Ataxies paroxystiques et choréoathétoses paroxystiques familiales
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les ataxies paroxystiques familiales constituent un groupe
hétérogène d’affections neurologiques rares évoluant par crises
paroxystiques.
Leur mode de transmission génétique est
habituellement autosomique dominant.
Aucune anomalie
biochimique n’est identifiable même lors d’un accès sévère et
prolongé d’ataxie, ce qui distingue ce groupe d’affections
neurologiques des ataxies intermittentes survenant au cours de
certaines maladies enzymatiques héréditaires telles que les déficits
en pyruvate déshydrogénase ou en pyruvate décarboxylase, les
aminoaciduries ou les hyperammoniémies.
La classification des ataxies paroxystiques familiales a été totalement
démembrée grâce à l’apport de la génétique inverse qui a permis la
localisation puis l’identification des gènes impliqués, puis la
corrélation entre le phénotype clinique et le génotype.
Jusqu’à ce
jour, deux gènes ont été identifiés : il s’agit, dans les deux cas, de
canaux ioniques membranaires voltage dépendants élargissant ainsi
le spectre des « maladies à canaux ioniques » ou « channelopathies
» aux ataxies paroxystiques familiales et, de façon tout à fait
intéressante, à d’autres affections neurologiques paroxystiques
beaucoup plus fréquentes telles que la migraine.
Les ataxies paroxystiques familiales sont à ce jour classées en au
moins deux groupes génétiquement distincts : l’EA de type 1 et l’EA
de type 2 :
– l’EA1, anciennement dénommée l’« ataxie paroxystique familiale
avec myokymies » est due aux mutations du gène KCNA1 situé sur
le chromosome 12 et codant pour un canal potassique voltage
dépendant ;
– l’EA2, anciennement dénommée l’« ataxie cérébelleuse
paroxystique familiale sensible à l’acétazolamide », est due aux
mutations du gène CACNA1A situé sur le chromosome 19 et codant
pour la sous-unité alpha1A d’un canal calcique voltage dépendant.
Les données génétiques récentes sur le gène CACNA1A ont mis en
évidence l’existence d’un spectre phénotypique beaucoup plus large
des affections liées à ce gène, puisque d’autres types de mutations
que celles présentes dans l’EA2 sont responsables soit d’un
phénotype de migraine hémiplégique, soit d’un phénotype d’ataxie
cérébelleuse progressive dénommée SCA6 (spinocerebellar ataxia
6).
De ce groupe d’ataxies paroxystiques familiales, il est tentant de
rapprocher le groupe des choréoathétoses paroxystiques familiales
dont le mode de transmission est également de type autosomique
dominant, ceci d’autant plus que, chez certains patients, les deux
phénotypes d’ataxie et de choréoathétose paroxystique peuvent être
associés.
Les choréoathétoses paroxystiques familiales semblent
plus hétérogènes sur le plan clinique que les ataxies paroxystiques
familiales et sont actuellement classées en deux sous-groupes :
– la choréoathétose kinésigénique paroxystique familiale ;
– la choréoathétose dystonique paroxystique familiale qui est
génétiquement hétérogène avec, à ce jour, deux loci positionnés l’un
sur le chromosome 1p et l’autre sur le chromosome 2p.
Par analogie avec les ataxies paroxystiques, une pathologie des
canaux ioniques est fortement suspectée à l’origine des choréoathétoses paroxystiques.
« Episodic ataxia type 2 » ou ataxie
cérébelleuse paroxystique familiale
sensible à l’acétazolamide :
L’ataxie cérébelleuse paroxystique familiale sensible à
l’acétazolamide ou EA2 est une affection neurologique rare
initialement décrite par Parker en 1946.
Avant
l’identification du gène responsable, plus d’une vingtaine de familles
avaient été rapportées avec une transmission génétique compatible
avec un mode autosomique dominant ainsi que quelques cas
sporadiques non différenciables cliniquement de la forme familiale,
si ce n’est par l’inefficacité de l’acétazolamide pour certains.
