Céphalées essentielles bénignes non migraineuses
Cours de Neurologie
Céphalées de tension
:
Les céphalées de tension (CT) représentent, avec la migraine, les
formes les plus fréquentes des céphalées essentielles bénignes.
Le
terme anglo-saxon tension type headache proposé par l’IHS fait
référence à la tension psychologique qui les sous-tend souvent et à
la tension des masses musculaires qui les accompagnent.
La classification de l’IHS distingue deux formes de
céphalées tensives, épisodiques (CTE) ou chroniques (CTC), avec et
sans facteurs musculaires pour chacune des deux formes,
ceci dans le but de stimuler la recherche dans ce domaine.
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
Dans les études anciennes, la prévalence des CT dans la population
générale aux États-Unis et en Europe occidentale est estimée entre
30 et 80 %.
En Afrique, elle est estimée à 42 % au Nigeria et à
10 % au Zimbabwe.
Dans la population immigrée de Jérusalem,
elle est de 65 % chez les hommes et de 66 % chez les femmes. Ces
variations sont liées à des critères de définition et des méthodologies
non homogènes.
Dans une étude danoise récente utilisant les
critères de l’IHS et portant sur 740 personnes (353 femmes,
387 hommes) représentatives de la population, âgées de 25 à 64 ans,
la prévalence globale des CT a été estimée à 74 %, avec 71 % pour
les formes épisodiques et 3 % pour les formes chroniques (plus de
180 jours/an).
Dans le groupe de patients avec CT, 59 % ont, au
maximum, un jour de CT par mois et 37 % ont plusieurs jours de
CT par mois.
Le nombre de jours moyen par mois de céphalées dans
les formes épisodiques est de 6 jours, avec des extrêmes de 2 à
12 jours, et la durée moyenne des céphalées est de 12 heures avec des extrêmes de 30 minutes à 72 heures.
Pour les formes
chroniques, le nombre de jours de céphalées par mois est compris
entre 15 et 20.
L’âge moyen des patients est plus élevé pour la CTC que pour la CTE.
Comme pour la migraine, la prévalence
des CT diminue avec l’âge.
Dans les différentes études, la femme semble légèrement plus
touchée par les CT que l’homme, avec une prévalence comprise
entre 16 à 88 % pour la femme et 9 à 69% pour l’homme.
Dans les
formes chroniques, elle est respectivement de 5 et 2 %.
L’association CT et migraine est très fréquente, et l’on parle alors de
céphalées mixtes.
Dans ce groupe, l’intensité et la fréquence des CT
sont plus élevées que dans celui des CT isolées ; c’est pourquoi le
nombre de patients consultant un médecin pour la CT est beaucoup
plus élevé en cas de céphalée mixte que lorsque la CT est isolée.
Dans ce dernier cas, seulement 16 % des patients consultent un
médecin généraliste et 4 % un spécialiste.
B - SYMPTOMATOLOGIE CLINIQUE
:
Les caractères propres des céphalées et leur évolutivité, obtenus par
l’interrogatoire, permettent souvent d’orienter le diagnostic.
L’IHS définit les CT comme des céphalées souvent bilatérales, à type
de pression, d’intensité légère à modérée, non accentuées par
l’activité physique, et rarement accompagnées de symptômes tels
que nausées, phonophobie ou photophobie.
1- Siège de la douleur :
La céphalée est souvent diffuse, en « casque ».
Quand elle est
localisée, elle est bilatérale dans 90 % des cas.
Les
localisations le plus fréquemment rapportées sont, par ordre de
fréquence, les régions occipitales et nucho-occipitales, pariétales,
temporales et frontales.
Une douleur du vertex, une douleur du nasion en « pince-nez » sont également évocatrices.
Elle peut
être fixe ou variable.
Elle est unilatérale dans 5 à 10% des cas des
formes épisodiques et dans 26 % des cas des formes chroniques.
2- Type de la douleur :
Il est des plus variés et les qualificatifs pour le décrire sont
innombrables.
Les sensations de serrement, d’étau et de pesanteur
sont rapportées dans 76 à 85 % des cas, alors que la sensation
pulsatile n’est présente que dans 14 à 18 % des cas. Des sensations
de brûlures, de fourmillements, d’eau qui coule ou d’aiguilles sont
parfois rapportées.
Il peut s’agir moins d’une sensation douloureuse
que d’une impression de gêne ou de tête vide.
3- Intensité de la douleur
:
Elle est souvent décrite comme modérée, mais certains patients
parlent de douleur intense, qui contraste avec la poursuite d’une
activité normale.
Dans l’étude de Rasmussen et al, la douleur est
légère à modérée dans 96 à 99 % des cas.
Elle ne s’aggrave pas avec
l’activité physique de routine.
Elle peut être déclenchée ou aggravée
par les mêmes facteurs que la migraine (y compris les règles chez
certaines patientes).
Les facteurs psychologiques jouent un rôle
encore plus prépondérant que dans la migraine.
Le handicap
fonctionnel lié à la céphalée est presque absent dans le groupe CTE
alors que, dans le groupe CTC, 7 % des patients trouvent que leur
céphalée est incompatible avec une activité normale.
4- Symptômes associés :
Ils sont généralement absents.
Cependant, des études récentes font
état de la présence de photophobie et de phonophobie légères dans
7 à 10 % des CTE, et de photophobie, phonophobie et nausées dans
respectivement 42, 37 et 24 % chez les patients avec CTC.
Leur
sévérité apparaît cependant moindre que lors des crises
migraineuses et n’est accentuée par l’activité physique que dans
18 % des cas.
5- Mode évolutif
:
Les CT sont dites épisodiques lorsque le nombre de jours de
céphalées est inférieur à 15/mois, chroniques lorsque la céphalée
est présente au moins 15 jours/mois durant au moins 6 mois.
La CT peut être d’emblée chronique ; plus souvent, il s’agit d’une CTE
qui se chronicise progressivement.
La céphalée s’installe dès le
réveil dans la plupart des cas et s’accentue en fin de journée.
La
prévalence des CT diminue souvent avec l’âge et des périodes
d’accalmie de plusieurs mois ou plusieurs années sont souvent
constatées.
6- Examen somatique
:
Il est par définition normal, à part la présence fréquente d’une
contracture des masses musculaires au niveau du cou, des épaules,
des masséters.
La pression des masses musculaires s’avère volontiers
douloureuse.
Les multiples examens complémentaires que subissent
ou que demandent ces malades sont normaux ou ne révèlent que
des anomalies contingentes sans rapport avec la céphalée, qui trop
souvent polarisent l’attention des patients, voire des médecins, et
facilitent l’errance du diagnostic.
B - FACTEURS ÉTIOLOGIQUES :
Les CT représentent un groupe hétérogène.
Plusieurs facteurs
peuvent être incriminés dans leur physiopathologie.
Les dysfonctionnements des muscles péricrâniens représentent le
facteur fréquemment incriminé, et la classification de l’IHS a
séparé les CT en deux groupes : avec et sans désordres
musculaires.
Schoenen et al ont montré en électromyographie
que la suppression de l’activité extéroceptive dans le muscle
temporal est significativement diminuée dans le groupe des patients
avec CT par rapport au groupe témoin.
Il suggère l’implication d’un
dysfonctionnement du système limbique et du système inhibiteur interneuronal du cervelet.
