Anatomie pathologique des cancers bronchopulmonaires
Cours de pneumologie
Introduction
:
Le cancer du poumon est, parmi les cancers, le plus fréquent, et
responsable de la plus grande mortalité dans le monde.
Environ
85 % des tumeurs épithéliales malignes (ou carcinomes) bronchopulmonaires sont liées au tabac.
C’est au prix d’une
détection précoce et d’une classification précise que l’on peut
proposer aux patients un traitement sélectif optimal leur
garantissant la meilleure chance de survie.
La classification doit être
complétée par l’évaluation du stade d’extension de la maladie qui
est l’élément déterminant dans le traitement et le pronostic.
La
classification histologique des tumeurs du poumon la plus utilisée
est celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Nous
détaillons dans cet article les tumeurs malignes primitives
épithéliales et conjonctives, répertoriées dans la troisième édition de
la classification OMS.
Modes de prélèvements et techniques
:
Le diagnostic et la classification des cancers primitifs du poumon
reposent essentiellement sur des critères histologiques et cytologiques.
Le pathologiste doit disposer d’échantillons de bonne
qualité, de taille suffisante, non nécrosés et correctement fixés.
Il
n’est pas inutile de rappeler que la connaissance du dossier clinique
et radiologique est indispensable, permettant d’éviter des erreurs de
diagnostic.
Le pathologiste dispose de divers moyens pour obtenir
un matériel en vue d’une analyse histologique et/ou cytologique.
Le choix du mode de prélèvement est fonction de la taille et de la
topographie de la tumeur (proximale ou distale), qui conditionnent
largement la sensibilité de la méthode.
A - PRÉLÈVEMENTS CELLULAIRES :
1- Expectoration :
La recherche de cellules néoplasiques dans les expectorations a été
une méthode autrefois préconisée (mais actuellement abandonnée)
dans le dépistage de masse des lésions précancéreuses et
cancéreuses du poumon.
Elle reste néanmoins une méthode
d’exploration chez des patients porteurs d’une tumeur bronchopulmonaire périphérique ou centrale.
L’association à un
brossage permet d’améliorer la sensibilité diagnostique.
2- Aspiration bronchique :
Faite au décours d’une fibroscopie, elle est le plus souvent couplée à
la biopsie.
Effectuée seule lorsque la tumeur ne peut être biopsiée
(troubles de l’hémostase, tumeur très hémorragique ou inaccessible
à la pince), elle peut suffire parfois à établir le diagnostic et préciser le type tumoral.
Le matériel recueilli, souvent épais et visqueux,
est en général centrifugé et inclus en paraffine.
Lorsqu’il est clair et
fluide, il peut être étalé directement sur une lame ou subir une cytocentrifugation après dilution ou traitement par un mucolytique.
Recueilli dans un conservateur adéquat, le produit d’aspiration peut
aussi être traité par un procédé semi-automatique de confection de
préparations cytologiques « en couches minces ».
3- Brossage bronchique :
Il est effectué à travers un fibroscope par des mouvements de
frottement et de rotation de la brosse au contact de la lésion si
celle-ci est visualisée, ou du territoire radiologiquement suspect dans
les autres cas.
Le matériel recueilli est habituellement étalé sur lame.
La brosse peut être également immergée, soit dans un liquide de
survie qui est techniqué par cytocentrifugation, soit plus récemment
dans un milieu de conservation approprié à un procédé « en couches
minces ».
Une alternative au brossage est de pratiquer un petit
lavage du territoire exploré, méthode qui améliore la sensibilité
diagnostique.
4- Ponction transcarénaire :
Une aiguille fine peut être introduite dans le fibroscope, traverser la
muqueuse bronchique et atteindre les ganglions intertrachéobronchiques.
Les résultats sont très dépendants de l’habitude et
de la dextérité du clinicien.
5- Lavage bronchioloalvéolaire :
Moyen peu invasif d’exploration du poumon distal, il est plus
particulièrement indiqué dans les masses infiltratives mal définies
ou les nodules du poumon distal.
Sa sensibilité atteint 90 % dans les
formes diffuses de carcinome bronchioloalvéolaire, mais également
dans les lymphangites carcinomateuses, alors qu’elle diminue de
moitié dans le diagnostic des nodules périphériques isolés.
Il
nécessite une technique particulière de lavage. Le liquide injecté
puis réaspiré est ensuite traité rapidement par cytocentrifugation
après numération et examen direct.
6- Ponction transpariétale :
Elle s’adresse avec prédilection aux nodules de siège périphérique.
En théorie, tout nodule supérieur à 1,5 cm de diamètre peut être
accessible à la ponction.
Il est ponctionné si le résultat est susceptible
de modifier la prise en charge du patient : il s’agit le plus souvent
de malades inopérables ou de nodules apparaissant secondairement
chez des sujets déjà porteurs d’un cancer.