Au plan clinique, la maladie évolue selon deux
modes : paroxystique et progressif.
Dans les deux cas, il existe une
grande variabilité dans l’intensité des symptômes d’un individu à
l’autre, même à l’intérieur d’une famille donnée.
Les crises paroxystiques sont relativement stéréotypées.
L’âge de
début se situe habituellement dans l’enfance ou chez l’adulte jeune,
allant de 1 à 30 ans. Les symptômes sont d’installation rapide et
comportent un trouble majeur de la statique associé à une
incoordination des membres, une dysarthrie cérébelleuse et un
nystagmus.
Des vertiges rotatoires accompagnés de nausées ou de
vomissements, une diplopie, des oscillopies, des acouphènes, une
paralysie faciale, des céphalées, des cervicalgies, une fatigue intense,
des gastralgies, des sueurs profuses et une hyperthermie ont été
rapportés au moment de la crise.
Il n’y a jamais de perte de
connaissance.
Les crises durent de 15 minutes à plusieurs heures et
se répètent à une fréquence variable, pouvant être quotidiennes ou
espacées de plusieurs mois.
Elles peuvent disparaître avec le
sommeil, même de courte durée.
Chez certains patients, la fréquence
des crises a tendance à diminuer avec l’âge.
Certains facteurs
déclenchants ont été rapportés dont l’exercice physique intense,
l’émotion, l’alcool ou le café. Les mouvements brusques ne sont pas
un facteur déclenchant des crises d’EA2, contrairement aux crises
d’EA1.
L’acétazolamide, un inhibiteur de l’anhydrase carbonique,
est remarquablement efficace dans la prévention des crises d’EA2.
Il ne s’agit que d’un traitement symptomatique dont l’efficacité
apparaît dès les 48 à 72 heures après son début, les crises récidivant
très rapidement après son arrêt.
La dose efficace d’acétazolamide
varie de 250 à 750 mg/j. Très rarement, certains patients ne
répondent pas ou peu à ce traitement, avec parfois la nécessité
d’augmenter les doses.
Cependant, un traitement prolongé et à
fortes doses d’acétazolamide expose au risque d’effets secondaires,
en particulier de lithiases rénales.
Quelques observations de patients
ayant répondu à un traitement par le valproate de sodium (seul ou
en association avec l’acétazolamide) ou la flunarizine ont été
rapportées.
Dans l’intervalle des crises, l’examen révèle le plus souvent un
nystagmus battant dans les regards latéraux, isolé ou associé à une
ataxie cérébelleuse souvent modérée, à prédominance statique, dont
l’évolution est lente et l’âge de début tardif.
Une altération de la
poursuite oculaire de même qu’une dysmétrie des membres ou une
dysarthrie cérébelleuse habituellement modérées ont également été
rapportées.
Plus rarement, il peut exister un déficit mental, une
psychose infantile ou une ataxie cérébelleuse sévère aboutissant à
un état grabataire.
Il ne semble pas y avoir de corrélation positive
entre la fréquence des crises d’ataxie paroxystique et l’intensité des
signes cérébelleux permanents.
Au contraire, les deux individus
ayant l’ataxie cérébelleuse permanente la plus prononcée n’avaient
que peu ou pas de crises paroxystiques dans une famille rapportée
par Vahedi et al en 1995.
L’effet de l’acétazolamide pris au long
court sur l’évolution de l’ataxie cérébelleuse permanente dans l’EA2
n’est pas établi.
Sur le plan biologique, une discrète élévation de la lactatémie sans
acidose a été rapportée au cours d’une crise paroxystique.
L’imagerie cérébrale (tomodensitométrie [TDM] ou imagerie par
résonance magnétique [IRM]) peut être normale ou mettre en
évidence une atrophie du cervelet à prédominance vermienne
.
