Atrophies (dégénérescences) cérébelleuses tardives
Cours de Neurologie
Introduction
:
Le cadre nosologique des atrophies cérébelleuses a été et demeure
parfois une source de confusion pour le neurologue.
Longtemps, les
dénominations neuropathologiques ont prédominé, faisant la
distinction entre l’atteinte des voies spinocérébelleuses (ataxies
spinocérébelleuses), l’atteinte du système olivo-ponto-cérébelleux
(atrophies olivo-ponto-cérébelleuses [AOPC]) ou l’atteinte isolée du
parenchyme cérébelleux (atrophie cérébelleuse corticale).
L’hétérogénéité neuropathologique, les incertitudes sur leur
caractère génétique, l’utilisation d’éponymes comme l’AOPC de type
Déjerine-Thomas, de type Menzel, l’atrophie cérébello-olivaire de
Holmes, l’atrophie cérébelleuse tardive à prédominance corticale de
Marie, Foix et Alajouanine, ont contribué à la confusion nosologique.
L’effort de classification associant mode d’expression clinique,
hérédité, proposé par Harding, puis la définition du cadre
nosologique des atrophies multisystématisées (MSA), contribuant à
séparer AOPC sporadiques et héréditaires, et enfin la génétique
moléculaire ont rendu possible une approche plus simple et
rationnelle.
Cet article est une revue de la situation clinique la plus commune
pour le neurologue : l’apparition d’une ataxie progressive après
l’enfance.
Le substratum neuropathologique commun est une
atrophie liée à un processus de perte neuronale progressive dans le
système cérébelleux, olivo-ponto-cérébelleux ou spinocérébelleux.
De ce cadre nosologique sont donc exclues les atrophies
cérébelleuses congénitales (hypoplasies cérébelleuses) et très
précoces, les paraplégies spastiques héréditaires qui peuvent
occasionnellement s’accompagner d’une ataxie, ainsi que les
processus pathologiques liés à une agression « physique » aiguë du
cervelet (hématome, abcès, etc).
L’exhaustivité d’un tel article est
une gageure ; il propose donc une conduite générale du diagnostic,
le lecteur devant se référer aux articles spécifiques pour une
approche plus détaillée.
Ne sont qu’évoqués des processus
d’expression relativement précoce dans la vie mais pouvant parfois
n’être diagnostiqués que plus tardivement, des processus
pathologiques où l’ataxie n’est qu’une expression très secondaire,
ou des processus aboutissant à une atrophie « statique » non
progressive du cervelet.
Nous séparons traditionnellement les
atrophies cérébelleuses d’origine héréditaire et acquises, primitives
ou secondaires.
Atrophies cérébelleuses héréditaires
:
Les atrophies cérébelleuses héréditaires, aussi dénommées ataxies
héréditaires, constituent un groupe hétérogène de pathologies neurodégénératives ayant pour dénominateur commun une ataxie le plus souvent dans un contexte familial.
Certaines de ces
pathologies étaient autrefois regroupées sous la dénomination
d’hérédodégénérescences cérébelleuses et spinocérébelleuses,
d’autres sont d’individualisation plus récente.
Les progrès de la
génétique moléculaire ont bouleversé les descriptions classiques
cliniques, métaboliques et anatomopathologiques et ont permis
d’affiner des classifications, jusque-là partiellement satisfaisantes.
Les classifications actuelles s’appuient sur la classification largement
utilisée de Harding, basée sur la clinique et le mode de
transmission.
Elle a résisté et a pu être actualisée par les découvertes
génétiques récentes.
Le but de ce paragraphe est de proposer un
aperçu, nécessairement incomplet, des nouvelles connaissances de
génétique moléculaire et leurs corrélations cliniques dans les
atrophies cérébelleuses dégénératives.
Les atrophies cérébelleuses
autosomiques récessives (ACAR) et les atrophies cérébelleuses
autosomiques dominantes (ACAD) représentent les groupes les plus
importants en terme de fréquence et sont donc principalement
développées.
A - ATROPHIES CÉRÉBELLEUSES AUTOSOMIQUES
RÉCESSIVES :
Une ataxie intermittente ou progressive, associée ou non à une
atrophie cérébelleuse, se rencontre comme un aspect du phénotype
clinique polymorphe de nombreuses maladies métaboliques de
transmission autosomique récessive (AR).
L’atteinte cérébelleuse,
pouvant être cliniquement très modérée, s’intègre habituellement
dans un tableau évocateur avec une révélation précoce, parfois
même congénitale.
L’ataxie cérébelleuse apparaît comme un signe prédominant dans
plusieurs maladies AR dont la cause génétique a été identifiée plus
récemment, comme par exemple dans la maladie de Friedreich
(FRDA).
L’âge de début de ces ACAR est habituellement précoce,
dans l’enfance, mais peut varier, dans de larges proportions, tout
comme la sévérité de l’atteinte.
Ceci rend souvent l’analyse
moléculaire obligatoire pour affirmer le diagnostic.
En comparant le
tableau clinique de ces maladies avec celui de la FRDA, il est
possible de séparer deux sous-groupes d’ACAR : celles
ayant un phénotype comparable à la FRDA et celles qui en diffèrent
cliniquement.
