformation en varus est plus exceptionnelle.
Les MTP des orteils
évoluent vers une luxation dorsale irréductible et une griffe fixée
axée ou en clinodactyle.
Il s’ensuit de multiples conflits cutanés au
niveau de la face latérale de la MTP du gros orteil et les faces
dorsales des IPP des orteils, sources de difficulté de chaussage mais
aussi d’ulcérations susceptibles de s’infecter.
De plus, les métatarsalgies sont au premier plan, par insuffisance du premier
rayon, griffes des orteils et surtout saillie des têtes métatarsiennes,
d’autant qu’existe une modification du capiton plantaire cutané.
En
effet, la luxation dorsale des orteils tend à translater vers l’avant la
zone la plus épaisse du capiton, ne laissant au niveau des têtes
luxées métatarsiennes qu’une peau fine, risquant de s’ulcérer et
ayant peu d’effet protecteur.
La chirurgie de l’avant-pied rhumatoïde répond à une technique
univoque : l’ensemble des orteils doivent être opérés par
l’association arthrodèse MTP de l’hallux et arthroplastie modelante
des MTP latérales.
La première MTP définitivement fixée
offre en effet la meilleure garantie pour s’opposer à la récidive du
valgus, mais aussi à la déviation des autres orteils.
Les implants en
silicone ont été proposés pour conserver la mobilité MTP, mais ont
été progressivement abandonnés en raison de complications
mécaniques, de ruptures et/ou de récidives du valgus.
Quelques
auteurs leur sont restés fidèles.
Les prothèses totales de MTP ont
une très faible diffusion en raison de leur coût et de leur mise au
point récente. Barouk a proposé une prothèse métallique
provisoire d’interposition.
La fixation de la première MTP est systématique, même si les lésions
articulaires paraissent discrètes par rapport à celles des orteils
voisins.
L’arthrodèse de la MTP de l’hallux permet au premier
rayon d’assurer sa fonction d’appui, stabilise définitivement
l’interligne et supprime un facteur de récidive de déviation fibulaire
des orteils.
Son réglage est précis : 15 à 20° de flexion dorsale, valgus
de 10°.
La fixation par vis proximodistale à partir de la face
inférieure du col, complétée par une broche antirotatoire, est une
technique fiable, tout autant qu’une miniplaque dorsale.
Le
niveau de la résection céphalique nécessaire au contact étroit métatarsophalangien se situe à l’aplomb de la résection de la
deuxième tête métatarsienne.
Ainsi, certains préconisent de débuter
par le temps de résection céphalique des orteils latéraux et de
terminer par l’arthrodèse.
Une fois la fusion acquise, le résultat sur
la douleur, et en particulier sur le conflit orteils-chaussure, est
excellent.
Le déroulement du pas se fait de manière correcte pour
une marche à cadence normale : l’impulsion ne s’effectue plus que
dans l’IP.
Celle-ci peut s’altérer avec l’évolution rhumatismale et/ou
la surcharge fonctionnelle.
Dans quelques cas, chez des patients dont
la PR est très peu évolutive, parfaitement maîtrisée par le traitement,
et sans atteinte cartilagineuse, l’hallux valgus peut être traité, selon
les techniques réservées aux formes statiques (ostéotomie
métatarsienne de valgisation, ostéotomie phalangienne…).
La résection arthroplastique des têtes métatarsiennes maintenues en
distraction par une broche axiale pendant 3 à 4 semaines aboutit à
une néoarticulation fonctionnelle et indolore.
L’orteil est axé, sans
flexion interphalangienne majeure et avec une mobilité
essentiellement passive des MTP.
Enfin et surtout, la saillie plantaire
des têtes métatarsiennes est supprimée.
La résection céphalique se
fait selon une progression inscrite sur une parabole médiolatérale et
doit intéresser l’ensemble des quatre rayons latéraux.
La voie
d’abord dorsale ou plantaire, ainsi que le trajet et le nombre des
incisions, restent discutés.
Pour notre part, ces gestes opératoires
sont réalisés par trois incisions longitudinales : la première au bord
médial du rayon permet d’arthrodéser la MTP du gros orteil par
vissage, tandis que les résections céphaliques sont menées par deux
abords commissuraux (deuxième et quatrième).
Le brochage pulpophalango-métatarsien en distraction reste le meilleur moyen d’éviter
l’échec technique de la résection qui est l’arthrodèse MTP
fonctionnellement gênante.
Barouk a proposé l’interposition
provisoire d’une cupule métallique solidaire de la broche axiale.
Le maintien pendant 2 à 3 jours des cathéters qui ont assuré
l’anesthésie locorégionale permet un bloc tronculaire d’une grande
efficacité analgésique.
Les soins postopératoires sont
particulièrement importants : physiothérapie antioedème, marche
avec chaussure en talus avec appui talonnier unique, appareillage
de rappel dynamique en flexion des orteils.