Dans l’intervalle des crises, une élévation anormale du
pH intracellulaire du cervelet a été rapportée par une étude en
spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (RMN) (31P).
Cette anomalie se corrigeait après un traitement par acétazolamide
dont l’effet pharmacologique est d’induire une acidose
métabolique.
La compréhension des mécanismes de l’EA2 a surtout bénéficié de
l’apport de la génétique inverse qui a permis d’abord la localisation
du gène impliqué puis son identification, et enfin l’identification de
la protéine défectueuse.
De façon simultanée, trois équipes
différentes ont positionné le gène responsable de l’EA2 sur le bras
court du chromosome 19.
Pour ce qui concerne notre équipe,
nous avions opté pour une stratégie de gène candidat, la région
d’intérêt étant l’intervalle contenant le locus de la migraine
hémiplégique familiale (MHF) déjà positionné en 1993 par Joutel et
al sur le bras court du chromosome 19.
Notre hypothèse de coallélisme entre l’EA2 et la MHF était basée sur des similitudes
cliniques entre ces deux affections neurologiques, en particulier le
caractère paroxystique et transitoire des troubles neurologiques et la
présence de signes cérébelleux dans l’intervalle des crises de
migraine dans environ 20 % des familles de MHF.
Il est intéressant de noter que la même variation dans la
sévérité des signes cérébelleux permanents entre les patients est
présente à l’intérieur d’une même famille atteinte de MHF.
De
même, la fréquence et la sévérité des crises de migraine
hémiplégique ne semblent pas être corrélées avec la sévérité de
l’ataxie cérébelleuse qui a souvent un caractère discret ou modéré.
Pour cela, une grande famille originaire de la Côte-d’Or, déjà
rapportée en partie par Van Bogaert et al, a été analysée avec les
marqueurs chromosomiques flanquant le locus de la MHF et a
permis de montrer une liaison génétique avec cet intervalle sur le
chromosome 19.
De façon simultanée, deux autres équipes ont
positionné le gène responsable de l’EA2 dans le même intervalle,
confirmant cette localisation.
Le gène responsable de l’EA2 a
été identifié par Ophoff et al en 1996 qui rapporta des mutations du
gène CACNA1A dans deux familles atteintes.
Le gène CACNA1A
code pour la sous-unité alpha1A d’un canal calcique membranaire
voltage dépendant s’exprimant abondamment dans les neurones, en
particulier dans les cellules de Purkinje chez la souris.
Des
mutations de ce même gène étaient retrouvées dans des familles de MHF confirmant le coallélisme de ces deux affections neurologiques
paroxystiques.
De façon intéressante, le type de mutations diffère
selon le phénotype clinique : une délétion ou une mutation
intéressant le site d’épissage aboutit au phénotype d’EA2, alors
qu’une mutation de type faux sens aboutit au phénotype de MHF.
Il
est probable que les deux premiers types de mutation aboutissent à
une protéine tronquée ou aberrante.
Récemment, une première
mutation de novo du gène CACNA1A a été rapportée dans l’EA2,
démontrant la possibilité de forme sporadique d’origine génétique
de cette affection.
L’étude de corrélation phénotype-génotype des
familles d’EA2 a permis de mieux préciser le spectre phénotypique
de cette affection.
En effet, Baloh et al rapportent, chez certains
individus appartenant à des familles liées au locus de l’EA2 et
porteurs de l’haplotype malade, une forme progressive d’ataxie
cérébelleuse sans aucune crise paroxystique.
Denier et al ont d’une
part confirmé sur une grande série de patients la nature truncating
de la mutation du gène CACNA1A dans l’EA2 et, d’autre part,
réalisé une étude de corrélation phénotype-génotype sur 20
patients.
Parmi eux, trois étaient totalement asymptomatiques, ce
qui confirme la pénétrance incomplète de l’affection.
Treize avaient
des crises caractéristiques d’EA2 et, dans l’intervalle des crises, des
signes cérébelleux permanents à type de nystagmus ou d’ataxie
modérée, sauf un patient qui avait un examen neurologique normal.