L’hypothèse d’une origine neuronale
centrale a été renforcée par les résultats de Langemark et al qui
ont démontré chez les patients avec CT une susceptibilité plus
marquée à la douleur, même en dehors de la région céphalique, qui
serait d’origine centrale.
Cette hypothèse a été aussi renforcée par
les résultats positifs d’un essai thérapeutique préliminaire récent
consistant à traiter les CTC par NG-monométhyl-L-arginine
hydrochloride (L-NMMA), inhibiteur de l’enzyme de synthèse du
monoxyde d’azote (NO).
En effet, le NO est un neuromédiateur
qui joue un rôle important dans la physiopathologie de la douleur
en augmentant la sensibilité et l’excitabilité des neurones nocicepteurs au niveau central, notamment médullaire.
Jensen et
al ont examiné par palpation manuelle un grand nombre de
patients avec CT, et ont trouvé une élévation significative de la
tension musculaire péricrânienne par rapport au groupe témoin,
alors que Kidd et al n’ont pas trouvé de différence significative
entre un groupe de céphalalgiques incluant des céphalées de tension
et un groupe témoin.
Sakai et al, en utilisant une technique de
mesure quantitative et non invasive de la tension musculaire, ont
montré que la tension des muscles trapèzes était significativement
plus élevée que celle des muscles vertébraux périspinaux dans le
groupe avec CT par rapport à un groupe témoin.
Aucune différence
significative n’a été trouvée entre la CTE et la CTC.
La corrélation entre CT et dysfonctionnements oromandibulaires
(DOM) ou orodentaires n’est pas démontrée ; cependant certains DOM tels que bruxisme ou serrement des dents semblent
fréquemment rapportés chez les patients avec CT.
Les facteurs psychologiques et psychiatriques semblent également
jouer un rôle prépondérant dans la physiopathologie des CT, d’où
le concept nosologique français de « céphalées psychogènes ».
Cependant, ces facteurs psychologiques peuvent manquer dans un
tiers des cas.
Les céphalées ne sont pas nécessairement en relation
avec un désordre psychique majeur, mais ne sont que le reflet d’un
état de tension psychique excessive lié à un surmenage, aux stress
répétitifs de la vie courante, sans perturbation de la personnalité
sous-jacente.
La dépression et l’anxiété sont fréquemment
rencontrées chez les patients souffrant de céphalées chroniques.
Il n’est pas toujours simple de déterminer si le trouble psychique est
cause ou conséquence de la céphalée, car l’un aggrave l’autre et un
véritable cercle vicieux s’installe.
Plus rarement, la céphalée entre
dans le cadre nosologique d’une structure névrotique telle l’hystérie
de conversion, l’hypocondrie, ou d’un délire somatisé.
Cependant
aucun profil psychologique particulier n’a été corrélé aux CT ni aux
autres groupes de céphalées essentielles.
Le rapport entre CT et hormones sexuelles reste mal connu.
Les
règles peuvent déclencher des CT dans 38 % des cas et semblent
plus sévères et moins sensibles aux traitements habituels.
Enfin,
l’abus médicamenteux aggrave toujours les CT ; il doit être recherché
par un interrogatoire spécifique et systématique, car bien des
patients ne le rapportent pas spontanément.
C - TRAITEMENT :
Il est difficile et nécessite souvent une prise en charge
multidisciplinaire : médicamenteuse, psychologique et physiothérapeutique.
Sa réussite passe par le développement
d’une grande confiance entre le patient et son médecin, lequel doit
s’assurer du diagnostic de CT, rassurer le patient sur la bénignité de
sa maladie, et surtout montrer qu’il le prend au sérieux.
Dire à
un patient qu’il n’a rien, sous prétexte qu’il n’a aucune lésion qui
puisse être mise en évidence, traduit une conception singulièrement
restrictive de la médecine.
Le malade ressent souvent ces paroles
comme un abandon et une mise en doute de la réalité de ses
troubles.
Une écoute attentive et prolongée, un examen somatique
soigneux, une explication simple des mécanismes psychologiques et
musculaires impliqués dans cette maladie, rendent souvent les
céphalées plus supportables.
La prescription médicamenteuse dépend de l’intensité de la douleur,
de la forme clinique (épisodique ou chronique) et de la présence de
facteurs psychologiques et/ou musculaires associés.
Pour les CTE, le traitement de la douleur est basé essentiellement sur les
antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) :
aspirine, ibuprofène, indométacine, naproxen sodique, etc.
Les
myorelaxants centraux ou périphériques (diazépam, baclofène,
dantrolène...) n’ont que peu d’intérêt, et les associations
médicamenteuses (combinaisons d’antalgiques, de tranquillisants et
de sédatifs) sont à éviter car elles exposent à un risque accru d’abus
médicamenteux, responsable de l’aggravation des céphalées.
Pour
les CTC, il faut d’abord s’assurer qu’il n’y a pas abus d’antalgiques
qui nécessiterait alors un sevrage médicamenteux.
La prescription
épisodique d’antalgiques simples et d’AINS est souvent insuffisante,
et un traitement de fond est généralement nécessaire.
Plusieurs
médicaments ont été étudiés : antidépresseurs, AINS,
neuroleptiques, myorelaxants, valproate de sodium, avec des
résultats contradictoires. De faibles doses (20 à 50 mg/j) de
tricycliques (amitriptyline, clomipramine), utilisés seuls ou en
association avec les anxiolytiques, apportent souvent une
amélioration.
Dans une étude ouverte récente, le valproate de
sodium a apporté une amélioration notable chez 67 % des
patients.
La dihydroergotamine (DHE), le propranolol, le
méthysergide, les myorelaxants et les barbituriques ne sont pas
efficaces.
La physiothérapie est un ensemble de mesures
thérapeutiques utilisées comme antalgiques et anti-inflammatoires
locaux.
Elle vise à soulager les problèmes de nerfs,
d’articulations, de tendons et de muscles.
Les techniques le plus
utilisées sont la lumière (laser), la chaleur, la glace, les ondes
(ultrasons, courants de Limoges), la thérapie manuelle
(mobilisations, tractions, massages), l’acupuncture, la relaxation, le
biofeedback.
Elles représentent souvent un apport utile dans la prise
en charge des CT.
Dans le cas des CT liées à des DOM, le
traitement de celles-ci peut améliorer les douleurs.
Des conseils
d’hygiène de vie, la pratique du sport, du yoga, le respect des
moments de détente, sont des plus utiles.
Un abord psychothérapeutique est souvent nécessaire.
La
plupart du temps, il s’agira d’une psychothérapie de soutien
explicitant le symptôme, sa signification et permettant de rassurer le
malade.
Dans d’autres cas, une véritable psychothérapie sera
instaurée soit par une médiation corporelle à travers l’apprentissage
des méthodes de relaxation avec ou sans biofeedback, soit plus
rarement par une relation psychothérapeutique d’inspiration
analytique.
Il importe de dégager les mécanismes psychopathologiques
en cause, de comprendre les éventuels conflits sousjacents,
qui correspondraient à des événements de la vie extérieure
ou à des situations conflictuelles intériorisées. Petit à petit, le patient
prendra conscience des facteurs psychodynamiques.
Bien entendu,
cela ne suffit pas toujours à faire disparaître le symptôme, d’autant
plus que les conflits mis en évidence n’ont pas toujours une solution,
mais l’expérience a montré que ceci rend souvent les céphalées plus
supportables.
La prise en charge des CT doit se faire au cas par
cas et nécessite une grande patience de la part du patient et du
médecin.
