Introduction
:
De par son importance quantitative dans l’organisme, le tissu
musculaire est sujet à de nombreux remaniements primaires ou
secondaires.
C’est ce que peut explorer la biopsie musculaire.
Deux
types lésionnels principaux peuvent être reconnus et représentés,
soit par une atteinte spécifique myogène ou neurogène, soit par une
atteinte systémique.
Quelle que soit son indication, la biopsie
musculaire intervient comme quatrième étape dans l’exploration
d’une affection neuromusculaire après les études cliniques,
biologiques et électrophysiologiques.
Du fait de la facilité technique
de la biopsie, son indication peut être large sans être désordonnée.
Le prescripteur indique au patient les raisons de cet examen, les
éventualités diagnostiques attendues et les quelques complications
possibles ; ces dernières sont mineures lorsque les conditions
d’asepsie sont garanties et quelques règles d’hygiène postbiopsie
respectées.
La biopsie chirurgicale ou la biopsie au trocart est affaire
d’écoles. Une anesthésie générale est souvent nécessaire chez le nouveau-né et le petit enfant.
Les muscles récemment traumatisés
ou soumis à une étude électromyographique ne doivent pas être
prélevés du fait de lésions nécrotiques ou inflammatoires
persistantes.
Les contre-indications à la biopsie concernent les
troubles de la coagulation (anticoagulants) et une éventuelle allergie
aux anesthésiques locaux.
Le choix du muscle à biopsier est
essentiellement déterminé par la clinique qui prend en compte le
déficit, l’hypotonie, puis l’atrophie, une éventuelle nouure
intramusculaire, plus accessoirement des crampes et des myalgies.
Il s’agit en fait d’un muscle « suffisamment pathologique pour que
les lésions soient interprétables, mais modérément pour qu’elles le
restent ».
En pratique, les biopsies sont effectuées sur les muscles
deltoïde, biceps et palmaire pour le membre supérieur et quadriceps,
péronier et gastrocnémien pour le membre inférieur.
La destinée des prélèvements doit être envisagée de façon extensive :
microscopie optique et ultrastructurale, histoenzymologie et
immunohistochimie éventuelle, biochimie et génétique moléculaire.
L’étude de l’innervation sur fibres dissociées peut également être
réalisée.
Un prélèvement sanguin peut utilement compléter la
biopsie musculaire dans certaines circonstances et chez les
collatéraux dans le cas d’une affection familiale.
Les éventuelles erreurs relèvent de plusieurs causes :
– le manque de renseignements cliniques, indispensables pour
rendre compte de l’indication de la biopsie ;
– certaines affections comme les anémies ou les perturbations
électrolytiques ne s’accompagnent pas de lésions significatives ; dans
d’autres affections, la biopsie est normale ou ne révèle que des
lésions non spécifiques ; c’est le cas des myopathies endocriniennes,
de la myasthénie auto-immune, des myoglobinuries, des syndromes
myotoniques non dystrophiques et des paralysies périodiques ;
– des artefacts histopathologiques, le plus souvent liés à des
conditions inadéquates de prélèvement et de préparation des
spécimens, peuvent être interprétés comme des lésions
élémentaires ; c’est le cas des bandes de contraction simulant des
lésions nécrotiques et des vacuoles de décongélation interprétées
comme une surcharge ;
– une bonne connaissance des structures normales permet de
reconnaître les jonctions myotendineuses, les fuseaux
neuromusculaires et les organes tendineux de Golgi, et de ne pas
leur accorder une quelconque signification pathologique.
Les résultats de la biopsie musculaire sont le reflet de son évolution :
d’une part les indications sont devenues plus extensives, puisque la
biopsie, limitée aux affections neuromusculaires dans une première
approche, a pris actuellement une très grande importance en
pathologie générale ; d’autre part les progrès techniques ont permis
un accroissement des connaissances : descriptives dans un premier
temps, puis fonctionnelles avec l’histoenzymologie et la microscopie
électronique, et moléculaires ces dernières années avec
l’immunohistochimie, les techniques de western blot, de polymerase
chain reaction (PCR) et d’hybridation in situ et la recherche d’acide
ribonucléique messager (ARNm) dans le muscle.
Techniques utilisées
:
A - HISTOPATHOLOGIE CONVENTIONNELLE :
La microscopie optique permet une bonne appréciation et une
description analytique des lésions élémentaires.
Elle est réalisée sur
des coupes après inclusion en paraffine colorées par l’hématéineéosine
et le trichrome de Masson, des coupes de tissu congelé
colorées par l’hématéine-éosine et le trichrome de Gomori à la
recherche d’inclusions fuchsinophiles et éventuellement des coupes
semi-fines après inclusion en résine.
