Bartonelloses et affections apparentées Cours de dermatologie
Introduction
:
Les bartonelloses sont des infections anciennement connues mais qui
restent d’actualité avec la description récente de nouvelles entités
cliniques.
Ainsi, depuis la verruga peruana, connue dès le XVIe siècle,
et la fièvre des tranchées décrite durant la Première Guerre
mondiale, ces bactéries témoignent des évolutions de la société de
ces dernières années :
la maladie des griffes du chat dans les années
1950 avec le développement des animaux domestiques,
l’angiomatose bacillaire et la péliose hépatique avec l’apparition de
l’immunodépression des transplantés puis des patients infectés par
le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), enfin, plus
récemment, des septicémies et endocardites chez les patients en
situation de précarité.
Le groupe des bartonelles s’est enrichi de
nouveaux membres identifiés grâce à des techniques de biologie
moléculaire : techniques d’amplification, séquençage de l’acide
ribonucléique (ARN) 16 s ribosomal.
Ces méthodes avaient été
utilisées pour la première fois pour identifier l’agent responsable de
l’angiomatose bacillaire, Bartonella henselae.
Bactériologie
:
Le genre Bartonella fait partie des Proteobacteria. Ces bactéries sont
plus proches des Brucella et Agrobacterium que des Rickettsia au sein
desquelles elles étaient initialement apparentées.
Il existe une forte homologie de séquence génétique entre les espèces du genre Bartonella.
Six espèces de bartonelles sont pathogènes pour
l’homme : B. bacilliformis, B. quintana, B. henselae, B. clarridgeiae, B.
elizabethae et B. vinsonii.
Il s’agit de petit bacilles à Gram négatif,
polymorphes, intracellulaires, facultatifs, dont certains comme B. bacilliformis et B. clarridgeiae sont flagellés. B. bacilliformis et B.
henselae ont respectivement un tropisme érythrocytaire chez
l’homme et chez le chat. B. henselae, comme B. quintana, peuvent
être mis en évidence dans les cellules endothéliales humaines au
cours des endocardites.
Les bartonelles peuvent se cultiver sur des milieux enrichis au sang,
en atmosphère humide avec 5 % de CO2.
Leur isolement peut se
faire à partir des tissus infectés (peau, ganglion, foie, os, valve…) ou
du sang par des hémocultures.
La rentabilité de ces examens peut
être majorée par un système de lyse cellulaire (congélationdécongélation).
Les types de bartonelles peuvent être identifiés à
l’aide de sérums spécifiques.
Ces bactéries peuvent rapidement
être identifiées par des techniques de polymerase chain reaction (PCR)
dans des laboratoires spécialisés.
Caractéristiques physiopathologiques
communes aux bartonelles :
Les bartonelles possèdent en commun plusieurs caractéristiques.
Ces
agents infectieux ont une capacité particulière unique pour une
bactérie à induire une prolifération vasculaire.
La seconde
caractéristique est leur dépendance en hémine contenue dans les
érythrocytes pour se développer, propriété qui explique la
localisation des germes au contact des vaisseaux ou au sein des
érythrocytes.
Ces bactéries sont de plus transmises directement ou indirectement par un vecteur hébergeant la bactérie et qui est
différent selon l’espèce : la puce du chat et/ou le chat pour B. henselae, les poux du corps pour B. quintana et un phlébotome
(Lutzomyia verrucarum) pour B. bacilliformis.
La transmission
par piqûre de tiques ou par contact avec des chiens infectés est
possible pour B. henselae.
Les bartonelloses font donc partie du
groupe des infections transmises par les tiques (borréliose,
rickettsiose, ehrlichiose, babésiose) et des co-infections sont possibles
tant chez l’animal que chez l’homme.
De même, les poux du corps
sont aussi des vecteurs possibles d’autres infections : typhus
épidémique (Rickettsia prowazekii), fièvre récurrente (Borrelia
recurrentis).