Après l’ablation des
broches, cette rééducation est intensifiée dans le but d’assouplir les
orteils latéraux.
Le chaussage est adapté, comportant une orthèse
avec capiton plantaire de confort et soutien médioplantaire interne.
+ Médiopied et arrière-pied :
L’arthrite rhumatoïde du médiopied et de l’arrière-pied est
fréquente, et de traduction schématique en trois tableaux : évolution
fusionnante globale spontanée sans déformation, atteinte
prédominante d’un seul interligne, déformation progressive globale
en valgus.
Seules les deux dernières atteintes font l’objet d’un geste
d’arthrodèse.
Une déformation valgisante sous-talienne modifie
considérablement l’appui plantaire, aggrave les déformations de
l’avant-pied et retentit sur l’interligne tibiotarsien.
Elle répond
à une arthrodèse médio- et sous-talienne de difficulté variable.
La
présence d’une déformation majeure impose un temps de réduction
avant de fixer les différents interlignes : le valgus-pronation de
l’arrière-pied est lié à une translation latérale de l’os naviculaire et
une subluxation médiale et plantaire du talus.
La déformation a
donc pour siège initial et principal l’interligne talonaviculaire.
Le
contrôle de ces interlignes impose deux abords : latéral pré- et sousmalléolaire
pour le sous-talien et le talocuboïdien médial pour le
talonaviculaire.
La réduction des déplacements et l’avivement
articulaires créent un espace interosseux qu’il faut combler par autogreffe iliaque ou locale.
Chaque interligne est fixé par une ou
deux agrafes. Les expériences rapportées font état d’un taux de
pseudarthroses, de réduction incomplète et de complications
cutanées non négligeable.
Ces notions soulignent l’intérêt d’une
chirurgie précoce, avant l’installation de déformations fixées, ou
d’un geste préventif.
Ainsi, l’arthrodèse talonaviculaire stabilise
efficacement le couple de torsion et bloque la tendance au pied plat
valgus.
Une ostéosynthèse stable par agrafe après un avivement
soigneux, une autogreffe spongieuse encastrée dans l’interligne et
une immobilisation de plusieurs semaines sont la clef du succès.
La
tolérance à long terme de cette arthrodèse est excellente.
Cependant,
toute fusion spontanée ou opératoire d’un interligne de l’arrièrepied
ou du médiopied surcharge fonctionnellement les articulations
de voisinage et doit tempérer cet optimisme.
+ Cheville
:
À la cheville, deux interventions sont proposées : l’arthrodèse ou
l’arthroplastie.
L’arthrodèse tibiotalienne dans le cadre de la PR pose
le problème de la position optimale de fusion et de la technique de
fixation.
Bresler recommande de bloquer le talus à 90° sous le
tibia, en très léger valgus et 10° de rotation externe.
Les techniques
d’ostéosynthèse sont multiples : vissage, plaque, matériel transplantaire.
Tous répondent à deux principes
incontournables : affrontement tibiotalien optimal, stabilité primaire
de la fixation d’ostéosynthèse.
Les complications apparaissent
fréquentes dans les séries de la littérature, tant les infections que les
pseudarthroses, dont le taux varie entre 20 et 40 %.
L’arthrodèse est réalisable sous arthroscopie avec distraction
provisoire de l’interligne, avivement à la fraise motorisée, puis
ostéosynthèse par vis placées sous contrôle scopique.
Les
premiers résultats des arthrodèses arthroscopiques sont
encourageants, les avantages étant des suites opératoires simplifiées
et l’absence de complication locale tout en gardant la fiabilité des
techniques classiques.
Cependant, l’arthrodèse sous arthroscopie ne
peut être envisagée en cas de déformation majeure, difficilement
corrigible sans libération extensive.
Une fois la fusion acquise, le
résultat sur la douleur est excellent, mais les performances de la
marche ne sont pas améliorées et la plupart des patients nécessitent
orthèse ou chaussure orthopédique.
Le retentissement à long
terme sur l’articulation sous-talienne et médiotarsienne, dont la
surcharge mécanique est accrue, se vérifie dans le cadre de la PR.
De même, l’arthrodèse tibiotalienne retentit sur le genou en
modifiant la marche.
C’est dire que son indication doit tenir compte
de l’état articulaire présent des articulations sus- et sous-jacentes
dans ce contexte rhumatologique, et ce d’autant que son caractère
définitif est évident.
Issues des expériences malheureuses anciennes, les
prothèses actuelles de cheville dites de troisième génération sont
à trois composants et possèdent une double articulation : glissement
antéropostérieur entre implant métallique tibial et polyéthylène, et
mouvement de bascule sagittal entre polyéthylène et dôme
métallique talien cylindrique.