La ponction transpariétale
se fait sous contrôle tomodensitométrique après anesthésie locale, à
l’aide d’une aiguille fine (spinale, Wescott…) ou d’un système
coaxial (Greene, Nordenström…) associant une aiguille porteuse
servant de guide à une aiguille millimétrique ou inframillimétrique.
On oppose à ces ponctions « aspirantes » les systèmes coupants à
guillotine, ou cut, qui ramènent une microcarotte biopsique.
Les
anciennes tru-cut manuelles supramillimétriques tendent à être
remplacées par des aiguilles coupantes inframillimétriques et
automatiques, beaucoup moins traumatiques.
Le matériel obtenu,
généralement peu abondant, souvent hémorragique, est
immédiatement étalé sur une ou plusieurs lames de verre.
L’aiguille
peut être rincée avec du sérum physiologique que l’on recueille dans
un flacon sans addition de fixateur.
Le liquide obtenu est ensuite
traité par cytocentrifugation.
Enfin, le produit direct de la ponction
et celui issu du rinçage de l’aiguille peuvent être recueillis dans un
milieu liquide conservateur adapté à un procédé « en couches
minces ».
Les systèmes « coupants » qui fournissent une microcarotte biopsique permettent de réaliser des empreintes de
celle-ci avant sa fixation et inclusion en paraffine.
La sensibilité et la
spécificité de cet examen sont satisfaisantes, atteignant selon les
équipes 86 à 100 %.
7- Ponction pleurale
:
L’analyse cytologique d’un épanchement pleural peut permettre la
détection de cellules malignes provenant d’un carcinome bronchopulmonaire.
Après recueil du liquide sur tube sec, la
méthode de cytocentrifugation, précédée d’une numération et
éventuellement d’une dilution, fournit un excellent matériel adapté
à une analyse morphologique fine qui peut être complétée par une
technique immunocytochimique.
L’association de ces deux
techniques amène une sensibilité diagnostique qui atteint selon les
équipes 90 à 98 %.
B - TECHNIQUES CYTOLOGIQUES :
L’interprétation des images cytologiques et la performance du
cytodiagnostic sont éminemment liées à la qualité de la technique
durant les différentes étapes, depuis le prélèvement jusqu’au
traitement des étalements.
Les colorations usuelles des étalements les plus utilisées pour l’étude
morphologique sont celles de May-Grünwald-Giemsa et de
Papanicolaou.
La première a pour intérêt d’être rapide, ne
nécessitant pas de fixation préalable et permettant d’identifier
rapidement toutes les catégories de leucocytes et de les distinguer
des éléments épithéliaux ou conjonctifs.
La coloration de Papanicolaou, et surtout les réactions cytochimiques acide
périodique Schiff (PAS), bleu Alcian, Grimelius, Fontana, contribuent
à préciser la différenciation cellulaire.
Des techniques
d’immunocytochimie et hybridation in situ peuvent compléter les
analyses précédentes si des conditions préalables sont respectées :
fixation des étalements à l’acétone à -4 °C pendant 5 minutes suivie
d’une conservation des lames à -20 °C si la technique est différée de
quelques jours.
Une amplification génique en chaînes (polymerase
chain reaction [PCR]) peut également être réalisée directement à
partir de la suspension cellulaire ou du liquide prélevé, mais
également en récupérant par grattage le matériel cellulaire étalé sur
une lame de verre.
C - PRÉLÈVEMENTS TISSULAIRES :
1- Biopsie bronchique
:
Elle se fait au décours d’une fibroscopie.
Sa rentabilité est excellente
(sensibilité de 70 à 90 %) lorsque la tumeur est proximale.
Les
biopsies doivent être multiples, éviter les zones de nécrose et
intéresser si possible la zone d’implantation de la tumeur.
Les
fragments doivent être immédiatement immergés dans un fixateur
(formol à 10 %, liquide de Bouin).
Selon l’indication, des fragments
peuvent être congelés (suspicion de lymphome) ou fixés au glutaraldéhyde pour étude ultrastructurale.
Des biopsies étagées des éperons sont systématiquement
effectuées pour préciser l’extension locorégionale de la maladie
cancéreuse et la conduite thérapeutique.
2- Médiastinoscopie :
Il s’agit d’une véritable intervention chirurgicale indiquée en vue de
préciser le staging ganglionnaire de la maladie.
Elle ramène des fragments de ganglions dont l’étude
anatomopathologique permet de préciser le type tumoral en cas
d’envahissement et parfois le franchissement capsulaire.
3- Pièce opératoire :
La pièce opératoire est adressée fraîche, non fixée, au laboratoire si
les conditions locales le permettent, ce qui permet de la
photographier et d’effectuer des prélèvements qui sont congelés afin
de constituer une banque de tissus et de réaliser d’éventuelles études
moléculaires.
