Aspects génétiques des épilepsies
Cours de Neurologie
Introduction
:
L’épilepsie est une affection fréquente qui recouvre un ensemble
hétérogène de pathologies.
La part des facteurs génétiques dans
l’étiologie des épilepsies humaines est importante.
Les études de
jumeaux permettent de l’estimer entre 40 à 60 %.
En fait, la
participation respective des facteurs environnementaux et
génétiques dans le déterminisme d’une épilepsie varie selon la
maladie épileptique considérée. Pour de nombreuses épilepsies, on
soupçonne un mode de transmission complexe.
L’épilepsie résulte
alors de l’action conjointe de facteurs exogènes environnementaux
et de gènes (appelés gènes de susceptibilité) qui permettent
l’émergence de la maladie.
Cependant, même pour les épilepsies
ayant une composante génétique forte (les formes monogéniques
d’épilepsies en sont le modèle), les facteurs environnementaux
peuvent également intervenir.
Ils pourraient, par exemple, expliquer
qu’un individu porteur d’une mutation n’exprime pas la maladie,
contrairement à d’autres membres de sa famille porteurs de cette
même mutation (pénétrance incomplète de la maladie), ou que la
maladie épileptique ait une présentation électroclinique ou une
évolution variable chez des individus porteurs de la même mutation
(expressivité variable).
Enfin, dans les épilepsies les moins
génétiquement déterminées, dues à des facteurs exogènes acquis
(infectieux, toxiques, traumatiques...), des facteurs génétiques
pourraient également intervenir, expliquant qu’exposés au même
facteur, certains individus développeront ultérieurement une
épilepsie et d’autres non.
La réalisation d’études génétiques dans l’épilepsie afin d’identifier
le ou les gènes impliqué(s) est difficile et se heurte à de nombreux
obstacles.
Premièrement, la plupart des épilepsies humaines ont une
hérédité complexe et nécessitent la mise en oeuvre de méthodes
particulières d’analyses dites méthodes non paramétriques (études de paires de germains, trios, ou études de cas-témoins) qui
demandent des séries très larges de patients (souvent plusieurs
centaines) difficiles à réunir.
Les épilepsies à transmission
mendélienne, qui sont les moins fréquentes, sont théoriquement plus
faciles à étudier génétiquement.
Le problème majeur est de disposer
de grandes familles où l’on peut étudier de nombreux sujets atteints
(au moins 10 pour les épilepsies autosomiques dominantes).
Deuxièmement, les difficultés sont également nombreuses à l’étape
du « phénotypage » qui conditionne le succès des analyses
génétiques.
Il s’agit principalement de déterminer pour chaque
individu de la famille étudiée le statut clinique (atteint ou non).
Le
choix des critères électrocliniques de départ peut être déterminant
et il ne faut pas méconnaître la possibilité de grandes variations
interindividuelles du phénotype, y compris au sein d’une même
famille.
La reconstitution de l’histoire clinique de chaque individu
peut être problématique, notamment chez les individus les plus âgés
de la famille, rendant parfois le statut clinique incertain.
Enfin, il
faut savoir que les phénocopies (patients ayant une présentation
clinique identique aux formes génétiques de la maladie mais
d’origine non génétique) sont fréquentes dans le domaine de
l’épilepsie et des convulsions fébriles.
En effet, il s’agit d’affections
fréquentes qui peuvent survenir en dehors de tout contexte familial
héréditaire.
Pourtant, malgré ces obstacles, des découvertes fondamentales ont
été réalisées ces dix dernières années.
Ce sont les épilepsies à
transmission mendélienne aussi bien idiopathiques que
symptomatiques, qui en ont le plus bénéficié.
Épilepsies idiopathiques
:
Elles sont caractérisées par l’absence de déficit neurologique ou
intellectuel, la normalité de la neuro-imagerie et leur âgedépendance.
Depuis longtemps, la forte implication des facteurs
génétiques dans les épilepsies idiopathiques a été suspectée
(prévalence augmentée d’épilepsie par rapport à la population
générale chez les apparentés des malades, taux de concordance plus
élevé chez les jumeaux monozygotes que chez les jumeaux
dizygotes).
La plupart d’entre elles ont une hérédité complexe et sont multifactorielles.