Céphalée chronique quotidienne
:
La céphalée chronique quotidienne (CCQ) est une plainte fréquente
des patients pris en charge dans les consultations spécialisées.
Elle ne représente pas une entité nosologique unique.
Elle est
subdivisée en quatre sous-groupes : la CTC, la céphalée persistante
de novo ou d’apparition récente, l’hémicrânie continue et la
migraine transformée.
Sa prévalence exacte reste inconnue ;
cependant une étude ancienne datant de 1976 et rapportée par Spierings et al avait trouvé une prévalence de 6 % avec deux pics de
8 % chez les patients âgés de 20 à 24 ans et chez ceux de plus de
64 ans.
Le sex-ratio est de deux femmes pour un homme. Dans
les centres spécialisés dans les céphalées, les patients consultant
pour des CCQ représentent 40 à 80 %.
Toutes les céphalées chroniques essentielles peuvent évoluer vers
une CCQ.
Cependant, 75 % des CCQ surviennent chez des patients
présentant initialement une maladie migraineuse typique.
Le
développement des CCQ peut être brutal (20 %) ou progressif (80 %)
sur plusieurs années (10 ans en moyenne).
Les facteurs favorisant
ce développement sont nombreux et variés ; cependant, deux
facteurs sont fréquemment rencontrés : l’abus médicamenteux
rencontré chez 40 à 50 % des patients et un profil de
personnalité anormal.
En effet, en comparant deux groupes de
patients, l’un composé de patients ayant des crises de migraine
isolées et l’autre comportant des CCQ (dont 61 % sont des migraines
transformées), Mathew et al ont trouvé des traits névrotiques
respectivement dans 70 % et 12 %, et un abus médicamenteux dans
respectivement 52 % et 6 %.
Les autres facteurs sont représentés
par les traumatismes crâniens, le stress et les affections intercurrentes
(sinusites, maladies générales, opérations...).
Sur le plan clinique, la CCQ est présente dès le matin au réveil chez
79 % des cas, avec une intensité d’emblée forte chez 25 % des cas.
Elle est bilatérale dans 50 %, unilatérale dans 36 % et souvent fixe,
et uni- ou bilatérale dans 14 % des cas.
Les nausées, vomissements,
photophobie, phonophobie sont présents respectivement dans 36 %,
9 %, 30 % et 40 % des cas.
L’activité physique, le stress et les
règles accentuent souvent la CCQ. Des paroxysmes de céphalées très
sévères durant plusieurs jours sont souvent rapportés.
Céphalée chronique quotidienne
par abus médicamenteux :
Elle représente un cadre nosologique à part.
Il s’agit de CCQ liée à un abus médicamenteux et ne se voit que chez les
patients atteints d’une céphalée essentielle bénigne (migraine, CT,
exceptionnellement algie vasculaire de la face [AVF]).
Chez ces
patients, la prise trop fréquente de médicaments de la crise, qu’elle
qu’en soit la nature, peut conduire à une accoutumance
responsable d’une CCQ.
Cet abus d’antalgiques est loin d’être
exceptionnel et il est souvent sous-estimé car le patient ne le
mentionne pas spontanément.
Les céphalées liées à la prise quotidienne d’ergotamine sont connues
de longue date.
Selon l’IHS, l’abus d’ergotamine correspond à
des prises supérieures à 1 mg/j per os et supérieures à 2 mg/j par
voie rectale.
Pour les autres antalgiques, l’abus est défini comme la
prise d’une dose égale ou supérieure à 50 g d’aspirine/mois (ou
d’un autre analgésique mineur équivalent), et/ou d’une dose égale
ou supérieure à 100 comprimés/mois d’antalgiques narcotiques.
La
caféine et la codéine, présentes dans de nombreuses préparations,
jouent un rôle aggravant dans le phénomène d’accoutumance.
Plusieurs observations récentes rapportent des cas de CCQ liées à
un abus de triptans (sumatriptan, zolmitriptan, naratriptan).
Leurs caractéristiques ne semblent pas différer des CCQ par abus
d’autres antalgiques.
Dans la pratique quotidienne, on peut considérer que la « cote
d’alerte » est atteinte lorsque le patient prend plus de deux à trois
fois par semaine des traitements de crise, quelle qu’en soit la nature.
C’est à ce moment qu’il faut intervenir en expliquant au
malade qu’il risque de voir s’installer et perdurer une céphalée
chronique liée à l’abus des traitements de crise, et en prescrivant un
traitement de fond adapté.
L’installation de l’abus médicamenteux varie selon le type de la
céphalée initiale.
Certains patients souffrent au départ de céphalées
épisodiques, migraines ou CT ; lorsque leur fréquence s’accroît, la
prise de traitement de crise devient souvent presque « préventive »,
de peur de voir s’installer une crise, et donc rapidement
quotidienne.
Des phénomènes d’accoutumance conduisent à
augmenter les prises médicamenteuses ; quand le patient tente
d’interrompre ces prises, survient alors une céphalée de rebond qui
le pousse à reprendre son traitement.
Ainsi s’installe un cercle
vicieux qui ne peut être rompu que par un sevrage, souvent pénible.
D’autres patients souffrent d’emblée d’une céphalée chronique et il
leur paraît logique de prendre quotidiennement des antalgiques,
bien qu’ils aient souvent conscience de leur inutilité, sinon de leur
rôle aggravant.
La pathogénie des céphalées chroniques liées à l’abus
médicamenteux reste obscure.
Leur survenue uniquement chez les
patients atteints de céphalées essentielles bénignes suggère une
prédisposition de ces patients à ce type de céphalées.
Des
mécanismes multiples entrent vraisemblablement en jeu : anomalies
biochimiques du contrôle endogène de la douleur, troubles
psychologiques.
Le traitement nécessite impérativement l’arrêt des médicaments
responsables, ce qui peut entraîner durant plusieurs jours un
syndrome de sevrage.
Il s’agit d’une recrudescence des
céphalées, associée parfois à des nausées, des vomissements, une
anxiété et une insomnie.
Ce syndrome de sevrage apparaît dans les
24 à 72 heures qui suivent l’arrêt des médicaments, et dure 2 à
10 jours en moyenne.
Certains patients parviennent à interrompre
l’abus d’antalgiques en ambulatoire, aidés par exemple par des
doses modérées d’amitriptyline (30 à 50 mg).
Pour d’autres, une
hospitalisation est nécessaire.
Le sevrage est efficace dans plus de
90 % des cas, avec une amélioration maintenue chez 60 % des cas au
bout de 5 ans.
Un suivi régulier est nécessaire avec la tenue
d’un agenda des céphalées et des prises médicamenteuses, afin
d’éviter d’éventuelles rechutes.
En règle générale, les prises
médicamenteuses de traitement de crise ne doivent pas dépasser
plus de deux fois par semaine.
Céphalées cervicales
:
Le cou contient des nocicepteurs, au niveau des articulations, des
ligaments, du périoste du rachis, des muscles cervicaux, des artères,
de la dure-mère médullaire.
Les influx nociceptifs provenant de ces
structures sont véhiculés par les racines et nerfs rachidiens ; la
convergence des influx nerveux des trois premières racines
cervicales sur le noyau du trijumeau rend compte de la possibilité
de survenue de céphalées lors de certaines pathologies cervicales
telles que les anomalies congénitales ou acquises de la jonction craniovertébrale, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite
ankylosante au niveau du rachis cervical, et la dissection ou le
traumatisme des artères carotides et vertébrales, ou
l’endartériectomie carotidienne.
