Les carcinomes cutanés sont les cancers les plus fréquents chez
l’adulte puisqu’ils représentent environ 30 % des tumeurs
malignes.
Parmi ces carcinomes, 80 % sont des carcinomes basocellulaires (CBC) d’évolution essentiellement locale et 20 % sont
des carcinomes spinocellulaires (CSC), encore appelés carcinomes
épidermoïdes, en particulier sur les muqueuses, qui sont beaucoup
plus agressifs et associés à un risque non négligeable de métastases.
Les carcinomes cutanés représentent donc un véritable problème de
Santé publique du fait de leur fréquence, de leur morbidité et, pour
les CSC, de leur mortalité.
Incidence :
L’incidence exacte des CSC est difficile à évaluer car la plupart des
cas ne sont pas collectés dans les registres du cancer.
L’ incidence
annuelle standardisée (par rapport à la population mondiale) en
France et dans les principaux pays européens est de 10 à 20/100 000
habitants chez l’homme et 5 à 10/100 000 chez la femme.
Aux États-
Unis, le risque de survenue d’un CSC a été estimé de 9 à 14% chez
l’homme et de 4 à 9 % chez la femme.
Malgré le sousenregistrement
de ces tumeurs, une augmentation nette de leur
incidence a été documentée en Amérique du Nord puisque leur
incidence aurait augmenté de 50 à 200 % dans les 10 à 30 dernières
années.
Dans la population blanche nord-américaine, l’incidence
ajustée à l’âge est de 100 à 150/100 000 personnes et ce chiffre est
multiplié par dix dans la population de plus de 75 ans.
Cette incidence augmente encore de façon très nette en fonction de
la latitude.
Ainsi, en Australie, en 1990, elle était estimée à
250/100 000 habitants.
Chez les migrants, la fréquence augmente
avec la durée de vie en Australie et est maximale pour les Européens
qui y sont nés et pour les zones proches de l’équateur où le taux
peut atteindre 1/100.
Étiologie
:
Les facteurs carcinogènes impliqués dans le développement des CSC
sont multiples : l’irradiation par les ultraviolets (UV), les radiations
ionisantes, la PUVAthérapie, les infections par les human
papillomavirus (hPV), l’exposition à différentes substances chimiques
comme l’arsenic ou les hydrocarbures polycycliques, mais aussi les
génodermatoses, l’immunosuppression et les dermatoses ulcérantes
ou cicatricielles chroniques.
A - RAYONS ULTRAVIOLETS :
Le facteur étiologique le plus fréquemment retrouvé est le soleil, en
particulier l’irradiation solaire chronique, ce qui explique la plus
grande fréquence de localisation sur les zones photoexposées et chez
les sujets de phototype clair.
Dans le spectre solaire, l’effet
carcinogène des UVB (290 à 320 nm) est le plus documenté mais
plus récemment, le rôle des UVA a été également rapporté.
Les arguments épidémiologiques prouvant le rôle des UV dans ces
tumeurs sont essentiellement descriptifs mais ont été confirmés dans
quelques études cas/témoins récentes.
– Quatre-vingts pour cent des carcinomes surviennent au visage,
au cou, au dos des mains, aux avant-bras (zones les plus photoexposées).
– Dans les populations blanches, il existe une relation inverse entre
l’incidence des cancers cutanés et la latitude.
– L’incidence augmente avec l’âge et témoigne indirectement d’un
effet dose cumulé.
– L’incidence des CSC est fortement augmentée chez les sujets
atteints de trouble de la réparation de l’acide désoxyribonucléique
(ADN) (xeroderma pigmentosum) qui entraîne une importante
photosensibilité cutanée.
– Le taux des cancers de la peau est plus bas dans les populations
pigmentées.
Malgré la difficulté et le peu d’études menées visant à quantifier le
rôle des UV, les relations exposition UV, phototype cutané et CSC
peuvent être résumées ainsi :
– les phototypes les plus susceptibles sont ceux ayant une faible
fabrication d’eumélanine (sujets roux) et ceci est directement lié à
certains variants génétiques du récepteur de la mélanocortine, le
MC1R ;
– la durée d’exposition aux UV joue un rôle important avec un effet
seuil (et non pas une relation purement linéaire) à partir duquel il
est observé une forte augmentation de risque ;
– les lésions cutanées UV induites : éphélides, télangiectasies, élastose, kératoses, nævus, sont des marqueurs de risques avec un
risque relatif (RR) de 5 à 10.
L’épidémiologie moléculaire a confirmé le rôle des UV en montrant
la présence de mutations de signature UV-induite (transitions C-T et
surtout doubles transitions CC-TT, spécifiques des UV) sur de
nombreux gènes, en particulier le gène suppresseur de tumeur p53
qui est le gène le plus fréquemment muté dans ces cancers.
Enfin, de nombreuses expérimentations animales ont permis de
confirmer le rôle des UV dans la carcinogenèse cutanée.
B - PUVATHÉRAPIE :
La PUVAthérapie augmente le risque de développement de
carcinomes cutanés, en particulier CSC, d’où l’importance du
contrôle médical de son utilisation.
C - RADIATIONS IONISANTES :
Les radiations ionisantes, en particulier X et c, autrefois utilisées
pour traiter diverses maladies cutanées ou non (acné, teigne,
hémangiome, arthropathies, etc), sont aussi responsables de la
formation de carcinomes cutanés.
D - CARCINOGÈNES CHIMIQUES :
Le rôle carcinogène d’agents chimiques a été décrit pour la première
fois en 1775 par Percivall Pott en rapportant l’augmentation de
l’incidence des CSC du scrotum chez les ramoneurs exposés aux
goudrons de houille.
