Introduction
:
Les carcinomes annexiels regroupent de nombreuses tumeurs
malignes, très différentes mais qui dérivent toutes des annexes
épithéliales de la peau.
On les classe en fonction de leur histogenèse
en quatre groupes : carcinomes dérivant des glandes eccrines, des
glandes apocrines, des structures folliculaires et des glandes
sébacées.
Leur distinction est fondée sur l’examen histopathologique, car bien souvent leur aspect est celui d’une
tumeur plus ou moins ulcérée non reconnaissable.
Il existe toutefois
plusieurs formes anatomocliniques accessibles au diagnostic
clinique.
Ces carcinomes ne doivent pas être méconnus car ils sont
souvent envahissants et de mauvais pronostic quand le diagnostic
est tardif.
La distinction entre tumeur annexielle bénigne et
carcinome n’est pas toujours aisée, car on peut trouver des mitoses
dans les tumeurs eccrines bénignes par exemple, alors que les
mitoses peuvent manquer dans certains carcinomes invasifs sur le
plan architectural.
C’est pourquoi il faut toujours pouvoir être
certain de l’excision complète des lésions de malignité
éventuellement douteuse.
L’individualisation des divers carcinomes annexiels est relativement
récente et chaque année des variantes nouvelles sont décrites et font
l’objet de discussions entre dermatopathologistes.
Nous décrirons
ici les principaux carcinomes bien caractérisés.
Il existe des
carcinomes qui sont manifestement d’origine annexielle, mais dont
la classification précise est parfois impossible en raison de
différenciations histologiques complexes, doubles ou multiples
Carcinomes dérivant des glandes eccrines :
A -
POROCARCINOME :
Il a été longtemps considéré comme une variante maligne du
porome eccrine bénin.
Il en existe toutefois deux formes
différentes, dont le pronostic est dissemblable.
1- Porocarcinome trabéculaire :
C’est la forme la mieux connue ; elle ressemble cliniquement et
histologiquement au porome eccrine.
Il s’agit d’une tumeur exophytique, souvent exulcérée et discrètement suintante ou
hémorragique, de 1 à 5 cm de grand axe.
Les localisations
préférentielles sont le membre inférieur, principalement le pied et la
jambe.
Il touche surtout les adultes après 60 ans, avec une
légère prédominance féminine.
Les métastases cutanées
locorégionales sont possibles, ainsi qu’une dissémination viscérale.
La dissémination cutanée locorégionale est très caractéristique des porocarcinomes, mais il semble exister d’exceptionnelles
formes de porocarcinomes multiples.
Histologiquement, la tumeur est faite de petites cellules porales
rondes, à cytoplasme légèrement basophile.
L’architecture en est trabéculaire, c’est-à-dire faite de vastes travées anastomotiques
fusant vers le derme profond.
La tumeur est connectée à l’épiderme
en surface et est bien limitée de part et d’autre, comme dans le porome.
Les noyaux sont souvent atypiques et regroupés en amas
irréguliers, avec de fréquentes mitoses.
Certaines masses tumorales
sont centrées par de la nécrose.
L’examen attentif permet de trouver
de petites structures ductales au sein des massifs épithéliaux, ou des
différenciations ductales intracytoplasmiques, mieux visibles grâce
à l’acide périodique Schiff (PAS) ou à l’immunomarquage de
l’antigène carcinoembryonnaire (ACE).
Les massifs profonds peuvent être entourés d’artefacts de rétraction.
C’est l’activité
mitotique, l’invasion en profondeur, ainsi que la mauvaise limitation
avec le stroma qui posent le diagnostic de malignité.
On peut
trouver une image de porome eccrine bénin sur un bord et des zones
très atypiques démontrant la transformation de la lésion.
La forte
expression de PCNA (proliferating cell nuclear antigen) et de Ki67
pourrait être un marqueur de distinction des porocarcinomes par
rapport aux poromes bénins.
La récidive après excision même large est
fréquente, en raison d’extensions lymphatiques à
distance de la tumeur.
2- Porocarcinome eccrine épidermotrope ou superficiel
:
Cette tumeur est parfois appelée « hidroacanthome malin ». Dans
cette forme, la lésion est plus difficile à reconnaître.
Elle évolue
longtemps comme une plaque croûteuse à extension centrifuge.
On
peut y voir se développer des nodules ou une ulcération. La taille
peut être importante et atteindre 10 à 15 cm de grand axe, la lésion
évoluant pendant des années sans occasionner de gêne fonctionnelle.
L’examen histopathologique démontre une acanthose majeure, avec
présence de nids de cellules malignes au sein de l’épiderme.