1- Atrophies cérébelleuses de type « Friedreich »
:
Les ACAR de ce groupe débutent en général entre 10 et 25 ans par
une dégénérescence progressive des voies spinocérébelleuses,
l’atteinte cérébelleuse et du tronc cérébral se développant
tardivement.
Les mutations dans le gène responsable de la FRDA en
sont la cause la plus fréquente.
Certaines maladies métaboliques
liées au chromosome X, ainsi que certaines maladies mitochondriales
de transmission maternelle, peuvent mimer un tableau de FRDA.
* Maladie de Friedreich :
C’est la forme la plus fréquente d’atrophie cérébelleuse, avec une
prévalence de 1/50 000. Initialement décrite en 1863 par Friedreich,
elle a longtemps été la seule atrophie cérébelleuse clairement
individualisée du fait, d’une part de l’apparente homogénéité
phénotypique, ayant d’ailleurs conduit à la définition de critères
cliniques diagnostiques, d’autre part des lésions anatomiques
caractéristiques.
L’accessibilité à un test diagnostique après
l’identification du gène impliqué a permis de mieux cerner ses
différentes présentations et d’étendre le spectre de son expression
clinique.
+ Clinique
:
L’âge de début est habituellement précoce, en moyenne entre 8 et
15 ans, avec des écarts allant de 18 mois à 25 ans. Des formes
plus tardives de la maladie peuvent se rencontrer avec un début
après 30 ans.
Les troubles de la marche constituent le plus
fréquemment les premiers symptômes de la maladie, mais plus
rarement, une scoliose, une dysarthrie ou bien encore une
cardiopathie, peuvent initier l’affection.
La progression est lente, avec occasionnellement des
phases stationnaires, mais une évolution rapide en un seul tenant
peut parfois se rencontrer.
La précocité des premiers signes semble
être corrélée avec une évolutivité plus sévère de la maladie.
La
majorité des patients est confinée au fauteuil roulant après 10-15 ans
d’évolution, et l’âge moyen de décès est de 35-50 ans.
Les formes atypiques de la maladie sont dominées par un début
tardif après 25 ans et une conservation des réflexes ostéotendineux
(FARR).
Il est à noter qu’un certain nombre de patients porteurs du
diagnostic d’atrophie cérébelleuse à début précoce et réflexes
conservés (early onset cerebellar ataxia [EOCA]) sont en fait
d’authentiques FRDA (phénotype FARR).
Les réflexes ostéotendineux peuvent même être exagérés. Les signes
prépondérants que sont la dysarthrie, les réflexes cutanés plantaires
en extension, ou l’hypopallesthésie distale ne sont pas toujours
présents, y compris après 5 ans d’évolution.
Enfin, d’autres signes
cliniques, moins fréquents, peuvent être trompeurs et rendre le
diagnostic plus difficile.
+ Examens utiles :
– Électrophysiologie.
Les anomalies électrophysiologiques traduisent à l’électromyogramme
(EMG) une neuropathie axonale avec atteinte sensitive
prédominante et perte importante des grosses fibres myélinisées
périphériques, et l’atteinte des cordons postérieurs.
Cette
neuropathie axonale est quasi constante, mais non évolutive avec
la progression de la maladie.
Deux anomalies électrophysiologiques
sont donc considérées comme hautement
caractéristiques de la FRDA : l’effondrement ou l’absence des
potentiels sensitifs des nerfs suraux à l’EMG et la disparition de
l’onde P40 corticale après stimulation du nerf tibial aux potentiels
évoqués somesthésiques (PES).
– Imagerie cérébrale.
Le signe d’imagerie par résonance magnétique (IRM) le plus
caractéristique correspond à une atrophie de la partie supérieure de
la moelle cervicale.
Une atrophie du tronc cérébral et/ou du cervelet
et un élargissement du IVe ventricule peuvent se rencontrer.
L’atrophie cérébelleuse constitue un signe d’apparition tardive et
prédomine sur le vermis. Une atrophie corticale est rarement
observée, là aussi dans des formes évoluées de la maladie.
+ Anatomie pathologique
:
Les modifications histopathologiques de la FRDA sont
essentiellement médullaires avec une dégénérescence constante des
cordons postérieurs et des faisceaux spinocérébelleux, plus sévère
dans la moelle cervicale, et accompagnée d’une atrophie des cordons
postérieurs.
La dégénérescence du faisceau pyramidal est plus
marquée en région lombaire.
Le tronc cérébral, le cervelet et le
cerveau sont plutôt épargnés, mais leur atteinte n’est pas
exceptionnelle.
Lorsque le cervelet est atteint, on retrouve une
raréfaction des cellules de Purkinje, à prédominance vermienne.
Dans les nerfs périphériques, on observe une perte axonale sans
démyélinisation.
+ Génétique moléculaire
:
Localisé sur la partie centromérique du bras long du chromosome
9, le gène X25 (ou frataxin), responsable de la FRDA, a été
identifié en 1996.
Il s’agit d’un gène de petite taille codant pour
la frataxine, une protéine de 210 acides aminés dont la fonction était
inconnue à l’époque.
Plus de 95 % des patients atteints de FRDA
sont homozygotes pour une amplification de triplets GAA dans le
premier intron de frataxin.