Maladie de Carrion :
A -
ÉPIDÉMIOLOGIE
:
Cette affection a une répartition géographique très limitée à certaines
vallées andines qui correspondent au territoire de distribution
géographique du phlébotome vecteur de l’affection, Lutzomyia
verrucarum.
B - MANIFESTATIONS CLINIQUES :
On peut distinguer trois formes cliniques de l’affection.
– La forme aiguë, correspondant à la primo-infection, est caractérisée
par un syndrome septicémique fébrile avec myalgies.
Le plus
souvent, l’infection guérit spontanément.
Elle peut cependant
évoluer vers une bactériémie chronique asymptomatique pouvant
persister de nombreux mois après la primo-infection.
– Dans certains cas, une septicémie avec hémolyse sévère, parfois
mortelle, peut survenir (fièvre de Oroya).
Elle est la conséquence de
l’invasion massive érythrocytaire par B. bacilliformis.
La fièvre, de
début brutal, est alors souvent élevée et associée rapidement à des
signes d’anémie sévère avec hémolyse majeure. Un état stuporeux
(tuphos) peut être présent.
Dans ce cas, l’évolution spontanée est
grevée d’une mortalité très élevée (40 à 85 %).
Chez les patients qui
survivent, la guérison est observée en 2 à 3 semaines.
La fièvre de Oroya rend compte de la grande majorité des cas mortels de
bartonellose.
Cependant, les formes bénignes restent les plus
fréquentes, associant une fièvre modérée durant 2 à 7 jours et une
anémie peu sévère. B. bacilliformis est visualisée sans difficulté sur le
frottis sanguin par la coloration de Giemsa.
– La verruga peruana, caractérisée par une éruption nodulaire
disséminée chronique, fait plus souvent suite à la primo-infection
ou beaucoup plus rarement à la fièvre de Oroya.
La primo-infection,
peu spécifique, peut passer inaperçue, et la verruga peruana
apparaître primitive.
Elle correspond à la phase tissulaire de
l’infection et survient 2 à 3 mois après la phase aiguë quand celle-ci
est identifiable.
Elle se caractérise par la survenue de lésions
cutanées (verrugas) affectant principalement le visage et les
extrémités.
Les lésions cutanées ont un aspect nodulaire pseudotumoral.
Elles sont en nombre variable, plus ou moins
profondes, dermiques ou hypodermiques (miliaires ou nodulaires).
L’affection est immunisante.
DIAGNOSTIC
Il repose lors de la phase aiguë sur la mise en évidence de l’invasion intraérythrocytaire sur le frottis sanguin coloré au Giemsa.
Des
hémocultures, selon des conditions particulières communes aux bartonelles, sont constamment positives dans les formes aiguës ; en
revanche, elle sont habituellement négatives au stade de verruga.
Le
contexte épidémiologique et l’aspect clinique très évocateur des
lésions permettent alors le diagnostic.
C - TRAITEMENT :
Dans la forme aiguë, les pénicillines, les cyclines et l’érythromycine
sont efficaces.
L’efficacité des antibiotiques au cours de la verruga
peruana n’est pas démontrée.
Fièvre des tranchées
:
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
La fièvre des tranchées a été décrite lors de la Première Guerre
mondiale.
Plus de 1 million de cas ont été alors recensés.
Le pou du
corps (Pediculus humanis corporis) est le vecteur identifié de la fièvre
des tranchées.
Son rôle a été évoqué puis confirmé récemment au
cours des « formes urbaines de fièvre des tranchées » observées chez
les sujets sans domicile fixe par la mise en évidence de B. quintana
dans les poux parasitant ces patients.
Chez le pou, B. quintana est
présent dans la salive, les produits régurgités lors de la piqûre et les
fèces.
Ces dernières sont infectantes pendant une période prolongée
(plusieurs mois), même desséchées, et peuvent entraîner la
contamination par passage à travers les effractions cutanées
occasionnées par le grattage.