L’examen macroscopique est fondamental,
conditionnant la classification TNM (tumeur maligne [T], présence
de ganglions [nodes : N] et de métastases [M]).
Il peut être fait sur
pièce fraîche, ou après fixation formolée.
La fixation s’effectue par
instillation endobronchique d’une solution de formol à 10 %, à une
pression de 20 mL d’eau.
Cette technique a l’avantage de restituer le
volume normal du poumon et de permettre une meilleure
visualisation des rapports de la tumeur avec les bronches.
Après 24
heures de fixation, le poumon est classiquement disséqué en suivant les axes bronchiques, une canule étant introduite dans les bronches
et leurs branches de divisions ; le poumon est ensuite sectionné dans
un plan frontal et ouvert comme un livre.
On peut également, selon
les indications, effectuer des tranches de section transversales
identiques aux coupes de tomodensitométrie.
Le pathologiste doit
mentionner la taille de la tumeur dans ses trois dimensions, sa
topographie, ses rapports avec les bronches et la plèvre, sa distance
par rapport à la recoupe bronchique, le nombre et la taille des
ganglions prélevés sur la pièce ou d’un curage transmis séparément
par le chirurgien.
Les lésions associées sont décrites et prélevées,
ainsi qu’un fragment de parenchyme d’aspect « normal ».
Tous ces
éléments conditionnent le pTNM, stade anatomopathologique
de la classification TNM, le seul à prendre en compte pour la
conduite thérapeutique postchirurgicale et les études comparatives.
Des protocoles de compte rendu macroscopique sont disponibles et
nécessaires pour une étude multicentrique et comparative.
4- Examen extemporané
:
Cet examen peropératoire nécessite une rapidité d’exécution tant au
niveau du temps technique que de la lecture diagnostique.
Selon les
laboratoires, il est réalisé à l’aide d’une coupe à congélation
nécessitant un équipement matériel spécifique, ou plus simplement
à l’aide d’une empreinte sur lame de verre.
Une coloration rapide
est ensuite effectuée.
En pathologie cancéreuse pulmonaire, les
indications de cet examen sont diverses.
La principale est de vérifier
l’intégrité de la recoupe bronchique lors d’une lobectomie ou
pneumonectomie.
Cet examen peut porter sur la tumeur elle-même
en cas de doute préopératoire sur sa nature (bénignité, malignité,
tumeur primitive ou secondaire), sur des ganglions suspects ou
toute autre lésion susceptible de modifier le geste chirurgical.
D - TECHNIQUES ANATOMOPATHOLOGIQUES :
1- Techniques usuelles
:
Le diagnostic de cancer bronchopulmonaire peut être fait dans la
grande majorité des cas par l’histologie dite conventionnelle qui
utilise les colorations courantes telles l’hématéine-éosine, les
réactions histochimiques à la recherche d’une mucosécrétion (PAS,
PAS après digestion par l’amylase, bleu Alcian), ou de grains
neurosécrétoires (Grimelius).
La coloration des fibres élastiques est utile pour préciser les
rapports de la tumeur avec la plèvre et les vaisseaux.
Dans les tumeurs périphériques présentant un contact avec la
plèvre, le respect de la limitante élastique pleurale permet seul
d’éliminer une infiltration tumorale de la plèvre.
En effet, la rétraction et l’épaississement pleuraux en regard
de la tumeur ne répondent pas nécessairement à une infiltration
tumorale et peuvent être liés seulement à une attraction par la
fibrose.
2- Immunohistochimie :
Elle n’est généralement pas nécessaire pour porter le diagnostic et
préciser le type histologique des formes les plus communes de
cancers bronchopulmonaires.
Toutefois, l’immunohistochimie est
utile, voire indispensable dans plusieurs situations : préciser la
nature épithéliale, conjonctive ou hématopoïétique d’une tumeur
indifférenciée ; confirmer la différenciation épidermoïde, glandulaire
ou neuroendocrine d’un carcinome morphologiquement peu
différencié ; distinguer tumeur primitive et métastase ou tumeur
primitive et mésothéliome malin.
Différents marqueurs sont à la
disposition du pathologiste.
* Marqueurs épithéliaux
:
Des cytokératines (CK) de différents poids moléculaires sont
exprimées par les carcinomes bronchiques.
Les adénocarcinomes
pulmonaires primitifs sont plus volontiers CK7+ et CK20-.
Ce
profil immunohistochimique permet de les distinguer de métastases
provenant d’autres organes, notamment d’adénocarcinomes coliques
qui sont CK7-/CK20+.
Le phénotype CK7+/CK20- est toutefois
partagé par des carcinomes de nombreux autres organes.
La CK5
est un excellent marqueur de la différenciation épidermoïde des
cancers pulmonaires, mais également de la nature mésothéliale de
certaines proliférations.