Beaucoup plus rarement, cette
amplification peut n’être présente qu’à l’état hétérozygote, l’autre
allèle du gène étant porteur d’une mutation ponctuelle.
On parle
alors d’hétérozygote composite.
L’amplification de triplets GAA
varie de 150 à 1 000 chez les malades, contre 7 à 25 dans la
population générale.
La frataxine est localisée dans les
mitochondries et sa perte de fonction entraîne une accumulation
anormale de fer dans la matrice mitochondriale.
L’accumulation
de fer dans la mitochondrie fait évoquer un rôle dans le contrôle du
transport du fer dans les mitochondries pour la frataxine.
+ Corrélations phénotype-génotype :
La taille de l’amplification de GAA est inversement corrélée à l’âge
de début, à la vitesse de l’aggravation et à la présence de certains
signes de la FRDA.
Cette corrélation s’établit essentiellement sur
la taille du plus petit des deux allèles.
Dans les FRDA à début tardif
associées à une petite amplification de GAA sur au moins un allèle,
le tableau clinique est volontiers atypique, avec des réflexes
conservés ou exagérés, l’absence de myocardiopathie et une
évolution lente des symptômes.
Il n’est cependant pas possible,
connaissant la taille de l’amplification, de prédire l’âge de début de
la maladie à l’échelon individuel. Enfin, la majorité des
hétérozygotes composites présente également un tableau atypique
de la maladie.
+ Conseil génétique
:
Devant un sujet porteur d’un tableau clinique évoquant une FRDA
typique ou atypique, la réalisation d’un diagnostic moléculaire doit
être systématiquement proposée, à la recherche d’une amplification
de triplets GAA dans le gène frataxin.
Chez les malades atypiques, la découverte d’un seul allèle avec
amplification de GAA doit faire évoquer un hétérozygote composite
et entraîner la recherche d’une mutation ponctuelle en deuxième
intention.
Cette recherche de mutation ponctuelle est nécessaire afin
d’éviter de poser à tort le diagnostic de FRDA chez un simple
porteur hétérozygote.
La fréquence du gène muté dans la population
est en effet élevée (taux d’hétérozygotie à 1/90), et un sujet atteint
d’une ataxie non liée à ce locus est susceptible d’être porteur d’une
amplification de GAA sans rapport avec son affection.
Le dépistage des hétérozygotes est possible et conseillé chez les
apparentés et les conjoints des malades atteints de FRDA.
Ainsi, le
risque d’avoir un enfant atteint de FRDA est précisément connu
après avoir intégré la possibilité infime d’une mutation ponctuelle
présente chez le conjoint (la probabilité d’une telle mutation
ponctuelle est de 1/5 000).
L’identification d’un couple
d’hétérozygotes doit faire poser la question du diagnostic
prénatal.
+ Perspectives thérapeutiques
:
Les progrès réalisés dans la connaissance du déterminisme
moléculaire de la FRDA ont ouvert de nouvelles perspectives
thérapeutiques.
Récemment, des études in vitro ont montré que la
production mitochondriale d’acide adénosine triphosphate (ATP)
pouvait être restaurée, même en présence de fortes concentrations
en fer, par l’adjonction d’idebenone, un analogue à chaîne courte de
l’ubiquinone (coenzyme Q10).
Un traitement à base d’idebenone
(5 mg/kg/j en trois prises) a permis une réduction de l’ordre de 30
à 40 % de l’épaisseur des parois cardiaques hypertrophiées, chez
trois jeunes malades, après seulement quelques mois de traitement.
Ces résultats préliminaires sont prometteurs, mais des essais à plus
grande échelle sont requis pour valider ces données.
* Ataxie avec déficit en vitamine E :
+ Clinique :
L’ataxie avec déficit en vitamine E (AVED) est responsable d’un
tableau clinique comparable à celui de la FRDA.
L’âge de début se
situe dans l’enfance ou l’adolescence.
Outre l’ataxie progressive, les
symptômes rencontrés comprennent une aréflexie, une dysarthrie,
une hypoesthésie proprioceptive, des déformations squelettiques ou
encore une myocardiopathie.
L’association à une rétinite
pigmentaire a également été décrite.
+ Examens utiles :
La concentration plasmatique de vitamine E est effondrée, voire
indécelable, en l’absence d’autre signe biologique de malabsorption.
L’EMG révèle habituellement une neuropathie sensitive mineure,
contrairement à la FRDA où elle est souvent sévère. Les PES sont en
revanche très altérés, comme dans la FRDA.
+ Génétique moléculaire
:
Après localisation sur le chromosome 8q13, la découverte de
mutations dans le gène codant pour le transporteur de l’a-tocophérol
(a-TTP) a permis d’identifier le gène responsable de l’affection.
+ Traitement
:
Le traitement substitutif à vie (600 UI ou 5 à 10 mg/kg deux fois par
jour) permet la normalisation du déficit biologique et une
amélioration du tableau neurologique.
* Abêtalipoprotéinémie :
L’abêtalipoprotéinémie, ou maladie de Bassen-Kornzweig, se
caractérise par une absence sélective des lipoprotéines plasmatiques
contenant de l’apoB.