L’arsenic, qui était autrefois utilisé dans
diverses préparations et qui revient sur la scène thérapeutique
aujourd’hui pour le traitement de diverses hémopathies malignes,
est également carcinogène.
L’effet de l’arsenic est dose-dépendant et
est associé à un risque de cancers viscéraux.
L’arsenic est
responsable de la formation de CSC in situ ou invasifs et de
kératoses, en particulier des paumes et des plantes.
Son effet
carcinogène semble indépendant des UV et des mutations de p53
sont peu retrouvées dans les tumeurs des sujets exposés.
E - PAPILLOMAVIRUS :
Le rôle des papillomavirus (hPV) dans la carcinogenèse de la peau
glabre est moins bien connu que celui plus évident dans la
carcinogenèse des muqueuses génitales.
Les hPV de types oncogènes
(en particulier 16 et 18) sont retrouvés dans la plupart des
carcinomes muqueux (col, anus) et dans un certain nombre de
carcinomes génitaux (vulve, verge) et dans une forme particulière
de CSC cutanés : les CSC périunguéaux.
Les hPV oncogènes
inactivent la protéine codée par le gène suppresseur de tumeur p53
par interaction entre les protéines E6 des hPV et la protéine P53.
Un
polymorphisme du gène p53, qui est retrouvé dans une proportion
de la population, serait plus susceptible à la dégradation par la
protéine E6 d’hPV mais sa conséquence sur la susceptibilité à
développer un carcinome génital n’est pas claire.
F - IMMUNOSUPPRESSION :
L’immunosuppression, en particulier celle observée chez les greffés
d’organes, s’accompagne d’une augmentation de l’incidence des
carcinomes cutanés, surtout CSC.
En effet, le rapport CBC/CSC est
inversé dans ces populations.
Les facteurs de risque sont majorés
chez les transplantés rénaux en fonction du phototype (clair), d’une
exposition solaire élevée et de la durée de la transplantation.
Ceci
illustre l’interaction chez ces malades entre différents facteurs :
infection à hPV, UV et déficit immunitaire.
G - GÉNODERMATOSES :
Il existe plusieurs génodermatoses prédisposant au développement
de CSC.
La plus fréquente et la mieux connue est le xeroderma
pigmentosum, maladie autosomique récessive caractérisée par un
défaut de réparation de l’ADN.
Elle associe une extrême
photosensibilité et le développement précoce de multiples tumeurs
cutanées (CBC, CSC et mélanomes).
Les anomalies génétiques
portent sur les gènes codant pour les enzymes impliquées dans la
réparation par excision de nucléotide (NER).
Selon l’enzyme
touchée, le phénotype est plus ou moins marqué.
On distingue ainsi
sept groupes de complémentation dans le xeroderma pigmentosum
classique.
L’albinisme oculocutané de type II est l’albinisme le plus fréquent
dans le monde.
Il est responsable d’une grande morbidité avec
d’importantes séquelles visuelles et le développement de tumeurs
cutanées, principalement des CSC.
Il s’agit d’une maladie
autosomique récessive due à des mutations du gène P, localisé en
15q11-q13, entraînant une réduction de la synthèse d’eumélanine et
une altération des mélanosomes.
L’épidermodysplasie verruciforme est une maladie extrêmement rare
caractérisée par le développement de verrues planes, de lésions
pityriasis versicolor-like, et plus tardivement de CSC sur les zones
photoexposées.
Une infection par les hPV oncogènes de type 5 ou
apparentés est fréquemment associée, de même qu’un déficit de
l’immunité à médiation cellulaire.
Le gène a été récemment localisé
sur le bras long du chromosome 17.
Enfin, la maladie de Ferguson-Smith, autosomique dominante, donne
des lésions CSC-like spontanément régressives.
Son gène a été
localisé en 9q22-31.
La dyskératose congénitale, de transmission autosomique récessive
liée à l’X (Xq28), associe une leucoplasie orale avec dystrophie
unguéale, atrophie cutanée, hyperpigmentation et pancytopénie.
Il
existe une instabilité chromosomique associée au risque de survenue
de plusieurs cancers dont des CSC.
Le gène impliqué code pour la dyskérine qui pourrait agir sur le cycle cellulaire et l’activité
télomérase.
Présentation clinique
:
Le CSC survient souvent sur une lésion précancéreuse telle que la
kératose actinique (KA).
La KA est une lésion squameuse, de quelques
millimètres, couleur de peau normale ou légèrement rosée ou
pigmentée, qui se palpe plus qu’elle ne se voit, et siège
principalement sur les zones photoexposées.
Les malades ont
le plus souvent de multiples KA qui peuvent, soit persister, soit involuer.
Seul un petit nombre de KA vont évoluer vers un CSC.
Le
risque de développement d’un CSC chez les malades atteints de KA
multiples serait autour de 6 à 10% et dépend du nombre de lésions
et de leur délai de persistance.
La KA peut prendre un aspect de
corne cutanée. Les signes qui doivent faire craindre la
transformation d’une kératose sont : l’étalement de la lésion, son
bourgeonnement en surface, son infiltration, son ulcération, son
caractère saignotant.
Un contrôle histologique est alors indispensable. Le risque de transformation d’une KA justifie que l’on
surveille régulièrement (au moins une fois par an) les malades
atteints de KA multiples et que l’on emploie divers traitements
destructeurs pour les faire disparaître (cryothérapie,
électrocoagulation, 5-fluorouracil (5-FU) topique, laser,
photothérapie dynamique, etc).
Le CSC invasif peut aussi se développer à partir d’une lésion
cancéreuse in situ ou maladie de Bowen qui forme une plaque
érythémateuse ou rosée bien limitée, persistante, plus ou moins
squameuse, située sur les zones photoexposées.