Le type de fixation, avec ou sans
ciment, les éléments de stabilité primaire des implants tibial et talien,
le dessin et la congruence de l’interface polyéthylène-prothèse
talienne, l’arthrodèse associée de la tibiofibulaire, font la différence
entre les différents implants.
Les résultats à court et moyen
termes affichent une fiabilité certaine : Kofoed fait état d’un taux
de survie de 75 % à 14 ans.
L’indolence est obtenue dans la majorité
des cas ; la mobilité active tibiotalienne réelle, évaluée
radiologiquement, est de l’ordre d’une vingtaine de degrés, mais
située dans un secteur fonctionnel, même si certains problèmes
biomécaniques et techniques restent incomplètement résolus
(ancrage prothétique, tension ligamentaire).
C - RACHIS :
Les atteintes rhumatoïdes du rachis dorsal et lombaire sont rares
(moins de 5 %) et ne semblent pas poser de problèmes
thérapeutiques majeurs.
L’atteinte rhumatoïde du rachis cervical
est au contraire très répandue, venant au deuxième rang après celle
des MCP, avec une prévalence pouvant atteindre 80 %.
Cette
fréquence tient à l’abondance du tissu synovial, à la variété et au
nombre des mouvements, à l’importance des contraintes mécaniques
du rachis cervical.
Les atteintes cervicales sont exceptionnellement
inaugurales.
Elles compliquent la maladie après quelques années,
surtout dans les formes érosives sévères, et progressent
parallèlement aux atteintes des membres.
Toutefois, elles
restent longtemps méconnues, qu’elles soient asymptomatiques ou
masquées par les localisations périphériques de la maladie.
Une fois
sur deux, elles sont d’ailleurs de découverte radiologique.
Lorsqu’elles s’expriment cliniquement, c’est surtout par des
douleurs locales ou irradiées.
Les complications neurologiques
centrales, médullaires ou bulbomédullaires sont beaucoup plus rares
(1 %) mais très graves, avec risque de mort subite, justifiant un
dépistage clinique et radiologique systématique.
1- Physiopathologie
:
Les lésions du rachis cervical supérieur sont les plus fréquentes
(trois fois sur quatre) et les plus graves.
Elles se décomposent en
cinq variétés, plus ou moins associées.
– La luxation atloïdoaxoïdienne antérieure (40 à 75 % des cas) se définit
par un écart de plus de 3 mm, en position neutre, entre l’arc
antérieur de l’atlas et l’odontoïde.
Elle est due à la destruction du
ligament transverse par la prolifération synoviale de la bourse
séreuse périodontoïdienne.
Ce pannus est en outre érosif pour
l’odontoïde qui peut s’amincir, voire se fracturer.
Le volume du
pannus a un effet compressif direct sur la jonction bulbomédullaire.
Au début, la compression est intermittente, dynamique, se
produisant ou s’aggravant en flexion, se réduisant en extension.
À
la longue, le déplacement s’aggrave et peut même se fixer, la
compression devenant permanente.
Ce processus fait également
subir un étirement aux artères vertébrales.
D’une manière générale,
il n’y a pas de parallélisme franc entre le décalage intervertébral et
les lésions neurologiques.
– La luxation atloïdoaxoïdienne verticale, ou ascendante, ou
« impression basilaire » est présente dans 20 à 30 % des cas.
Elle
aboutit à l’ascension de l’odontoïde dans le trou occipital.
Le
mécanisme est celui d’une érosion-lyse des masses latérales de l’atlas
par synovite des articulations occcipitoatloïdiennes et
atloïdoaxoïdiennes, les condyles occipitaux et les massifs articulaires
supérieurs de l’axis pouvant être également touchés.
Au maximum
peut se produire une fracture-séparation des arcs antérieur et
postérieur de l’atlas, accentuant le rapprochement du crâne et de
l’axis.
Ce type de luxation est le plus grave car l’odontoïde soulève
la face antérieure de la jonction bulbomédullaire, en même temps
que le segment intradural des deux artères vertébrales.
Elle peut
s’associer à une luxation antérieure qu’elle risque de masquer
radiologiquement, l’arc antérieur de C1 ayant tendance à se diriger
vers le bas mais aussi en arrière, venant au contact du corps de
l’axis.
– La luxation atloïdoaxoïdienne latérale représente 10 à 20 % des
cas : c’est la conséquence d’une lésion articulaire atloïdoaxoïdienne
unilatérale compatible avec l’intégrité du ligament
transverse.
Au maximum, la masse latérale vient au contact de
l’odontoïde.
Ses complications neurologiques sont rares mais elle
peut entraîner un torticolis irréductible.
– La luxation atloïdoaxoïdienne rotatoire a une fréquence propre
difficile à apprécier car elle est souvent associée à une luxation
latérale.
Elle suppose un mécanisme double, atteinte d’une
articulation atloïdoaxoïdienne latérale et lésion du ligament
transverse. Les complications neurologiques sont rares.