L’arthrose cervicale banale, qui
touche généralement les segments inférieurs du rachis cervical,
dénués de nocicepteurs anastomosés avec le trijumeau, n’est donc
théoriquement pas susceptible de provoquer des céphalées.
Toutes les céphalées d’origine cervicale ne sont pas des migraines.
Elles peuvent avoir les caractères d’une CT, d’une AVF, d’une
névralgie d’Arnold.
Les critères diagnostiques qui permettent
d’identifier l’origine cervicale d’une céphalée ou cervicogenic
headache, qu’elle soit ou non migraineuse, font encore l’objet de
controverses.
Si l’on considère les critères de la classification de
l’IHS et ceux proposés par Sjaastad et al, on peut retenir :
– l’unilatéralité de la douleur, qui est ressentie dans le cou ou par le
maintien d’une posture cervicale ;
– son déclenchement par certains mouvements du cou ou par le
maintien d’une posture cervicale ;
– la reproduction de la douleur par la pression de la région
occipitale ou cervicale haute homolatérale ;
– son soulagement par un bloc anesthésique de C2 ou du nerf grand
occipital.
Ces critères sont cependant pour la plupart dénués de spécificité
vis-à-vis du caractère primitif de l’atteinte cervicale.
Affirmer
qu’une céphalée est d’origine cervicale est parfois simple lorsque
existent des lésions radiologiques identifiables du rachis cervical
haut.
Dans la majorité des cas, les radiographies du rachis cervical
ne montrent pas d’anomalies spécifiques, et le diagnostic repose sur
un ensemble d’arguments dont l’un des plus importants est le
déclenchement postural de crises toujours localisées du même côté.
Le traitement des céphalées d’origine cervicale est souvent difficile.
Les techniques physiothérapeutiques, la relaxation, l’acupuncture,
de faibles doses de l’amitriptyline ou de clonazépam peuvent
s’accompagner d’amélioration.
Les manipulations cervicales peuvent
être efficaces, mais doivent être réalisées avec prudence en raison
du risque de dissection des artères cervicales.
L’injection au
niveau de la racine nerveuse correspondant au territoire de la
douleur (C2 ou C3) de 25 mg d’hydrocortisone ou de méthylprednisolone, ou encore de 1 mL de lidocaïne à 2 %, peut
s’accompagner de rémission de quelques jours à quelques semaines.
Ces rémissions peuvent durer plusieurs mois en cas de
répétition de ces injections.
Dans les cas résistants, d’autres
techniques ont été proposées par certains auteurs : ganglionectomie
de la racine C2 ou décompression chirurgicale de la racine
C2.
Céphalées inhabituelles
:
Elles regroupent un certain nombre de céphalées, de sémiologie très
spécifique ou survenant en présence d’un facteur déclenchant
particulier.
A - CÉPHALÉES IDIOPATHIQUES EN COUP DE POIGNARD
(DOULEURS EN COUP DE PIOLET)
:
Elles ont été décrites pour la première fois par Raskin et Schwartz
en 1980 sous le terme ice-pick headache.
Ce sont des douleurs
extrêmement brèves et aiguës ressenties, comme leur nom l’indique,
comme un coup de poignard ou de piolet. Elles peuvent rester
uniques ou se répéter en salves.
Elles intéressent généralement le
territoire de distribution du nerf ophtalmique du trijumeau (orbite,
tempe, front, région pariétale antérieure).
Elles sont plus fréquentes
chez les patients céphalalgiques et en particulier migraineux, la
femme étant plus touchée que l’homme, alors que dans la
population non céphalalgique, la prévalence est moindre avec une
répartition égale entre l’homme et la femme.
Dans les rares cas
où un traitement est rendu nécessaire par leur fréquence,
l’indométacine ou le propranolol peuvent être utilisés.
B - CÉPHALÉES INDUITES PAR LE FROID
:
Elles sont induites soit par l’exposition externe au froid, soit par
l’ingestion d’aliments ou de boissons glacés.
Leur fréquence est
variable : 30 % dans la population générale, 37 % chez l’ensemble
des céphalalgiques et 90 % chez les migraineux.
Il s’agit de
céphalées non pulsatiles, survenant environ 25 à 60 secondes après
le contact avec le froid, de topographie bilatérale à prédominance
frontale ou médiane quand elles sont induites par l’ingestion
d’aliments ou de boissons glacés.
Chez les migraineux, elles peuvent
cependant être localisées dans les régions habituellement
douloureuses.
Elles durent en moyenne 1 à 5 minutes, ou toute la
durée de l’exposition externe au froid.
Une vasoconstriction est le
mécanisme évoqué, d’autant que la sympathectomie ou l’ingestion
de vasopressine augmente l’intensité des douleurs.
Le seul
traitement est d’éviter le contact avec le froid.
C - CÉPHALÉES D’EFFORT :
Elles regroupent trois formes cliniques : les céphalées liées à la toux,
à l’exercice physique et aux rapports sexuels.
Le diagnostic de
céphalées d’effort idiopathiques ne peut être retenu qu’après avoir
éliminé une cause lésionnelle par les investigations appropriées.
Iglesias et al ont rapporté 72 cas de céphalées d’effort dont
30 liées à la toux, 28 à l’activité physique et 14 aux rapports sexuels.
Trente cas correspondaient à des céphalées symptomatiques et
42 répondaient aux critères de céphalées bénignes idiopathiques.
D - CÉPHALÉES LIÉES À LA TOUX
:
Elles sont décrites pour la première fois par Tinel en 1932, puis par
Symonds en 1956, qui les associaient déjà aux céphalées d’effort.
Leur prévalence moyenne est située entre 0,6 et 1 %.
Elles sont
plus fréquentes chez l’homme et touchent surtout le sujet âgé de
plus de 40 ans, rarement le sujet jeune de moins de 20 ans.
Le
diagnostic de « céphalées essentielles liées à la toux » ne peut être
retenu qu’une fois éliminée, par les investigations appropriées, une
lésion localisée en particulier dans la fosse postérieure, et
notamment une malformation de Chiari.
À propos de 30 cas de
céphalées liées à la toux, Iglesias et al ont rapporté 17 cas
symptomatiques relevant d’une malformation de Chiari de type I.
Le sous-groupe idiopathique était comparable au sous-groupe
symptomatique en termes de caractéristiques sémiologiques, de
fréquence et d’ancienneté des céphalées, mais se distinguait par un
âge significativement plus élevé (67 ans versus 39 ans).
La douleur est bilatérale dans 90 % des cas.
Elle est souvent
brutale, d’intensité modérée à sévère et décrite comme profonde,
irradiant bilatéralement dans les régions frontale et temporales.
Elle
dure 1 à 2 minutes en moyenne, et n’est accompagnée ni de nausées
ni de signes vasomoteurs. Elle peut être prévenue en évitant la toux.
L’évolution est spontanément régressive au bout d’une durée
variable de 6 à 12 mois.
L’interprétation le plus communément admise est le déclenchement
brusque de la céphalée par la manoeuvre de Valsalva.
La seule
thérapeutique médicale apparemment efficace serait l’indométacine,
mais on ne connaît pas d’explication à cette action.
