Aspects génétiques de la maladie de Parkinson
Cours de Neurologie
Introduction
:
La maladie de Parkinson est l’une des affections neurodégénératives
les plus fréquentes.
Elle se définit cliniquement par des troubles
moteurs, akinésie, rigidité crantée, tremblement de repos et
altération des réflexes de posture, et anatomiquement par une perte
des neurones dopaminergiques mésencéphaliques,
particulièrement
de la substance noire, et la présence de corps de Lewy au sein des
neurones restants.
Le principal traitement consiste à administrer
de la L-Dopa, précurseur de la dopamine, et des agonistes
dopaminergiques.
Le traitement au long cours a cependant un effet
purement symptomatique et n’empêche pas la poursuite du
processus dégénératif et la survenue de complications de la
thérapeutique dopaminergique, en particulier les fluctuations
motrices et les dyskinésies, aboutissant à la perte d’autonomie.
De la théorie environnementale
à l’hypothèse génétique
:
La cause de la maladie de Parkinson reste encore inconnue.
L’élucidation des mécanismes en cause est pourtant un objectif
prioritaire pour permettre la découverte de nouvelles pistes
thérapeutiques susceptibles d’agir sur le processus pathologique
lui-même.
Parmi les hypothèses étiopathogéniques, la théorie environnementale
a tenu le devant de la scène au tournant des années 1980
après la découverte de syndromes parkinsoniens secondaires à
l’intoxication par une substance toxique sélective des neurones
dopaminergiques, le 1-méthyl-1,2,4,6-tétrahydropyridine ou
MPTP.
La reproduction expérimentale de la dégénérescence
dopaminergique nigrostriée induite par le MPTP chez le primate a
permis d’effectuer un bond en avant considérable dans l’approche des mécanismes physiopathologiques de la maladie de Parkinson.
Le mécanisme de l’effet toxique du MPTP a été rapidement
élucidé. Le MPTP ne devient toxique qu’après son oxydation en
1-méthyl-4-phénylpyridinium (MPP+) par l’enzyme monoamine
oxydase (MAO) B.
Son effet neurotoxique peut être prévenu chez le
singe grâce à un prétraitement par un inhibiteur de l’enzyme MAO-B (IMAO-B), la sélégiline.
Le MPP+ pénètre les neurones
dopaminergiques de façon active grâce au transporteur de la
dopamine.
Le MPP+ se lie avec la neuromélanine qui le libère
progressivement, puis il est capté par les mitochondries où il exerce
son effet toxique en inhibant le complexe I de la chaîne respiratoire.
Cela entraîne un déficit énergétique cellulaire, modifie l’homéostasie
calcique et augmente la production de radicaux libres conduisant
ainsi à la mort neuronale.
Le modèle MPTP a ouvert de nouvelles pistes pour étudier les
mécanismes responsables de la mort des neurones dopaminergiques
de la substance noire dans la maladie de Parkinson idiopathique.
Une dégénérescence par apoptose a été proposée sur la base
d’observations anatomopathologiques.
Cette apoptose des
neurones dopaminergiques surviendrait à la suite d’une cascade
d’événements dont le stress oxydatif constitue l’élément majeur, avec
production en excès de radicaux libres oxygénés.
Plusieurs
facteurs potentiellement générateurs de radicaux libres ont été mis
en évidence dans la substance noire compacte de patients décédés
de maladie de Parkinson : un déficit ou une inhibition du complexe I
de la chaîne respiratoire mitochondriale, une diminution de la
concentration en glutathion réduit GSH et une augmentation de la
teneur en fer.
L’interaction entre les radicaux libres et les lipides polyinsaturés entraîne une peroxydation lipidique excessive.
Des
travaux récents suggèrent également le rôle majeur joué par des
anomalies de conformation, dégradation ou élimination des
protéines oxydées.
Plusieurs études épidémiologiques de type cas-témoin ont été
conduites au cours des années suivant la découverte du MPTP, aux
États-Unis, au Canada, en Europe et en Chine.
Même s’il existe
des différences méthodologiques, ces études ont dans l’ensemble
donné des résultats concordants en faveur d’une plus grande
prévalence de la maladie de Parkinson dans les pays fortement
industrialisées et plus précisément dans leurs zones rurales
caractérisées par l’importante utilisation d’insecticides, pesticides et
herbicides ou la consommation d’eaux de sources où de tels produits
auraient pu se concentrer.
Cependant, les nombreuses recherches
effectuées à la suite de la découverte du MPTP n’ont pas apporté la
preuve d’autres foyers d’intoxication au MPTP, ni démontré
l’existence d’un lien formel entre un agent toxique précis de
l’environnement apparenté ou non au MPTP et le développement
ultérieur d’une maladie de Parkinson.
Parallèlement aux recherches de causes neurotoxiques de la maladie
de Parkinson, l’hypothèse génétique a connu un essor considérable
au cours de ces 10 dernières années.
Le rôle de facteurs génétiques
dans l’étiologie de la maladie de Parkinson prend ses racines dès la
fin du XIXe siècle, avec la description des premiers cas familiaux par Gowers.
Vers les années 1950-1960 ont été décrites plusieurs
grandes familles comportant de nombreux cas de maladie de
Parkinson.
Celles-ci comprenaient toutefois des cas de
tremblement essentiel sans maladie de Parkinson ou de syndrome
démentiel tardif.
De plus, les données anatomopathologiques étaient
manquantes ou atypiques.