Ces
cellules ont aussi des caractéristiques porales, avec des noyaux
atypiques et des mitoses.
Il peut exister une migration de
cellules malignes dans l’épiderme qui peut simuler une maladie de
Paget.
Certaines formes sont pigmentées et en raison de la migration pagétoïde, la tumeur peut être prise pour un mélanome.
La bonne
limitation des structures tumorales est frappante et contraste avec
l’existence d’emboles lymphatiques parfois invisibles sur la pièce
initiale.
Le diagnostic différentiel peut être difficile et ce carcinome
doit être distingué du mélanome, de la maladie de Paget extramammaire et surtout de certaines formes de maladie de Bowen.
3- Traitement :
Ces tumeurs doivent être excisées très largement et profondément
jusqu’au fascia.
Vingt à 50 % des porocarcinomes sont responsables
de métastases, parfois associées à un lymphoedème.
La
radiothérapie est parfois associée à la chirurgie, bien que les
carcinomes sudoraux soient souvent radiorésistants : des doses de
plus de 70 Gy ont été nécessaires pour obtenir un contrôle local de
la maladie.
Une radiothérapie adjuvante sur le site de drainage
ganglionnaire est aussi proposée.
Au stade métastatique, les polychimiothérapies sont peu efficaces ; les agents les plus actifs sont
la doxorubicine et le cyclophosphamide, ainsi que la vincristine,
le cisplatine et la bléomycine.
Plus récemment, l’association
d’interféron alpha avec l’isotrétinoïne ou avec l’interleukine 2 a
été proposée.
B - CARCINOME MICROKYSTIQUE :
Il se situe surtout à la lèvre supérieure ou dans d’autres régions du
visage, comme la joue ou les plis nasogéniens.
On le trouve chez
des adultes d’âge moyen, surtout des femmes, à un âge inférieur à celui du porocarcinome.
Cliniquement, il ressemble beaucoup au
carcinome basocellulaire sclérodermiforme, par son aspect dur et son
potentiel d’invasion locale élevé.
La lésion est une plaque indurée et
scléreuse de couleur peau normale ou légèrement jaunâtre.
Malgré
le caractère invasif, l’ulcération est rare et l’évolution est lente.
Sur le plan histologique, il s’agit d’une tumeur invasive faite de
travées de cellules basophiles, contenant des structures kystiques,
parfois kératinisantes, parfois reproduisant des structures
glandulaires exprimant l’ACE.
Certaines structures sont
franchement folliculaires, avec des éléments sébacés et des follicules
abortifs. D’autres sont tubulaires.
Ces travées épithéliales
envahissent le derme, l’hypoderme et le muscle sous-jacent.
Une perméation périnerveuse est possible.
Le stroma est très fibreux et a
le même aspect que celui des carcinomes sclérodermiformes, ce qui
explique l’aspect rétracté de la tumeur.
Le diagnostic en est
difficile, la tumeur pouvant être confondue avec un syringome,
un carcinome eccrine syringomateux, un carcinome basocellulaire à
différenciation ductale ou un trichoépithéliome desmoplastique.
La
double différenciation de cette tumeur rend son histogenèse
mystérieuse ; Abenoza et Ackermann parlent de « carcinome avec
kystes kératinisants et structures tubulaires ».
Les récidives après excision sont fréquentes (près de 40 % des cas)
et la chirurgie large est de ce fait recommandée, ainsi que la
chirurgie de Mohs.
Il ne semble pas y avoir de métastases.
C - HIDRADÉNOME MALIN OU HIDRADÉNOCARCINOME
:
Ces tumeurs sont extrêmement rares.
Ces carcinomes ont été
décrits à tout âge, sans présentation clinique distincte.
Ils ont une
évolution agressive et métastasent très souvent, aussi bien vers les
ganglions que dans la circulation générale.
Le diagnostic histopathologique de malignité se fait sur
l’architecture (mauvaise limitation, travées invasives) et sur les
critères cytologiques (mitoses nombreuses et agrégats de noyaux
atypiques regroupés de façon irrégulière).
Les cellules gardent
néanmoins, comme dans la forme bénigne, un aspect clair
témoignant de leur richesse en glycogène.
Cette tumeur est
intradermique, sans connexion avec l’épiderme et contient des
structures ductales intracytoplasmiques.
D - CARCINOME ADÉNOÏDE KYSTIQUE :
Ce carcinome se rapproche de celui des glandes salivaires.
C’est une
tumeur nodulaire profonde, de croissance lente, sans particularités
cliniques notables.
Elle survient surtout au cuir chevelu (40 % des
cas), puis au tronc.