Celles qui ont une hérédité mendélienne sont
rares mais particulièrement instructives de par les mécanismes
fondamentaux qui les sous-tendent.
Nous allons détailler celles pour lesquelles des gènes sont identifiés.
A - ÉPILEPSIES IDIOPATHIQUES
À HÉRÉDITÉ MONOGÉNIQUE :
Ce syndrome familial rare fut décrit pour la première fois en 1994.
Il débute le plus souvent dans l’enfance et est caractérisé par
des crises partielles brèves, fréquentes, survenant avec prédilection
pendant le sommeil, le plus souvent en salves.
La composante
motrice est prédominante : postures dystoniques soudaines (la
nature de ces dystonies paroxystiques nocturnes familiales fut
longtemps débattue), pédalage, déambulation.
Parfois la
symptomatologie se limite à des réveils nocturnes soudains.
Une
vocalisation ou une aura de contenu variable précède parfois les
manifestations motrices. Les généralisations sont possibles mais
rares.
Des erreurs diagnostiques sont fréquentes avec des
manifestations de parasomnies (somnambulisme ou terreurs
nocturnes).
Les crises persistent souvent à l’âge adulte mais tendent
à se raréfier.
La sensibilité à la carbamazépine est généralement
bonne.
Cependant, d’importantes variations intrafamiliales peuvent
être observées tant au plan clinique qu’évolutif.
Lorsque les
électroencéphalogrammes (EEG) percritiques sont interprétables et
contributifs, ils montrent une activité critique frontale et/ou
temporale.
Ce syndrome familial de transmission autosomique dominante et
de pénétrance incomplète est sous-tendu par une hétérogénéité
génétique. Un premier locus fut identifié dans une grande famille
australienne sur le chromosome 20q13.2.
Une mutation dans le
gène CHRNA4, codant pour la sous-unité alpha-4 du récepteur
neuronal nicotinique à l’acétylcholine qui touche le deuxième
domaine transmembranaire de cette sous-unité, fut identifiée ensuite
dans cette famille.
D’autres mutations dans cette même sousunité
alpha-4 furent détectées dans une minorité de familles avec
ADNFLE.
Les récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine sont
des récepteurs ionotropes hétéropentamériques.
Huit gènes codant
pour des sous-unités différentes ont été identifiés chez l’homme.
Au plan fonctionnel, le second domaine transmembranaire de la sous-unité alpha-4 a un rôle-clef dans la perméabilité ionique du
canal.
Il a été démontré in vitro que les mutations décrites affectaient
les propriétés du récepteur en réduisant son affinité pour
l’acétylcholine et sa perméabilité au calcium.
Il semble que les
récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine neuronaux soient presque
exclusivement présynaptiques.
Ils pourraient intervenir dans la
régulation de la libération de neuromédiateurs et notamment du
glutamate.
Cependant, on ne sait pas encore par quel mécanisme
cette altération fonctionnelle du récepteur produit un syndrome
épileptique aussi particulier.
Un second locus a été identifié sur le chromosome 15q24 dans une
famille unique.
Bien que cette région jouxte celle où sont localisés
des gènes codant pour d’autres sous-unités du récepteur nicotinique
à l’acétylcholine (CHRNA3, CHRNA5 et CHRNB4), aucune
mutation dans ces gènes n’a été rapportée à ce jour.
Récemment, un troisième locus a été identifié dans la région péricentromérique du chromosome 1, et grâce à une stratégie
gène-candidat, une équipe italienne et une équipe australienne
viennent tout juste d’identifier deux mutations dans le gène
CHRNB2 dans deux familles avec ADNFLE.
Ce gène code pour
la sous-unité bêta-2 du récepteur nicotinique qui constitue avec la
sous-unité alpha-4 le principal récepteur nicotinique neuronal
humain.
Cependant, dans la majorité des familles avec ADNFLE, la
maladie n’est associée à aucune de ces sous-unités du récepteur
nicotinique à l’acétylcholine.
Ce syndrome est caractérisé par la survenue de crises cloniques uniou
bilatérales, souvent à bascule, de crises apnéiques, ou
éventuellement toniques, au cours du deuxième ou troisième jour
de vie d’un nouveau-né normal par ailleurs. Rarement, l’EEG
percritique montre un aspect « thêta pointu alternant » non
spécifique mais évocateur dans le contexte clinique.