Des colorations spéciales
comme la coloration à l’acide périodique de Schiff (PAS) qui colore
les glycolipides et les glycoprotéines, le noir Soudan (coloration des
lipides) et le rouge Congo à la recherche d’amylose sont également
utilisées.
B - HISTOENZYMOLOGIE :
1- Techniques ATPasiques :
L’activité adénosine triphosphatasique (ATPasique) des différentes
myosines musculaires, lente et rapide, varie en fonction du pH
d’incubation de la lame.
Ces techniques permettent donc de
connaître la répartition des différents types de fibres.
Trois pH
d’incubation sont principalement utilisés : pH 9,4 ; pH 4,6 ; pH 4,3.
Les fibres de type I (type lent et résistant) sont fortement colorées
aux pH 4,3 et 4,6.
Les fibres de type IIA (type rapide et résistant)
sont visibles uniquement à pH 9,4.
Les fibres de type IIB (type
rapide et peu résistant) sont fortement colorées à pH 9,4 et
légèrement colorées à pH 4,6. Les fibres IIC (fibres régénératives)
sont colorées quel que soit le pH.
2- Techniques oxydatives
:
Les fibres de types I et IIA sont plus fortement colorées par ces
techniques.
Elles incluent les colorations des enzymes suivantes :
– nicotinamide-adénine-dinucléotide-tétrazolium réductase
(NADH-TR), enzyme présente dans les mitochondries, le réticulum
sarcoplasmique et les tubules T, et dont la coloration permet
d’apprécier le « réseau intermyofibrillaire » ;
– succinate déshydrogénase (SDH), complexe 2 de la chaîne
respiratoire mitochondriale et entièrement codée par l’acide
désoxyribonucléique (ADN) nucléaire ;
– cytochrome oxydase (COX), complexe 4 de la chaîne respiratoire
mitochondriale et partiellement codée par l’ADN mitochondrial ; la
coloration combinée COX-SDH permet de préciser le pourcentage
de fibres déficientes en activité COX ;
– a-glycérophosphate déshydrogénase liée à la ménadione, présente
dans les mitochondries et le sarcoplasme, qui teste l’activité
oxydative des fibres de type II.
3- Autres techniques enzymatiques
:
La myophosphorylase, enzyme de dégradation du glycogène, la
phosphatase acide, enzyme lysosomiale, et la phosphatase alcaline,
marqueur de la régénération, sont également accessibles à
l’histoenzymologie.
C - MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE :
Elle n’est pas systématique ; son indication découle de l’examen histopathologique et du type de pathologie en cause.
Elle peut
permettre d’affirmer une myopathie oculopharyngée, de rechercher
des inclusions nucléaires et cytoplasmiques en faveur d’une myosite
à inclusions, de caractériser précisément des vacuoles : surcharge
lysosomiale des déficits enzymatiques de la myopathie à la
chloroquine, dilatation du réticulum, accumulation de formations
pseudomyéliniques plus ou moins associées aux inclusions
nucléaires dans la myosite à inclusions et dans la myopathie
oculopharyngée.
D -
IMMUNOHISTOCHIMIE ET « WESTERN BLOT »
:
L’immunohistochimie en microscopie optique est une technique
simple et rapide, permettant la détection sur coupe tissulaire
d’antigène dont la nature est le plus souvent protéique.
Cette
technique s’est très largement développée ces dernières années du
fait de la commercialisation d’un grand nombre d’anticorps
monoclonaux spécifiques.
De nouveaux anticorps deviennent
régulièrement disponibles.
Les techniques de révélation les plus
utilisées en pratique diagnostique sont les techniques
d’immunoperoxydase et d’immunofluorescence.
L’utilisation de
système d’amplification (biotine, streptavidine) a permis
d’augmenter la sensibilité.
De plus, les automates
d’immunohistochimie de type Ventana permettent la réalisation
simultanée d’un grand nombre de techniques, leur standardisation,
et augmentent la qualité et l’intensité des marquages.
L’immunohistochimie peut être utilisée pour affirmer un diagnostic
ou le préciser, ou encore dans un but pathogénique.
Chaque technique d’immunohistochimie nécessite une mise au point
préalable : choix des dilutions d’anticorps, réalisation de contrôles
positifs et négatifs tissulaires, omission de l’anticorps primaire ou
encore une immunoabsorption.
Ces contrôles sont indispensables
pour la validation et la crédibilité de la technique.
L’utilisation de l’immunohistochimie en ultrastructure reste encore
du domaine de la recherche.
Les techniques de western blot sont effectuées à partir de muscle
congelé, pesé puis homogénéisé.