La luxation atloïdoaxoïdienne postérieure est rare (2 à 7 %) et succède à un
amincissement ou à une fracture de l’odontoïde, plus rarement à
une destruction de l’arc antérieur de l’atlas.
– Les lésions du rachis cervical inférieur (environ 25 %) résultent
d’une synovite érosive articulaire postérieure.
Celle-ci se traduit par
une subluxation puis, à partir de 5 mm, un antélisthésis le plus
souvent étagé (luxation axiale), donnant au rachis un profil caractéristique en « marches d’escalier ».
Les étages le plus souvent
touchés sont C4-C5 et C3-C4. Radiologiquement, l’aspect n’est pas
très différent de celui des lésions dégénératives de l’arthrose, ces
dernières étant moins érosives.
Ces décalages, sensibles aux
épreuves dynamiques, n’entraînent que rarement des complications
neurologiques médullaires ou même radiculaires.
2- Signes cliniques et radiologiques
:
Les luxations atloïdoaxoïdiennes se traduisent par des douleurs
cervicales ou irradiées, plus rarement par des signes neurologiques
objectifs.
Les cervicalgies sont plutôt hautes, de déterminisme
volontiers mécanique, aggravées notamment par les mouvements
rotatoires.
Elles s’accompagnent dans deux tiers des cas d’une
limitation des mouvements du cou.
Les troubles statiques, les
torticolis sont plus rares, qu’ils soient dus à des contractures
antalgiques ou à l’importance du décalage intervertébral.
Ces
douleurs cervicales ont parfois des irradiations antérieures
atypiques, vers les régions frontales, orbitaires, temporales.
Beaucoup plus caractéristique est la névralgie d’Arnold, uni- ou
bilatérale, par souffrance de la branche postérieure de C2 à l’arrière
de l’articulation atloïdoaxoïdienne.
Les complications neurologiques sont dominées par le risque d’une
compression médullaire cervicale haute, en principe progressive.
L’atteinte motrice se révèle plutôt aux membres supérieurs, par une
parésie, et peut aboutir à une tétraplégie complète.
Cette
symptomatologie déficitaire est difficile à apprécier au début, quand
elle se surajoute à l’impotence motrice d’origine articulaire et
musculaire ancienne.
De surcroît, l’hyperréflexie du syndrome
pyramidal peut être masquée par une neuropathie périphérique.
L’atteinte médullaire est parfois responsable des paresthésies
diffuses et distales, dominant aux membres thoraciques, que l’on
risque de rapporter à un syndrome du canal carpien.
Plus rare, le
signe de Lhermitte a l’avantage d’attirer nettement l’attention sur la
moelle cervicale.
Les atteintes du bulbe et/ou des derniers nerfs
crâniens sont possibles dans les formes évoluées.
Elles sont à
l’origine de névralgies trigéminales, de troubles de la phonation et
de la déglutition.
Ce sont elles qui font courir à ces patients le risque
de mort subite, parfois provoquée par un traumatisme minime, voire
une intubation.
Il est possible qu’au facteur purement mécanique de
la compression bulbaire s’ajoute un facteur ischémique lié aux
contraintes subies par les artères vertébrales.
Les luxations subaxiales du rachis cervical inférieur ont une expression clinique
peu spécifique, qu’il s’agisse de cervicalgies, de névralgies
cervicobrachiales, de signes de souffrance médullaire.
Le diagnostic
précoce se heurte aux mêmes difficultés que dans le cas des atteintes craniorachidiennes.
Les atteintes rachidiennes de la PR s’aggravent
radiologiquement dans 80 % des cas et cliniquement dans une
moindre proportion, environ un cas sur deux.
En fait, seules les PR
avec complications médullaires ont une réelle gravité, conditionnant
nettement le pronostic vital dans les 5 à 6 années qui suivent leur
découverte.
L’examen radiographique standard (face, face bouche
ouverte, clichés de profil en conditions dynamiques) reste
indispensable pour évaluer les anomalies statiques (niveau et degré
des luxations, perte de la lordose), mais surtout l’influence de
l’hyperflexion et de l’hyperextension sur les listhésis.
L’examen
tomodensitométrique (TDM) n’a qu’une place modeste.
Il montre
nettement les contours osseux grâce à l’usage des fenêtres osseuses
et peut aider à mieux comprendre les déplacements à l’aide des
reconstructions sagittales, coronales, voire 3D.
C’est en fait l’examen
d’imagerie par résonance magnétique (IRM) qui complète le mieux
la radiographie conventionnelle : il visualise à la fois la partie basse
de la fosse postérieure et la totalité du canal cervical, détaillant les
rapports vertébromédullaires, révélant l’ampleur du pannus
synovial, montrant les déformations de la moelle et la myélomalacie,
et visualisant le système vertébrobasilaire.