L’évolution est
généralement favorable, cependant certains enfants présenteront
ultérieurement des convulsions fébriles ou développeront une
épilepsie.
La forme familiale de ce syndrome (syndrome des
convulsions néonatales familiales bénignes) comporte certaines
différences par rapport à la forme sporadique (syndrome des
convulsions néonatales bénignes) dans laquelle on n’observe jamais
de crises toniques, où l’aspect EEG « thêta alternant » est plus
fréquemment observé, et où le pronostic est meilleur.
Il s’agit du premier syndrome épileptique idiopathique dans lequel
une liaison génétique fut publiée. Une liaison au chromosome
20q puis secondairement au chromosome 8q a été
déterminée, mais un troisième locus est suspecté.
Des mutations
dans des gènes codant pour des canaux potassium voltagedépendants,
KCNQ2 en 20q (gène majoritairement impliqué)
et KCNQ3 en 8q (rarement impliqué) ont été identifiées.
Les
canaux potassium codés par ces deux gènes ont de grandes
homologies de séquences, et sont tous deux exprimés de façon
prépondérante dans toutes les régions du cerveau.
Ils sont
également très homologues à KCNQ1, exprimé préférentiellement
dans le coeur et l’oreille interne, et qui est impliqué dans deux
syndromes familiaux : le syndrome du QT long et le syndrome
cardioauditif de Jervell-Lange-Nielsen.
Les canaux codés par
KCNQ2 et KCNQ3 sont fonctionnellement liés, ce qui permet de
comprendre pourquoi des mutations dans chacun d’eux peuvent
donner lieu au même tableau clinique.
Ils interviennent dans la repolarisation de la membrane neuronale après une dépolarisation.
Les mutations décrites entraînent une perte de fonction du
canal.
L’âge-dépendance de ce syndrome pourrait être
expliquée par les variations d’expression des canaux potassium au
cours de la vie.
Dans certaines familles, des convulsions fébriles sont associées à des
crises afébriles.
C’est le cas dans un nouveau syndrome familial
décrit en 1997 : le syndrome « GEFS + ».
Ce syndrome est
caractérisé par un phénotype familial hétérogène dans lequel les
individus atteints présentent des convulsions fébriles particulières
(dites « convulsions fébriles plus ») car elles persistent tardivement
au-delà de l’âge de 6 ans (limite supérieure d’âge du syndrome des
convulsions fébriles « classiques »).
Elles sont souvent nombreuses
chez un individu donné.
D’autres membres de la famille peuvent
présenter des convulsions fébriles banales, mais l’antécédent de
convulsions fébriles n’est pas constant chez tous les individus
atteints.
Enfin, des crises afébriles de nature variable sont aussi
observées.
Elles étaient décrites, dans la famille princeps, comme
étant toutes des crises généralisées (crises tonicocloniques,
myocloniques, atoniques, absences).
En fait, d’autres types de
crises ont été décrits ultérieurement dans d’autres familles (crises
toniques, hémiconvulsives, temporales ou frontales).
Le
début de ces crises afébriles est très variable, dans l’enfance, sans ou
avec intervalle libre par rapport à la période de convulsions fébriles,
ou plus tard à l’âge adulte.
Plusieurs types de crises afébriles
peuvent s’observer chez un même individu atteint, donnant lieu à
des tableaux électrocliniques plus ou moins typiques d’épilepsie
généralisée idiopathique (épilepsie myoclonique juvénile, épilepsieabsence
de l’enfant ou de l’adolescent) ou d’épilepsie myoclonoastatique (ou syndrome de Doose).
Parfois le syndrome
épileptique est inclassable selon la classification internationale des
épilepsies.
Un déficit intellectuel est parfois observé.
L’évolution
et la pharmacosensibilité sont très variables d’un individu à l’autre
au sein de la même famille. L’imagerie cérébrale est normale.
Ce syndrome est transmis selon un mode autosomique dominant et
la pénétrance est incomplète.
Il présente une grande hétérogénéité
génétique.
En effet, un premier locus fut identifié sur le chromosome
19q13.1, et une mutation dans le gène SCN1B codant pour la sousunité
bêta-1 du canal sodium voltage-dépendant neuronal fut détectée dans une famille.