Après une phase de préparation,
une migration des protéines musculaires sur gel de polyacrylamide
est réalisée.
Après transfert sur une membrane, les anticorps
correspondant aux protéines recherchées sont hybridés. Cette
technique nécessite des contrôles multiples.
La chaîne lourde de
myosine permet la quantification des protéines au sein des extraits
et la vérification de la qualité de ces derniers.
Des extraits
musculaires de sujets normaux déposés en quantité identique et
dilués au demi servent de contrôles positifs.
Les techniques de
western blot multiplex permettent l’identification simultanée de
protéines musculaires de poids moléculaires différents.
Cette
approche assure un contrôle supplémentaire en permettant la vérification de la qualité des protéines détectées.
La principale
indication du western blot est l’exploration d’une dystrophie
musculaire.
E - ÉTUDES BIOCHIMIQUES COMPLÉMENTAIRES :
Elles sont indispensables pour caractériser les myopathies
métaboliques : recherche d’une surcharge glycogénique par mesure
du taux de glycogène et quantification de certaines enzymes du
métabolisme du glycogène, évaluation de l’activité des différents
complexes de la chaîne respiratoire mitochondriale dans les
mitochondriopathies et dosage de certaines enzymes du
métabolisme des lipides et de la carnitine.
F - GÉNÉTIQUE MOLÉCULAIRE :
Il est possible de rechercher une mutation dans un gène donné sur
tissu musculaire ou dans le sang.
Les ADN nucléaire et
mitochondrial peuvent être analysés.
Lésions élémentaires
:
A - HISTOPATHOLOGIE CONVENTIONNELLE
ET COLORATIONS SPÉCIALES :
1- Atrophie, hypertrophie, variation de taille des fibres
:
L’atrophie se caractérise par une réduction de taille et de volume
des fibres musculaires.
Les fibres atrophiques sont le plus souvent
arrondies dans les processus myopathiques et anguleuses dans la
dénervation et les états de non-utilisation.
La topographie de
l’atrophie est un élément important dans l’orientation diagnostique,
des groupes de fibres atrophiques anguleuses se rapportant à une
dénervation tandis que des fibres atrophiques disséminées sont
plutôt l’apanage des dystrophies musculaires.
Une atrophie périfasciculaire est très caractéristique de la dermatomyosite.
L’hypertrophie est souvent associée à l’atrophie et correspond à un
processus compensatoire. Les fibres hypertrophiques comportent
souvent des remaniements structuraux comme des centralisations
nucléaires et des segmentations.
Elles peuvent être dues à une
surcharge (glycogène) ou comporter une opacité de leur sarcoplasme
avec un arrondissement exagéré de leurs contours comme les fibres hypercontractées dans les dystrophies musculaires de Duchenne et
de Becker.
La présence de fibres atrophiques et hypertrophiques entraîne une
augmentation de la variation de taille des fibres.
2- Nécrose, régénération, segmentation
:
La nécrose est la lésion dégénérative de base.
C’est une
altération segmentaire de la fibre musculaire avec homogénéisation sarcoplasmique bien limitée par rapport aux myofibrilles sus- et
sous-jacentes.
Les membranes musculaires sont habituellement
détruites au cours de la nécrose et rendent compte de la libération
sanguine des enzymes musculaires.
Habituellement observées dans
les myopathies, ces nécroses peuvent être notées dans tous les
processus aigus de dénervation, telle une sclérose latérale
amyotrophique d’aggravation rapide.
Le segment nécrotique subit
une phagocytose par les histiocytes-macrophages.
La régénération
du secteur nécrosé implique une prolifération myoblastique à partir
des cellules satellites.
Cette régénération est plus ou moins complète,
expliquant des segmentations plus ou moins persistantes.
Le taux
élevé d’acides nucléiques rend compte de la basophilie du
cytoplasme des fibres régénératives.
Il est parfois difficile de faire la
part de tous les noyaux présents dans ces foyers : hyperplasie de
noyaux sarcolemmiques, noyaux des myoblastes proliférants,
noyaux des phagocytes.
La répartition des nécroses et des
régénérations a une bonne valeur d’orientation.
Elles intéressent des
fibres isolées et se répartissent de façon disséminée dans tous les
processus rhabdomyolytiques.
Elles réalisent de petits groupes dans
les dystrophies musculaires progressives.
Elles se situent en
périphérie des fascicules dans la dermatomyosite.
De larges groupes
de fibres nécrotiques correspondent à des infarctus au cours des
dermatomyosites et autres vascularites.
3- Modifications nucléaires
:
Les noyaux musculaires sont normalement situés en périphérie des
fibres.