E - CÉPHALÉES LIÉES À L’EXERCICE PHYSIQUE
:
Elles doivent également faire l’objet d’une enquête étiologique
approfondie, car on retrouve des céphalées d’effort dans 2 à 10% de
la pathologie intracrânienne et c’est un symptôme quasi constant
des tumeurs du IIIe ventricule.
Sur 28 cas de céphalées induites
par l’exercice physique, Iglesias et al ont rapporté 16 cas
idiopathiques et 12 cas symptomatiques dont 10 hémorragies sousarachnoïdiennes
.
Le sous-groupe idiopathique présentait à la fois
une ancienneté plus grande des céphalées et un âge significativement plus jeune (24 ans versus 42 ans) que le sousgroupe
symptomatique.
Enfin, le phéochromocytome peut se
manifester par ce type de céphalées.
Leur physiopathologie reste
obscure, bien que certains auteurs suggèrent comme explication une
distension veineuse aiguë.
Les céphalées sont déclenchées
spécifiquement par l’effort physique.
Elles sont bilatérales, souvent
pulsatiles, et durent de 5 minutes à 24 heures.
En plus de la
céphalée, les symptômes de type migraineux peuvent être associés
tels que nausées, phono-photophobie.
Elles peuvent être
prévenues en évitant l’effort physique, surtout en haute altitude.
Les céphalées essentielles déclenchées par l’effort peuvent, chez
certains patients, être prévenues par le propranolol ou
l’indométacine.
F - CÉPHALÉES SEXUELLES BÉNIGNES :
Elles apparaissent soit progressivement, soit brutalement au moment
de l’orgasme.
La classification de l’IHS en décrit trois types :
– le type « sourd » où les douleurs sont de début progressif, diffuses
au niveau de la tête et du cou, s’intensifient au fur et à mesure que
l’excitation sexuelle augmente, et sont probablement secondaires à
une contraction excessive des muscles de la tête et du cou ;
– le type « explosif » où la douleur est soudaine et sévère, et
survient au moment de l’orgasme ;
– le type « postural », très rare, où la douleur se développe après le
coït et ressemble aux céphalées idiopathiques par hypotension du
liquide céphalorachidien (LCR) ou à celles survenant après
soustraction de celui-ci.
Les céphalées sont bilatérales, surtout au début.
Elles n’apparaissent
pas ou s’arrêtent lors de l’interruption de l’activité sexuelle avant
l’orgasme.
Leur diagnostic ne peut être retenu qu’après avoir éliminé
une lésion intracérébrale, notamment un anévrisme, d’autant que 4
à 12 % des hémorragies sous-arachnoïdiennes surviennent lors du
coït. Dans les 14 cas rapportés par Iglesias et al, un cas seulement
était symptomatique d’une hémorragie sous-arachnoïdienne.
Le propranolol peut être proposé préventivement si la fréquence de
ces céphalées devient gênante.
Les méthodes de relaxation
peuvent s’avérer efficaces sur le type « sourd » ; en revanche,
l’indométacine ne semble pas efficace sur les céphalées sexuelles.
G - CÉPHALÉES PAR COMPRESSION EXTERNE
:
Elles proviennent d’une stimulation continue des nerfs cutanés
superficiels siégeant au niveau des tempes, par la pression soit d’un
chapeau serré, soit d’un bandeau autour de la tête, soit de lunettes
de natation, d’où leur appellation de swim-goggle headache.
Il
s’agit le plus souvent d’une douleur sourde, constante, localisée
effectivement à l’endroit de la pression. Elle n’apparaît jamais en
l’absence d’élément déclenchant.
H - CÉPHALÉES PAR HYPOTENSION INTRACRÂNIENNE
IDIOPATHIQUE
:
Les céphalées par hypotension intracrânienne spontanée possèdent
un tableau clinique et radiologique stéréotypé.
Il s’agit de céphalées
strictement posturales, apparaissant en position assise ou debout et
disparaissant en position allongée.
Dans les cas sévères, elles
peuvent persister en position allongée mais avec une intensité
beaucoup moins forte.
Plusieurs symptômes sont associés aux
céphalées : nausées, vomissements, douleurs cervicales, vertiges,
diplopie horizontale, photophobie, diminution de l’acuité auditive
ou visuelle, dysgueusie, douleurs ou paresthésies des membres
supérieurs.
L’analyse du LCR trouve souvent une
hyperprotéinorachie (90 %) avec une pléiocytose (58 %) et une
pression du LCR toujours basse, inférieure à 6 cm d’eau.
L’imagerie cérébrale montre souvent une prise de contraste pachyméningée (100 %) caractéristique mais non spécifique, une
collection sous-durale (hydrome ou hématome) (69 %) et une
descente du contenu de la fosse cérébrale postérieure (62 %).
Le traitement est basé sur la réalisation d’un blood-patch, qui est un
pansement par bouchon de sang autologue injecté dans l’espace
péridural d’une brèche dure-mérienne accidentelle ou non.
Il est,
à ce jour, le traitement le plus efficace de la céphalée positionnelle,
qu’elle soit postponction lombaire ou non. Son efficacité dans la
céphalée positionnelle postponction de dure-mère est estimée à plus
de 90 % des cas.
Cette efficacité est aussi très importante dans les
céphalées positionnelles spontanées non liées à la ponction de duremère.
En cas de rechute, un second blood-patch est souvent
efficace ; dans le cas contraire, il faut rechercher une brèche
méningée.
I - CÉPHALÉE AVEC MYDRIASE ÉPISODIQUE UNILATÉRALE :
La mydriase épisodique unilatérale est caractérisée par des épisodes
de dilatation pupillaire unilatérale se produisant en l’absence de
toute pathologie organique oculaire ou cérébrale.
Elle survient chez
l’adulte jeune et s’associe presque toujours à une céphalée
homolatérale.
La durée de la mydriase varie de quelques minutes
à plusieurs semaines, se répétant avec une grande variabilité,
comprise entre trois et quatre fois par an et trois à quatre fois par
semaine.
La mydriase est isolée, sans aucun autre signe d’atteinte
du IIIe nerf crânien, ce qui exclut un anévrisme de la communicante
postérieure.
Sa pathogénie est inconnue. La douleur est proche d’une
douleur de type migraineux.
En cas d’épisodes fréquents avec
céphalées sévères, les bêtabloquants peuvent être proposés.
Algies et névralgies essentielles
de la face
:
La classification internationale regroupe dans ce chapitre l’ensemble
des céphalées non migraineuses qui sont caractérisées par des
douleurs faciales strictement unilatérales.
On distingue les
névralgies faciales qui sont des douleurs fulgurantes en éclair dont
le trajet correspond au territoire d’un nerf ou d’une racine
(trijumeau, glossopharyngien), et les algies faciales qui sont des
douleurs de durée plus longue, d’évolution paroxystique ou
chronique.
La prédominance sexuelle, le nombre d’accès quotidiens,
leur durée et leur sensibilité à l’indométacine, les différencient.
A - NÉVRALGIES FACIALES ESSENTIELLES :
1- Névralgie essentielle de trijumeau (NET) :
Elle a été individualisée très tôt ; la première description date de la
fin du XVIIe siècle.
Son incidence est faible (5/100 000 cas/an).
C’est une maladie du sujet âgé puisque dans 75 % des cas elle
débute après 50 ans, et un début tardif après 70 ans n’est pas rare.
Les formes juvéniles doivent être tenues pour suspectes de
névralgies symptomatiques, en particulier dans le cadre de
pathologies démyélinisantes et tumorales nécessitant un bilan
complet.
