Cancer médullaire de la thyroïde
(Suite) Cours
d'endocrinologie
C -
CANCERS FAMILIAUX
:
Tout individu porteur d’un CMT, quelle que soit sa taille, peut être
le cas index d’une maladie familiale.
Outre les enquêtes génétiques
utilisées pour affirmer qu’il s’agit d’une maladie à caractère familial,
l’anatomopathologiste peut, dès l’examen de la pièce, orienter vers
le diagnostic de CMT génétiquement déterminé s’il existe, au niveau
de la tumeur, certaines particularités comme bilatéralité et/ou
hyperplasie à cellules C (HCC) associée.
1-
Bilatéralité
:
Elle permet de classer correctement 93 % des formes familiales.
Les tumeurs sont en général situées à l’union des tiers moyen et
supérieur dans la zone des cellules C.
Elles peuvent être ailleurs
dans le lobe. La deuxième localisation est située dans le lobe
controlatéral.
Elle peut être jusqu’à dix fois plus petite que la
première.
Cette deuxième localisation peut être absente. Dans ce
cas, il peut exister au moins une HCC.
Dans quelques observations
très exceptionnelles, cette deuxième localisation est extrathyroïdienne en position ectopique dans le site de migration
du corps ultimobranchial.
Il peut arriver cependant qu’il n’y ait
dans l’autre lobe ni autre tumeur ni HCC.
Ces situations, très rares,
ont été plus particulièrement décrites chez des individus porteurs
d’une mutation sur le codon 634.
Lorsque les tumeurs sont petites, la bilatéralité s’accompagne d’une multifocalité qui persiste jusqu’à ce que les tumeurs atteignent un
certain volume (4 cm pour le GETC).
Cette multifocalité peut être
rencontrée dans tous les CMT.
2- Hyperplasie à cellules C
:
L’HCC correspond à une augmentation du nombre des cellules C
intrathyroïdiennes immunomarquées positivement sur coupes
histologiques par la CT.
Il s’agit d’une anomalie identifiable
d’emblée sur les coupes histologiques standards lorsqu’elle est floride, plus difficile à identifier lorsqu’elle est discrète et nécessitant
alors le recours à un immunomarquage par la CT.
* Définition d’une HCC :
Les cellules C sont retrouvées dans les deux lobes à l’aide d’un
immunomarquage de la CT et sont souvent présentes au
contact des vestiges du corps ultimobranchial ou amas cellulaires
compacts (solid-cell nest des auteurs anglo-saxons).
Si les cellules C
peuvent être retrouvées dans toute la thyroïde, leur site de
prédilection est la jonction des tiers supérieur et moyen de la portion
centrale de chacun des lobes latéraux de la thyroïde.
La notion
d’HCC histologique est très difficile à définir car le contingent
cellulaire C normal est mal connu.
Il existe d’importantes
variations en fonction de l’âge et des individus.
En général, moins
de dix cellules C par champ à faible grossissement sont rencontrées.
Les follicules thyroïdiens ne comportent pas plus de six cellules C,
mais le plus souvent moins de trois cellules C.
Il existe de nombreuses définitions de l’HCC.
Lorsque, dans
plusieurs champs, plus de quatre follicules thyroïdiens comportent
chacun plus de six cellules C par champ à faible grossissement, la
question de l’HCC se pose.
S’il existe à faible grossissement dans les
zones de plus grande densité des cellules C, 50 cellules C par champ,
le diagnostic d’HCC est admis.
Guyetant et al proposent, pour
le diagnostic d’HCC, trois champs de plus de 50 cellules C
(grossissement X 100), et la présence de plus de 40 cellules C/cm_.
Le schéma proposé par Wolfe et de Lellis est celui d’une HCC
d’abord focale (tout le follicule thyroïdien n’est pas cerné par les
cellules C), puis diffuse (image de cellules C en « croissant » autour
des follicules) avant de devenir nodulaire (la lumière du
follicule thyroïdien est occupée en totalité par des cellules C).
Les HCC dites nodulaires posent, pour certaines d’entre elles lorsqu’elles
sont trop volumineuses, un problème d’interprétation avec
un micro-CMT débutant dont on sait qu’il peut ne mesurer
qu’un dixième de millimètre.
La réalité du diagnostic quotidien correspond, au sein d’une même
lésion, à un large éventail d’aspects possibles.
Les images
rencontrées sont souvent complexes.
D’un cas à l’autre, l’HCC est
plus ou moins floride et étendue.
Les HCC nodulaires sur coupes histologiques standards doivent être
distinguées des amas cellulaires compacts, des foyers de métaplasie
squameuse, de certaines thyroïdites de palpation.
L’immunomarquage
par la CT redresse le diagnostic.
Lorsqu’il existe des foyers carcinomateux, les secteurs d’HCC sont
retrouvés autour des foyers carcinomateux dont ils peuvent être
difficiles à distinguer, surtout s’ils réalisent des foyers limités à la
périphérie de la tumeur et disposés en « croissants » juxtavésiculaires
sans foyers au-delà.