Sa présentation clinique est hétérogène.
Un
début dans l’enfance entraîne un retard de développement, avec un
syndrome de malabsorption.
En revanche, lorsque le début est plus
tardif, la maladie revêt la forme d’une FRDA incluant une ataxie,
une aréflexie, une atteinte proprioceptive et des pieds creux. Une
rétinite pigmentaire s’ajoute classiquement au tableau.
Une ophtalmoplégie, un ptosis et une myocardiopathie sont parfois
présents.
Les explorations électrophysiologiques et histologiques
montrent des anomalies similaires à celles rencontrées dans la
FRDA.
Le syndrome de malabsorption se traduit biologiquement
par une baisse importante des taux de lipides circulants et des
vitamines liposolubles A, D, E et K.
Une acanthocytose est souvent
mise en évidence dans le sang périphérique.
La maladie est causée
par des mutations dans le gène MTP, codant pour le transporteur
microsomal des triglycérides.
Un traitement comprenant un
régime dépourvu de graisses à chaîne longue et une supplémentation en vitamines liposolubles doit être prescrit.
L’administration de vitamine E à fortes doses prévient l’apparition
des symptômes neurologiques, et s’ils sont déjà installés, les
améliore ou arrête leur progression.
* Ataxies cérébelleuses à début précoce et réflexes conservés
:
L’EOCA appartient au groupe hétérogène des ACAR caractérisées
par un début avant l’âge de 20 ans (2-20 ans) et en représente la
forme la plus fréquente (prévalence de 1/100 000).
L’EOCA
est parfois confondue avec la FRDA, mais s’en différencie par une
évolution moins sévère avec une perte de la marche plus tardive de
13 ans en moyenne.
Les réflexes rotuliens et ceux des membres
supérieurs sont normaux ou accentués, mais les réflexes achilléens
peuvent être abolis.
La marche comporte souvent une composante
spastique.
Une atteinte sensitive distale portant sur la sensibilité
vibratoire et le sens de position est plus rarement décrite.
Comparé
à la FDRA, il n’y a pas de déformation articulaire ou d’atrophie
optique, et une myocardiopathie est exceptionnelle.
Si les
explorations électrophysiologiques révèlent des anomalies très
variables, la conduction nerveuse sensitive est habituellement
conservée et les potentiels sensitifs sont d’amplitude souvent peu
réduite ou normale.
Une atrophie cérébelleuse, vermienne et/ou
hémisphérique, est plus fréquemment retrouvée sur les examens
d’imagerie que dans la FRDA. Une hétérogénéité génétique est
suspectée, mais aucun gène impliqué n’est localisé à ce jour.
L’observation de ce tableau clinique rend néanmoins nécessaire
l’étude du gène frataxin en raison de l’existence d’un phénotype
similaire (FARR) avec conservation des réflexes dans la FRDA.
2- Atrophies cérébelleuses de type « non Friedreich »
:
* Ataxie-télangiectasie :
L’ataxie-télangiectasie (AT) représente la plus fréquente cause
d’ACAR à début précoce avant l’âge de 5 ans.
Sa prévalence se situe
entre 1/40 000 et 1/100 000 naissances.
Son tableau clinique est celui
d’une maladie générale dominée par une ataxie cérébelleuse
progressive.
+ Clinique
:
Tableau typique.
L’ataxie débute habituellement dès la première année. L’incapacité
motrice est généralement sévère, avec mise en fauteuil roulant vers
10 ou 11 ans.
Les mouvements oculaires sont altérés de façon
caractéristique avec une apraxie oculomotrice, un ralentissement de
l’initiation des saccades et une dysmétrie.
Les mouvements de la
tête sont nécessaires pour initier les saccades.
En dehors de l’atteinte
neurologique, le signe prédominant est la présence de télangiectasies
des conjonctives, apparaissant habituellement entre 3 et 6 ans.
Des
télangiectasies cutanées peuvent parfois s’observer sur les oreilles
ou le visage.
Ces télangiectasies peuvent néanmoins manquer (ataxie
sans télangiectasies) et rendre le diagnostic clinique plus délicat.
Une
immunodéficience sévère, à la fois de l’immunité cellulaire et surtout
humorale, est la règle, entraînant volontiers des infections oto-rhinolaryngologiques
et pulmonaires à répétition.
Une prédisposition aux
cancers (lymphomes et leucémies lymphoïdes essentiellement) et
une radiosensibilité sont également relevées.
Une prédisposition
aux cancers épithéliaux, en particulier au niveau du sein, est
discutée chez les sujets hétérozygotes.
Cette dernière rend utile le
suivi pour dépister précocement les tumeurs.
Tableau atypique.
Il existe des formes atypiques (variants AT), de début plus tardif,
dans la deuxième décennie, voire plus tard avec/ou sans télangiectasies.
Des mouvements anormaux peuvent progressivement
accompagner l’ataxie.
+ Examens utiles
:
– Biologie.
Le taux sérique d’a-foetoprotéine est augmenté dans plus de 90 %
des cas.
Ce dosage est d’une grande utilité devant une présentation
atypique de la maladie.
Une dysgammaglobulinémie est observée,
avec baisse des immunoglobulines (Ig)A, IgG2, IgG4, et plus
rarement des IgM.