La piste génétique dans la maladie de
Parkinson va connaître une éclipse au cours des années 1980,
notamment à la suite de la publication d’une étude de génétique
clinique de paires de jumeaux dont l’un était affecté par la maladie
de Parkinson.
La faible concordance entre paires de jumeaux
allait plutôt à l’encontre de l’implication de facteurs génétiques.
L’hypothèse génétique est relancée au cours de années 1980-1990
sous l’impulsion de Barbeau et de Duvoisin.
L’identification de
familles où la maladie de Parkinson a une transmission mendélienne
(formes monogéniques) et l’essor des techniques de génétique
moléculaire vont permettre un apport décisif, concrétisé par la
découverte de plusieurs gènes ou loci.
Une revue générale est
présentée sur l’état actuel des connaissances concernant l’implication
de facteurs génétiques et le rôle éventuel de l’interaction génétiqueenvironnement
dans la pathogénie de la maladie de Parkinson.
Études des cas familiaux
:
De nombreux travaux au cours de ces dernières décennies ont porté
sur l’estimation de la fréquence des cas familiaux de maladie de
Parkinson, à partir de cas index dont les apparentés sont interrogés
ou examinés.
Bien que toutes ces études puissent faire l’objet de
critiques méthodologiques concernant notamment la représentativité
de l’échantillon au sein de la population générale et l’exactitude du
diagnostic chez les ascendants et les collatéraux non examinés,
celles-ci ont apporté des informations intéressantes qui ont
fortement orienté les recherches ultérieures.
Dans l’une des
premières études de prévalence des formes familiales de maladie de
Parkinson, la proportion de cas familiaux était surestimée du fait de
l’inclusion très probable de cas de tremblement essentiel.
Des
études plus récentes font état de 10 à 25 % de patients parkinsoniens
rapportant une atteinte similaire chez au moins un autre membre de
la famille.
Une similitude clinique entre les cas familiaux et
les cas sporadiques de maladie de Parkinson est retrouvée dans
plusieurs études.
Une analyse cas-témoin démontre que le
risque relatif des apparentés au premier degré des patients
parkinsoniens est trois à quatre fois supérieur à celui des apparentés
des témoins.
Ces différents travaux suggèrent que l’agrégation
familiale observée est incompatible avec un mode de transmission
lié à l’X ou mitochondrial, mais plutôt de type autosomique
dominant avec pénétrance réduite ou autosomique récessive.
Un phénomène d’anticipation des symptômes de plusieurs années
d’une génération à la suivante a été décrit, faisant suspecter
l’intervention d’une mutation par expansion d’un trinucléotide
répété, ce qui n’a pas été démontré pour l’instant.
D’une manière
générale, il est important de souligner que la plupart des études ne
révèlent presque exclusivement que de « petites familles »
comportant deux ou trois cas de maladie de Parkinson possible,
rarement plus.
La découverte de « grandes familles » reste un fait
exceptionnel.
Études des paires de jumeaux
:
Comme nous l’avons signalé plus haut, la première étude de
génétique clinique de 65 paires de jumeaux dont l’un était
parkinsonien n’était pas en faveur d’une participation de facteurs
génétiques.
Le taux de concordance pour la maladie était faible,
de l’ordre de 5,6 %, et similaire pour les jumeaux mono- et
dizygotes.
Cependant, l’implication de facteurs génétiques pourrait
avoir été masquée, au moins partiellement, par plusieurs facteurs :
des problèmes méthodologiques (taille insuffisante de l’échantillon
et absence de suivi au long cours), l’intrication de facteurs
environnementaux, une pénétrance incomplète, l’existence de cas présymptomatiques ou encore un délai d’apparition des premiers
signes de la maladie différent de plusieurs années entre un membre
de la paire de jumeaux et l’autre.
Cette hypothèse est confirmée par
plusieurs travaux que nous résumons ci-dessous.
Le suivi de l’une des paires de jumeaux de l’étude de Ward et al
a fait l’objet d’une publication anatomoclinique très récente.
Les
deux frères jumeaux avaient été rapportés comme discordants dans
l’étude initiale. Le recul évolutif a montré en fait une concordance
pour la maladie.
Celle-ci s’est développée chez le second jumeau
avec un décalage de 20 ans par rapport au premier, les signes
cliniques et les lésions neuropathologiques étant similaires.
Ce fait
d’observation s’applique vraisemblablement à d’autres paires de
jumeaux.
Plusieurs études par tomographie par émission de positons (TEP)
utilisant la [18F]Dopa comme marqueur des neurones
dopaminergiques ont été réalisées chez des paires de jumeaux. Burn
et al ont montré un taux de concordance de diminution de capture striatale de ce traceur chez 45 % des jumeaux monozygotes
et 25 % des jumeaux dizygotes, suggérant la participation d’un
facteur génétique.
La poursuite de ce travail sur une plus grande
cohorte et une répétition des examens révèle des taux de
concordance respectifs de 55 et 18 % dont la valeur augmente avec
le temps.
Ce résultat suggère l’existence de formes
asymptomatiques de la maladie et une grande variabilité de l’âge
de début.
Néanmoins, la concordance inférieure à 100 % pour les
jumeaux monozygotes montre que les facteurs génétiques
n’expliquent pas à eux seuls la maladie et qu’interviennent
également des facteurs environnementaux.