Il n’existe aucun réservoir extrahumain connu pour B. quintana
actuellement.
B - MANIFESTATIONS CLINIQUES :
Le tableau clinique de la fièvre des tranchées (synonymes : fièvre
quintane, fièvre prétibiale, fièvre de Volhynie) est celui d’un
syndrome septicémique de gravité très variable, allant des formes
asymptomatiques aux formes mortelles à type de sepsis sévère.
La période d’incubation de la maladie est de 3 semaines environ.
Les synonymes employés rendent compte de certaines
caractéristiques cliniques.
Le début brutal associe une fièvre (38,5 à
40 °C), des céphalées, des myalgies et des douleurs ostéoarticulaires,
prétibiales en particulier, d’intensité croissante à chaque accès
fébrile.
Les accès fébriles, d’une durée variable, évoluent par
récurrence tous les 5 jours.
Le pronostic est le plus souvent bénin et
les accès perdurent pendant 4 à 6 semaines.
L’asthénie peut
cependant être très marquée et il existe des formes plus chroniques
au cours desquelles une bactériémie prolongée à B. quintana peut
être mise en évidence.
Biologiquement, une hyperleucocytose et une
anémie sont notées.
Outre les formes décrites lors de la Première
Guerre mondiale, des formes sporadiques de fièvre des tranchées
ont été décrites plus récemment lors des différents conflits armés.
La fièvre des tranchées est surtout revenue sous les feux de
l’actualité dans sa forme dite urbaine affectant les populations
défavorisées, alcooliques et sans domicile fixe, des grandes villes.
La prévalence dans certaines grandes villes est parfois très élevée,
tant en France (Marseille) qu’aux États-Unis.
Des travaux plus
récents analysant les poux d’origines géographiques diverses
mentionnés par Raoult ont montré l’extension mondiale de
l’affection.
Le tableau clinique de ces formes urbaines est celui
d’une bactériémie prolongée.
L’immunité conférée par l’affection ne semble pas excéder 6 mois.
C - DIAGNOSTIC :
Le diagnostic clinique est difficile en raison du caractère aspécifique
des manifestations observées. B. quintana peut être isolée en culture
à partir du sang. Récemment, des tests sérologiques et des
techniques d’amplification génique de B. quintana ont été mis au
point dans certains laboratoires spécialisés.
Les tests sérologiques
peuvent donner des réactions croisées entre B. quintana et B.
henselae.
De même, une fausse positivité contre Coxiella burnetii et
contre les Chlamydia est possible.
Toutefois, le titre très élevé des
anticorps anti-Bartonella permet d’affirmer le diagnostic (> 1/800).
D - TRAITEMENT
:
Le traitement par cyclines ou chloramphénicol est rapidement
efficace (24 à 48 heures) au cours de la fièvre des tranchées.
L’érythromycine, l’azithromycine ou les cyclines sont efficaces sur
les formes bactériémiques fébriles récurrentes.
Maladie des griffes du chat
:
A - ÉPIDÉMIOLOGIE
:
Cette affection, observée en 1931, a été décrite par Debré et Mollaret
en 1950 (synonyme : lymphoréticulose bénigne d’inoculation).
La responsabilité d’Afipia felis (Afipia pour Armed Forces Institute of
Pathology) isolé à partir de ganglions de patients atteints de la
maladie des griffes du chat, initialement évoquée, est désormais
écartée. B. henselae est l’agent responsable de l’affection.
La place
d’une autre bartonelle, B. clarridgeiae, isolée chez les chats
domestiques et associée à des formes atypiques de la maladie des
griffes du chat, pour lesquelles la responsabilité de B. henselae ne
pouvait être retenue, est controversée.
Le chat domestique est considéré comme le principal vecteur de
cette maladie.
Il n’y pas de contamination interhumaine.
La source
d’infection chez le chat serait soit tellurique, soit par l’intermédiaire
de l’échange de puces avec un chat infecté.
La cavité buccale du
chat constituerait le site bactérien majeur.