Un second locus en 2q21-q33 semble
plus fréquemment impliqué puisque quatre familles ont été
rapportées à ce jour.
Deux mutations dans deux familles
françaises, situées dans le segment transmembranaire S4 responsable
de l’activation du canal, ont été mises en évidence dans le gène
SCN1A qui correspond à ce locus et code pour la sous-unité alpha-1
du même canal sodium voltage-dépendant.
Des analyses fonctionnelles dans les ovocytes de xénope ont montré
que les mutations dans les sous-unités alpha-1 et bêta-1 semblent
altérer les propriétés de ce canal.
Il faut noter que ce canal sodium voltage-dépendant est déjà la cible de bon nombre de molécules
antiépileptiques.
Enfin, au moins un troisième locus est suspecté car toutes les
familles « GEFS + » ne sont pas liées aux gènes déjà connus.
Les mécanismes expliquant qu’une même mutation puisse donner
lieu à des tableaux cliniques aussi variés au sein d’une même famille
de « GEFS + » sont actuellement inconnus.
Ces derniers
correspondent-ils à des différences régionales d’expression des gènes
impliqués ?
Une autre hypothèse serait que ces gènes
interviendraient à un niveau très général dans le processus
d’épileptogenèse, en tant que gènes de susceptibilité ou modulateurs
du seuil épileptogène et que d’autres facteurs, génétiques ou
environnementaux, moduleraient l’expression clinique du
syndrome.
B - ÉPILEPSIES IDIOPATHIQUES À HÉRÉDITÉ COMPLEXE
:
Pour la plupart des épilepsies généralisées idiopathiques (incluant
l’épilepsie myoclonique juvénile, l’épilepsie-absence de l’enfant,
l’épilepsie-absence de l’adolescent et l’épilepsie à crises grand mal
du réveil), c’est un modèle d’hérédité complexe qui semble le plus
adapté comme mode de transmission.
Ces épilepsies résultent de
l’interaction de facteurs génétiques (gènes de susceptibilité) et de
facteurs environnementaux.
Les difficultés rencontrées dans l’étude
génétique de ces épilepsies, que nous avons abordées dans
l’introduction, expliquent probablement les résultats contradictoires
publiés : les localisations suggérées par certaines équipes ne sont pas
retrouvées par d’autres.
Il faut souligner qu’au début de ces études
il y a toujours un choix conceptuel.
Le premier présuppose que pour
l’épilepsie, les gènes de susceptibilité sont nombreux et leurs effets
faibles. Il faut alors des effectifs considérables (au moins
100 familles) pour obtenir des liaisons significatives.
En corollaire,
on peut diminuer le nombre de gènes en cause et renforcer leurs
effets (au plan statistique) en homogénéisant le phénotype des
familles étudiées.
L’étape du phénotypage est alors essentielle.
L’autre choix est de considérer qu’il existe des gènes de susceptibilité
de l’épilepsie en général (il existerait donc des traits épileptiques) et
qu’il existe un « continuum » entre les syndromes épileptiques.
Il
est alors possible de grouper des familles avec des épilepsies
différentes, ce qui permet d’obtenir des effectifs suffisants en
analyses non paramétriques (analyse dans lesquelles on ne
détermine pas le mode de transmission).
Une liaison génétique avec les régions 8q, 3p et 1p a été
rapportée dans des familles comportant une épilepsie généralisée
idiopathique (sans précision syndromique) mais n’a pas été
confirmée par la suite.
Parmi les épilepsies généralisées idiopathiques à hérédité complexe,
l’épilepsie myoclonique juvénile a été la plus étudiée au plan
génétique.
Des résultats contradictoires ont été publiés concernant
une liaison au chromosome 6p.
Un deuxième locus en
15q14 (région comportant notamment le gène codant pour la sous-unité alpha-7 du récepteur cholinergique nicotinique) a été
décrit.
Enfin, les convulsions fébriles et l’épilepsie ponctuelle rolandique
ont avant tout une hérédité complexe.
Une liaison en 15q fut
suggérée pour l’épilepsie ponctuelle rolandique dans une étude.
Épilepsies en rapport
avec des anomalies héréditaires
du développement cortical (troubles
de la migration neuronale) :
Elles représentent une cause importante d’épilepsie pharmacorésistante souvent associée à un retard mental.