Ici encore,
l’étalement de la lésion, son induration, son bourgeonnement, son
ulcération, l’apparition d’un nodule doivent alerter et imposer un
contrôle histologique.
Toute maladie de Bowen doit être traitée
efficacement.
Le meilleur traitement est la chirurgie, mais des
alternatives (cryothérapie, laser, photothérapie, etc) sont également
possibles.
Enfin, le CSC peut se développer sur d’autres lésions précancéreuses
comme les cicatrices de brûlures, les radiodermites, les ulcérations
chroniques.
La plupart des CSC se développent sur la tête et le cou.
Le tronc est
ensuite le deuxième site le plus atteint.
La lésion la plus fréquente
est ulcérovégétante.
Il s’agit d’une tumeur saillante, volumineuse,
infiltrée, de surface irrégulière, bourgeonnante et ulcérée.
Elle
saigne facilement.
Son bord est dur, épais et la base infiltrée de la
lésion dépasse les limites visibles.
Parfois, la lésion prend un aspect nodulaire, symétrique, croûteux
en son centre qui peut simuler un kératoacanthome dont le
diagnostic différentiel n’est pas toujours aisé.
La lésion peut
être essentiellement bourgeonnante, sans ulcération, formant un
nodule rouge rosé plus ou moins volumineux ou des masses
charnues condylomateuses, souvent de grande taille.
Les formes
débutantes peuvent se présenter sous forme de papules fermes,
couleur de peau normale ou rosée, parfois hyperkératosiques et
persistantes.
Une biopsie s’impose.
Les formes superficielles peu
infiltrées, ulcérées ou non, sont plus rares et souvent confondues
avec une maladie de Bowen.
Des symptômes peuvent être associés et doivent alerter comme
l’existence d’un prurit, une sensation douloureuse ou un
saignement.
En particulier, il faut toujours suspecter une
transformation en CSC d’une plaie chronique qui devient
douloureuse et qui saigne.
Histopathologie
:
Le CSC est une prolifération épithéliale maligne développée aux
dépens des kératinocytes.
Selon le dégré d’infiltration du derme et
de franchissement de la membrane basale, on parle de carcinome in situ, de carcinome micro-invasif ou de carcinome invasif.
Le CSC
invasif correspond à une prolifération de cellules de grande taille,
organisées en lobules ou en travées plus ou moins anastomosées, de
disposition anarchique.
Une différenciation fonctionnelle (ou
maturation) sous forme de globes cornés est fréquente.
Cette
maturation est variable, allant des formes très différenciées aux
formes quasiment anaplasiques.
Dans ces cas, les cellules prennent
un aspect fusiforme difficile à différencier des cellules de mélanome
ou de sarcome.
Les immunomarquages à la recherche des marqueurs
kératinocytaires sont alors utiles pour le diagnostic.
Il existe
fréquemment de nombreuses mitoses et des atypies cytonucléaires.
La tumeur envahit plus ou moins profondément le derme, voire
l’hypoderme au sein d’un stroma inflammatoire.
L’atteinte du derme
réticulaire, le caractère peu différencié et l’existence d’un certain
degré de neurotropisme sont des facteurs de mauvais pronostic.
Formes cliniques particulières :
A - CARCINOME SPINOCELLULAIRE VERRUQUEUX
:
La forme verruqueuse est plus rare et se caractérise par une
malignité essentiellement locale.
C’est un CSC de bas grade de
malignité.
Les tumeurs ressemblent à de larges verrues exophytiques, en « choux-fleurs ».
Elles peuvent siéger n’importe où
mais leur site de prédilection est la cavité buccale, le larynx ou les
parties génitales.
On rattache à cette entité le carcinome cuniculatum qui siège électivement sur le membre inférieur, souvent sur
une plaie chronique du pied, la papillomatose orale floride et la
tumeur de Buschke-Loewenstein aux organes génitaux et à la région
périanale.
Ces tumeurs évoluent classiquement en trois stades : le stade 1 où
l’aspect clinique inquiétant contraste avec un aspect histologique
bénin ; le stade 2 où cet aspect histologique reste bénin sans
franchissement de la basale mais l’infiltration en profondeur par
refoulement des tissus est très marquée et s’associe à une récidive
quasi constante en cas de chirurgie limitée.
Aux stades 1 et 2, le
diagnostic histopathologique sur prélèvement biopsique est souvent
très difficile, voire impossible devant des lobules épithéliaux très
bien différenciés sans atypie architecturale ou cytologique.
Une ou
plusieurs biopsies chirurgicales profondes sont bien souvent
nécessaires pour faire le diagnostic différentiel avec une hyperplasie
épithéliale pseudocarcinomateuse ; enfin, le stade 3, où la biopsie
retrouve un carcinome invasif avec anomalies cytonucléaires,
désorganisation architecturale et franchissement de la membrane
basale.
À ce stade, le pronostic est celui d’un carcinome épidermoïde
classique.
L’envahissement locorégional peut être très important, en
particulier au niveau du petit bassin.
Une atteinte ganglionnaire est
peu fréquente.
Une atteinte osseuse par contiguïté peut se voir.
Les
métastases viscérales sont exceptionnelles.
Le rôle de divers facteurs
carcinogènes, dont les hPV, est suspecté.
B - CARCINOME SPINOCELLULAIRE MUQUEUX
:
1- Carcinome des lèvres buccales
:
Les CSC des lèvres représentent 90 % des cancers des lèvres, près de
10 % des cancers cutanés et 1,7 % des cancers des voies
aérodigestives supérieures (VADS).
Ils siègent dans 88 à 98 % des
cas sur le vermillon de la lèvre inférieure et atteignent
préférentiellement l’homme de plus de 60 ans.