Le pelage et les griffes de
l’animal semblent contaminés par la salive lors de la toilette.
Le plus
souvent, le portage est asymptomatique chez l’animal.
Les chats
contaminateurs sont le plus souvent jeunes et ne semblent
contaminateurs que sur une période limitée (environ 1 mois).
La
transmission de B. henselae entre chats est médiée par les puces dont
ils sont porteurs et constituent les vecteurs (Ctenocephalides felis).
Le génome bactérien a pu être mis en évidence par technique
d’amplification génique dans les puces.
Plusieurs arguments
plaident en faveur de la responsabilité du chat : présence de chats
dans l’entourage des patients atteints de la maladie des griffes du
chat, mais également chez les patients atteints d’angiomatose
bacillaire ou d’endocardite, et surtout isolement de la bactérie dans
le sang des animaux contacts dans plus de 40 % des cas.
Les chats
sont d’origines diverses : chats domestiques mais également chats
de fourrière, chats errants et chats sauvages.
La contamination
humaine se fait le plus souvent par l’intermédiaire d’une griffure,
mais d’autres modes de contamination sont possibles, sans effraction
cutanée, comme au niveau de la conjonctive après avoir caressé un
chat infecté dont le pelage est contaminant, réalisant le syndrome oculoganglionnaire.
B - MANIFESTATIONS CLINIQUES :
Sur la griffure s’observe parfois le développement en 5 à 10 jours
d’une papule transitoire de petite taille.
La période
d’incubation est très variable, allant de 5 à 50 jours.
Dans les
2 semaines suivant la griffure survient l’adénite inflammatoire dans
le territoire de drainage, présente dans la moitié des cas.
L’atteinte ganglionnaire est unique ou multiple.
Le volume des
ganglions atteints augmente progressivement sur 2 à 3 semaines.
Cette adénite, fébrile dans un tiers des cas, régresse en quelques
semaines dans la majorité des cas, mais peut également évoluer vers
la fistulisation (un cas sur dix).
La fièvre est inconstante, retrouvée
dans la moitié des cas.
La contamination peut également avoir lieu
par morsure ou léchage.
Une contamination par piqûre de puces
n’est pas exclue, mais elle n’est pas actuellement démontrée.
De
même, des observations de transmission par contact avec des chiens
infectés par piqûre de tiques ont été rapportées.
C - FORMES ATYPIQUES :
– Le site d’inoculation peut être muqueux, comme l’illustre le
classique, mais rare (2 à 10 % des cas selon les séries), syndrome
oculoglandulaire de Parinaud.
Il correspond à une inoculation
conjonctivale et se manifeste par une adénite prétragienne.
Le
tableau est similaire en cas d’inoculation palpébrale.
L’inoculation
peut avoir lieu par griffure, mais le plus souvent par inoculation
indirecte par frottements des yeux avec les mains contaminées.
Ce
mode de contamination rend le diagnostic plus difficile à évoquer.
Le plus souvent, la conjonctivite est unilatérale, indolore, non
purulente.
Outre l’adénite prétragienne, on note fréquemment un
chémosis et un oedème palpébral.
L’évolution spontanée est
résolutive en 2 à 3 semaines, avec guérison sans séquelle ni cicatrice.
– Des formes chroniques sont décrites, caractérisées par des
adénopathies volontiers multiples, évoluant sur des mois, voire des
années, dans le contexte d’une fièvre avec altération de l’état général.
– Des atteintes neurologiques encéphalitiques (2 %), des cas
d’érythème noueux, des pneumopathies atypiques, des
ostéomyélites et des thrombopénies ont été également rapportées.
– Des hypercalcémies dues à une production excessive de vitamine
D par les granulomes, comme dans d’autres granulomatoses, ont
été décrites.