Trois patients avaient une ataxie cérébelleuse progressive à début
précoce et de caractère sévère associée à un déficit mental.
Enfin,
une patiente avait des crises de diplopie paroxystique isolée.
De façon tout à fait intéressante, un troisième type de mutation du
gène CACNA1A vient d’être identifié.
Il consiste en une expansion
de triplets CAG situé à la partie 3’ terminale du gène.
Cette
mutation aboutit à un phénotype d’ataxie cérébelleuse progressive à
prédominance statique et à début tardif avec cependant la présence,
chez quelques patients, de phénomènes paroxystiques d’ataxie.
Ce phénotype a été dénommé SCA6. La mutation de SCA6 est
présente dans 1 % des familles françaises atteintes d’ataxie
cérébelleuse héréditaire.
L’expansion du nombre de triplets reste
faible, variant de 21 à 29 (la taille normale étant de 4 à 17 triplets)
.
Il est intéressant de noter qu’aucune expansion de triplets CAG dans le gène CACNA1A n’a été identifiée chez les patients
atteints d ‘EA2 analysés par Denier et al.
C’est certainement par la connaissance de la fonction du canal
calcique CACNA1A que l’on pourra définir le mécanisme
physiopathologique qui aboutit à tel ou tel phénotype clinique.
Il
est également probable que d’autres facteurs, génétiques ou non, interviennent dans la sévérité du phénotype clinique, puisqu’une
grande variation dans son expression est constatée chez les
individus atteints à l’intérieur d’une même famille.
Certaines familles d’ataxies paroxystiques se distinguent de la forme
typique de l’EA2 par une durée plus prolongée des crises (plusieurs
jours ou semaines), par la prépondérance des signes vestibulaires
lors des crises, ou par un âge de début plus tardif des crises
(après la deuxième décade), ou encore par l’absence de tout signe
d’atteinte cérébelleuse dans l’intervalle des crises.
Le terme de
« vestibulopathies paroxystiques » familiales a ainsi été utilisé pour
désigner cette forme d’ataxie paroxystique familiale, d’autant plus
que la mise en jeu brusque du système vestibulaire par
l’intermédiaire du réflexe vestibulo-oculaire ou optocinétique était
rapporté comme un facteur déclenchant des crises.
L’analyse
génétique d’une de ces grandes familles a exclu une liaison au locus
de l’EA2 sur le chromosome 19.
Dans les autres cas, il n’est pas
établi si le gène CACNA1A est ou n’est pas impliqué, éventuellement
par d’autres types de mutation que ceux décrits dans l’EA2.
Il serait
également tentant de rapprocher de ce groupe d’EA2 les autres
variétés de migraine comportant lors de l’aura un nystagmus ou
une ataxie, dont la migraine basilaire, de même que les vertiges
paroxystiques familiaux dont l’association avec la migraine a été
soulevée dans certaines familles.
« Episodic ataxia type 1 » ou ataxie
paroxystique kinésigénique familiale
avec myokymies :
L’EA1 ou l’ataxie paroxystique familiale kinésigénique avec
myokymies est une affection neurologique rare de transmission
génétique autosomique dominante à forte pénétrance clinique.
Elle
a été pour la première fois décrite par Van Dyke en 1975.
En
France, aucune famille atteinte n’a jusqu’alors été rapportée.
Cette
affection est remarquablement homogène sur le plan génétique et
aucun cas sporadique n’a été rapporté.
L’EA1 se caractérise par la
répétition de crises d’ataxie, associée à des secousses myokymiques
généralisées et une incoordination motrice.
La
crise est à début brusque et de durée brève (inférieure à 5 minutes).
Les crises d’EA1 sont typiquement kinésigéniques, c’est-à-dire
déclenchées par des mouvements brusques.