Dans certains cas, la tumeur cutanée est en
fait une extension à la peau d’une tumeur salivaire.
Il faut donc
réaliser une imagerie permettant d’explorer les glandes salivaires en
cas de localisation faciale.
Histologiquement, on trouve des amas et travées de cellules
basophiles dermiques ou hypodermiques, de petite taille, sans
palissade ni artefact de rétraction périphériques, ayant une
architecture très infiltrante.
On observe de nombreuses structures
tubulaires ou kystiques remplies de matériel mucineux, colorable au
PAS et au bleu Alcian.
Les récidives sont notées dans plus de la moitié des cas, même après
de longs délais, mais les métastases sont rares. Les récidives
résultent de fréquentes extensions périnerveuses.
E - CARCINOME ECCRINE MUCIPARE :
Cette tumeur est importante à connaître car elle peut simuler une
métastase de carcinome mammaire ou colique mucipare.
Elle est
localisée en général à l’extrémité céphalique, surtout aux
paupières, mais toutes les localisations ont été rapportées.
Des
cas ont été décrits à tout âge, avec toutefois une prédominance chez
les sujets âgés.
Il s’agit d’un volumineux nodule de couleur chair,
bien limité et parfois ulcéré.
Son développement est lent, mais
avec un potentiel d’invasion locale et de récidive important.
Les
métastases ganglionnaires sont fréquentes et les métastases
systémiques plus rares.
Sur le plan histologique, il s’agit d’une tumeur intradermique ou
envahissant l’hypoderme, faite de petites structures épithéliales
basophiles à noyau vésiculeux, noyées dans des plages de stroma
très clair, riche en mucines.
La tumeur est de ce fait
spectaculairement colorée par le PAS et le bleu Alcian.
Les
cellules malignes forment de petites travées anastomotiques ou des
ébauches de structures tubulaires.
On y trouve des mitoses et de
nombreuses cellules atypiques.
Les zones hémorragiques y sont
fréquemment observées.
La tumeur exprime l’ACE et l’EMA
(antigène de membrane épithéliale).
Le traitement est, comme pour tous ces carcinomes, l’excision
chirurgicale large, suivie de récidives dans près de 50 % des cas.
F - ADÉNOME DIGITAL PAPILLAIRE AGRESSIF :
Cette tumeur n’est souvent pas classée dans les carcinomes, mais
son potentiel invasif justifie la classification de certains cas dans les
tumeurs malignes (adénocarcinome papillaire digital).
Il se
développe aux extrémités, principalement aux doigts et aux orteils,
à la jonction entre la pulpe et le bord latéral de l’ongle.
Ces petites
tumeurs ne sont pas gênantes au début, mais peuvent atteindre
quelques centimètres de diamètre.
On note plus de 50 % de récidives
après excision et des cas métastatiques.
Il existe une très nette prédominance masculine (sept hommes pour une femme), ce qui
contraste avec toutes les autres tumeurs sudorales.
La tumeur est dermique profonde, atteint l’hypoderme ou parfois le
muscle et l’os sous-jacents.
Elle est faite de multiples amas
épithéliaux arrondis, d’aspect kystique, au sein desquels on observe
de multiples projections papillaires.
Ces images peuvent mimer des
métastases de cancer du sein, de la thyroïde ou du côlon.
Les cellules
expriment la protéine S100 et l’ACE.
G - CARCINOME ECCRINE SYRINGOMATEUX :
Ces tumeurs surviennent en moyenne à 60 ans, légèrement plus
souvent chez les femmes.
Plus de la moitié sont localisées au cuir
chevelu, occasionnant parfois une alopécie.
Il s’agit d’une tumeur
ou d’une plaque infiltrée.
Le visage est aussi un site de prédilection
pour les formes bien différenciées.
L’évolution métastatique est
rare, mais les récidives locales sont possibles.
Le carcinome syringomateux est invasif et mal limité, souvent très
étendu vers le derme profond et l’hypoderme.
Il est fait de petites
travées de cellules basophiles formant des structures ductales ou
kystiques comme dans le syringome, avec parfois des formations
tubulaires.
Une invasion périnerveuse est souvent observée.
Les
signes cytologiques de malignité ne sont pas toujours évidents : on
ne trouve que peu de mitoses et de franches atypies nucléaires.
Le
stroma est souvent très dense, d’aspect hyalinisé. Les cellules
expriment l’EMA, l’ACE et la protéine S100.
H - DIVERS :
Il existe une extraordinaire variété de carcinomes eccrines dans la
littérature.
Certains sont les équivalents malins des tumeurs eccrines bénignes.