L’instabilité chromosomique est caractéristique
de la maladie, avec de nombreuses anomalies cytogénétiques
identifiées.
Les plus typiques concernent les chromosomes 7 et 14
lors de l’étude des chromosomes sur lymphocytes.
– Imagerie cérébrale.
Les études tomodensitométriques (TDM) et IRM montrent
habituellement une atrophie sévère du vermis et des hémisphères
cérébelleux.
+ Génétique moléculaire
:
Le gène ATM, responsable de l’AT, a été localisé sur le chromosome
11q23 puis cloné et caractérisé.
Il mesure près de 150 kb et
contient 66 exons.
De nombreuses mutations ont été décrites.
Il s’agit
principalement de mutations faux sens aboutissant à des protéines
tronquées, et plus rarement de mutations non-sens et de
délétions.
Ces dernières sont impliquées dans les variants AT.
La
fonction de la protéine codée reste à découvrir.
* Ataxie spastique de Charlevoix-Saguenay :
+ Clinique
:
Cette maladie a été décrite chez des Canadiens français vivant dans
la région de Charlevoix-Saguenay au Québec.
L’âge de début est
précoce, avec habituellement des anomalies constatées dès
l’acquisition de la marche.
Outre l’ataxie et la spasticité
prédominante aux membres inférieurs, les principaux signes sont
une dysarthrie, un nystagmus, une poursuite horizontale saccadée,
des pieds creux et une hypoesthésie proprioceptive.
On peut
également observer un prolapsus de la valve mitrale ou des stries
rétiniennes.
L’évolution est rapidement progressive, aboutissant à
une incapacité fonctionnelle avec mise au fauteuil roulant avant la
cinquième décennie.
La description récente d’une grande famille
tunisienne liée au locus des familles canadiennes élargit le spectre
phénotypique, jusque-là remarquablement homogène, de l’ataxie
spastique de Charlevoix-Saguenay (ARSACS).
Le phénotype
tunisien se démarque par un âge de début moyen plus tardif, aux
alentours de 10 ans (extrêmes 3-20 ans), une aréflexie achilléene très
précoce et une absence de strie rétinienne.
L’évolution est variable,
mais la sévérité apparaît moindre que dans l’ARSACS.
+ Examens utiles
:
L’atrophie cérébelleuse prédomine sur le vermis à l’IRM.
+ Génétique moléculaire
:
Le gène a été initialement localisé dans des familles du Québec en
13q12.
Le gène demeure inconnu.
La description de la famille
tunisienne prouve que l’ARSACS n’est pas confinée à la
population québécoise et que l’étude de ce locus doit être entreprise
dans les familles informatives sans diagnostic moléculaire.
* Ataxie spinocérébelleuse infantile
:
Décrite en 1994 chez 20 patients finlandais, les premiers signes de
l’ataxie spinocérébelleuse à début infantile (infantile-onset
spinocerebellar ataxia [IOSCA]) se manifestent entre 1 et 2 ans d’âge,
après un développement initial normal, par une maladresse et des
difficultés à la marche.
Le tableau typique se constitue de façon
rapidement progressive, avec apparition d’une ataxie, de
mouvements athétosiques, d’une hypotonie et d’une abolition des
réflexes.
Une atrophie cérébelleuse est l’anomalie majeure constatée
en imagerie.
Le gène a pu être localisé sur le chromosome 10q24
mais n’est pas encore identifié.
B - ATROPHIES CÉRÉBELLEUSES AUTOSOMIQUES
DOMINANTES :
Les ACAD constituent un groupe très hétérogène de pathologies
affectant le cervelet et ses voies afférentes et efférentes.
Les
découvertes génétiques ont permis de préciser la classification
proposée par Harding et largement utilisée.
La prévalence des ACAD est comprise ente 5 et 10/100 000.
Les premiers signes de
la maladie débutent en moyenne vers la troisième ou la quatrième
décennie mais des formes juvéniles, ou au contraire plus tardives,
sont connues.
L’évolution, qui se traduit par l’aggravation lente du
syndrome cérébelleux (touchant la marche, la parole, puis les
membres supérieurs) et par l’apparition d’autres signes
neurologiques est inéluctable sur 15 à 20 ans, avant le décès.
La
présence de signes cliniques additionnels permet de distinguer trois
types d’ACAD, auxquels il convient de rattacher l’ataxie avec retard
mental, le groupe des ataxies avec épilepsie, l’atrophie dentatopallido-
luysienne (DRPLA), les maladies à prions, le groupe des
ataxies périodiques AD, ainsi que l’hypobêtalipoprotéinémie.
Le chevauchement phénotypique des maladies est important au sein
de ces différents groupes, ce qui rend, à l’échelon individuel,
l’étude moléculaire nécessaire pour poser un diagnostic précis.
1- ACAD par amplification de triplets CAG :
Les spinocerebellar ataxia (SCA)1, 2, 3, 6, et 7 sont les formes d’ACAD
les plus fréquentes.
Elles présentent la particularité d’obéir au même
mécanisme génétique, à savoir une amplification de triplets CAG
dans la région codante des gènes concernés, aboutissant à une
expansion de polyglutamine sur la protéine.