Leur centralisation est un phénomène d’observation
commune, aussi bien dans les affections myopathiques que dans les
dénervations.
Les centralisations nucléaires en chaînettes sur les
coupes longitudinales sont évocatrices de la dystrophie musculaire
de Steinert et des myopathies centronucléaires.
De gros
noyaux vésiculeux avec nucléole proéminent sont notés dans la
régénération.
Des amas de petits noyaux pycnotiques dans des fibres
très atrophiques (sacs nucléaires) sont fréquents dans les
dénervations.
4- Inclusions cytoplasmiques et nucléaires :
Le trichrome de Gomori est la meilleure coloration.
Il permet de
mettre en évidence des inclusions variées, spécifiques ou non.
Dans
le cytoplasme, des corps cytoplasmiques, des bâtonnets, des
accumulations de desmine et des agrégats de mitochondries sont
visibles.
Les corps cytoplasmiques ne sont pas spécifiques
puisqu’ils sont visibles dans une myopathie congénitale dite « à
corps cytoplasmiques » mais également dans des affections aussi
diverses que les dénervations, les myopathies inflammatoires, les
paralysies périodiques ou les mitochondriopathies.
Des inclusions congophiles (myosites et myopathies à inclusions) peuvent
également être observées.
Des inclusions nucléaires sont possibles
dans la myosite à inclusions et la myopathie oculopharyngée.
5- Fibres « ragged-red » (RRF)
:
Ces fibres rouges et déchiquetées au trichrome de Gomori sont le
signe d’une dysfonction mitochondriale.
Elles contiennent des
agrégats mitochondriaux bien révélés par la SDH et peuvent être
partiellement ou totalement négatives pour la COX.
Leur contenu
en glycogène et en lipides est élevé. Des RRF peuvent être observées
dans les myopathies inflammatoires.
Le nombre de fibres négatives
pour la COX augmente de façon physiologique avec l’âge mais
n’excède pas 5 % des fibres.
À l’inverse, les cytopathies
mitochondriales du nouveau-né et du petit enfant peuvent ne pas
comporter de RRF.
6- Vacuoles :
La vacuolisation des fibres musculaires est une altération très
fréquente.
La taille, la forme et le nombre des vacuoles sont très
variables.
Elles peuvent se situer dans les espaces soussarcolemmiques
ou intermyofibrillaires.
Il peut s’agir de larges
vacuoles arrondies sans limites nettes, comme dans les glycogénoses
et les paralysies périodiques, ou de multiples vacuoles de
petite taille au cours des surcharges lipidiques, ou encore de
vacuoles à contours anguleux bordées par une substance basophile
dans les myosites à inclusions, les myopathies oculopharyngées et
autres myopathies héréditaires à vacuoles bordées.
Enfin, il peut
s’agir de petites vacuoles à contenu granuleux dans les maladies lysosomiales.
L’histochimie et la microscopie électronique sont
nécessaires pour déterminer les limites et le contenu de ces vacuoles.
7- Anomalies du tissu interstitiel
:
* Histopathologie conventionnelle :
Elle rend compte facilement d’une involution adipeuse qui se
substitue progressivement à la perte du tissu musculaire dans les
dénervations chroniques.
L’involution fibroadipeuse est plus
caractéristique des dystrophies musculaires progressives, en particulier la maladie de Duchenne et d’autres dystrophies
autosomiques récessives, et entraîne l’hypertrophie des mollets
observée en clinique.
La fibrose peut subir une métaplasie calcaire
avec l’apparition de calcification dans les cicatrices d’infarctus de
dermatomyosite, surtout infantile.
Les calcifications diffuses du
muscle et l’ossification ultérieure sont caractéristiques de la myosite ossifiante.
* Dépôts amyloïdes :
Ils infiltrent la paroi des vaisseaux, enserrent les fibres musculaires
ou réalisent des masses volumineuses péri- et endomysiales.
L’immunohistochimie peut permettre de typer l’amylose ;
l’utilisation d’anticorps dirigés contre les immunoglobulines et leurs
chaînes légères d’une part et contre la transthyrétine, la b2-
microglobuline, les composants P et A d’autre part, permet de
préciser si l’amylose est de type immunoglobulinique et quelle est
la chaîne légère accumulée, si elle est en rapport avec une
accumulation de transthyrétine (amylose primaire) ou si elle est
consécutive à une accumulation de b2-microglobuline (amylose des
dialysés).
* Réactions inflammatoires cellulaires
:
Elles constituent des aspects de vascularite ou des infiltrats de
l’endomysium et du périmysium.