Une étude américaine récente de génétique clinique à grande échelle
chez des anciens combattants de la Secondaire Guerre mondiale va
dans ce sens.
Sur les 19 842 paires de jumeaux étudiées, au moins
un cas de maladie de Parkinson probable était observé dans
268 paires.
Sur ce chiffre, des données précises sur le statut
neurologique et de la zygotie ont pu être recueillies pour 161 paires
de jumeaux.
Le taux de concordance clinique de maladie de
Parkinson s’avère similaire entre jumeaux mono- et dizygotes
lorsque l’âge de début est de plus de 50 ans, indiquant qu’un facteur
environnemental est principalement en cause pour les cas de début
tardif.
En revanche, pour les paires de jumeaux dont l’un d’eux a
débuté la maladie avant 50 ans, le risque d’être affecté par la maladie
chez l’autre jumeau est multiplié par six pour les paires
monozygotes comparé aux paires dizygotes, ce qui démontre le rôle
important de facteurs génétiques dans les formes à début précoce.
En résumé, les résultats des travaux sur les paires de jumeaux sont
compatibles avec une influence prépondérante d’un facteur
génétique dans les cas de maladie de Parkinson à début précoce et,
au contraire, d’un facteur environnemental dans les cas à début
tardif.
Formes autosomiques dominantes
(PARK 1, 3, 4, 5 et 8) :
L’analyse de la littérature de ces 50 dernières années permet de
retrouver plusieurs familles comportant de nombreux cas de
maladie de Parkinson et dont le mode de transmission autosomique
dominante est probable.
Outre les premières familles que nous avons
déjà mentionnées, d’autres grandes familles ont fait l’objet de
travaux particulièrement fructueux sur le plan clinique puis
moléculaire, conduisant à l’identification de cinq loci (PARK 1, 3, 4,
5 et 8), dont deux des gènes ont pu être identifiés, l’a-synucléine et
l’hydroxylase L1 de l’extrémité C-terminale de l’ubiquitine (UCHL1).
A - PARK 1 :
Il y a une dizaine d’années, le cas d’une famille italo-américaine
originaire d’une ville du sud de l’Italie, Contursi, dont une partie a
émigré aux États-Unis il y a un siècle et dans laquelle plusieurs
dizaines de cas de maladie de Parkinson ont été retrouvés sur cinq à
huit générations, a été rapporté.
Une publication ultérieure a
recensé dans cette famille 60 cas de maladie de Parkinson probable
sur 592 membres.
Le mode de transmission est compatible avec
une hérédité autosomique dominante.
La présentation clinique est
sensiblement différente de celle de la maladie de Parkinson
idiopathique en raison d’un âge de début plus précoce (46 ans en
moyenne), d’une évolution plus rapide vers le décès (en moyenne
9 ans), de la présence parfois de signes atypiques tels des troubles
de l’oculomotricité et d’une détérioration intellectuelle fréquente.
Cependant, l’examen anatomopathologique de deux patients a
révélé des anomalies compatibles avec une maladie de Parkinson
idiopathique, en particulier la présence de corps de Lewy dans la
substance noire compacte.
Une étude de liaison génétique dans la famille de Contursi a permis
d’identifier un locus sur le bras long du chromosome 4.
Le gène a
pu être localisé par une technique mixte associant clonage
positionnel et approche gène candidat.
Ce gène appelé PARK 1 code
pour une protéine déjà connue, l’a-synucléine.
L’anomalie est une
mutation ponctuelle G209A, retrouvée dans la famille italienne de Contursi et dans plusieurs familles d’origine grecque, avec des cas
asymptomatiques indiquant un taux de pénétrance incomplète.
Cette mutation faux sens transforme l’alanine en position 53 en
thréonine (Ala53Thr).
La description, dans une famille allemande,
d’une autre mutation de type faux sens Ala30Pro est venue
confirmer l’implication de ce gène.
Deux études par TEP furent
réalisées chez des patients atteints soit de mutation Ala30Pro, soit
de mutation Ala53Thr.
Celles-ci révèlent une nette diminution de
capture striatale de [18F]Dopa, plus marquée dans le putamen que
dans le noyau caudé, somme toute comparable à ce qui est décrit
dans la maladie de Parkinson idiopathique.
La détection de l’a-synucléine dans les filaments des corps de Lewy
permet d’établir un lien entre ce gène et la maladie de Parkinson.
Un travail expérimental sur des souris transgéniques exprimant l’asynucléine
humaine semble indiquer une relation de cause à effet
entre l’accumulation de l’a-synucléine d’une part, et la diminution
des terminaisons dopaminergiques et l’apparition des signes
moteurs d’autre part.
Le rôle de la protéine mutée dans la
formation des corps de Lewy est encore mal précisé, tout comme le
mécanisme par lequel le processus dégénératif reste limité aux
neurones dopaminergiques nigrostriés.
Cependant, des travaux
récents suggèrent que la dopamine oxydée en quinones dans les
neurones mélanisés pourrait se lier à l’a-synucléine et ainsi stabiliser
les oligomères d’a-synucléine qui constitueraient leur forme
toxique.
La plupart des cas familiaux décrits concernent des mutations
G209A de l’a-synucléine chez des personnes originaires de Grèce,
plus rarement d’Italie du Sud, ce qui suggère l’existence d’un effet
fondateur commun à toutes ces familles dans cette région
méditerranéenne.