Elle n’est pas exprimée par les
adénocarcinomes et les tumeurs neuroendocrines d’origine
pulmonaire.
Les antigènes de membrane : l’antigène épithélial membranaire (EMA)
est ubiquitaire, exprimé par la plupart des tumeurs épithéliales
bénignes et malignes d’origine pulmonaire ou non, mais également
par certains mésothéliomes malins.
D’autres anticorps reconnaissent
des antigènes de membrane (Ber EP4, TAG-72...) qui sont peu ou
pas exprimés par les cellules mésothéliales et peuvent être utilisés
dans le diagnostic différentiel entre adénocarcinome périphérique et
mésothéliome malin.
Il est judicieux de les utiliser en association
avec un marqueur des cellules mésothéliales tel la calrétinine.
Le marqueur thyroid transcription factor 1 (TTF-1) apporte un
progrès considérable dans l’identification des adénocarcinomes
pulmonaires en permettant d’affirmer leur nature primitive.
En effet,
l’expression nucléaire de TTF-1, observée sélectivement à l’état
normal au niveau des pneumocytes de type 2, des cellules de Clara
et des cellules folliculaires thyroïdiennes, est conservée dans la
plupart des adénocarcinomes pulmonaires et thyroïdiens, alors
qu’elle est absente des adénocarcinomes d’autre origine.
Une expression de TTF-1 a également été démontrée dans d’autres types
histologiques de carcinomes pulmonaires en particulier les
carcinomes à petites cellules (CPC).
Les protéines liées au surfactant constituent un excellent moyen
d’identification des cellules de Clara de l’épithélium bronchiolaire
et des pneumocytes de type 2.
* Marqueurs neuroendocrines
:
Les plus utilisés sur matériel fixé et inclus en paraffine sont les
anticorps dirigés contre la neurone specific enolase (NSE) (sensibilité
de 100 %), la chromogranine A (sensibilité de 80 %), Leu7 (sensibilité
de 40 %), et la synaptophysine (sensibilité de 40 %).
Dans la dernière
classification OMS, est mentionnée la mauvaise spécificité de la NSE
qui est un marqueur insuffisant à lui seul pour porter le diagnostic
de tumeur neuroendocrine.
La chromogranine A est le marqueur le
plus spécifique car corrélé à la présence de granules
neurosécrétoires.
Neural cell adhesion molecule (NCAM) est un
marqueur très sensible et spécifique de différenciation neuroendocrine
; son expression est corrélée à la faible différenciation et à
l’agressivité des tumeurs neuroendocrines.
* Marqueurs spécifiques d’organes :
Ils permettent dans certains cas d’affirmer la nature métastatique
d’une tumeur.
Les plus utiles, car susceptibles, en cas de positivité,
d’entraîner une thérapeutique adaptée, sont les marqueurs
thyroïdiens (thyroglobuline), prostatiques (prostate specific antigen
[PSA] et phosphatase acide prostatique) et les récepteurs des
oestrogènes et progestérone.
La positivité de ces marqueurs doit être
interprétée en tenant compte de la spécificité des anticorps utilisés,
mais également de la possibilité d’une expression aberrante de
certains antigènes (récepteurs hormonaux, sécrétion inappropriée de
diverses hormones [gonadotrophines chorioniques …]).
* Marqueurs conjonctifs :
Certains marqueurs conjonctifs (vimentine, desmine, actine) peuvent
être utiles pour typer certains sarcomes, en sachant qu’ils peuvent
être également exprimés par des cellules tumorales de nature
épithéliale.
La réactivité de l’anticorps HMB45 a une indication
particulière au niveau du poumon puisqu’il marque certaines
proliférations telles la lymphangioléiomyomatose et la tumeur à
cellules claires ou « tumeur sucre » qui peuvent être ainsi
distinguées de certaines tumeurs malignes du poumon.
* Marqueurs de prolifération, oncogènes et gènes suppresseurs
de tumeur
:
Leur étude permet la compréhension du développement et de la
progression tumorale qui est développée dans un autre chapitre.
En
pathologie pulmonaire courante, Ki67 (marqueur de prolifération)
et l’anticorps dirigé contre p53 peuvent être utilisés pour différencier
une hyperplasie alvéolaire atypique et un adénocarcinome bronchioloalvéolaire débutant.
+ Microscopie électronique
:
Bien que beaucoup moins pratiquée car consommatrice de temps et
souvent rendue superflue par les résultats de l’immunohistochimie,
elle a encore sa place dans la recherche de signes de différenciation
des cas difficiles.
Les carcinomes épidermoïdes sont caractérisés par la richesse en
desmosomes et tonofilaments.
Les adénocarcinomes pulmonaires
possèdent des caractères ultrastructuraux identiques à ceux des
autres localisations.