* « HCC prénéoplasique »
:
L’HCC a pendant longtemps été assimilée à un état précancéreux
dans le cadre des cancers médullaires génétiquement déterminés.
Il est usuel de considérer, dans ces formes, que le cancer est bilatéral
et s’accompagne d’une HCC bilatérale.
En cas de dépistage précoce
de la maladie (qu’il s’agisse de dépistage biologique dans les séries
anciennes ou de détection d’une mutation du gène RET dans les
séries récentes), cette HCC peut être la seule anomalie identifiée.
Certains auteurs américains n’admettent le diagnostic d’HCC que
lorsqu’elle est suffisamment importante pour être identifiée sur des
colorations standards et dénient aux HCC détectées par
immunodétection sur coupes histologiques, toute valeur prédictive
d’une HCC liée à un CMT héréditaire.
Certains auteurs ont pensé trouver un marqueur discriminant les HCC liées au CMT en utilisant un anticorps dirigé contre une forme
d’acide polysialique (polySia) associée à une molécule d’adhésion
de type neural-cell adhesion molecule (N-CAM).
Ces résultats n’ont
pas été confirmés par d’autres équipes.
* « HCC physiologique »
:
Avec les années, de multiples études et constatations ont démontré
que l’HCC pouvait être absente dans les CMT génétiquement
déterminés, ou ne pas être bilatérale.
En revanche, elle pouvait être
présente et bilatérale dans un certain nombre d’autres circonstances
non liées au CMT : prise médicamenteuse particulière (cimétidine,
etc), hypercalcémie, insuffisance rénale, etc ; de façon satellite dans
les thyroïdites lymphocytaires, dans la maladie de Basedow, en
association avec le cancer papillaire, certains goitres, les adénomes
ou les carcinomes vésiculaires.
La fréquence de ces associations
était variable suivant les séries, et l’on ne sait toujours pas s’il s’agit
d’association vraie dont le lien de causalité reste à démontrer ou si
l’association est fortuite.
Les études autopsiques ont fait état d’une
HCC dans 20 à 57 % des cas autopsiés.
Dans la série de Guyetant, qui s’était spécifiquement intéressé à des thyroïdes
autopsiques sans pathologie manifeste, l’HCC était prédominante
chez l’homme de moins de 40 ans.
Les données récentes de la
littérature sur de larges cohortes ont permis, par la pratique de
dosage de la CT sérique avec ou sans test de stimulation par la
pentagastrine (suivi dans les cas pathologiques d’une vérification
histologique), de démontrer la plus grande fréquence des
anomalies biologiques et de l’HCC histologique, chez l’homme que
chez la femme (9,5 à 11 % versus 1,7 à 2,8 %).
La fréquence du cancer
médullaire dans les mêmes populations testées était, à l’inverse, peu
différente chez l’homme et chez la femme (2,3 à 3 % versus 1,2 à
2,8 %).
Les chiffres rencontrés sont très inférieurs à ceux des analyses
morphologiques effectuées sur du matériel autopsique.
La question
suivante était donc de s’intéresser à l’expression biologique de ces HCC.
Une étude prospective récente (9 hommes, 48 femmes) fait
état de la présence d’une HCC histologique chez 49 % des patients
figurant dans l’étude, sans prédominance de sexe.
Ces HCC sont
considérées comme normocalcitoninémiques tant en CT basale
qu’après test de stimulation à la pentagastrine. Détectées sur des
pièces de thyroïdectomies totales effectuées pour thyrotoxicoses
(n = 18) ou goitre nodulaire (n = 39), ces HCC sont associées à une
hyperthyroïdie dans 66 % des cas et à une euthyroïdie dans 44 %
des cas.
Ces données extrêmement récentes vont à l’encontre de données
plus anciennes sur la fréquence de l’HCC histologique et pourraient
remettre en cause la valeur accordée à l’HCC dans la prédiction de
la survenue d’un cancer médullaire.
Si elles sont validées, elles
réactualisent la question de la place des tests biologiques, de la
valeur des seuils pathologiques et n’excluent pas l’hypothèse de
lésions non sécrétantes.
* Questions posées par la chirurgie prophylactique
sur les tests génétiques
:
Les HCC liées aux CMT héréditaires et plus particulièrement aux
CMT familiaux isolés sont d’expression extrêmement variable,
réalisant des HCC florides ou des HCC plus modérées diffuses qui
ne sont identifiables qu’après immunodétection par la CT sur coupes
histologiques et apparaissent plus ou moins tardivement en fonction
de l’anomalie génétique en cause.
Une revue de la littérature récente concernant 209 thyroïdectomies
totales décidées après un dépistage génétique retrouve
un CMT dans 44 % des cas, des métastases ganglionnaires dans
8,4 % des cas, une HCC seule dans 25 % des cas, une absence totale
d’anomalie dans 3,3 % des cas.
La question, devant ces thyroïdes normales, est de savoir s’il s’agit
de patients indemnes de pathologie des cellules C parce que la pièce
est insuffisamment documentée, parce qu’ils n’auront pas de
pathologie des cellules C ou plutôt parce qu’ils ont été opérés tôt et
n’ont pas eu le temps de développer de pathologie des cellules C.