Dans un article très récent, Bostanjopoulou et al
recensent onze familles publiées et rapportent huit nouveaux cas
provenant de six familles différentes.
L’âge de début est relativement
précoce (de 35 à 50 ans), la Dopa-sensibilité est le plus souvent très
marquée, mais l’évolution de la maladie semble plus rapide que
dans la maladie de Parkinson idiopathique, avec un délai moyen de
9 ans entre les premiers symptômes et le décès.
Plusieurs études
réalisées depuis l’identification du gène de l’a-synucléine montrent
cependant que le gène de l’a-synucléine ne représente qu’un locus
mineur en terme de fréquence.
Lors de recherches portant sur
plusieurs centaines de familles américaines et européennes, la
mutation Ala53Thr n’a pas été détectée et aucune mutation n’a été
mise en évidence par séquençage des sept exons du gène.
Ainsi, les mutations du gène de l’a-synucléine constituent une cause
très rare de maladie de Parkinson.
D’autres gènes sont impliqués
dans les formes autosomiques dominantes de maladie de Parkinson,
comme le confirment les études postérieures à la découverte du gène
de l’a-synucléine que nous présentons ci-dessous.
B - PARK 3
:
Une étude de liaison génétique réalisée dans six familles originaires
du Danemark, d’Italie, d’Angleterre et d’Allemagne du Nord a mis
en évidence un locus sur le chromosome 2, en 2p13, appelé PARK 3.
Dans ces familles, la transmission est compatible avec un mode
autosomique dominant, mais avec une pénétrance réduite, estimée
à 40 %.
Le phénotype est superposable à celui de la maladie de
Parkinson idiopathique avec un âge de début moyen de 59 ans.
Cependant, dans certaines familles, plusieurs patients ont une
démence associée au syndrome extrapyramidal.
L’examen
anatomique est compatible avec le diagnostic de maladie de
Parkinson, avec perte neuronale et présence de corps de Lewy dans
la substance noire du mésencéphale, mais révèle également une
dégénérescence neurofibrillaire et des plaques séniles comme dans
la maladie d’Alzheimer.
Il reste à découvrir le gène compris dans
cet intervalle et dont la mutation cause la maladie, et à déterminer
si ce gène est impliqué dans d’autres formes familiales.
C - PARK 4 :
Une grande famille de maladie de Parkinson à mode de
transmission autosomique dominant a fait l’objet de plusieurs
publications anatomocliniques au cours de la seconde moitié du
XXe siècle, la famille Spellman-Muenter.
Le phénotype est
similaire à celui d’une forme sporadique de maladie de Parkinson,
mais avec un âge de début plus précoce (âge moyen : 33,6 ans) et
des signes atypiques dans certains cas, avec apparition précoce
d’amaigrissement, de dysautonomie et de démence, ou des formes
avec tremblement postural isolé.
Les lésions neuropathologiques
comportent une dégénérescence neuronale et des corps de Lewy
dans la substance noire mésencéphalique, mais également des
vacuoles dans certains neurones de l’hippocampe et d’autres régions
cérébrales.
Une étude de liaison génétique récente a permis
d’identifier le locus sur le chromosome 4 (4p14-16.3) (PARK 4).
Le
gène n’est pas encore isolé.
D - PARK 5 :
Comme l’a-synucléine, l’ubiquitine est l’un des constituants majeurs
des neurones en dégénérescence et notamment des corps de Lewy
dans la maladie de Parkinson.
Cela suggère l’implication de la
voie de dégradation des protéines dans le processus pathologique.
Un déficit de la voie ubiquitine/protéasome, impliquée dans la
dégradation des protéines, devrait entraîner la formation
d’inclusions intracellulaires pathogènes.
De ce fait, une étude du rôle
du gène UCH-L1 a été entreprise dans 72 familles avec une maladie
de Parkinson.
Celle-ci a permis de mettre en évidence dans une
famille allemande une mutation faux sens Ile 93 Met dans l’exon 4
du gène UCH-L1.
Ce gène est situé sur le chromosome 4p (locus
PARK 5), mais en dehors de la région chromosomique identifiée
dans la famille Spellman-Muenter.
Il n’y a pas actuellement de
données neuropathologiques sur cette famille.
Une mutation du
gène UCH-L1 n’a pas été retrouvée, pour l’instant, dans d’autres cas
familiaux de maladie de Parkinson.
La mutation du gène UCH-L1 entraîne une diminution d’environ
50 % de l’activité enzymatique in vitro.
Bien que son rôle pathogène
ne soit pas encore formellement établi, celui-ci est suggéré par des
données expérimentales obtenues par l’inactivation du gène chez la
souris qui entraîne un phénotype neurologique sévère.
E - PARK 8 :
Le dernier locus connu appelé PARK 8 vient d’être décrit.
Il s’agit
d’une famille japonaise présentant une maladie de Parkinson à
transmission autosomique dominante, avec une pénétrance
incomplète.
Huit porteurs sains et 15 porteurs malades du gène
muté sont décrits. Le locus est situé sur le chromosome 12, en
12p11.2-q13.1.
Cela suggère donc que d’autres facteurs modifient
l’expression de la maladie, qu’ils soient génétiques ou
environnementaux.
Cette région du chromosome 12 code pour
différents gènes (Funayama M, Hasegawa K, Kowa H, Saito M, Isuji
S, Obata F. A new locus for Parkinson’s disease (PARK 8) maps to
chromosome 12p11.2-q13.1. Ann Neurol 2002 ; 51 : 296-301).