La maladie
apparaît lorsque le nombre de triplets dépasse un seuil variable
selon les SCA.
Ce mécanisme génétique, commun à
d’autres maladies neurodégénératives (maladie de Huntington…),
explique le phénomène d’anticipation, c’est-à-dire l’aggravation de
la sévérité de la maladie au fil des générations, constatée dans les
familles.
Le nombre de triplets est inversement corrélé, d’une part
avec l’âge de début de la maladie, et d’autre part avec la rapidité de
son évolution. Enfin, la protéine mutée s’accumule sous forme
d’inclusions riches en ubiquitine dans les noyaux neuronaux.
La description de grandes séries de malades porteurs d’ACAD par
amplification de CAG a permis de préciser l’étendue des signes
cliniques pour chaque forme, en dépit de l’important chevauchement phénotypique.
Seule la baisse de vision, causée
par une dystrophie maculaire progressive, apparaît spécifique de
SCA7.
Aucune autre anomalie clinique n’est associée spécifiquement
à un génotype donné.
Le tableau clinique de chaque forme varie
également en fonction de la taille de l’amplification CAG.
Les examens utiles pour les différencier, en dehors de
la biologie moléculaire, comportent un fond d’oeil, une acuité
visuelle, et éventuellement un électrorétinogramme, une IRM cérébrale et une étude électrophysiologique avec potentiels évoqués
et EMG à la recherche d’une neuropathie.
Cependant, à l’exception
de l’atteinte rétinienne dans le SCA7, aucune anomalie paraclinique
n’est véritablement spécifique d’un sous-type.
Enfin, leurs
principales caractéristiques anatomopathologiques, en plus des
inclusions ubiquitinées neuronales.
* SCA1 :
L’évolution est souvent sévère. Le syndrome cérébelleux
s’accompagne volontiers d’un syndrome pyramidal avec hyperréflexie et marche spastique.
Les saccades oculaires sont plutôt hypermétriques.
Des modifications touchant le cortex cérébelleux,
le vermis et le tronc cérébral sont retrouvées en IRM ainsi qu’en
single photon emission tomography (SPECT) et en positon emission
tomography (PET).
L’EMG, les potentiels évoqués somesthésiques
auditifs (PEA) et visuels (PEV), ainsi que l’électroencéphalogramme
peuvent révéler des anomalies.
SCA1 a été le premier gène d’ACAD à être localisé puis cloné.
Il
s’agit d’un grand gène dont seuls les deux derniers exons sont
codants.
Sur les allèles normaux, les triplets CAG répétés sont
interrompus par quelques triplets CAT (codant pour une histidine
et non une glutamine).
* SCA2 :
Ce diagnostic peut être suspecté devant une diminution précoce de
la vitesse des saccades oculaires, une hyporéflexie témoignant d’une
neuropathie axonale, ou des fasciculations.
Des perturbations
cognitives incluant une perte de la mémoire verbale et des troubles
des fonctions exécutives sont fréquentes.
L’IRM montre
habituellement une AOPC.
Les PEA sont altérés et l’EMG témoigne
de la présence d’une neuropathie sensitivomotrice axonale.
Le gène SCA2 est localisé sur le chromosome 12q24 et code pour
une protéine normale cytoplasmique, l’ataxin-2.
Les triplets CAG
des allèles normaux sont interrompus par un ou deux triplets CAA,
alors que les allèles mutés portent une expansion parfaite de CAG.
* SCA3 (maladie de Machado-Joseph)
:
La maladie de Machado-Joseph (MMJ), ou SCA3, est la forme la
plus fréquente en France, devant SCA1 et SCA2 (les autres ACAD
étant beaucoup plus rares).
Le tableau clinique est très variable, mais
les malades présentent fréquemment une atteinte oculomotrice
cérébelleuse avec un nystagmus dans le regard latéral, une poursuite
oculaire légèrement saccadée, ou encore une diplopie.
Des signes
extrapyramidaux peuvent se manifester, parfois précocement au
cours de la progression de la maladie.
Les saccades sont hypométriques.
Sur l’IRM, SCA3 se caractérise par une atrophie
sévère de la protubérance et médullaire, accompagnée d’une
atrophie cérébelleuse modérée.
Après la localisation du gène SCA3 sur le chromosome 14q, un gène
contenant une répétition de triplets CAG a également été localisé
dans cette région. Une expansion de triplets a pu être prouvée chez
les malades SCA3.
La répétition de CAG est interrompue en trois
positions par un triplet CAA et AAG.
* SCA6
:
SCA6 se caractérise par la rareté des signes neurologiques associés
au syndrome cérébelleux (ACAD type III), un âge de début plus
tardif et une évolution lente de la maladie.
Les premières
manifestations peuvent être insidieuses, rappelant le phénotype de
l’ataxie épisodique de type 2 (AE-2), qui est allélique de SCA6.
L’IRM cérébrale montre une atrophie du vermis et des hémisphères
cérébelleux, alors que le tronc et les hémisphères cérébraux sont
épargnés.
La mutation responsable de SCA6 est une expansion de CAG dans
le gène codant pour la sous-unité a1A du canal calcium potentieldépendant
(CACNL1A4), gène déjà impliqué dans l’AE-2 et dans
une forme de migraine hémiplégique familiale.