Les mutations dans le gène LIS 1
(localisé sur le chromosome 17) codant pour une sous-unité non
catalytique du platelet activating factor (PAF) acétylhydrolase et
le gène DCX (localisé sur le chromosome X) codant pour la double
cortine sont les causes les plus fréquentes de lissencéphalie de
type 1 (chez l’homme pour DCX).
De plus, le gène LIS 1 est contenu
dans la délétion à l’origine du syndrome de Miller-Dieker et
les mutations du gène DCX donnent lieu chez la femme à un tableau
clinique moins sévère que chez l’homme (double cortex).
Plus
récemment de rares cas de syndrome du double cortex ont été
également rapportés chez des hommes ayant une mutation dans les
gènes LIS 1 ou DCX.
Les produits de LIS 1 et DCX semblent être impliqués dans la
fonction des microtubules et interagissent entre eux.
Leur rôle exact
dans la migration neuronale au cours du développement cérébral
reste à préciser.
Un gène a été identifié pour l’hétérotopie nodulaire périventriculaire
familiale.
Il s’agit du gène FLN1 qui code pour la filamine 1, une protéine se liant à l’actine et à d’autres protéines du cytosquelette.
Les mutations dans ce gène sont létales chez l’homme durant la vie
embryonnaire.
Chez la femme, une épilepsie pharmacorésistante
généralement sans retard mental associé, et des anomalies
somatiques diverses sont observées.
Il s’agit d’un groupe de maladies rares ayant en commun certains
signes cliniques (début le plus souvent dans l’enfance ou
l’adolescence, crises généralisées tonicocloniques, myoclonies,
aggravation progressive avec apparition d’une démence et d’une
ataxie cérébelleuse), mais dont les étiologies et l’évolution sont
variées.
Pendant longtemps, le diagnostic spécifique a reposé sur la
réalisation de bilans longs, complexes et coûteux, ne permettant pas
toujours d’affirmer l’étiologie précise du syndrome.
Plus récemment,
le diagnostic génétique est devenu possible pour certaines épilepsies myocloniques progressives, simplifiant grandement la démarche
diagnostique.
C’est le cas en particulier de la maladie
d’Unverricht-Lundborg et de la maladie de Lafora.
A - MALADIE D’UNVERRICHT-LUNDBORG :
Cette maladie de transmission autosomique récessive débute
classiquement entre 6 et 15 ans.
L’évolution est typiquement lente,
l’ataxie cérébelleuse et la détérioration intellectuelle classiquement
rares, tardives et modérées.
En fait, les possibilités actuelles de
diagnostic génétique permettent de montrer que des formes
cliniques moins typiques existent, notamment des formes à début
tardif (jusqu’à l’âge de 32 ans).
La présentation clinique et
l’évolution peuvent être aggravées par la prescription de phénytoïne.
Les formes balte et méditerranéenne initialement
décrites sont dues à des mutations dans le gène de la cystatine B
localisé en 21q22.3.
Il existe deux types de mutations qui
conduisent soit à une protéine de structure anormale ayant une perte
de fonction, soit à une diminution de la transcription du gène.
Il
s’agit soit de rares mutations ponctuelles et de délétions dans la
région codante du gène, soit majoritairement de l’expansion
d’un dodécamère (CCC CGC CCC GCG)n situé en 5’ dans le
promoteur du gène.
Tandis qu’à l’état normal le dodécamère existe en deux ou trois copies, les allèles mutés
comportent plus de 30 répétitions de celui-ci.
Les premières études
ne montrent pas de corrélation entre la taille de l’expansion et l’âge
de début de la maladie.
Il semble exister des porteurs de prémutations ayant 12 à 17 répétitions et un phénotype normal, et
susceptibles de transmettre des allèles pathologiques à leur
descendance (instabilité méiotique de l’expansion).
Les fréquences respectives des deux types de mutations varient
selon l’origine géographique des patients.
La forme balte est due
généralement à la présence d’une mutation ponctuelle sur un des
gènes de la cystatine B et à une expansion sur l’autre, plus rarement
à une mutation ponctuelle sur les deux gènes.
La forme
méditerranéenne, dans laquelle l’existence d’une consanguinité est
fréquente, est due à une expansion de dodécamère sur chacun des
deux gènes de la cystatine B.