On décrit ainsi des spiradénomes eccrines
malins, des cylindromes malins, des syringomes chondroïdes
malins ou tumeur mixte cutanée maligne, des
syringoacanthomes malins ou mutilants et même des
syringofibroadénomes malins.
Carcinomes apocrines :
Ils sont encore plus rares que les carcinomes eccrines et comprennent
moins d’entités distinctes.
Pour la plupart des auteurs, ils sont
regroupés sous le terme de « carcinome apocrine ».
Toutefois, depuis
la publication récente de l’ouvrage de Requena et al, toute une
gamme de tumeurs s’apparentant aux variétés des carcinomes
eccrines est recensée : formes tubulaires, ductales ou papillaires,
hidradénocarcinome apocrine, syringocystadénocarcinome apocrine,
forme mucineuse, type cribriforme, etc.
En effet, ces auteurs
démontrent par une analyse morphologique fine que de nombreux
carcinomes qu’on a toujours classés dans les tumeurs eccrines
peuvent avoir une histogenèse apocrine.
Ishihara et al proposent
l’utilisation d’un nouvel anticorps spécifique des structures eccrines
(IKH-4), qui pourrait éventuellement permettre de clarifier
l’histogenèse.
Les carcinomes apocrines sont fréquemment localisés dans le creux
axillaire, mais aussi occasionnellement aux paupières, sur
le tronc ou dans les régions anogénitales.
Ce sont des tumeurs à
croissance lente, pouvant atteindre de grands diamètres et s’ulcérer.
Certaines peuvent se développer sur des hamartomes sébacés du
cuir chevelu.
On trouve aussi des carcinomes se développant à partir
des glandes cérumineuses de l’oreille.
Ils surviennent à un âge
moyen de 60 ans, sans sex-ratio préférentiel.
Les tumeurs axillaires
posent le problème du diagnostic différentiel avec une métastase de
cancer mammaire, ce qui conduit le plus souvent à proposer une
mammographie.
Il existe aussi des hidradénocarcinomes papillifères
de la vulve, résultant de la transformation d’un hidradénome
papillifère bénin après une très longue durée d’évolution.
Sur le plan histologique, la composante épithéliale de ces carcinomes
est organisée en structures tubulaires et papillaires, avec des
éléments ductaux bien individualisés dans certains cas.
Parfois, on a
au contraire un aspect très massif dans lequel il faut rechercher les
éléments rappelant les glandes sudorales pour faire le diagnostic.
Les cellules sont en général éosinophiles et le diagnostic de tumeur apocrine se fait en présence d’images de sécrétion par décapitation
au sein d’une structure kystique ou tubulaire.
Les projections
papillaires sont aussi évocatrices.
L’architecture invasive vers la
profondeur, l’asymétrie, la mauvaise limitation, l’activité mitotique
et le pléomorphisme nucléaire posent le diagnostic de malignité.
Des récidives après excision sont possibles, en raison des extensions
profondes de ces tumeurs.
Une évolution métastatique fatale a été
notée dans trois des dix cas publiés par Warkel et Helwig.
Carcinomes d’origine folliculaire
:
Le carcinome microkystique, déjà cité, a une différenciation
folliculaire évidente dans beaucoup de cas, ainsi que des
différenciations apocrines parfois.
Il existe toutefois d’autres
carcinomes authentiquement folliculaires.
A - CARCINOME TRICHILEMMAL :
Cette tumeur maligne rare, aussi individualisée assez récemment,
touche des adultes âgés, en général après 60 à 70 ans.
Elle se
présente comme une tumeur exophytique à croissance rapide,
survenant principalement sur le visage, le cou ou le cuir chevelu.
Malgré les signes cytologiques de malignité évidents, il
n’y a en général pas de récidive après excision.
Les métastases
sont exceptionnelles.
La tumeur est en général isolée, mais un cas a
été décrit au cours d’une maladie de Cowden.
L’analyse histologique montre une prolifération bien limitée, faite
de grandes cellules au cytoplasme clair, avec de nombreux signes
d’atypies et une activité mitotique importante.
L’organisation
palissadique de cellules claires réalise des images très similaires à
celles de la gaine folliculaire externe.
Ces cellules sont très
bien colorées par le PAS.
B - PILOMATRICOME MALIN
:
Cette tumeur est très rare en comparaison de la fréquence du pilomatricome bénin.
Elle se développe chez des adultes d’âge
moyen, principalement des hommes, et est localisée en général à la
nuque ou à la partie haute du dos et plus rarement au visage.
Après excision, les récidives sont fréquentes et la dissémination
métastatique n’est pas rare.
L’image histologique est proche du pilomatricome, avec des amas
de cellules fantômes sans noyau visible et des zones de cellules
basophiles.