Les vascularites sont des lésions
segmentaires et ce caractère focal peut expliquer leur absence dans
une biopsie. Les infiltrats sont plus ou moins disséminés.
En dehors
de processus infectieux bactériens comportant de nombreux
polynucléaires, les vascularites et infiltrats sont essentiellement
constitués de cellules mononucléées : lymphocytes, histiocytes,
quelquefois des plasmocytes et des éosinophiles, et
occasionnellement des cellules géantes.
Les vascularites s’observent
dans la périartérite noueuse (PAN) et les autres vascularites
nécrosantes, ainsi que dans les dermatomyosites.
Les infiltrats périmysiaux se voient dans les dermatomyosites alors que les
infiltrats endomysiaux sont plus fréquents dans les polymyosites et
les myosites à inclusions.
Dans ces deux dernières affections, les
cellules inflammatoires (lymphocytes et histiocytes) ont tendance à
envahir partiellement des fibres non nécrotiques.
Une nouvelle
myosite inflammatoire, la myofasciite à macrophages, a été
récemment décrite.
Des lésions de vascularite associées à des infiltrats inflammatoires
s’observent enfin dans le syndrome des emboles cholestéroliques.
Ces derniers sont souvent difficiles à mettre en évidence du fait de
la destruction vasculaire.
Les polynucléaires éosinophiles sont présents dans les affections
parasitaires et dans les fasciites et les myofasciites à éosinophiles.
Des lésions granulomateuses avec follicules épithélio-gigantocellulaires
caractérisent les myosites granulomateuses correspondant
le plus souvent à une sarcoïdose.
Les polymyosites à cellules
géantes avec thymome et myocardite correspondent à une autre
entité.
Les infections parasitaires et fongiques sont rarement observées.
La
trichinose et la toxoplasmose sont les plus fréquemment
observées.
B - HISTOENZYMOLOGIE :
1- Techniques ATPasiques :
On peut en attendre les informations suivantes.
– Type-grouping (groupement de fibres de même type
histochimique) : il est défini par la présence de fibres
encloses appartenant aux deux types de fibres I et II.
Une fibre
enclose est une fibre complètement entourée de fibres de même type.
Ceci est la conséquence d’un processus de dénervationréinnervation.
– Prédominance d’un type de fibre : la prédominance d’un type de
fibres, en particulier le type I, peut être un argument diagnostique
important dans certaines affections neuromusculaires, en particulier
les myopathies congénitales.
– Sélectivité des lésions pour l’un des deux types de fibres : de façon
générale, les lésions acquises intéressent le plus souvent les fibres
de type II tandis que les altérations congénitales prédominent dans
les fibres de type I.
En cas d’atrophie sélective, l’atrophie des fibres
de type I est la plus informative et peut orienter vers une myopathie
congénitale, une dystrophie des ceintures, une dystrophie myotonique de Steinert.
À l’inverse, l’atrophie des fibres de type II
est non spécifique.
D’observation fréquente, elle comporte des fibres
de type II atrophiques, anguleuses et se répartissant de façon
disséminée.
Elle est rencontrée dans de nombreux processus tels que
la non-utilisation, les maladies systémiques, la myasthénie, les
maladies endocriniennes, les syndromes paranéoplasiques, la
corticothérapie.
– L’histoenzymologie a défini la formule histochimique de
l’amyotrophie spinale infantile de Werdnig-Hoffmann avec des
fibres hypertrophiques représentées de façon sélective par des fibres
de type I et une atrophie qui porte aussi bien sur les fibres de type II
que sur les fibres de type I.
2- Techniques oxydatives :
Elles permettent de rechercher des modifications du réseau intermyofibrillaire : irrégularité du réseau, fibres lobulées visibles
dans les dystrophies des ceintures (NADH-TR), fibres effacées des
desminopathies, formations en cible ou cores.
Les formations en cibles résultent d’une perte centrale de
l’activité mitochondriale avec un renforcement périphérique. Les
cibles sont principalement observées dans les fibres de type I.
Elles
s’observent préférentiellement dans les dénervations de type
tronculaire, mais aussi dans les dénervations aiguës de type motoneuronal et correspondent à une phase de réinnervation.
Les cores correspondent à des defects de l’activité oxydative
mitochondriale et sont observés dans les myopathies à central cores
et à multiminicores.
Les techniques oxydatives permettent aussi de rechercher une mitochondriopathie et en particulier des fibres déficitaires en COX.
En résumé, on peut regrouper ces lésions élémentaires sous forme
d’affections musculaires primitives (dystrophies musculaires,
myopathies congénitales et autres myopathies héréditaires,
myopathies inflammatoires) et affections neurogènes.