La cystatine B, un inhibiteur de cystéine-protéases, paraît impliquée
dans la protection contre l’apoptose en inactivant directement ou
indirectement les caspases.
Cependant, les mécanismes exacts
conduisant à la maladie ne sont pas encore connus.
B - MALADIE DE LAFORA :
Cette maladie de transmission autosomique récessive débute entre
10 et 18 ans.
Elle est caractérisée par une aggravation neurologique
rapide avec détérioration intellectuelle précoce, et est fatale au bout
d’une dizaine d’années d’évolution.
Des crises d’épilepsie focales
occipitales sont fréquentes dans cette maladie.
Jusqu’à récemment, le diagnostic reposait sur la recherche
d’inclusions intracellulaires particulières par biopsie de peau (corps
de Lafora).
Le diagnostic génétique est à présent possible. Le gène impliqué est localisé en 6q23-25.
Il s’agit du gène de la laforine
, une protéine tyrosine-phosphatase qui inhibe l’action des
tyrosine-kinases.
Cette enzyme pourrait être impliquée dans le
métabolisme du glycogène.
Des délétions et mutations ponctuelles
homozygotes dans la région codante du gène ont été démontrées
dans les familles atteintes.
Un second locus pourrait être impliqué dans la maladie de Lafora.
Maladies de transmission
mendélienne et anomalies
chromosomiques pouvant comporter
une épilepsie parmi les signes
cliniques :
De nombreuses maladies héréditaires du système nerveux peuvent
comporter une épilepsie dans leur tableau clinique souvent
complexe.
Certaines anomalies chromosomiques peuvent également comporter,
avec une fréquence variable, une épilepsie.
Les principales sont :
– la trisomie 21 (syndrome de Down) ;
– le syndrome d’Angelman (monosomie partielle 15q11) ;
– la trisomie 12p ;
– le syndrome de Wolf-Hirschhorn (monosomie partielle 4p) ;
– le syndrome de Klinefelter (XXY) ;
– le chromosome 20 en anneau.
Enfin, diverses maladies métaboliques héréditaires peuvent
s’accompagner d’une épilepsie (aminoacidopathies, maladies du
cycle de l’urée, du métabolisme des purines...).
Conclusion
:
Si l’analyse génétique de syndromes épileptiques bien définis au départ
a permis la découverte de gènes impliqués dans certains d’entre eux, la
génétique a inversement permis d’individualiser de nouveaux
syndromes non répertoriés dans la classification internationale des
épilepsies et syndromes épileptiques ou d’enrichir le spectre clinique
d’entités déjà décrites.
Plus les connaissances avancent dans le domaine, plus l’importance de
la composante génétique se confirme, mais plus les bases génétiques de
l’épilepsie semblent complexes : transmission polygénique ou
mendélienne, hétérogénéité allélique (même gène impliqué dans un
syndrome mais types de mutations différents) et/ou hétérogénéité
génétique (implication de gènes différents), pénétrance incomplète,
expressivité variable.
L’identification des premiers gènes responsables démontre que les
mécanismes sous-jacents donnant lieu à une épilepsie ne sont pas
univoques.
Cependant, à côté de gènes impliqués dans des anomalies
morphologiques cérébrales, l’importance des canaux ioniques dans
l’épileptogenèse s’affirme à travers l’étude des épilepsies idiopathiques
familiales (épilepsie frontale nocturne autosomique dominante et le
récepteur nicotinique à l’acétylcholine, convulsions néonatales
familiales bénignes et les canaux potassium voltage-dépendants,
« GEFS + » et canal sodium voltage-dépendant).
Aujourd’hui, on est
tenté de faire de ces épilepsies des « canalopathies ».
Il est intéressant de
constater que dans un même syndrome, différentes sous-unités qui
participent à la formation d’un canal peuvent être altérées.
Néanmoins,
le mécanisme par lequel l’altération de canaux ioniques dont
l’expression cérébrale semble diffuse peut conduire à des phénotypes
aussi différents reste à élucider.
La plupart des découvertes génétiques ont bénéficié aux épilepsies à
hérédité monogénique qui sont pourtant les plus rares.
Toutefois, il est
prévisible que ces découvertes pourront avoir des retombées pour la
compréhension des épilepsies à hérédité complexe.