Elles surviennent alors
volontiers dans un climat de stress ou d’émotion, ou encore
d’exercice physique, de fièvre ou de jeûne.
Parfois, la crise est
immédiatement précédée d’une sensation prodromale de
trémulation ou de raideur progressive des membres.
Rarement des
sensations de vertiges, une diplopie, une vision brouillée, des
postures dystoniques, un tremblement d’attitude ont été rapportés
au moment de la crise.
Très rarement la crise peut durer plusieurs
heures et se calmer alors par le sommeil.
L’eau froide a également
été rapportée comme un facteur apaisant des crises.
L’âge de début
de la maladie est précoce, habituellement dans la petite enfance.
La
fréquence des crises est extrêmement variable d’un individu à
l’autre, allant de plusieurs crises par jour à des crises espacées de
plusieurs semaines.
Comme dans l’EA2, la fréquence des crises a
tendance à diminuer avec l’âge.
Dans l’intervalle des crises, l’examen clinique soigneux doit
rechercher la présence a minima de petites secousses myokymiques,
en particulier au niveau des doigts.
L’absence de nystagmus
pendant et entre les crises, de même que l’absence de signes
cérébelleux dans l’intervalle des crises paroxystiques d’EA1 font que
les deux formes d’ataxies paroxystiques, l’EA1 et l’EA2, sont
cliniquement très distinctes.
Dans l’EA1, l’électromyographie permet dans tous les cas (pendant
ou en dehors des crises) la mise en évidence des myokymies qui
sont des décharges de potentiels d’unité motrice de repos se répétant
de façon rythmique.
Une étude anatomopathologique du nerf sural
a montré la présence d’une discrète perte axonale.
Contrairement
à l’EA2, l’imagerie cérébrale (TDM ou IRM) est toujours normale.
Un cas autopsique a été étudié sans qu’aucune anomalie ne soit mise
en évidence.
Alors que l’acétazolamide n’est que peu ou pas efficace,
la phénytoïne et la flunarizine ont un effet préventif sur les crises
d’EA1.
Bien que le mécanisme physiopathogénique de l’EA1 n’ait pas été
bien connu avant l’identification du gène impliqué, une anomalie
de l’excitabilité du nerf périphérique était fortement suspectée en
raison de la présence des décharges myokymiques qui traduit le
déclenchement répété et spontané de potentiels d’unité motrice au
repos.
Il était donc particulièrement tentant de rechercher une
anomalie des canaux ioniques, en particulier des canaux potassiques
qui sont impliqués dans le maintien du potentiel de repos du nerf.
Grâce à une stratégie de gène candidat, le gène responsable de l’EA1
a été ainsi positionné par Litt et al en 1993 sur le bras court du
chromosome 12, à proximité d’un cluster de gènes codant pour des
canaux potassiques membranaires.
Browne et al en 1994 ont
identifié, dans quatre familles atteintes d’EA1, des mutations
ponctuelles sous la forme hétérozygote dans un des gènes codant
pour un canal potassique membranaire voltage dépendant, le
KCNA1.
L’EA1, bien que rare, est totalement homogène au plan
génétique puisque, dans toutes les familles jusque-là analysées, une
mutation de type faux sens du gène KCNA1 a été isolée, altérant
probablement la perméabilité du canal.
La choréoathétose dystonique paroxystique familiale se transmet
selon un mode autosomique dominant avec une forte pénétrance
clinique.
Elle a d’abord été décrite par Mount et Reback en 1940.
Elle est également dénommée la choréoathétose non kinésigénique
par opposition avec la choréoathétose kinésigénique paroxystique
familiale dont les crises sont déclenchées par les mouvements
brusques.
Moins de dix familles ont été rapportées dans
la littérature.
L’affection débute habituellement dans
l’enfance.
Les crises sont de sévérité variable et se caractérisent par
la survenue de mouvements anormaux de type dystonique,
choréique ou athétosique s’installant parfois progressivement et
pouvant soit se limiter à une extrémité du corps, soit s’étendre à
l’ensemble du corps y compris le tronc, la face et les yeux.