2- Technique opératoire
:
Seules sont évoquées les techniques opératoires destinées au rachis
cervical.
En cas de luxation atloïdoaxoïdienne antéropostérieure réductible,
l’abord postérieur suffit le plus souvent pour réduire et stabiliser.
Cette stabilisation comporte toujours une ostéosynthèse. Idéalement,
on favorise l’arthrodèse par la pose de greffons interlamaires.
Il
n’empêche que le taux de pseudarthrose reste élevé.
La longueur
du montage est discutée.
Le montage court, limité au couple C1-C2,
utilise des vis transarticulaires ou des crochets interlamaires.
Il est
bien toléré, n’aggrave pas la limitation des mouvements du cou, ne
semble pas favoriser une déstabilisation secondaire des étages sousjacents.
Il peut se révéler fragile, surtout si l’arthrodèse échoue.
Il ne prévient pas totalement le risque évolutif d’une luxation
verticale associée.
C’est pourquoi certains préfèrent de principe
une fixation occipitocervicale, immobilisant plus solidement la
charnière craniorachidienne mais risquant d’anéantir la faible
mobilité résiduelle du patient.
La prise supérieure
de ce montage se fait sur l’écaille occipitale par des vis ou des
crochets.
Le prise inférieure se fait sur le rachis cervical moyen par
des crochets prenant les lames en tenaille.
Le site de cette prise doit
être soigneusement discuté en fonction d’éventuelles lésions
associées au rachis cervical moyen et inférieur et du risque de
déstabilisation du segment sous-jacent à l’ostéosynthèse.
En cas de luxation antéropostérieure peu ou pas réductible, certains
proposent l’exérèse par voie antérieure endobuccale de l’apophyse
odontoïde et du pannus, geste purement décompressif et forcément
couplé à une fixation postérieure.
La lourdeur de ce double
abord conduit souvent à préférer la seule voie postérieure qui peut
comporter une phase décompressive avec la résection de l’arc
postérieur de l’atlas, voire l’agrandissement du bord postérieur du
trou occipital.
Mais le temps de fixation (obligatoirement craniorachidienne s’il y a eu résection de l’arc postérieur de l’atlas)
reste essentiel, car il supprime l’éventuel reliquat d’instabilité et
permet parfois la régression spontanée du pannus, donc une
décompression complémentaire différée.
La luxation verticale, qu’elle soit isolée ou associée à d’autres
déplacements, impose une fixation occipitocervicale.
Le reproche fait
à cette technique de supprimer tous les mouvements du cou est
relativisé par la faible, voire nulle, mobilité préopératoire des
patients.
Les rares luxations atloïdoaxoïdiennes latérales et/ou rotatoires se
prêtent plus volontiers à l’ostéosynthèse occipitocervicale.
Les luxations subaxiales du rachis cervical inférieur, souvent plus
réductibles, peuvent être abordées par voie antérieure ou
postérieure, en traction du membre des étages atteints et de la
prédominance antérieure ou postérieure de la compression.
La
technique ne diffère pas de celle de la chirurgie des lésions
arthrosiques : arthrodèse intersomatique et plaque vissée par voie
antérieure, plaques vissées dans les massifs articulaires par voie
postérieure.
D - STRATÉGIE ET INDICATIONS OPÉRATOIRES
:
Les indications opératoires sont posées en symbiose avec le
rhumatologue.
Pour lui, l’évolutivité locale de la maladie, marquée
par la persistance du pannus ou l’apparition d’une perte du capital
cartilagineux, devient une indication opératoire potentielle ou tout
du moins impose un avis chirurgical.
1- Indications opératoires par articulation
:
* Membre thoracique
:
Les indications opératoires à l’épaule sont étroitement liées à la
localisation précise du pannus rhumatoïde, aux destructions ostéocartilagineuses, à l’état fonctionnel de la coiffe des rotateurs.
Malgré ces lésions, la tolérance fonctionnelle est en général
longtemps bonne : le patient n’est réellement gêné que par la
douleur et surtout la perte de la flexion antérieure et des rotations,
ne permettant plus les gestes main-bouche ou main-fesse.
Les trois
types d’intervention ont des indications relativement bien codifiées
mais de fréquence très inégale. L’arthrodèse glénohumérale est d’indication exceptionnelle : lésion massive de la coiffe des rotateurs,
perte de la fonction du deltoïde, échec d’une arthroplastie.
De
même, il est rare de se trouver en présence d’une bursite isolée sousacromiodeltoïdienne
sans rupture de coiffe ni atteinte
glénohumérale, qui relève alors d’une bursectomie.
Ainsi,
l’arthroplastie est devenue le traitement opératoire de choix de
l’arthrite rhumatoïde glénohumérale.