Il s’agit du seul
gène impliqué dans les SCA pour lequel la fonction de la protéine
codée est connue.
En plus d’appartenir au groupe des maladies par
amplification de CAG, SCA6 s’apparente aux canalopathies puisque
l’expansion touche un gène codant pour une sous-unité du canal
calcique.
Contrairement à SCA1, 2, 3 et 7, l’expansion de CAG dans
SCA6 est stable durant la transmission au cours des générations, ce
qui explique l’absence d’anticipation constatée.
* SCA7
:
Une dystrophie maculaire progressive entraînant une diminution de
l’acuité visuelle puis une cécité distingue cliniquement SCA7 des
autres SCA (ACAD de type II).
En moyenne, le début de la maladie est le plus précoce des SCA par amplification de CAG.
Les saccades
oculaires sont ralenties.
L’atrophie prédomine sur le cervelet mais
peut toucher la protubérance sur l’examen IRM.
Les modifications
de la macula et l’atrophie optique, constatées à l’examen
ophtalmologique, constituent les signes les plus précoces de SCA7.
La fonction du gène SCA7, localisé puis identifié par clonage
positionnel, est inconnue.
De toutes les maladies par
amplification de CAG, la répétition CAG de SCA7 est la plus sujette
à l’expansion.
Le phénomène d’anticipation génétique y est donc le
plus marqué.
2- Autres SCA :
Leur phénotype est encore mal connu en raison du faible nombre de
malades décrits.
Récemment, une amplification de triplets CAG a
été identifiée dans des régions non codantes de deux gènes : l’un
codant pour une protéine de liaison-tata (TBP), et l’autre pour une
sous-unité régulatrice de la phosphatase 2A (SCA12).
L’amplification de CAG n’est pas traduite et n’engendre donc pas
une expansion de polyglutamine comme sur les autres SCA par
amplification de CAG.
Dans SCA8, la responsabilité d’une
amplification de CTG est sujette à controverse puisque, au même
locus, de telles amplifications ont été mises en évidence chez des
sujets témoins et chez des malades atteints de maladies
neurologiques différentes.
Enfin, les gènes des dernières SCA
connues sont seulement localisés.
Cliniquement, certaines
particularités sont néanmoins à relever.
Une neuropathie sensitive
périphérique est au premier plan du tableau clinique de SCA4, qui
comprend des anomalies des mouvements oculaires et des signes
pyramidaux en plus du syndrome cérébelleux.
L’âge de début
dans SCA5 est précoce, mais l’évolution lente.
Les réflexes sont
exagérés. SCA10 s’apparente aux ACAD de type III, mais le
syndrome cérébelleux pur s’accompagne le plus souvent d’une
épilepsie motrice généralisée.
Un syndrome cérébelleux pur (avec
cependant une exagération des réflexes) et une évolution bénigne
caractérisent SCA11.
Le syndrome cérébelleux est également pur
dans SCA14, tandis qu’un retard mental est constant dans
SCA13.
3- Atrophie dentato-pallido-luysienne :
La DRPLA est exceptionnellement rencontrée, à l’exception du Japon
où la prévalence est de 0,2 à 0,7/100 000.
Le tableau clinique varie
suivant l’âge de début de la maladie.
Un début avant l’âge de 20 ans
se traduit par un tableau d’épilepsie myoclonique progressive
associée à une démence ou un retard mental et une ataxie.
Un début
plus tardif, après l’âge de 40 ans, se caractérise au contraire par une
ataxie cérébelleuse, des mouvements choréoathétosiques, une
démence et des manifestations psychiatriques qui peuvent parfois
mimer une maladie de Huntington.
Enfin, un phénotype
intermédiaire, incluant épilepsie myoclonique non progressive,
mouvements choréoathétosiques, ataxie et démence, est associé avec
un début entre 20 et 40 ans.
Les anomalies constatées en imagerie
cérébrale (scanner et IRM) comprennent une atrophie du cervelet et
du tronc, une atrophie corticale et une dilatation ventriculaire.
Une hyperintensité diffuse de la substance blanche est fréquemment
détectée en T2 chez les malades avec un début à l’âge adulte.
Une
perte neuronale et une gliose touchant les noyaux dentelés, le
pallidum externe, ainsi que leurs projections respectives vers le
noyau rouge et le noyaux sous-thalamiques, sont les principales
lésions neuropathologiques identifiables.
Une démyélinisation
centrale diffuse avec gliose est également caractéristique.
Comme dans certaines SCA, une amplification de triplets CAG est
responsable de la DRPLA.
La taille des allèles mutés va de 49 à
plus de 80 CAG.
L’âge de début de la maladie apparaît inversement corrélé avec
la taille de l’amplification.
Cette amplification est instable durant la méiose, entraînant
une augmentation de sa taille et aboutissant à un phénomène
d’anticipation génétique.
Cette anticipation est plus marquée lors de la transmission
paternelle.
La fonction de la protéine localisée dans le cytoplasme des
neurones demeure inconnue.
4- Canalopathies :
Le groupe des canalopathies comprend les maladies secondaires à
des mutations situées dans des gènes codant pour des canaux
ioniques.