Le caractère le plus évident est la présence de
microvillosités enchevêtrées, même dans les formes très peu
différenciées.
Ces villosités sont plus courtes et plus trapues que
celles des mésothéliomes malins.
Trois types de cellules peuvent être
individualisés : les cellules à mucus, les cellules de Clara, contenant
des granules osmiophiles et les pneumocytes de type 2 qui
contiennent des grains osmiophiles, des figures myéliniques et des
microtubules.
La présence de grains neurosécrétoires constitue le
gold standard de la différenciation neuroendocrine d’une tumeur.
Ces
grains sont de taille variable (10 à 130 nm), parfois situés dans des
prolongements cytoplasmiques.
Classification des cancers bronchopulmonaires :
A -
DONNÉES GÉNÉRALES :
Les formes histologiques dites communes de cancer du poumon,
décrites dès 1967 par Kreyberg pour l’OMS, sont au nombre de
quatre et représentent plus de 90 % de l’ensemble des cancers
pulmonaires : carcinome épidermoïde, CPC, adénocarcinome et
carcinome à grandes cellules.
La classification histologique du carcinome pulmonaire repose sur
la composante la plus différenciée, c’est-à-dire se rapprochant le plus
du tissu normal (malpighien, glandulaire ou neuroendocrinien).
Une
tumeur est dite indifférenciée si elle ne possède aucun trait
architectural ou cytologique rappelant un tissu normal.
B - FRÉQUENCE RELATIVE DES DIFFÉRENTS TYPES
HISTOLOGIQUES :
La fréquence relative de ces différentes formes s’est modifiée depuis
une quinzaine d’années.
On assiste, tout au moins aux
États-Unis et en Europe, à une augmentation des adénocarcinomes,
maintenant plus fréquents que les carcinomes épidermoïdes.
On
observe également une plus grande fréquence des localisations
périphériques, au détriment des cancers proximaux.
L’adénocarcinome
est la forme histologique de cancer la plus fréquente chez
la femme.
Enfin, l’incidence du CPC a également augmenté depuis
une dizaine d’années.
C - NODULES SYNCHRONES ET MÉTACHRONES :
Les carcinomes pulmonaires synchrones ou métachrones sont bien
connus.
Des nodules tumoraux synchrones sont observés chez 0,2 à
2 % des patients.
Le type histologique peut être identique, le plus
souvent carcinome épidermoïde, ou différent.
L’hypothèse d’une
métastase de la tumeur principale peut être vérifiée par des études
de clonalité.
D - HÉTÉROGÉNÉITÉ DES CANCERS PULMONAIRES :
Les cancers pulmonaires présentent souvent une hétérogénéité
histologique, marquée par des variations du degré ou type de
différenciation d’un champ à l’autre.
Selon les séries de cas
étudiés, seulement 27 à 30 % des cancers étudiés sur pièce
chirurgicale ou autopsique sont homogènes.
Ceci impose au
pathologiste une prudence vis-à-vis du typage histologique précis
sur un petit fragment biopsié.
Cette hétérogénéité appuie certaines théories sur l’histogenèse
tumorale : cellule-souche totipotente, foyers pulmonaires
mutiples de clonalité différente.
Lésions préinvasives :
Comme dans d’autres organes, les cancers du poumon sont précédés
de lésions dites préinvasives.
Certaines, comme les dysplasies malpighiennes, sont connues depuis de nombreuses années.
D’autres ont été plus récemment individualisées.
A - DYSPLASIES MALPIGHIENNES ET CARCINOME IN SITU
:
Ces dysplasies et carcinomes in situ sont définis par des anomalies
essentiellement cytologiques de l’épithélium bronchique, siège d’une
métaplasie malpighienne.
Elles sont classées en dysplasie minime,
modérée, sévère et carcinome in situ en fonction de l’étendue sur la
hauteur de l’épithélium des troubles de la densité et polarité
cellulaires, des anomalies cytonucléaires, des mitoses et de la
persistance ou non d’une différenciation.
La membrane basale est
toujours respectée. Des accumulations de mutations, notamment du
gène suppresseur de tumeur p53, sont corrélées à la sévérité de ces
lésions préinvasives. Le caractère préinvasif de ces lésions
n’implique pas obligatoirement une infiltration tumorale ultérieure
du chorion.
Dans la moitié des cas, elles ne sont pas visibles en
endoscopie, dans d’autres cas, elles se traduisent par de discrètes
irrégularités de la muqueuse, d’aspect granuleux.
Les prélèvements
cytologiques, et notamment le brossage bronchique, constituent un
apport précieux à leur diagnostic.