Le remplacement prothétique
est indiqué chez les patients algiques à fonction limitée avec
destruction articulaire.
Le pincement de l’interligne glénohuméral
est le critère essentiel pour proposer l’arthroplastie.
La prothèse
totale d’épaule non contrainte est indiquée en cas de destruction
des deux versants articulaires, avec un stock osseux suffisant pour
autoriser une fixation correcte de l’implant glénoïdien et une coiffe
des rotateurs anatomiquement intacte (ou réparée).
Le remplacement
isolé de l’humérus est indiqué lorsqu’il existe une destruction
glénoïdienne compromettant toute fixation d’un implant, ou une
rupture irréparable de la coiffe des rotateurs entraînant une
ascension de la tête humérale : l’arthroplastie a, dans ce cas, un
objectif limité au seul retour de l’indolence.
L’arc fonctionnel du coude va de 30 à 130° de flexion, 50° de
pronation et 50° de supination, et permet de réaliser la plupart des
activités quotidiennes. Ceci explique une certaine tolérance des
lésions du coude rhumatoïde.
Au coude, la synovectomie ou
l’arthroplastie sont discutées en cas d’importantes douleurs et de
déficits majeurs de mobilité active.
Cependant, la particularité de
l’atteinte du coude vient de l’installation d’une laxité frontale à la
fois ligamentaire et ostéocartilagineuse.
Ainsi faut-il proposer
précocement une synovectomie avec résection céphalique radiale
lorsque les interlignes sont conservés, le coude stable, la synovite
abondante.
Les destructions articulaires avec laxité relèvent de
l’arthroplastie lorsque le retentissement clinique est important.
Au poignet, les indications opératoires doivent être fréquentes et
précoces.
Il est bien rare qu’un patient atteint d’une PR ne relève tôt
ou tard d’un geste chirurgical sur le poignet.
Une synovite dorsale
rebelle au traitement médical impose une synovectomie avec
stabilisation de la RUD. Ce geste technique (ou poignet dorsal)
marque un coup d’arrêt à l’évolution inflammatoire destructrice,
certes pour un temps limité, et prévient des ruptures tendineuses.
Les gestes d’arthrodèses sont réalisés après analyse radiologique en
privilégiant les fusions partielles.
L’arthrodèse radio-ulnaire n’est
proposée que lorsque l’interligne médiocarpien est conservé, et en
particulier le capitolunaire.
Les atteintes diffuses et les grandes désaxations carpiennes sont stabilisées par une arthrodèse
radiocarpienne.
À la main, la réductibilité des déformations et l’intégrité des surfaces
articulaires permettent de prolonger les mesures thérapeutiques non
opératoires basées sur la rééducation et le port d’orthèses.
Ici plus
qu’ailleurs, la prise en charge du patient par le médecin rééducateur
à la tête d’une équipe comprenant kinésithérapeute, ergothérapeute,
orthésiste, est fondamentale.
La déviation ulnaire des doigts longs
par atteinte des MCP est longtemps accessible au traitement
conservateur, sauf en présence d’une désaxation du poignet en
inclinaison radiale ; celle-ci doit alors faire l’objet d’un geste
correcteur préalable.
Dans les PR anciennes associant déviation
ulnaire et raideur des IPP, l’adaptation fonctionnelle est parfois
surprenante et modère d’autant les indications opératoires.
Les
déformations des IPP (« col de cygne » et « boutonnière ») passent
par une phase de réductibilité corrigible par orthèse ou par un geste
opératoire de rééquilibration tendineuse.
Les déformations en « col
de cygne » sont particulièrement mal tolérées, car elles suppriment
la possibilité d’enroulement du doigt, le rendant très peu
fonctionnel ; l’indication opératoire est donc fréquente, même si
l’objectif modeste est de permettre au doigt de se fermer sur une
prise.
Enfin, le rôle fonctionnel du pouce étant majeur, les
indications sont fréquentes.
La déformation en « Z », dont le siège
initial est la MCP, est un exemple de chirurgie « gagnante » de la
PR.
* Membre pelvien
:
À la hanche, la seule alternative opératoire est l’arthroplastie totale.
Face à une coxite rhumatoïde, l’équipe médicochirurgicale pose cette
indication devant une diminution des capacités fonctionnelles avec
disparition de l’interligne.
L’âge du patient doit faire clairement
évoquer avec lui la longévité des implants.
Lorsque la coxite est la
seule atteinte rhumatoïde ou que les autres articulations ont déjà
fait l’objet d’un geste opératoire, l’indication d’arthroplastie ne prête
pas à discussion.
Dans le cas contraire, une hiérarchisation des actes
opératoires s’impose et tient compte de l’ensemble des atteintes
rhumatoïdes aux deux membres.
Les choix techniques sont plus liés
aux options personnelles de l’opérateur.