D - MICROCARCINOMES MÉDULLAIRES DE LA THYROÏDE
:
Les microcarcinomes médullaires thyroïdiens (micro-CMT) sont
découverts soit du fait d’un dépistage génétique, soit d’une
anomalie biologique de la CT sérique avec ou sans test de
stimulation à la pentagastrine, soit encore de découverte fortuite lors
de l’examen d’un lobe thyroïdien ou d’une thyroïdectomie effectuée
pour une autre pathologie.
Leur pronostic est fonction des données
cliniques au moment du diagnostic initial et des résultats des
dosages sériques de CT postopératoire.
Un micro-CMT est un cancer de moins de 1 cm dans le plus grand
axe.
Les plus petits CMT décrits sont de l’ordre du dixième
de millimètre. Le diagnostic en est alors difficile.
Il se fait lorsqu’il
existe une rupture de la basale vésiculaire, souvent la production
d’une fibrose, voire de substance amyloïde qui écarte les éléments
tumoraux.
La CT au niveau de ces foyers carcinomateux est en
général plus irrégulièrement distribuée et plus faiblement
positive que dans les HCC ou les cellules C normales.
Les
noyaux ne sont pas plus irréguliers. Dans certains cas, la lésion
carcinomateuse est nodulaire et difficile à distinguer d’un foyer
d’HCC nodulaire.
Souvent, ce foyer a englobé et remplacé des
vésicules thyroïdiennes.
À la question : s’agit-il du cas index d’une pathologie familiale,
existe-t-il une polyendocrinopathie ou une NEM associée ?, les
réponses doivent être les mêmes que pour les macro-CMT
sporadiques.
S’il s’agit d’une
lobectomie simple, il faut soigneusement documenter la lésion et en
particulier son caractère uni- ou multifocal, à ne pas confondre avec
de multiples invasions vasculaires qui peuvent constituer des
arguments péjoratifs.
En cas d’HCC associée au micro-CMT sur les
documents histologiques initiaux, elle n’est pas plus informative que
dans les autres situations non liées au CMT déjà décrites.
Quant au
devenir potentiel, le risque métastatique n’est pas nul.
E - RECHERCHE DE FACTEURS PRONOSTIQUES :
Les paramètres cliniques sont en général beaucoup plus prédictifs
que les paramètres histologiques.
C’est la raison pour laquelle parmi
les études avec analyse multivariée intéressant un nombre de cas
suffisant, les paramètres histologiques ne figurent plus.
Ce n’est pas pour autant que la recherche de facteurs histologiques
doive être interrompue.
Parmi les facteurs péjoratifs retenus dans la
littérature sur des séries qui restent beaucoup plus petites que les
séries cliniques publiées, nous citerons : la nécrose, la
dédifférenciation, la perte du stroma amyloïde, la présence de
certains contingents particuliers (aspects squameux, modification
des contingents cellulaires au profit de cellules oxyphiles, les
anomalies de la ploïdie, la baisse de la réactivité de bcl2, une
immunoréactivité franche avec Leu-M1, la présence de certains
oncogènes comme c-myc...).
Les études, peu nombreuses, de la p53
n’ont pas été concluantes.
Il en est de même pour les études d’indice
de prolifération Ki-67, même si certaines tumeurs caricaturalement
agressives ont un indice de prolifération très élevé.
Nous insistons
en outre sur les CMT encapsulés que certains auteurs nomment
« cancer médullaire encapsulé » et qui seraient d’évolution
particulièrement favorable.
Circonstances de diagnostic :
Les circonstances de diagnostic du CMT sont différentes selon qu’il
s’agit d’une forme sporadique, du cas index d’une forme familiale,
ou d’un cancer dépisté par une enquête familiale.
A - EXPLORATION D’UN NODULE THYROÏDIEN :
C’est le mode de révélation habituel des CMT sporadiques et des
cas princeps des formes familiales.
1- Signes d’appel
:
Il s’agit en général d’un nodule thyroïdien d’apparence isolée,
parfois d’un nodule dominant dans une thyroïde multinodulaire.
Plusieurs éléments cliniques peuvent attirer l’attention :
– certains orientent vers le cancer, quel que soit son type : caractère
dur, irrégulier, fixé du nodule, présence d’adénopathies cervicales ;
– d’autres orientent plus spécifiquement vers le CMT :
– anamnèse familiale retrouvant des interventions pour cancer de
la thyroïde, dont le type n’est souvent pas connu du patient ;
notion de parathyroïdectomie, d’intervention sur les surrénales ;
– situation du nodule à l’union tiers supérieur/tiers moyen du
lobe ; son caractère sensible (classique) ;
– manifestations systémiques à type de flushes, de diarrhée
motrice (10,3 % des cas dans la série de Kebebew et al) ;
manifestations pouvant évoquer un phéochromocytome ;
exceptionnellement notalgia (lésions cutanées lichénoïdes et
prurigineuses de la partie haute du dos) ou maladie de
Hirschsprung associées à certaines NEM IIa.
Mais, le plus souvent, il s’agit d’un nodule banal.