– Des formes systémiques disséminées vraisemblablement par voie
hématogène associant une fièvre prolongée, une altération de l’état
général et des atteintes multiviscérales, pleurales, hépatiques,
pancréatiques, ganglionnaires médiastinales ou rétiniennes (rétinite
maculaire stellaire) peuvent s’observer dans le contexte d’une
immunodépression ou chez l’enfant en bas âge.
Elles évoluent
spontanément le plus souvent favorablement en quelques mois.
– Des formes septicémiques avec adénopathies chroniques granulomateuses dues à B. quintana ont été rapportées chez des
sujets ayant un chat porteur de puces, sans mise en évidence du
germe dans les ganglions.
D - DIAGNOSTIC
:
Bien que le diagnostic reste difficile actuellement, en particulier dans
certaines formes atypiques, les techniques sérologiques et les
techniques de biologie moléculaire permettent de pallier les
insuffisances des démarches diagnostiques probabilistes utilisées
antérieurement.
Il faut citer les critères diagnostiques « historiques »
de Carithers et Margileth, basés sur la coexistence de trois des quatre
critères suivants : contact avec un chat ou identification d’une
griffure ou d’une atteinte oculaire ; négativité des autres examens
recherchant d’autres causes de lymphadénopathies ; tests cutanés
d’hypersensibilité (utilisant le filtrat de ganglions de patients
atteints) ; lésions histologiques granulomateuses nécrotiques
associées à des microabcès de la périphérie du ganglion étudié.
Le
risque infectieux des tests et le caractère invasif de la biopsie
ganglionnaire soulignent l’apport majeur des techniques récentes
non invasives dans la démarche diagnostique au cours de la maladie
des griffes du chat.
La coloration par l’imprégnation argentique de Whartin-Starry
permet de mettre en évidence le germe au sein du tissu infecté
(peau, ganglion). B. henselae peut être isolée par culture à partir du
tissu infecté, mais la sérologie est la technique la plus aisée pour
confirmer le diagnostic clinique.
Deux techniques sont disponibles :
l’immunofluorescence indirecte et la technique enzyme-linked
immunosorbent assay (Elisa).
Un titre supérieur à 1/100 est considéré
comme positif.
Des réactions croisées sont possibles entre bartonelles
et d’autres bactéries comme Coxiella burnetii et Chlamydia.
E - TRAITEMENT :
La maladie des griffes du chat, dans sa forme locorégionale, évolue
le plus souvent spontanément vers la guérison.
Dans les formes
suppurées, les aminosides ont démontré leur efficacité.
Différents
antibiotiques peuvent être proposés : ciprofloxacine, rifampicine,
cotrimoxazole.
Angiomatose bacillaire et péliose
hépatique
:
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
Cette affection vasculoproliférative survient préférentiellement chez
des sujets immunodéprimés : patients transplantés ou infectés par
le VIH.
Des observations ont toutefois été rapportées chez
l’immunocompétent.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
L’angiomatose bacillaire peut s’observer avec B. henselae et B.
quintana suivant le mode de contamination, respectivement contact
avec un chat pour B. henselae ou situation de précarité avec
pédiculose corporelle pour B. quintana.
Cette affection illustre la
capacité de ces bactéries à induire une prolifération vasculaire.
Cette
prolifération s’observe initialement au niveau cutané, dermique ou
sous-cutané, mais peut ensuite s’étendre aux autres organes. Elle est
favorisée par l’immunodépression.
La péliose hépatique qui peut
s’associer à l’angiomatose bacillaire est due à B. henselae et se
caractérise par la formation de lacs vasculaires secondaires à la
prolifération vasculaire au niveau hépatique, splénique ou
ganglionnaire.
L’importance de cette vascularisation hépatique
contre-indique toute biopsie hépatique à l’aiguille.
C - MANIFESTATIONS CLINIQUES :
Elles se caractérisent par le développement de lésions vasculaires
d’allure tumorale affectant la peau et les tissus sous-cutanés.
Leur présentation est très polymorphe.
Ces lésions sont uniques ou
multiples, localisées, avec parfois une adénopathie satellite dans les
formes locorégionales ou disséminées.