Cette composante forme des îlots mal limités, invasifs
en périphérie, avec parfois des images intravasculaires.
La
présence de nombreux noyaux atypiques, de cellules plus fusiformes
et de mitoses est caractéristique de la forme maligne.
Il est parfois
difficile de distinguer les authentiques carcinomes des pilomatricomes « proliférants », qu’on appelle ainsi par analogie
avec les kystes proliférants.
Il n’y a alors pas d’envahissement
vasculaire ou périnerveux, ni de franches atypies.
C - DIVERS
:
Des cas de « trichogerminomes » malins, tumeurs difficilement
classables mais semblant dériver des cellules germinales folliculaires,
sont rapportés.
Ackerman et al distinguent une forme particulière de carcinome
basocellulaire à différenciation folliculaire qu’ils nomment carcinome
basocellulaire « infundibulokystique ».
Carcinomes sébacés
:
Ils sont plus fréquents que les carcinomes purement folliculaires et
sont souvent vus en milieu extradermatologique.
Il existe en effet de
nombreux cas localisés aux paupières et d’autres à la vulve.
Il
est classique de distinguer les formes oculaires et extraoculaires.
A - CARCINOME SÉBACÉ OCULAIRE :
Il s’agit d’une tumeur agressive, naissant des glandes de Meibomius,
chez des adultes en général âgés de plus de 60 ans, avec une légère
prédominance féminine.
Ce carcinome peut aussi naître des glandes
de Zeis et des glandes sébacées des paupières, des sourcils ou de la
caroncule.
Les métastases sont fréquentes, touchant plus d’un
malade sur quatre.
L’aspect clinique est difficilement identifiable,
ces tumeurs plus ou moins exophytiques et ulcérées étant le plus
souvent prises pour des carcinomes spinocellulaires.
B - CARCINOMES SÉBACÉS EXTRAOCULAIRES :
Ils sont surtout localisés au visage, au cuir chevelu, au tronc ou aux
organes génitaux.
Dans ces formes, la prédominance masculine est
nette (deux hommes pour une femme).
Il s’agit de tumeurs ulcéronodulaires pouvant atteindre de grands diamètres chez des
adultes âgés.
Une couleur rouge-jaune a parfois été
rapportée.
Ces carcinomes ont surtout une malignité locale et le taux
de métastases est plus faible que dans les formes oculaires.
Certains
se développent sur des hamartomes sébacés. L’association
pathologique majeure à connaître est la possibilité de survenue de
carcinomes sébacés au cours du syndrome de Muir et Torre.
Certaines tumeurs sont survenues après irradiation par rayons X.
C - HISTOLOGIE :
Le carcinome sébacé est fait de lobules épithéliaux irréguliers, plus
ou moins limités, envahissant le derme ou l’hypoderme.
Ils sont
composés d’un mélange de cellules immatures basaloïdes et de
cellules claires de grande taille, à noyau central et au cytoplasme
rempli de vacuoles lipidiques caractéristiques des cellules sébacées
différenciées.
Les noyaux sont groupés irrégulièrement et
sont souvent atypiques.
Les mitoses sont fréquentes et anormales.
Un envahissement périnerveux ou vasculaire est parfois noté. Les
cellules expriment fortement l’EMA, mais pas l’ACE et ne sont pas
colorées par le PAS comme celles du carcinome trichilemmal.
L’architecture irrégulière, le pléomorphisme et l’activité mitotique
permettent de distinguer les carcinomes sébacés des « épithéliomas
sébacés », cette appellation ambiguë très contestée désignant des
tumeurs bénignes à architecture régulière.
La forme oculaire est en
général plus superficielle et se caractérise par une fréquente atteinte intraépidermique.
Certains auteurs classent les carcinomes
sébacés en fonction de leur degré de différenciation, du grade I
au grade IV très peu différencié.
D - TRAITEMENT :
Comme pour tous ces carcinomes, l’excision large est toujours le
traitement de première intention.
Les récidives sont fréquentes dans
les localisations oculaires, surtout quand la marge de tissu sain
excisé est inférieure à 5 mm.
La cryothérapie a parfois été utilisée
dans les formes oculaires à extension superficielle.
Dans les cas
traités par radiothérapie (45 à 65 Gy), un contrôle local du carcinome
a pu être obtenu, mais ce traitement est recommandé surtout à
titre palliatif ou comme adjuvant en postopératoire.
Les métastases
sont traitées par des polychimiothérapies faisant appel
principalement à la doxorubicine, au cisplatine ou au 5-fluorouracile.
Leur efficacité est toutefois mal documentée.
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