Les autres
symptômes sont une dysarthrie, des troubles de la déglutition et
des céphalées.
Les crises durent de quelques minutes à plusieurs
heures et cèdent souvent après un sommeil, même de courte durée.
La fréquence des crises est variable, parfois pluriquotidienne, et elle
a tendance à diminuer avec l’âge. Les facteurs déclenchants sont
l’alcool, le café, le thé, les émotions, l’exercice physique et le jeûne.
Le clonazépam est le traitement le plus efficace pour diminuer la
fréquence et la sévérité des crises.
Durant les crises, il n’a pas été
enregistré à l’électroencéphalogramme (EEG) d’anomalies
épileptiques, mais des anomalies lentes diffuses ont été rapportées.
L’imagerie cérébrale est normale.
Un cas autopsique n’a pas montré
d’anomalies.
Dans l’intervalle des crises, l’examen neurologique
peut être normal ou anormal, avec des anomalies variables d’une
famille à l’autre, suggérant le caractère possiblement hétérogène de
cette affection.
Ainsi, dans une famille rapportée par Mayeux et Fahn
en 1982, une ataxie cérébelleuse progressive était présente chez tous
les sujets atteints dont certains avaient en outre des crises de
choréoathétose ou des crises d’ataxie paroxystique.
Dans une
autre famille, deux sujets atteints avaient des myokymies dans
l’intervalle des crises ; enfin, au sein d’une autre famille, plusieurs
sujets avaient des signes pyramidaux allant jusqu’à la spasticité.
Deux localisations chromosomiques ont été positionnées dans trois
familles distinctes.
Deux familles américaines ont permis la
localisation d’un premier locus au chromosome 2q qui, par la
suite, a été confirmée dans une famille allemande.
Une autre
famille allemande de grande taille a permis, quant à elle, le
positionnement d’un deuxième locus sur le bras court du
chromosome 1 à proximité d’un cluster de gènes codant pour les
canaux potassiques.
Il faut signaler la particularité du phénotype
clinique dans cette famille où plusieurs sujets atteints avaient une paraparésie spastique en dehors des crises de choréoathétose.
Par
analogie avec les ataxies paroxystiques familiales, les gènes codant
pour les canaux ioniques membranaires constituent les principaux
gènes candidats pour la choréoathétose paroxystique familiale.
La choréoathétose kinésigénique paroxystique familiale est une
affection rare dont la transmission génétique est compatible soit avec
un mode autosomique dominant à pénétrance incomplète, soit avec
un mode récessif dans certaines familles.
Aucune localisation
génétique n’a jusqu’alors été identifiée.
La crise est à début brusque
et comporte des mouvements anormaux de type dystonique,
choréique ou athétosique.
Une sensation prodromale
d’engourdissement ou de paresthésies peut précéder la crise.
Celle-ci
est brève, durant en moyenne 1 à 2 minutes.
Elle est typiquement
déclenchée par un mouvement brusque.
L’hyperventilation et le
stress sont également rapportés comme facteurs favorisant les crises.
L’âge de début est habituellement dans l’enfance. La fréquence des
crises est variable, allant parfois jusqu’à 100 crises par jour. L’EEG
pendant une crise n’enregistre pas d’activité épileptique.
Les anticonvulsivants comme la phénytoïne, les barbituriques, le
Zarontint peuvent être efficaces en prévention des crises.
Le
mécanisme physiopathogénique de cette affection qui est
possiblement hétérogène sur le plan génétique n’est pas encore
connu mais, là encore, une pathologie des canaux ioniques est
fortement suspectée.
Il est intéressant de noter qu’un patient ayant
une mutation du gène KCNA1 avait une forme clinique particulière
associant au phénotype d’EA1, des crises de choréoathétose
kinésigénique. Aucun locus n’a encore été positionné pour cette
affection.