La prédominance féminine (trois femmes pour deux
hommes) est constante dans toutes les séries.
Le diagnostic en est
aisé et repose sur quatre éléments cliniques :
– qualité de la douleur : intense et paroxystique, décrite le plus
souvent comme un éclair, une décharge électrique, plus rarement
comme un broiement, un arrachement ou une brûlure.
Elle est brève,
de l’ordre de la seconde, et se répète souvent en salves de 1 à
2 minutes entre lesquelles le malade ne souffre pas.
La fréquence
des salves détermine la gravité de la maladie : de cinq à dix accès
par jour dans les formes bénignes jusqu’aux accès subintrants des
formes graves.
L’intensité est insupportable, responsable d’une
immobilisation du malade dans une attitude figée, le patient portant
souvent la main vers la région douloureuse.
Rarement, la douleur
est accompagnée d’une rougeur des téguments ou d’une congestion
de l’oeil ou de la muqueuse nasale.
Récemment, Sjaastad et al ont
rapporté 19 cas de névralgie de la branche ophtalmique du
trijumeau dont huit avaient, au moment de la douleur, une injection
conjonctivale, un larmoiement ou une rhinorrhée, et dont deux
avaient la combinaison de plusieurs de ces symptômes
vasomoteurs ;
– topographie de la douleur : elle est généralement unilatérale,
rarement bilatérale ou à bascule, toujours strictement localisée au
territoire du trijumeau et le plus souvent limitée à une ou deux de
ses branches.
Il s’agit dans 40 % des cas du maxillaire supérieur,
dans 20 % des cas du maxillaire inférieur et dans 10 % des cas de la
branche ophtalmique, ce qui doit faire suspecter une forme
symptomatique ;
– facteurs déclenchants de la douleur : le plus fréquent est l’excitation
cutanée d’une zone précise du territoire douloureux appelée trigger
zone ou « zone gâchette ».
L’attouchement, le frôlement superficiel
représentent les stimulations les plus efficaces, alors que les
pressions continues et fortes sont inefficaces.
La parole, la mimique,
le rire, la mastication peuvent également déclencher des crises, ce
qui explique l’attitude de ces malades qui tentent de rester
immobiles et réduisent parfois leur alimentation au prix d’un
amaigrissement qui peut être très sévère.
Chaque accès douloureux
est suivi d’une période réfractaire de 1 à 2 minutes où les
stimulations tactiles sont inefficaces.
Les salves nocturnes sont rares ;
– examen neurologique : il doit s’assurer de la parfaite normalité de
la sensibilité de la face et en particulier de la cornée, ainsi que de
l’absence d’atteinte du V moteur (paralysie des masticateurs), des
autres nerfs crâniens et des voies longues.
La constatation du
moindre signe déficitaire en dehors d’une crise oriente vers le
diagnostic de névralgie symptomatique.
L’évolution de la NET se fait sur un mode discontinu : les périodes
douloureuses sont séparées par des rémissions spontanées qui
peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années.
Avec l’âge,
les périodes de rémission se font de plus en plus courtes et les
décharges de plus en plus fréquentes au cours des périodes
douloureuses, avec parfois passage à une forme chronique.
La physiopathologie de la NET est très controversée.
Schématiquement, deux hypothèses s’opposent : l’hypothèse
périphérique selon laquelle la névralgie essentielle du trijumeau
relève d’une atteinte périphérique du nerf, et l’hypothèse centrale
selon laquelle les douleurs fulgurantes sont le fait d’une activité
paroxystique du système trigéminal, comparable aux décharges
épileptiques.
Il semble en fait que les facteurs périphériques et
centraux s’associent pour générer une NET.
Le traitement est d’abord médicamenteux, basé
essentiellement sur la carbamazépine à la posologie de 600 à
800 mg/j.
Parfois, de plus fortes doses sont nécessaires
(1 200-1 800 mg/j), ce qui peut poser des problèmes de tolérance.
Le baclofène représente l’autre médicament efficace dans la névralgie
du trijumeau.
La posologie efficace est en moyenne de 50 à 60 mg/j
lorsqu’il est utilisé seul, de 30 à 40 mg/j lorsqu’il est associé à la carbamazépine ou à la phénytoïne.
Les autres médicaments utilisés
dans le traitement de la névralgie essentielle du trijumeau sont :
certains antiépileptiques (phénytoïne, clonazépam, lamotrigine), les
antidépresseurs tricycliques, certains neuroleptiques tels que la
lévomépromazine (Nozinant).
Ces médicaments sont généralement
prescrits en association à la carbamazépine ou au baclofène.
Plusieurs traitements neurochirurgicaux de la NET sont possibles.
La thermocoagulation percutanée du trijumeau apporte un succès
immédiat, de 88 à 100 %, avec une récidive comprise entre 7 et
29 % des cas.
Les complications de la thermocoagulation percutanée
sont les troubles sensitifs (3 à 26 %) qui peuvent être pénibles dans
0,5 à 5 % des cas ; l’hypoesthésie de la cornée (1 à 23 % des cas) qui
peut se compliquer de kératite (£ 5 % des cas) ; la paralysie du V
moteur (2 à 43 % des cas) qui peut être permanente dans 1 à 2 % des
cas ; la paralysie oculomotrice (£ 4 %) qui peut être permanente dans
0,2 à 1 % des cas.
D’autres méthodes neurochirurgicales percutanées
ont démontré une bonne efficacité immédiate (60 à 98 %) avec une
hypoesthésie durable et/ou des dysesthésies invalidantes allant de
4 à 15% : il s’agit de l’injection de glycérol dans la citerne trigéminale, de la compression percutanée du ganglion de Gasser
par ballon, et de la ganglionectomie par transport axonal rétrograde
d’adriamycine.
En cas de conflit neurovasculaire, la décompression
vasculaire est particulièrement indiquée, surtout s’il s’agit d’un sujet
jeune et quand existe une atteinte du V1.
Une rémission totale est
rapportée dans 80 % des cas sans séquelles sensitives.
Des
complications majeures surviennent dans 3 % des cas.
À long terme,
22 % des patients ont une rechute.
2- Névralgie du glossopharyngien (NGP)
:
Elle est rare ; sa prévalence est estimée à 0,5/100 000 habitants, avec
un rapport de un cas de NGP pour 70 à 100 cas de NET, et
l’association des deux est possible.
Le plus souvent, il s’agit
d’une névralgie essentielle ; cependant elle peut être secondaire à plusieurs causes : tumeur de l’angle pontocérébelleux ou de
l’oropharynx, arachnoïdite, traumatisme, ossification du ligament
stylohyoïdien, compression vasculaire, malformation et protrusion
du plexus choroïde ou, exceptionnellement, lésion démyélinisante
de la protubérance cérébrale.
Elle réalise une douleur unilatérale,
naissant du fond de la gorge ou à la base de la langue, ou encore à
l’angle de la mâchoire, pour irradier vers l’oreille homolatérale
(forme laryngée) ou l’inverse (forme tympanique).
La douleur est
décrite comme une piqûre ou une décharge électrique, évoluant par
crises isolées ou en salves.
Elle est généralement déclenchée par la
parole, la déglutition, les mouvements du cou.
Son traitement est
surtout médical, basé également sur la carbamazépine et le
baclofène.
Le traitement neurochirurgical basé sur la décompression
du nerf glossopharyngien est indiqué en cas d’échec du traitement
médical.