B - HYPERPLASIE ADÉNOMATEUSE ATYPIQUE
:
L’hyperplasie adénomateuse atypique (ou hyperplasie cubique
alvéolaire atypique ou hyperplasie atypique de type 2 ou adénome
bronchioloalvéolaire) est constituée de microfoyers, inférieurs à
5 mm de diamètre, d’alvéoles et de bronchioles respiratoires revêtues
de cellules épithéliales cubiques ou cylindriques basses, aux atypies
cytonucléaires plus ou moins marquées dont le grading paraît peu
reproductible.
Les noyaux possèdent un réseau chromatinien dense,
un nucléole peu visible et parfois des images d’inclusions.
Les
mitoses sont exceptionnelles, le cytoplasme peu abondant.
Les parois
alvéolaires sont légèrement épaissies et parfois infiltrées de
lymphocytes.
Ces cellules possèdent les caractères ultrastructuraux et immunophénotypiques des cellules de Clara ou
des pneumocytes de type 2.
L’hypothèse de la nature prénéoplasique
de ces lésions a été initialement soulevée par Miller, devant la
constatation, sur des pièces d’exérèse pour adénocarcinome, de
microfoyers d’hyperplasie adénomateuse atypique au voisinage ou
à distance de la tumeur.
L’auteur suggère une filiation adénomeadénocarcinome
analogue à celle des adénocarcinomes coliques.
L’implication de cette hyperplasie adénomateuse atypique dans la
pathogénie des adénocarcinomes périphériques pulmonaires a été
envisagée par d’autres auteurs.
L’accumulation de p53 mutée
semble corrélée au grade de sévérité de l’hyperplasie adénomateuse
atypique et la démonstration d’une clonalité par des études de
biologie moléculaire est un argument supplémentaire pour la
nature prénéoplasique de cette lésion.
C - HYPERPLASIE NEUROENDOCRINE IDIOPATHIQUE DIFFUSE :
À l’état normal, il existe des cellules neuroendocrines disséminées
dans l’épithélium bronchique et bronchiolaire, ou groupées en petits
amas : les corps neuroépithéliaux.
Ces cellules appartiennent au
système neuroendocrinien diffus décrit par Pearse, sécrètent
différents peptides et jouent un rôle de récepteurs et de
neurotransmetteurs.
L’hyperplasie neuroendocrinienne idiopathique diffuse (HNEID) est
une entité rare, associée ou non à un syndrome obstructif par
atteinte bronchiolaire sans inflammation, ou à une fibrose
interstitielle.
Elle est caractérisée par des foyers d’hyperplasie des
cellules neuroendocrines limités à l’épithélium bronchiolaire et ne
franchissant pas la membrane basale.
Elle est également constatée
au voisinage de carcinoïdes.
Cette HNEID est à différencier des hyperplasies neuroendocrines
non spécifiques et des « tumorlets », petits nodules inférieurs à
0,5 cm de diamètre, faits de cellules neuroendocrines situées en
dehors de la membrane basale.
En effet, ces hyperplasies sont
généralement découvertes fortuitement, en association à une
inflammation chronique, des bronchectasies ou une fibrose.
Formes communes des cancers
du poumon :
A - CARCINOME ÉPIDERMOÏDE :
Le carcinome épidermoïde est une tumeur maligne épithéliale
montrant des signes histologiques de différenciation malpighienne :
kératinisation et/ou ponts intercellulaires.
1- Mode de présentation
:
Classique tumeur du grand fumeur, elle est souvent proximale,
desquamant abondamment, ce qui favorise le diagnostic cytologique
(expectoration induite, aspiration, brossage), et facilement accessible
en endoscopie.
Son caractère volontiers obstructif est responsable
d’une pathologie d’aval.
Toutefois, un tiers des carcinomes épidermoïdes survient sur de petites bronches dans le poumon
périphérique.
La plupart des tumeurs du sommet responsables d’un
syndrome de Pancoast-Tobias sont des carcinomes épidermoïdes.
Certaines tumeurs sont situées au contact de bulles d’emphysème.
2- Macroscopie :
La présentation varie, depuis le petit bourgeon endobronchique
obstructif jusqu’à la volumineuse masse excavée occupant la
totalité d’un lobe. La nécrose et l’hémorragie sont fréquentes,
responsables de l’excavation de ces tumeurs.
À la coupe, la tumeur
est gris blanchâtre, friable.
Le parenchyme en aval peut présenter
des lésions en rapport avec l’obstruction : foyers de pneumonie
lipidique de coloration jaune, bronchectasies ou atelectasie.
3- Histologie :
Les carcinomes épidermoïdes sont classés en carcinomes
épidermoïdes bien différenciés, moyennement et peu différenciés.
Le caractère mature repose sur la présence de kératine.
Ils sont
généralement constitués de massifs ou lobules aux contours plus ou
moins réguliers séparés par un stroma souvent inflammatoire
d’abondance variable.
La cohésion cellulaire est assurée par des
ponts intercellulaires plus ou moins nombreux selon la
différenciation de la tumeur.