Ils sont
essentiellement liés à deux facteurs de risque représentés par
l’exposition solaire chronique (comme les autres CSC du visage) et
par le tabac, en particulier au niveau de la zone de contact avec la
cigarette.
Ils sont souvent précédés d’un état précancéreux
représenté, soit par une chéilite actinique, soit par une chéilite
tabagique, les deux pouvant s’associer et augmenter le risque de
carcinome.
Toute lésion leucoplasique, érosive ou indurée et fixe doit
être biopsiée.
Beaucoup plus rarement, le CSC peut survenir sur une
chéilite glandulaire chronique, ou des lésions de lupus chronique et
de lichen plan.
Le CSC se présente le plus souvent sous forme d’une ulcération à
bords irréguliers, reposant sur une base indurée.
L’aspect de
tumeur végétante ou bourgeonnante est plus rare.
L’examen clinique
comporte la recherche d’adénopathies dans les territoires sousmentaux,
sous-maxillaires, jugulocarotidiens, spinaux et susclaviculaires,
et la recherche, chez les fumeurs, d’une deuxième
localisation au niveau des VADS par un examen complet de la cavité
buccale, de l’oropharynx, du larynx et de l’hypopharynx : une
panendoscopie peut être proposée.
Une radiographie pulmonaire et
une échographie hépatique complètent ce bilan.
Pour les tumeurs de grande taille (> 2 cm), ou en présence d’adénopathie, on demande
une tomodensitométrie de la région cervicale pour mieux juger de
l’extension locorégionale.
2- Carcinome spinocellulaire de la vulve
:
Ces carcinomes sont des tumeurs rares (3 à 5 % des cancers génitaux
de la femme) et surviennent dans la plupart des cas sur une lésion
ou un état précancéreux représentés par :
– soit des lésions de dysplasie sévère, « étagée », appelée par
l’International Society for the Study of Vulvar Disease (ISSVD)
« dysplasie indifférenciée » ou « carcinome in situ », liées à une
infection à hPV oncogène (hPV 16 ++).
Cliniquement, ces lésions
correspondent à une maladie de Bowen génitale leucoplasique ou
érythroplasique (anciennement dénommée érythroplasie de
Queyrat) qui survient préférentiellement chez la femme
ménopausée, plus rarement à des papuloses bowénoïdes (PB) qui
atteignent la femme jeune et qui n’évoluent vers une invasion
qu’exceptionnellement, en l’absence d’immunodépression associée ;
– soit des lésions épithéliales associées et secondaires à un lichen
scléreux (LS) vulvaire généralement mal ou non traité : elles sont
appelées « dysplasies sévères différenciées » par l’ISSVD et réalisent
une hyperplasie épithéliale associée à des atypies cytonucléaires qui
restent à la partie inférieure de l’épithélium.
Cliniquement, ces
lésions réalisent des plaques leucoplasiques ou érythroplasiques.
Après contrôle histologique et en l’absence de traitement
médical du LS sous-jacent, un traitement local par un
dermocorticoïde de niveau 1 (clobétasol) peut être proposé pendant
1 à 3 mois sous surveillance stricte.
En cas de non-régression, une
exérèse de ces lésions s’impose.
Les CSC vulvaires surviennent généralement chez les femmes âgées
(moyenne d’âge de 70 à 80 ans) et peuvent se présenter cliniquement
sous forme d’une ulcération indurée, d’une lésion végétante ou
bourgeonnante, saignant au contact.
Un scanner abdominopelvien
est proposé en présence d’adénopathie palpable ou chez une
patiente difficile à examiner. Une radiographie pulmonaire complète
ce bilan.
3- Carcinome spinocellulaire de la verge
:
Ce carcinome est rare dans les pays d’Europe et d’Amérique du
Nord (1 % des cancers de l’homme), mais beaucoup plus fréquent
en Amérique latine, en Asie et en Afrique (15 à 20 %).
Cette
différence est liée au rôle des hPV dans l’étiologie de ces cancers
dans les zones de forte incidence.
Comme à la vulve, le LS
favorise aussi les CSC du pénis et il n’est pas sûr que les
balanoposthites chroniques associées à un phimosis, cause classique
des CSC de la verge, ne soient pas dues en partie à un LS non
reconnu et non traité.
Le rôle étiologique des UV chez les patients
de phototype clair, traités par PUVAthérapie, est aussi reconnu, bien
que cet événement soit rare dans les cohortes de malades traités.
Le rôle du contact avec des hydrocarbures dans certaines professions
(ramoneurs, métallurgistes...) est devenu plus rare du fait de
règlementations protectrices.
Les lésions précancéreuses hPV
induites ou liées à un LS sont les mêmes qu’à la vulve.
Ce
carcinome se présente cliniquement comme une tumeur souvent
ulcérée, mais peut aussi se révéler par un phimosis acquis,
irréductible, qui doit toujours être l’objet d’une exploration
chirurgicale.
L’évaluation de l’extension locale nécessite une image
en résonance magnétique (IRM) du pénis ; une radiographie
pulmonaire et un scanner abdominopelvien à la recherche de
métastases viscérales et ganglionnaires complètent le bilan.
4- Carcinome spinocellulaire du scrotum
:
Son intérêt est historique, puisqu’il s’agit du premier cas de CSC
professionnel rapporté. Le rôle des carcinogènes chimiques est
prépondérant.
Il a été initialement décrit chez les ramoneurs.
Les
mesures de protection actuelles en ont beaucoup diminué la
fréquence.
Les professions les plus exposées sont les ouvriers
travaillant dans la métallurgie.
Typiquement, il s’agit d’une lésion verruqueuse infiltrée du scrotum qui s’étend et s’ulcère.