Formes autosomiques récessives
(PARK 2, 6 et 7) :
A - SYNDROME PARKINSONIEN JUVÉNILE AUTOSOMIQUE
RÉCESSIF :
Plusieurs études ont été consacrées aux formes précoces et aux
formes juvéniles de maladie de Parkinson.
Il est habituel de
considérer que les formes à début précoce de maladie de Parkinson
sont celles débutant avant 40 ans (10 % des patients) et les formes
juvéniles celles débutant avant 21 ans (très rares).
Les auteurs japonais ont été les premiers à individualiser il y a plus
de 40 ans des formes familiales autosomiques récessives de
syndrome parkinsonien juvénile.
Les principales
caractéristiques de ce syndrome ont été présentées dans une
publication récente.
L’âge moyen de début est de 28 ans et varie
de 9 à 43 ans ; l’atteinte féminine y est plus fréquente.
La triade
bradykinésie, rigidité et tremblement est presque constamment
retrouvée, avec cependant un handicap fonctionnel relativement peu
sévère et une évolution lente pouvant se faire sur une période de 30
à 40 ans, voire plus.
D’autres signes sont fréquemment associés, tels
des réflexes vifs, des épisodes de piétinements, ou une dystonie
matinale du pied. Une amélioration par le sommeil (le matin ou
après la sieste) est rapportée et très évocatrice, mais inconstante.
La
sensibilité à la L-Dopa est excellente, mais au prix de dyskinésies
précoces et de fluctuations des performances motrices de type onoff,
et parfois de troubles sévères de posture.
L’examen neuropathologique des quelques cas autopsiés montre un
profil neuropathologique particulier se distinguant de celui de la
maladie de Parkinson idiopathique.
Les lésions sont
caractérisées par une perte massive des neurones dopaminergiques
de la substance noire compacte.
De plus, les neurones restants sont
par ailleurs peu pigmentés en neuromélanine et sans corps de Lewy.
Une atteinte à un moindre degré des neurones du locus coeruleus a
été rapportée.
Ces données neuropathologiques et notamment
l’absence de corps de Lewy ont conduit les auteurs japonais à
individualiser cette entité clinique et génétique sous le terme de
syndrome parkinsonien juvénile autosomique récessif (en anglais,
autosomal recessive-juvenile parkinsonism [AR-JP]).
Comme nous
allons le voir, l’analyse moléculaire des familles de formes précoces
de maladie de Parkinson a permis la découverte de trois loci
(PARK 2, 6 et 7) dont un gène majeur, le gène de la parkine.
B - PARK 2 :
Dans les familles avec AR-JP, une étude de liaison génétique a
conduit à cartographier sur le bras long du chromosome 6 un locus
appelé PARK 2.
Une stratégie de clonage positionnel,
facilitée par l’existence de délétions dans la région impliquée dans
certaines familles, a ensuite permis d’isoler le gène, qui code
pour une protéine appelée parkine.
Le gène correspondant, qui
comporte 12 exons, a une taille particulièrement grande puisqu’il
s’étend sur 1,5 million de paires de bases.
Depuis l’identification de mutations du gène de la parkine, plusieurs
travaux se sont attachés à déterminer sa fréquence, sa répartition
géographique, et à préciser les corrélations phénotype-génotype
dans les familles où la maladie débute précocement.
Ainsi, il
apparaît d’une part que ce type de mutation n’est pas propre au
Japon, et d’autre part qu’elle concerne nombre de cas sporadiques à
début précoce.
Dans l’étude de Tassin et al, une liaison au locus PARK 2 était
probable dans huit des onze familles originaires d’Europe et
d’Algérie. Jones et al rapportent des familles PARK 2 au Moyen-Orient et aux États-Unis.
Dans l’étude collaborative européenne très
récente à laquelle le réseau français a apporté une contribution
importante, la fréquence et le phénotype des patients ayant une
mutation du gène de la parkine ont pu être précisés.
La recherche
de mutations du gène de la parkine a été réalisée dans 77 familles
avec syndrome parkinsonien Dopa-sensible à transmission
autosomique récessive et dans 100 cas sporadiques similaires à
début précoce avant 45 ans.
La technique de recherche des mutations
a utilisé un protocole de polymerase chain reaction (PCR) multiplexe
semi-quantitatif suivi dans un nombre important de cas par le
séquençage des 12 exons codants du gène de la parkine.
Le profil
clinique des patients sans et avec mutation du gène de la parkine a
ensuite été comparé.
Les résultats montrent que 49 % des cas
familiaux portent une mutation du gène de la parkine, avec un âge
de début pouvant varier de 7 à 58 ans.
Une proportion importante
de mariages consanguins est retrouvée dans ces familles.
Dans les
cas sporadiques, la fréquence des mutations du gène de la parkine
est de 18 %, étant étroitement dépendante de l’âge de début : 77 %
des cas si celui-ci est avant 20 ans ; 26 % lorsque l’âge se situe entre
20 et 30 ans ; seulement 3 % chez les patients dont les premiers
signes sont apparus après 30 ans.
Les patients ayant une mutation
du gène de la parkine se caractérisent par rapport à ceux sans
mutation par un âge de début plus précoce, une dystonie assez
souvent retrouvée (avant tout traitement), la présence fréquente de
réflexes vifs, une asymétrie plus rare des signes moteurs, une
réponse plus importante et durable à la L-Dopa, et des fluctuations
motrices et des dyskinésies sous Dopa-thérapie au long cours plus
marquées.