Des
associations sont possibles.
Biopsie musculaire
dans les principales affections
neuromusculaires :
A - MYOPATHIES CONGÉNITALES :
Elles représentent un groupe hétérogène dont la classification reste
purement descriptive, fondée sur la présence d’une anomalie
structurale représentative.
La liste de ces maladies n’est pas
exhaustive et susceptible de modifications.
Elles peuvent se
manifester comme une hypotonie néonatale avec un nombre
variable de dysmorphies ou s’exprimer plus tard chez l’enfant,
l’adolescent ou l’adulte avec une expression clinique de type
uniquement myopathique.
Actuellement, l’intérêt de
l’immunohistochimie dans ces maladies est croissant.
1- Myopathie à « central cores »
:
La biopsie musculaire permet d’affirmer le diagnostic avec des cores,
defects d’activité oxydative mitochondriale.
Ces zones
centrales de désorganisation myofibrillaire, ou plus rarement
excentrées ou périphériques, s’étendent sur toute la hauteur de la
fibre musculaire.
Le nombre des fibres altérées varie mais l’altération
est sélective pour les fibres de type I.
Ces dernières prédominent et
sont de plus de taille réduite par rapport à la normale.
Quelques
associations avec des accumulations de bâtonnets ont été rapportées.
En microscopie électronique, sur les sections transversales et longitudinales, les cores sont assez bien limités mais ne comportent
pas de membrane.
Ils sont constitués par des désorganisations myofibrillaires depuis un simple décalage des sarcomères jusqu’à
une désintégration de l’agencement myofibrillaire avec de grandes
bavures de stries Z et perte de toute striation.
La myopathie à central cores est associée à une susceptibilité à l’hyperthermie maligne et le
gène responsable est celui du récepteur de la ryanodine (19p13.1).
Cependant, aucune anomalie de ce récepteur n’est actuellement
détectable en immunohistochimie.
2- Myopathie à bâtonnets :
La biopsie musculaire en donne le diagnostic.
Les fibres de type I
prédominent et sont de calibre réduit.
Elles contiennent des
bâtonnets très fuchsinophiles au trichrome de Gomori ; ce
sont de petites formations allongées de 1 à 8 µm de long sur 0,5 à
3 µm de large, situées dans les espaces sous-sarcolemmiques et
intermyofibrillaires.
Les bâtonnets n’ont pas de caractéristiques
enzymatiques.
Leur répartition est très inégale d’un muscle à l’autre chez un même patient.
Les études ultrastructurale et
biochimique ont montré que les bâtonnets correspondent à un
matériel identique à celui des stries Z dont ils dérivent, avec un
aspect pseudocristallin.
L’a-actinine en est le constituant protéique
majeur et la desmine, filament intermédiaire reliant les stries Z entre
elles et au sarcolemme, s’accumule en périphérie des bâtonnets.
Des
anomalies des chaînes légères de la myosine ont été rapportées :
expression de la myosine de type foetal par certaines fibres et coexpression des myosines lentes et rapides par d’autres.
La nébuline (2q21-22), protéine impliquée dans la forme autosomique
récessive, ne présente pas d’anomalie en immunohistochimie.
Par
ailleurs, plusieurs autres protéines, dont l’a-tropomyosine lente
(gène TPM3, 1q21) seraient impliquées dans les formes
autosomiques dominantes.
Des mutations du gène de l’actine a
(1q42.1) ont été également observées dans les formes dominantes.
Les bâtonnets ne sont pas spécifiques en eux-mêmes de la maladie :
c’est l’ensemble des lésions qui fait la myopathie.
En effet, des
bâtonnets ont été retrouvés chez les parents et les collatéraux de
forme familiale ne présentant cependant aucune anomalie clinique,
ce qui permet de parler pour certains de formes asymptomatiques
de la maladie, ainsi que dans des myopathies mitochondriales,
inflammatoires, toxiques et dans les muscles de patients porteurs
du virus de l’immunodéficience humaine (VIH).
3- Myopathies myotubulaires et centronucléaires :
La biopsie musculaire met en évidence des centralisations nucléaires
bien particulières, nettement différentes de ce qui est observé dans
les autres myopathies ou processus de dénervation chronique.
Les
noyaux centralisés sont le plus souvent uniques pour une
fibre en section transversale et réalisent des chaînettes avec de larges
espaces internucléaires en section longitudinale.
Un halo clair périnucléaire est très particulier à la maladie.
Les techniques
oxydatives montrent une accentuation de la coloration dans ces
espaces périnucléaires et internucléaires alors que les ATPases y sont
toujours négatives.