L’évaluation de la trophicité
osseuse devrait permettre de se baser sur des critères objectifs pour
choisir entre implants cimentés ou à surface réhabitable.
Au genou, synovectomie et prothèse ne sont pas concurrentes mais
proposées à des étapes évolutives différentes.
Il reste quelques
indications de synovectomie chirurgicale en présence d’une synovite
hypertrophique sans altération radiologique et macroscopique du
cartilage.
L’arthroplastie est indiquée dès qu’un ou plusieurs
interlignes sont détruits et qu’apparaissent un flessum et une
déviation frontale.
La même problématique quant à la longévité se
pose pour les prothèses de genou.
Schématiquement, il existe deux
tableaux cliniques : perte du capital cartilagineux mais genou axé,
mobile et hyperalgique, ou dévié frontalement et laxe.
Au premier,
une arthroplastie totale est proposée avec des implants classiques
éventuellement conservant le ligament croisé postérieur ; pour le
deuxième, il est à prévoir des implants plus contraints, le plus
souvent postérostabilisés et comportant des extensions diaphysaires
et/ou métaphysaires métalliques assurant une stabilité primaire
maximale.
De manière exceptionnelle, il reste quelques indications de
correction angulaire frontale par ostéotomie suivant de strictes
indications : PR « éteinte » ou parfaitement maîtrisée médicalement,
persistance d’un capital cartilagineux suffisant, déviation frontale
nette.
La chirurgie de la cheville n’est indiquée que pour une arthrite
destructive douloureuse enraidissante.
Il est alors fondamental
d’évaluer l’état des interlignes sous-talien, médiotarsien et l’axe
global de l’arrière-pied.
L’importance respective de la tibiotalienne
et de l’arrière-pied dans la genèse de la déviation frontale doit être
appréciée.
Une déviation fixée en valgus ne peut en aucun cas être
compensée dans la pose unique d’une arthroplastie ; c’est donc une
contre-indication, du moins jusqu’à la correction première par
arthrodèse sous-talienne et médiotarsienne de cette déviation.
L’arthrodèse de la cheville n’est indiquée que devant une déviation
majeure tibiotalienne et talocalcanéenne.
Ces deux interlignes
peuvent être fixés dans le même temps.
La PR demeure la
meilleure indication actuelle des arthroplasties de cheville.
Les
arguments sont multiples : protection du genou qui tend à
compenser tout blocage tibiotalien, conservation d’une mobilité de
l’arrière-pied car les autres interlignes ne peuvent assurer aucune
compensation, demande fonctionnelle toute relative du patient
rhumatisant.
L’arthrodèse talonaviculaire isolée apparaît comme un véritable
geste préventif de la déformation valgisante tarsienne et de
l’effondrement de l’arche médiale.
Ses indications sont strictes :
arthrite évoluée, algique, nettement prédominante à cet interligne et
sans déviation du tarse postérieur.
Les mérites de cette arthrodèse
doivent être vantés aux rhumatologues et son intérêt « préventif »
souligné auprès des patients.
Une arthrite algique sous-talienne et médiotarsienne répond à une
arthrodèse simultanée de chacun de ses interlignes. Toute déviation
valgisante doit être corrigée au cours de ce geste : il y va du devenir
de l’interligne tibiotalien et de l’aggravation ou de la pérennisation
des déformations de l’avant-pied.
À l’avant-pied, l’apparition d’une destruction de la MTP de l’hallux,
de griffes fixées et de luxation des MTP des orteils fait poser
l’indication opératoire.
Le geste complet et univoque intéresse
l’ensemble des articulations MTP (arthrodèse de l’hallux, arthroplasties modelantes des rayons latéraux).
La présence d’une
forte déviation valgisante de l’arrière-pied impose de débuter par sa
correction avant d’opérer l’avant-pied.
Ainsi, l’intrication entre atteinte rhumatoïde de l’avant-pied et de
l’arrière-pied, ou la participation variable des divers interlignes aux
déformations aboutissent à des indications opératoires adaptées et
modulées en fonction de l’importance du geste et des suites
opératoires.
Plusieurs schémas peuvent être proposés : chirurgie
concomitante des deux avant-pieds en cas d’atteinte isolée sans
atteinte de l’arrière-pied, arthrodèse talonaviculaire et correction de
l’avant-pied unilatérales, arthrodèse du couple de torsion et
arthroplastie de cheville.
* Rachis cervical
:
Le traitement médical des atteintes rhumatoïdes du rachis cervical
comporte la prescription d’une minerve.
Cette mesure améliore
fréquemment les douleurs et limite les effets neuroagressifs de la
luxation, surtout quand cette dernière est instable.
En revanche, la
minerve est parfois mal supportée et elle n’empêche pas à coup sûr
une lente aggravation du déplacement.
Elle est systématiquement
placée lors des anesthésies pour intervention aux membres.