Leur couleur est
érythémateuse, pourpre, ou peau normale quand les lésions sont
sous-cutanées.
Elles peuvent former des plaques prenant l’aspect de
maladie de Kaposi.
Des localisations viscérales peuvent s’observer :
principalement hépatiques, spléniques, ganglionnaires, gastrointestinales,
cérébrales, osseuses, médullaires.
Ces formes
viscérales peuvent se développer sans atteinte cutanée associée.
Les
formes disséminées s’accompagnent de fièvre, parfois de frissons,
de douleurs abdominales, de nausées, de diarrhée et de
vomissements.
D - DIAGNOSTIC :
Les bactéries peuvent être visualisées au sein des lésions vasculaires
par la coloration argentique de Whartin-Starry dont les conditions
de réalisation, en particulier de pH, ne sont pas faciles.
Les lésions
histologiques se caractérisent par une néovascularisation avec
prolifération des cellules endothéliales.
Les bactéries sont
observées au contact des vaisseaux.
Les bartonelles peuvent être
isolées à partir des tissus infectés.
Les sérologies peuvent être
faussement négatives chez les sujets fortement immunodéprimés.
E - TRAITEMENT :
Le traitement de l’angiomatose bacillaire repose principalement sur
l’érythromycine (2 g/j) pendant une durée prolongée (1 mois, voire
plusieurs mois chez les patients fortement immunodéprimés).
D’autres traitements ont été proposés (ceftriaxone, norfloxacine,
ciprofloxacine, doxycycline).
En prévention, une étude récente a
démontré l’efficacité de l’érythromycine.
Bactériémies et endocardites :
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
Après la description initiale par Spach d’une endocardite à B.
quintana chez un sujet infecté par le VIH, Raoult et al ont rapporté
plusieurs cas d’endocardites à B. quintana chez des sujets sans domicile fixe, non infectés par le VIH.
Celles-ci surviennent
en général en l’absence de valvulopathie préexistante.
La plupart
des sujets atteints sont en situation de précarité, ont un alcoolisme
chronique et présentent une ectoparasitose (gale, pédiculose).
La
responsabilité de B. quintana a été retenue après mise en évidence
par immunohistochimie et amplification génique de cette bactérie
dans le tissu valvulaire et mise en évidence de la bactérie dans le
sang.
Dans tous les cas, la présence d’anticorps sériques spécifiques
dirigés contre B. quintana était observée.
Outre B. quintana, B. henselae peut également être associée à des
endocardites qui peuvent se développer sur valves natives, mais
plus fréquemment que les endocardites à B. quintana chez des sujets
valvulaires connus, souvent en contact avec des chats.
De rares observations d’endocardite due à B. elizabethae et B. vinsonii
ont été rapportées.
Aucun tableau clinique, biologique ou pronostique particulier ne
semble permettre de distinguer les endocardites à B. quintana, B.
henselae ou B. elizabethae.
Il est probable que la plupart des endocardites à hémocultures
négatives attribuées antérieurement à Chlamydia étaient des
endocardites à bartonelles du fait de réactions croisées entre les deux
sérologies.
B - MANIFESTATIONS CLINIQUES :
Les données précédentes ont considérablement modifié l’abord
étiologique des endocardites à hémocultures négatives au cours
desquelles une recherche de bartonelle doit être effectuée
systématiquement.
Les endocardites à bartonnelles peuvent s’associer à des
manifestations cutanées classiquement décrites au cours des
endocardites à germes banals : purpura des extrémités, lésions de
vascularite.
C - DIAGNOSTIC :
Les bartonelles peuvent être isolées à partir du sang ou des valves
infectées, ou mises en évidence au niveau des valves par
amplification génique ou par immunohistochimie.
D - TRAITEMENT :
Le traitement par voie intraveineuse peut associer l’amoxicilline et
un aminoside. Un remplacement valvulaire chirurgical est souvent
nécessaire.