Depuis les premières publications
concernant la chimiothérapie en ORL, il
persiste de nombreuses controverses
concernant son intérêt dans le traitement des
cancers pharyngolaryngés.
Pour la
chimiothérapie d’induction, la plupart des
études ne sont pas comparatives ou
randomisées et seule la qualité de la réponse
à la chimiothérapie était évaluable,
permettant pour certains de proposer la
préservation laryngée.
Néanmoins, certains essais randomisés prospectifs ont
permis d’évaluer l’intérêt de la
chimiothérapie d’induction.
Une première
étude, chez 194 patients porteurs d’une
tumeur nécessitant une pharyngolaryngectomie
totale (sinus piriforme), amena à
constater une survie équivalente pour les
patients ayant eu soit une chirurgie associée
à une radiothérapie postopératoire, soit une
réponse complète à la chimiothérapie et une radiothérapie exclusive sans chirurgie.
Cette amélioration de la qualité de vie, déjà
évaluée en particulier par le questionnaire SF 36, est un des points mis en avant
pour utiliser la chimiothérapie en induction
et proposer la conservation laryngée.
L’étude de ces publications doit néanmoins
être analysée avec prudence car les résultats
sont étroitement corrélés à la localisation
initiale de la lésion et à son stade TNM.
Ainsi, l’étude de Beauvillain a montré
l’absence d’intérêt d’une chimiothérapie
pour les tumeurs T3 ou T4 hypopharyngées
pouvant initialement bénéficier d’une
exérèse.
Une autre étude, étudiant l’impact
d’une chimiothérapie d’induction dans les
cancers classés T3 du larynx, fut
significativement en faveur d’une chirurgie
première suivie d’une radiothérapie sans
chimiothérapie.
Ces différents résultats
soulignent la difficulté actuelle pour définir
avec précision non seulement l’intérêt de la
chimiothérapie mais également sa place
dans les protocoles de traitement.
Une
meilleure connaissance de la biologie
cellulaire et de la radiothérapie a permis de
proposer de nouvelles formes d’associations
entre la chimiothérapie et la radiothérapie.
Les modifications portent sur la fréquence
des séances de radiothérapie, en augmentant
par exemple le nombre de séances
quotidiennes ou en associant
l’hyperfractionnement de la radiothérapie à
une chimiothérapie radiosensibilisatrice,
ces études s’adressent le plus souvent à des
tumeurs inopérables.
L’analyse de ces
travaux confirme que la chimiothérapie
permet la sélection des bons répondeurs à la
radiothérapie.
Néanmoins, son utilisation
non randomisée ouvre un débat concernant
le risque qu’elle fasse perdre des chances au
patient, ce qui ne paraît pas devoir être
retenu au travers des études réalisées, de
même que le risque de sélection de cellules
tumorales chimiorésistantes.
En revanche,
elle fait envisager le risque d’un refus du
traitement complémentaire initialement
prévu.
Le challenge pour les années futures
est donc majeur puisque, actuellement,
l’idéal serait de la réserver aux bons
répondeurs qui sont malheureusement
actuellement non repérables avant la prise
de décision de mise en route de la
chimiothérapie.
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