La richesse
du réseau lymphatique explique que les atteintes ganglionnaires
rapides ne sont pas rares.
Le pronostic de cette forme est mauvais
(survie à 5 ans de 40 à 50 %). Son intérêt a été récemment relancé du
fait de la description d’une augmentation de fréquence chez les
malades traités par PUVAthérapie ayant reçu de fortes doses.
C - FORMES INHABITUELLES :
1- Carcinome périunguéal :
Son individualisation récente tient à la démonstration de la présence
d’hPV oncogène type hPV 16 qui évoque une possible transmission
sexuelle dans cette localisation et le rôle de ce virus dans l’étiologie
de ce carcinome.
Il faut toujours se méfier des verrues périunguéales récalcitrantes et demander une biopsie au moindre
doute.
2- Formes à type d’intertrigo :
Cette présentation est rare mais doit être évoquée là encore devant
tout intertrigo résistant au traitement usuel, en particulier lorsqu’il
est érosif, bourgeonnant et douloureux.
Pronostic
:
Tout CSC doit être considéré comme agressif.
Le CSC invasif a
tendance à récidiver et peut métastaser. Le taux de récidive d’une
tumeur primitive à 5 ans est d’environ 8 % et celui de métastase de
5 %.
Il existe plusieurs facteurs de mauvais pronostic.
– Taille de la lésion : une lésion supérieure à 2 cm de diamètre a un
taux de récidive à 5 ans de 15 % et de métastase encore plus élevé, à
30 %.
– Localisation : les CSC de la lèvre et des oreilles sont plus agressifs
avec un taux de récidive entre 20 et 25 %.
D’autres localisations ont
également un mauvais pronostic comme le cuir chevelu, le front, les
paupières, le nez, la face dorsale des mains, le pénis, le scrotum et
l’anus et les muqueuses d’une manière générale.
D’autre part, les CSC survenant sur des plaies chroniques (ulcères, épidermolyses
bulleuses congénitales) ont un fort risque de métastases, avoisinant
les 40 %.
– Évolutivité de la lésion : une croissance rapide ou une récidive de
la lésion augmentent les risques de récidives ultérieures et de
métastases.
– Immunosuppression : elle entraîne l’ apparition plus précoce des
CSC (deux à trois décennies plus tôt que la population
immunocompétente) dont le risque métastatique est plus élevé
(10 %).
– Critères histologiques :
– la profondeur de la lésion : elle n’a été étudiée que par quelques
auteurs et la gravité d’un CSC serait supérieure en cas d’atteinte
du derme réticulaire (> à 4 mm) ;
– l’atteinte périneurale observée dans 2 à 7% des cas qui est
souvent asymptomatique ;
– le caractère peu différencié de la tumeur.
Ainsi, si la majorité des malades atteints de CSC ont un bon
pronostic, il faut rester vigilant devant tout malade atteint de CSC
et procéder à un examen cutané corps entier soigneux à la recherche
d’une autre lésion (environ 30 % des patients développent une
deuxième lésion dans les 5 ans) ou de signes d’extension de sa
lésion, en particulier dans les aires ganglionnaires.
En cas de
métastase à distance, l’atteinte ganglionnaire est très fréquemment
associée (85 % des cas).
En cas d’extension métastatique à distance, le pronostic est beaucoup
plus réservé puisque la survie est inférieure à 20 % à 10 ans.
Diagnostic différentiel
:
Certains carcinomes cutanés sont de diagnostic parfois difficile avec
d’autres tumeurs.
Le diagnostic différentiel le plus difficile, tant sur
le plan clinique qu’histopathologique, est celui du kératoacanthome.
L’existence d’une infiltration profonde, d’une véritable ulcération
centrale, la persistance de la lésion au-delà de quelques mois sans
régression doivent être considérées comme suspectes.
Une exérèsebiopsie
est préférable à une biopsie partielle en raison des difficultés
de l’examen histopathologique.
Il est fréquent que ce dernier ne
puisse pas formellement trancher entre les deux diagnostics.
Certains kératoacanthomes géants et très destructeurs posent le
problème d’une forme particulière de CSC très différencié.
Tous les
cas de kératoacanthomes difficiles à classer doivent être traités
comme des CSC.
D’autre part, la distinction entre CBC et CSC est
parfois difficile, même pour un oeil habitué.
Ceci souligne l’intérêt
de la biopsie qui permet de confirmer et de préciser le diagnostic et
le type histologique.
Dans les cas indifférenciés, on peut s’aider de
certains marqueurs immunohistochimiques (marquage positif des
kératines, marquage négatif avec les anticorps antivimentine, PS100,
HMB45, reconnaissant d’autres cellules cutanées, fibroblastes,
cellules dendritiques, mélanocytes, etc).
En dehors du kératoacanthome, les autres diagnostics différentiels
sont les carcinomes annexiels bénins ou malins : carcinome
trichilemnal du sujet âgé, porocarcinome, carcinome sébacé, le
fibroxanthome atypique, le sarcome épithélioïde, le carcinome
neuroendocrine de Merkel, les métastases de carcinomes, les
fibrosarcomes et le mélanome. Dans tous les cas, la biopsie permet
d’orienter le diagnostic.
Traitement :
A - TRAITEMENT DE LA TUMEUR PRIMITIVE :
1- Chirurgie
:
Le traitement des CSC cutanés est avant tout chirurgical.
En effet,
seul ce traitement permet un contrôle histologique des marges
d’exérèse et donc un meilleur contrôle de l’évolution à moyen et
long termes, ce qui devient de plus en plus nécessaire du fait de
l’augmentation de la durée de vie de la population.
Il n’existe pas
d’étude prospective comparant la chirurgie aux autres traitements.