À la coloration par l’hématéine-éosine, les cellules ont un cytoplasme plus ou moins abondant, clair ou
éosinophile, qui devient orangeophile lors du processus de
kératinisation.
4- Cytologie
:
Les carcinomes épidermoïdes sont souvent diagnostiqués sur les
matériels d’aspiration bronchique ou de cytoponction transpariétale.
Ils se présentent sous forme de cellules isolées ou de placards plans
aux bords irréguliers.
Les cellules cohésives ont des limites bien
visibles, un cytoplasme abondant, ovalaire ou polygonal dans les
formes bien différenciées. Les noyaux situés au centre de la cellule
ont des contours souvent irréguliers et une chromatine grossière et hypercolorée.
Dans les formes kératinisantes, on retrouve des
cellules dyskératosiques polygonales, arrondies ou fusiformes
(cellules fibres) et orangeophiles à la coloration de Papanicolaou.
Les
fréquents remaniements nécrotiques se traduisent par un fond
basophile d’aspect sale, microgranuleux, sur lequel se détachent des
débris d’éléments inflammatoires et de cellules tumorales.
Dans les formes moins différenciées, le diagnostic peut être plus
difficile.
La forme des cellules, l’irrégularité des contours nucléaires,
la répartition en mottes de taille variable de la chromatine
permettent souvent d’orienter le diagnostic vers ce type
histologique.
5- Formes histologiques variantes
:
Les carcinomes épidermoïdes peuvent revêtir des aspects différents :
la présence d’un faible contingent (moins de 10 %) de cellules
fusiformes, cellules géantes, cellules géantes de type ostéoclastique,
cellules claires.
Des formes histologiques particulières ont été
individualisées.
* Carcinome épidermoïde, variante papillaire
:
C’est une lésion papillaire endobronchique, infiltrant peu ou pas le
chorion.
La plupart sont des carcinomes in situ.
*
Carcinome épidermoïde, variante à petites cellules
:
C’est un carcinome épidermoïde peu différencié, fait de cellules de
petite taille mais dont les caractères cytologiques sont différents du
vrai CPC.
Il existe des foyers de différenciation malpighienne, et
cette forme doit être distinguée de la forme combinée
CPC/carcinome épidermoïde. Les marqueurs neuroendocrines sont
négatifs.
* Carcinome épidermoïde, variante à cellules claires
:
La population cellulaire prédominante est constituée de grandes
cellules à cytoplasme clair qui doivent être distinguées de celles d’un
adénocarcinome à cellules claires, ou d’une tumeur à cellules claires
d’autre nature.
* Carcinome épidermoïde, variante basaloïde :
Les cellules en périphérie des lobules ont un aspect basaloïde avec
une disposition palissadique contrastant avec des signes de
kératinisation au centre de certains lobules.
6- Pronostic :
En analyse multivariée de la survie, le carcinome épidermoïde
apparaît comme un facteur pronostique favorable et indépendant.
Le seul traitement curatif à proposer est la chirurgie quand elle est
possible.
La survie après chirurgie à 5 ans est de 50 % pour les stades
I et de 30 % pour les stades II.
La radiothérapie peut contrôler de
façon satisfaisante une tumeur localisée non résécable.
La
chimiothérapie au stade IV permet un gain de survie modeste mais
indiscutable.
7- Diagnostic différentiel :
– Forme peu différenciée d’architecture massive : carcinome à
grandes cellules.
– Forme peu différenciée à cellules fusiformes : sarcomes.
– Variantes à cellules claires : adénocarcinomes pulmonaires,
métastases d’un adénocarcinome à cellules claires (rein, col utérin),
tumeurs « sucre ».
– Variante à petites cellules : CPC décrit ci-dessous.
– Variante basaloïde : carcinome à grandes cellules de type
basaloïde.
B - CARCINOME À PETITES CELLULES :
Le CPC est une tumeur maligne épithéliale neuroendocrine de haut
grade de malignité.
Il représente 20 à 25 % de tous les cancers
primitifs du poumon.
1- Mode de présentation :
Il se distingue des cancers « non à petites cellules » par sa
présentation clinique, son agressivité (la moitié des patients
présentant des métastases ganglionnaires ou extrathoraciques au
moment du diagnostic initial) et sa sensibilité à la chimiothérapie.
C’est un cancer du grand fumeur, avec une prédominance
masculine, mais une augmentation de la fréquence chez la femme.
2- Macroscopie :
Ce sont des tumeurs le plus souvent proximales et environ 70 % des
cas se présentent comme une masse périhilaire liée à
l’envahissement ganglionnaire.
L’extension ganglionnaire médiastinale est précoce.
La tumeur infiltre l’arbre bronchique, le
plus souvent sans bourgeon endoluminal. Elle est molle, friable,
souvent nécrosée.