L’échographie,
montrant un nodule hypoéchogène, et la scintigraphie, montrant un
nodule hypofixant, n’ont rien de spécifique.
2- Diagnostic
:
Deux moyens permettent d’arriver au diagnostic de CMT avant
l’intervention, ce qui est essentiel pour des raisons de tactique
opératoire : la cytoponction et surtout le dosage de CT.
* Cytoponction :
La cytoponction à l’aiguille fine, nécessaire devant tout nodule
hypofixant ou de principe devant tout nodule avec thyroid
stimulating hormone (TSH) normale (ou l’analyse anatomopathologique
d’un ganglion) conduit parfois au diagnostic (à
confirmer par dosage de CT) si les lames sont lues par un
pathologiste expérimenté.
* Dosage de CT :
À quelques réserves près, le dosage de ce marqueur est le seul
moyen certain de faire le diagnostic préopératoire.
Le débat n’est
pas clos sur la nécessité de réaliser en routine ce dosage devant tout
nodule thyroïdien : ses performances sont excellentes (41,1 % de CMT lorsque la CT de base est élevée, 0,17 % de CMT lorsque la CT
de base est normale dans la série de 1 167 patients systématiquement
opérés du GETC), mais les CMT sont rares et il se pose le
problème du rapport coût/efficacité.
Dans les grandes séries
européennes de patients présentant un nodule thyroïdien exploré
par dosage systématique, la rentabilité du dosage a été faible
(1 % ou moins), mais, en regard du coût des réinterventions
nécessaires si le diagnostic préopératoire n’est pas fait ou, pire, de
celui de la prise en charge d’une tumeur évoluée et métastasée, les
auteurs de ces séries plaident en faveur du dépistage systématique.
En France, l’ex-Agence nationale pour le développement
de l’évaluation médicale (ANDEM) n’a pas recommandé le dosage
systématique, mais seulement dans les cas suivants :
– symptomatologie systémique évocatrice ;
– contexte de NEM II personnel ou familial ;
– antécédent familial de CMT ;
– aspect cytologique évocateur ;
– décision chirurgicale pour suspicion de malignité ;
– nodule chez l’enfant ou l’adolescent ;
– éventuellement en cas de situation médiolobaire ou de sensibilité
du nodule.
Concernant le dosage de CT, quelques précautions et réserves
doivent être formulées :
– seul le dosage immunoradiométrique (immunoradiometric assay
[IRMA]), habituellement utilisé en France, reconnaît exclusivement
la CT mature.
Avec cette technique, le taux normal est inférieur à
10 pg/mL.
Les autres techniques reconnaissent également les
précurseurs qui contaminent les résultats : la procalcitonine peut être
très élevée en cas d’infection grave, d’autres cancers que médullaires
et de minimes élévations de la CT mature peuvent ne pas être
détectés ;
– un taux élevé de CT n’est pas pathognomonique du CMT et
peut être constaté dans d’autres circonstances : autre tumeur
neuroendocrine, notamment pancréatique ou pulmonaire ;
hypergastrinémie (traitement par oprémazole, maladie de Biermer,
gastrinome) ; dialysés chroniques ; HCC dans la thyroïdite de
Hashimoto ou adjacentes à des cancers thyroïdiens d’autre type.
Une discrète élévation de la CT peut être observée physiologiquement
chez la femme enceinte.
Elle est plus élevée chez
l’homme que chez la femme sans dépasser les limites de la normale ;
– une élévation de la CT de base doit toujours être confirmée par
un deuxième prélèvement et une réponse anormale à la
pentagastrine, pathognomonique du CMT, d’autant plus
qu’elle est discrète.
La limite supérieure de la CT sous stimulation
est de 50 pg/mL (entre 30 et 50 se situe une zone d’incertitude) et le
diagnostic, très probable lorsqu’elle dépasse 100 pg/mL, est
certain lorsqu’elle dépasse 150 pg/mL ;
– la CT de base (seule indiquée dans le dépistage systématique)
peut être normale en cas de tumeur de petite taille ;
– lorsque le nodule thyroïdien est volumineux et la CT à peine
élevée, le nodule n’est vraisemblablement pas responsable de cette
élévation. Il s’agit possiblement d’un micro-CMT ou d’une HCC
adjacents.
B - MANIFESTATIONS SYSTÉMIQUES :
– Il peut s’agir de flushes, de diarrhée de type moteur. Lorsque ces
manifestations systémiques sont présentes et conduisent à la
découverte du CMT par dosage systématique de CT, il existe
généralement déjà des métastases (toujours dans la série de
Kebebew et al).
– Le CMT peut sécréter d’autres peptides que la CT :
– ACE surtout et l’enquête étiologique d’un ACE élevé doit
comporter un dosage de CT.
Cet antigène, présent dans les
cellules C normales, n’est pas spécifique du CMT, mais constitue
un autre marqueur de l’affection qui peut donner des indications
pronostiques ;
– une quantité d’autres peptides, sous forme mature ou
immature, peuvent rarement être sécrétés par la tumeur comme
par toute tumeur neuroendocrine : ACTH (responsable de
syndrome de Cushing), somatostatine, vasoactive intestinal
polypeptide (VIP), insuline, glucagon, sérotonine....