De même, si les exérèses selon la technique de Mohs permettent
d’évaluer la marge nécessaire pour obtenir une exérèse histologique
complète à partir des limites cliniques de la tumeur, il n’y a pas, au
cours de ces études, de recul évolutif supérieur ou égal à 5 ans.
L’évaluation des marges d’exérèse tient compte des facteurs de
mauvais pronostic des CSC, à savoir la taille et l’épaisseur de la
tumeur, la différenciation histologique du carcinome, le
neurotropisme de la tumeur, sa localisation (zone à risque : sites de
fusion embryonnaire [région rétroauriculaire, paupières, sillons
nasogéniens] mais aussi cuir chevelu et extrémités) et ses
caractéristiques évolutives (lésion primitive ou récidivante), ou
l’existence d’une immunodépression.
L’étude histologique des marges d’exérèse faite par Broadland par
la technique de Mohs portant sur 141 CSC montre que si, dans la
majorité des cas, une marge de 4 mm serait suffisante pour obtenir
une exérèse complète des petites tumeurs, une marge de 6 mm est
en revanche nécessaire pour les tumeurs de 10 à 20 mm, ou mal
différenciées, ou encore situées sur les zones dites à risque.
Mais
pour les tumeurs supérieures à 2 cm, une marge de 9 mm est
nécessaire.
Cependant, cette étude ne s’accompagne pas d’un suivi
des patients.
D’après ces résultats et en tenant compte des facteurs de risque,
nous préconisons pour les CSC cutanés les marges suivantes.
D’autre part, toute exérèse incomplète, tant latéralement qu’en
profondeur, doit, étant donné le potentiel métastatique des CSC, être
l’objet d’une reprise chirurgicale.
Pour les tumeurs de petite taille et de bon pronostic, la marge
d’exérèse permet généralement une exérèse-suture sous anesthésie
locale en ambulatoire.
En revanche, les tumeurs de grande taille
nécessitent un temps de reconstruction (greffe, lambeau) après
vérification histologique de l’absence de tumeur résiduelle sur les
marges d’exérèse.
Cette analyse peut se faire pendant le temps
opératoire (étude extemporanée, technique de Mohs), soit après
l’intervention (chirurgie en deux temps), la lésion étant mise à plat,
recouverte d’un pansement, et la reconstruction réalisée dans un
deuxième temps.
La technique de Mohs comporte une fixation de la tumeur in situ
généralement par congélation.
L’excision se fait par des coupes
horizontales réalisées en série, dont l’étude anatomopathologique
immédiate guide l’acte chirurgical.
Cette technique est longue et
coûteuse et est peu utilisée en France.
L’examen extemporané en peropératoire est une technique analogue nécessitant aussi la
présence d’un anatomopathologiste.
L’utilisation de l’une ou l’autre
de ces techniques dépend de la pratique et des moyens de l’équipe
médicale.
En l’absence d’adénopathie palpable, le traitement des CSC primitifs
cutanés ne comporte pas de curage ganglionnaire.
2- Radiothérapie
:
Les progrès de la chirurgie réparatrice et des techniques
anesthésiques en ont limité les indications.
En dehors de la
radionécrose liée à la taille (grande surface lésionnelle) et au site
(cartilage), les inconvénients de la radiothérapie sont, à moyen et
long termes : la radiodystrophie, la reprise chirurgicale difficile si
survient une récidive et le risque carcinogène.
Il faut donc l’éviter
chez des sujets de moins de 60 ans et si possible chez les
immunodéprimés qui présentent des lésions multiples et
multifocales.
Actuellement, ce traitement est réservé, soit à des tumeurs
inopérables (atteinte d’organe vital), soit à des patients
inopérables.
La décision est prise le plus souvent en consultation
pluridisciplinaire (dermatologue, chirurgien, radiothérapeute,
chimiothérapeute).
En cas d’exérèse incomplète, une reprise
chirurgicale est toujours préférable si l’état du patient le permet
plutôt qu’une radiothérapie complémentaire systématique.
Les rayons X de basse énergie (contacthérapie) sont progressivement
abandonnés pour des électrons de haute énergie (6 à 13 MeV),
parfois associés à des protons de basse énergie.
Le traitement est
généralement fractionné à 3 à 4 Gy par séance, étalé sur 4 à 6
semaines.
Les doses utilisées sont de l’ordre de 50 à 60 Gy.
En cas
d’altération importante de l’état général, rendant les déplacements
difficiles, il est tentant de proposer une irradiation hypofractionnée
délivrant par exemple 10 Gy ou 11 Gy à j1, j8, j15.
Mais ces
schémas d’irradiation augmentent le risque de nécrose immédiate
(surtout si la surface irradiée est large, supérieure à 5 cm2) et le
risque de radiodystrophie.
La curiethérapie interstitielle (iridium 192) est indiquée surtout pour
les lésions de la pyramide nasale ou des lèvres.
Mais il existe aussi
un risque de nécrose si la tumeur est supérieure à 4 cm, ou est située
près du cartilage.
Elle nécessite une hospitalisation avec une
chambre isolée pouvant être à l’origine d’une décompensation chez
un sujet âgé fragile.
Cette technique est à l’origine d’un risque
trophique non négligeable.
Les résultats d’études rétrospectives, ne
distinguant pas les CSC cutanés des CBC, montrent un taux de
récidive à 5 ans qui dépend de la taille de la tumeur (5 à 10 % de
récidive pour les tumeurs primitives inférieures à 5 cm et 27 % pour
les tumeurs primitives supérieures à 5 cm), et de son caractère
évolutif (10 à 12 % de récidives pour les tumeurs récidivantes
inférieures à 5 cm et 60 % pour les tumeurs récidivantes supérieures
à 5 cm).