La durée d’évolution est trois à quatre fois plus lente que
celle rapportée dans la littérature concernant les patients ayant une
maladie de Parkinson idiopathique.
Le délai pour atteindre le
stade V de Hoehn et Yahr (stade le plus évolué) est de 40 ans pour
les patients ayant une mutation du gène de la parkine contre 10 ans
pour la maladie de Parkinson idiopathique.
Sur le plan moléculaire,
les mutations mises en évidence dans l’étude européenne
portaient soit sur des réarrangements de 19 types différents des
exons, avec notamment des cas de délétion et de multiplication des
exons, soit sur des mutations ponctuelles de 16 types différents.
Il ressortit clairement de l’étude de Lücking et al que la mutation
du gène de la parkine est l’une des causes majeures des formes
juvéniles de maladie de Parkinson aussi bien pour les formes
familiales autosomiques récessives que pour les formes sporadiques.
Si les mutations du gène de la parkine concernent les formes
précoces de syndrome parkinsonien sensible à la L-Dopa, des formes
plus tardives, semblables cliniquement à la maladie de Parkinson
idiopathique, sont cependant possibles dans certaines familles, avec
un âge de début allant jusqu’à 64 ans.
Cependant, la recherche
systématique de mutations du gène de la parkine est le plus souvent
négative dans les cas de maladie de Parkinson débutant après
45 ans.
Une étude sur l’origine des mutations du gène de la parkine en Europe suggère que les réarrangements d’exons
surviendraient de façon indépendante, tandis que les mutations
ponctuelles observées dans des familles de localisation
géographique pourtant variable seraient transmises à partir d’un
ancêtre fondateur commun probablement très ancien.
La mutation du gène de la parkine constitue un modèle de
dégénérescence pratiquement pur de la voie dopaminergique
nigrostriée.
Le profil métabolique peut être exploré en TEP avec la
[18F]Dopa, un marqueur du métabolisme présynaptique de la
dopamine.
Une étude préliminaire chez trois patients montre une
forte diminution du taux de capture striatale de la [18F]Dopa,
représentant 28 % des valeurs témoins dans le putamen et 44 % dans
le noyau caudé.
Ce profil métabolique est bien différent de
celui rapporté comme normal ou légèrement diminué dans la
dystonie Dopa-sensible dont le diagnostic différentiel n’est pas
toujours facile cliniquement.
Le problème de la parenté ou de la
distinction entre les deux affections est d’ailleurs relancé par une
étude récente montrant des délétions sur les exons du gène de la parkine dans des familles européennes présentant un phénotype de
dystonie Dopa-sensible.
Depuis la découverte du gène de la parkine, le nombre
d’observations anatomiques post-mortem de patients avec maladie
de Parkinson à début précoce et chez lesquels une mutation du gène
de la parkine est démontrée reste très faible.
Dans trois des quatre
cas que nous avons répertoriés, il n’est pas retrouvé de corps
de Lewy, marqueur anatomopathologique de la maladie de
Parkinson, ce qui est conforme aux résultats des observations
anatomocliniques antérieures des auteurs japonais.
En revanche,
dans un cas autopsique avec mutation du gène de la parkine publié
très récemment, des corps de Lewy sont retrouvés dans la
substance noire.
Par ailleurs, il semble que la perte de neurones
dopaminergiques dans la substance noire compacte diffère entre maladie de Parkinson idiopathique et forme parkine.
Ces
constatations soulèvent plusieurs questions : y a-t-il une
similitude neuropathologique entre maladie de Parkinson
idiopathique et maladie de Parkinson secondaire à une mutation du
gène de la parkine ou s’agit-il d’entités distinctes ?
En d’autres
termes, les formes de maladie de Parkinson juvénile avec mutation
du gène parkine sont-elles superposables ou non à celles pour
lesquelles il n’y a pas de mutation ?
De plus, une autre question
débattue concerne le mode même de transmission des mutations du
gène parkine.
Il a été suggéré dans certaines familles une hérédité
autosomique dominante et non pas récessive, ce qui pourrait
correspondre à un phénomène de pseudodominance.
Depuis sa découverte, la parkine a fait l’objet d’intenses et
fructueuses recherches qui évoluent très rapidement.
Il s’agit d’une
protéine de 465 acides aminés, très conservée jusque chez le
nématode et de fonction encore pratiquement inconnue.
Cette
protéine comporte deux domaines fonctionnels identifiés ; l’un, à
l’extrémité N-terminale, présente une homologie avec l’ubiquitine
et l’autre, à l’extrémité C-terminale, est un domaine RING-IBR (in
between ring)-RING, commun à d’autres protéines.
Cela suggère
que la parkine aurait une fonction de E3 ubiquitine ligase.
Les
protéines E3 ubiquitine ligase sont capables d’« ubiquitinyler » des
substrats spécifiques en vue de leur dégradation par le protéasome.
Cette observation est utile dans la mesure où les corps de Lewy,
structures absentes lorsque la parkine est mutée, sont fortement
« ubiquitinylés ». Très récemment, des substrats de la parkine furent
identifiés.
De façon intéressante, l’un d’entre eux est une forme glycosylée de l’a-synucléine qui s’accumule chez les patients avec
une mutation de la parkine.