Un aspect radiaire périnucléaire du réseau
intermyofibrillaire est bien révélé par les différentes
colorations histochimiques.
Comme pour d’autres myopathies
congénitales, la prédominance et l’hypotrophie des fibres I sont
habituelles, en particulier dans les formes à révélation tardive.
La
microscopie électronique confirme la réalité du halo clair
contenant du glycogène et des mitochondries.
Les myofibrilles péricentronucléaires ont un diamètre plus réduit que les myofibrilles
périphériques.
Dans les formes adultes, l’accumulation péricentronucléaire de desmine et de dystrophine est très
particulière et résulterait de la disposition inhabituelle des
myofibrilles et du réseau intermyofibrillaire.
La forme liée à l’X est
liée à la myotubularine (Xq28), protéine tyrosine phosphorylase,
tandis que les gènes impliqués dans les formes autosomiques
dominantes et récessives ne sont pas identifiés.
4- Myopathie à « multicores » ou à « multiminicores »
:
Les lésions qui sous-tendent ces deux types de myopathies sont en
elles-mêmes non spécifiques puisque caractérisées par de multiples
petits foyers de désorganisation de la striation myofibrillaire portant
sur quelques sarcomères et mesurant de 1 à 3 µm pour les minicores
et 5 à 10 µmpour les multicores ; ils peuvent en effet s’observer dans un grand nombre d’autres affections musculaires parfaitement
définies : dermatomyosite, dystrophies musculaires diverses,
hyperthermie maligne, myopathies endocriniennes, métaboliques et
médicamenteuses.
Les myopathies à multiminicores seraient des
affections multigéniques.
5- Myopathies à corps cytoplasmiques
et corps sphéroïdes
:
Tous les modes de transmission sont possibles.
À l’histologie, le
nombre de fibres lésées et le nombre d’inclusions sont très inégaux
d’un cas à l’autre.
Ces inclusions de forme arrondie ou allongée
sont rouges au trichrome de Gomori et ne réagissent
pas avec les techniques ATPasiques et oxydatives.
Elles prédominent
dans les fibres de type I alors que les corps cytoplasmiques non
spécifiques prédominent dans les fibres de type II.
Les protéines
constitutives des corps cytoplasmiques ne sont pas toutes
identifiées : matériel de la strie Z, protéines myofilamentaires, desmine.
Au microscope électronique, les corps
sphéroïdes sont constitués d’agrégats granuleux denses aux
électrons et de filaments myofibrillaires de 7 à 10 nm orientés dans
tous les sens, entourés de désorganisation des myofibrilles
environnantes.
Les corps cytoplasmiques présentent une zone
centrale granuleuse de haute densité cytoplasmique et une couronne
de filaments radiaires réalisant une zone de moindre densité.
En immunohistochimie, les corps cytoplasmiques de la myopathie
congénitale à corps cytoplasmiques sont marqués en périphérie par
les anticorps antidesmine et antidystrophine.
Leur centre est marqué
par les anticorps antiactine.
Il n’y a pas actuellement de gène
responsable identifié.
Cependant, certaines de ces myopathies
entreraient dans le cadre des desminopathies.
6- Desminopathies et myopathie myofibrillaire :
Il s’agit actuellement d’une entité clinique, histologique et génétique
très hétérogène caractérisée par une accumulation de desmine
anormale dans les fibres musculaires.
L’atteinte est musculaire,
cardiaque ou multisystémique. Histologiquement, de nombreux
aspects sont possibles : inclusions, corps sphéroïdes et
cytoplasmiques, aspect de « fibres effacées » avec la NADH-TR
.
Des vacuoles bordées sont parfois observées.
Un excès de desmine est retrouvé en immunohistochimie, au niveau des
inclusions, autour des corps sphéroïdes ou de façon plus diffuse
intermyofibrillaire.
En ultrastructure, on observe un
matériel granulofilamentaire émanant des stries Z et des zones de
désorganisation et de destruction myofibrillaire.
De nombreuses
molécules autres que la desmine (en particulier aB-cristalline,
ubiquitine) ont été retrouvées dans les fibres anormales par certains
auteurs.
Ces derniers préfèrent alors le terme de myopathie myofibrillaire, qui insiste sur les phénomènes de dégradation des
myofibrilles, à celui de desminopathies.
Des mutations dans les
gènes de la desmine (2q35) et de a-cristalline (11q22) ont été
rapportées dans ces myopathies.
7- Myopathie à agrégats tubulaires
:
Ils représentent le plus souvent une modification structurale
observée dans de nombreuses maladies neuromusculaires et sont
alors associés à d’autres altérations morphologiques, comme par
exemple dans les paralysies périodiques.