3- Autres techniques destructrices :
* Curetage-électrocoagulation :
Cette technique consiste à cureter la lésion jusqu’à l’obtention d’un
tissu apparemment sain en profondeur et latéralement, suivi d’une
électrocoagulation des berges.
Elle ne peut être utilisée que pour les
petites lésions (1 cm), superficielles, non récidivantes, et n’a donc
pas d’intérêt par rapport à une exérèse-suture qui est généralement
indiquée pour ce type de lésion, et qui permet un examen
histologique des marges d’exérèse.
* Cryochirurgie :
Elle est réservée aux patients ayant une contre-indication à la
chirurgie classique.
Le taux de succès est estimé à 97,3 % dans les CSC primitifs de petite taille, inférieure à 1,2 cm.
La PTD, qui repose
sur l’utilisation combinée d’une substance photosensibilisante (ou
son précurseur) et d’une lumière de longueur d’onde appropriée,
semble un bonne alternative dans les formes superficielles
essentiellement (KA, maladie de Bowen).
L’imiquimod, une
substance immunomodulatrice en cours d’expérimentation dans le
traitement des maladies de Bowen cutanées, est une autre
alternative.
4- Chimiothérapie :
Il y a très peu de séries publiées étudiant la chimiosensibilité des
CSC cutanés, alors que celle d’autres CSC, en particulier des
muqueuses des VADS, est bien reconnue.
Le 5-FU, le cisplatine et la
bléomycine sont les drogues qui ont été le plus utilisées.
La
chimiothérapie est réservée aux formes inopérables d’emblée
(atteinte d’un organe vital), en association éventuellement à la
radiothérapie, ou pour les formes métastatiques. Son effet est
essentiellement palliatif.
La chimioréduction préopératoire des CSC
de grande taille (associée ou non à une radiothérapie) est
intéressante, car elle peut permettre une exérèse chirurgicale
secondaire, considérée initialement comme trop mutilante, avec
une survie sans récidive ou un contrôle stable supérieur à 1 an chez
six sur 13 patients dans une étude.
Des essais de chimiothérapie
des membres isolés associant tumor necrosis factor (TNF)a, interféron
(IFN), melphalan et hyperthermie ont été réalisés avec succès mais
nécessitent confirmation.
B - TRAITEMENT SELON LA LOCALISATION
:
1- Carcinome spinocellulaire de la lèvre
:
Le traitement de ces états et lésions précancéreuses labiales repose
sur la vermillonectomie qui permet un examen histologique complet
des lésions.
Le laser CO2 est une alternative thérapeutique, bien que
moins sûre au plan carcinologique.
Il doit être précédé de multiples
biopsies si les lésions sont étendues.
Les applications de 5-FU sont
abandonnées du fait des effets secondaires (irritation ++) et de leur
efficacité inconstante.
Le traitement des CSC des lèvres repose sur la chirurgie ou/et la
radiothérapie.
Pour les tumeurs T1, T2, N0, une exérèse chirurgicale
avec une marge de 1 cm suivie d’une réparation dans le même
temps opératoire est préférable (l’exérèse en deux temps n’est pas
possible lorsqu’une chirurgie interruptrice est réalisée) : en
l’absence d’adénopathie, la plupart des auteurs préconisent une surveillance ganglionnaire sans curage systématique.
Pour les
tumeurs plus grandes, la discussion entre chirurgie et curiethérapie,
associée ou non à une radiothérapie externe, se pose.
Ces traitements
sont systématiquement associés à un curage sous-mento-sousdigastrique
bilatéral, et une radiothérapie complémentaire des aires
ganglionnaires est faite en cas d’envahissement histologique.
Dans
les formes inopérables ou métastatiques, une chimiothérapie
reposant essentiellement sur le 5-FU et le cisplatine est indiquée,
parfois associée à une radiothérapie de la tumeur inopérable
(protocole de chimioradiothérapie), permettant une exérèse
chirurgicale secondaire.
2- Carcinome spinocellulaire génital
:
Le traitement des maladies de Bowen génitales repose sur leur
exérèse chirurgicale avec une marge de 5 mm suivie si besoin d’une
greffe.
Au prépuce, on réalise une circoncision, et au gland, une
exérèse superficielle avec une marge de 5 mm, suivie d’une greffe.
Ces traitements chirurgicaux sont sans conséquence sur la qualité
de vie du patient.
Le traitement des papuloses bowénoïdes est
identique à celui des condylomes génitaux (électrocoagulation, laser
CO2…).
L’’imiquimod, un nouvel immunomodulateur aux
propriétés antivirales et antitumorales, disponible sous forme de
topique (crème Aldarat à 5 %) dans le traitement des condylomes,
est en cours d’expérimentation dans le traitement des maladies de
Bowen génitales.
Dans tous les cas, la recherche d’une autre lésion
précancéreuse ou cancéreuse anogénitale hPV induite associée,
présente dans un tiers des cas, s’impose avec un frottis, une
colposcopie et une anuscopie.
3- Carcinome spinocellulaire vulvaire
:
Le traitement des CSC vulvaires repose sur l’exérèse chirurgicale
avec une marge de 1 cm et un curage inguinocrural homolatéral (si
la lésion est latéralisée) ou bilatéral (si la lésion est médiane) dès
que l’épaisseur de l’envahissement est supérieure à 1 mm (au-delà
de la membrane basale).
Une radiothérapie complémentaire est
proposée si l’exérèse est incomplète et la reprise chirurgicale
impossible.
Au niveau des aires ganglionnaires, une radiothérapie
complémentaire est indiquée en cas d’atteinte histologique.
En cas
de tumeur inopérable, une chimiothérapie peut être proposée si
l’état général de la patiente le permet (associée ou non à une
radiothérapie).