Cette découverte permet d’établir un
lien fonctionnel entre la parkine d’une part, et PARK 1 (a-synucléine)
ou la maladie de Parkinson idiopathique d’autre part.
Plusieurs
études d’expression chez l’animal montrent que la parkine,
principalement localisée dans les neurones, est distribuée de façon
ubiquitaire dans le cerveau. Les résultats obtenus chez l’homme
sont similaires.
La protéine parkine est présente en abondance
dans les neurones mélanisés de la substance noire compacte chez les
sujets normaux comme chez les patients atteints de maladie de
Parkinson sporadique, où elle est détectée en association avec l’asynucléine
au sein des corps de Lewy.
En revanche, en cas de
mutations du gène parkine, l’expression de la protéine parkine est
abolie complètement dans toutes les régions cérébrales.
La
distribution subcellulaire de la parkine suggère qu’elle est associée à
des vésicules impliquées dans le transport entre le cytoplasme et les
terminaisons synaptiques.
Il reste à réconcilier l’expression diffuse
de la parkine avec la sélectivité de la perte neuronale dans la
substance noire compacte et, à un moindre degré, le locus coeruleus
qu’entraînent les mutations du gène parkine.
Certains auteurs
suggèrent soit l’existence d’une redondance dans certaines régions
du système nerveux pour pallier l’inactivation du gène parkine, soit
que des protéines importantes, dont le gène parkine assure le turnover,
sont exprimées spécifiquement de façon plus importante dans
les structures altérées au cours de la maladie.
C - PARK 6 ET PARK 7 :
Dans la grande étude européenne récente, 50 % des formes
précoces de maladie de Parkinson n’étaient pas liées à une mutation
du gène parkine. Cela suppose que d’autres gènes puissent être en
cause.
Très récemment ont été effectivement identifiés des cas
familiaux de maladie de Parkinson à transmission autosomique
récessive, à début précoce et Dopa-sensibles, pour lesquels une
mutation du gène parkine a pu être exclue.
Deux loci distincts mais très proches l’un de l’autre ont pu être
identifiés sur le bras court du chromosome 1, chacun dans une
famille.
L’un, appelé PARK 6, concerne une famille d’origine
sicilienne, tandis que l’autre, PARK 7, porte sur des personnes
d’ascendance néerlandaise.
Les loci sont respectivement 1p35-
p36 et 1p36. Les données neuropathologiques ne sont pas
disponibles.
La fréquence relative des mutations n’est pas connue,
mais PARK 6 semble concerner aussi des familles hors d’Italie.
La nature des gènes en cause reste à déterminer.
L’évolution des connaissances est très rapide, puisque des mutations
du locus PARK 6 viennent d’être rapportées chez neuf patients
appartenant à trois familles italiennes sans relation entre elles.
L’analyse de ces cas montre un mode de transmission autosomique
récessif, un âge de début précoce (en moyenne 36 ans), une durée
d’évolution moyenne de 21 ans, une asymétrie des signes parkinsonniens, une bonne réponse à la L-Dopa avec la survenue de
dyskinésies et l’absence d’atypies cliniques.
Études des gènes candidats
et de l’interaction génétique-environnement :
La découverte de plusieurs gènes dans les formes monogéniques de
maladie de Parkinson ne doit pas faire oublier que la plupart des
cas de la maladie sont sporadiques.
Dans cette éventualité,
l’intervention de facteurs de susceptibilité génétique en conjonction
avec des facteurs liés à l’environnement est fortement suspectée.
Plusieurs études portant sur des gènes candidats ont de fait été
réalisées ces dernières années en se fondant sur des hypothèses
physiopathologiques.
S’il existe une interaction entre un facteur génétique et un facteur
environnemental, le polymorphisme de certains gènes codant pour
des enzymes détoxifiants pourrait exercer une influence sur le
métabolisme de substances potentiellement toxiques.
Ce concept fait
suite à la mise en évidence d’une hydroxylation déficiente de la débrisoquine par Barbeau et al, soulevant l’hypothèse d’un facteur
mixte écogénétique de la maladie de Parkinson.
Il a été effectivement
mis en évidence, dans plusieurs études, une association entre la
survenue de maladie de Parkinson et certaines formes alléliques du
gène CYP2D6, une isoenzyme du cytochrome P450.
Le gène code en
effet pour l’enzyme débrisoquine 4-hydroxylase, qui joue le rôle
d’agent détoxifiant pour de nombreux produits neurotoxiques
exogènes, dont le MPTP et les pesticides, et endogènes comme la
dopamine.
La fréquence plus grande de ces variantes alléliques,
correspondant au phénotype « métaboliseur lent » pour la
débrisoquine, pourrait avoir pour conséquence une sensibilité accrue
à certains agents toxiques indéterminés à partir d’un certain seuil
d’exposition, alors qu’une telle toxicité ne se manifesterait pas pour d’autres formes alléliques.
Cependant, les résultats de nombreuses
études publiées à ce jour concernant le polymorphisme du gène
CYP2D6 sont souvent contradictoires ou même négatifs, ne
permettant pas de conclure à une association formelle entre la
fréquence de l’allèle B et un risque accru de maladie de Parkinson,
notamment pour les formes sporadiques.
D’autres études de polymorphisme de gènes détoxifiants ont été
réalisées, en particulier pour le gène CYP1A1 et celui de la
N-acétyltransférase 2, là encore avec des résultats discordants.