Ces caractères expliquent la difficulté de la prise
biopsique et l’écrasement cellulaire fréquent. Exceptionnellement
(5 % des cas), il s’agit d’un nodule isolé périphérique diagnostiqué
le plus souvent après exérèse chirurgicale.
3- Histologie
:
Le CPC est fait de cellules de petite taille, n’excédant pas en général
la taille de trois petits lymphocytes.
La tumeur a, au faible
grossissement, un aspect très basophile lié à la faible quantité de
cytoplasme et à l’intrication des noyaux très proches les uns des
autres.
Ces noyaux possèdent une chromatine fine, ponctuée,
« poivre et sel ».
Le nucléole est souvent petit ou non visible.
L’index
mitotique est élevé, supérieur à dix mitoses/dix champs au fort
grossissement, dépassant souvent 60 mitoses.
L’architecture de la
tumeur est souvent caractéristique : infiltrat en nappe du chorion,
sans stroma inflammatoire, associé fréquemment à une infiltration pagétoïde de l’épithélium de surface, formant parfois de petits nids
intraépithéliaux de cellules tumorales.
Parfois, les cellules tumorales
sont groupées en rubans ou en lobules contenant occasionnellement
des rosettes, et limités en périphérie par une assise cellulaire
palissadique.
La nécrose est souvent importante, donnant lieu à une
incrustation basophile des parois vasculaires par l’acide
désoxyribonucléique (ADN), connue sous le nom de stries
d’Azzopardi.
Les artefacts d’écrasement sont fréquents, tant sur les
fragments bronchiques biopsiés que sur les ganglions prélevés par
médiastinoscopie, pouvant rendre le diagnostic difficile.
Cet
écrasement cellulaire n’est pas l’apanage des CPC et ne doit pas
suffire à lui seul à faire porter le diagnostic.
La réaction argentique
de Grimelius, dont la positivité est corrélée à la présence de grains
neurosécrétoires dans les cellules tumorales, était autrefois
largement utilisée, mais a été supplantée par l’immunohistochimie.
4- Cytologie :
La cytologie, effectuée sur matériel d’aspiration ou de
brossage, est souvent un complément utile à la biopsie, car les
cellules, fragiles, sont mieux préservées et ne présentent pas
d’artefact d’écrasement.
Les cellules sont ségréguées ou agencées en placards monocouches
au sein desquels les noyaux se moulent.
La chromatine est finement poussiéreuse.
On ne note pas de nucléole.
5- Immunohistochimie et microscopie électronique
:
Les marqueurs neuroendocrines ont déjà été mentionnés.
La chromogranine A est le marqueur le plus spécifique. Dans
25 à 30 % des CPC, l’immunohistochimie est négative et la
microscopie électronique ne retrouve pas de granule neurosécrétoire
. Le diagnostic est porté sur les caractères architecturaux
et surtout cytologiques précédemment décrits.
La dissociation
fréquente de l’expressivité de l’EMA et des CK associée à un index
de prolifération supérieur à 80 % sont des éléments qui confortent le
diagnostic histologique.
Les études de l’expression de bcl2 comme
facteur pronostique sont contradictoires.
6- Formes variantes de CPC :
La classification anatomopathologique des CPC a évolué vers la
simplification, la distinction des différentes formes (en
« grains d’avoine », à cellules intermédiaires, lymphocytoïdes),
n’ayant pas d’incidence pronostique. Le seul sous-groupe retenu par
l’OMS 1999 est la forme combinée.
Forme combinée : elle associe à la prolifération de petites cellules une
composante de carcinome non à petites cellules (carcinome épidermoïde, glandulaire, à grandes cellules neuroendocrine ou non)
souvent inférieure à 5 %. Le comportement clinique et évolutif est
identique à celui des formes pures.
Après chimiothérapie, les
biopsies montrent, chez 13 à 45 % des patients étudiés, une
morphologie différente, associant CPC et carcinome épidermoïde ou
adénocarcinome ou carcinome à grandes cellules.
La raison de cette
modification est inconnue et plusieurs hypothèses peuvent être formulées : forme combinée au départ, développement d’une
seconde tumeur ou transformation du CPC.
7- Pronostic :
Il est toujours sombre, plus péjoratif dans les formes disséminées
que dans les formes localisées.
Moins de 3 % des patients porteurs
d’un CPC ont une survie longue.
Malgré les nouvelles modalités
thérapeutiques (chimiothérapie et radiothérapie fractionnée), peu
survivent après 2 ans.
8- Diagnostic différentiel
:
– Lymphomes lymphoblastiques dont la localisation pulmonaire
primitive est rare.
– Certains carcinomes indifférenciés.
– Carcinome neuroendocrine à grandes cellules.
– Variante à petites cellules du carcinome épidermoïde.