B - ALGIES FACIALES :
1- Algie vasculaire de la face
:
L’algie vasculaire de la face (AVF) ou cluster headache selon
l’appellation américaine qui a le mérite de rappeler le caractère
essentiel de l’affection, se produit en salve ou cluster.
C’est une
affection rare, environ 25 fois moins fréquente que la migraine.
C’est une maladie de sujet jeune (20 à 30 ans), le plus souvent de
sexe masculin (85 % à 92 %).
C’est la forme la plus fréquente des
algies faciales.
Sa prévalence et son incidence restent inconnues.
Cependant, certaines études trouvent une prévalence comprise entre
0,1 et 1 %, alors que l’incidence ajustée sur l’âge est de
15,6/100 000 sujets-année (95 % IC [intervalle de confiance] 8,9-22,3)
pour l’homme et 4/100 000 sujets (95 % IC 0,4-7,6) pour la femme.
L’incidence globale ajustée sur le sexe et l’âge est de 9,8/100 000
(95 % IC 6-13,6).
Son diagnostic reste souvent méconnu durant
des années, alors qu’il est dans la plupart des cas évident, tant la
symptomatologie est stéréotypée.
Le délai moyen pour poser le
diagnostic est compris entre 10 et 15 ans.
Durant cette période, le
patient est vu par le dentiste, le stomatologue, l’ophtalmologue,
l’oto-rhino-laryngologiste, et des interventions sont effectuées sur les
dents, les sinus, la cloison nasale, etc.
La classification de l’IHS définit l’AVF comme une
douleur extrêmement sévère, strictement unilatérale, à
prédominance orbitaire, supraorbitaire et/ou temporale, évoluant
par crises quotidiennes (de une à huit, en moyenne deux à trois) qui
durent de 15 à 180 minutes.
Les crises s’accompagnent souvent de
signes homolatéraux à la douleur : injection conjonctivale,
larmoiement, congestion nasale, rhinorrhée, sudation de la face,
myosis, ptosis, oedème de la paupière.
Le plus souvent, les crises
surviennent par périodes, appelées accès ou épisodes, qui durent de
2 à 8 semaines en moyenne et se reproduisent une à deux fois par
an. Ces périodes définissent l’AVF épisodique.
Dix pour cent environ
des patients souffrent d’une forme chronique, avec des crises
quotidiennes, soit d’emblée, soit après quelques années de forme
épisodique.
Les crises surviennent volontiers à heures fixes, après
les repas, parfois déclenchées par l’alcool et la nuit.
La physiopathologie de l’AVF reste inconnue.
Le caractère cyclique
des périodes de crises et la survenue des crises à des heures plus ou
moins fixes par 24 heures suggèrent fortement l’implication du
rythme circadien via la mélatonine et l’acide gammaaminobutiryque
(GABA) comme facteurs déclenchant les périodes
de crises ou facteurs aggravant les formes chroniques d’AVF.
La
forte concentration de ces deux substances dans l’hypothalamus
suggère l’implication des noyaux de celui-ci dans la
physiopathologie de l’AVF.
Ceci a été confirmé par une étude
récente utilisant la tomographie par émission de positons qui a
montré une hyperactivité des noyaux hypothalamiques durant les
crises et une activité normale en dehors de celles-ci.
Par ailleurs,
l’unilatéralité de la douleur, sa localisation dans le territoire du
trijumeau, la présence de signes parasympatiques (larmoiement,
congestion nasale, injection conjonctivale, oedème de la paupière) et
sympatiques (myosis, ptôsis, rétraction de la fente palpébrale,
sudation du front) suggèrent fortement l’implication du système
trigéminovasculaire et du sinus caverneux dans l’AVF, cependant
par un mécanisme et selon un enchaînement qui demeurent
obscurs.
Alors que l’AVF est considérée classiquement comme n’ayant pas
de caractère familial, un certain nombre d’études récentes suggèrent
le contraire et orientent vers la possibilité de l’intervention de
facteurs génétiques dans cette affection.
D’après ces études,
la fréquence des formes familiales d’AVF est comprise entre 7 et
10 % avec un risque relatif (RR) estimé à 14,1 % pour les apparentés
au premier degré et à 2,3 pour ceux du deuxième degré.
Il n’y a
aucune différence clinique entre les AVF familiales et celles
sporadiques.
Le traitement de l’AVF est basé sur l’association du traitement de la
crise et du traitement de fond.
Le
traitement de la crise est bien plus difficile que dans la migraine, car
dans les crises d’algie vasculaire, la douleur atteint son maximum
en quelques minutes.
Les antalgiques, même les morphiniques, et le
tartrate d’ergotamine sont généralement sans effet.
Seuls deux
traitements ont fait la preuve de leur efficacité dans des études
contrôlées en double aveugle contre placebo : l’inhalation d’oxygène
pur à un débit de 7 L/min pendant 15 minutes, et le sumatriptan injectable à la dose de 6 mg en sous-cutané (Imijectt,
remboursé dans cette indication sur ordonnance spéciale).
Le but
principal reste en fait la prévention des crises.
Dans l’AVF
épisodique, les quatre principaux médicaments prophylactiques
sont :
– le vérapamil (Isoptinet), à la dose de 360 à 480 mg/j. Un
électrocardiogramme (ECG) préalable est nécessaire pour éliminer
un trouble du rythme ou de la conduction.
La tolérance est
généralement bonne ; les effets secondaires sont la constipation, les
oedèmes des membres inférieurs, l’hypotension, le bloc auriculoventriculaire ;
– le carbonate de lithium (Téralithet), à la dose moyenne de
750 mg/j.
Son efficacité n’a pas été démontrée dans une étude
récemment réalisée, mais la méthodologie de cette étude est
controversée.
Sa prescription nécessite que les fonctions rénales
et thyroïdiennes soient vérifiées avant et durant le traitement.
La
dose moyenne utilisée est de 750 mg (3 comprimés), à adapter en
fonction des lithémies effectuées régulièrement, qui doivent rester
inférieures à 0,9 mEq/L.
L’efficacité peut être obtenue avec des lithémies souvent plus basses que celles requises dans le traitement
des psychoses maniacodépressives.
L’association au lithium d’AINS
et de diurétiques est déconseillée.
Les effets secondaires comportent
des tremblements, une soif avec polyurie, des nausées, des
diarrhées, des manifestations cutanées, un goitre ;
– le méthysergide (Désernilt) à la dose de 6 à 12 mg/j.
Son utilisation
contre-indique l’utilisation du sumatriptan en crises, en raison du
risque de vasoconstriction ;
– le tartrate d’ergotamine, pris 1 heure avant les crises lorsqu’elles
surviennent à horaires fixes, ou sinon jusqu’à 4 mg/j, avec
la même contre-indication vis-à-vis de l’association au sumatriptan
en traitement de crise.
À partir de la fin du premier mois, le traitement doit être interrompu
un jour par semaine, afin de dépister le moment où l’épisode
s’achève spontanément.
En cas d’échec de ces médicaments, d’autres
traitements peuvent être proposés : l’indométacine (Indocidt) à la
dose de 75 à 150 mg/j, les bêtabloquants (en particulier le
propranolol) ou le pizotifène (Sanmigrant), aux mêmes doses que
celles utilisées dans la prophylaxie de la migraine.