De façon similaire, certains auteurs se sont intéressés au
polymorphisme du gène codant pour la MAO-B.
La MAO-B produit
de l’eau oxygénée H2O2 lors du métabolisme oxydatif de la
dopamine.
De plus, l’enzyme MAO-B transforme le MPTP en MPP+,
toxique pour les neurones dopaminergiques.
Dans
l’hypothèse où un agent de l’environnement apparenté au MPTP
serait un facteur causal de la maladie de Parkinson, un tel effet
pourrait au moins en partie provenir d’une susceptibilité
individuelle chez les personnes ayant une forme allélique
particulière du gène codant pour la MAO-B.
Cette hypothèse a été
confortée par les résultats de certains travaux sur des
polymorphismes de la MAO-B, mais d’autres publications ne
confirment pas ces données.
D’autres études d’association ou de liaison avec des loci ou gènes
candidats ont été réalisées au cours des 10 dernières années : gènes
codant pour une enzyme ou protéine intervenant dans le
métabolisme de la dopamine (tyrosine hydroxylase, catéchol-Ométhyl-transférase), ou pour le transporteur présynaptique de la
dopamine, les récepteurs dopaminergiques, ou un facteur de
croissance neuronale, ou encore des enzymes intervenant dans le
stress oxydatif de la dopamine (catalase, superoxyde dismutase,
glutathion peroxydase, glutathion S transférase).
Dans l’ensemble,
les résultats de ces études sont contradictoires et ne permettent pas
de tirer de conclusion claire.
Le rôle du polymorphisme du gène de l’apolipoprotéine E dans la
survenue d’une maladie de Parkinson a fait l’objet de plusieurs
travaux.
Il est un fait bien établi que l’allèle E4 de l’apolipoprotéine E
est associé à un risque accru de maladie d’Alzheimer.
De même,
l’association entre maladie de Parkinson et démence de type
Alzheimer est démontrée par plusieurs études.
Dans la maladie de
Parkinson comme dans la maladie d’Alzheimer, l’âge de début est
modulé par le génotype de l’apolipoprotéine E.
Cependant, dans
une étude, la fréquence de l’allèle E4 de l’apolipoportéine E s’est
avérée similaire entre les patients ayant une maladie de Parkinson
familiale ou sporadique et des sujets témoins sains.
D’autres
études de liaison ont suggéré un risque accru de maladie de
Parkinson avec certaines combinaisons du génotype de
l’apolipoprotéine E avec celui de l’a-synucléine, ou du CYP2D6,
mais ces données méritent d’être confirmées.
En résumé, les études des gènes candidats et d’interaction génétique
et environnement se sont révélées beaucoup moins fructueuses que
celles des familles de maladie de Parkinson.
Plusieurs facteurs sont
probablement à l’origine des résultats contradictoires publiés.
Les
méthodes d’analyse (liaison ou association), comme les critères de
diagnostic, varient selon les études.
De plus, la petite taille des
échantillons ou l’appariement incorrect des témoins avec les cas
peuvent avoir joué un rôle.
Enfin, l’origine des populations étudiées
est très variable et il n’est pas impossible de penser que les facteurs
de susceptibilité génétique à la maladie de Parkinson puissent être
en partie différents selon le groupe ethnique.
Il sera nécessaire de
reprendre tout ou partie de ces recherches en constituant une
cohorte de patients et de témoins bien appariés et de taille plus
importante pour réaliser des études d’association avec une
puissance suffisante.
Conclusion
:
Cette revue de la littérature démontre l’évolution très rapide des
connaissances grâce à l’approche génétique de la maladie de Parkinson
au cours des 10 dernières années.
La mise en évidence de différents
gènes (a-synucléine, parkine, UCH-L1…) pose la question de
l’existence de plusieurs causes de la maladie de Parkinson et ouvre
autant de pistes pour l’approche de la pathogénie.
Les recherches
fondamentales en cours tentent de relier différents éléments d’un puzzle
très complexe, faisant intervenir la voie ubiquitine/protéasome
(parkine, UCH-L1) et l’a-synucléine dont l’implication résulte des
études génétiques récentes.
La découverte de plusieurs gènes mutés
dans les formes familiales de maladie de Parkinson conduit à penser
qu’une modification de la conformation ou de la dégradation d’une
protéine ou que son accumulation sont des éléments essentiels à
l’origine du processus dégénératif, c’est-à-dire de la mort neuronale,
aussi bien dans les formes familiales que sporadiques.
Beaucoup reste à faire concernant les recherches génétiques.
En effet, de
nombreux cas familiaux et une partie des cas sporadiques pourraient
résulter de mutations génétiques non encore identifiées.
Leur
découverte nécessite la mise en oeuvre de stratégies de recherches
génétiques parfois très lourdes et coûteuses, comme le criblage du
génome humain dans des paires de germains atteints, ou un grand
nombre de familles avec une maladie de Parkinson.
En l’état actuel,
il est prématuré de proposer l’examen de l’acide désoxyribonucléique
pour rechercher des mutations génétiques, aussi bien pour une
confirmation diagnostique que pour un test prédictif.
Dans les rares
formes monogéniques, les analyses à visée diagnostique qui sont
envisageables sont encore loin d’être passées dans la routine
hospitalière.
Il reste que, pour la plupart des patients, la maladie de
Parkinson est probablement d’origine multifactorielle, avec des
composantes à la fois environnementales et génétiques qu’il reste à
élucider.