C - BILAN À LA RECHERCHE D’UNE NEM II
CHEZ UN CAS INDEX
:
Un phéochromocytome, une hyperparathyroïdie récidivante doivent
conduire au dosage de CT d’autant plus qu’il y a notion de
pathologie familiale (mais il existe d’autres formes familiales
d’hyperparathyroïdie que les NEM).
D - ENQUÊTE FAMILIALE :
À côté de l’exploration d’un nodule thyroïdien, l’autre situation
habituelle de découverte d’un CMT est l’enquête familiale après la
mise en évidence du cas index dans une famille.
Dans la moitié des
cas, les apparentés atteints sont porteurs de manifestations
évocatrices (nodules ou manifestations systémiques) ; dans l’autre
moitié, ils sont apparemment sains et le cancer ou la prédisposition
au cancer est découvert par l’étude biologique et/ou moléculaire
systématique.
Bilan nécessaire
:
La découverte d’un CMT (au mieux avant l’intervention, sinon après
si le diagnostic préopératoire n’a pas été fait) doit déclencher un
bilan bien codifié : recherche d’extension du cancer ; recherche de
NEM ; analyse moléculaire chez le cas index à la recherche d’une
forme familiale ; enquête familiale.
A - BILAN D’EXTENSION :
Il doit être réalisé lorsque la CT de base dépasse 100 pg/mL
(recommandations du GETC, juin 2000).
Les métastases du CMT
sont ubiquitaires, mais elles atteignent préférentiellement les chaînes
ganglionnaires cervicales et médiastinales, visualisées par
échographie cervicale (bon opérateur) et tomodensitométrie
cervicomédiastinale.
La tomodensitométrie recherche également des
métastases pulmonaires (le plus souvent miliaires) ou hépatiques et
la scintigraphie des localisations osseuses.
Les localisations
cérébrales sont plus rares et ne sont pas recherchées en première
intention.
Les différentes scintigraphies plus ou moins spécifiques
dont l’intérêt est discuté ailleurs, n’ont pas leur place dans ce
premier bilan.
Le dosage de l’ACE est important car son taux est corrélé au stade
de la maladie : pratiquement toujours normal lorsqu’il s’agit d’un
microcancer non invasif, il est presque constamment élevé lorsqu’il
existe une invasion locorégionale ou à distance.
B - BILAN À LA RECHERCHE D’UNE NEM II :
La recherche d’une NEM II doit être réalisée avant l’intervention,
même lorsqu’il s’agit d’une forme apparemment sporadique.
Cette
étape est d’abord clinique : recherche de dysmorphie marfanoïde
avec névromes muqueux (lèvres, paupières) évoquant une NEM IIb
(très rare) ; de symptomatologie évocatrice de phéochromocytome ;
d’antécédents de coliques néphrétiques à répétition suggérant une
hyperparathyroïdie ; recherche de notalgie.
Même en l’absence de symptomatologie évocatrice, il est
indispensable de pratiquer en préopératoire :
– un dosage de la calcémie et de la parathormone (PTH) 1-84 si la
calcémie est élevée ;
– un dosage des catécholamines et métanéphrines urinaires des
24 heures et/ou des métanéphrines et normétanéphrines
plasmatiques à la recherche d’un phéochromocytome qu’il est vital
de dépister et de traiter avant d’anesthésier le patient pour
l’intervention thyroïdienne.
C - ANALYSE MOLÉCULAIRE CHEZ LE CAS INDEX :
Elle doit être réalisée impérativement, même en l’absence de tout
élément clinique en faveur d’une forme familiale : c’est son résultat
qui détermine la conduite à tenir chez les apparentés.
Cette analyse
génétique à la recherche de mutation du gène RET nécessite le
consentement éclairé et signé du patient (disposition légale).
Elle ne
doit être proposée que lorsque le diagnostic de CMT est certain.
Plusieurs centres en France sont désormais capables d’effectuer cette
analyse, mais il faut avertir le patient, légitimement anxieux, que le
résultat peut demander plusieurs semaines, voire plusieurs mois,
car tous les exons possiblement impliqués doivent être étudiés.
De
plus, toute mutation identifiée doit être confirmée sur un deuxième
prélèvement indépendant.
Dans le même temps, il est très souhaitable de demander au patient
son autorisation écrite pour être inscrit au registre national des
tumeurs à CT (sous forme codée).
D - ENQUÊTE FAMILIALE :
Le cadre des NEM et des F-CMT confronte le clinicien à l’existence
de maladies familiales cancéreuses impliquant la détection d’autres
membres atteints dans la famille.
Les objectifs sont multiples :
– cibler les individus porteurs de l’anomalie génomique associée
avec la présence de la maladie dans une famille ;
– caractériser l’expression clinique initiale de la maladie pour
chaque individu atteint ;
– établir les modalités d’expression de la maladie dont on sait
qu’elle est variable mais qui vont conditionner le suivi ultérieur.