La corticothérapie
orale peut aussi être proposée, ou l’injection de 160 mg de méthylprednisolone au niveau de l’émergence du nerf grand
occipital du côté de la douleur.
Dans l’algie vasculaire chronique, les traitements de la crise sont les
mêmes que dans l’AVF épisodique.
Les deux traitements de fond
majeurs sont le vérapamil (Isoptinet), le plus souvent
utilisé en première intention aux mêmes doses que dans l’algie
épisodique, et le carbonate de lithium (Téralithet).
D’autres médicaments ont été essayés comme traitement de fond.
Ainsi, la mélatonine semble avoir une certaine efficacité dans les AVF
épisodiques mais pas dans les AVF chroniques, alors que
l’efficacité du valproate de sodium et du sumatriptan par voie
orale à la dose de 100 mg deux fois par jour, n’est pas démontrée.
Dans les formes réfractaires au traitement médicamenteux, le
blocage du ganglion sphénopalatin par radiofréquence s’est avéré
partiellement efficace chez certains patients.
2- Hémicrânie paroxystique chronique
:
L’hémicrânie paroxystique chronique (HPC) est une variante rare
d’algies faciales, caractérisée par la fréquence élevée des crises (cinq
à
30 par jour), leur brièveté (2 à 45 minutes), la forte prédominance
féminine (sept femmes pour un homme), et la disparition totale des
crises en quelques jours sous indométacine (Indocidt) à la dose de
50 à 200 mg.
Cette efficacité absolue de l’indométacine
constitue un critère diagnostique indispensable au diagnostic de
cette affection.
Quand l’indométacine est contre-indiquée ou mal
tolérée, le vérapamil mérite d’être essayé.
Certaines formes
d’HPC peuvent être épisodiques au début de leur évolution.
L’association d’une HPC à une AVF ou à une NET n’est pas
exceptionnelle et le traitement repose sur l’association des
traitements spécifiques à chaque pathologie.
3- Syndrome SUNCT :
Le syndrome SUNCT (Short-lasting Unilateral Neuralgiform headache
attacks with Conjunctival injection and Tearing) ou céphalée
unilatérale brève avec injection conjonctivale et larmoiement, est une
forme clinique très rare d’algie faciale.
Il a été décrit pour la
première fois par Sjaastad et al en 1978 et l’acronyme a été
proposé en 1989.
Une trentaine de cas a été rapportée dans la
littérature depuis 1989. Le syndrome touche quatre hommes pour
une femme, avec un âge moyen de survenue de 51 ans et des
extrêmes allant de 20 à 77 ans.
Comme pour toutes les autres algies faciales, le diagnostic du SUNCT est basé essentiellement sur les données de l’interrogatoire.
La douleur est de topographie quasiment toujours unilatérale, à
prédominance orbitaire, périorbitaire, plus rarement frontale.
Elle
survient par crises de 5 à 60 secondes, au maximum 3 minutes ; elle
est constamment accompagnée d’une injection conjonctivale et d’un
larmoiement ipsilatéraux, et souvent d’autres symptômes
vasomoteurs.
La fréquence moyenne des crises est estimée à 28 par
jour avec des extrêmes de 5 à 80 ; des salves peuvent comporter
jusqu’à 30 crises par heure.
Le syndrome évolue par périodes
de quelques jours à quelques mois, rarement de quelques années,
avec une à deux périodes en moyenne par an.
Cependant, le tableau
peut se chroniciser.
Les crises peuvent être déclenchées par
l’attouchement de zones gâchettes, comme dans la NET, ou par
certains mouvements.
Chez trois cas rapportés dans la littérature, le
syndrome SUNCT est en rapport avec une lésion intracérébrale :
deux malformations artérioveineuses de l’angle pontocérébelleux
et un cavernome du tronc cérébral.
Le cas d’un patient porteur
d’un adénome hypophysaire et souffrant de douleurs compatibles
avec le diagnostic de SUNCT a été publié en 1988, avant que
l’acronyme ait été proposé, et nous en avons également rapporté
deux.
Contrairement à la névralgie du trijumeau, à l’AVF et à l’hémicrânie
paroxystique, le syndrome SUNCT est généralement réfractaire à
tous les traitements habituellement utilisés dans des céphalées et
algies faciales idiopathiques.
Nous avons rapporté deux cas de
syndrome SUNCT améliorés sous phénytoïne, qui ne semble pas faire partie des
médicaments utilisés dans les publications antérieures.
4- « Hemicrania continua »
:
En 1984, Sjaastad décrivait, sous le terme d’« hemicrania continua »,
une algie continue de l’hémiface ou de l’hémicrâne, d’intensité
modérée, parfois associée à des signes végétatifs homolatéraux, sans
facteurs déclenchants particuliers, répondant électivement et
totalement à l’indométacine (Indocidt).
Il s’agit d’une forme
rarissime d’algie faciale non reconnue par la classification de l’IHS
.
Elle ressemble à l’AVF par sa sévérité et son siège, mais s’en
différencie nettement par son caractère permanent, pouvant persister
pendant plusieurs années sans véritables crises ni rémission.
Cependant, sur ce fond douloureux continu, peuvent apparaître des
paroxysmes très sévères accompagnés de symptômes vasomoteurs
qui durent de 30 minutes à 2 heures comme dans l’AVF.
Nous avons rapporté deux observations typiques de l’« hemicrania
continua » telle qu’elle a été initialement décrite par Sjaastad.
Cette
entité ne représente qu’un petit nombre de cas parmi les hémicrânies
continues et s’inscrit dans le cadre plus vaste des céphalées sensibles
à l’indométacine (qui inclut l’HPC, certains cas d’AVF, certaines
céphalées idiopathiques en « coup de piolet » et certaines céphalées
d’effort bénignes).
Depuis la première description de Sjaastad et al,
ce terme a perdu une grande partie de son sens car dans une revue
de 18 cas en 1991, la douleur était bilatérale dans un cinquième
des cas, discontinue notamment pendant les premières semaines
avec des périodes algiques de quelques jours, entrecoupées de
rémissions.
De plus, nausées, vomissements, phonophobie et
photophobie étaient présents dans 50 % des cas.
Ont même été
décrits, depuis lors, des cas résistant à l’indométacine.
5- Céphalées de sommeil ou « hypnic
headache syndrome »
:
Elles sont décrites pour la première fois par Raskin et al en 1988.
C’est une forme très rare d’algie faciale, caractérisée par la survenue,
chez un sujet âgé généralement de plus de 60 ans, de crises de
douleurs diffuses, modérées à sévères, de survenue nocturne,
pendant le sommeil, durant 30 à 60 minutes et non accompagnées
de symptômes vasomoteurs.
Des nausées peuvent accompagner la
douleur dont la survenue nocturne coïncide souvent avec la phase
des mouvements rapides des yeux, correspondant probablement au
sommeil paradoxal.
Le carbonate de lithium dosé à 300 mg/j semble
efficace sur ce syndrome.
Trois cas de céphalées de sommeil ont
été rapportés récemment, dont deux ont été améliorés par la flunarizine.
Conclusion :
Les céphalées essentielles bénignes non migraineuses sont nombreuses.
L’interrogatoire, basé sur les critères cliniques de l’IHS, permet
généralement de poser facilement leur diagnostic.
Leur reconnaissance
est indispensable pour proposer aux patients une prise en charge
thérapeutique adaptée et leur éviter des traitements inutiles, parfois
dangereux ou susceptibles de les aggraver.