Plusieurs de ces maladies ont une présentation
neurologique. Les ataxies épisodiques de type 1 et de type 2 se
manifestent par des attaques d’ataxie avec un examen neurologique intercritique plus ou moins normal.
Ces deux maladies AD
s’ajoutent aux autres causes connues d’ataxie intermittente.
* Ataxie épisodique type 1
:
L’ataxie épisodique type 1(AE-1) se manifeste dès la petite enfance
par de brèves crises associant ataxie et dysarthrie.
Les crises sont
provoquées par les mouvements et la peur et peuvent survenir
plusieurs fois par jour.
Entre les crises, les patients présentent
habituellement des myokymies faciales et des mains.
Ces myokymies traduisent un syndrome d’activation musculaire
continue, avec un profil EMG particulier.
L’EA-1 est causée par des
mutations ponctuelles du gène KCNA1 codant pour un canal
potassium potentiel-dépendant.
* Ataxie épisodique type 2
:
Les crises de l’AE-2 débutent plus tardivement et sont plus longues
en comparaison à celles de l’AE-1.
Elles sont déclenchées par le
stress et l’exercice musculaire.
Certains malades, souffrant ou non de telles crises, vont développer une ataxie progressive et une
atrophie cérébelleuse visualisée en IRM.
Des mutations
non-sens, aboutissant à des protéines tronquées, sont retrouvées
dans le gène CACNL1A4, également impliqué dans SCA6.
Parallèlement, des mutations faux sens de CACNL1A4 ont été
identifiées dans des familles atteintes de migraine hémiplégique
familiale.
Certains de ces derniers patients développent aussi une
ataxie progressive et une atrophie cérébelleuse, ce qui traduit un
chevauchement clinique important entre ces trois maladies reliées
au même gène.
5- Maladies à prion
:
Les maladies à prion héréditaires, encore appelées encéphalopathies
spongiformes transmissibles, peuvent se manifester par un tableau
ataxique proche de celui des SCA.
Une forme ataxique de syndrome
de Gerstmann-Straüssler-Scheinker est ainsi décrite.
Il en est de
même pour la maladie de Creutzfeldt-Jakob familiale. Les aspects cliniques et
génétiques de ces maladies ont fait l’objet d’un autre chapitre
récent.
6- Hypobêtalipoprotéinémie :
L’hypobêtalipoprotéinémie se définit par une concentration
d’apolipoprotéine bêta (APOB) inférieure au 5e percentile par
rapport à la normale, valeur corrélée à l’âge et au sexe.
Elle présente
des similitudes cliniques et biologiques avec l’abêtalipoprotéinémie.
Une rétinite pigmentaire est fréquemment associée au syndrome
neurologique dominé par l’ataxie cérébelleuse et au syndrome
digestif de malabsorption des graisses.
Des acanthocytes sont
souvent détectés sur le sang périphérique.
Une hypocholestérolémie
et un déficit en vitamines A, D, E et K complètent le tableau.
Des
mutations tronquantes du gène APOB sont responsables de la
majorité des cas. Un second locus vient d’être découvert sur le
chromosome 3p21.1-22, révélant l’hétérogénéité génétique de la
maladie.
C - AUTRES MODES DE TRANSMISSION
:
1- Hérédité liée à l’X
:
Cette hérédité liée à l’X est rare dans les atrophies cérébelleuses.
Il
convient essentiellement de rappeler la forme adulte de
l’adrénoleucodystrophie, traitée dans un autre chapitre, qui peut
revêtir une présentation cérébelleuse, mais avec des signes
supplémentaires tels qu’une neuropathie périphérique, des
anomalies sphinctériennes et des troubles cognitifs et psychiatriques.
La découverte de mutations dans un gène codant pour une sousunité
régulatrice de la pyruvate déshydrogénase (localisé en Xp22.1)
est à signaler.
Le tableau classique présenté par les garçons est grave,
sous la forme d’une encéphalopathie convulsive avec acidose
lactique dès la naissance.
Les femmes hétérozygotes, cependant,
peuvent présenter un tableau d’ataxie épisodique à début précoce,
ou bien adopter une présentation proche de la FRDA.
2- Hérédité mitochondriale :
Les signes cliniques qui doivent faire évoquer une telle hérédité,
donc une cause mitochondriale devant une atrophie cérébelleuse,
incluent l’apparition de myoclonies ou de crises généralisées après
le début de l’ataxie, la présence d’une myopathie, d’une
ophtalmoplégie externe, d’une rétinopathie, d’une atrophie optique,
d’une hypoacousie, d’une myocardiopathie ou de troubles de la
conduction, d’un diabète, d’épisodes de pseudo-occlusions
intestinales ou de pseudoaccidents ischémiques cérébraux, ou d’une
démence.
Les études au repos, en postprandial et à l’effort du
rapport lactate/pyruvate, ainsi qu’une biopsie musculaire incluant
une étude de la respiration mitochondriale ou une analyse de l’acide
désoxyribonucléique mitochondrial (ADNmt) peuvent aider à poser
le diagnostic.
Il est exceptionnel qu’un tableau d’ataxie pure révèle
une mitochondriopathie.