Les enjeux sont importants car cette démarche permet le diagnostic
et le traitement précoces de certaines affections, permettant à ces
patients de bénéficier d’un bien meilleur pronostic à long terme.
Les difficultés sont nombreuses et liées :
– au type de structure familiale, plus ou moins importante,
éventuellement éclatée et dispersée sur le territoire national ou dans
des pays étrangers ;
– à l’existence de relations familiales parfois difficiles ;
– au fait que la majorité des individus dans une famille sont et
resteront des sujets sains exempts de cette affection et qu’il convient
d’éviter leur médicalisation ;
– surtout, ces enquêtes s’adressent autant aux enfants qu’aux
adultes.
Ces raisons font que sont impliqués les patients, leur entourage
proche, les médecins traitants, qui peuvent éventuellement obtenir
le concours du réseau de coordination nationale.
1- Comment cibler les individus porteurs de l’anomalie
génomique ?
Quand la mutation du gène RET est connue : l’étude génomique se
limite à caractériser la mutation chez les membres de la famille.
Tout
patient porteur de cette mutation est porteur d’un risque de 100 %
de développer la maladie. La question est ensuite : quand et
comment.
Quand la mutation sur le gène RET n’est pas identifiée alors qu’existe
un contexte familial évident (c’est le cas actuellement de quelques
rares cas de NEM II ou de F-CMT isolés) : il est nécessaire d’assurer
une parfaite description de l’expression de la maladie chez les
patients atteints et connus d’une famille.
C’est dans ces formes que
le séquençage du gène a permis la découverte de nouvelles
mutations.
2- Qui explorer ?
En théorie, tous les membres d’une famille doivent être explorés.
En
pratique, les études génétiques portent prioritairement sur la cellule
familiale au premier degré : parents, enfants, grands-parents, frères
et soeurs de la personne atteinte.
L’extension ultérieure de l’enquête à d’autres branches de la famille
est conditionnée par la certitude du caractère familial ou la
connaissance d’autres cas de pathologie surrénale ou thyroïdienne
parmi d’autres membres de cette famille, et la résolution des
problèmes d’organisation pratique que cela engendre.
3- Comment faire l’exploration ?
Outre les examens cliniques, chaque personne doit faire l’objet d’un
prélèvement sanguin pour recherche de mutation du gène RET, en
ciblant cette recherche sur le CMT ou les NEM II.
Actuellement, chez
les enfants, cette seule recherche suffit dans la plupart des cas avant
de recourir à un test de stimulation par la pentagastrine.
Chez les
patients plus âgés, une évaluation des taux de base de la CT et sous
stimulation par la pentagastrine reste utile en raison de la
dissociation possible entre le statut génétique et l’expression de la
maladie au cours de la vie.
La mise en évidence d’une mutation sur le gène RET implique
d’être confirmée par un second prélèvement, car même si le
risque d’une erreur est faible, la portée et les conséquences
d’un tel diagnostic font qu’il doit être établi avec une
quasi-certitude.
Actuellement, la négativité d’une recherche n’implique pas de
confirmation systématique de l’absence de forme héréditaire
cliniquement patente.
Toutefois, la même prudence est de mise et, en cas de doute, une
seconde détermination est requise.
Actuellement, ces recherches mutationnelles ne sont pas prises
en charge par les organismes de prestations sociales.
4- Réglementation en vigueur :
La loi n° 94-653 (article 16-10) du 29 juillet 1994 relative au
respect du corps humain implique :
– d’informer les patients de l’enquête génétique en leur
remettant un document explicite ;
– d’obtenir leur consentement pour l’analyse de leur génome.
Traitement :
A - TRAITEMENT CHIRURGICAL :
1- CMT patent cliniquement et/ou biologiquement
:
Le traitement de première intention d’un CMT est chirurgical et la
qualité de la prise en charge initiale est un élément important du
pronostic : il est essentiel de s’adresser à une équipe
connaissant bien cette pathologie et que le diagnostic ait été fait
avant l’intervention car la tactique opératoire diffère de celle utilisée
pour les cancers dérivés des cellules vésiculaires.
L’intervention
n’est programmée qu’après avoir éliminé un phéochromocytome
associé, même dans les formes apparemment sporadiques.
La
thyroïdectomie doit être totale étant donné la bilatéralité constante
des lésions dans les formes familiales et dans 30 % des formes
apparemment sporadiques, le caractère bilatéral des lésions
amenant d’ailleurs à reconsidérer le caractère sporadique de la
maladie.
Elle doit être associée à une exérèse des compartiments
ganglionnaires quel que soit le résultat du bilan préopératoire et, en
principe, quelle que soit la taille de la lésion, car l’envahissement des ganglions est très fréquent : plus de 50 % des cas dans les macrocancers, 30,9 % des 55 microcancers ayant bénéficié d’un
curage ganglionnaire dans la série de Beressi et al.
Vis-à-vis des
compartiments ganglionnaires, l’accord est unanime sur la nécessité
de pratiquer une exérèse bilatérale et large du compartiment central,
étendu du dôme aortique à l’os hyoïde.
La sternotomie n’est pas
indiquée en première intention et n’est discutée que si les ganglions
extrêmes sont envahis.