En présence de signes neurologiques médullaires ou bulbomédullaires, l’indication est formelle et portée le plus
précocement possible.
En effet, les tableaux neurologiques anciens
et sévères ne s’améliorent guère après la chirurgie ; on peut tout au
plus espérer leur stabilisation, d’où l’importance d’un dépistage
précoce, à la fois clinique, électrophysiologique (avec notamment
étude des potentiels évoqués somesthésiques [PES]) et IRM (prenant
particulièrement en compte l’existence d’une impression basilaire,
l’importance de la plicature de la moelle, la présence d’une petite
image myélomalacique).
Dans toutes ces circonstances, le
traitement chirurgical doit être décompressif et stabilisateur.
En cas
de douleurs sévères et rebelles, qu’elles soient cervicales pures et/ou
irradiées, le traitement chirurgical ne se discute guère.
Il use des
mêmes techniques qu’en cas de troubles neurologiques.
Devant une
forme asymptomatique mais d’aggravation radiologique lente, la
conduite à tenir est plus discutée.
La plupart des auteurs conseillent
de s’en tenir au port de la minerve, sous réserve d’une surveillance
clinique régulière. Certaines données paracliniques peuvent faire
anticiper la discussion chirurgicale, surtout l’instabilité de la lésion
et la présence d’une impression basilaire.
Les autres données
(altération des PES, apparition d’une image myélomalacique) n’ont
pas une valeur pronostique clairement établie.
2- Stratégie
:
La stratégie opératoire ne se pose que pour les PR présentant
plusieurs sites simultanément atteints.
Au membre pelvien, en cas d’indications opératoires portées sur les
trois sites, il est préférable de débuter par le pied, puis la hanche et
de terminer par le genou.
En effet, les lésions cutanées des orteils et
de la plante du pied sont autant de portes d’entrée septiques
potentielles qu’il y a lieu d’éradiquer avant toute arthroplastie.
Le
valgus calcanéen modifie d’autant l’axe mécanique du membre.
Le
rétablissement d’un axe fémorotibial, condition incontournable de
la longévité d’une arthroplastie du genou, impose d’avoir restitué le
centre de la coxofémorale, un axe diaphysaire fémoral anatomique
et un appui calcanéen normal.
Au membre thoracique, la chronologie de la chirurgie pour les trois
zones articulaires a moins d’importance.
Il est préférable de débuter
par les extrémités selon un ordre indifférent avant d’opérer le coude.
En revanche, à la main, il est impératif, en cas de gestes multiples,
de débuter par la stabilisation du carpe.
Lorsqu’il existe une atteinte des deux membres, il est judicieux
d’opérer en premier le membre thoracique pour permettre au patient
d’utiliser les cannes, indispensables à la période postopératoire de
toute chirurgie du membre pelvien.
Dans les atteintes diffuses aux
quatre membres, ces mêmes principes président, mais il est rare que
les lésions soient symétriques, ce qui pousse à débuter par les
articulations les plus détruites et symptomatiques.
Il faut insister sur l’importance de gestes opératoires à but préventif
d’une destruction ou d’une déformation articulaire importante.
Les
exemples sont nombreux : synovectomie sous-acromiodeltoïdienne,
ténosynovectomie dorsale et arthrodèse partielle du carpe,
synovectomie du genou, arthrodèse talonaviculaire.
Le médecin
généraliste et le rhumatologue doivent reconnaître le moment
opportun de tels gestes.
C’est lors du colloque médicochirurgical
que le chirurgien orthopédiste propose aux patients ces différents
gestes opératoires et le convainc en insistant sur le caractère
inéluctable des interventions dès que le cartilage est détruit.
Conclusion :
La PR est une affection grave altérant progressivement mais
inéluctablement les fonctions locomotrices.
En l’absence de traitement
étiologique, le traitement médical général et local, la rééducation, le port
d’orthèses ont pour but de freiner la destruction articulaire.
La
chirurgie, malgré les progrès techniques, repose sur les principes
d’ablation du tissu synovial pathologique et d’obtention de l’indolence
articulaire par arthrodèse ou arthroplastie.
Grâce à la création de
consultations multidisciplinaires, il est devenu plus rare d’avoir à
poser, chez un même patient, plusieurs indications opératoires
simultanées devant de nombreuses arthroplasties rhumatoïdes très
évoluées.
Le plus souvent, le patient atteint d’une PR est régulièrement
suivi, et les indications chirurgicales posées ponctuellement.
Chacun
des praticiens prenant en charge un patient porteur d’une PR doit
s’informer de l’évolution technique des autres spécialités pour les
intégrer dans un schéma thérapeutique cohérent et concerté.
En
particulier, le rhumatologue se doit de confier au chirurgien des patients
dont les déformations articulaires sont relativement discrètes. De
même, le chirurgien doit privilégier des gestes préventifs et
conservateurs.