Une exérèse chirurgicale dans un deuxième temps
est alors parfois possible.
Les protocoles chimio/radiothérapie
utilisent le 5-FU, associé ou non à du cisplatine ou à de la
mitomycine.
Des polychimiothérapies associant diversement
bléomycine, méthotrexate, CCNU, vincristine, mitomycine ou
cisplatine ont aussi été utilisées dans cette indication et dans les
formes métastatiques inopérables.
L’indication d’une
chimiothérapie adjuvante chez les patientes à haut risque de récidive
est à discuter au cas par cas, ou mieux, dans le cadre de protocoles
thérapeutiques.
4- Carcinome spinocellulaire de la verge
:
Le traitement de référence du CSC invasif de la verge repose sur
l’exérèse chirurgicale avec une marge de 1,5 à 2 cm, guidée par
l’extension de la tumeur, allant de la simple circoncision pour les
petites tumeurs du prépuce (permettant une marge de 2 cm), à une
amputation totale en cas d’envahissement des corps caverneux.
Une amputation partielle peut être proposée dans les autres cas.
Les
traitements conservateurs reposent essentiellement sur la
radiothérapie (curiethérapie, radiothérapie externe), mais sont
surtout l’indication des petites tumeurs (qui ne nécessitent pas de
traitement chirurgical extensif) et aucune étude contrôlée n’a
comparé ces deux traitements, tant au niveau du taux d’échec que
du retentissement sur la vie sexuelle du patient (risque de
radiodermite avec sclérose et retentissement douloureux après
radiothérapie).
En l’absence de ganglion palpable ou visualisé au
scanner, deux attitudes thérapeutiques sont possibles : une
surveillance rapprochée ou un curage inguino-iliaque
prophylactique, en particulier quand la tumeur est peu différenciée,
de grande taille et touche les corps caverneux (la technique du
ganglion « sentinelle » est en cours d’évaluation).
En cas de ganglion
palpable et persistant après un traitement antibiotique de 4 à 6
semaines, un curage s’impose, unilatéral ou bilatéral selon les
auteurs.
L’extension du curage (inguinal ou ilio-inguinal) n’est pas
non plus consensuelle.
Une radiothérapie postopératoire est
proposée en cas d’atteinte de deux ganglions ou de rupture
capsulaire.
Une chimiothérapie est indiquée dans les formes
métastatiques ou inopérables.
Le cisplatine, le 5-FU, la bléomycine,
le méthotrexate, la vincristine ou la vinblastine sont les produits les
plus utilisés, mais sans étude contrôle.
L’association
chimio/radiothérapie externe semble intéressante pour des
adénopathies initialement inopérables.
L’intérêt d’une
chimiothérapie néoadjuvante pour permettre un traitement
conservateur, ou adjuvante pour les malades à haut risque de
récidive, est en cours d’évaluation.
C
- TRAITEMENT DES ATTEINTES GANGLIONNAIRES :
L’exploration chirurgicale systématique des ganglions dans les CSC
a été longtemps débattue.
Actuellement, en l’absence d’adénopathie
palpable, l’abstention chururgicale est la règle.
Cependant, cette
attitude impose une surveillance clinique régulière et rapprochée
(tous les 4 mois la première année).
En cas d’atteinte ganglionnaire clinique ou radiologique, un curage
chirurgical est nécessaire.
Celui-ci est complété d’une irrradiation
systématique de l’aire ganglionnaire en cas d’effraction capsulaire
ou d’atteinte de plus de deux ganglions par analogie aux CSC
d’autres localisations.
D - TRAITEMENT PRÉVENTIF ET SURVEILLANCE
:
Le traitement préventif des CSC est possible et devrait être plus
largement exploité.
Il repose sur plusieurs principes.
Le premier est
la photoprotection solaire puisque le soleil est le principal agent
carcinogène.
L’éducation de la population grâce aux campagnes de
dépistage et d’information permet progressivement de voir un
changement de comportement.
Cependant, l’augmentation du temps
de loisir, le développement de vacances bon marché dans les pays
exotiques et de courte durée, l’augmentation de la longévité, sont
responsables d’une augmentation importante de l’incidence de ces
tumeurs.
Il faut donc continuer à informer les gens des risques liés à
l’exposition excessive au soleil.
L’utilisation d’écrans solaires
puissants (facteur de protection solaire supérieur à 30) et couvrant UVB et UVA est à recommander.
Cependant, leur utilisation ne doit
pas entraîner un comportement paradoxal, à savoir un plus long
temps d’exposition solaire, l’absence de coup de soleil ne prévenant
pas de la possibilité d’autres dommages cellulaires plus irréversibles
et pouvant initier la transformation des cellules cutanées.
Le deuxième principe repose sur le traitement de toute lésion
précancéreuse cutanéomuqueuse et le troisième principe sur la
surveillance régulière des patients (deux à trois fois par an, voire
tous les mois pour les sujets à haut risque).
Les rétinoïdes à fortes doses (3 à 4 mg/kg) ont un effet curatif partiel
(diminution de la taille des gros CSC) mais au prix d’effets
secondaires majeurs et sans que l’on connaisse l’effet à long terme.
Aux doses plus faibles (0,75 à 1 mg/kg pour l’acitrétine et 1 à
2 mg/kg pour l’isotrétinoïne), ils n’ont pas d’effet curatif mais un
effet préventif qui peut être intéressant chez les patients à risques
(génodermatoses, immunodéprimés).
L’intérêt de petites doses
d’acitrétine chez des patients à risques est controversé.
Les
rétinoïdes ont un effet essentiellement suspensif. Enfin, une
publication récente a rapporté l’inefficacité d’un traitement préventif
par bêta-carotène.