Vis-à-vis des compartiments latéraux,
spinal et jugulocarotidien, les recommandations ont évolué.
En 1991, Proye et al, et d’autres ensuite, proposaient une attitude
éclectique, n’effectuant le curage qu’en cas de tumeur thyroïdienne
macroscopique ou lorsque les ganglions centraux ou latéraux
prélevés étaient envahis.
En 2000, ce même auteur et le GETC,
comme d’autres, préconisent l’ablation systématique des
compartiments latéraux, du côté de la lésion en cas de forme
sporadique et des deux côtés en cas de forme familiale, en raison de
l’extrême fréquence de leur envahissement.
Dans le cadre des NEM II, en cas de phéochromocytome associé, le
traitement de ce dernier doit précéder la thyroïdectomie étant donné
le risque d’accident anesthésique si la tumeur surrénale est laissée
en place.
La bilatéralité des lésions étant fréquente, certains prônent
la surrénalectomie bilatérale d’emblée, même si la lésion paraît
localisée d’un seul côté, suivie du traitement de remplacement
hormonal ; d’autres préfèrent traiter d’abord la surrénale malade,
une deuxième intervention pouvant être programmée
ultérieurement si la surveillance montre une récidive
controlatérale, d’autant plus que les possibilités d’intervention par
coeliochirurgie rendent plus aisée cette deuxième attitude.
Si le
phéochromocytome ne s’est pas encore manifesté, il n’y a pas lieu
de proposer une surrénalectomie prophylactique car sa pénétrance
est incomplète, comme celle de l’hyperparathyroïdie.
Lorsque
cette dernière est présente, les avis sont partagés entre la parathyroïdectomie totale avec réimplantation d’un fragment d’une
des glandes et la parathyroïdectomie subtotale avec conservation in situ d’une
portion bien vascularisée d’une d’entre elles.
2- CMT dépisté par analyse moléculaire
:
Il se pose chez ces personnes, souvent des enfants, la question de la
thyroïdectomie prophylactique.
La pénétrance de la mutation est de
100 %, mais il peut être difficile de prévoir le moment où le cancer
se manifestera.
Les corrélations phénotype/génotype, établies grâce
aux groupes travaillant sur cette maladie, ont permis de mieux
établir les indications.
Dans les NEM IIb, le CMT est extrêmement
agressif et l’accord est unanime sur la nécessité de pratiquer une
thyroïdectomie totale avant l’âge de 1 an.
Dans les NEM IIa, la
thyroïdectomie est proposée à partir de 5 ans.
En cas de F-CMT, tous les porteurs de mutation développent virtuellement la
maladie, mais la date de son apparition n’est pas connue.
Si une
mutation donnée se révèle être peu agressive, il peut être conseillé
d’attendre le moment où le test à la pentagastrine devient anormal
pour intervenir : ainsi, en cas de mutation dans l’exon 10 codon 611,
certaines personnes de plus de 70 ans peuvent être indemnes bien
que porteuses de l’anomalie génétique, comme l’a montré une étude
danoise.
B - TRAITEMENTS NON CHIRURGICAUX
:
Ils sont discutés en cas de dissémination métastatique, de récidive
non accessible chirurgicalement, voire à titre systématique, mais
leurs résultats sont décevants.
La radiothérapie externe n’a pas démontré son efficacité en termes
de survie ou de prévention de récidives, sauf dans une étude
canadienne où le contrôle à 10 ans de l’atteinte locorégionale chez
les patients à haut risque (métastases ganglionnaires) a été de 86 %
chez les patients traités par radiothérapie externe versus 52 % chez
ceux qui ne l’ont pas été.
La radiothérapie palliative peut, en
revanche, être utile en cas de tumeur non curable chirurgicalement
(osseuse ou spinale, par exemple).
La radiothérapie métabolique a soulevé de l’intérêt étant donné la
capacité de certains CMT à capter 131I-MIBG (monoiodobenzylguanidine)
ou 111In-octréotide (le traitement par 131I n’a
pas sa place ici sauf dans les formes mixtes).
Des protocoles de
traitement ont été établis, dont les résultats ont été très partiels et
dans l’ensemble décevants.
Le traitement par anticorps
monoclonaux marqués anti-ACE est en cours d’évaluation par un
protocole européen.
Les CMT sont chimiorésistants et les divers protocoles de chimiothérapie
n’ont obtenu que des résultats très partiels ou sont en cours
d’évaluation.
Il en est de même avec les tentatives de traitement par
interféron alpha isolé.
Associé à l’octréotide, il peut cependant réduire
le taux de CT et les manifestations systémiques.
La thérapie génique ayant pour but d’améliorer la chimiosensibilité
est encore du domaine de la recherche.
C - SURVEILLANCE :
Suivi postopératoire :
La vérification du taux de CT de base est effectuée 8 jours après la
thyroïdectomie, un dosage d’ACE (s’il était pathologique en
préopératoire) et un test à la pentagastrine 6 semaines après. Des
résultats normaux sont de bon augure (pic de CT inférieur à
10 pg/mL), mais le test à la pentagastrine doit être répété
annuellement pendant au moins 6 ans, puis plus espacé.