Mais dans trois groupes
de myopathies, ils représentent la seule anomalie structurale.
Il s’agit
en premier lieu d’un syndrome associant crampes et myalgies
d’effort sans anomalies métaboliques décelables mais il n’y a pas
d’évolution myopathique dans cette éventualité.
Un deuxième
groupe est représenté par une maladie neuromusculaire ayant des
caractéristiques myasthéniques.
Le troisième groupe comporte une
myopathie isolée, débutant dans l’enfance, prédominant aux
ceintures et d’évolution lentement progressive.
Ce groupe peut être
considéré comme une myopathie congénitale dont l’hérédité est de
type autosomique dominante ou récessive, ou qui se présente
comme des cas sporadiques.
La biopsie musculaire montre que les
agrégats tubulaires dans ce groupe réalisent des inclusions de taille
variable, sous-sarcolemmiques et intermyofibrillaires.
Leur
histogenèse, suggérant qu’il s’agit d’une accumulation de réticulum
proliférant, explique leur mise en évidence par la NADH-TR
et l’adénosine monophosphate désaminase.
Ils sont négatifs avec les
autres techniques enzymatiques oxydatives.
La microscopie
électronique révèle la présence de nombreux amas de tubules
parallèles contenant généralement un ou plusieurs tubules de plus
petit diamètre invaginés à l’intérieur.
8-
Disproportion congénitale des types de fibres :
La biopsie musculaire montre une hypotrophie des fibres de type I
qui sont prédominantes ; les fibres de type II sont moins nombreuses
mais paraissent hypertrophiques.
Elles peuvent faire envisager une
hypertrophie compensatrice.
Il n’y a pas d’autres modifications
morphologiques.
9- Autres myopathies congénitales
:
Elles ont été plus rarement décrites.
La myopathie à corps en « empreinte digitale » comporte des
inclusions constituées par des empilements de structures lamellées
situées dans les espaces sous-sarcolemmiques.
La myopathie sarcotubulaire se traduit par des aspects de myopathie
vacuolaire due à des dilatations plus ou moins importantes des
canaux du réticulum sarcoplasmique.
La myopathie à corps zébrés a été décrite à propos d’une
accumulation inhabituelle de leptofibrilles dans une biopsie
musculaire d’un enfant présentant une myopathie non déterminée
avec diverses anomalies morphologiques.
La myopathie à corps réducteurs reste aussi exceptionnelle.
Elle a été décrite dans le contexte d’une myopathie grave avec
hypotonie sévère, troubles respiratoires et arthrogrypose.
Des cas
moins sévères et un cas adulte se présentant comme une myopathie scapulopéronière ont été rapportés.
Des inclusions anormales
sont démontrées par des réactions histochimiques pour les
groupes sulfydrile ; elles réduisent les sels de tétrazolium sans
addition de substrat.
En immunohistochimie, elles sont
marquées par les anticorps antidystrophine, antisarcoglycanes et
antiubiquitine.
Leur marquage par les anticorps antidesmine
est variable et elles ne réagissent pas avec les anticorps anti-aactinine
et anti-aB-cristalline.
En microscopie électronique, ces corps réducteurs sont toujours situés à proximité des noyaux et sont
constitués de divers éléments : glycogène, ribosomes, vacuoles
autophagiques ou petits agrégats de filaments de 12 à 16 nm de
diamètre.
Régulièrement, de nouvelles formes de
myopathies congénitales sont décrites : myopathie congénitale avec
fibres en mosaïque et sarcomères entrelacés ; myopathie congénitale
avec excès de filaments fins.
Cette dernière est liée à des anomalies
dans le gène de l’actine a (1q42.1) et s’intégrerait dans ce que l’on
appelle les actinopathies.
À côté des myopathies congénitales assez bien définies qui ont été
envisagées plus haut, la pratique myopathologique confronte le
neurologue et le pédiatre avec des enfants hypotoniques dont la
biopsie musculaire ne comporte que des anomalies minimes non
spécifiques : petits foyers de désorganisation myofibrillaire dans
quelques fibres, atrophie de quelques fibres de type II,
prédominance anormale du type I, disproportion non convaincante.
Nombre de ces anomalies peuvent être regroupées dans ce que Dubowitz a appelé minimal change myopathy.
Mais il faut bien se
rappeler qu’une biopsie musculaire effectuée dans la période
néonatale immédiate pour une hypotonie sévère qui ne montre que
quelques anomalies non spécifiques peut, si elle est répétée, révéler
quelques mois ou années plus tard une myopathie congénitale bien
définie ou une dystrophie musculaire congénitale (DMC).
Suite
Nombre d'affichage de la page 78 |