Dans les formes familiales apparemment isolées, la recherche d’un
phéochromocytome et d’une hyperparathyroïdie doit être répétée
par des dosages annuels de métanéphrines et de calcémie, même si
la mutation trouvée n’est pas celle habituellement rencontrée dans
les NEM : ces affections peuvent se manifester des années après la
thyroïdectomie et un F-CMT peut se trouver classé ultérieurement
parmi les NEM.
Un taux de CT basal ou stimulé anormal témoigne de la persistance
ou de la récidive de la maladie.
Si le premier geste chirurgical a été
inadéquat (thyroïdectomie non totale, absence de curage), la
localisation est probablement cervicale et il se pose alors la question
d’une réintervention après avoir éliminé des métastases à distance
patentes.
Il s’agit toutefois d’une chirurgie délicate obtenant des
résultats médiocres.
Si la chirurgie de première intention a été correcte, la recherche des
localisations du cancer dépend du taux basal de CT. S’il est peu
élevé (< 50 ou 100 pg/mL), un bilan extensif est inutile car il n’y a
aucune chance de pouvoir localiser les lésions.
Il faut alors se
contenter d’une surveillance bisannuelle de la CT. Si la CT est
franchement augmentée ou augmente rapidement ainsi que l’ACE,
un bilan doit être entrepris :
– l’imagerie traditionnelle est systématique : échographie cervicale,
tomodensitométrie médiastinale, pulmonaire et abdominale,
scintigraphie osseuse ;
– les scintigraphies par 131I-MIBG ou 111In-pentétréotide
(octréotide), tenues un temps pour plus spécifiques, ont donné des
résultats décevants et ne sont plus préconisées ;
– l’immunoscintigraphie par anticorps monoclonaux anti-ACE
donne de meilleurs résultats, supérieurs à ceux de l’imagerie
traditionnelle, et a même pu être utilisée en peropératoire, mais les
protocoles ne sont pas terminés ;
– la tomographie par émission de fluorodéoxyglucose positron
(positron emission tomography scan [PET-scan] est en cours d’étude.
Elle paraît obtenir des résultats intéressants ;
– le cathétérisme veineux avec dosages étagés de CT est une
technique invasive qui peut orienter une réintervention lorsqu’un
seul gradient est détecté, au niveau cervical notamment.
Lorsque les
gradients sont multiples, il est illusoire d’espérer une efficacité
thérapeutique.
Les réinterventions pour tumeur résiduelle ou récidivante
obtiennent de toutes façons des résultats médiocres et leur
agressivité doit être mise en balance avec le pronostic spontané qui
peut être bon, malgré l’absence de rémission.
Les traitements
non chirurgicaux (radiothérapie externe palliative, chimiothérapie) doivent être discutés cas par cas par une équipe
multidisciplinaire.
Pronostic :
Le pronostic global des CMT était considéré comme défavorable,
intermédiaire entre celui des cancers différenciés dérivés des cellules
folliculaires et celui des cancers anaplasiques.
Les chiffres publiés
par les études plus récentes sont meilleurs et cela tient en grande
partie au dépistage systématique, en particulier des formes
familiales.
Ainsi la statistique du GETC, en 1998, portant sur 899
patients, faisait état d’une survie globale ajustée à 5 ans de 85,7 %, à
10 ans de 78,4 % et à 15 ans de 70,1 %.
Des chiffres voisins ont été
donnés par Kebebew et al : 86,5 % de survie à 10 ans.
On peut
néanmoins noter que dans ces deux séries la proportion de cancers
dépistés par analyse génétique était élevée de manière inhabituelle
(près de la moitié de la population) du fait d’un probable biais de
recrutement (mais aussi d’un dépistage génétique plus performant
que dans le passé).
En analyse univariée, les éléments prédisant un bon pronostic sont
l’âge jeune, le sexe féminin, le stade de classification TNM (T :
tumeur maligne ; N : nodes [ganglions] ; M : métastases) (taille du
cancer inférieure à 10 mm, absence d’envahissement ganglionnaire
ou systémique), des taux bas d’ACE en préopératoire et le fait
que le CMT ait été dépisté avant l’intervention par un dosage de
CT.
En analyse multivariée, seuls l’âge et le stade ou le stade
seul demeurent des facteurs prédictifs indépendants.
Le taux
préopératoire de CT est corrélé à la taille de la tumeur et est
également un facteur de bon pronostic s’il est faible (< 50 pg/mL),
mais des taux élevés ne prédisent pas forcément l’absence de
normalisation postopératoire.
Après l’intervention, la
normalisation de la CT basale et stimulée prédit un pronostic
excellent (97,7 % de survie à 10 ans dans la série du GETC), mais
l’évolution peut être relativement favorable malgré la persistance de
la maladie : dans cette même série, chez les sujets non guéris
biologiquement (57 % de la population), la survie était encore de
80,2 % à 5 ans et de 70,3 % à 10 ans.
Ces études récentes soulignent
l’importance du traitement à une phase peu évoluée et justifient
pleinement le dépistage précoce de la maladie.